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Eric Zemmour, un débat français

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On en a parlé. De Zemmour, de son Suicide français et des commentaires des commentaires qu’ils suscitent. Le journaliste du Figaro a accordé un entretien de neuf pages à Causeur. L’occasion de mettre sur la table tous nos différends, sans lyncher ni injurier personne. Sur le tapis, Elisabeth Lévy étale les nuances et francs désaccords qui nous opposent à Eric Zemmour. Comme le répète notre directrice de la rédaction, « nous avons tous été consternés par le court chapitre du Suicide français consacré à Vichy  (…) même s’il n’affiche aucune sympathie pour Vichy, contrairement à ce qui est ânonné de toutes parts, Zemmour offre à ses ennemis un alibi en or pour évacuer les vérités embarrassantes qu’il agite sous leur nez » Plutôt que de nous boucher les narines, nous avons choisi la confrontation des idées, regrettant que « le vacarme causé par ces quelques pages a permis d’étouffer toutes les autres. » Quoi de mieux en effet qu’une polémique sur Vichy pour escamoter toutes les questions gênantes que pose ce trublion ? Immigration massive, démantèlement des protections sociales, perte de souveraineté du politique, les sujets d’inquiétude communs à Causeur et Zemmour ne manquent pas. Mais, ainsi que l’exprime la cheffe, « si nous partageons en partie sa nostalgie de la France d’avant, nous refusons son tout-ou-rien, qui consiste à jeter tous les bébés du Progrès avec l’eau du bain néo-progressiste. »

Le paradoxe de l’affaire Zemmour, si l’on peut nommer ainsi le gouffre béant qui sépare les éditorialistes de gauche des centaines de milliers de lecteurs d’un ouvrage supposément « raciste », « pétainiste », « facho », sinon « néo-nazi », c’est que ce condamné d’office trouve des alliés inattendus. Michel Onfray nous a confié partager une bonne partie du diagnostic zemmourien sur l’islam, le libéralisme et « l’état de décomposition du microcosme intellectuel parisien » sans épouser son conservatisme moral. Au réac qui entend abattre l’héritage de 68, le libertaire Onfray répond qu’il faut en cultiver les fruits anarchistes.

Egalement soucieux de séparer le bon grain de l’ivraie zemmourienne, Alain Finkielkraut dit toute sa peine de voir le roman national ébréché par le règne de l’individu-roi et le culte de la diversité. Mais il n’épargne pas Zemmour sur l’épineuse question de Vichy et le droit des femmes, que l’académicien défend mordicus.  « Eric, laisse tomber les filles », conseille d’ailleurs Cyril Bennasar à notre invité du jour, qui met sa sagacité au service d’un modèle patriarcal suranné. Or, la libération sexuelle, ça a du bon aussi pour les hommes, dixit Cyril !

L’autre événement de ce numéro, c’est le retour de Basile de Koch, éprouvé par son « déménagement pour tous » mais toujours vaillant. Son expulsion éminemment politique de l’appartement qu’il occupait lui vaut la solidarité d’Elisabeth Lévy, ulcérée par la vindicte qu’exerce la mairie de Paris contre le couple Barjot-Koch. En exclusivité, vous pourrez admirer photos du déménagement et vous régaler de la chronique désopilante du président à vie de Jalons.

Moins poilant quoique assez piquant, notre dossier politique s’ouvre à Hayange, en pleine fête du cochon orchestrée par le maire frontiste Fabien Engelmann. Cette « reconquista par le cochon », qu’Antoine Menusier décrit méthodiquement, faits des mécontents au sein même du Front national, où les désaccords idéologiques sont légion. Si vous ne me croyez pas, lisez les témoignages que j’ai recueillis auprès des cadres du Front, tous unis derrière Marine Le Pen avec leurs idiosyncrasies respectives : libéraux, gaullistes, identitaires, au FN le repas se commande à la carte ! S’il est un mets que les lepénistes mangent tout cru, il s’appelle UMPS… Une hydre dont Patrick Devedjian nie l’existence dans nos pages, bien qu’il se félicite du grand consensus économique régnant de Valls à Juppé, comme dans toutes les démocraties d’Occident. Hélas, trois fois hélas, réplique en écho Maxime Tandonnet, l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy en matière d’immigration. Droite et gauche se sont lamentablement vautrées dans le laisser-faire laisser-aller, raconte l’ex-homme du Président, fin observateur des rouages de l’Etat.

Dans ce numéro tout nouveau tout beau, à la maquette inédite signée Aymeric Dutheil, nous n’avons pas lésiné sur la substantifique moelle. Nos cent pages de moelle journalistique s’achèvent sur un dossier Sade autour de l’exposition que le musée d’Orsay consacre au divin marquis, sous la conduite éclairée d’Annie Le Brun. Allez zou, filez lire Causeur dans le boudoir !


 

Également en version numérique avec notre application :

  

Léon Bloy au Secours populaire

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leon bloy pauvre

Il serait injuste de dire que l’information est passée inaperçue. Quand l’enquête annuelle du Secours populaire associé à Ipsos sur la pauvreté en France a paru, on en a parlé dans les gazettes et sur les ondes. Mais il faut dire qu’entre les rumeurs de guerre en Orient, l’anniversaire du 11-Septembre, le livre de l’ex-première dame et les propositions chocs du Medef, il fallait faire des choix. Alors on en a parlé, mais comme ça, presque en passant. On a cité le chiffre de 5,60 euros par jour pour vivre pour les usagers du Secours pop, soit 619 700 familles en 2013. Et puis on est passé à autre chose. On a assez peu mis de chair sur le quotidien d’un pauvre, contrairement, par exemple, à ce qu’on fait pour les victimes de l’insécurité. Il n’y a pas eu, par exemple, un éditorialiste pour dire ou écrire, comme Léon Bloy dans Le Sang du pauvre : « Tout homme qui possède au-delà de ce qui est indispensable à sa vie matérielle et spirituelle est un millionnaire, par conséquent un débiteur de ceux qui ne possèdent rien. » Non, on a présenté la pauvreté comme une donnée inévitable, presque un phénomène naturel dont personne ne pourrait être tenu pour responsable.

D’ailleurs, Bloy n’aurait pas la parole aujourd’hui, parce qu’en matière d’économie la ligne officielle est plutôt à l’offre qu’à la demande et que le riche est choyé pour sa richesse, car elle finira bien un jour par ruisseler sur le pauvre, qui, souvent, fait tout de même un peu exprès d’être pauvre.[access capability= »lire_inedits »] Léon Bloy, qui était tout sauf marxiste, n’y croyait pas tellement à cette politique de l’offre. Ce catholique furieux dans la France de la Belle Époque a une voix d’une grande qualité de colère qui nous manque beaucoup. Non, nous dit-il, la pauvreté n’est pas un phénomène naturel, non, elle n’est pas inévitable ; oui, les riches ont une responsabilité écrasante, eux qui non seulement ne veulent pas changer l’ordre des choses mais oublient même la charité. On sait que les managers de fast-food, par exemple, virent facilement les employés qui gardent les invendus pour eux ou pour les redistribuer à ceux qui ont 5,60 euros par jour pour vivre.

Léon Bloy les avait déjà rencontrés, ces managers : « Ceux-là exigent de leur bonne qu’elle jette dans la boîte aux ordures tous les restes, quelquefois importants, de leur table, viandes ou poissons à peine entamés. Ordre formel de les déchiqueter, de les souiller d’excréments ou de pétrole, pour que nul n’en puisse profiter, pas même les chiens et les rats. »

Le Sang du pauvre, vous en reprendrez bien une pinte ? Ou bien, à défaut, lisez-le.[/access]

 

Le Sang du pauvre, de Léon Bloy, disponible… chez les bouquinistes !

 

*Image : wikimedia.

«Notre maison brûle et nous regardons ailleurs.»

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sivens ecologisme tarnac

Luc Rosenzweig, avec sa pugnacité et son érudition habituelles , veut nous convaincre que les candidats au djihad et les zadistes soutenus par les Verts ont un point commun, le nihilisme. Mieux, que « le projet civilisationnel communiste ayant fait faillite, le capitalisme mondialisé, l’individualisme libéral est aujourd’hui la figure de l’ennemi commun de Daech et du groupe de Tarnac ». Il me semble difficile de faire mieux dans le point Godwin comme on dit aujourd’hui, c’est-à-dire une manière de « reductio ad hitlerum » destinée à disqualifier définitivement. Il est dommage pour la démonstration de Luc qu’on n’ait pas trouvé des pédophiles et des antisémites dans le rang des zadistes parce que comme ça, le tableau de l’horreur contemporaine aurait été complet. L’analogie avec les djihadistes, je dois reconnaître que ce n’est pas mal comme écran de fumée pour ne pas regarder ce qui se passe, ce qui se passe vraiment du côté de Notre-Dame-des-Landes, du barrage de Sivens mais aussi un peu partout dans le monde, ce monde du déni qui refuse de voir poindre sa fin possible à cause de son aveuglement environnemental. Pourtant, même le président Chirac, un gaulliste énarque formé pour l’utopie prométhéenne des Trente glorieuses, avait senti venir la catastrophe, il y a douze ans déjà, à la conférence sur le climat de Johannesburg en 2002 : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. »

Luc a donc décidé de regarder ailleurs. Vers ceux qui se sont radicalisés au nom de l’Islam dans nos quartiers mais aussi dans nos centre-villes (l’apprenti-djihadiste diplômé et converti est aussi une réalité d’après les premières enquêtes sur le phénomène). Mais le problème, c’est que l’analogie, sur le plan idéologique, ne tient pas trente secondes. Pas seulement parce qu’il est peu de dire que la vision émancipatrice qui prévaut chez les zadistes n’a rien à voir avec l’embrigadement religieux et sectaire mais aussi parce que si cette analogie s’appuie sur l’anticapitalisme, alors il faut  aller jusqu’au bout du raisonnement. C’est-à-dire agglomérer aux djihadistes tous ceux qui de près ou de loin, sont convaincus qu’il faut rompre avec le capitalisme : les djihadistes, donc, – étonnamment financés par les pays les plus capitalistes du monde que sont les pétromonarchies-, les zadistes, mais aussi, allons y franchement, l’ensemble de la vraie gauche française, du PCF au FDG , les frondeurs du Parti socialiste, Europe Ecologie-Les Verts, une bonne partie du monde syndical et pas mal d’intellectuels, y compris Marcel Gauchet, oui, « notre » Marcel Gauchet qui montre d’étonnants points de convergence avec Alain Badiou dans le dernier livre qu’ils ont cosigné[1. Que faire ? (Editions Philosophie Magazine).]. Sans compter les Français eux-mêmes qui ne cessent de désespérer BFM business, les salles de marché et Alain Minc en exprimant leur défiance à l’égard du libéralisme avec des scores écrasants à chaque sondage sur la question.

Reste l’accusation de nihilisme. Qu’on me permette de dire que Rémi Fraisse, tué à vingt-et-un ans par la gendarmerie qui venait de recevoir « des consignes d’extrême fermeté » de la part du préfet   -tu m’étonnes-, n’avait rien d’un nihiliste. Il appartenait plutôt à cette fraction de la jeunesse qui, de Tarnac à Notre-Dame-des-Landes, des places d’Espagne ou de Turquie aux centres sociaux italiens, du Val de de Suse à Taksim, d’Exarchia à Occupy Wall street, de ZAD en TAZ, s’est libérée de la matrice, comme dans le film culte des Wachowski,  et a compris que ce que « nos enfants allaient payer« , selon le cliché culpabilisateur, ce n’étaient pas les intérêts de cette dette fantasmatique inventée par un système aux abois pour domestiquer la population, non, ce qu’ils allaient payer, c’étaient les conséquences écologiques d’un mode de production aberrant[2. On lira avec intérêt Constellations par le collectif Mauvaise Troupe (Editions de l’Eclat) et Gouverner par la dette de Maurizio Lazzarato (Editions Les Prairies Ordinaires).].

