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Sauvons les arbres de la laïcité !

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Mais, bon sang, où sont passés les écolos toujours prompts à faire un rempart de leur corps devant chaque brin d’herbe menacé par l’extension du béton et du bitume ? On n’a pas entendu Cécile Duflot ou Jean-Vincent Placé vitupérer contre les salopards qui viennent  subrepticement, par des nuits sans lune, déraciner ou scier les « arbres de la laïcité » solennellement plantés ces derniers mois par des citoyens et des élus soucieux de marquer symboliquement leur attachement à la mère de toutes les valeurs républicaines.

À Angers, – comme nous l’a déjà conté François-Xavier Ajavon dans le Causeur Magazine  présentement en kiosque- mais aussi à Bordeaux et même à Parfouru-sur-Odon (Calvados),  des lointains rejetons de ces « arbres de la liberté » des révolutionnaires de 1789 sont victimes de vandales se réclamant de la vieille extrême droite antirépublicaine, polluant de plus les alentours de leur déjections noirâtres en forme de croix celtiques.

À Parfouru, village de 300 habitants de la région de Caen, on avait fait une petite fête, au mois de novembre dernier, autour d’un frêle érable de cinquante centimètres de haut,  généreusement arrosé par les pluies fréquentes dans la région, et promis à un destin  d’arbre d’élite pour l’édification morale des générations futures. Il fut lâchement arraché pendant que les habitants de la commune fêtaient, en famille, l’arrivée de l’an nouveau.

Un érable, cela ne produit ni cidre, ni calva, mais cela donne à tous les pommiers du coin la légitime fierté de voir un végétal participer, comme le coq gaulois ou la Marianne des salles de mariages, à l’incarnation de nos valeurs républicaines.

Pour un arbre de la laïcité vandalisé, plantons en mille, de toutes espèces, bien en vue sur les places de nos villes et nos villages. Que le président de la République donne l’exemple en prenant, en personne, pelle et pioche, pour planter un arbor laïcus elysiensis de son choix dans le parc de son actuelle résidence.

« Touche pas à ma pute »: beaucoup de buzz pour rien

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cindy-leoni-racisme

À l’occasion du débat sur le projet de loi visant à pénaliser les clients des prostituées, Causeura cru malin de publier un texte intitulé « Touche pas à ma pute ! » et présenté comme le « Manifeste des 343 salauds ». Outre le côté faussement provocateur de son titre, vous avez pris le risque, avec cet appel, de dénaturer de trop nombreux combats dont celui, fondamental, du droit à l’avortement. Prendre comme référence le « Manifeste des 343 salopes » de 1971 revient à entacher la démarche courageuse et lourde de conséquences de femmes qui ont engagé et exposé leur nom, leur figure, leur réputation, parfois leur carrière, pour faire avancer les droits des femmes en France. Cette démarche apparaît d’autant plus maladroite que le droit à l’avortement est aujourd’hui gravement remis en cause en Espagne, et reste inexistant dans plusieurs pays d’Europe.[access capability= »lire_inedits »]

L’important, me direz-vous, c’est le fond. Justement, sur le fond, ce texte n’apporte aucune perspective pratique pour aborder la question de la prostitution : ni grille de lecture, ni position de principe permettant au lecteur de se construire une véritable opinion. D’une part, l’appel laisse de côté les aspects les plus fondamentaux du débat, notamment en matière d’inégalités sociales, de santé publique et d’égalité des genres.

D’autre part, même s’il prend en compte les différences d’orientation sexuelle, les signataires laissent entendre que les clients sont toujours des hommes.

En réutilisant, de façon maladroitement ironique, pour ne pas dire tout simplement cynique, des slogans porteurs des luttes d’émancipation depuis plus de quarante ans, l’appel des « 343 salauds » opère un renversement inacceptable. Quoi que l’on pense de la prostitution, le droit des clients à obtenir des relations tarifées n’est pas un droit fondamental, contrairement à celui des femmes à disposer librement de leurs corps. La fausse équivalence ainsi construite ne permet nullement de définir un positionnement cohérent. Causeur nous semble plutôt avoir fait le choix de la facilité, se contentant d’une position d’opposition sans avoir pris la peine de se livrer à une analyse, totalement absente de ce texte, même en creux.

Cet appel ne contribue en rien à la prise en compte de questions pourtant sérieuses. Car peut-être l’avez-vous oublié, mais au-delà des principes que vous semblez réduire à des blagues, ce sont des individus réels qui sont directement touchés et des droits concrets qui sont menacés.

Le logo de SOS Racisme et son slogan « Touche pas à mon pote ! » visent à défendre des principes universalistes dans les luttes d’émancipation. Alors que Didier François, grand reporter à Europe 1 et inventeur de notre slogan, est toujours en captivité en Syrie aux côtés de trois autres journalistes français, alors que les figures qui œuvrent pour l’égalité partout dans le monde sont la cible d’attaques racistes et sexistes, nous ne pouvons cautionner un détournement qui a pour seul objectif de faire du « buzz » à moindre effort.

Causeur a évidemment le droit de décliner sa ligne éditoriale et de traiter des sujets qui lui siéent. Pas de détourner un slogan, ni de s’approprier un logo qui ne lui appartiennent pas, et qui incarnent des valeurs militantes dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles ne sont guère à l’honneur dans les pages de votre magazine. C’est votre droit de critiquer SOS Racisme. C’est le nôtre de vous dire :

Touche pas à nos symboles ![/access]

*Photo: Thibault Camus/AP/SIPA. AP21493210_000004.

Critiquez-moi autant que voudrez mais ne m’accusez pas d’agir par communautarisme

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Cher Monsieur,

Au nom de la liberté d’expression, vous pouvez décider de fermer les yeux sur les conséquences ravageuses de l’antisémitisme militant de quelques énergumènes qui désignent des boucs émissaires faciles pour une jeunesse en perte de repères.

