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Djihadistes made in America

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agression ottawa mausole

 Jeudi, en début d’après-midi,  Zale Thompson, 32 ans, s’est précipité, une hache à la main, sur quatre policiers qui patrouillaient dans le Queens. Deux policiers ont été touchés – dont un grièvement – avant que leurs collègues ne dégainent et n’abattent l’agresseur. Ce matin, la police newyorkaise et le SITE (centre américain de surveillance des sites islamistes) ont informé la presse que Thompson présentait le profil d’un islamiste aux idées extrémistes. Ainsi, ce SDF avait diffusé sur sa page Facebook sur sa page un appel en arabe à la lutte armée. Si l’on peut se demander s’il comprenait ce qu’il publiait, une vidéo qu’il a postée sur YouTube il y a un mois dissipe nos derniers doutes : l’ancien marine y déclare que « le jihad est une réponse justifiable à l’oppression des sionistes et des croisés ».

Un peu plus de 24 heures après l’agression perpétrée par Zale Thompson, Michael Zehaf-Bibeau, un Canadien de 32 ans qui se faisait appeler Abdul et dont l’extrémisme était tel qu’il avait été exclu d’une mosquée de la banlieue de Vancouver, tuait un militaire en faction devant un monument aux morts, puis pénétrait dans l’enceinte du Parlement. Tirant en tous sens, il terrorisait la ville, voire le pays tout entier, avant de se faire tuer. En juillet dernier, « Abdul » avait été empêché in extremis d’embarquer sur un vol à destination de la Turquie afin d’accomplir son jihad en Syrie aux côtés de l’Etat islamique. Relocalisant son Jihad à Ottawa, il a retourné sa violence contre la société canadienne.  Jamais deux sans trois, dit-on : la semaine du jihad avait justement été lancée par Martin Couture-Rouleau, un canadien de 25 ans, que la presse de son pays qualifie de « sympathisant de Daech ». Ce « fan » de l’Etat islamique, converti à l’islam le plus extrémiste il y a un an, se faisait appeler Ahmad. Lundi, il a écrasé avec sa voiture deux militaires canadiens dans le parking d’un centre commercial, avant de se faire tuer à l’issue d’une course-poursuite avec la police.

On dit qu’il n’y a pas de lien entre ces trois personnes dont les chemins ne se sont jamais croisés. C’est évidement faux. Ils ont tous les trois répondu au même appel : un jihad à la petite semaine, au coin de la rue avec les moyens du bord. En l’occurrence, l’appel au combat n’est pas une métaphore. Il y a un mois, l’Etat islamique avait appelé les musulmans du monde entier à tuer des ressortissants des pays – , notamment Américains et Français – engagés dans la coalition internationale mise en place pour le combattre en Irak et en Syrie.

Dans un appel bien précis, enregistré en arabe puis traduit en anglais et français, Abou Mohammed al-Adnani (Taha Subhi Falaha, de son vrai nom), porte-parole de l’EI, a exhorté ses fidèles à passer à l’acte : « Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout autre citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière […] Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire ». Il donne ensuite des instructions sur la manière de mener le Jihad sans armes ni explosifs : « Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le ». Les deux Canadiens et l’Américain qui se sont attaqués, avec ce qu’ils avaient sous la main, aux porteurs d’uniformes dans des pays engagés contre l’EI ont scrupuleusement suivi ces instructions.

Nous sommes donc devant une vague d’attentats « système D ». Et les mauvaises nouvelles ne s’arrêtent pas là : il est probable qu’il n’y ait pas de solutions efficaces à ce mode opératoire sans doute appelé à se banaliser.  Si les lieux sensibles – gares, aéroports, bâtiments publics etc. – bénéficient déjà d’une protection étroite, désormais, partout, tout un chacun est une cible ambulante. C’est bien le problème.

Ce type de terrorisme artisanal n’est pas planifié comme l’était le terrorisme du XXe siècle par des stratèges qui envoyaient des commandos exécuter leurs ordres. Nous sommes devant une mode d’action « citoyen » où chaque fêlé greffe ses pathologies psychologiques et ses griefs personnels sur une « cause », certes vague mais extrêmement mobilisatrice. Autrement dit, l’islam est devenu une marque qui incarne le refus absolu, le rejet de tout et l’alibi d’une rage, peu importe son origine, qu’on ne peut plus contenir.

Par une sorte de coïncidence, les premiers à avoir identifié le potentiel radical de l’Islam, il y a un siècle, étaient aussi Américains. Dans le Détroit des années 1920, certains noirs issus de l’exode des descendants d’esclaves fuyant la misère et les lynchages des Etats du Sud, ont fondé la Nation de l’Islam (NOI). Sans s’embarrasser de considérations les fondateurs de la NOI, Wallace Fard Muhammad et Elijah Muhammad, utilisaient l’islam comme voie de rupture totale avec une culture américaine pétrie de christianisme. La référence islamique les faisait notamment changer radicalement de prénom et de nom. Les « noms d’esclaves » (souvent tirés de l’Ancien et du Nouveau testament) laissaient place à des prénoms arabes et coraniques (Cassius Clay devenant Mohamad Ali). L’islam permettait ainsi à ces noirs américains de faire un pas de côté, de sortir d’une histoire et d’en intégrer une autre. Un peu moins d’un siècle plus tard, la boucle semble bouclée. Avec pour toute substance un rejet absolu de l’Occident (tout ce qui a trait à la chrétienté, au judaïsme et à la modernité), l’islam radical revient en Amérique du Nord via Internet pour transformer marginaux et délinquants en soldats d’Allah et justifier toutes leurs revanches et règlements de compte – réels et surtout imaginaires.

*Photo:Justin Tang/AP/SIPA.AP21642599_000002

Hollande, Renzi et Deng Xiaoping

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renzi valls bruxelles deng

La différence essentielle entre l’économie et l’astrologie, c’est que les voyantes n’ont pas toujours tort.  Des bolchéviques des roaring twenties aux friedmaniens des puantes eighties en passant par les keynésiens de tous temps et de tous bords, aucune école n’a tenu ses promesses de monde meilleur. Et toutes les chapelles ont déployé une part non négligeable de leur activité à expliquer pourquoi d’abominables contraintes extérieures ont démoli leurs châteaux de cartes purs et parfaits.

Comme on ne se refait pas, je reste toutefois imprégné de fondamentaux marxistes, genre accumulation primitive, plus-value, ou loi de la valeur, mais comme je ne suis pas un benêt à plein temps, il ne m’a pas échappé qu’au pied du mur, ou disons au choc du concret, il y avait un ratage dans le potage. Avec le recul, mon seul maître à penser est donc Deng Xiaoping et sa lumineuse formule : « Chat noir, chat blanc, le bon chat est celui qui attrape les souris». Il semblerait d’ailleurs que trente ans après qu’on a commencé à la mettre en œuvre, cette ligne pragmato-pragmatique n’ait pas trop mal réussi aux Chinois.

Comme il faut bien en venir au sujet promis dans le titre, voilà le rapport avec Hollande, Valls et autres néo-socialistes qui proclament être business-friendly. Renzi est adepte de Deng, et pas eux. Matteo est adepte de Deng en économie quand il préconise de concert solutions libérales et étatistes pour tenter de sortir son pays de la crise quand nos dirigeants ne font que piocher leurs solutions-miracles dans les lots à réclamer de la vulgate économique orthodoxe. Mais Renzi est aussi adepte de Deng en politique : pour lui, dans la conquête de l’opinion publique, tout ce qui rentre fait ventre.  Lui dont les gènes sont férocement fédéralistes (contrairement à la plupart des dirigeant du Parti démocrate, il n’est pas d’origine néocommuniste, mais centriste), il n’a pas hésité à utiliser les pires (donc les plus réjouissants) arguments populistes dans son bras de fer avec la Commission européenne.

On le sait,  les eurocrates de Bruxelles sont furieux contre les budgets 2015 de la France et de l’Italie. Face à ces critiques très violentes et exprimées de surcroît par écrit, les dirigeants français font profil teckel,  tentant de faire croire qu’il n’y a pas de gros désaccord : « J’ai reçu une lettre très banale, conforme à la procédure », explique tranquillement Hollande.

Renzi, lui, ne mange pas de ce gressin-là: Bruxelles lui cherche des crosses ? D’abord, il s’explique, pour la forme, sur le fond : « Les circonstances actuelles etc., etc. », et tout de suite après il sort le bazooka contre les eurocrates en suggérant que Bruxelles devrait plutôt se pencher sur son propre budget : «Nous allons publier les données sur tout ce qui est dépensé par ces palais. On va bien s’amuser». Plus populiste, y’a pas et plus malin non plus. Lui l’européiste convaincu a su remiser ses certitudes dans sa poche, parce qu’il a mesuré l’exaspération de ses concitoyens. Il a procédé à cet aggiornamento avec clarté, violence et humour. Il a en même temps ravi ses concitoyens et terrorisé ses adversaires qui ne comprennent que la force. Toutes choses qu’on n’est pas près de voir à Paris.

Oui Manuel Valls a raison, les socialistes français devraient en finir avec le dogmatisme. Mais pas celui qu’on croit…

*Photo : Luca Bruno/AP/SIPA. AP21639541_000001

Le jeu de go du Parti communiste chinois

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chine honk kong parapluie

Le plénum du comité central du Parti communiste chinois se termine à Pékin dans une ambiance particulière. L’attention des médias est retenue par les éléments de langage savamment distillés par l’agence Chine Nouvelle et Le Quotidien du Peuple, les organes de presse proches du pouvoir. Ordre du jour de l’assemblée plénière: “l’autorité de la loi”. On trouve mieux comme slogan marketing mais au moins on comprend que le but n’est pas de “réanchanter” le rêve chinois ou de lutter contre notre ennemi la finance.

Derrière la propagande un peu vieux jeu du parti unique, se joue une partie plus subtile mais non moins féroce. La restauration de l’autorité de la loi va se concrétiser par l’humiliation publique de Zhou Yongkang, l’ancien mentor de Bo Xilai. L’ex-rival de Xi Jinping tombé en 2013 était parrainé par cet ancien membre permanent du Politburo, où il était l’équivalent de notre ministre de l’Intérieur parmi les “huit immortels”. C’est lui qui a été désigné comme bouc émissaire du comité central. La longue tradition d’épuration chinoise veut que l’Empereur offre au peuple la tête d’un grand seigneur. Ironie du sort, cet ancien chef des services de sécurité s’était érigé lui aussi en héros de la lutte anti-corruption (avec Wang Lijun et Bo Xilai) au prix de nombreuses purges dans l’appareil. Au sein de la nomenklatura chinoise des princes rouges, les héritiers des compagnons de Mao et Deng Xiaoping se savaient dans le collimateur. Une lutte anti-corruption inquiétante pour les familles de Wen Jiabao et Xi Jinping, dont les fortunes sont estimées à des centaines de millions d’euros (dont une bonne part est à l’abri dans des paradis fiscaux). Cela méritait bien un petit recadrage interne et un rappel à la loi… du parti.

L’ascension de Xi Jinping et la chute de Bo Xilaï ont ainsi été interprétées comme une riposte de Jiang Zeming et des princes rouges de Shanghai pour faire cesser les révélations de scandales de corruption au plus haut niveau. Toutefois la séance d’autocritique du PCC pourrait avoir un autre objectif qu’une simple opération de blanchiment politique.

Les oligarques communistes, au-delà de cette subtile manœuvre d’appareil, sont marqués par la révolte de Hong Kong. L’origine du mouvement de Hong Kong est précisément le ras-le-bol de la corruption de la police et du gouvernement local et la mise en œuvre d’une vraie démocratie.  Il s’agit pour Pékin de le contenir au plus vite en affichant la détermination du pouvoir central à lutter contre le népotisme.

Pour Pékin, la tête de l’ancien responsable des services de sécurité sera un trophée pour amadouer Hong Kong la libérale. L’annonce en fanfare de la lutte contre la corruption au sein du PCC et la vague promesse d’un Etat de droit seront une carte supplémentaire dans les négociations en cours entre les étudiants et les autorités de la cité financière.

L’art de la guerre de Sun Zu apprend aux stratèges chinois qu’il est préférable de vaincre sans combattre. Les leçons de Tiananmen ont été tirés.  La révolution dite des parapluies a été gérée de main de maître par Pékin: peu de gaz lacrymogène, usage limité du casque et du bâton, des policiers en chemisettes et gilets jaunes et bien sûr pas de chars d’assaut. Dès lors l’Occident a peu d’images de violences à exhiber. À défaut de bavure policière qui ferait tout dégénérer, la révolution est en train de pourrir sur place. À l’usure, le mouvement s’essouffle et le pouvoir chinois cherche à pousser son avantage.

Une stratégie tout en douceur d’autant plus habile que l’Europe et l’Amérique jettent un voile pudique sur les événements de Hong Kong. Laurent Fabius qu’on a connu plus incisif a dit espérer “qu’un dialogue constructif et pacifique [permette] un accord qui soit conforme à la loi fondamentale de Hong Kong ». On sait bien que l’ingérence se paye cash dans l’Empire du Milieu. Diplomates et politiques, d’habitude si bavards sur la démocratie, préfèrent se pencher sur Ebola, c’est moins risqué que de hausser le ton à Hong Kong pour défendre les étudiants.

Officiellement, Pékin se garde bien d’intervenir directement dans le conflit hong-kongais et reste en arrière-plan. L’assimilation en douceur de l’ancien comptoir britannique est un préalable absolu à la réintégration de Taïwan. Réunification chinoise dont l’enjeu stratégique est le désenclavement de la mer de Chine; actuellement sous contrôle de la marine américaine.

*Photo: kyodowc121388.JPG k/NEWSCOM/SIPA.SIPAUSA31316664_000001

La sexualité pour les petits nuls

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Michel Sardou se posait déjà la question : comment fait-on l’amour ? – d’autant que la fille « [n’avait] pas quinze ans ». À l’époque baba, on baisait tôt mais on ne savait rien. Aujourd’hui, on baise tard mais on sait tout. Le Suisse Zep, l’auteur à succès de la bande dessinée « Titeuf », qui plante son décor dans les cours d’école, n’est pas pour rien dans la verbalisation juvénile des sentiments et des choses un peu crades mais néanmoins vitales qui les accompagnent. L’exposition « Zizi sexuel, enfin le retour ! » à la Cité des sciences et de l’industrie, à Paris, à l’affiche jusqu’au 15 août 2015, est inspirée du « Guide du zizi sexuel » (éditions Glénat), dont l’Helvète prolifique est l’auteur. Elle participe de cette approche théorique du corps érotique. En deux langues ici, les notices explicatives étant rédigées en français et en anglais.

L’exposition, lors de sa première programmation, au même endroit, en 2007, avait attiré 340 000 visiteurs. Cette nouvelle édition se tient dans un climat sociétal sans doute plus tendu qu’il y a sept ans, le progressisme en termes de mœurs ayant favorisé la propagation de son double et contraire, le puritanisme, comme en atteste l’action récente menée contre le « Plug anal », Place Vendôme, quel que soit l’avis de chacun sur la pertinence de cette « provoc » qui aura tenu quelques jours. De fait, l’association conservatrice SOS Education s’élève contre « Zizi sexuel », hébergé qui plus est à la Villette, un cadre scientifique susceptible d’apporter caution et légitimité à une telle manifestation, s’insurge un représentant de l’association, Jean-Paul Mongin, interrogé par Europe 1. La pétition « Non au Zizi sexuel ! », fruit militant de cette indignation, a recueilli jusqu’ici environ 40 000 signatures.