Le nihilisme, aussi, c’est systématiquement vouloir discréditer le GIEC comme une officine d’obscurs idéologues au nom du climatoscepticisme qui, pour le coup, est l’autre visage du capitalisme le plus échevelé puisqu’il faut absolument éviter que soit fait le lien entre réchauffement climatique, par exemple, et course au profit. Le nihilisme, c’est continuer à croire les ressources fossiles inépuisables, c’est être prêt à dévaster Chambord et le Val de Loire pour trouver du gaz de schiste afin, encore un peu, de faire rouler les bagnoles, c’est parler, comme Pascal Bruckner, d’écologie punitive dès que l’on explique, comme l’a d’ailleurs fait Gil Mihaely dans le dernier Causeur. qu’il faut trouver une porte de sortie au modèle classique de la croissance, puisque cette croissance ne reviendra plus. Mathieu Burnel,  du groupe de Tarnac, célèbre repaire de femmes voilées bardées d’explosifs, l’autre soir chez Taddeï, seul contre tous, a démonté avec férocité l’imposture aveuglée de ses interlocuteurs, que ce soit celle de Bruckner donc, mais aussi celle de la spécialiste du « green washing » Corinne Lepage ou encore celle de l’incroyable Christian Gérondeau, hibernatus-technocrate pompidolien, nous expliquant doctement que la solution, c’était le nucléaire et le pétrole, et après lui le déluge.

On touche sans doute là la différence la plus sensible dans l’appréciation écologique de la situation. On ne porte pas le même regard sur ce monde de plus en plus visiblement dévasté selon qu’on ait encore dix, vingt ou cinquante ans à y passer, selon qu’on ait vécu sa jeunesse dans la France grande puissance industrielle ou dans la France du chômage de masse et de la précarité, dans la France des premières autoroutes ou dans la France où des régions entières sont transformées en déserts économiques et humains.

Et il se trouve, oui, que dans les ZAD, on rencontre beaucoup plus de jeunes qui ont le goût de l’utopie que les enfants vieillis et gavés de la « génération lyrique »[3. La génération lyrique, François Ricard (Editions Boréal).]  telle que l’a définie François Ricard dans un livre devenu célèbre et qui sont, eux, les vrais nihilistes de notre temps puisqu’ils n’auront rien transmis à la génération suivante, même pas une planète à peu près habitable.

*Photo :  wikimedia .

L’Humanité : une conception vintage du débat d’idées ?

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Le quotidien L’Humanité (que Dieu lui prête longue vie) a dans ses colonnes une rubrique « Débat et controverses ». Riche idée.

Mercredi, 29 Octobre, cette rubrique consacrait deux pages à un sujet chaud bouillant. Elle était titrée « Les néoconservateurs  envahissent-ils la pensée française ? »  et sous-titrée La menace factice d’un déclin français Pour dire les choses encore plus clairement, le sujet en était explicitement les thèses développées dans le dernier livre d’Eric Zemmour. Là encore, c’est un bon réflexe de presse : trop souvent par le passé les journaux de la galaxie communiste se sont contentés de faire l’autruche dans ce genre d’occurrence.

Là où je me pose une petite question c’est à la lecture des trois tribunes libres publiées à cette occasion :

– « Entre puanteurs des années 1930 et gauches paralysées« , par Philippe Corcuff, sociologue et enseignant-chercheur.

– « Ils se méfient de la démocratie véritable« , par Clémentine Autain, directrice de Regards et membre d’Ensemble-Front de gauche.

-« La régression identitaire », par Joseph Macé-Scaron, directeur de la rédaction de Marianne.

Quant à la petite question que je pose, la voilà : ce choix d’auteurs relève-t-il plus de l’amour du débat ou du goût forcené pour la controverse?

Voile à l’université : about a Trojan horse

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voile universite laicite

Le 22 octobre dernier, Le Monde, sous la plume de Benoît Floc’h, sortait enfin un article de fond sur les problèmes que pose la multiplication des voiles à l’université. Pour un journal qui est l’organe officiel du gouvernement et la lecture favorite des bobos frileux réfugiés en deçà du périphérique, aussi loin que possible de la France réelle, c’était un bel effort. Et loin de moi l’idée de jeter la pierre à son auteur, qui est un gentil garçon et a bien voulu ne pas déformer ce que je lui ai dit sur le sujet — grâces lui en soient rendues.

Mais la parution récente d’un autre article ce qui se passe dans les universités britanniques m’a donné un avant-goût de ce qui nous attend, sauf réaction légale et rapide (mais peu probable, grâce à Jean-Louis Bianco qui ne décèle aucun problème) ou réaction spontanée et violente (qui malheureusement se dessine, et pourrait même se draper dans la légalité, selon le parti que les atermoiements du PS et autres idiots utiles amèneront prochainement au pouvoir).
Qu’apprend-on sous la plume de Pragna Patel, l’un des leaders de Southall Black Sisters, la principale organisation luttant aujourd’hui en Grande-Bretagne contre les fondamentalismes religieux ? Eh bien par exemple que les Universités britanniques sont désormais libres d’instaurer une ségrégation dans l’espace entre hommes et femmes, dans les amphis par exemple, afin de ne pas choquer les habitudes de conférenciers extérieurs. Ou que les avocats et les notaires sont incités à la « chariafication » de la loi en tenant compte des superstitions des uns et des autres dans l’établissement, entre autres, des testaments : sûr que les droits des femmes seront mieux respectés ainsi ! C’est sans doute ce que les descendants d’Adam Smith appellent le libéralisme.
Pragna Patel souligne avec force l’opposition de son organisation au multi-culturalisme qui s’appuie sur l’anti-racisme béat de la Gauche — en particulier, je ne saurais trop vous recommander Laurie Penny, une journaliste du Guardian, qui est à l’Angleterre ce que le Monde (hors Benoît Floc’h) est à la France : le gardien de la bien-pensance de gauche. Tout ce qui combat pour les droits des femmes est frappé par elle du sceau (ignominieux, paraît-il) d’« islamophobie ».

Quitte à me répéter…
Il n’y avait aucun voile dans le Marseille de mon enfance — dans ces années 1960 pourtant riches ici en immigrées nord-africaines. J’habitais à deux pas de Frais-Vallon et du Petit-Séminaire, deux hauts lieux du HLM d’urgence construit pour abriter les travailleurs`maghrébins appelés par le Bâtiment des Trente Glorieuses. Et longtemps il n’y en a pas eu — ni ici, ni ailleurs : je me suis baladé à Alger en 1970, quand Boumediene était au pouvoir et les bateaux russes dans le port (désormais remplacés par des bateaux chinois, mais c’est une autre histoire) sans voir de voiles — de manifestations extérieures de fanatisme et d’intolérance.
C’est l’affaire de Creil (1989 — ô Révolution, ça, c’est de la coïncidence ! Qu’est-ce que Robespierre aurait fait de ces suppôts de la foi ?) qui a amené la question du voile au premier plan de l’actualité. Coïncidences, disais-je : l’année suivante les islamistes du FIS entraient dans le champ politique algérien. S’ensuivront dix années d’un conflit particulièrement sanglant, où certains de mes élèves, à Corbeil, me lançaient avec des airs de bravaches « Moi, j’suis au GIA, m’sieur ! », qui s’est résolu par un partage des ressources du pays entre les militaires et les islamistes « présentables » (oxymore !), partage qui n’a pas peu contribué à faire de l’Algérie le pays le plus malade du Maghreb. En témoigne la noria de bateaux amenant à Marseille des Algériens venant s’approvisionner en denrées essentielles.

Mais c’est ici désormais que le combat s’est déplacé. Et les filles que l’on peut soumettre aux fantasmes vestimentaires des salafistes jouent un rôle éminent. Un voile, on s’en fiche. Deux, trois, ça passe. Mais la mode fait tache d’encre, les tchadors volant au gré du mistral sont autant de reproches pour celles qui résistent encore, et l’attitude parfois agressive des garçons, qui s’en prennent volontiers à tout ce qui n’est pas « protégé » par cet habit de nuit, contribue à propager les ténèbres.
Je vais encore me faire traiter d’islamophobe. Mais en vérité je vous le dis, amis musulmans qui parfois êtes aussi mes élèves, si l’on ne réagit pas très vite, d’autres se chargeront de réagir. Et dans une ville où une kalachnikov coûte moins de 300 euros, qui sait jusqu’où cela peut aller ?
Et c’est bien là qu’ils veulent nous amener — à la guerre civile.

*Photo : wikimedia.

Honneur à Thomas Dupuy

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thomas dupuy mali

C’est une photo. Publiée par le ministère de la Défense et jointe au communiqué annonçant la mort au combat du sergent-chef Thomas Dupuy. Cette image d’un homme jeune, noir, beau et serein provoque un curieux sentiment, difficile à définir. Ce militaire de 32 ans vous regarde dans les yeux, et ce regard nous dit quelque chose. Mais quoi ? Désireux, comme il l’avait dit lui-même, d’être utile à son pays, il a trouvé le bout de la route dans la caillasse du Sahel malien, fauché dans une guerre lointaine, dont personne ne sait vraiment si elle est nécessaire et juste. Il est donc mort pour la France, mais qui écoute encore Victor Hugo nous dire: « ceux qui pieusement sont morts pour la patrie, ont droit qu’avec respect la foule vienne et prie ».

Non, la France est occupée ailleurs. À entendre des vieilles rengaines, autour du cercueil d’un jeune homme tué par accident pour une cause dérisoire, et dont des petits politiciens usés jusqu’à la corde tentent d’enrôler la dépouille au service de leur médiocre cuisine. Alors, on ne nous parlera pas de Thomas Dupuy, ce qui n’a d’ailleurs aucune importance. Rémi Fraisse et lui étaient tous deux de Toulouse. L’analogie s’arrête là, tout les séparait. L’origine sociale, les idées, le rapport à la vie. De l’un on a fait un martyr, à l’autre on a vaguement rendu les honneurs, on n’est pas au Canada quand même[1. Les Canadiens ont rendu les honneurs à Nathan Cirilio abattu par un djihadiste. C’est beau une nation qui croit en elle]. Et il n’y a pas à les comparer, d’une certaine façon, c’est tant mieux. La France, étant sortie aujourd’hui de l’Histoire est plus économe de ses fils. On ne s’en plaindra pas.

Alors d’où vient ce léger malaise, ce pincement à soutenir le regard apaisé de ce sous-officier volontaire de l’armée française tué en service commandé ? C’est un parachutiste. Arme symbole de ceux qui n’ont pas froid aux yeux. Et les symboles, en ces temps de commémorations militaires, s’accrochent souvent à notre mémoire. Sa petite biographie nous apprend qu’il était un des rares spécialistes du saut avec ouverture en haute altitude. Sur la photo, il est dans un avion, harnaché pour le saut, son altimètre au poignet droit, calme et relaché avant de passer la porte pour le vide. Oui, mais les paras… On a quand même quelques mauvais souvenirs. De périodes où leurs comportements ne furent pas très glorieux. Où ils se laissèrent entraîner dans des aventures inquiétantes. Comme en 1958 ou en 1961, quand ils firent peur à la République. Cela peut provoquer quelques réserves. Mais on se rappellera alors le premier officier parachutiste français tué à l’ennemi. Il s’appelait André Zirnheld, Juif d’origine alsacienne dont les parents avaient choisi la France. Professeur de philosophie dans un lycée de Tunis, refusant la capitulation de 1940, parmi les premiers il rejoint la France libre. Demandant à être versé dans les fameux SAS qui opéraient sur les arrières de Rommel dans le désert libyen. Tué en mission le 27 juillet 1942, lui aussi mort dans la caillasse. Il sera fait Compagnon de la Libération à titre posthume. Ses camarades récupérant son barda, y retrouvèrent des textes et des carnets. Parmi eux la fameuse « prière du para ». Thomas Dupuy, probablement héritier de cette tradition n’avait pas choisi lui non plus « le repos ni la tranquillité, ni celle du corps ni celle de l’âme ».