Au nom de la liberté d’expression, vous pouvez défendre le droit de M. Dieudonné M’Bala M’Bala, plusieurs fois candidat à des élections, de tenir des réunions publiques où il regrette les chambres à gaz au sujet d’un journaliste qui lui déplaît.

L’Histoire nous apprend que c’est un pari dangereux mais vous êtes d’autant plus libre de le faire que vous n’assumez pas de responsabilités politiques.

Par antipathie à mon égard autant que par sympathie pour d’autres, vous pouvez par ailleurs me critiquer tant que vous le voulez, comme vous le faites régulièrement sur votre blog, en multipliant les procès d’intention à mon encontre, alors même que nous partageons souvent des positions assez proches.

Mais de grâce, ne mélangez pas tout ! Cela vous conduit à écrire des choses dont vous ne pouvez pas être fier. Je pense à cette phrase trouvée sur votre blog, et reprise sur le site Causeur :

« Quand Jean-François Copé en l’occurrence plus attaché au communautarisme qu’à l’état de droit a approuvé sans l’ombre d’une réserve la démarche de Manuel Valls ? »

Que faut-il penser de cette référence au communautarisme à mon sujet, lorsqu’elle vient d’un homme qui maîtrise parfaitement la plume et qui fait même profession de son art rhétorique ?

Faut-il considérer que vous me jugez, par essence, incapable de prendre une décision en conscience et guidé par le seul souci du bien commun ? Faut-il considérer qu’à vos yeux, ma position n’aurait pas, par essence, les mêmes fondements que celle de Manuel Valls ou d’Alain Juppé ?

Pour éviter tout malentendu, je vous demande seulement d’avoir l’honnêteté de m’expliquer clairement votre raisonnement sur ce point précis. Il est fort probable que vous réalisiez alors que des excuses sont nécessaires. Je les accepterais, tout en m’inquiétant en mon for intérieur que de tels propos puissent surgir sous la plume d’un honnête homme du 21ème siècle, et tout en rejetant, je vous l’assure, le moindre soupçon d’un déterminisme familial. Car j’ai la certitude que les convictions et les combats d’un homme ne sont pas déterminés par sa naissance. Sans cette certitude, le débat démocratique a-t-il un sens ?

J’attends vos précisions et vous prie de croire, Cher Monsieur, à l’expression de mes salutations cordiales.

*Photo : WITT/SIPA. 00671314_000019.

On ne peut pas nier le négationnisme de Dieudonné

dieudonne negationnisme quenelle

Dans la vie, on est souvent accompagné par des chansons. Petits cailloux que les artistes laissent dans votre jardin. Plus tard, lorsqu’on les soulève, ils réaniment des émotions. Proust nous a dit pourquoi.

L’autre jour, petit tour sur Internet.  Je suis tombé sur une photo où l’on voit un de jeunes fans de Dieudonné faire une très jolie quenelle devant le portrait d’Anne Frank. Le seul qui existe aujourd’hui, puisqu’on n’a pas eu le temps d’en faire d’autres… Je n’ai pas aimé du tout.

M’est revenue alors la chanson de Louis Chedid : « Anne ma sœur Anne, si tu voyais ce que je vois v’nir, c’est comme un cauchemar… ». Il exagérait, Louis ? Peut-être. 25 ans après, le Front National, certes ripoliné, est toujours présent. Fréquentable paraît-il. La diabolisation n’a servi à rien ? Certes, mais là, ce n’est pas la même chose. Voir se multiplier de tels gestes devant l’entrée d’Auschwitz, dans le monument consacré à l’Holocauste à Berlin, donner une nouvelle jeunesse au « complot juif », éventuellement baptisé pour la circonstance « complot sioniste », c’est quand même un peu embêtant, non ? Mais non, me disent mes bons camarades, le problème c’est Valls.

« Les quenelliers ne représentent pas autre chose qu’une jeunesse acculturée. Ils voteront la Marine, ils singeront des quenelles, voire se retrouveront islamistes en cité parce que « ça embête ». C’est le libéralisme libertaire qui les a créés, à force d’individualisme, de discours moralisateurs masquant des comportements de prédateurs. Quand tout est permis dans une société qui les oublie, on va chercher ce qui emmerde le plus l’ordre établi, ce qu’il a érigé en tabou suprême : la Shoah. Mais ce n’est pas grave », entend-on.

Ce n’est pas faux. Difficile de nier que la Shoah a été instrumentalisée. Qu’elle permet à beaucoup de justifier le comportement parfois injustifiable du gouvernement israélien. Qui fait que ceux qui disent à la jeunesse qu’il y a deux poids deux mesures ont beaucoup de chance d’être entendus. Et que cela a permis les discours présidentiels sur le Vel’ d’Hiv’, hérésies historiques et juridiques. René Cassin, qui était juif, avait tout dit, mais qui se souvient encore de René Cassin ? Elle assure au CRIF, organe communautariste, une invraisemblable autorité, qui voit quasiment l’ensemble du monde politique lui apporter tous les ans une allégeance flagorneuse complètement déplacée. Situation qui rendra recevable les revendications des associations noires, bouddhistes, tamoules, et la création prochaine du CRIB, Conseil Représentatif des Institutions Blanches…

Mais, stop, là il s’agit d’autre chose : d’antisémitisme négationniste.  Avoir sorti Faurisson de l’oubli dans lequel il croupissait (ce ne fut pas un travail facile que de l’y envoyer), est quand même assez terrible. L’objectif est le même qu’il y a 30 trente . Effacer de la mémoire cet événement européen unique. Et quelque part, en dédouaner ceux qui en furent les abominables organisateurs.