Le pire service qu’on puisse rendre à l’exposition et à sa commissaire, Maud Gouy, serait de ne pas dire ce qu’on voit ou ce qu’on « ressent » face aux choses montrées et explicitées, de crainte de susciter l’opprobre. Oui, c’est assez cru et c’est évidemment voulu. La médiation est dans le « ludique », qui met l’objet à distance non de son usage concret mais de sa représentation réelle, potentiellement pornographique. Ici, le désir est freiné et même, d’une certaine manière, refréné. La fonction tue le fantasme. Autrement dit, les fantasmes de l’enfant et les éventuelles interrogations afférentes, sont censés trouver un sens et une réponse. Cette exposition, c’est la transposition d’un sex-shop associée à la pédagogie de « C’est pas sorcier », l’émission périscolaire diffusée le samedi matin sur France 3, avec « Jamy les bons tuyaux » en vedette.

On y va ? C’est parti. Des adultes – papa, maman, mamie, éducateur ou éducatrice – accompagnent les enfants dans leur parcours-découverte. Première étape : le baiser sur la bouche, sur le mode « t’es pas cap’ ». Filles et garçons sont invités à donner des bisous à des personnages animés, que sont soit Nadia, l’amoureuse de Titeuf, soit ce dernier, l’image de ces baisers étant reproduite sur écran, tel un dessin animé. En apparence, point de confusion des genres : les filles miment des baisers à Titeuf, les garçons, à Nadia. L’adulte présent aiguillera l’enfant emprunté vers le sexe opposé. Des moments de rigolade.

Après la technique, le sentiment, heureux ou blessé – il n’y pas d’âge pour se prendre un « râteau » : « Pourquoi l’amour c’est difficile ? » est-il écrit, d’une écriture d’enfant, sur l’un des panneaux du « parcours ». « Parce que, répond la notice, c’est plein de surprises et qu’il n’y a aucune loi en amour. Quelquefois, on peut arrêter d’être amoureux parce qu’on n’en a plus envie. C’est la vie. Et d’autres fois, on aime quelqu’un qui ne nous aime pas. C’est ce qu’on appelle un chagrin d’amour. On croit toujours qu’on ne s’en remettra jamais, mais un jour ça passe. Il n’y a qu’à laisser faire le temps. (…) » Sur une musique en rapport, une vidéo que les enfants regardent la tête tournée vers le ciel, le dos couché sur un lit de romance, fait défiler des extraits de films montrant des couples amoureux chastement enlacés, d’autres se séparant dans les cris et les larmes. On aperçoit Jean-Pierre Léaud (est-ce dans La maman et la putain  ?).

« Je préfère l’emmener ici plutôt qu’il n’aille sur Internet, dit une mère, musulmane, voilée, accompagnant son fils dans l’exposition. Il a neuf ans, il parle de toutes ces choses-là, pose des questions, je ne sais pas trop quoi répondre, ici c’est bien, ce n’est pas vulgaire. » Un père, au sujet de son fils, qu’il suit du regard : « C’est lui qui réclamait cette expo, explique-t-il. Il faut vivre avec son temps. Ça montre à mon fils qu’il n’y a pas que lui qui s’intéresse à ça. Du moment qu’il n’y a pas de gène. » Or gêne il y a, ainsi que le stipule le panneau suivant : « Tout le monde est gêné de se mettre nu devant quelqu’un. Ça s’appelle la pudeur. Et c’est plutôt bien d’avoir un peu de pudeur, comme ça on garde son intimité pour la personne qu’on aime, comme un cadeau. Mais la pudeur, c’est aussi avoir peur de parler d’amour et de sexe. Dire qu’on est amoureux, c’est un peu comme dire un secret très personnel. L’amour, c’est très intime. » Le synode romain ne dirait pas le contraire. Pour l’instant du moins.

L’exposition gagne en intensité à mesure qu’on progresse dans le parcours. En d’autres termes, ça devient sérieux. Voici les différents baisers, rendus par diverses sonorités obtenues en appuyant sur des boutons : le baveux, l’explosif, le contagieux, le métallique, le distrait, l’agressif… « Tu essaies tous les bisous ? Ho ho ! Dégueulasse ! » dit, amusé, un adulte à son enfant qui a pressé sur le bouton « baveux ». Mieux vaut, pour une telle visite, des parents pas trop « coincés », sinon le but éducatif risque d’être contraire à celui recherché.

Au stand « puberté », des garçons et des filles placent leur visage, à hauteur de tête, dans la cavité de deux sortes de moules ayant la grandeur d’un enfant et se faisant face, représentant, l’un une fille, l’autre, un garçon. Ce que l’enfant voit, il le voit comme dans un miroir, ce corps nu qu’il a devant lui étant un corps dessiné et animé, en train de « changer ». Des poils poussent sur le torse des garçons, leurs muscles apparaissent, le sexe s’allonge, mais c’est un sexe qui n’a pas l’air d’en être un, c’est une sorte de bouchon qui s’étend et tombe dans un effet comique. Les filles voient leur poitrine pointer comme des obus et leurs poils pubiens sortir comme de la barbe. On est, du moins se place-t-on dans le registre du drôle. Ce que ces enfants voient, c’est eux – ou bientôt eux – et à la fois ce n’est pas eux.

« C’est moi qui ai pris la décision de venir voir cette exposition », dit une mère observant « Lili », sa fille de 10 ans. « Lili, qui est timide, était un peu gênée par le passage sur le préservatif, mais c’est important qu’elle soit sensibilisée à ces questions, explique-t-elle. Bientôt elle aura ses règles. Il y a aussi cette mise en garde judicieuse contre la pédophilie. On n’a pas eu ça à leur âge, mais justement, si on l’avait eu, ça aurait pu répondre à des questions. »

Le reste – l’accouplement, la procréation, la naissance (pour peu que cet enchaînement soit désiré, sinon il existe la pilule et/ou le préservatif, prévient-on) – appartient aux enfants et à leurs parents, ou encore, ce jour-là, à ce groupe de jeunes adolescents atteints de déficience mentale emmené par un groupe d’éducateurs, la sexualité des handicapés n’étant pas une mince affaire sans que cela soit une montagne non plus. Au terme du parcours, les plus hardis s’affrontent au « quiz du zizi sexuel », qui évaluent les connaissances acquises. Et si l’on y tient vraiment, on peut en toute fin s’attarder à « la boutique de l’expo », qui propose toute une littérature jeunesse et adulte sur des questions de comportement et de psychologie. Alors on se dit que la civilisation a encore une fois tenu tête au « ça ».

Henri Guaino a-t-il le droit de critiquer un juge?

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Résumé des épisodes précédents : Pour avoir qualifié la mise en examen de Nicolas Sarkozy de décision « grotesque », « insupportable », « irresponsable », « intolérable » et déclaré que le juge Jean-Michel Gentil avait « déshonoré la justice » sur différentes antennes, dans la semaine du 22 au 28 mars 2013 , Henri Guaino répondait hier aux accusations d’outrage à magistrat et d’atteinte à cl’exercice de la justice.

Les décors ne sont pas signés Roger Harth, ni les costumes Donald Cardwell.

Personnages :

– Henri Guaino, député UMP des Yvelines et ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy.

– Me Dupond-Moretti, avocat du précédent.

– Christophe Regnard, ancien président de l’Union syndicale de la magistrature (USM).

– Me Barouse et Me Forster, avocats du juge Jean-Michel Gentil.

– Présidente du tribunal Anne-Marie Sautereau

– Procureur

– Un bretteur échevelé, l’Union des étudiants juifs de Jérusalem-Ouest, Pierre Panet : parties civiles signataires d’une Question Prioritaire de Constitutionnalité[1. Réforme introduite sous la présidence de Nicolas Sarkozy pour permettre au citoyen d’interpeller les Sages à partir d’une affaire de droit.]

Décor : Sous les boiseries de la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Des dizaines de journalistes assistent à l’audience dans une salle remplie de députés UMP venus soutenir Henri Guaino : Marc Le Fur, Julien Aubert, David Douillet, Valérie Boyer, Jacques Myard, Alain Marsaud, Patrick Ollier, l’ancien magistrat Georges Fenech.

Verbatim sélectif :

La présidente du tribunal ouvre la séance. Un sexagénaire échevelé ouvre le débat préliminaire, à la grande colère du procureur et des avocats du juge Gentil, furieux de voir l’audience « prise en otage par ces personnages » hauts en couleurs. Me Dupond-Moretti fulmine contre ces parties civiles, « adeptes de la quenelle », dont le conseil « couvre l’antisémitisme sur Youtube ». L’un des signataires d’une QPC, adressée au Conseil constitutionnel, porte une canne. Il s’appelle Pierre Panet et sa résidence est sise théâtre de la Main d’Or, chez Dieudonné.  L’échevelé traite Dupond-Moretti d’« avocat des assassins » puis interroge la « légalité constitutionnelle des syndicats de magistrats ».

Le conseil d’Henri Guaino lâche : « On est chez les dingues là ! »  puis quitte la salle avec son client.

L’avocat du juge Gentil invite à « sanctionner ce genre d’interventions parasites ».  La présidente annonce l’examen de la Question Prioritaire de Constitutionnalité le 25 novembre.

Henri Guaino et son conseil réapparaissent. L’accusé prend la parole à la barre : « Ce n’est pas un procès comme les autres. Nous sommes venus débattre d’une question politique, au sens le plus noble du terme : la liberté d’expression d’un représentant de la nation ». Sans aller trop loin dans l’emphase, Guaino invoque « la démocratie, la République, le pays des droits de l’homme », et proclame sobrement que « toutes les tyrannies sont à combattre, même les tyrannies judiciaires ». Paradoxalement, le gaulliste canal historique s’appuie sur une jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), laquelle avait sanctionné la France après la condamnation par nos tribunaux de l’injurieur de Nicolas Sarkozy (affaire du « Casse-toi pauvre con ! »). Guaino excipe de son immunité parlementaire, puisqu’il a tenu à l’Assemblée les mêmes propos que ceux incriminés : « L’exercice du mandat parlementaire s’arrêterait-il à l’hémicycle ? Cela ne tient pas debout ! » Sur le fond de l’affaire Sarkozy-Bettencourt, Henri Guaino rappelle que le juge Gentil a fini par rendre un non-lieu en octobre 2013, confirmant ainsi son « erreur de jugement ». Au nom du « droit imprescriptible à l’indignation et à la critique », il se défend de toute pression sur la justice. Autant que faire se peut, le député souverainiste allergique aux instances supranationales aimerait ne pas être amené à plaider sa cause devant la CEDH.

Me Forster, avocat du juge Gentil, l’interroge. Une petite leçon de droit attend Henri Guaino : « Quelle définition donnez-vous à l’outrage ? » Guaino cite le député républicain Julien Fabre : « L’outrage, cela se ressent mais cela ne se définit pas », avant de préciser que ce chef d’accusation doit être laissé à l’application arbitraire du juge. Il cite l’exemple du « mur des cons » du Syndicat de la magistrature, sur lequel il trônait. Rappelle à l’avocat de la principale partie adverse que 105 députés ont signé une pétition revendiquant les mêmes propos. Pourquoi ne sont-ils pas poursuivis ? Henri Guaino donne du « Madame le président », ce qui a le don d’amuser Julien Aubert et les autres bancs de l’UMP.

Mais l’interro de droit continue.

Le conseil du juge Gentil : « Savez-vous ce qu’est un abus de liberté ? »

Et Guaino de répliquer : « Et un abus de pouvoir ? Je préfère la caricature à la censure. Je revendique mon droit à l’indignation, à la polémique »

L’avocat : « Et à l’outrage ? »

Guaino : « Je ne sais pas ce qu’est un outrage, je sais ce qu’est une diffamation. »

Me Dupont-Moretti vole au secours de son client avec sa faconde habituelle : « Vous parlez d’impartialité. Or, le juge Gentil avait signé un brûlot antisarkozyste dans Le Monde quelques jours avant la saisie des agendas de Nicolas Sarkozy. Et l’intégralité du procès-verbal de son audition s’est retrouvée étalée dans Sud-Ouest, en violation du secret de l’instruction. Du jamais vu en France ! Six jours après le non-lieu de Sarkozy, Libération et L’Express expliquaient que le juge Gentil avait « dealé » cette décision contre le maintien de la procédure. Mais les journalistes n’ont pas été assignés en justice ! On craint peut-être qu’ils donnent leurs sources… »  En revanche, contre Guaino, l’Union syndicale de la magistrature a déposé une dénonciation au procureur de la République. Me Dupond-Moretti explose : des juges engagés politiquement poursuivent pour injures et outrage ceux qui les critiquent, « ça ne peut pas être aussi asymétrique ! »

Guaino renchérit : « La délation est quelque chose d’assez inquiétant. »

Arrive Christophe Régnard, président de l’USM au moment des faits, ennemi intime de Me Dupond-Moretti. L’homme à l’origine de la procédure prête serment. « Les propos insupportables tenus (par Henri Guaino) excèdent tout ce qu’on était accoutumé à entendre depuis quelques années. Trop c’était trop ! » – alors même que les critiques contre le fonctionnent de la justice se font incessantes. « Dans une République, les personnes qui rendent la justice doivent être respectées ! », sans quoi les magistrats se trouvent de facto mis sous pression. Interrogé par Me Dupond-Moretti, le juge Régnard s’offusque sans se départir de son calme : « Les noms d’oiseaux sont en train de fleurir ! Henri Guaino m’a traité de délateur ! »

Dans le public, David Douillet, député UMP de son état, murmure : « Susceptible, le mec ! »

L’ancien dirigeant de l’USM reprend le fil de son argumentaire. Il met en balance « le respect dû aux magistrats, à la justice, aux personnes qui servent l’Etat » avec le principe constitutionnel de liberté d’expression, lequel souffre heureusement de quelques exceptions, notamment en cas de propos antisémites, racistes ou incitant à la discrimination. Christophe Régnard attend une jurisprudence de ce procès. Les oreilles d’Henri Guaino sifflent.

Me Dupond-Moretti : « Merci pour ce cours de droit ! » Et l’ancien avocat d’Outreau d’égrener les exemples notoires de collusion entre juges, politiques et médias, de Manuel Valls regrettant une décision de justice sur Baby-Loup à Isabelle Prévost-Desprez, cette magistrate qui adressait des SMS à un journaliste de ses amis en pleine perquisition chez Liliane Bettencourt. L’USM n’a pas dénoncé ces actes au procureur, que l’on sache ! » Par le passé, M. Régnard a plusieurs fois insinué que les juges de la Cour de cassation pouvaient être soupçonnés de proximité avec le pouvoir politique en raison de leur mode de nomination. N’est-ce pas un préjudice porté à des magistrats, voire un outrage ?