Et c’est peut-être dans cette direction qu’il faut regarder pour comprendre. Voir ceux qui au moment de leur choix de vie ont fait celui de la France quitte à en mourir. Repasser par Toulouse, ville natale de Thomas Dupuy, mais de Mohamed Merah aussi. Se rappeler les noms des militaires assassinés par celui-ci : Imad Ibn Ziaten, Mohamed Farah Chamse-Dine Legouad, Abel Chennouf.
À 20 ans, Thomas Dupuy était un gamin des cités. On trouve sur le net des photos et des vidéos de ses 20 ans. Champion de boxe thaïe (la plus dure), crâne rasé, on l’imagine facilement déambulant dans sa cité sous une capuche. Physiquement proche de Merah, il ne prendra pas le même chemin. Regardons maintenant la photo de l’avion. Il en émane une force et une plénitude dont il n’était pas sûr qu’elles adviendraient. Cette force n’est pas celle du boxeur, elle est celle de l’homme qui s’est accompli. Et cet accomplissement, c’est à la France qu’il le doit. Parce que la France, malgré sa déprime, son désarroi, malgré son identité malheureuse, est encore capable de faire ça. Comme elle l’a toujours fait, d’ailleurs, même si aujourd’hui c’est plus difficile. Alors, on va me dire que je récupère, que les barbares sont aux portes, et qu’arrive le grand remplacement. Eh bien non, il n’y aura pas de grand remplacement. Et oui, je les récupère, les Ziaten, Legouad, Chennouf, Dupuy et les autres. Car ils en témoignent.

Et si finalement, le trouble que l’on ressent à soutenir le regard de Thomas Dupuy, ce pincement de chagrin, ce n’était pas celui d’avoir perdu un frère?

*Photo : Armée de l’air.

Pharaonique, la philarmonique?

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philharmonie paris nouvel

La pauvre ! Il y a quinze ans, elle nous faisait rêver. Ce serait la plus moderne, la plus belle, la plus grande. Maintenant que ça se précise, pas une semaine sans vitriol. « La Ville de Paris ne paiera pas le surcoût de la Philharmonie » (Le Monde du 5 septembre), « Cacophonie à la Philharmonie de Paris » (Le Figaro du 12).

La Philharmonie, pour qui ferait exprès de ne pas le savoir, remonte avant Napoléon. Quand on a inventé les concerts publics, sous Louis XV, on n’avait rien de mieux à leur offrir qu’une salle sans volume aux Tuileries. Plus tard, mon aïeule déchirait ses tickets dans un énorme amphi néo-byzantin élevé pendant l’expo universelle de 1878 au Trocadéro, qui vous avait « je ne sais quelle vibration indécise et flottante » (Le Figaro de l’époque). Pas de veine. On nous a donc rasé ces tristes murs, remplacés entre-deux-guerres par la Salle Pleyel. Toujours refaite, toujours dénigrée pour son acoustique. À Berlin ils ont leur Philharmonie, à Vienne leur Musikverein, à Amsterdam leur Concertgebouw, en Espagne il en pleut, pendant que nous nous avons Pleyel où il n’y a même pas la place de répéter.

Donc la salle de concert que Paris mérite, voilà une plombe qu’il la lui faut. Sans auditorium optimal, pas d’orchestres au niveau, pas de prestige, pas de plaisir. Le Jean Tiberi d’autrefois nous l’avait promis à la Gaîté Lyrique. Où le Bertrand Delanoë de naguère a préféré mettre une sorte de Paris Plage techno qui fait mousser le Conseil municipal et marrer les ados.[access capability= »lire_inedits »]

Une fois de plus, c’est donc saint Pierre qu’on a écouté. Après s’être fait offrir une « cité de la musique » porte de Pantin et y avoir placé ses anciens capitaines, Pierre Boulez s’est plaint qu’il lui manquait un membre. « La cité unijambiste », il l’appelait. L’autre jambe, ce serait sa grande salle, comme à New York, comme à Rome. Néron d’un jour, Dominique de Villepin a dit : tu la veux, je te la fais. Frédéric Mitterrand a signé. Jean Nouvel a bâti. La voilà. 2400 places en alvéoles, des tas de petites salles autour. Inauguration le 14 janvier prochain. Si vous êtes dans l’alvéole nord-est, souriez : c’est bibi qui vous indiquera votre siège.

Moi je vais vous dire, ces travaux en retard, ces devis à 110 M€ « réévalués» dans les 381 M€, ces architectes furieux qu’on remplace leur amarante par du contreplaqué, je m’en cogne. Tous les chantiers de jadis et de demain passent par là, dans deux ans on n’y pensera plus. Non, ce qui me chagrine, c’est trois fois rien.

Une fois rien : quand en 1995 Mitterrand senior a inauguré la cité de la musique, il nous promettait une vraie ville, lumineuse de l’aube à la nuit. Macache, c’est un auditorium lambda d’où nous autres ouvreuses avons ordre de virer le client cinq minutes après la dernière note. Deux fois rien : les édiles qui ont commandé la Philharmonie au père Noël ont vécu. Leurs héritiers à la Mairie, à l’Elysée, rue de Valois, n’en ont rien à fiche, morne présage. Trois fois rien : l’âge des grands travaux est passé, la diplodoculture institutionnelle n’a plus les moyens de se nourrir et promet d’affamer les petits, les fragiles, les artistes du monde réel, pour payer leur vastitude obsolète. Si ça arrive, vous et moi, on n’a pas fini de pleurer.[/access]

*Photo : wikimedia.

Sivens, la B.A des Verts

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sivens giec eelv

Le GIEC vient de rendre un nouveau rapport alarmant sur le réchauffement climatique. Il apparaît qu’aucune des mesures envisagées par les Etats n’a porté ses fruits et que l’objectif de rester sous la barre des 2 degrés d’augmentation devient improbable.

Pourtant, nos militants écologistes sont tous très actifs. Quand leur enfants leur demanderont dans vingt ou trente ans « mais qu’as tu fait pour lutter contre le changement climatique ? », il pourront répondre, la main sur le cœur, « Mais j’étais à Sivens et à Notre-Dame-des-Landes ». Oui, ils pourront répondre qu’ils se sont battus pour défendre les ZAD (zones à défendre) avec acharnement. Qu’ils ont empêché la construction d’une petite retenue d’eau de quelques hectares qui avait vocation à réguler les variations de l’eau disponible dans une petite zone agricole.

Mais avez-vous rencontré des militants EELV qui aient quelque chose à dire sur les grands enjeux auxquels l’homme sera confronté au vingt-et-unième siècle ?

Demandez-leur ce qu’ils ont à proposer pour trouver des sources d’énergie durables et fiables, outre les centrales au lignite qu’ils remettent en route en Allemagne ? Fondent-ils des espoirs dans la fusion froide ou dans la fusion chaude pour apporter à l’homme l’énergie dont il a besoin. Quelle technique de captation du CO2 privilégient-ils ? Ils pourront vous répondre « je ne sais pas, mais j’étais à Sivens !… ».

Demandez-leur quel projet ils ont pour la santé face aux défis lancés par les ruptures sans précédent des NBIC (technologies nano, bio, intelligence et connaissance). Quelle réponse ils envisagent face aux questions du transhumanisme ? Quelle société ils souhaitent à un homme « condamné à vivre » 120 ans… Ils répondront « je ne sais pas, mais j’étais à Sivens !… »

Demandez-leur comment ils envisagent les nouvelles mobilités urbaines, interrégionales et transnationales quand tous les projets d’emprise sur des zones naturelles font désormais l’objet de recours sans fin, même quand il s’agit de tunnels (cf. le Somport). Ils répondront « je ne sais pas, mais j’étais à Sivens !… »

Oui nos écologistes étaient à Sivens. Ou ceux qui n’y étaient pas encourageaient ceux qui y étaient. Et c’est bien cela notre problème. Nous avons la classe écologiste que nous méritons. Ils sont tous prêts à défiler pour empêcher la construction de la moindre retenue d’eau, à défendre n’importe quelle zone qu’ils ont auto-déclaré « à défendre ». Mais ils sont totalement incapables de proposer, ni même d’envisager un modèle de société qui fait une place honorable à l’homme dans la nature.

Les changements climatiques qui sont face à nous ne se résoudront pas dans une autorégulation de la nature. Il faudra creuser des canaux ou construire des barrages pour irriguer des zones nouvellement asséchées. Ailleurs, il faudra lever des digues pour protéger des zones menacées par l’invasion des eaux. Partout, les changements monumentaux auxquels nous serons confrontés, dans l’accès à l’énergie et aux ressources naturelles, dans la maîtrise des ressources hydriques, dans l’aménagement du territoire pour le rendre accessible, cultivable, habitable à une population de 10 à 12 milliards d’hommes, ne se feront pas en bloquant tous les projets si insignifiants soient-ils. Sivens était un projet insignifiant. Nos écologistes en ont fait un symbole de leur combat. C’est avant tout un symbole de leur propre insignifiance, de leur ignorance et de leur dévoiement à un naturalisme où l’homme n’a pas sa place.

L’écologie est une chose trop sérieuse pour la laisser entre les mains de nos écologistes.

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 00697071_000001. 

Plutôt aller aux champs qu’à Auchan!

amap decroissance amette

Pas besoin d’avoir fait Woodstock, d’avoir les cheveux longs ou d’être mal rasé. Inutile, surtout, de se proclamer altermondialiste et de rêver un monde sans frontières. Disons qu’avoir un bon économe et une poêle à frire est votre mise de départ. Bienvenue chez les décroissants. Ceux que nous avons rencontrés l’ont dans la chair, la décroissance. Ils l’ont aussi dans leur potager – et dans leur assiette.

Catherine a 46 ans, elle est ce qu’on appelle une « amapienne ».  En décroissant, cela signifie qu’elle est inscrite dans une Association pour le maintien d’une agriculture paysanne. Une AMAP. Tous les mardis soir, elle se rend au « panier vanvéen », dans les Hauts-de-Seine, avec quatre-vingts autres personnes. À 18 h 30, les amapiens se retroussent les manches et se répartissent des paniers de légumes pleins à craquer. Pour 18 euros, ils mangeront pour quatre. Toute la semaine. Mais parce que les aubergines ne poussent pas sur le parking du Leclerc, où ils se sont installés, il a fallu trouver un agriculteur qui gère une plantation. Leur plantation, même. Car c’est un peu le principe de l’AMAP : le partage, la collectivité.