« Mais Régis, tu dramatises, c’est de l’humour, si l’on s’attaque à l’humour, où va-t-on ? Et la liberté d’expression tu en fais quoi ? Et puis, il faut cesser de parler de Dieudonné, cela lui fait de la pub. Concentrons-nous sur l’ennemi principal, le Parti Socialiste. Et laissons s’exprimer tous ces jeunes, qui ne sont en fait que contre le système. Dont ils sont les victimes », me répète-t-on.

C’est vrai que Dieudonné est hilarant. Parmi tous les amuseurs qui sévissent, il est de loin le meilleur. Que la voie prise par le gouvernement est absolument grotesque. En matière de liberté d’expression, il n’y a pas de contrôle a priori mais un contrôle a posteriori, et c’est tant mieux. Et cette utilisation permanente, par des amateurs et bricoleurs incompétents, de la diversion, pour masquer les dramatiques échecs de ce pouvoir, devient carrément insupportable. Les voies juridiques administratives choisies, qui violent manifestement les libertés publiques, aboutiront à une impasse. Particulièrement délétère d’ailleurs. En effet, soit les différents juges administratifs saisis en référé-liberté, respectent le droit  comme vient, fort justement, de le faire celui de Nantes, et annulent les arrêtés d’interdiction. Triomphe assuré pour Dieudonné. Soit certains refuseront d’annuler, et encourront l’accusation de servilité vis-à-vis du pouvoir politique. Renforcement du statut de martyr pour le même. Est-ce que le ministre de l’Intérieur attend qu’on applaudisse ?

Cette faculté de saloper et de disqualifier les meilleures causes est une caractéristique de ce pouvoir et de ces gens. À ce niveau, c’est quand même extraordinaire. Bêtise, cynisme, incompétence ? Probablement les trois à la fois.

Christiane Taubira, tout à la construction de sa statue d’icône de la petite gauche, interpellée par Le Canard enchaîné sur l’inertie du ministère de la Justice, est sortie quelques instants de son silence prudent. Mais pas folle, elle y est vite retournée. Il vaut mieux qu’elle évite les éclaboussures.

Et pourtant, la voie judiciaire est la seule praticable, et serait la seule efficace pour faire rendre gorge au petit affairiste antisémite. À condition aussi d’être de bonne foi.

Quant à la publicité faite à Dieudonné par les rodomontades de Valls, soyons sérieux. Internet est un formidable outil de communication dont Dieudonné et sa bande font depuis longtemps un usage intensif et efficace. Pour la publicité de leur petit commerce, ils n’ont besoin de personne. On trouve tout sur le net. Et en particulier des tribunes régulières dont le sujet principal est : l’étalage de la haine antisémite. Et qui sont vues à chaque fois par près de 3 millions de personnes.

Alors oui, on peut être en rage contre Valls et sa manœuvre de diversion. Mais cela ne doit pas conduire à cette drôle de complaisance vis-à-vis de ceux qui seraient « contre le système ». À partir du moment où ce système est présenté en permanence comme le fruit du « complot sioniste mondial », nouveau nom du complot juif, ça change quand même un peu la perspective, non ?

Parce que c’est là que ça coince. Vraiment.

Surtout quand cela s’accompagne, et se nourrit du négationnisme. Alors comme ça, l’antisémitisme éliminateur européen n’a jamais existé ? Adolf Hitler n’a jamais prononcé son fameux discours du Reichstag où il a « prophétisé » la disparition des juifs d’Europe ? La conférence de Wannsee ? Une blague. Les chambres à gaz ? Pensez donc, à Auschwitz on n’a « gazé que des poux ». La « Shoah par balles » ? Une fumisterie.  Allez, chantons et dansons  sur Shoahnanas avec Faurisson, en faisant des quenelles! Le tordant Dieudonné nous dit que c’est bon pour la santé !

J’avais été frappé par une réflexion d’une ancienne « enfant cachée » interviewée dans le cadre d’un documentaire sur « les petits » dont Brasillach ne voulait pas qu’on les oublie dans le voyage sans retour vers Auschwitz et qui, cachés à la campagne, sont rentrés sains et saufs pour attendre en vain leurs parents à l’hôtel Lutétia. Elle expliquait la différence d’attitude avec la majorité des Français qui se réjouissaient de la victoire et fêtaient la Libération. « Cette guerre, nous, nous l’avions perdue ».

Le sentiment d’avoir, peut-être une petite dette ? Vis-à-vis d’un certain nombre de potes, aussi. Qui avaient connu cette période. Des résistants juifs, de sacrés combattants. Ils portaient de drôles de noms. Krasucki, Rappoport,  Jacob, Lederman, Nordmann. Il y en avait un qui s’appelait Armand Dimet. Son vrai nom, c’était Abraham Dimenstein. Je n’ai jamais osé lui demander pourquoi il l’avait changé.  Avec eux, et peut-être pour eux, on avait mené, et gagné le combat contre Faurisson. Une lutte politique, éditoriale, judiciaire, universitaire, et pour finir juridique contre « les assassins de la mémoire ». Les rendre eux et leur combat, qui n’est rien d’autre que la tentative d’absolution du nazisme dans sa part la plus épouvantable, infréquentables, oui, et pour finir condamnables[1. Nous parlons ici de l’adoption de la loi dites loi Gayssot qui fut le signataire, de la proposition de loi communiste à l’Assemblée nationale. Il aurait mieux valu qu’elle s’appelle loi Lederman, le sénateur communiste qui signa la proposition au Sénat. Cela aurait eu plus de sens qu’elle porte le nom de ce juif d’origine polonaise arrivé en France à 14 ans sans parler un mot de français, ancien résistant couvert de médailles et le meilleur orateur du Sénat tant qu’il y siégea. Ce texte, qui fut un aboutissement d’un combat politique, se voulait le dernier clou sur le cercueil du négationnisme français. Double échec : il a provoqué l’inflation stupide des lois mémorielles, et n’a pas empêché le retour de Faurisson sur scène sous les applaudissements. Il va falloir trouver autre chose.]. Je croyais que nous y étions parvenus. Eh bien non, le héros du jour les fait monter sur scène…