Christophe Régnard : « Quel rapport avec ma comparution ? C’est le procès de M. Henri Guaino, pas celui de la justice et de la magistrature. »

Me Dupond-Moretti : « Vous attaquez les uns et pas les autres, c’est la ligne bleue des Vosges votre syndicat ! »

De son box, l’avocat du juge Gentil s’indigne : «  La salle réagit parfois comme si on était au spectacle »

Dupond-Moretti relativise : « On n’est pas dans un crime de sang non plus ! »

La présidente lui reproche de poser vingt fois la même question à l’ex-président de l’USM.

L’ancien président de l’USM décrit les différences entre une critique technique d’un jugement, parfaitement acceptable, voire une demande de révision et une critique violente, telles que les sorties d’Henri Guaino contre le juge Gentil.

Guaino : « Abracadabrant ! Vous soutenez que tout ce qui n’est pas autorisé doit être interdit ! »

L’audience est suspendue 5 minutes. Au bout d’un quart d’heure, l’ensemble des parties civiles sont invitées à parler. Pierre Panet, proche de Dieudonné, demande 60 euros d’indemnités à Henri Guaino, à verser sur son compte propre, sans que l’on comprenne pourquoi. Une avocate à l’élocution difficile prend la parole au nom de trois parties civiles, dont l’Union des étudiants juifs de Jérusalem-Ouest. Inaudible.

Le procureur rit sous robe. De son banc, Douillet s’afflige : « C’est lamentable ! » Entre Ionesco et Beckett, le spectacle produit par la Question prioritaire de Constitutionnalité montre les joies de la pseudo-démocratie directe…

C’est à l’avocat  de « la vraie partie civile » – alias le juge Gentil – d’intervenir. Il regrette l’absence de mea culpa et de la moindre contrition chez Henri Guaino, dont il relève « l’aspect psychanalytique » des attaques répétées.

Me Dupond-Moretti : « C’est pas injurieux, ça ? »

Le conseil pérore : « Monsieur Guaino n’est pas le Dreyfus de la liberté d’expression ! » afin de demander 100 000 euros d’indemnisation à titre de préjudice moral, en sus de quelques dommages et intérêts. « Ne jouez pas le Ponce Pilate qui se lave les mains » des conséquences de son acte.

Les références historiques fusent, et il se trouve même un autre avocat des partie civiles pour citer Guy Debord… Appuyant les chefs d’accusation de l’USM et du juge Gentil, le procureur ne requiert que 3 000 euros d’amende contre Henri Guaino.

La prochaine représentation est annoncée pour le 27 novembre. À suivre…

*Photo : WITT/SIPA. 00688053_000012.

Ecole, attention parents!

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Depuis près de trente ans, il est d’usage qu’à l’automne des essais consacrés à l’école, chaque année plus alarmants, s’empilent sur les tables des libraires. Les témoignages d’enseignants, depuis le Voulez-vous vraiment des enfants idiots ? de Maurice Maschino, qui fit grand bruit en son temps[1. Hachette, 1984.], jusqu’à la Fabrique du crétin de Jean Paul Brighelli[2. J.-C. Gawsewitch éditeur, 2006.], en passant par Collèges de France de Mara Goyet[3. Fayard, 2003.], suivi de Nos enfants gâchés de Natacha Polony, qui fit date[4. J.-C. Lattès, 2006.] sont devenus monnaie courante et ne font désormais plus débat : il est bien entendu que notre système scolaire se porte mal (et les batailles de chiffonniers continuent de plus belle au sujet des remèdes à lui apporter). Cette rentrée ne fait pas exception, mais deux livres originaux méritent notre attention. L’un sur le mode tragique, l’autre comique, dessinent la réalité de la vie enseignante aujourd’hui : un chemin de plus en plus périlleux, où l’absurde le dispute au danger.

Anna Topaloff a enquêté dans les coulisses de l’école publique sur l’un des acteurs souvent oubliés de l’école – et de sa crise : le parent d’élève. Le résultat de son travail glace le lecteur de bout en bout. Au cœur de la crise de notre système, il ne s’agit pas cette fois des programmes, ni des élèves, mais des parents de ces derniers, de plus en plus frontalement opposés aux enseignants. De la récrimination contre une mauvaise note ou un redoublement à la menace physique, l’école est devenue un lieu d’affrontement constant. Parfois même mortel, comme cet été à Albi, où une enseignante a péri des suites d’une agression au couteau par une mère d’élève. Sans aller jusque-là, les risques de coups, blessures et harcèlement de la part des parents sont devenus si réels que 55 % des enseignants ont choisi de s’assurer contre eux ! Depuis 2012, une assurance est désormais proposée à cet effet par la MAIF. La même année, 364 affaires de ce type (de la bousculade au coup de poing sur la figure) ont d’ailleurs été traitées par une association de soutien au corps enseignant.[access capability= »lire_inedits »]

Mais la violence n’est que la partie saillante d’une énorme lame de fond dont on n’a pas fini de subir les effets : la mise en doute de la parole du professeur contre celle de l’élève. « Mon fils affirme qu’il ne s’est pas battu dans la cour. Vous avez dû le confondre avec quelqu’un d’autre. Votre heure de retenue ne sera donc pas appliquée » : ce mot d’un parent dans un cahier de correspondance n’est qu’un exemple parmi des milliers. Qu’il s’agisse de nouveaux bourgeois des beaux quartiers sur-couvant leurs enfants-rois ou de « monoparents » déboussolés de ZEP, le principe qui les anime est similaire. L’alliance historique, tacite, entre l’école et les familles, n’existe plus. Aujourd’hui, les parents demandent avant tout des comptes à l’école vis-à-vis de laquelle ils ont adopté des réflexes de consommateurs, que ce soit dans le service public, comme le constate Topaloff, ou dans le privé, comme l’auteur de ces lignes a pu l’observer (alors même que les frais de scolarité dans ce dernier sont en France dérisoires en comparaison de leurs montants à l’étranger, et que la notion même de « client » est d’autant plus injustifiée, si elle devait jamais être justifiée en ce domaine !) Ce réflexe de consommateur, qui n’est que l’un des avatars du credo démocratique « moi-mes droits-ma souffrance », se traduit à l’école par l’individualisation constante des demandes. L’exemple des habitudes alimentaires est à cet égard l’un des plus parlants. Sans même évoquer les questions du halal ou du casher, dont on sait quels casse-tête ils provoquent, les interdits alimentaires, les intolérances réelles ou supposées (avez-vous remarqué le nombre de personnes autour de vous qui font état avec une dose de fierté de leur intolérance au gluten ou au lactose ?) pullulent désormais. Une jeune enseignante dans un village du Jura en a fait les frais. Prévoyant une journée d’excursion à Besançon avec visite de la citadelle et du Mémorial de la Résistance, elle a dû renoncer à son projet à cause de la question de la nourriture… Chaque enfant suivant un régime particulier, il s’est révélé impossible de prévoir un pique-nique collectif. L’éducation, jadis, enseignait les règles, avant que l’expérience de la vie n’enseigne les exceptions. Principe devenu incompatible avec la tyrannie des particularismes.

Mais si les parents sont désormais devenus un problème pour les enseignants, les programmes qu’ils doivent suivre et les missions qui leur sont assignées par leur hiérarchie sont de plus en plus grotesques. Emmanuelle Delacomptée nous le raconte dans son Molière à la campagne, vif et charmant récit d’une année d’enseignement du français dans un village de Haute-Normandie. En matière de Molière, nous voilà en effet bien servis côté Trissotins des IUFM et inspecteurs à la soviétique passés au formatage inepte « nouvelle critique » : les parents d’élèves dont on parlait plus haut sont des « géniteurs d’apprenants », il ne faut plus parler de grammaire, mais de « discours raisonné de la langue », l’explication de texte est devenue « inscription du descriptif dans le narratif » et « compréhension de la fonction informative du dialogue », etc. L’autre mérite de ce livre est de nous exposer crûment une réalité mise au jour par sociologues et géographes (Christophe Guilluy avec Fractures francaises[5. François Bourin, 2010.] et Jean-Pierre Le Goff avec La Fin du village[6. Gallimard, 2012.] ): la fin de la campagne. De même que les rues centrales de Lisbonne, Dubai ou Montélimar abritent les mêmes Zara, McDo, Subway, et qu’on y achète les mêmes Smartphones, les élèves du collège des 7 Grains d’Or, « au milieu des champs de maïs », sont exactement les mêmes que partout ailleurs à conditions équivalentes. Notre jolie Candide en jupons[7. Plus vraisemblablement en jeans !] ne s’attend certes pas à une classe de village façon La Fortune de Gaspard – dans le roman de la comtesse de Ségur[8. J’ai bien conscience de citer ici un auteur aussi réactionnaire qu’Hergé, et dont les romans ne tarderont pas comme les Tintin à subir des coupes salutaires …], le jeune Gaspard est arraché à la ferme de ses parents, les fermiers Thomas, par son instituteur, qui a décelé son don pour les mathématiques. Mais elle n’avait probablement pas soupçonné que ses élèves Jordan, Kévin, Douglas, Jeffrey, Brandon, Kelly (une Charlotte et un Nicolas se sont égarés dans le lot) seraient aussi parfaitement semblables à leurs congénères des centres-villes : aussi connectés à Internet qu’éloignés de leur base géographique, aussi experts en réseaux sociaux qu’ignorants de leur environnement immédiat. Dématérialisés, en somme. Si ce récit est plein de tendresse et même parfois parcouru d’un espoir qui rappelle celui du film L’Esquive[9. Film d’Abdellatif Kechiche, 2003.] – « Comment il se fait trop arnaquer Monsieur Jourdain ! » –, le lecteur a le cœur serré quand certains d’entre eux ne voient leur avenir qu’en « clochards ».

Entre l’enclume d’un système scolaire absurde et le marteau de parents opposés par principe à la parole enseignante, les professeurs ont décidément du souci à se faire. Si, comme le disait Orwell, l’histoire de l’humanité est devenue « une course entre l’éducation et la catastrophe », nous voilà bel et bien au bord du précipice.[/access]

Anna Topaloff, La Tyrannie des parents d’élèves, Fayard

Emmanuelle Delacomptée, Molière à la campagne, Lattès

*Photo: Soleil

Ennahda récompensée de son échec passé?

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tunisie ennahda jomaa

Malgré sa constitution modérée adoptée en janvier dernier, pèse encore sur la Tunisie l’épée de Damoclès de l’islamisme. Les élections législatives qui viennent, le 26 octobre, seront déterminantes pour le pays.

En effet, Ennahda, le parti lié aux Frères musulmans, qui avait hérité du pouvoir après la chute de Ben Ali, avant d’en concéder une partie à un « gouvernement de technos » il y a quelques mois, est en embuscade. Rached Ghannouchi, son président, est en tournée promotionnelle actuellement en occident, notamment aux Etats-Unis, où il vante un islam modéré.

Familier du double discours depuis de longues années, celui qui il y a un an demandait aux salafistes « encore un peu de patience » avant de s’ébattre en liberté dans le pays, est prêt aujourd’hui à envisager une alliance avec les anciens partisans de Ben Ali. C’est dire si la possibilité que le pouvoir lui échappe l’effraie.

Contre ces partis qu’il qualifie « d’extrême-gauche », comme celui de Beji Caïd Essebsi, Nida Tounes, (l’Appel de la Tunisie) qui est en réalité un simple conglomérat centriste, le mouvement islamiste ne recule devant rien. Son bilan économique reste désespérément creux ? Il feint de laisser entrer au gouvernement des experts issus de la société civile, tel Mehdi Jomaa, l’actuel Premier ministre, dont le jeu demeure trouble. S’il a fini par acquiescer à la demande de l’Arabie saoudite de classer les Frères musulmans parmi les terroristes, sous la menace économique, Jomaa est aussi celui qui a lancé la construction d’un nouveau campus pour l’Université Zitouna, soupçonnée d’être un nid à salafistes. Vanité ou réalité ? Ghannouchi plastronnait encore il y a quelques mois en affirmant qu’aucune décision d’importance n’était prise sans l’accord d’Ennahda.

Pour la guerre contre le terrorisme, Ghannouchi la mène en paroles, et se propose même comme médiateur avec la Libye ou le Yémen. Dans les faits, il  demeure proche du Hamas, de l’Arabie saoudite ou du Qatar, suivant les jours. Or, à l’heure où le terrorisme islamique prend des proportions effrayantes, où la Libye est en proie à l’anarchie, que rien n’a été réglé dans le Sahel, pas même au Mali où se reforment près de Kidal les anciens groupes séparatistes ; alors que l’avenir de l’Algérie est imprévisible, puisque les jours de son président sont manifestement comptés, la France et plus généralement l’Europe ont besoin d’un allié sûr dans la région, pour que les dernières digues ne sautent pas.

Une Tunisie chaotique ou même islamiste est un luxe que la France ne peut se payer. La Tunisie, malgré les impérities de la dictature de Ben Ali, fut sans doute le pays le plus avancé de la région en matière de libération des femmes et d’éducation des peuples, héritage de l’ère Bourguiba. Son économie elle-même semblait presque prospère, bien que l’intérieur du pays, ferment de la révolution, ait été oublié au profit des côtes touristiques. Aujourd’hui, l’exode rural crée un nouveau lumpenprolétariat urbain à qui l’on ne promet aucun avenir, l’Etat incapable de protéger ses frontières en a fait une passoire pour migrants subsahariens à destination de l’Europe et de ses marches mêmes un terrain de jeu pour groupes terroristes.

Les beaux discours de M. Ghannouchi et de ses alliés ne parviennent plus à masquer l’échec patent de la politique des Frères, même au point de vue social : habiles pour choyer les pauvres quand ils ne sont pas au pouvoir et se créer une clientèle, ils se révèlent incapables de mener une politique véritable à la tête d’un Etat. L’Egypte de Morsi en a administré une bonne preuve.

Ni la France ni l’Europe ne peuvent ni ne doivent intervenir dans le processus d’élections démocratiques en cours – même si manifestement, l’Allemagne néo-bismarckienne ne se gêne pas, elle. Il est cependant de leur devoir autant que de leur intérêt d’avertir les populations tunisiennes du désastre qu’elles se préparent si elles votent une fois encore pour le parti islamiste. Or, selon Jeune Afrique, 45,3 % du corps électoral ne s’est pas inscrit sur les listes et n’ira donc pas voter. Face à cette indifférence populaire, Ennahda dispose de 80 000 militants efficaces. Du Proche-Orient à l’Afrique sahélienne, ce monde est une poudrière. Et la Tunisie est au milieu.

*Photo : Mohamed Hammi/SIPA. 00688449_000006. 