Pour Catherine, cette sorte de coopérative citadine est une évidence. Depuis six ans qu’elle fréquente le panier vanvéen, elle a réduit considérablement ses frais d’alimentation. Pour les prix, pas besoin de Leader Price, l’AMAP revient moins cher. Pour le bio, oubliez la Biocoop et les fraises espagnoles. Les légumes de Catherine viennent de Boissy-sous-Saint-Yon, à moins d’une heure de Paris. Dans le Lot, où elle retape une maison depuis trente ans, selon elle les gens ne se posent pas ce genre de question. Par un faux paradoxe, c’est à la campagne que la conscience écologique reste minoritaire. Finalement, avoue Catherine, « j’ai constaté qu’on mangeait mieux à Paris que dans le Lot ». La grande distribution fait l’affaire, et tant pis si les fermes du Périgord disparaissent une à une. Les grands champs de maïs et les exploitations dévolues au foie gras prospèrent. Le bio, elle est pour, mais selon la façon dont on le pratique : elle observe des agriculteurs qui font maintenant du bio intensif, sorte de contradiction dans les termes. « Toujours cette idée d’optimiser au maximum », relève-t-elle, pensive. Catherine a toujours été, depuis ses 18 ans, « babacool ». Elle a vécu en communauté près de Nîmes dans les années 1970, elle s’habillait aux puces, a toujours fait les brocantes, les vide-greniers, et a une bagnole d’occasion. « Bref, dit-elle, décroissante avant que le mot existe. »[access capability= »lire_inedits »]

Nous sommes en 2014. Toute l’Île-de-France est occupée par la grande distribution et l’exploitation intensive. Toute ? Non ! Dans sa ferme à Boissy-sous-Saint-Yon, Laurent Marbot est l’agriculteur qui nourrit Catherine et les banlieusards du plateau de Vanves : avec Jérôme, fils d’un céréalier de la Beauce, il partage 3 hectares de terrain. Ils pratiquent tous deux le maraîchage biologique dans six serres. Mais contrairement à son associé, qui vend sa production dans une boutique sur place, Laurent a décidé de fonder cette AMAP et s’en porte on ne peut mieux.

Ce dimanche matin, dans sa ferme de l’Essonne, Laurent Marbot désherbe parmi les rangées de betteraves. Pour l’aider, une dizaine d’« amapiens », parmi lesquels on trouve des vieux, des cadres de chez Dassault Aviation, des éducateurs soixante-huitards, des enfants courant après des chiens. Chacun est venu désherber sa ligne de soixante mètres, plus ou moins consciencieusement. Entre chaque pousse, Laurent Marbot commente : « Ça, c’est du liseron, on arrache ! Ça étouffe les racines de betteraves. On est les seuls à en avoir de ces trucs-là. » « On », ce sont les maraîchers bio. Que font dix citadins dans une ferme biologique à gratter la terre ? « Un atelier pédagogique », répond François, ironique.  Chacun sourit dans sa barbe. « Atelier pédagogique », pour l’État, ça sonne meilleur – parce que c’est plus vérifiable – que « coup de main ». Entre deux sorties d’experts ès arrachage de mauvaises herbes, Laurent a le temps de se définir comme « plutôt de gauche ». Il y a encore quelques années, nous confie-t-il, il défilait dans les manifs de la CGT. Et puis le grand rêve d’égalité est retombé comme un soufflet au fromage. Avec l’âge, ce Parisien s’est incarné : « Faire pousser des légumes, c’est bien plus subversif que d’aller gueuler dans les manifs », décoche-t-il. L’Internationale ? Disons que, chez lui, elle commence par du local. Là, à Boissy-sous-Saint-Yon.

Il y a dix ans, Laurent était voué à vendre des pesticides. Dans le milieu agricole, le choix est restreint. Si vous n’êtes pas fils de paysans, vous ne verrez jamais le début d’une roue de tracteur, nous explique le maraîcher. Et puis, un matin, Jérôme, son ami agriculteur, l’appelle : « Laurent, j’ai un plan. Quand-est-ce qu’on fait la révolution ? » Quelques années plus tard, le concept est lissé. Les paniers que livre Laurent ont la réputation d’être particulièrement garnis. Et parce qu’il refuse de cultiver plus – il le pourrait, sous la pression de l’idéologie productiviste – la qualité des relations qu’il entretient avec ses amapiens reste authentique. Le rêve de Laurent serait de partager des grandes parcelles avec de nombreux associés, qu’il n’y ait pas de patron, qu’on établisse une vraie coopérative.

Pour autant, on aurait tort de prendre les amapiens pour de gentils rêveurs. Ce serait même le contraire. Là où le bobo, depuis quinze ans, a fait son miel du bio, qui convient autant à son portefeuille qu’à sa soif de confort matériel et intellectuel, l’AMAP est un rappel constant de nos limites : le consommateur paie à l’avance et pour un an la production à venir du paysan et subit les aléas climatiques autant que la saisonnalité des fruits et légumes. C’est le choix de n’avoir plus le choix.

Décroître comme consommateur, c’est croître en sagesse, selon Anne, qui habite Amette, petite commune du Pas-de-Calais dont le seul titre de gloire est d’avoir vu naître, comme par hasard, Benoît-Joseph Labre, le saint clochard du XVIIIe siècle, gyrovague dont les rombières du premier rang de la messe s’écartaient en se bouchant le nez tant, selon la légende, il puait. Saint patron idéal, quoiqu’un peu outré, pour tous les décroissants du monde. Anne est une « chrétienne indignée », c’est-à-dire qu’elle fait partie de ceux qui prônent la décroissance matérielle comme conséquence d’une humilité et d’un dépouillement spirituel. Elle ne vit certes pas dans un ashram, mais elle parle de « cette libération progressive de nos asservissements, des plus manifestes aux plus subtils, à la société de consommation ». Se dégager de cette accumulation de futurs déchets, marqués du virus de l’obsolescence, elle ne l’appelle pas mépris de la matière, mais au contraire goût des créations, des fruits de la terre et du travail des hommes. Elle égrène : « Légumes du maraîcher de mon pays, pain du boulanger tôt levé, ouvrage du cordonnier à l’atelier fleurant le cuir, de la couturière dans son champ d’étoffes colorées. » Finalement, sa décroissance ressortirait plus de l’épicurisme que du jansénisme ; aller à pied ou à vélo, choisir ses vêtements à Emmaüs, inventer une nouvelle vie à un objet usagé : « J’aime, comme l’enfant qui fait un pied-de-nez à une armée d’empire totalitaire, ces gestes dérisoires qui libèrent l’âme de la peur et nous relient à l’essentiel. Et j’ai folie de croire que la vie est un enfant qui peut mettre en déroute l’armée la plus puissante. »[/access]

 *Photo : Hannah.

Zadistes, djihadistes, même combat?

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sivens ecologie beulin

Xavier Beulin, président de la FNSEA, a provoqué les cris d’orfraie dans l’establishment écolo en traitant les opposants au barrage de Sivens de « djihadistes verts ». Jean-Vincent Placé, le patron des sénateurs EELV, exige des excuses du leader paysan, et menace de le traîner en justice s’il ne présente pas ses excuses publiques et repentantes aux éminences vertes.

Comme toutes les analogies historiques, celle assimilant les « zadistes » du Tarn aux djihadistes du prétendu « Etat islamique en Irak et au Levant » porte en elle sa réfutation : qui pourrait sérieusement assimiler une guerillette mimétique dans les champs de maïs gascons à la barbarie égorgeuse des islamistes radicaux ?

Xavier Beulin n’est peut-être pas un intellectuel frotté aux théories postmodernes en vogue, mais, comme Monsieur Jourdain, il rejoint, sans le savoir, l’analyse la plus pertinente du phénomène totalitaire nazi : celle de Leo Strauss  le présentant comme un avatar du « nihilisme allemand » : «  Le nihilisme allemand désire la destruction de la civilisation moderne dans la mesure où la civilisation moderne a une signification morale. Comme chacun sait, le nihilisme allemand n’est pas particulièrement opposé aux moyens techniques modernes. La signification morale de la civilisation moderne, à laquelle s’oppose les nihilistes allemands s’exprime dans des affirmations comme les suivantes : soulager la condition de l’homme ; protéger les droits de l’homme ; le plus grand bonheur possible pour le plus grand nombre.(…) Cette protestation vient de la conviction que la société ouverte, qui est le but de l’internationalisme inhérent à  la civilisation moderne, et toutes les aspirations liées à ce but sont incompatibles avec les exigences de la vie morale »[1. Leo Strauss, Nihilisme et politique, éditions Rivages poche.].

Ce nihilisme s’est totalement dégermanisé après l’effondrement apocalyptique du IIIème Reich, mais tel le Phoenix, il renaît de ses cendres sous des formes nouvelles, remettant à l’ordre du jour le « non » radical à l’idéologie du progrès et à la mondialisation, et préconisant l’instauration de société closes fondées sur le primat d’une morale transcendante avec ou sans Dieu. Les djihadistes et les zadistes partagent la conviction que la société ouverte est vouée, sinon à être immorale, du moins amorale : le lieu où se retrouvent ceux qui recherchent le plaisir, le profit, un pouvoir irresponsable, où se retrouvent en fait toutes les irresponsabilités et les absences de sérieux. L’humour leur fait horreur, l’idée du bonheur les hérisse.  Ecoutons encore Leo Strauss, opposant le messianisme laïque des communistes à la passion nihiliste : « Ce qui paraissait aux communistes la réalisation du rêve par excellence de l’humanité était, pour ces jeunes Allemands (ceux de l’Allemagne de Weimar N.D.A.), le plus grand avilissement de l’humanité, la fin de l’humanité, l’apparition du «  dernier homme ». Ils furent incapables d’exprimer dans un langage suffisamment clair ce qu’ils désiraient mettre à la place du monde présent : la seule chose dont ils étaient absolument certains était qu’il fallait anéantir le monde présent et toute les potentialités du monde présent, afin de prévenir l’établissement de l’ordre communiste ultime, qui deviendrait inéluctable sans leur intervention : : littéralement n’importe quoi, le néant, le chaos, la jungle, l’Ouest sauvage, l’état de nature hobbien, leur semblait bien supérieur au futur communiste-anarchiste-pacifiste ».

Le projet civilisationnel communiste ayant fait faillite, le capitalisme mondialisé, l’individualisme libéral est aujourd’hui la figure de l’ennemi commun de Daech et du groupe de Tarnac. Il  doit être détruit sans qu’il soit pour cela nécessaire de présenter un projet alternatif : le Califat du désert n’est en rien un projet d’Etat, organisant la vie collective d’un population sur un territoire défini, mais une base militaire à partir de laquelle le djihad mondial procédera à la destruction physique des pouvoirs moralement corrompus, grands et petits Satans confondus. Le « Comité invisible », promu par la presse de gauche comme le fin du fin de la critique « radicale », nouvelle bible des zadistes, n’en a rien à cirer de la préservation des zones humides, ou de la survie des bouquetins du Bargy : il s’agit pour les épiciers de Tarnac de « congédier cette époque devenue totalement irrespirable (…) Quarante ans de contre-révolution triomphante en Occident nous ont affligés de deux tares jumelles, également néfastes, mais qui forment ensemble un dispositif impitoyable : le pacifisme et le radicalisme  ». On aura compris qu’il ne s’agit pas du radicalisme de Jean Michel Baylet, mais de toutes les versions non tarnaciennes de l’ultragauche, de Toni Negri à Alain Badiou, obstacles à « l’insurrection qui vient ».

Il faut rendre hommage à Frédéric Taddeï d’avoir permis l’intervention, devant des centaines de milliers de téléspectateurs d’un représentant ce discours nihiliste moderne, qui se substitue aujourd’hui à l’écologie pépère d’un Dany-Cohn Bendit, qui avait pu, un temps, faire prendre des vessies pour des lanternes, et un nouvel avatar du nihilisme préfasciste pour une utopie joyeuse et conviviale.

*Photo : SALOM GOMIS SEBASTIEN/SIPA. 00697051_000013.

