PS : la fièvre des exclusions

PS : la fièvre des exclusions

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Une fièvre d’exclusion vient de saisir le Parti socialiste. Jean-Luc Mélenchon ironise : «Nous allons peut-être devoir ouvrir un camp de réfugiés». Ce mercredi, c’est Benoît Hamon qui s’est vu montrer par Stéphane Le Foll la direction de la porte. Même si cette injonction a peu de chances d’être suivie d’effet, on peut s’interroger sur l’attitude du porte-parole du gouvernement. Il avait dit quoi, au fait, Hamon ? Que la politique du gouvernement menaçait la République. Comment ? En favorisant un « désastre démocratique », conduisant non seulement Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle mais éventuellement à la possibilité que la patronne du FN conduise le pays dès 2017. Que Stéphane Le Foll soit en désaccord avec cette analyse, on peut le comprendre. C’est une affaire d’appréciation. Mais depuis quand un élu socialiste ne peut-il pas considérer que l’arrivée du FN au pouvoir ne menacerait pas la République ? La Hollandie aurait-elle changé d’avis sur le sujet, tournant le dos à la position constante de la gauche sur le sujet ? On se moque. Le Foll n’en est évidemment pas à considérer le FN comme un parti comme les autres. Il est seulement atteint d’une fièvre purificatrice. Tous ceux qui critiquent la politique du Président n’ont rien à faire au PS. Toute critique est désormais proscrite. Non seulement à l’intérieur du gouvernement –Hamon en a déjà fait les frais avec Arnaud Montebourg, et pour des raisons de cohérence gouvernementale, cela n’avait rien d’illogique. Mais aussi à l’intérieur du parti.

La veille, c’est Gérard Filoche qui faisait l’objet d’une déclaration du Premier ministre en personne lors de la séance des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale. Manuel Valls a ainsi publiquement considéré que l’ancien inspecteur du travail, figure historique de la gauche de la gauche du PS, « n’était plus digne d’appartenir au parti ». Le tweet de Filoche, réagissant au décès accidentel de Christophe de Margerie, était effectivement plutôt con. N’est pas Jean Yanne qui veut. En ne voulant pas céder, comme l’acteur-réalisateur de Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil à la communion universelle autour de la mort du PDG de Total, Filoche a eu la délicatesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaines et a déclenché contre lui une hystérie qu’on retrouve plutôt, d’habitude, après des déclarations de Jean-Marie Le Pen, Nadine Morano ou Eric Zemmour. Que cette hystérie, après une connerie twittée, reste confinée sur internet, passe encore. Mais que le Premier ministre de la France, qui doit quand même avoir d’autres chats à fouetter, commente solennellement un tweet et gère, sous la pression d’élus de l’opposition, les affaires disciplinaires du PS, c’est pitoyable. La Haute autorité du PS est saisie et Filoche se trouve dans le collimateur. On imagine Jean-Christophe Cambadélis, déjà condamné deux fois par la justice, prononcer l’exclusion de Gérard Filoche à cause d’un tweet mal embouché… Vous me direz : le même Camba a déjà montré la porte à un député qui avait le tort de payer ses impôts en retard. Le ridicule ne tue plus au PS depuis longtemps. Evidemment, le tweet idiot de Filoche tombe plutôt bien pour se le payer. Il est surtout l’un des socialistes les plus critiques de la ligne Valls-Macron.

Les dirigeants de l’exécutif et du PS se rendent-ils compte que cette propension à demander le départ des uns et des autres pourrait s’avérer un poil contre-productive ? Certes, Hamon ne partira pas, pour la bonne et simple raison qu’il souhaite lui-même prendre la tête du PS lors du prochain congrès. Mais Filoche ? Il symbolise caricaturalement une certaine gauche de toujours, qui a fait le choix, contrairement à Mélenchon, de rester au PS, et dont la présence rassure encore une partie des militants, de sympathisants et des électeurs qui pense, sans doute à tort, que la partie peut encore être gagnée contre la ligne sociale-libérale. Imagine-t-on l’UMP exclure Nadine Morano après l’une de ses foucades ? Filoche, c’est un peu un Morano de gauche. Il est une caricature de son camp. Et électoralement, c’est souvent utile, les caricatures. Le PS a perdu des milliers d’élus et de collaborateurs d’élus aux dernières municipales. Il en perdra encore à l’occasion des prochaines élections départementales et régionales. Est-il en position de virer tous ceux qui tweetent avec leurs pieds ?

*Photo : wikicommons.


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