« Écoute, tu ne vas pas recommencer avec ton pathos sentimental et dépassé ! On te dit 14-18, tu fais l’appel aux morts. On te dit Front National fréquentable, tu réponds Vichy ! Et là, on te dit, liberté d’expression, lutte prioritaire contre le « système », Dieudonné, ce n’est que de l’humour et tu réponds négationnisme. Tu nous casses les pieds ! », m’oppose-t-on.

On a commencé par une petite chanson, on va terminer de la même façon. Alain Souchon cette fois-ci, grand pourvoyeur de petits cailloux. Je n’ai pas envie que mes enfants que j’ai emmerdés avec ces histoires (La liste de Schindler obligatoire à partir de 12 ans) fassent des quenelles en me chantant : « Tout ce que tu m’as dit vieux Bob Dylan maudit, tout ce que tu m’as dit, c’était menti … »

Non, c’était pas menti.

*Photo : MEUNIER AURELIEN/SIPA. 00672169_000001.

Le problème du multiculturalisme n’est pas « multi », mais « culturalisme »

michele tribalat integration

Daoud Boughezala.Les cinq rapports remis au Premier Ministre pour lancer la refondation de la politique d’intégration en favorisant l’émergence d’un « nous inclusif et solidaire » recommandent notamment d’autoriser le port du voile à l’école et de prohiber la « désignation » ethnique (ce qui ne faciliterait pas votre travail de démographe !). S’agit-il, pour le gouvernement, de courtiser les banlieues à quelques mois des municipales, ou d’affirmer une authentique préférence idéologique ?

Michèle Tribalat. Malgré son rétropédalage, le gouvernement croit sincèrement qu’il faut réformer la société d’accueil pour que les immigrés et leurs enfants s’y sentent mieux, sans qu’il leur soit demandé de s’y adapter. N’oublions pas que, dans un premier temps, M. Ayrault s’était félicité de la « grande qualité » (sic) de ces rapports.[access capability= »lire_inedits »] D’Aurélie Filippetti à Manuel Valls en passant par Michel Sapin et Cécile Duflot, pas moins de dix ministres ont été impliqués dans la mise en route des cinq groupes de travail dont les « relevés de conclusions » étaient censés servir de base à la rédaction d’un « document de stratégie gouvernementale ». Cette démarche a donc engagé l’ensemble du gouvernement et pas seulement Jean-Marc Ayrault, à qui l’on a fait porter le chapeau.

Mais François Hollande a immédiatement condamné les conclusions de ces rapports…

Je vois mal comment une entreprise de cette ampleur aurait pu être décidée sans l’aval du Président de la République. D’ailleurs, ces recommandations ne font qu’approfondir le rapport Tuot[1. Le rapport du conseiller d’État Thierry Tuot recommandait d’adapter la France à ses immigrés pour faciliter l’intégration. Voir « L’État mal conseillé », Malika Sorel, Causeur n°3, juin 2013.] remis le 11 février au Premier ministre.

Rédigé à l’été 2013, sans doute à Matignon, l’ordre de mission commun à ces cinq groupes mettait l’accent sur la lutte contre les discriminations et nous intimait de changer « de regard sur les personnes immigrées et leurs descendants, dans le sens d’une valorisation de l’enrichissement mutuel des citoyens ». Postulant que « les différences faites entre les citoyens, y compris ceux issus de l’immigration, sont le plus souvent le produit de contextes sociaux “made in France” et non “importés” », cette lettre de mission incitait à faire un « pas de côté » sur la politique d’intégration. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ces groupes d’experts l’ont fait avec enthousiasme !

Ce « pas de côté » pourrait passer par l’abandon du mot « intégration » lui-même, jugé excluant par ces experts. Et vous, vous continuez à vous arc-bouter sur l’assimilation dont plus personne ou presque ne veut. Cèderiez-vous à la tentation du déni de réel ?

Loin de s’y arc-bouter, tout mon livre décrit justement l’effondrement du modèle assimilationniste français. L’assimilation ne se décrète pas par des lois. C’est un processus qui résulte de la bonne volonté des nouveaux venus et de l’engagement du corps social avec l’approbation de ses élites. Même dans une société multiculturaliste, certains souhaitent s’assimiler et y réussissent !

C’est bien la preuve que la reconnaissance des identités culturelles ne nuit pas à l’intégration ! Or, on a parfois l’impression que le multiculturalisme est l’épouvantail des républicains…

Contrairement à des pays comme le Canada ou la Grande-Bretagne, la République française est porteuse d’une conception particulière du Bien. J’ai donc du mal à imaginer que les Français puissent se contenter d’une République procédurale entièrement fondée sur le droit. Dans les sociétés multiculturelles, l’État ne saurait exprimer une préférence culturelle. Qu’est-ce qui fait alors tenir ensemble individus et groupes particuliers pour former une collectivité ? La « diversité », répond Charles Taylor[2. Philosophe canadien favorable à une « politique de reconnaissance » des identités culturelles en démocratie.]. Pourtant, l’amour de la diversité culturelle ne va pas de soi. Après tout, chacun est en droit d’apprécier ou non telle ou telle culture. Pour promouvoir la diversité, l’État doit donc subventionner une propagande coûteuse qui empiète sur les libertés individuelles. Seulement, plus on valorise les différences, plus on encourage une certaine tendance à l’entre-soi propice à la fragmentation culturelle.