Guérilla sportive au parc Montsouris

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« Ta veine n’est pas gonflée au point d’exploser, alors tu dois continuer l’effort ! » En plein cœur du parc Montsouris, alors que les enfants jouent au ballon et les mamans promènent leur dernier venu le long des allées calmes et boisées, s’éreinte un groupe de sportifs que je devine être des militaires à la voix sans concession du chef de groupe. Les sportifs au t-shirt coloré, taché de sueur et de terre, n’ont pas le droit de « rompre » entre deux échauffements. Et les quelques courageux qui ont fini avant les autres, recommencent ! Le visage rouge perlé de sueur, les coureurs portent leur collègue sur le dos, escaladent les marches quatre à quatre, enchaînent pompes et abdominaux, rampent sur les graviers (alors qu’il y a de l’herbe à côté) et n’ont le droit de se désaltérer qu’à l’heure indiquée. Manque le bandana, la bande-son « The eye of the tiger », et on se croirait dans une scène de Rocky.
Une chose trouble l’observateur : les filles, dans ce groupe, sont aussi nombreuses que les garçons et les vieux n’ont pas cédé la place aux jeunes. Le tout forme une drôle de meute de subordonnés consentants aux tailles et aux formes diverses.

Renseignement pris, le groupe aperçu n’a rien d’un régiment militaire. Ce sont des volontaires qui se sont inscrits au centre sportif Urban Challenge. Une organisation qui propose des entraînements intensifs en plein air, dirigés par la poigne de fer de coachs issus des milieux militaires ou du sport français. En glissant ma souris sur le trombinoscope des moniteurs du centre, je découvre par exemple qu’Alain est commando de la marine, Alexandre sapeur-pompier, Rachid champion d’Île-de-France de lutte, et la liste est longue…

Ces offres sportives ont un succès fou et se répandent dans toute la France, après avoir envahi les Etats-Unis, comme l’a souligné récemment le New York Times. Avez-vous entendu parler des Mud Day ? Ces championnats commandos qui se déroulent un peu partout dans l’hexagone. Le concept : payer entre 35 euros et 65 euros l’entrée pour participer à une course d’obstacles façon préparation de guerre. En bref, il faut, en un temps chronométré, parcourir 13 km, un coup à plat ventre dans la boue en évitant les fils barbelés ou les fils électriques, un coup dans l’eau, un coup en se portant à la force des bras d’une corde à l’autre, et ainsi de suite…
Comment expliquer que des civils sortent des billets de leur porte-monnaie, dont on nous répète à longueur de journée qu’il souffre de la crise, pour un événement qui imite à s’y méprendre un entraînement de légion ?

Une fidèle combattante de Urban Challenge, Rachel, étudiante de 26 ans et sportive depuis toujours, explique sa motivation : « Je trouve ici ce qu’on ne trouve plus ailleurs, sauf dans les compétitions de haut niveau, le dépassement de soi ». Il est vrai que notre société n’impose plus le service militaire, qui contraignait les appelés du contingent à une forme d’exténuation physique et morale. Mais « le dépassement de soi est un défi de notre temps, que ce soit dans la vie professionnelle, sociale, et même sportive avec les courses à pied ou les sports de combat » nuance Patrick Mignon, chercheur à l’INSEP – Laboratoire de sociologie du sport de l’Institut National des Sports et de l’Education Physique.

La différence, dans notre cas, c’est que le défi est aussi physique que symbolique. L’exercice rappelle les camps d’entraînement militaires ? C’est volontaire. Le vocabulaire n’est pas anodin. « No pain, no gain » se plaisent à répéter les entraîneurs musclés. Et l’individu ou le groupe qui rechigne à respecter le cahier des charges reçoit une « punition »-une série d’exercices de fessiers par exemple. L’autorité du chef de groupe détermine l’ambiance générale. « Les épreuves, l’autorité, la rigueur, participent de l’imaginaire du volontaire, développe Patrick Mignon, qui rejoint parfois le mythe survivaliste ». Et puis, entre nous, qui n’a pas rêvé d’une fessée infligée par un beau mannequin en treillis ?

Les jeunes ressentiraient le besoin de retrouver un cadre autoritaire, tout juste explosé par leurs aînés. Le fantasme militaire en est une illustration concrète. « Il est clair que le succès de ces épreuves implique une critique de la société actuelle. » Souligne Patrick Mignon « La génération en manque d’autorité s’auto-impose ses repères. » Est-ce à dire que les jeunes sont prêts à se soumettre au service obligatoire? Notre sociologue en doute : « Le service militaire est une contrainte, une imposition institutionnelle à laquelle on ne peut-normalement-pas échapper, et qui dure tout un pan de notre vie. À l’inverse de ces activités, contraignantes un temps donné et décidé à l’avance. » Et oui, n’oublions pas que nos forcenés du week-end reprennent bien vite, après le dur labeur, leurs petites habitudes. Une douche chaude et un coca pour oublier tout ça. Et c’est reparti pour un cinéma, la conscience tranquille et de quoi épater la galerie.

Si la nouvelle génération choisit de se soumettre à la contrainte, c’est à géométrie variable : quand et où elle veut. Doux compromis entre un soi-disant besoin de structure et la revendication de sa liberté chérie. Avec, à la clé, de belles images pour passer la nuit.

*Photo: D.R.

PS : la fièvre des exclusions

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hamon filoche valls pas

Une fièvre d’exclusion vient de saisir le Parti socialiste. Jean-Luc Mélenchon ironise : «Nous allons peut-être devoir ouvrir un camp de réfugiés». Ce mercredi, c’est Benoît Hamon qui s’est vu montrer par Stéphane Le Foll la direction de la porte. Même si cette injonction a peu de chances d’être suivie d’effet, on peut s’interroger sur l’attitude du porte-parole du gouvernement. Il avait dit quoi, au fait, Hamon ? Que la politique du gouvernement menaçait la République. Comment ? En favorisant un « désastre démocratique », conduisant non seulement Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle mais éventuellement à la possibilité que la patronne du FN conduise le pays dès 2017. Que Stéphane Le Foll soit en désaccord avec cette analyse, on peut le comprendre. C’est une affaire d’appréciation. Mais depuis quand un élu socialiste ne peut-il pas considérer que l’arrivée du FN au pouvoir ne menacerait pas la République ? La Hollandie aurait-elle changé d’avis sur le sujet, tournant le dos à la position constante de la gauche sur le sujet ? On se moque. Le Foll n’en est évidemment pas à considérer le FN comme un parti comme les autres. Il est seulement atteint d’une fièvre purificatrice. Tous ceux qui critiquent la politique du Président n’ont rien à faire au PS. Toute critique est désormais proscrite. Non seulement à l’intérieur du gouvernement –Hamon en a déjà fait les frais avec Arnaud Montebourg, et pour des raisons de cohérence gouvernementale, cela n’avait rien d’illogique. Mais aussi à l’intérieur du parti.

La veille, c’est Gérard Filoche qui faisait l’objet d’une déclaration du Premier ministre en personne lors de la séance des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale. Manuel Valls a ainsi publiquement considéré que l’ancien inspecteur du travail, figure historique de la gauche de la gauche du PS, « n’était plus digne d’appartenir au parti ». Le tweet de Filoche, réagissant au décès accidentel de Christophe de Margerie, était effectivement plutôt con. N’est pas Jean Yanne qui veut. En ne voulant pas céder, comme l’acteur-réalisateur de Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil à la communion universelle autour de la mort du PDG de Total, Filoche a eu la délicatesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaines et a déclenché contre lui une hystérie qu’on retrouve plutôt, d’habitude, après des déclarations de Jean-Marie Le Pen, Nadine Morano ou Eric Zemmour. Que cette hystérie, après une connerie twittée, reste confinée sur internet, passe encore. Mais que le Premier ministre de la France, qui doit quand même avoir d’autres chats à fouetter, commente solennellement un tweet et gère, sous la pression d’élus de l’opposition, les affaires disciplinaires du PS, c’est pitoyable. La Haute autorité du PS est saisie et Filoche se trouve dans le collimateur. On imagine Jean-Christophe Cambadélis, déjà condamné deux fois par la justice, prononcer l’exclusion de Gérard Filoche à cause d’un tweet mal embouché… Vous me direz : le même Camba a déjà montré la porte à un député qui avait le tort de payer ses impôts en retard. Le ridicule ne tue plus au PS depuis longtemps. Evidemment, le tweet idiot de Filoche tombe plutôt bien pour se le payer. Il est surtout l’un des socialistes les plus critiques de la ligne Valls-Macron.

Les dirigeants de l’exécutif et du PS se rendent-ils compte que cette propension à demander le départ des uns et des autres pourrait s’avérer un poil contre-productive ? Certes, Hamon ne partira pas, pour la bonne et simple raison qu’il souhaite lui-même prendre la tête du PS lors du prochain congrès. Mais Filoche ? Il symbolise caricaturalement une certaine gauche de toujours, qui a fait le choix, contrairement à Mélenchon, de rester au PS, et dont la présence rassure encore une partie des militants, de sympathisants et des électeurs qui pense, sans doute à tort, que la partie peut encore être gagnée contre la ligne sociale-libérale. Imagine-t-on l’UMP exclure Nadine Morano après l’une de ses foucades ? Filoche, c’est un peu un Morano de gauche. Il est une caricature de son camp. Et électoralement, c’est souvent utile, les caricatures. Le PS a perdu des milliers d’élus et de collaborateurs d’élus aux dernières municipales. Il en perdra encore à l’occasion des prochaines élections départementales et régionales. Est-il en position de virer tous ceux qui tweetent avec leurs pieds ?

*Photo : wikicommons.

McCarthy se dégonfle

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Nos élites culturelles nationales ont du goût pour ce qu’elles appellent la transgression dans l’art : à ces femmes qui se rêvent « belles et rebelles », mais paraissent essentiellement rébarbatives et toujours au bord de la crise de nerfs, à ces hommes qui cultivent ostensiblement l’« esprit de résistance » avec une audace de pirate des Caraïbes élevé dans une baignoire, il faut toujours plus d’audace, mais familière, identifiée, produite par une petite usine à frissons portative.

Le plat de la main placé en visière, disposés comme des sentinelles aux avant-postes, ils scrutent les déplacements de mode, les transhumances d’engouement. À ce jeu de guet, les socialistes de pouvoir et leurs alliés, naguère encore dominants, aujourd’hui déconsidérés, définitivement coupés de la classe ouvrière qui fit leur réputation, ignorés de la classe moyenne qui fit leur succès, désormais affolés de reconnaissance, se jettent sur tout ce qui pourrait redorer leur blason de révolutionnaire en peau de lapin. Rainettes de mare asséchée et  roitelets de lounge bar, ils ne produisent plus qu’une illusion de hardiesse.

Leur héros du moment se nomme Paul McCarthy (voir L’art du divertissement Causeur). On ne s’étendra pas outre mesure sur le cas de ce personnage, rusé inventeur du système de compensation monétaire de l’« étron or », et qui, pour cette raison, restera dans les annales (!). Ses démonstrations fécales dégagent une odeur d’argent plus ou moins frais, et n’ont de valeur « transgressive » que pour les collectionneurs, qui en espèrent une confortable plus-value, et pour les excellences socialistes françaises, qui en attendent un petit prestige sulfureux.

Sur le mode de l’outrage fait à liberté de création et d’exposition, ces derniers tentent de présenter Paul McCarthy en victime de l’obscurantisme, alors que cet impayable provocateur assermenté ne saurait prétendre qu’au statut de martyr de la fosse septique. Pour alerter la foule et l’attirer vers ses guichets, où le prix d’entrée s’élève à 40 €, la FIAC, avec l’aide des autorités gouvernementales et municipales, a érigé une prétendue œuvre du sieur McCarthy au beau milieu de la place Vendôme. L’érection de la chose gonflante provoqua les cris d’orfraie. On parla de honte, de Paris humilié… Deux jours plus tard, des « terroristes » dégonflaient l’arbre (tree en anglais), dont le houppier pas plus que le tronc, tous deux raplaplas, n’étaient alors en mesure de donner du plaisir à l’orifice d’un quelconque géant vert. Il faut préciser que ce sapin gigantesque se présentait plutôt comme un distributeur de volupté dans la zone érogène dite du pétard, du popotin, du fion !

Gros émoi dans la ruche des élites et des zélotes : François Hollande, don juan à temps complet et locataire à temps partiel du palais de l’Élysée, ne craignit pas la boursouflure : « La France sera toujours aux côtés des artistes comme je le suis aux côtés de Paul McCarthy, qui a été finalement souillé dans son oeuvre ».

Fleur Pellerin, ministre 2.0 de la culture, se répandit en lamentations sur les réseaux (a)sociaux. La dame tuitait d’un doigt rageur : « C’est une atteinte insupportable à la liberté de création. Sans parler de l’agression physique d’un artiste. Soutien à Paul McCarthy. ».

Et un certain Bruno Julliard, ancien jeune, apparatchik confirmé, présentement adjoint à la culture du maire (de la maire ?) de Paris, y est allé de son couplet de vierge effarouchée : « « […] la honte et l’humiliation pour la France, ce n’est pas l’oeuvre gonflable éphémère place Vendôme. Ce sont ces imbéciles qui la dégradent. ».

Alors, il faut dire et répéter que tout cela relève de la farce et du scandale de mauvaise fabrication. Ce McCarthy est un artiste millionnaire, un provocateur d’État, célébré, choyé. Il n’est pas plus subversif qu’un pet neutre, incapable, malgré sa masse volumique, de provoquer, par contraste de température, la moindre poussée d’Archimède.

Les vrais amateurs de ces choses, les raffinés du déduit, les sybarites éclairés, fréquentent volontiers d’autres lieux que des place publiques encombrées de petites suffocations socialisantes. Ils connaissent, depuis belle lurette, l’usage du chapelet thaï, délicatement perlé, et fréquentent Au bonheur du jour, la superbe galerie de Nicole Canet, rue Chabanais (où prospérait un bordel fameux) à Paris, dans le IIe arrondissement. Ils y admirent en toute quiétude de magnifiques olisbos très anciens et de belle taille. Nicole y poursuit en outre un travail d’édition rare, à la fois savant et sans tabou. Toutes les formes du désir y sont considérées. C’est ainsi qu’on pourra acquérir, à partir de 31 octobre, son dernier ouvrage, explicitement intitulé : Plaisir et débauches au masculin, 1780-1940 : « Luxure et créatures gracieuses, corsetées et parfumées dans les aquarelles inédites d’Arthur Chaplin réalisées en 1888 ; les orgies dionysiaques dessinées avec fougue par Hildebrand ; excès et fantasmes d’écrivains, poètes et dandys, à la réputation sulfureuse qui ont pour noms : Jacques d’Adelswärd-Fersen, Jean Lorrain et Oscar Wilde ; ouvrages d’Andréa de Nerciat… ». Voilà qui donne envie ! On est loin du petit monde des « résistants » et des bas bleus ulcérés.

Après sa mésaventure, M. McCarthy, artiste académique, déclara forfait. Il cessait de vouloir explorer le… fondement des parisiens. Dégonflé un jour, dégonflé toujours ! Paris ne succombera pas au maccarthysme.

En guise de salutations aimables, nous lui dédions la très spirituelle réponse d’Isabelle Adjani, dans La journée de la jupe. À l’un de ses élèves, qui lui jette au visage : « Vas te faire enculer ! », puis répète son injure, elle réplique : « Oh non, deux fois, ce serait de la gourmandise ».