 

Eric Zemmour, un débat français

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finkielkraut zemmour onfray devedjian

finkielkraut zemmour onfray devedjian

On en a parlé. De Zemmour, de son Suicide français et des commentaires des commentaires qu’ils suscitent. Le journaliste du Figaro a accordé un entretien de neuf pages à Causeur. L’occasion de mettre sur la table tous nos différends, sans lyncher ni injurier personne. Sur le tapis, Elisabeth Lévy étale les nuances et francs désaccords qui nous opposent à Eric Zemmour. Comme le répète notre directrice de la rédaction, « nous avons tous été consternés par le court chapitre du Suicide français consacré à Vichy  (…) même s’il n’affiche aucune sympathie pour Vichy, contrairement à ce qui est ânonné de toutes parts, Zemmour offre à ses ennemis un alibi en or pour évacuer les vérités embarrassantes qu’il agite sous leur nez » Plutôt que de nous boucher les narines, nous avons choisi la confrontation des idées, regrettant que « le vacarme causé par ces quelques pages a permis d’étouffer toutes les autres. » Quoi de mieux en effet qu’une polémique sur Vichy pour escamoter toutes les questions gênantes que pose ce trublion ? Immigration massive, démantèlement des protections sociales, perte de souveraineté du politique, les sujets d’inquiétude communs à Causeur et Zemmour ne manquent pas. Mais, ainsi que l’exprime la cheffe, « si nous partageons en partie sa nostalgie de la France d’avant, nous refusons son tout-ou-rien, qui consiste à jeter tous les bébés du Progrès avec l’eau du bain néo-progressiste. »

Le paradoxe de l’affaire Zemmour, si l’on peut nommer ainsi le gouffre béant qui sépare les éditorialistes de gauche des centaines de milliers de lecteurs d’un ouvrage supposément « raciste », « pétainiste », « facho », sinon « néo-nazi », c’est que ce condamné d’office trouve des alliés inattendus. Michel Onfray nous a confié partager une bonne partie du diagnostic zemmourien sur l’islam, le libéralisme et « l’état de décomposition du microcosme intellectuel parisien » sans épouser son conservatisme moral. Au réac qui entend abattre l’héritage de 68, le libertaire Onfray répond qu’il faut en cultiver les fruits anarchistes.

Egalement soucieux de séparer le bon grain de l’ivraie zemmourienne, Alain Finkielkraut dit toute sa peine de voir le roman national ébréché par le règne de l’individu-roi et le culte de la diversité. Mais il n’épargne pas Zemmour sur l’épineuse question de Vichy et le droit des femmes, que l’académicien défend mordicus.  « Eric, laisse tomber les filles », conseille d’ailleurs Cyril Bennasar à notre invité du jour, qui met sa sagacité au service d’un modèle patriarcal suranné. Or, la libération sexuelle, ça a du bon aussi pour les hommes, dixit Cyril !

L’autre événement de ce numéro, c’est le retour de Basile de Koch, éprouvé par son « déménagement pour tous » mais toujours vaillant. Son expulsion éminemment politique de l’appartement qu’il occupait lui vaut la solidarité d’Elisabeth Lévy, ulcérée par la vindicte qu’exerce la mairie de Paris contre le couple Barjot-Koch. En exclusivité, vous pourrez admirer photos du déménagement et vous régaler de la chronique désopilante du président à vie de Jalons.

Moins poilant quoique assez piquant, notre dossier politique s’ouvre à Hayange, en pleine fête du cochon orchestrée par le maire frontiste Fabien Engelmann. Cette « reconquista par le cochon », qu’Antoine Menusier décrit méthodiquement, faits des mécontents au sein même du Front national, où les désaccords idéologiques sont légion. Si vous ne me croyez pas, lisez les témoignages que j’ai recueillis auprès des cadres du Front, tous unis derrière Marine Le Pen avec leurs idiosyncrasies respectives : libéraux, gaullistes, identitaires, au FN le repas se commande à la carte ! S’il est un mets que les lepénistes mangent tout cru, il s’appelle UMPS… Une hydre dont Patrick Devedjian nie l’existence dans nos pages, bien qu’il se félicite du grand consensus économique régnant de Valls à Juppé, comme dans toutes les démocraties d’Occident. Hélas, trois fois hélas, réplique en écho Maxime Tandonnet, l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy en matière d’immigration. Droite et gauche se sont lamentablement vautrées dans le laisser-faire laisser-aller, raconte l’ex-homme du Président, fin observateur des rouages de l’Etat.

Dans ce numéro tout nouveau tout beau, à la maquette inédite signée Aymeric Dutheil, nous n’avons pas lésiné sur la substantifique moelle. Nos cent pages de moelle journalistique s’achèvent sur un dossier Sade autour de l’exposition que le musée d’Orsay consacre au divin marquis, sous la conduite éclairée d’Annie Le Brun. Allez zou, filez lire Causeur dans le boudoir !


 

Également en version numérique avec notre application :

  

Léon Bloy au Secours populaire

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leon bloy pauvre

leon bloy pauvre

Il serait injuste de dire que l’information est passée inaperçue. Quand l’enquête annuelle du Secours populaire associé à Ipsos sur la pauvreté en France a paru, on en a parlé dans les gazettes et sur les ondes. Mais il faut dire qu’entre les rumeurs de guerre en Orient, l’anniversaire du 11-Septembre, le livre de l’ex-première dame et les propositions chocs du Medef, il fallait faire des choix. Alors on en a parlé, mais comme ça, presque en passant. On a cité le chiffre de 5,60 euros par jour pour vivre pour les usagers du Secours pop, soit 619 700 familles en 2013. Et puis on est passé à autre chose. On a assez peu mis de chair sur le quotidien d’un pauvre, contrairement, par exemple, à ce qu’on fait pour les victimes de l’insécurité. Il n’y a pas eu, par exemple, un éditorialiste pour dire ou écrire, comme Léon Bloy dans Le Sang du pauvre : « Tout homme qui possède au-delà de ce qui est indispensable à sa vie matérielle et spirituelle est un millionnaire, par conséquent un débiteur de ceux qui ne possèdent rien. » Non, on a présenté la pauvreté comme une donnée inévitable, presque un phénomène naturel dont personne ne pourrait être tenu pour responsable.

D’ailleurs, Bloy n’aurait pas la parole aujourd’hui, parce qu’en matière d’économie la ligne officielle est plutôt à l’offre qu’à la demande et que le riche est choyé pour sa richesse, car elle finira bien un jour par ruisseler sur le pauvre, qui, souvent, fait tout de même un peu exprès d’être pauvre.[access capability= »lire_inedits »] Léon Bloy, qui était tout sauf marxiste, n’y croyait pas tellement à cette politique de l’offre. Ce catholique furieux dans la France de la Belle Époque a une voix d’une grande qualité de colère qui nous manque beaucoup. Non, nous dit-il, la pauvreté n’est pas un phénomène naturel, non, elle n’est pas inévitable ; oui, les riches ont une responsabilité écrasante, eux qui non seulement ne veulent pas changer l’ordre des choses mais oublient même la charité. On sait que les managers de fast-food, par exemple, virent facilement les employés qui gardent les invendus pour eux ou pour les redistribuer à ceux qui ont 5,60 euros par jour pour vivre.

Léon Bloy les avait déjà rencontrés, ces managers : « Ceux-là exigent de leur bonne qu’elle jette dans la boîte aux ordures tous les restes, quelquefois importants, de leur table, viandes ou poissons à peine entamés. Ordre formel de les déchiqueter, de les souiller d’excréments ou de pétrole, pour que nul n’en puisse profiter, pas même les chiens et les rats. »

Le Sang du pauvre, vous en reprendrez bien une pinte ? Ou bien, à défaut, lisez-le.[/access]

 

Le Sang du pauvre, de Léon Bloy, disponible… chez les bouquinistes !

 

*Image : wikimedia.

«Notre maison brûle et nous regardons ailleurs.»

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sivens ecologisme tarnac

sivens ecologisme tarnac

Luc Rosenzweig, avec sa pugnacité et son érudition habituelles , veut nous convaincre que les candidats au djihad et les zadistes soutenus par les Verts ont un point commun, le nihilisme. Mieux, que « le projet civilisationnel communiste ayant fait faillite, le capitalisme mondialisé, l’individualisme libéral est aujourd’hui la figure de l’ennemi commun de Daech et du groupe de Tarnac ». Il me semble difficile de faire mieux dans le point Godwin comme on dit aujourd’hui, c’est-à-dire une manière de « reductio ad hitlerum » destinée à disqualifier définitivement. Il est dommage pour la démonstration de Luc qu’on n’ait pas trouvé des pédophiles et des antisémites dans le rang des zadistes parce que comme ça, le tableau de l’horreur contemporaine aurait été complet. L’analogie avec les djihadistes, je dois reconnaître que ce n’est pas mal comme écran de fumée pour ne pas regarder ce qui se passe, ce qui se passe vraiment du côté de Notre-Dame-des-Landes, du barrage de Sivens mais aussi un peu partout dans le monde, ce monde du déni qui refuse de voir poindre sa fin possible à cause de son aveuglement environnemental. Pourtant, même le président Chirac, un gaulliste énarque formé pour l’utopie prométhéenne des Trente glorieuses, avait senti venir la catastrophe, il y a douze ans déjà, à la conférence sur le climat de Johannesburg en 2002 : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. »

Luc a donc décidé de regarder ailleurs. Vers ceux qui se sont radicalisés au nom de l’Islam dans nos quartiers mais aussi dans nos centre-villes (l’apprenti-djihadiste diplômé et converti est aussi une réalité d’après les premières enquêtes sur le phénomène). Mais le problème, c’est que l’analogie, sur le plan idéologique, ne tient pas trente secondes. Pas seulement parce qu’il est peu de dire que la vision émancipatrice qui prévaut chez les zadistes n’a rien à voir avec l’embrigadement religieux et sectaire mais aussi parce que si cette analogie s’appuie sur l’anticapitalisme, alors il faut  aller jusqu’au bout du raisonnement. C’est-à-dire agglomérer aux djihadistes tous ceux qui de près ou de loin, sont convaincus qu’il faut rompre avec le capitalisme : les djihadistes, donc, – étonnamment financés par les pays les plus capitalistes du monde que sont les pétromonarchies-, les zadistes, mais aussi, allons y franchement, l’ensemble de la vraie gauche française, du PCF au FDG , les frondeurs du Parti socialiste, Europe Ecologie-Les Verts, une bonne partie du monde syndical et pas mal d’intellectuels, y compris Marcel Gauchet, oui, « notre » Marcel Gauchet qui montre d’étonnants points de convergence avec Alain Badiou dans le dernier livre qu’ils ont cosigné[1. Que faire ? (Editions Philosophie Magazine).]. Sans compter les Français eux-mêmes qui ne cessent de désespérer BFM business, les salles de marché et Alain Minc en exprimant leur défiance à l’égard du libéralisme avec des scores écrasants à chaque sondage sur la question.

Reste l’accusation de nihilisme. Qu’on me permette de dire que Rémi Fraisse, tué à vingt-et-un ans par la gendarmerie qui venait de recevoir « des consignes d’extrême fermeté » de la part du préfet   -tu m’étonnes-, n’avait rien d’un nihiliste. Il appartenait plutôt à cette fraction de la jeunesse qui, de Tarnac à Notre-Dame-des-Landes, des places d’Espagne ou de Turquie aux centres sociaux italiens, du Val de de Suse à Taksim, d’Exarchia à Occupy Wall street, de ZAD en TAZ, s’est libérée de la matrice, comme dans le film culte des Wachowski,  et a compris que ce que « nos enfants allaient payer« , selon le cliché culpabilisateur, ce n’étaient pas les intérêts de cette dette fantasmatique inventée par un système aux abois pour domestiquer la population, non, ce qu’ils allaient payer, c’étaient les conséquences écologiques d’un mode de production aberrant[2. On lira avec intérêt Constellations par le collectif Mauvaise Troupe (Editions de l’Eclat) et Gouverner par la dette de Maurizio Lazzarato (Editions Les Prairies Ordinaires).].