Au fond, quel est le problème : l’immigration massive ou l’islam ? Si les immigrés étaient en majorité animistes, chrétiens, ou bouddhistes, leur intégration à la société française serait-elle plus aisée ?

Aujourd’hui, les musulmans sont minoritaires parmi les immigrés et leurs enfants : 36 % en 2008 ! Mais leur visibilité accrue et leur concentration dans de grandes unités urbaines les font paraître plus nombreux. Cela dit, la croissance de leur nombre au cours des cinquante dernières années est bel et bien une réalité. Jusqu’au milieu du XXe siècle, nous avons accueilli une majorité de migrants chrétiens, juifs ou sans religion, comme le reste de la population. Ce qui a facilité leur assimilation qui, à l’époque, ne faisait pas débat !

Les immigrés musulmans seraient-ils inassimilables par nature ?

L’assimilation des enfants d’Algériens nés autour de 1960 a été facilitée par un défaut de transmission de l’islam dans la famille. Et c’est cette sécularisation qui a facilité les unions avec des « natifs au carré » (individus nés en France de deux parents nés en France). Mais cette sécularisation a reculé au fil des générations alors qu’elle s’approfondissait dans la société française. À l’avenir, la très forte transmission de l’islam et l’endogamie religieuse vont entraîner la raréfaction des mariages mixtes.

Tout n’est pas donc affaire de volonté politique ! À Montfermeil, le maire chrétien-démocrate  Xavier Lemoine, pourtant anti-immigrationniste convaincu, est contraint de proposer des menus en self-service à la cantine. Tout se passe comme si nos responsables politiques ne pouvaient plus qu’accompagner des mutations sur lesquelles ils n’ont pas prise…

Xavier Lemoine n’a pas été contraint de proposer un self-service. Il a choisi de le faire et il a eu raison ! Dans les cantines scolaires de Montfermeil, on n’oblige pas les enfants supposés musulmans à ne pas manger de porc. Cette solution me paraît bien meilleure que la formule retenue dans les écoles voisines de Clichy-sous-Bois, qui servent des repas végétariens pour avoir la paix. Il arrive que l’on décide, sur la seule foi d’un patronyme, qu’un enfant ne doit pas manger de porc, ou que l’on offre d’emblée à une femme enceinte la possibilité d’être suivie par un médecin femme. Bref, politiques et acteurs sociaux anticipent trop souvent les préférences communautaires avant même qu’elles ne s’expriment !

D’accord, mais si le modèle français est mort faute de combattants, que faire ?

Marquer sa différence avec les modèles multiculturalistes les plus outranciers qui ont une conception quasi écologique de la préservation culturelle, comme au Royaume-Uni avec ses tribunaux islamiques. D’après Ertiksen et Stjernfelt[3.  Les Pièges de la culture, MetisPresse, 2012.], le problème du multiculturalisme ne réside pas dans le préfixe « multi », mais bien dans « culturalisme ». La préservation de la différence et la célébration de la diversité sacrifient la liberté individuelle en négligeant les pressions qui s’exercent sur les individus à l’intérieur des groupes culturels et les pressions exercées en externe sur ceux qui n’en sont pas. C’est la ligne de front sur laquelle nous ne devons pas céder.[/access]

*Photo : 20 MINUTES/SIPA. 00655598_000005.

Séquestrations : les Goodyear ont raison!

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Au printemps 2009, je me suis exprimé ici même sur la question des séquestrations de cadres dirigeants par leurs salariés en colère. Comme il vaut mieux se répéter que se plagier, voilà ce que je disais il y a cinq ans et que je redis aujourd’hui :

« Les ouvriers qui séquestrent des patrons ou des cadres dirigeants ont-ils raison ? Oui, bien sûr.

Pour une raison simple : que diable pourraient-ils faire d’autre ? Voilà des gens qui normalement n’embêtent personne. Qui fabriquent des pneus, des cartes à puces ou des têtes de delco huit heures par jour. Qui sont payés 1200 euros net au bout de quinze ans d’ancienneté. Des gens qui le samedi bricolent dans leur pavillon et organisent des merguez-parties le dimanche, quand il fait beau, ou qui vont tenir un stand au vide-grenier du club de natation. En temps normal, on n’entend jamais parler d’eux, et ça leur convient parfaitement. Et puis un jour, un mec leur annonce que tout ça, c’est fini. Au mieux, on leur a préparé un plan social en béton. En clair un reclassement bidon, une formation bidon, un autre connard en costume qui vient leur expliquer comment ils peuvent se mettre à leur compte, monter une micro-entreprise de toilettage canin ou un gîte rural gay-friendly avant d’aller grossir les statistiques du RMI. »

Mon opinion n’a pas varié d’un iota depuis. Il est moins grave d’avoir à passer une nuit à l’usine qu’une vie au chômage. Et si vous pensez le contraire, je n’ai plus rien à vous dire…

Affaire Dieudonné : Manuel Valls, un homme responsable

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dieudonne valls antisemite

Dans l’affaire Dieudonné, on voit se lever un peu partout des bonnes âmes pour prendre la défense de « la liberté d’expression » et même du « droit imprescriptible à l’humour » et s’indigner qu’on interdise les spectacles de Dieudonné. Cette indignation visant principalement à mettre Manuel Valls sur la sellette.

Tout d’abord de quel « droit à l’expression » s’agit-il ? De quel « humour » parle-t-on ? A l’occasion des différents reportages effectués en caméra ou micro caché au théâtre de la Main d’or, on a pu relever :

– « Moi, tu vois, quand je l’entends parler, Patrick Cohen, j’me dis, tu vois, les chambres à gaz… Dommage ».