Djihadistes made in America

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agression ottawa mausole

agression ottawa mausole

 Jeudi, en début d’après-midi,  Zale Thompson, 32 ans, s’est précipité, une hache à la main, sur quatre policiers qui patrouillaient dans le Queens. Deux policiers ont été touchés – dont un grièvement – avant que leurs collègues ne dégainent et n’abattent l’agresseur. Ce matin, la police newyorkaise et le SITE (centre américain de surveillance des sites islamistes) ont informé la presse que Thompson présentait le profil d’un islamiste aux idées extrémistes. Ainsi, ce SDF avait diffusé sur sa page Facebook sur sa page un appel en arabe à la lutte armée. Si l’on peut se demander s’il comprenait ce qu’il publiait, une vidéo qu’il a postée sur YouTube il y a un mois dissipe nos derniers doutes : l’ancien marine y déclare que « le jihad est une réponse justifiable à l’oppression des sionistes et des croisés ».

Un peu plus de 24 heures après l’agression perpétrée par Zale Thompson, Michael Zehaf-Bibeau, un Canadien de 32 ans qui se faisait appeler Abdul et dont l’extrémisme était tel qu’il avait été exclu d’une mosquée de la banlieue de Vancouver, tuait un militaire en faction devant un monument aux morts, puis pénétrait dans l’enceinte du Parlement. Tirant en tous sens, il terrorisait la ville, voire le pays tout entier, avant de se faire tuer. En juillet dernier, « Abdul » avait été empêché in extremis d’embarquer sur un vol à destination de la Turquie afin d’accomplir son jihad en Syrie aux côtés de l’Etat islamique. Relocalisant son Jihad à Ottawa, il a retourné sa violence contre la société canadienne.  Jamais deux sans trois, dit-on : la semaine du jihad avait justement été lancée par Martin Couture-Rouleau, un canadien de 25 ans, que la presse de son pays qualifie de « sympathisant de Daech ». Ce « fan » de l’Etat islamique, converti à l’islam le plus extrémiste il y a un an, se faisait appeler Ahmad. Lundi, il a écrasé avec sa voiture deux militaires canadiens dans le parking d’un centre commercial, avant de se faire tuer à l’issue d’une course-poursuite avec la police.

On dit qu’il n’y a pas de lien entre ces trois personnes dont les chemins ne se sont jamais croisés. C’est évidement faux. Ils ont tous les trois répondu au même appel : un jihad à la petite semaine, au coin de la rue avec les moyens du bord. En l’occurrence, l’appel au combat n’est pas une métaphore. Il y a un mois, l’Etat islamique avait appelé les musulmans du monde entier à tuer des ressortissants des pays – , notamment Américains et Français – engagés dans la coalition internationale mise en place pour le combattre en Irak et en Syrie.

Dans un appel bien précis, enregistré en arabe puis traduit en anglais et français, Abou Mohammed al-Adnani (Taha Subhi Falaha, de son vrai nom), porte-parole de l’EI, a exhorté ses fidèles à passer à l’acte : « Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout autre citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière […] Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire ». Il donne ensuite des instructions sur la manière de mener le Jihad sans armes ni explosifs : « Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le ». Les deux Canadiens et l’Américain qui se sont attaqués, avec ce qu’ils avaient sous la main, aux porteurs d’uniformes dans des pays engagés contre l’EI ont scrupuleusement suivi ces instructions.

Nous sommes donc devant une vague d’attentats « système D ». Et les mauvaises nouvelles ne s’arrêtent pas là : il est probable qu’il n’y ait pas de solutions efficaces à ce mode opératoire sans doute appelé à se banaliser.  Si les lieux sensibles – gares, aéroports, bâtiments publics etc. – bénéficient déjà d’une protection étroite, désormais, partout, tout un chacun est une cible ambulante. C’est bien le problème.

Ce type de terrorisme artisanal n’est pas planifié comme l’était le terrorisme du XXe siècle par des stratèges qui envoyaient des commandos exécuter leurs ordres. Nous sommes devant une mode d’action « citoyen » où chaque fêlé greffe ses pathologies psychologiques et ses griefs personnels sur une « cause », certes vague mais extrêmement mobilisatrice. Autrement dit, l’islam est devenu une marque qui incarne le refus absolu, le rejet de tout et l’alibi d’une rage, peu importe son origine, qu’on ne peut plus contenir.

Par une sorte de coïncidence, les premiers à avoir identifié le potentiel radical de l’Islam, il y a un siècle, étaient aussi Américains. Dans le Détroit des années 1920, certains noirs issus de l’exode des descendants d’esclaves fuyant la misère et les lynchages des Etats du Sud, ont fondé la Nation de l’Islam (NOI). Sans s’embarrasser de considérations les fondateurs de la NOI, Wallace Fard Muhammad et Elijah Muhammad, utilisaient l’islam comme voie de rupture totale avec une culture américaine pétrie de christianisme. La référence islamique les faisait notamment changer radicalement de prénom et de nom. Les « noms d’esclaves » (souvent tirés de l’Ancien et du Nouveau testament) laissaient place à des prénoms arabes et coraniques (Cassius Clay devenant Mohamad Ali). L’islam permettait ainsi à ces noirs américains de faire un pas de côté, de sortir d’une histoire et d’en intégrer une autre. Un peu moins d’un siècle plus tard, la boucle semble bouclée. Avec pour toute substance un rejet absolu de l’Occident (tout ce qui a trait à la chrétienté, au judaïsme et à la modernité), l’islam radical revient en Amérique du Nord via Internet pour transformer marginaux et délinquants en soldats d’Allah et justifier toutes leurs revanches et règlements de compte – réels et surtout imaginaires.

*Photo:Justin Tang/AP/SIPA.AP21642599_000002

Hollande, Renzi et Deng Xiaoping

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renzi valls bruxelles deng

renzi valls bruxelles deng

La différence essentielle entre l’économie et l’astrologie, c’est que les voyantes n’ont pas toujours tort.  Des bolchéviques des roaring twenties aux friedmaniens des puantes eighties en passant par les keynésiens de tous temps et de tous bords, aucune école n’a tenu ses promesses de monde meilleur. Et toutes les chapelles ont déployé une part non négligeable de leur activité à expliquer pourquoi d’abominables contraintes extérieures ont démoli leurs châteaux de cartes purs et parfaits.

Comme on ne se refait pas, je reste toutefois imprégné de fondamentaux marxistes, genre accumulation primitive, plus-value, ou loi de la valeur, mais comme je ne suis pas un benêt à plein temps, il ne m’a pas échappé qu’au pied du mur, ou disons au choc du concret, il y avait un ratage dans le potage. Avec le recul, mon seul maître à penser est donc Deng Xiaoping et sa lumineuse formule : « Chat noir, chat blanc, le bon chat est celui qui attrape les souris». Il semblerait d’ailleurs que trente ans après qu’on a commencé à la mettre en œuvre, cette ligne pragmato-pragmatique n’ait pas trop mal réussi aux Chinois.

Comme il faut bien en venir au sujet promis dans le titre, voilà le rapport avec Hollande, Valls et autres néo-socialistes qui proclament être business-friendly. Renzi est adepte de Deng, et pas eux. Matteo est adepte de Deng en économie quand il préconise de concert solutions libérales et étatistes pour tenter de sortir son pays de la crise quand nos dirigeants ne font que piocher leurs solutions-miracles dans les lots à réclamer de la vulgate économique orthodoxe. Mais Renzi est aussi adepte de Deng en politique : pour lui, dans la conquête de l’opinion publique, tout ce qui rentre fait ventre.  Lui dont les gènes sont férocement fédéralistes (contrairement à la plupart des dirigeant du Parti démocrate, il n’est pas d’origine néocommuniste, mais centriste), il n’a pas hésité à utiliser les pires (donc les plus réjouissants) arguments populistes dans son bras de fer avec la Commission européenne.

On le sait,  les eurocrates de Bruxelles sont furieux contre les budgets 2015 de la France et de l’Italie. Face à ces critiques très violentes et exprimées de surcroît par écrit, les dirigeants français font profil teckel,  tentant de faire croire qu’il n’y a pas de gros désaccord : « J’ai reçu une lettre très banale, conforme à la procédure », explique tranquillement Hollande.

Renzi, lui, ne mange pas de ce gressin-là: Bruxelles lui cherche des crosses ? D’abord, il s’explique, pour la forme, sur le fond : « Les circonstances actuelles etc., etc. », et tout de suite après il sort le bazooka contre les eurocrates en suggérant que Bruxelles devrait plutôt se pencher sur son propre budget : «Nous allons publier les données sur tout ce qui est dépensé par ces palais. On va bien s’amuser». Plus populiste, y’a pas et plus malin non plus. Lui l’européiste convaincu a su remiser ses certitudes dans sa poche, parce qu’il a mesuré l’exaspération de ses concitoyens. Il a procédé à cet aggiornamento avec clarté, violence et humour. Il a en même temps ravi ses concitoyens et terrorisé ses adversaires qui ne comprennent que la force. Toutes choses qu’on n’est pas près de voir à Paris.

Oui Manuel Valls a raison, les socialistes français devraient en finir avec le dogmatisme. Mais pas celui qu’on croit…

*Photo : Luca Bruno/AP/SIPA. AP21639541_000001

Le jeu de go du Parti communiste chinois

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chine honk kong parapluie

chine honk kong parapluie

Le plénum du comité central du Parti communiste chinois se termine à Pékin dans une ambiance particulière. L’attention des médias est retenue par les éléments de langage savamment distillés par l’agence Chine Nouvelle et Le Quotidien du Peuple, les organes de presse proches du pouvoir. Ordre du jour de l’assemblée plénière: “l’autorité de la loi”. On trouve mieux comme slogan marketing mais au moins on comprend que le but n’est pas de “réanchanter” le rêve chinois ou de lutter contre notre ennemi la finance.

Derrière la propagande un peu vieux jeu du parti unique, se joue une partie plus subtile mais non moins féroce. La restauration de l’autorité de la loi va se concrétiser par l’humiliation publique de Zhou Yongkang, l’ancien mentor de Bo Xilai. L’ex-rival de Xi Jinping tombé en 2013 était parrainé par cet ancien membre permanent du Politburo, où il était l’équivalent de notre ministre de l’Intérieur parmi les “huit immortels”. C’est lui qui a été désigné comme bouc émissaire du comité central. La longue tradition d’épuration chinoise veut que l’Empereur offre au peuple la tête d’un grand seigneur. Ironie du sort, cet ancien chef des services de sécurité s’était érigé lui aussi en héros de la lutte anti-corruption (avec Wang Lijun et Bo Xilai) au prix de nombreuses purges dans l’appareil. Au sein de la nomenklatura chinoise des princes rouges, les héritiers des compagnons de Mao et Deng Xiaoping se savaient dans le collimateur. Une lutte anti-corruption inquiétante pour les familles de Wen Jiabao et Xi Jinping, dont les fortunes sont estimées à des centaines de millions d’euros (dont une bonne part est à l’abri dans des paradis fiscaux). Cela méritait bien un petit recadrage interne et un rappel à la loi… du parti.

L’ascension de Xi Jinping et la chute de Bo Xilaï ont ainsi été interprétées comme une riposte de Jiang Zeming et des princes rouges de Shanghai pour faire cesser les révélations de scandales de corruption au plus haut niveau. Toutefois la séance d’autocritique du PCC pourrait avoir un autre objectif qu’une simple opération de blanchiment politique.

Les oligarques communistes, au-delà de cette subtile manœuvre d’appareil, sont marqués par la révolte de Hong Kong. L’origine du mouvement de Hong Kong est précisément le ras-le-bol de la corruption de la police et du gouvernement local et la mise en œuvre d’une vraie démocratie.  Il s’agit pour Pékin de le contenir au plus vite en affichant la détermination du pouvoir central à lutter contre le népotisme.

Pour Pékin, la tête de l’ancien responsable des services de sécurité sera un trophée pour amadouer Hong Kong la libérale. L’annonce en fanfare de la lutte contre la corruption au sein du PCC et la vague promesse d’un Etat de droit seront une carte supplémentaire dans les négociations en cours entre les étudiants et les autorités de la cité financière.

L’art de la guerre de Sun Zu apprend aux stratèges chinois qu’il est préférable de vaincre sans combattre. Les leçons de Tiananmen ont été tirés.  La révolution dite des parapluies a été gérée de main de maître par Pékin: peu de gaz lacrymogène, usage limité du casque et du bâton, des policiers en chemisettes et gilets jaunes et bien sûr pas de chars d’assaut. Dès lors l’Occident a peu d’images de violences à exhiber. À défaut de bavure policière qui ferait tout dégénérer, la révolution est en train de pourrir sur place. À l’usure, le mouvement s’essouffle et le pouvoir chinois cherche à pousser son avantage.

Une stratégie tout en douceur d’autant plus habile que l’Europe et l’Amérique jettent un voile pudique sur les événements de Hong Kong. Laurent Fabius qu’on a connu plus incisif a dit espérer “qu’un dialogue constructif et pacifique [permette] un accord qui soit conforme à la loi fondamentale de Hong Kong ». On sait bien que l’ingérence se paye cash dans l’Empire du Milieu. Diplomates et politiques, d’habitude si bavards sur la démocratie, préfèrent se pencher sur Ebola, c’est moins risqué que de hausser le ton à Hong Kong pour défendre les étudiants.

Officiellement, Pékin se garde bien d’intervenir directement dans le conflit hong-kongais et reste en arrière-plan. L’assimilation en douceur de l’ancien comptoir britannique est un préalable absolu à la réintégration de Taïwan. Réunification chinoise dont l’enjeu stratégique est le désenclavement de la mer de Chine; actuellement sous contrôle de la marine américaine.

*Photo: kyodowc121388.JPG k/NEWSCOM/SIPA.SIPAUSA31316664_000001

La sexualité pour les petits nuls

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zizi sexuel onfray

zizi sexuel onfray

Michel Sardou se posait déjà la question : comment fait-on l’amour ? – d’autant que la fille « [n’avait] pas quinze ans ». À l’époque baba, on baisait tôt mais on ne savait rien. Aujourd’hui, on baise tard mais on sait tout. Le Suisse Zep, l’auteur à succès de la bande dessinée « Titeuf », qui plante son décor dans les cours d’école, n’est pas pour rien dans la verbalisation juvénile des sentiments et des choses un peu crades mais néanmoins vitales qui les accompagnent. L’exposition « Zizi sexuel, enfin le retour ! » à la Cité des sciences et de l’industrie, à Paris, à l’affiche jusqu’au 15 août 2015, est inspirée du « Guide du zizi sexuel » (éditions Glénat), dont l’Helvète prolifique est l’auteur. Elle participe de cette approche théorique du corps érotique. En deux langues ici, les notices explicatives étant rédigées en français et en anglais.

L’exposition, lors de sa première programmation, au même endroit, en 2007, avait attiré 340 000 visiteurs. Cette nouvelle édition se tient dans un climat sociétal sans doute plus tendu qu’il y a sept ans, le progressisme en termes de mœurs ayant favorisé la propagation de son double et contraire, le puritanisme, comme en atteste l’action récente menée contre le « Plug anal », Place Vendôme, quel que soit l’avis de chacun sur la pertinence de cette « provoc » qui aura tenu quelques jours. De fait, l’association conservatrice SOS Education s’élève contre « Zizi sexuel », hébergé qui plus est à la Villette, un cadre scientifique susceptible d’apporter caution et légitimité à une telle manifestation, s’insurge un représentant de l’association, Jean-Paul Mongin, interrogé par Europe 1. La pétition « Non au Zizi sexuel ! », fruit militant de cette indignation, a recueilli jusqu’ici environ 40 000 signatures.