Le nihilisme, aussi, c’est systématiquement vouloir discréditer le GIEC comme une officine d’obscurs idéologues au nom du climatoscepticisme qui, pour le coup, est l’autre visage du capitalisme le plus échevelé puisqu’il faut absolument éviter que soit fait le lien entre réchauffement climatique, par exemple, et course au profit. Le nihilisme, c’est continuer à croire les ressources fossiles inépuisables, c’est être prêt à dévaster Chambord et le Val de Loire pour trouver du gaz de schiste afin, encore un peu, de faire rouler les bagnoles, c’est parler, comme Pascal Bruckner, d’écologie punitive dès que l’on explique, comme l’a d’ailleurs fait Gil Mihaely dans le dernier Causeur. qu’il faut trouver une porte de sortie au modèle classique de la croissance, puisque cette croissance ne reviendra plus. Mathieu Burnel,  du groupe de Tarnac, célèbre repaire de femmes voilées bardées d’explosifs, l’autre soir chez Taddeï, seul contre tous, a démonté avec férocité l’imposture aveuglée de ses interlocuteurs, que ce soit celle de Bruckner donc, mais aussi celle de la spécialiste du « green washing » Corinne Lepage ou encore celle de l’incroyable Christian Gérondeau, hibernatus-technocrate pompidolien, nous expliquant doctement que la solution, c’était le nucléaire et le pétrole, et après lui le déluge.

On touche sans doute là la différence la plus sensible dans l’appréciation écologique de la situation. On ne porte pas le même regard sur ce monde de plus en plus visiblement dévasté selon qu’on ait encore dix, vingt ou cinquante ans à y passer, selon qu’on ait vécu sa jeunesse dans la France grande puissance industrielle ou dans la France du chômage de masse et de la précarité, dans la France des premières autoroutes ou dans la France où des régions entières sont transformées en déserts économiques et humains.

Et il se trouve, oui, que dans les ZAD, on rencontre beaucoup plus de jeunes qui ont le goût de l’utopie que les enfants vieillis et gavés de la « génération lyrique »[3. La génération lyrique, François Ricard (Editions Boréal).]  telle que l’a définie François Ricard dans un livre devenu célèbre et qui sont, eux, les vrais nihilistes de notre temps puisqu’ils n’auront rien transmis à la génération suivante, même pas une planète à peu près habitable.

*Photo :  wikimedia .

L’Humanité : une conception vintage du débat d’idées ?

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Le quotidien L’Humanité (que Dieu lui prête longue vie) a dans ses colonnes une rubrique « Débat et controverses ». Riche idée.

Mercredi, 29 Octobre, cette rubrique consacrait deux pages à un sujet chaud bouillant. Elle était titrée « Les néoconservateurs  envahissent-ils la pensée française ? »  et sous-titrée La menace factice d’un déclin français Pour dire les choses encore plus clairement, le sujet en était explicitement les thèses développées dans le dernier livre d’Eric Zemmour. Là encore, c’est un bon réflexe de presse : trop souvent par le passé les journaux de la galaxie communiste se sont contentés de faire l’autruche dans ce genre d’occurrence.

Là où je me pose une petite question c’est à la lecture des trois tribunes libres publiées à cette occasion :

– « Entre puanteurs des années 1930 et gauches paralysées« , par Philippe Corcuff, sociologue et enseignant-chercheur.

– « Ils se méfient de la démocratie véritable« , par Clémentine Autain, directrice de Regards et membre d’Ensemble-Front de gauche.

-« La régression identitaire », par Joseph Macé-Scaron, directeur de la rédaction de Marianne.

Quant à la petite question que je pose, la voilà : ce choix d’auteurs relève-t-il plus de l’amour du débat ou du goût forcené pour la controverse?

Voile à l’université : about a Trojan horse

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voile universite laicite

voile universite laicite

Le 22 octobre dernier, Le Monde, sous la plume de Benoît Floc’h, sortait enfin un article de fond sur les problèmes que pose la multiplication des voiles à l’université. Pour un journal qui est l’organe officiel du gouvernement et la lecture favorite des bobos frileux réfugiés en deçà du périphérique, aussi loin que possible de la France réelle, c’était un bel effort. Et loin de moi l’idée de jeter la pierre à son auteur, qui est un gentil garçon et a bien voulu ne pas déformer ce que je lui ai dit sur le sujet — grâces lui en soient rendues.

Mais la parution récente d’un autre article ce qui se passe dans les universités britanniques m’a donné un avant-goût de ce qui nous attend, sauf réaction légale et rapide (mais peu probable, grâce à Jean-Louis Bianco qui ne décèle aucun problème) ou réaction spontanée et violente (qui malheureusement se dessine, et pourrait même se draper dans la légalité, selon le parti que les atermoiements du PS et autres idiots utiles amèneront prochainement au pouvoir).
Qu’apprend-on sous la plume de Pragna Patel, l’un des leaders de Southall Black Sisters, la principale organisation luttant aujourd’hui en Grande-Bretagne contre les fondamentalismes religieux ? Eh bien par exemple que les Universités britanniques sont désormais libres d’instaurer une ségrégation dans l’espace entre hommes et femmes, dans les amphis par exemple, afin de ne pas choquer les habitudes de conférenciers extérieurs. Ou que les avocats et les notaires sont incités à la « chariafication » de la loi en tenant compte des superstitions des uns et des autres dans l’établissement, entre autres, des testaments : sûr que les droits des femmes seront mieux respectés ainsi ! C’est sans doute ce que les descendants d’Adam Smith appellent le libéralisme.
Pragna Patel souligne avec force l’opposition de son organisation au multi-culturalisme qui s’appuie sur l’anti-racisme béat de la Gauche — en particulier, je ne saurais trop vous recommander Laurie Penny, une journaliste du Guardian, qui est à l’Angleterre ce que le Monde (hors Benoît Floc’h) est à la France : le gardien de la bien-pensance de gauche. Tout ce qui combat pour les droits des femmes est frappé par elle du sceau (ignominieux, paraît-il) d’« islamophobie ».

Quitte à me répéter…
Il n’y avait aucun voile dans le Marseille de mon enfance — dans ces années 1960 pourtant riches ici en immigrées nord-africaines. J’habitais à deux pas de Frais-Vallon et du Petit-Séminaire, deux hauts lieux du HLM d’urgence construit pour abriter les travailleurs`maghrébins appelés par le Bâtiment des Trente Glorieuses. Et longtemps il n’y en a pas eu — ni ici, ni ailleurs : je me suis baladé à Alger en 1970, quand Boumediene était au pouvoir et les bateaux russes dans le port (désormais remplacés par des bateaux chinois, mais c’est une autre histoire) sans voir de voiles — de manifestations extérieures de fanatisme et d’intolérance.
C’est l’affaire de Creil (1989 — ô Révolution, ça, c’est de la coïncidence ! Qu’est-ce que Robespierre aurait fait de ces suppôts de la foi ?) qui a amené la question du voile au premier plan de l’actualité. Coïncidences, disais-je : l’année suivante les islamistes du FIS entraient dans le champ politique algérien. S’ensuivront dix années d’un conflit particulièrement sanglant, où certains de mes élèves, à Corbeil, me lançaient avec des airs de bravaches « Moi, j’suis au GIA, m’sieur ! », qui s’est résolu par un partage des ressources du pays entre les militaires et les islamistes « présentables » (oxymore !), partage qui n’a pas peu contribué à faire de l’Algérie le pays le plus malade du Maghreb. En témoigne la noria de bateaux amenant à Marseille des Algériens venant s’approvisionner en denrées essentielles.

Mais c’est ici désormais que le combat s’est déplacé. Et les filles que l’on peut soumettre aux fantasmes vestimentaires des salafistes jouent un rôle éminent. Un voile, on s’en fiche. Deux, trois, ça passe. Mais la mode fait tache d’encre, les tchadors volant au gré du mistral sont autant de reproches pour celles qui résistent encore, et l’attitude parfois agressive des garçons, qui s’en prennent volontiers à tout ce qui n’est pas « protégé » par cet habit de nuit, contribue à propager les ténèbres.
Je vais encore me faire traiter d’islamophobe. Mais en vérité je vous le dis, amis musulmans qui parfois êtes aussi mes élèves, si l’on ne réagit pas très vite, d’autres se chargeront de réagir. Et dans une ville où une kalachnikov coûte moins de 300 euros, qui sait jusqu’où cela peut aller ?
Et c’est bien là qu’ils veulent nous amener — à la guerre civile.

*Photo : wikimedia.

Honneur à Thomas Dupuy

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thomas dupuy mali

thomas dupuy mali

C’est une photo. Publiée par le ministère de la Défense et jointe au communiqué annonçant la mort au combat du sergent-chef Thomas Dupuy. Cette image d’un homme jeune, noir, beau et serein provoque un curieux sentiment, difficile à définir. Ce militaire de 32 ans vous regarde dans les yeux, et ce regard nous dit quelque chose. Mais quoi ? Désireux, comme il l’avait dit lui-même, d’être utile à son pays, il a trouvé le bout de la route dans la caillasse du Sahel malien, fauché dans une guerre lointaine, dont personne ne sait vraiment si elle est nécessaire et juste. Il est donc mort pour la France, mais qui écoute encore Victor Hugo nous dire: « ceux qui pieusement sont morts pour la patrie, ont droit qu’avec respect la foule vienne et prie ».

Non, la France est occupée ailleurs. À entendre des vieilles rengaines, autour du cercueil d’un jeune homme tué par accident pour une cause dérisoire, et dont des petits politiciens usés jusqu’à la corde tentent d’enrôler la dépouille au service de leur médiocre cuisine. Alors, on ne nous parlera pas de Thomas Dupuy, ce qui n’a d’ailleurs aucune importance. Rémi Fraisse et lui étaient tous deux de Toulouse. L’analogie s’arrête là, tout les séparait. L’origine sociale, les idées, le rapport à la vie. De l’un on a fait un martyr, à l’autre on a vaguement rendu les honneurs, on n’est pas au Canada quand même[1. Les Canadiens ont rendu les honneurs à Nathan Cirilio abattu par un djihadiste. C’est beau une nation qui croit en elle]. Et il n’y a pas à les comparer, d’une certaine façon, c’est tant mieux. La France, étant sortie aujourd’hui de l’Histoire est plus économe de ses fils. On ne s’en plaindra pas.

Alors d’où vient ce léger malaise, ce pincement à soutenir le regard apaisé de ce sous-officier volontaire de l’armée française tué en service commandé ? C’est un parachutiste. Arme symbole de ceux qui n’ont pas froid aux yeux. Et les symboles, en ces temps de commémorations militaires, s’accrochent souvent à notre mémoire. Sa petite biographie nous apprend qu’il était un des rares spécialistes du saut avec ouverture en haute altitude. Sur la photo, il est dans un avion, harnaché pour le saut, son altimètre au poignet droit, calme et relaché avant de passer la porte pour le vide. Oui, mais les paras… On a quand même quelques mauvais souvenirs. De périodes où leurs comportements ne furent pas très glorieux. Où ils se laissèrent entraîner dans des aventures inquiétantes. Comme en 1958 ou en 1961, quand ils firent peur à la République. Cela peut provoquer quelques réserves. Mais on se rappellera alors le premier officier parachutiste français tué à l’ennemi. Il s’appelait André Zirnheld, Juif d’origine alsacienne dont les parents avaient choisi la France. Professeur de philosophie dans un lycée de Tunis, refusant la capitulation de 1940, parmi les premiers il rejoint la France libre. Demandant à être versé dans les fameux SAS qui opéraient sur les arrières de Rommel dans le désert libyen. Tué en mission le 27 juillet 1942, lui aussi mort dans la caillasse. Il sera fait Compagnon de la Libération à titre posthume. Ses camarades récupérant son barda, y retrouvèrent des textes et des carnets. Parmi eux la fameuse « prière du para ». Thomas Dupuy, probablement héritier de cette tradition n’avait pas choisi lui non plus « le repos ni la tranquillité, ni celle du corps ni celle de l’âme ».