– « Entre les juifs et les nazis, je ne prends pas parti… je ne sais pas qui a commencé… C’est passé ! Qui a provoqué qui ? Qui a volé qui ? J’ai ma petite idée… »

– « Je ne dis pas que je ne serai jamais antisémite. Je me laisse cette possibilité, mais pour l’instant non. »

Arrêtons-là cette retranscription. Chacun sait et peut vérifier que Dieudonné est clairement antisémite dans sa forme la plus brutale, clairement négationniste (en témoigne son soutien ostentatoire à Faurisson) et visiblement méprisant avec les victimes de la shoah (cf. sa chanson, « Shoahnanas »). Comment peut-on dans ce cas et au vu des idées répandues par ce type, prétendre qu’il s’agit du droit à l’expression ? Alors qu’il s’agit clairement de propagation d’idées clairement interdites par la loi, d’injures publiques répétées et récurrentes.

Prenons, l’hypothèse inverse : imaginons que le gouvernement ne prenne aucune mesure contre Dieudonné et que de jeunes juifs, légitimement ulcérés, décident d’administrer une bonne correction (« méritée » – j’assume…) à Dieudonné et/ou à ses spectateurs. Le Gouvernement serait immédiatement mis en accusation pour n’avoir rien fait. Et on aurait raison. Car les spectacles de Dieudonné sont par leur incitation à la haine raciale une menace permanente contre l’ordre public qui ne peuvent pousser que des groupes communautaires à se dresser les uns contre les autres et à se faire justice eux-mêmes.

Le rôle de tout gouvernement est de mobiliser la Justice (les procureurs peuvent s’auto-saisir à la demande du Garde des sceaux) et l’administration pour maintenir l’ordre et mettre hors-jeu tous ceux qui nuisent à la paix civile. Dieudonné s’est mis hors-jeu. Il est désormais un ennemi de la société : par son atteinte au bon goût, au droit à la justice, au vivre ensemble, au respect humain, il s’érige en héros d’une contre-société, d’une contre-culture (symbolisée par le geste de la quenelle) qui foule au pied tout ce que l’idéal républicain essaie vaille que vaille de maintenir. Dieudonné est un danger public, la société doit le mettre hors d’état de nuire.

Mais Dieudonné est aussi un révélateur. On savait déjà toute l’admiration qu’il suscite dans les milieux musulmans les plus engagés : Dieudonné fait progresser à grands pas l’antisémitisme dans les banlieues. Mais il est aussi révélateur de la perte de repères de certaines élites qui s’érigent en gardiens de l’ordre moral : n’a-t-on pas entendu Edwy Plenel comparer l’interdiction des spectacles de Dieudonné par Manuel Valls au Patriot act américain. Ainsi donc interdire les injures publiques et un spectacle dégradant serait comparable à des mesures de privation de liberté prise hors droit ou aux enfermements aberrants de Guantanamo… On a connu Plenel plus éclairé. Le plus triste, c’est que ces parangons de la liberté donnent du grain à moudre à tous les Français qui renouent avec certains de leurs vieux démons. Il est pour le moins affolant de voir que 70% des lecteurs du Figaro sont contre l’interdiction de Dieudonné : est-ce au nom de la liberté d’expression (ce n’est pas leur tasse de thé habituelle), ou parce que beaucoup d’entre eux aiment bien ce qu’il raconte ? La question mérite d’être posée. 

Manuel Valls, est responsable de l’ordre public. En prenant des mesures d’interdiction contre Dieudonné, il a pris ses responsabilités. Toutes ses responsabilités. Il serait irresponsable de le lui reprocher.

 

*Photo : MEUNIER AURELIEN/SIPA. 00671407_000005.

Dieudo : fini de rire! Et si on pensait?

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Dégueulasse : il ne me vient pas d’autre mot, en tout cas pas de plus poli, pour qualifier la « une » du Nouvel Obs : sous le titre « La haine » (quel sens de la formule !), le magazine qui aime les listes épingle, à côté des trombines de Dieudonné et de son fournisseur d’idées pourries, Alain Soral, celle d’Eric Zemmour. Seulement, on voit les coutures : 5 minutes pour les antisémites, 5 minutes pour les « islamophobes », c’est la preuve qu’on est de gauche, non ? Rappelons qu’on n’a jamais entendu Zemmour, ni aucun « islamophobe » supposé, souhaiter la mort d’un seul musulman et encore moins déplorer qu’ils n’aient pas été exterminés. Il estime, comme 70 % des Français, que certaines expressions de l’islam sont incompatibles avec nos usages. On peut être d’accord ou pas. Mais en traçant un signe d’égalité entre ses opinions et la vision paranoïaque du monde de l’équipe Dieudonné-Soral, les flics du Nouvel Obs ne combattent pas les premières, ils légitiment la seconde. Les dieudonnistes se plaignent en boucle de ce qu’on pourrait insulter les musulmans, mais rien dire sur les Juifs. Bien sûr c’est faux : d’une part, la critique d’une religion n’a rien à voir avec la haine obsessionnelle d’un groupe humain, d’autre part nul n’oserait proférer que, quand il voit Dieudonné, il se dit que l’esclavage, bon finalement…­– et heureusement. Plutôt que de rappeler ces vérités, nos confrères montrent patte blanche : attention, on ne défend pas seulement les Juifs ! Le pire, c’est que cette saloperie (désolée, je n’ai toujours pas de mot plus poli) ne leur vaudra même pas de bonnes ventes.