Le pire service qu’on puisse rendre à l’exposition et à sa commissaire, Maud Gouy, serait de ne pas dire ce qu’on voit ou ce qu’on « ressent » face aux choses montrées et explicitées, de crainte de susciter l’opprobre. Oui, c’est assez cru et c’est évidemment voulu. La médiation est dans le « ludique », qui met l’objet à distance non de son usage concret mais de sa représentation réelle, potentiellement pornographique. Ici, le désir est freiné et même, d’une certaine manière, refréné. La fonction tue le fantasme. Autrement dit, les fantasmes de l’enfant et les éventuelles interrogations afférentes, sont censés trouver un sens et une réponse. Cette exposition, c’est la transposition d’un sex-shop associée à la pédagogie de « C’est pas sorcier », l’émission périscolaire diffusée le samedi matin sur France 3, avec « Jamy les bons tuyaux » en vedette.

On y va ? C’est parti. Des adultes – papa, maman, mamie, éducateur ou éducatrice – accompagnent les enfants dans leur parcours-découverte. Première étape : le baiser sur la bouche, sur le mode « t’es pas cap’ ». Filles et garçons sont invités à donner des bisous à des personnages animés, que sont soit Nadia, l’amoureuse de Titeuf, soit ce dernier, l’image de ces baisers étant reproduite sur écran, tel un dessin animé. En apparence, point de confusion des genres : les filles miment des baisers à Titeuf, les garçons, à Nadia. L’adulte présent aiguillera l’enfant emprunté vers le sexe opposé. Des moments de rigolade.

Après la technique, le sentiment, heureux ou blessé – il n’y pas d’âge pour se prendre un « râteau » : « Pourquoi l’amour c’est difficile ? » est-il écrit, d’une écriture d’enfant, sur l’un des panneaux du « parcours ». « Parce que, répond la notice, c’est plein de surprises et qu’il n’y a aucune loi en amour. Quelquefois, on peut arrêter d’être amoureux parce qu’on n’en a plus envie. C’est la vie. Et d’autres fois, on aime quelqu’un qui ne nous aime pas. C’est ce qu’on appelle un chagrin d’amour. On croit toujours qu’on ne s’en remettra jamais, mais un jour ça passe. Il n’y a qu’à laisser faire le temps. (…) » Sur une musique en rapport, une vidéo que les enfants regardent la tête tournée vers le ciel, le dos couché sur un lit de romance, fait défiler des extraits de films montrant des couples amoureux chastement enlacés, d’autres se séparant dans les cris et les larmes. On aperçoit Jean-Pierre Léaud (est-ce dans La maman et la putain  ?).

« Je préfère l’emmener ici plutôt qu’il n’aille sur Internet, dit une mère, musulmane, voilée, accompagnant son fils dans l’exposition. Il a neuf ans, il parle de toutes ces choses-là, pose des questions, je ne sais pas trop quoi répondre, ici c’est bien, ce n’est pas vulgaire. » Un père, au sujet de son fils, qu’il suit du regard : « C’est lui qui réclamait cette expo, explique-t-il. Il faut vivre avec son temps. Ça montre à mon fils qu’il n’y a pas que lui qui s’intéresse à ça. Du moment qu’il n’y a pas de gène. » Or gêne il y a, ainsi que le stipule le panneau suivant : « Tout le monde est gêné de se mettre nu devant quelqu’un. Ça s’appelle la pudeur. Et c’est plutôt bien d’avoir un peu de pudeur, comme ça on garde son intimité pour la personne qu’on aime, comme un cadeau. Mais la pudeur, c’est aussi avoir peur de parler d’amour et de sexe. Dire qu’on est amoureux, c’est un peu comme dire un secret très personnel. L’amour, c’est très intime. » Le synode romain ne dirait pas le contraire. Pour l’instant du moins.

L’exposition gagne en intensité à mesure qu’on progresse dans le parcours. En d’autres termes, ça devient sérieux. Voici les différents baisers, rendus par diverses sonorités obtenues en appuyant sur des boutons : le baveux, l’explosif, le contagieux, le métallique, le distrait, l’agressif… « Tu essaies tous les bisous ? Ho ho ! Dégueulasse ! » dit, amusé, un adulte à son enfant qui a pressé sur le bouton « baveux ». Mieux vaut, pour une telle visite, des parents pas trop « coincés », sinon le but éducatif risque d’être contraire à celui recherché.

Au stand « puberté », des garçons et des filles placent leur visage, à hauteur de tête, dans la cavité de deux sortes de moules ayant la grandeur d’un enfant et se faisant face, représentant, l’un une fille, l’autre, un garçon. Ce que l’enfant voit, il le voit comme dans un miroir, ce corps nu qu’il a devant lui étant un corps dessiné et animé, en train de « changer ». Des poils poussent sur le torse des garçons, leurs muscles apparaissent, le sexe s’allonge, mais c’est un sexe qui n’a pas l’air d’en être un, c’est une sorte de bouchon qui s’étend et tombe dans un effet comique. Les filles voient leur poitrine pointer comme des obus et leurs poils pubiens sortir comme de la barbe. On est, du moins se place-t-on dans le registre du drôle. Ce que ces enfants voient, c’est eux – ou bientôt eux – et à la fois ce n’est pas eux.

« C’est moi qui ai pris la décision de venir voir cette exposition », dit une mère observant « Lili », sa fille de 10 ans. « Lili, qui est timide, était un peu gênée par le passage sur le préservatif, mais c’est important qu’elle soit sensibilisée à ces questions, explique-t-elle. Bientôt elle aura ses règles. Il y a aussi cette mise en garde judicieuse contre la pédophilie. On n’a pas eu ça à leur âge, mais justement, si on l’avait eu, ça aurait pu répondre à des questions. »

Le reste – l’accouplement, la procréation, la naissance (pour peu que cet enchaînement soit désiré, sinon il existe la pilule et/ou le préservatif, prévient-on) – appartient aux enfants et à leurs parents, ou encore, ce jour-là, à ce groupe de jeunes adolescents atteints de déficience mentale emmené par un groupe d’éducateurs, la sexualité des handicapés n’étant pas une mince affaire sans que cela soit une montagne non plus. Au terme du parcours, les plus hardis s’affrontent au « quiz du zizi sexuel », qui évaluent les connaissances acquises. Et si l’on y tient vraiment, on peut en toute fin s’attarder à « la boutique de l’expo », qui propose toute une littérature jeunesse et adulte sur des questions de comportement et de psychologie. Alors on se dit que la civilisation a encore une fois tenu tête au « ça ».

Henri Guaino a-t-il le droit de critiquer un juge?

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guaino juge gentil

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Résumé des épisodes précédents : Pour avoir qualifié la mise en examen de Nicolas Sarkozy de décision « grotesque », « insupportable », « irresponsable », « intolérable » et déclaré que le juge Jean-Michel Gentil avait « déshonoré la justice » sur différentes antennes, dans la semaine du 22 au 28 mars 2013 , Henri Guaino répondait hier aux accusations d’outrage à magistrat et d’atteinte à cl’exercice de la justice.

Les décors ne sont pas signés Roger Harth, ni les costumes Donald Cardwell.

Personnages :

– Henri Guaino, député UMP des Yvelines et ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy.

– Me Dupond-Moretti, avocat du précédent.

– Christophe Regnard, ancien président de l’Union syndicale de la magistrature (USM).

– Me Barouse et Me Forster, avocats du juge Jean-Michel Gentil.

– Présidente du tribunal Anne-Marie Sautereau

– Procureur

– Un bretteur échevelé, l’Union des étudiants juifs de Jérusalem-Ouest, Pierre Panet : parties civiles signataires d’une Question Prioritaire de Constitutionnalité[1. Réforme introduite sous la présidence de Nicolas Sarkozy pour permettre au citoyen d’interpeller les Sages à partir d’une affaire de droit.]

Décor : Sous les boiseries de la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Des dizaines de journalistes assistent à l’audience dans une salle remplie de députés UMP venus soutenir Henri Guaino : Marc Le Fur, Julien Aubert, David Douillet, Valérie Boyer, Jacques Myard, Alain Marsaud, Patrick Ollier, l’ancien magistrat Georges Fenech.

Verbatim sélectif :

La présidente du tribunal ouvre la séance. Un sexagénaire échevelé ouvre le débat préliminaire, à la grande colère du procureur et des avocats du juge Gentil, furieux de voir l’audience « prise en otage par ces personnages » hauts en couleurs. Me Dupond-Moretti fulmine contre ces parties civiles, « adeptes de la quenelle », dont le conseil « couvre l’antisémitisme sur Youtube ». L’un des signataires d’une QPC, adressée au Conseil constitutionnel, porte une canne. Il s’appelle Pierre Panet et sa résidence est sise théâtre de la Main d’Or, chez Dieudonné.  L’échevelé traite Dupond-Moretti d’« avocat des assassins » puis interroge la « légalité constitutionnelle des syndicats de magistrats ».

Le conseil d’Henri Guaino lâche : « On est chez les dingues là ! »  puis quitte la salle avec son client.

L’avocat du juge Gentil invite à « sanctionner ce genre d’interventions parasites ».  La présidente annonce l’examen de la Question Prioritaire de Constitutionnalité le 25 novembre.

Henri Guaino et son conseil réapparaissent. L’accusé prend la parole à la barre : « Ce n’est pas un procès comme les autres. Nous sommes venus débattre d’une question politique, au sens le plus noble du terme : la liberté d’expression d’un représentant de la nation ». Sans aller trop loin dans l’emphase, Guaino invoque « la démocratie, la République, le pays des droits de l’homme », et proclame sobrement que « toutes les tyrannies sont à combattre, même les tyrannies judiciaires ». Paradoxalement, le gaulliste canal historique s’appuie sur une jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), laquelle avait sanctionné la France après la condamnation par nos tribunaux de l’injurieur de Nicolas Sarkozy (affaire du « Casse-toi pauvre con ! »). Guaino excipe de son immunité parlementaire, puisqu’il a tenu à l’Assemblée les mêmes propos que ceux incriminés : « L’exercice du mandat parlementaire s’arrêterait-il à l’hémicycle ? Cela ne tient pas debout ! » Sur le fond de l’affaire Sarkozy-Bettencourt, Henri Guaino rappelle que le juge Gentil a fini par rendre un non-lieu en octobre 2013, confirmant ainsi son « erreur de jugement ». Au nom du « droit imprescriptible à l’indignation et à la critique », il se défend de toute pression sur la justice. Autant que faire se peut, le député souverainiste allergique aux instances supranationales aimerait ne pas être amené à plaider sa cause devant la CEDH.

Me Forster, avocat du juge Gentil, l’interroge. Une petite leçon de droit attend Henri Guaino : « Quelle définition donnez-vous à l’outrage ? » Guaino cite le député républicain Julien Fabre : « L’outrage, cela se ressent mais cela ne se définit pas », avant de préciser que ce chef d’accusation doit être laissé à l’application arbitraire du juge. Il cite l’exemple du « mur des cons » du Syndicat de la magistrature, sur lequel il trônait. Rappelle à l’avocat de la principale partie adverse que 105 députés ont signé une pétition revendiquant les mêmes propos. Pourquoi ne sont-ils pas poursuivis ? Henri Guaino donne du « Madame le président », ce qui a le don d’amuser Julien Aubert et les autres bancs de l’UMP.

Mais l’interro de droit continue.

Le conseil du juge Gentil : « Savez-vous ce qu’est un abus de liberté ? »

Et Guaino de répliquer : « Et un abus de pouvoir ? Je préfère la caricature à la censure. Je revendique mon droit à l’indignation, à la polémique »

L’avocat : « Et à l’outrage ? »

Guaino : « Je ne sais pas ce qu’est un outrage, je sais ce qu’est une diffamation. »

Me Dupont-Moretti vole au secours de son client avec sa faconde habituelle : « Vous parlez d’impartialité. Or, le juge Gentil avait signé un brûlot antisarkozyste dans Le Monde quelques jours avant la saisie des agendas de Nicolas Sarkozy. Et l’intégralité du procès-verbal de son audition s’est retrouvée étalée dans Sud-Ouest, en violation du secret de l’instruction. Du jamais vu en France ! Six jours après le non-lieu de Sarkozy, Libération et L’Express expliquaient que le juge Gentil avait « dealé » cette décision contre le maintien de la procédure. Mais les journalistes n’ont pas été assignés en justice ! On craint peut-être qu’ils donnent leurs sources… »  En revanche, contre Guaino, l’Union syndicale de la magistrature a déposé une dénonciation au procureur de la République. Me Dupond-Moretti explose : des juges engagés politiquement poursuivent pour injures et outrage ceux qui les critiquent, « ça ne peut pas être aussi asymétrique ! »

Guaino renchérit : « La délation est quelque chose d’assez inquiétant. »

Arrive Christophe Régnard, président de l’USM au moment des faits, ennemi intime de Me Dupond-Moretti. L’homme à l’origine de la procédure prête serment. « Les propos insupportables tenus (par Henri Guaino) excèdent tout ce qu’on était accoutumé à entendre depuis quelques années. Trop c’était trop ! » – alors même que les critiques contre le fonctionnent de la justice se font incessantes. « Dans une République, les personnes qui rendent la justice doivent être respectées ! », sans quoi les magistrats se trouvent de facto mis sous pression. Interrogé par Me Dupond-Moretti, le juge Régnard s’offusque sans se départir de son calme : « Les noms d’oiseaux sont en train de fleurir ! Henri Guaino m’a traité de délateur ! »

Dans le public, David Douillet, député UMP de son état, murmure : « Susceptible, le mec ! »

L’ancien dirigeant de l’USM reprend le fil de son argumentaire. Il met en balance « le respect dû aux magistrats, à la justice, aux personnes qui servent l’Etat » avec le principe constitutionnel de liberté d’expression, lequel souffre heureusement de quelques exceptions, notamment en cas de propos antisémites, racistes ou incitant à la discrimination. Christophe Régnard attend une jurisprudence de ce procès. Les oreilles d’Henri Guaino sifflent.

Me Dupond-Moretti : « Merci pour ce cours de droit ! » Et l’ancien avocat d’Outreau d’égrener les exemples notoires de collusion entre juges, politiques et médias, de Manuel Valls regrettant une décision de justice sur Baby-Loup à Isabelle Prévost-Desprez, cette magistrate qui adressait des SMS à un journaliste de ses amis en pleine perquisition chez Liliane Bettencourt. L’USM n’a pas dénoncé ces actes au procureur, que l’on sache ! » Par le passé, M. Régnard a plusieurs fois insinué que les juges de la Cour de cassation pouvaient être soupçonnés de proximité avec le pouvoir politique en raison de leur mode de nomination. N’est-ce pas un préjudice porté à des magistrats, voire un outrage ?