Et c’est peut-être dans cette direction qu’il faut regarder pour comprendre. Voir ceux qui au moment de leur choix de vie ont fait celui de la France quitte à en mourir. Repasser par Toulouse, ville natale de Thomas Dupuy, mais de Mohamed Merah aussi. Se rappeler les noms des militaires assassinés par celui-ci : Imad Ibn Ziaten, Mohamed Farah Chamse-Dine Legouad, Abel Chennouf.
À 20 ans, Thomas Dupuy était un gamin des cités. On trouve sur le net des photos et des vidéos de ses 20 ans. Champion de boxe thaïe (la plus dure), crâne rasé, on l’imagine facilement déambulant dans sa cité sous une capuche. Physiquement proche de Merah, il ne prendra pas le même chemin. Regardons maintenant la photo de l’avion. Il en émane une force et une plénitude dont il n’était pas sûr qu’elles adviendraient. Cette force n’est pas celle du boxeur, elle est celle de l’homme qui s’est accompli. Et cet accomplissement, c’est à la France qu’il le doit. Parce que la France, malgré sa déprime, son désarroi, malgré son identité malheureuse, est encore capable de faire ça. Comme elle l’a toujours fait, d’ailleurs, même si aujourd’hui c’est plus difficile. Alors, on va me dire que je récupère, que les barbares sont aux portes, et qu’arrive le grand remplacement. Eh bien non, il n’y aura pas de grand remplacement. Et oui, je les récupère, les Ziaten, Legouad, Chennouf, Dupuy et les autres. Car ils en témoignent.

Et si finalement, le trouble que l’on ressent à soutenir le regard de Thomas Dupuy, ce pincement de chagrin, ce n’était pas celui d’avoir perdu un frère?

*Photo : Armée de l’air.

Pharaonique, la philarmonique?

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philharmonie paris nouvel

philharmonie paris nouvel

La pauvre ! Il y a quinze ans, elle nous faisait rêver. Ce serait la plus moderne, la plus belle, la plus grande. Maintenant que ça se précise, pas une semaine sans vitriol. « La Ville de Paris ne paiera pas le surcoût de la Philharmonie » (Le Monde du 5 septembre), « Cacophonie à la Philharmonie de Paris » (Le Figaro du 12).

La Philharmonie, pour qui ferait exprès de ne pas le savoir, remonte avant Napoléon. Quand on a inventé les concerts publics, sous Louis XV, on n’avait rien de mieux à leur offrir qu’une salle sans volume aux Tuileries. Plus tard, mon aïeule déchirait ses tickets dans un énorme amphi néo-byzantin élevé pendant l’expo universelle de 1878 au Trocadéro, qui vous avait « je ne sais quelle vibration indécise et flottante » (Le Figaro de l’époque). Pas de veine. On nous a donc rasé ces tristes murs, remplacés entre-deux-guerres par la Salle Pleyel. Toujours refaite, toujours dénigrée pour son acoustique. À Berlin ils ont leur Philharmonie, à Vienne leur Musikverein, à Amsterdam leur Concertgebouw, en Espagne il en pleut, pendant que nous nous avons Pleyel où il n’y a même pas la place de répéter.

Donc la salle de concert que Paris mérite, voilà une plombe qu’il la lui faut. Sans auditorium optimal, pas d’orchestres au niveau, pas de prestige, pas de plaisir. Le Jean Tiberi d’autrefois nous l’avait promis à la Gaîté Lyrique. Où le Bertrand Delanoë de naguère a préféré mettre une sorte de Paris Plage techno qui fait mousser le Conseil municipal et marrer les ados.[access capability= »lire_inedits »]

Une fois de plus, c’est donc saint Pierre qu’on a écouté. Après s’être fait offrir une « cité de la musique » porte de Pantin et y avoir placé ses anciens capitaines, Pierre Boulez s’est plaint qu’il lui manquait un membre. « La cité unijambiste », il l’appelait. L’autre jambe, ce serait sa grande salle, comme à New York, comme à Rome. Néron d’un jour, Dominique de Villepin a dit : tu la veux, je te la fais. Frédéric Mitterrand a signé. Jean Nouvel a bâti. La voilà. 2400 places en alvéoles, des tas de petites salles autour. Inauguration le 14 janvier prochain. Si vous êtes dans l’alvéole nord-est, souriez : c’est bibi qui vous indiquera votre siège.

Moi je vais vous dire, ces travaux en retard, ces devis à 110 M€ « réévalués» dans les 381 M€, ces architectes furieux qu’on remplace leur amarante par du contreplaqué, je m’en cogne. Tous les chantiers de jadis et de demain passent par là, dans deux ans on n’y pensera plus. Non, ce qui me chagrine, c’est trois fois rien.

Une fois rien : quand en 1995 Mitterrand senior a inauguré la cité de la musique, il nous promettait une vraie ville, lumineuse de l’aube à la nuit. Macache, c’est un auditorium lambda d’où nous autres ouvreuses avons ordre de virer le client cinq minutes après la dernière note. Deux fois rien : les édiles qui ont commandé la Philharmonie au père Noël ont vécu. Leurs héritiers à la Mairie, à l’Elysée, rue de Valois, n’en ont rien à fiche, morne présage. Trois fois rien : l’âge des grands travaux est passé, la diplodoculture institutionnelle n’a plus les moyens de se nourrir et promet d’affamer les petits, les fragiles, les artistes du monde réel, pour payer leur vastitude obsolète. Si ça arrive, vous et moi, on n’a pas fini de pleurer.[/access]

*Photo : wikimedia.

Sivens, la B.A des Verts

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sivens giec eelv

sivens giec eelv

Le GIEC vient de rendre un nouveau rapport alarmant sur le réchauffement climatique. Il apparaît qu’aucune des mesures envisagées par les Etats n’a porté ses fruits et que l’objectif de rester sous la barre des 2 degrés d’augmentation devient improbable.

Pourtant, nos militants écologistes sont tous très actifs. Quand leur enfants leur demanderont dans vingt ou trente ans « mais qu’as tu fait pour lutter contre le changement climatique ? », il pourront répondre, la main sur le cœur, « Mais j’étais à Sivens et à Notre-Dame-des-Landes ». Oui, ils pourront répondre qu’ils se sont battus pour défendre les ZAD (zones à défendre) avec acharnement. Qu’ils ont empêché la construction d’une petite retenue d’eau de quelques hectares qui avait vocation à réguler les variations de l’eau disponible dans une petite zone agricole.

Mais avez-vous rencontré des militants EELV qui aient quelque chose à dire sur les grands enjeux auxquels l’homme sera confronté au vingt-et-unième siècle ?

Demandez-leur ce qu’ils ont à proposer pour trouver des sources d’énergie durables et fiables, outre les centrales au lignite qu’ils remettent en route en Allemagne ? Fondent-ils des espoirs dans la fusion froide ou dans la fusion chaude pour apporter à l’homme l’énergie dont il a besoin. Quelle technique de captation du CO2 privilégient-ils ? Ils pourront vous répondre « je ne sais pas, mais j’étais à Sivens !… ».

Demandez-leur quel projet ils ont pour la santé face aux défis lancés par les ruptures sans précédent des NBIC (technologies nano, bio, intelligence et connaissance). Quelle réponse ils envisagent face aux questions du transhumanisme ? Quelle société ils souhaitent à un homme « condamné à vivre » 120 ans… Ils répondront « je ne sais pas, mais j’étais à Sivens !… »

Demandez-leur comment ils envisagent les nouvelles mobilités urbaines, interrégionales et transnationales quand tous les projets d’emprise sur des zones naturelles font désormais l’objet de recours sans fin, même quand il s’agit de tunnels (cf. le Somport). Ils répondront « je ne sais pas, mais j’étais à Sivens !… »

Oui nos écologistes étaient à Sivens. Ou ceux qui n’y étaient pas encourageaient ceux qui y étaient. Et c’est bien cela notre problème. Nous avons la classe écologiste que nous méritons. Ils sont tous prêts à défiler pour empêcher la construction de la moindre retenue d’eau, à défendre n’importe quelle zone qu’ils ont auto-déclaré « à défendre ». Mais ils sont totalement incapables de proposer, ni même d’envisager un modèle de société qui fait une place honorable à l’homme dans la nature.

Les changements climatiques qui sont face à nous ne se résoudront pas dans une autorégulation de la nature. Il faudra creuser des canaux ou construire des barrages pour irriguer des zones nouvellement asséchées. Ailleurs, il faudra lever des digues pour protéger des zones menacées par l’invasion des eaux. Partout, les changements monumentaux auxquels nous serons confrontés, dans l’accès à l’énergie et aux ressources naturelles, dans la maîtrise des ressources hydriques, dans l’aménagement du territoire pour le rendre accessible, cultivable, habitable à une population de 10 à 12 milliards d’hommes, ne se feront pas en bloquant tous les projets si insignifiants soient-ils. Sivens était un projet insignifiant. Nos écologistes en ont fait un symbole de leur combat. C’est avant tout un symbole de leur propre insignifiance, de leur ignorance et de leur dévoiement à un naturalisme où l’homme n’a pas sa place.

L’écologie est une chose trop sérieuse pour la laisser entre les mains de nos écologistes.

*Photo : NICOLAS MESSYASZ/SIPA. 00697071_000001. 

Plutôt aller aux champs qu’à Auchan!

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amap decroissance amette

amap decroissance amette

Pas besoin d’avoir fait Woodstock, d’avoir les cheveux longs ou d’être mal rasé. Inutile, surtout, de se proclamer altermondialiste et de rêver un monde sans frontières. Disons qu’avoir un bon économe et une poêle à frire est votre mise de départ. Bienvenue chez les décroissants. Ceux que nous avons rencontrés l’ont dans la chair, la décroissance. Ils l’ont aussi dans leur potager – et dans leur assiette.

Catherine a 46 ans, elle est ce qu’on appelle une « amapienne ».  En décroissant, cela signifie qu’elle est inscrite dans une Association pour le maintien d’une agriculture paysanne. Une AMAP. Tous les mardis soir, elle se rend au « panier vanvéen », dans les Hauts-de-Seine, avec quatre-vingts autres personnes. À 18 h 30, les amapiens se retroussent les manches et se répartissent des paniers de légumes pleins à craquer. Pour 18 euros, ils mangeront pour quatre. Toute la semaine. Mais parce que les aubergines ne poussent pas sur le parking du Leclerc, où ils se sont installés, il a fallu trouver un agriculteur qui gère une plantation. Leur plantation, même. Car c’est un peu le principe de l’AMAP : le partage, la collectivité.