Ce dégoûtant exercice de « deux poids-une mesure » a le mérite de nous rappeler que l’urgence n’est pas de désigner des coupables mais de comprendre ce qui nous arrive. Ce à quoi ne nous a guère aidé le défilé d’indignés de ces derniers jours, les uns favorables à la censure, les autres à la liberté, tous avec d’excellents arguments d’ailleurs. Et pourtant, c’est la question centrale: comment se fait-il que d’honnêtes citoyens, raisonnables, intégrés, diplômés, enseignants ou travaillant dans la com’, n’aient pas envie de se lever et de partir quand Dieudonné traîne Faurisson en pyjama rayé sur une scène ou quand il laisse entendre qu’il regrette les chambres à gaz ? Tous des  salauds et des antisémites ? Allons donc, ils sont, dit-on et disent-ils, « contre le système ». Oublions qu’il y a beaucoup de juifs dans ce système-là. Le problème, c’est que nous y voyons  une circonstance atténuante, comme s’il était forcément bon et intelligent d’être « contre le système ». Marine Le Pen est contre le système, Jean-Luc Mélenchon est contre le système, Anelka est  contre le système. Nous avons encouragé ou toléré cette rhétorique du ressentiment qui infuse l’idée que les « riches » sont haïssables (sauf quand ils sont humoristes professionnels ou footballeurs) et qu’il y a des salauds derrière les malheurs de chacun. Ajoutez le complotisme ambiant et des tas de gens bien sous tous rapports finissent par croire que le réel c’est ce qu’on nous cache, et la vérité, ce qu’on nous interdit de dire. Au lieu de nous émerveiller quand des pseudo-sociologues déclarent la guerre aux « riches » ou qu’un responsable politique réclame un « coup de balai », nous devrions démonter sans relâche la faiblesse des slogans creux et des ritournelles binaires. Il est vrai que, si la progression du dieudonnisme dans des milieux supposément cultivés est l’un des symptômes les plus préoccupants de la catastrophe scolaire et de la dégradation du débat intellectuel, c’est loin d’être le seul.

Pour autant, on ne répondra pas à l’indigne « Dieudonné-Zemmour même combat ! » du Nouvel Obs par un stupide « Dieudonné-Mélenchon même combat ! » Le patron du Front de gauche n’est évidemment pas suspect d’antisémitisme ou de négationnisme. N’empêche, cet homme cultivé contribue à propager une vision simpliste du monde : qu’ils s’en aillent tous et tout ira bien ! Il ne devrait pas. En tout cas, l’indulgence générale pour ces argumentations indigentes qui divisent le monde entre exploités et exploiteurs, bons et méchants, victimes et bourreaux, a laissé le champ libre à toutes sortes de sottises. Applaudir Dieudonné quand on est du côté des opprimés mais qu’on a un boulot et un plan d’épargne-logement, c’est comme lire Stéphane Hessel : une façon de se racheter, de subir la domination par procuration. On achète ses indulgences en ricanant contre le système avant d’aller faire la queue devant l’Apple store.

Le refus généralisé d’affronter la complexité du monde a partie liée avec le triomphe des prêchi-prêcheurs et de leur fausse morale – comme Marx parle de fausse conscience. Et quand la morale est partout, elle n’est nulle part. Le débat public devient un champ d’interdits qui peuvent vous sauter à la figure et ne frappent pas seulement des opinions que nous jugeons tous insoutenables, mais tout point de vue contrevenant à ce que Jean-Pierre Le Goff appelle le « gauchisme culturel », idéologie dominante, en tout cas dans les médias, propagée avec zèle par la gauche « terranoviste », multicul et libérée (ou en passe de l’être) de l’antique différence des sexes. Or le « politiquement correct » appelle le « politiquement incorrect », la transgression radicale. Quand il y a des vaches sacrées à tous les coins de rue, rien n’est sacré. Pour épater le bourgeois et éprouver le frisson du mal il faut aller aux extrêmes – en l’occurrence à Auschwitz si l’on peut dire. En somme, c’est la double-peine : nous vivons à la fois sous le règne d’une censure intellectuellement étouffante et à l’âge « la libération de la parole » – et pas de la plus reluisante.

Il faudrait aussi, pour finir, interroger les stratégies de lutte contre l’antisémitisme tendance négationniste. La loi Gayssot prétendait neutraliser Faurisson : 25 ans plus tard, on a M’bala M’bala. Autrement dit, non seulement, ça n’a pas marché mais ça a sans doute aggravé les choses, d’une part en lançant la funeste compétition des victimes, de l’autre en nourrissant l’idée que les Juifs bénéficiaient d’un privilège, preuve de leur puissance. Trente années de « devoir de mémoire », d’effroi, et de religiosité autour d’Auschwitz n’ont pas non plus fait reculer l’antisémitisme, qui s’est au contraire déployé sous une forme nouvelle, c’est-à-dire, en l’espèce, arabo-musulmane et post-coloniale. En réalité, en décrétant « l’unicité »  de la Shoah, voire en accusant d’antisémitisme ceux qui osaient la contester, on a alimenté un déplorable  « palmarès du malheur ». Que l’extermination des Juifs soit un séisme dans l’histoire et la conscience européennes n’aurait pas dû en faire un objet de culte. Parmi les lycéens qui applaudissent Dieudonné, beaucoup ont dû visiter le mémorial de la Shoah. Il faut croire que l’effroi et la vénération ne suffisent pas à faire transmission.

Face à un phénomène complexe, ambigu et angoissant, certitudes et affirmations péremptoires ne sont pas d’une grande aide. Condamnations outrées et trémolos non plus. Peut-être faut-il aller au contact, se bagarrer pied à pied, et même, n’en déplaise à notre ami Alain Finkielkraut, opposer l’humour au ricanement. En tout cas, il est temps de parler aux spectateurs de Dieudonné. Il teste nos limites : à nous de montrer que nous sommes les plus forts, c’est-à-dire les plus intelligents. En supposant que nous le soyons.