Christophe Régnard : « Quel rapport avec ma comparution ? C’est le procès de M. Henri Guaino, pas celui de la justice et de la magistrature. »

Me Dupond-Moretti : « Vous attaquez les uns et pas les autres, c’est la ligne bleue des Vosges votre syndicat ! »

De son box, l’avocat du juge Gentil s’indigne : «  La salle réagit parfois comme si on était au spectacle »

Dupond-Moretti relativise : « On n’est pas dans un crime de sang non plus ! »

La présidente lui reproche de poser vingt fois la même question à l’ex-président de l’USM.

L’ancien président de l’USM décrit les différences entre une critique technique d’un jugement, parfaitement acceptable, voire une demande de révision et une critique violente, telles que les sorties d’Henri Guaino contre le juge Gentil.

Guaino : « Abracadabrant ! Vous soutenez que tout ce qui n’est pas autorisé doit être interdit ! »

L’audience est suspendue 5 minutes. Au bout d’un quart d’heure, l’ensemble des parties civiles sont invitées à parler. Pierre Panet, proche de Dieudonné, demande 60 euros d’indemnités à Henri Guaino, à verser sur son compte propre, sans que l’on comprenne pourquoi. Une avocate à l’élocution difficile prend la parole au nom de trois parties civiles, dont l’Union des étudiants juifs de Jérusalem-Ouest. Inaudible.

Le procureur rit sous robe. De son banc, Douillet s’afflige : « C’est lamentable ! » Entre Ionesco et Beckett, le spectacle produit par la Question prioritaire de Constitutionnalité montre les joies de la pseudo-démocratie directe…

C’est à l’avocat  de « la vraie partie civile » – alias le juge Gentil – d’intervenir. Il regrette l’absence de mea culpa et de la moindre contrition chez Henri Guaino, dont il relève « l’aspect psychanalytique » des attaques répétées.

Me Dupond-Moretti : « C’est pas injurieux, ça ? »

Le conseil pérore : « Monsieur Guaino n’est pas le Dreyfus de la liberté d’expression ! » afin de demander 100 000 euros d’indemnisation à titre de préjudice moral, en sus de quelques dommages et intérêts. « Ne jouez pas le Ponce Pilate qui se lave les mains » des conséquences de son acte.

Les références historiques fusent, et il se trouve même un autre avocat des partie civiles pour citer Guy Debord… Appuyant les chefs d’accusation de l’USM et du juge Gentil, le procureur ne requiert que 3 000 euros d’amende contre Henri Guaino.

La prochaine représentation est annoncée pour le 27 novembre. À suivre…

*Photo : WITT/SIPA. 00688053_000012.

Ecole, attention parents!

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ecole proviseur eleve

ecole proviseur eleve

Depuis près de trente ans, il est d’usage qu’à l’automne des essais consacrés à l’école, chaque année plus alarmants, s’empilent sur les tables des libraires. Les témoignages d’enseignants, depuis le Voulez-vous vraiment des enfants idiots ? de Maurice Maschino, qui fit grand bruit en son temps[1. Hachette, 1984.], jusqu’à la Fabrique du crétin de Jean Paul Brighelli[2. J.-C. Gawsewitch éditeur, 2006.], en passant par Collèges de France de Mara Goyet[3. Fayard, 2003.], suivi de Nos enfants gâchés de Natacha Polony, qui fit date[4. J.-C. Lattès, 2006.] sont devenus monnaie courante et ne font désormais plus débat : il est bien entendu que notre système scolaire se porte mal (et les batailles de chiffonniers continuent de plus belle au sujet des remèdes à lui apporter). Cette rentrée ne fait pas exception, mais deux livres originaux méritent notre attention. L’un sur le mode tragique, l’autre comique, dessinent la réalité de la vie enseignante aujourd’hui : un chemin de plus en plus périlleux, où l’absurde le dispute au danger.

Anna Topaloff a enquêté dans les coulisses de l’école publique sur l’un des acteurs souvent oubliés de l’école – et de sa crise : le parent d’élève. Le résultat de son travail glace le lecteur de bout en bout. Au cœur de la crise de notre système, il ne s’agit pas cette fois des programmes, ni des élèves, mais des parents de ces derniers, de plus en plus frontalement opposés aux enseignants. De la récrimination contre une mauvaise note ou un redoublement à la menace physique, l’école est devenue un lieu d’affrontement constant. Parfois même mortel, comme cet été à Albi, où une enseignante a péri des suites d’une agression au couteau par une mère d’élève. Sans aller jusque-là, les risques de coups, blessures et harcèlement de la part des parents sont devenus si réels que 55 % des enseignants ont choisi de s’assurer contre eux ! Depuis 2012, une assurance est désormais proposée à cet effet par la MAIF. La même année, 364 affaires de ce type (de la bousculade au coup de poing sur la figure) ont d’ailleurs été traitées par une association de soutien au corps enseignant.[access capability= »lire_inedits »]

Mais la violence n’est que la partie saillante d’une énorme lame de fond dont on n’a pas fini de subir les effets : la mise en doute de la parole du professeur contre celle de l’élève. « Mon fils affirme qu’il ne s’est pas battu dans la cour. Vous avez dû le confondre avec quelqu’un d’autre. Votre heure de retenue ne sera donc pas appliquée » : ce mot d’un parent dans un cahier de correspondance n’est qu’un exemple parmi des milliers. Qu’il s’agisse de nouveaux bourgeois des beaux quartiers sur-couvant leurs enfants-rois ou de « monoparents » déboussolés de ZEP, le principe qui les anime est similaire. L’alliance historique, tacite, entre l’école et les familles, n’existe plus. Aujourd’hui, les parents demandent avant tout des comptes à l’école vis-à-vis de laquelle ils ont adopté des réflexes de consommateurs, que ce soit dans le service public, comme le constate Topaloff, ou dans le privé, comme l’auteur de ces lignes a pu l’observer (alors même que les frais de scolarité dans ce dernier sont en France dérisoires en comparaison de leurs montants à l’étranger, et que la notion même de « client » est d’autant plus injustifiée, si elle devait jamais être justifiée en ce domaine !) Ce réflexe de consommateur, qui n’est que l’un des avatars du credo démocratique « moi-mes droits-ma souffrance », se traduit à l’école par l’individualisation constante des demandes. L’exemple des habitudes alimentaires est à cet égard l’un des plus parlants. Sans même évoquer les questions du halal ou du casher, dont on sait quels casse-tête ils provoquent, les interdits alimentaires, les intolérances réelles ou supposées (avez-vous remarqué le nombre de personnes autour de vous qui font état avec une dose de fierté de leur intolérance au gluten ou au lactose ?) pullulent désormais. Une jeune enseignante dans un village du Jura en a fait les frais. Prévoyant une journée d’excursion à Besançon avec visite de la citadelle et du Mémorial de la Résistance, elle a dû renoncer à son projet à cause de la question de la nourriture… Chaque enfant suivant un régime particulier, il s’est révélé impossible de prévoir un pique-nique collectif. L’éducation, jadis, enseignait les règles, avant que l’expérience de la vie n’enseigne les exceptions. Principe devenu incompatible avec la tyrannie des particularismes.

Mais si les parents sont désormais devenus un problème pour les enseignants, les programmes qu’ils doivent suivre et les missions qui leur sont assignées par leur hiérarchie sont de plus en plus grotesques. Emmanuelle Delacomptée nous le raconte dans son Molière à la campagne, vif et charmant récit d’une année d’enseignement du français dans un village de Haute-Normandie. En matière de Molière, nous voilà en effet bien servis côté Trissotins des IUFM et inspecteurs à la soviétique passés au formatage inepte « nouvelle critique » : les parents d’élèves dont on parlait plus haut sont des « géniteurs d’apprenants », il ne faut plus parler de grammaire, mais de « discours raisonné de la langue », l’explication de texte est devenue « inscription du descriptif dans le narratif » et « compréhension de la fonction informative du dialogue », etc. L’autre mérite de ce livre est de nous exposer crûment une réalité mise au jour par sociologues et géographes (Christophe Guilluy avec Fractures francaises[5. François Bourin, 2010.] et Jean-Pierre Le Goff avec La Fin du village[6. Gallimard, 2012.] ): la fin de la campagne. De même que les rues centrales de Lisbonne, Dubai ou Montélimar abritent les mêmes Zara, McDo, Subway, et qu’on y achète les mêmes Smartphones, les élèves du collège des 7 Grains d’Or, « au milieu des champs de maïs », sont exactement les mêmes que partout ailleurs à conditions équivalentes. Notre jolie Candide en jupons[7. Plus vraisemblablement en jeans !] ne s’attend certes pas à une classe de village façon La Fortune de Gaspard – dans le roman de la comtesse de Ségur[8. J’ai bien conscience de citer ici un auteur aussi réactionnaire qu’Hergé, et dont les romans ne tarderont pas comme les Tintin à subir des coupes salutaires …], le jeune Gaspard est arraché à la ferme de ses parents, les fermiers Thomas, par son instituteur, qui a décelé son don pour les mathématiques. Mais elle n’avait probablement pas soupçonné que ses élèves Jordan, Kévin, Douglas, Jeffrey, Brandon, Kelly (une Charlotte et un Nicolas se sont égarés dans le lot) seraient aussi parfaitement semblables à leurs congénères des centres-villes : aussi connectés à Internet qu’éloignés de leur base géographique, aussi experts en réseaux sociaux qu’ignorants de leur environnement immédiat. Dématérialisés, en somme. Si ce récit est plein de tendresse et même parfois parcouru d’un espoir qui rappelle celui du film L’Esquive[9. Film d’Abdellatif Kechiche, 2003.] – « Comment il se fait trop arnaquer Monsieur Jourdain ! » –, le lecteur a le cœur serré quand certains d’entre eux ne voient leur avenir qu’en « clochards ».

Entre l’enclume d’un système scolaire absurde et le marteau de parents opposés par principe à la parole enseignante, les professeurs ont décidément du souci à se faire. Si, comme le disait Orwell, l’histoire de l’humanité est devenue « une course entre l’éducation et la catastrophe », nous voilà bel et bien au bord du précipice.[/access]

Anna Topaloff, La Tyrannie des parents d’élèves, Fayard

Emmanuelle Delacomptée, Molière à la campagne, Lattès

*Photo: Soleil

Ennahda récompensée de son échec passé?

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tunisie ennahda jomaa

tunisie ennahda jomaa

Malgré sa constitution modérée adoptée en janvier dernier, pèse encore sur la Tunisie l’épée de Damoclès de l’islamisme. Les élections législatives qui viennent, le 26 octobre, seront déterminantes pour le pays.

En effet, Ennahda, le parti lié aux Frères musulmans, qui avait hérité du pouvoir après la chute de Ben Ali, avant d’en concéder une partie à un « gouvernement de technos » il y a quelques mois, est en embuscade. Rached Ghannouchi, son président, est en tournée promotionnelle actuellement en occident, notamment aux Etats-Unis, où il vante un islam modéré.

Familier du double discours depuis de longues années, celui qui il y a un an demandait aux salafistes « encore un peu de patience » avant de s’ébattre en liberté dans le pays, est prêt aujourd’hui à envisager une alliance avec les anciens partisans de Ben Ali. C’est dire si la possibilité que le pouvoir lui échappe l’effraie.

Contre ces partis qu’il qualifie « d’extrême-gauche », comme celui de Beji Caïd Essebsi, Nida Tounes, (l’Appel de la Tunisie) qui est en réalité un simple conglomérat centriste, le mouvement islamiste ne recule devant rien. Son bilan économique reste désespérément creux ? Il feint de laisser entrer au gouvernement des experts issus de la société civile, tel Mehdi Jomaa, l’actuel Premier ministre, dont le jeu demeure trouble. S’il a fini par acquiescer à la demande de l’Arabie saoudite de classer les Frères musulmans parmi les terroristes, sous la menace économique, Jomaa est aussi celui qui a lancé la construction d’un nouveau campus pour l’Université Zitouna, soupçonnée d’être un nid à salafistes. Vanité ou réalité ? Ghannouchi plastronnait encore il y a quelques mois en affirmant qu’aucune décision d’importance n’était prise sans l’accord d’Ennahda.

Pour la guerre contre le terrorisme, Ghannouchi la mène en paroles, et se propose même comme médiateur avec la Libye ou le Yémen. Dans les faits, il  demeure proche du Hamas, de l’Arabie saoudite ou du Qatar, suivant les jours. Or, à l’heure où le terrorisme islamique prend des proportions effrayantes, où la Libye est en proie à l’anarchie, que rien n’a été réglé dans le Sahel, pas même au Mali où se reforment près de Kidal les anciens groupes séparatistes ; alors que l’avenir de l’Algérie est imprévisible, puisque les jours de son président sont manifestement comptés, la France et plus généralement l’Europe ont besoin d’un allié sûr dans la région, pour que les dernières digues ne sautent pas.

Une Tunisie chaotique ou même islamiste est un luxe que la France ne peut se payer. La Tunisie, malgré les impérities de la dictature de Ben Ali, fut sans doute le pays le plus avancé de la région en matière de libération des femmes et d’éducation des peuples, héritage de l’ère Bourguiba. Son économie elle-même semblait presque prospère, bien que l’intérieur du pays, ferment de la révolution, ait été oublié au profit des côtes touristiques. Aujourd’hui, l’exode rural crée un nouveau lumpenprolétariat urbain à qui l’on ne promet aucun avenir, l’Etat incapable de protéger ses frontières en a fait une passoire pour migrants subsahariens à destination de l’Europe et de ses marches mêmes un terrain de jeu pour groupes terroristes.

Les beaux discours de M. Ghannouchi et de ses alliés ne parviennent plus à masquer l’échec patent de la politique des Frères, même au point de vue social : habiles pour choyer les pauvres quand ils ne sont pas au pouvoir et se créer une clientèle, ils se révèlent incapables de mener une politique véritable à la tête d’un Etat. L’Egypte de Morsi en a administré une bonne preuve.

Ni la France ni l’Europe ne peuvent ni ne doivent intervenir dans le processus d’élections démocratiques en cours – même si manifestement, l’Allemagne néo-bismarckienne ne se gêne pas, elle. Il est cependant de leur devoir autant que de leur intérêt d’avertir les populations tunisiennes du désastre qu’elles se préparent si elles votent une fois encore pour le parti islamiste. Or, selon Jeune Afrique, 45,3 % du corps électoral ne s’est pas inscrit sur les listes et n’ira donc pas voter. Face à cette indifférence populaire, Ennahda dispose de 80 000 militants efficaces. Du Proche-Orient à l’Afrique sahélienne, ce monde est une poudrière. Et la Tunisie est au milieu.

*Photo : Mohamed Hammi/SIPA. 00688449_000006. 