Pour Catherine, cette sorte de coopérative citadine est une évidence. Depuis six ans qu’elle fréquente le panier vanvéen, elle a réduit considérablement ses frais d’alimentation. Pour les prix, pas besoin de Leader Price, l’AMAP revient moins cher. Pour le bio, oubliez la Biocoop et les fraises espagnoles. Les légumes de Catherine viennent de Boissy-sous-Saint-Yon, à moins d’une heure de Paris. Dans le Lot, où elle retape une maison depuis trente ans, selon elle les gens ne se posent pas ce genre de question. Par un faux paradoxe, c’est à la campagne que la conscience écologique reste minoritaire. Finalement, avoue Catherine, « j’ai constaté qu’on mangeait mieux à Paris que dans le Lot ». La grande distribution fait l’affaire, et tant pis si les fermes du Périgord disparaissent une à une. Les grands champs de maïs et les exploitations dévolues au foie gras prospèrent. Le bio, elle est pour, mais selon la façon dont on le pratique : elle observe des agriculteurs qui font maintenant du bio intensif, sorte de contradiction dans les termes. « Toujours cette idée d’optimiser au maximum », relève-t-elle, pensive. Catherine a toujours été, depuis ses 18 ans, « babacool ». Elle a vécu en communauté près de Nîmes dans les années 1970, elle s’habillait aux puces, a toujours fait les brocantes, les vide-greniers, et a une bagnole d’occasion. « Bref, dit-elle, décroissante avant que le mot existe. »[access capability= »lire_inedits »]

Nous sommes en 2014. Toute l’Île-de-France est occupée par la grande distribution et l’exploitation intensive. Toute ? Non ! Dans sa ferme à Boissy-sous-Saint-Yon, Laurent Marbot est l’agriculteur qui nourrit Catherine et les banlieusards du plateau de Vanves : avec Jérôme, fils d’un céréalier de la Beauce, il partage 3 hectares de terrain. Ils pratiquent tous deux le maraîchage biologique dans six serres. Mais contrairement à son associé, qui vend sa production dans une boutique sur place, Laurent a décidé de fonder cette AMAP et s’en porte on ne peut mieux.

Ce dimanche matin, dans sa ferme de l’Essonne, Laurent Marbot désherbe parmi les rangées de betteraves. Pour l’aider, une dizaine d’« amapiens », parmi lesquels on trouve des vieux, des cadres de chez Dassault Aviation, des éducateurs soixante-huitards, des enfants courant après des chiens. Chacun est venu désherber sa ligne de soixante mètres, plus ou moins consciencieusement. Entre chaque pousse, Laurent Marbot commente : « Ça, c’est du liseron, on arrache ! Ça étouffe les racines de betteraves. On est les seuls à en avoir de ces trucs-là. » « On », ce sont les maraîchers bio. Que font dix citadins dans une ferme biologique à gratter la terre ? « Un atelier pédagogique », répond François, ironique.  Chacun sourit dans sa barbe. « Atelier pédagogique », pour l’État, ça sonne meilleur – parce que c’est plus vérifiable – que « coup de main ». Entre deux sorties d’experts ès arrachage de mauvaises herbes, Laurent a le temps de se définir comme « plutôt de gauche ». Il y a encore quelques années, nous confie-t-il, il défilait dans les manifs de la CGT. Et puis le grand rêve d’égalité est retombé comme un soufflet au fromage. Avec l’âge, ce Parisien s’est incarné : « Faire pousser des légumes, c’est bien plus subversif que d’aller gueuler dans les manifs », décoche-t-il. L’Internationale ? Disons que, chez lui, elle commence par du local. Là, à Boissy-sous-Saint-Yon.

Il y a dix ans, Laurent était voué à vendre des pesticides. Dans le milieu agricole, le choix est restreint. Si vous n’êtes pas fils de paysans, vous ne verrez jamais le début d’une roue de tracteur, nous explique le maraîcher. Et puis, un matin, Jérôme, son ami agriculteur, l’appelle : « Laurent, j’ai un plan. Quand-est-ce qu’on fait la révolution ? » Quelques années plus tard, le concept est lissé. Les paniers que livre Laurent ont la réputation d’être particulièrement garnis. Et parce qu’il refuse de cultiver plus – il le pourrait, sous la pression de l’idéologie productiviste – la qualité des relations qu’il entretient avec ses amapiens reste authentique. Le rêve de Laurent serait de partager des grandes parcelles avec de nombreux associés, qu’il n’y ait pas de patron, qu’on établisse une vraie coopérative.

Pour autant, on aurait tort de prendre les amapiens pour de gentils rêveurs. Ce serait même le contraire. Là où le bobo, depuis quinze ans, a fait son miel du bio, qui convient autant à son portefeuille qu’à sa soif de confort matériel et intellectuel, l’AMAP est un rappel constant de nos limites : le consommateur paie à l’avance et pour un an la production à venir du paysan et subit les aléas climatiques autant que la saisonnalité des fruits et légumes. C’est le choix de n’avoir plus le choix.

Décroître comme consommateur, c’est croître en sagesse, selon Anne, qui habite Amette, petite commune du Pas-de-Calais dont le seul titre de gloire est d’avoir vu naître, comme par hasard, Benoît-Joseph Labre, le saint clochard du XVIIIe siècle, gyrovague dont les rombières du premier rang de la messe s’écartaient en se bouchant le nez tant, selon la légende, il puait. Saint patron idéal, quoiqu’un peu outré, pour tous les décroissants du monde. Anne est une « chrétienne indignée », c’est-à-dire qu’elle fait partie de ceux qui prônent la décroissance matérielle comme conséquence d’une humilité et d’un dépouillement spirituel. Elle ne vit certes pas dans un ashram, mais elle parle de « cette libération progressive de nos asservissements, des plus manifestes aux plus subtils, à la société de consommation ». Se dégager de cette accumulation de futurs déchets, marqués du virus de l’obsolescence, elle ne l’appelle pas mépris de la matière, mais au contraire goût des créations, des fruits de la terre et du travail des hommes. Elle égrène : « Légumes du maraîcher de mon pays, pain du boulanger tôt levé, ouvrage du cordonnier à l’atelier fleurant le cuir, de la couturière dans son champ d’étoffes colorées. » Finalement, sa décroissance ressortirait plus de l’épicurisme que du jansénisme ; aller à pied ou à vélo, choisir ses vêtements à Emmaüs, inventer une nouvelle vie à un objet usagé : « J’aime, comme l’enfant qui fait un pied-de-nez à une armée d’empire totalitaire, ces gestes dérisoires qui libèrent l’âme de la peur et nous relient à l’essentiel. Et j’ai folie de croire que la vie est un enfant qui peut mettre en déroute l’armée la plus puissante. »[/access]

 *Photo : Hannah.

Zadistes, djihadistes, même combat?

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sivens ecologie beulin

sivens ecologie beulin

Xavier Beulin, président de la FNSEA, a provoqué les cris d’orfraie dans l’establishment écolo en traitant les opposants au barrage de Sivens de « djihadistes verts ». Jean-Vincent Placé, le patron des sénateurs EELV, exige des excuses du leader paysan, et menace de le traîner en justice s’il ne présente pas ses excuses publiques et repentantes aux éminences vertes.

Comme toutes les analogies historiques, celle assimilant les « zadistes » du Tarn aux djihadistes du prétendu « Etat islamique en Irak et au Levant » porte en elle sa réfutation : qui pourrait sérieusement assimiler une guerillette mimétique dans les champs de maïs gascons à la barbarie égorgeuse des islamistes radicaux ?

Xavier Beulin n’est peut-être pas un intellectuel frotté aux théories postmodernes en vogue, mais, comme Monsieur Jourdain, il rejoint, sans le savoir, l’analyse la plus pertinente du phénomène totalitaire nazi : celle de Leo Strauss  le présentant comme un avatar du « nihilisme allemand » : «  Le nihilisme allemand désire la destruction de la civilisation moderne dans la mesure où la civilisation moderne a une signification morale. Comme chacun sait, le nihilisme allemand n’est pas particulièrement opposé aux moyens techniques modernes. La signification morale de la civilisation moderne, à laquelle s’oppose les nihilistes allemands s’exprime dans des affirmations comme les suivantes : soulager la condition de l’homme ; protéger les droits de l’homme ; le plus grand bonheur possible pour le plus grand nombre.(…) Cette protestation vient de la conviction que la société ouverte, qui est le but de l’internationalisme inhérent à  la civilisation moderne, et toutes les aspirations liées à ce but sont incompatibles avec les exigences de la vie morale »[1. Leo Strauss, Nihilisme et politique, éditions Rivages poche.].

Ce nihilisme s’est totalement dégermanisé après l’effondrement apocalyptique du IIIème Reich, mais tel le Phoenix, il renaît de ses cendres sous des formes nouvelles, remettant à l’ordre du jour le « non » radical à l’idéologie du progrès et à la mondialisation, et préconisant l’instauration de société closes fondées sur le primat d’une morale transcendante avec ou sans Dieu. Les djihadistes et les zadistes partagent la conviction que la société ouverte est vouée, sinon à être immorale, du moins amorale : le lieu où se retrouvent ceux qui recherchent le plaisir, le profit, un pouvoir irresponsable, où se retrouvent en fait toutes les irresponsabilités et les absences de sérieux. L’humour leur fait horreur, l’idée du bonheur les hérisse.  Ecoutons encore Leo Strauss, opposant le messianisme laïque des communistes à la passion nihiliste : « Ce qui paraissait aux communistes la réalisation du rêve par excellence de l’humanité était, pour ces jeunes Allemands (ceux de l’Allemagne de Weimar N.D.A.), le plus grand avilissement de l’humanité, la fin de l’humanité, l’apparition du «  dernier homme ». Ils furent incapables d’exprimer dans un langage suffisamment clair ce qu’ils désiraient mettre à la place du monde présent : la seule chose dont ils étaient absolument certains était qu’il fallait anéantir le monde présent et toute les potentialités du monde présent, afin de prévenir l’établissement de l’ordre communiste ultime, qui deviendrait inéluctable sans leur intervention : : littéralement n’importe quoi, le néant, le chaos, la jungle, l’Ouest sauvage, l’état de nature hobbien, leur semblait bien supérieur au futur communiste-anarchiste-pacifiste ».

Le projet civilisationnel communiste ayant fait faillite, le capitalisme mondialisé, l’individualisme libéral est aujourd’hui la figure de l’ennemi commun de Daech et du groupe de Tarnac. Il  doit être détruit sans qu’il soit pour cela nécessaire de présenter un projet alternatif : le Califat du désert n’est en rien un projet d’Etat, organisant la vie collective d’un population sur un territoire défini, mais une base militaire à partir de laquelle le djihad mondial procédera à la destruction physique des pouvoirs moralement corrompus, grands et petits Satans confondus. Le « Comité invisible », promu par la presse de gauche comme le fin du fin de la critique « radicale », nouvelle bible des zadistes, n’en a rien à cirer de la préservation des zones humides, ou de la survie des bouquetins du Bargy : il s’agit pour les épiciers de Tarnac de « congédier cette époque devenue totalement irrespirable (…) Quarante ans de contre-révolution triomphante en Occident nous ont affligés de deux tares jumelles, également néfastes, mais qui forment ensemble un dispositif impitoyable : le pacifisme et le radicalisme  ». On aura compris qu’il ne s’agit pas du radicalisme de Jean Michel Baylet, mais de toutes les versions non tarnaciennes de l’ultragauche, de Toni Negri à Alain Badiou, obstacles à « l’insurrection qui vient ».

Il faut rendre hommage à Frédéric Taddeï d’avoir permis l’intervention, devant des centaines de milliers de téléspectateurs d’un représentant ce discours nihiliste moderne, qui se substitue aujourd’hui à l’écologie pépère d’un Dany-Cohn Bendit, qui avait pu, un temps, faire prendre des vessies pour des lanternes, et un nouvel avatar du nihilisme préfasciste pour une utopie joyeuse et conviviale.

*Photo : SALOM GOMIS SEBASTIEN/SIPA. 00697051_000013.