Guérilla sportive au parc Montsouris

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mud day competition

mud day competition

« Ta veine n’est pas gonflée au point d’exploser, alors tu dois continuer l’effort ! » En plein cœur du parc Montsouris, alors que les enfants jouent au ballon et les mamans promènent leur dernier venu le long des allées calmes et boisées, s’éreinte un groupe de sportifs que je devine être des militaires à la voix sans concession du chef de groupe. Les sportifs au t-shirt coloré, taché de sueur et de terre, n’ont pas le droit de « rompre » entre deux échauffements. Et les quelques courageux qui ont fini avant les autres, recommencent ! Le visage rouge perlé de sueur, les coureurs portent leur collègue sur le dos, escaladent les marches quatre à quatre, enchaînent pompes et abdominaux, rampent sur les graviers (alors qu’il y a de l’herbe à côté) et n’ont le droit de se désaltérer qu’à l’heure indiquée. Manque le bandana, la bande-son « The eye of the tiger », et on se croirait dans une scène de Rocky.
Une chose trouble l’observateur : les filles, dans ce groupe, sont aussi nombreuses que les garçons et les vieux n’ont pas cédé la place aux jeunes. Le tout forme une drôle de meute de subordonnés consentants aux tailles et aux formes diverses.

Renseignement pris, le groupe aperçu n’a rien d’un régiment militaire. Ce sont des volontaires qui se sont inscrits au centre sportif Urban Challenge. Une organisation qui propose des entraînements intensifs en plein air, dirigés par la poigne de fer de coachs issus des milieux militaires ou du sport français. En glissant ma souris sur le trombinoscope des moniteurs du centre, je découvre par exemple qu’Alain est commando de la marine, Alexandre sapeur-pompier, Rachid champion d’Île-de-France de lutte, et la liste est longue…

Ces offres sportives ont un succès fou et se répandent dans toute la France, après avoir envahi les Etats-Unis, comme l’a souligné récemment le New York Times. Avez-vous entendu parler des Mud Day ? Ces championnats commandos qui se déroulent un peu partout dans l’hexagone. Le concept : payer entre 35 euros et 65 euros l’entrée pour participer à une course d’obstacles façon préparation de guerre. En bref, il faut, en un temps chronométré, parcourir 13 km, un coup à plat ventre dans la boue en évitant les fils barbelés ou les fils électriques, un coup dans l’eau, un coup en se portant à la force des bras d’une corde à l’autre, et ainsi de suite…
Comment expliquer que des civils sortent des billets de leur porte-monnaie, dont on nous répète à longueur de journée qu’il souffre de la crise, pour un événement qui imite à s’y méprendre un entraînement de légion ?

Une fidèle combattante de Urban Challenge, Rachel, étudiante de 26 ans et sportive depuis toujours, explique sa motivation : « Je trouve ici ce qu’on ne trouve plus ailleurs, sauf dans les compétitions de haut niveau, le dépassement de soi ». Il est vrai que notre société n’impose plus le service militaire, qui contraignait les appelés du contingent à une forme d’exténuation physique et morale. Mais « le dépassement de soi est un défi de notre temps, que ce soit dans la vie professionnelle, sociale, et même sportive avec les courses à pied ou les sports de combat » nuance Patrick Mignon, chercheur à l’INSEP – Laboratoire de sociologie du sport de l’Institut National des Sports et de l’Education Physique.

La différence, dans notre cas, c’est que le défi est aussi physique que symbolique. L’exercice rappelle les camps d’entraînement militaires ? C’est volontaire. Le vocabulaire n’est pas anodin. « No pain, no gain » se plaisent à répéter les entraîneurs musclés. Et l’individu ou le groupe qui rechigne à respecter le cahier des charges reçoit une « punition »-une série d’exercices de fessiers par exemple. L’autorité du chef de groupe détermine l’ambiance générale. « Les épreuves, l’autorité, la rigueur, participent de l’imaginaire du volontaire, développe Patrick Mignon, qui rejoint parfois le mythe survivaliste ». Et puis, entre nous, qui n’a pas rêvé d’une fessée infligée par un beau mannequin en treillis ?

Les jeunes ressentiraient le besoin de retrouver un cadre autoritaire, tout juste explosé par leurs aînés. Le fantasme militaire en est une illustration concrète. « Il est clair que le succès de ces épreuves implique une critique de la société actuelle. » Souligne Patrick Mignon « La génération en manque d’autorité s’auto-impose ses repères. » Est-ce à dire que les jeunes sont prêts à se soumettre au service obligatoire? Notre sociologue en doute : « Le service militaire est une contrainte, une imposition institutionnelle à laquelle on ne peut-normalement-pas échapper, et qui dure tout un pan de notre vie. À l’inverse de ces activités, contraignantes un temps donné et décidé à l’avance. » Et oui, n’oublions pas que nos forcenés du week-end reprennent bien vite, après le dur labeur, leurs petites habitudes. Une douche chaude et un coca pour oublier tout ça. Et c’est reparti pour un cinéma, la conscience tranquille et de quoi épater la galerie.

Si la nouvelle génération choisit de se soumettre à la contrainte, c’est à géométrie variable : quand et où elle veut. Doux compromis entre un soi-disant besoin de structure et la revendication de sa liberté chérie. Avec, à la clé, de belles images pour passer la nuit.

*Photo: D.R.

PS : la fièvre des exclusions

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hamon filoche valls pas

hamon filoche valls pas

Une fièvre d’exclusion vient de saisir le Parti socialiste. Jean-Luc Mélenchon ironise : «Nous allons peut-être devoir ouvrir un camp de réfugiés». Ce mercredi, c’est Benoît Hamon qui s’est vu montrer par Stéphane Le Foll la direction de la porte. Même si cette injonction a peu de chances d’être suivie d’effet, on peut s’interroger sur l’attitude du porte-parole du gouvernement. Il avait dit quoi, au fait, Hamon ? Que la politique du gouvernement menaçait la République. Comment ? En favorisant un « désastre démocratique », conduisant non seulement Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle mais éventuellement à la possibilité que la patronne du FN conduise le pays dès 2017. Que Stéphane Le Foll soit en désaccord avec cette analyse, on peut le comprendre. C’est une affaire d’appréciation. Mais depuis quand un élu socialiste ne peut-il pas considérer que l’arrivée du FN au pouvoir ne menacerait pas la République ? La Hollandie aurait-elle changé d’avis sur le sujet, tournant le dos à la position constante de la gauche sur le sujet ? On se moque. Le Foll n’en est évidemment pas à considérer le FN comme un parti comme les autres. Il est seulement atteint d’une fièvre purificatrice. Tous ceux qui critiquent la politique du Président n’ont rien à faire au PS. Toute critique est désormais proscrite. Non seulement à l’intérieur du gouvernement –Hamon en a déjà fait les frais avec Arnaud Montebourg, et pour des raisons de cohérence gouvernementale, cela n’avait rien d’illogique. Mais aussi à l’intérieur du parti.

La veille, c’est Gérard Filoche qui faisait l’objet d’une déclaration du Premier ministre en personne lors de la séance des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale. Manuel Valls a ainsi publiquement considéré que l’ancien inspecteur du travail, figure historique de la gauche de la gauche du PS, « n’était plus digne d’appartenir au parti ». Le tweet de Filoche, réagissant au décès accidentel de Christophe de Margerie, était effectivement plutôt con. N’est pas Jean Yanne qui veut. En ne voulant pas céder, comme l’acteur-réalisateur de Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil à la communion universelle autour de la mort du PDG de Total, Filoche a eu la délicatesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaines et a déclenché contre lui une hystérie qu’on retrouve plutôt, d’habitude, après des déclarations de Jean-Marie Le Pen, Nadine Morano ou Eric Zemmour. Que cette hystérie, après une connerie twittée, reste confinée sur internet, passe encore. Mais que le Premier ministre de la France, qui doit quand même avoir d’autres chats à fouetter, commente solennellement un tweet et gère, sous la pression d’élus de l’opposition, les affaires disciplinaires du PS, c’est pitoyable. La Haute autorité du PS est saisie et Filoche se trouve dans le collimateur. On imagine Jean-Christophe Cambadélis, déjà condamné deux fois par la justice, prononcer l’exclusion de Gérard Filoche à cause d’un tweet mal embouché… Vous me direz : le même Camba a déjà montré la porte à un député qui avait le tort de payer ses impôts en retard. Le ridicule ne tue plus au PS depuis longtemps. Evidemment, le tweet idiot de Filoche tombe plutôt bien pour se le payer. Il est surtout l’un des socialistes les plus critiques de la ligne Valls-Macron.

Les dirigeants de l’exécutif et du PS se rendent-ils compte que cette propension à demander le départ des uns et des autres pourrait s’avérer un poil contre-productive ? Certes, Hamon ne partira pas, pour la bonne et simple raison qu’il souhaite lui-même prendre la tête du PS lors du prochain congrès. Mais Filoche ? Il symbolise caricaturalement une certaine gauche de toujours, qui a fait le choix, contrairement à Mélenchon, de rester au PS, et dont la présence rassure encore une partie des militants, de sympathisants et des électeurs qui pense, sans doute à tort, que la partie peut encore être gagnée contre la ligne sociale-libérale. Imagine-t-on l’UMP exclure Nadine Morano après l’une de ses foucades ? Filoche, c’est un peu un Morano de gauche. Il est une caricature de son camp. Et électoralement, c’est souvent utile, les caricatures. Le PS a perdu des milliers d’élus et de collaborateurs d’élus aux dernières municipales. Il en perdra encore à l’occasion des prochaines élections départementales et régionales. Est-il en position de virer tous ceux qui tweetent avec leurs pieds ?

*Photo : wikicommons.

McCarthy se dégonfle

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Nos élites culturelles nationales ont du goût pour ce qu’elles appellent la transgression dans l’art : à ces femmes qui se rêvent « belles et rebelles », mais paraissent essentiellement rébarbatives et toujours au bord de la crise de nerfs, à ces hommes qui cultivent ostensiblement l’« esprit de résistance » avec une audace de pirate des Caraïbes élevé dans une baignoire, il faut toujours plus d’audace, mais familière, identifiée, produite par une petite usine à frissons portative.

Le plat de la main placé en visière, disposés comme des sentinelles aux avant-postes, ils scrutent les déplacements de mode, les transhumances d’engouement. À ce jeu de guet, les socialistes de pouvoir et leurs alliés, naguère encore dominants, aujourd’hui déconsidérés, définitivement coupés de la classe ouvrière qui fit leur réputation, ignorés de la classe moyenne qui fit leur succès, désormais affolés de reconnaissance, se jettent sur tout ce qui pourrait redorer leur blason de révolutionnaire en peau de lapin. Rainettes de mare asséchée et  roitelets de lounge bar, ils ne produisent plus qu’une illusion de hardiesse.

Leur héros du moment se nomme Paul McCarthy (voir L’art du divertissement Causeur). On ne s’étendra pas outre mesure sur le cas de ce personnage, rusé inventeur du système de compensation monétaire de l’« étron or », et qui, pour cette raison, restera dans les annales (!). Ses démonstrations fécales dégagent une odeur d’argent plus ou moins frais, et n’ont de valeur « transgressive » que pour les collectionneurs, qui en espèrent une confortable plus-value, et pour les excellences socialistes françaises, qui en attendent un petit prestige sulfureux.

Sur le mode de l’outrage fait à liberté de création et d’exposition, ces derniers tentent de présenter Paul McCarthy en victime de l’obscurantisme, alors que cet impayable provocateur assermenté ne saurait prétendre qu’au statut de martyr de la fosse septique. Pour alerter la foule et l’attirer vers ses guichets, où le prix d’entrée s’élève à 40 €, la FIAC, avec l’aide des autorités gouvernementales et municipales, a érigé une prétendue œuvre du sieur McCarthy au beau milieu de la place Vendôme. L’érection de la chose gonflante provoqua les cris d’orfraie. On parla de honte, de Paris humilié… Deux jours plus tard, des « terroristes » dégonflaient l’arbre (tree en anglais), dont le houppier pas plus que le tronc, tous deux raplaplas, n’étaient alors en mesure de donner du plaisir à l’orifice d’un quelconque géant vert. Il faut préciser que ce sapin gigantesque se présentait plutôt comme un distributeur de volupté dans la zone érogène dite du pétard, du popotin, du fion !

Gros émoi dans la ruche des élites et des zélotes : François Hollande, don juan à temps complet et locataire à temps partiel du palais de l’Élysée, ne craignit pas la boursouflure : « La France sera toujours aux côtés des artistes comme je le suis aux côtés de Paul McCarthy, qui a été finalement souillé dans son oeuvre ».

Fleur Pellerin, ministre 2.0 de la culture, se répandit en lamentations sur les réseaux (a)sociaux. La dame tuitait d’un doigt rageur : « C’est une atteinte insupportable à la liberté de création. Sans parler de l’agression physique d’un artiste. Soutien à Paul McCarthy. ».

Et un certain Bruno Julliard, ancien jeune, apparatchik confirmé, présentement adjoint à la culture du maire (de la maire ?) de Paris, y est allé de son couplet de vierge effarouchée : « « […] la honte et l’humiliation pour la France, ce n’est pas l’oeuvre gonflable éphémère place Vendôme. Ce sont ces imbéciles qui la dégradent. ».

Alors, il faut dire et répéter que tout cela relève de la farce et du scandale de mauvaise fabrication. Ce McCarthy est un artiste millionnaire, un provocateur d’État, célébré, choyé. Il n’est pas plus subversif qu’un pet neutre, incapable, malgré sa masse volumique, de provoquer, par contraste de température, la moindre poussée d’Archimède.

Les vrais amateurs de ces choses, les raffinés du déduit, les sybarites éclairés, fréquentent volontiers d’autres lieux que des place publiques encombrées de petites suffocations socialisantes. Ils connaissent, depuis belle lurette, l’usage du chapelet thaï, délicatement perlé, et fréquentent Au bonheur du jour, la superbe galerie de Nicole Canet, rue Chabanais (où prospérait un bordel fameux) à Paris, dans le IIe arrondissement. Ils y admirent en toute quiétude de magnifiques olisbos très anciens et de belle taille. Nicole y poursuit en outre un travail d’édition rare, à la fois savant et sans tabou. Toutes les formes du désir y sont considérées. C’est ainsi qu’on pourra acquérir, à partir de 31 octobre, son dernier ouvrage, explicitement intitulé : Plaisir et débauches au masculin, 1780-1940 : « Luxure et créatures gracieuses, corsetées et parfumées dans les aquarelles inédites d’Arthur Chaplin réalisées en 1888 ; les orgies dionysiaques dessinées avec fougue par Hildebrand ; excès et fantasmes d’écrivains, poètes et dandys, à la réputation sulfureuse qui ont pour noms : Jacques d’Adelswärd-Fersen, Jean Lorrain et Oscar Wilde ; ouvrages d’Andréa de Nerciat… ». Voilà qui donne envie ! On est loin du petit monde des « résistants » et des bas bleus ulcérés.

Après sa mésaventure, M. McCarthy, artiste académique, déclara forfait. Il cessait de vouloir explorer le… fondement des parisiens. Dégonflé un jour, dégonflé toujours ! Paris ne succombera pas au maccarthysme.

En guise de salutations aimables, nous lui dédions la très spirituelle réponse d’Isabelle Adjani, dans La journée de la jupe. À l’un de ses élèves, qui lui jette au visage : « Vas te faire enculer ! », puis répète son injure, elle réplique : « Oh non, deux fois, ce serait de la gourmandise ».