Le président : du socialisme à la gauche gnangnan

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Le président de la République a quitté le socialisme et on peut dire aussi que le socialisme l’a quitté. Tant mieux.

J’admets que ses récents voeux n’ont pas constitué un tournant mais qu’ils ont amplifié sa vision social-démocrate en matière d’économie, de finance, de réduction des déficits et et de lutte contre les abus de la Sécurité sociale au point de combler d’aise tous ceux qui attendaient, espéraient de lui lucidité et pragmatisme. Il a si bien réussi son évolution que son discours a laissé sans réaction ses opposants classiques (Le Monde).

Mais il ne saura jamais totalement accomplir une mue qui le ferait ne plus se reconnaître. Il a besoin de gauche quelque part. Tant pis.

Sous le poids accablant de la réalité, il a déserté le socialisme pour cultiver chaque jour davantage son ersatz médiocre : la gauche gnangnan.

Il y a en effet une certaine manière d’évoquer en permanence les principes et les valeurs, qui révèle plus une impuissance qu’une force. Non plus une lumière qui inspire et éclaire l’action et la politique mais une sorte de substitut bâtard à leur insuffisance.

Quoi qu’on pense du mariage pour tous et même si cette loi résultait d’un engagement présidentiel, cela a commencé avec ce bouleversement. On a fait plaisir aux homosexuels qui tous ne le réclamaient pas. Le sentiment plus que la nécessité.

La pitoyable gestion de l’affaire Leonarda où le président, à cause de la maladresse d’une proximité démagogique, s’est et a été ridiculisé. Le coeur dévoyé.

Le discours exigeant obstinément intransigeance, inflexibilité et vigilance, non pas à l’encontre de la délinquance et de la criminalité ordinaires, immédiates et ostensibles mais dans la seule lutte contre le racisme et l’antisémitisme. On a pu constater à quel point ses instructions de fermeté aux préfets dans ce domaine ont déteint sur les gardes à vue au quotidien puisque deux lycéens, pour un montage avec le geste de la quenelle, sur plainte d’un professeur au nom de rien de moins qu’apologie de crime contre l’humanité !, se sont retrouvés peu de temps dans cette situation contraignante. Nous ne sommes plus dans l’état de droit mais dans l’état grotesque. Le totalitarisme de la bonne conscience.

Le soutien dangereux sans cesse octroyé à sa garde des Sceaux sans tenir compte de la substance infiniment mince de son bilan ministériel mais par égard pour une personnalité qui le fait tomber dans des abîmes de ravissement authentique ou feint. Qu’on se souvienne de leur équipée qui les a rendus si satisfaits d’eux-mêmes en Guyane. La sensibilité dénaturée.

L’indifférence à l’égard des provocations et outrages qui ne concernent pas le champ strict de ses indignations idéologiques. On peut laisser profaner les églises et uriner sur les autels par les Femen qui créent, elles, un si petit trouble, et sans doute tellement compréhensible ! L’émotion récusée.

Cela va continuer. Et de plus en plus. Nous allons payer chèrement, là, la rançon de sa sagesse ici. Il va nous enivrer de gauche gnangnan pour se consoler de l’éloignement du socialisme. Il ferait beau voir que le réel imposât sa loi partout !

Surtout, qu’on ne se méprenne pas. Personne ne l’oblige à faire preuve de ces dispositions moralisatrices, comme si le progressisme n’avait le choix qu’entre se trahir ou se caricaturer. Que je sache, un Pierre Joxe, avant qu’il devienne avocat, authentiquement socialiste, était aux antipodes de la gauche gnangnan. Ce qui pourrait distinguer une certaine rigueur de droite et de gauche est que précisément la rectitude affichée par cette dernière devrait résister aux facilités, ne pas tomber dans l’humanisme abstrait, confortable et verbal mais s’en prendre à tout ce qui déchire effectivement notre société. Il faut plus de courage pour tenir ferme l’état de droit – et moins de sensiblerie affectée.

Je crains que nous ne puissions, pour ceux qui l’ont fait élire, jamais totalement féliciter François Hollande. Certes, le socialisme n’est plus qu’une nostalgie pour lui. Mais la gauche gnangnan fait des dégâts. Rien de plus dévastateur qu’une sensibilité mal placée au sommet de l’Etat.

Le tournant à applaudir serait celui qui le conduirait encore un peu plus loin. Encore un effort, un abandon, et il pourrait devenir le président réaliste de tous les Français.

*Photo:WITT/SIPA.00672567_000005

Affaire Dieudonné : l’antidote, c’est Django !

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Je l’ai trouvé, le moyen de prémunir les jeunes esprits contre la thèse de fond de M’Bala M’Bala sur les chambres à gaz, selon laquelle les Juifs veulent avoir le monopole de la souffrance alors qu’ils ont été les premiers profiteurs de l’esclavage des Noirs.

Inutile d’opposer à ce délire la position prise par Christiane Taubira, qu’il serait difficile de ranger dans le camp des négriers.

Inutile aussi de rappeler qu’en d’Afrique du Sud comme aux Etats-Unis, les Juifs ont été à la pointe du combat des Blancs pour les droits des Noirs.

Oui, il est inutile de raisonner face à la jouissance donnée par la désinhibition de la haine rentrée.

Quoi de plus jouissif sur le mode profanateur, que de pouvoir retourner en haine la compassion qu’on vous a imposée envers les victimes juives des nazis?

Bergson avait cru que le rire était du mécanique plaqué sur du vivant. Il ne savait pas que ce serait un jour du mécanique plaqué sur des millions de morts. Il faut dire que Bergson était juif, et qu’il a voulu le rester en 1940, quoique de conviction catholique, face aux persécutions. Sans doute, dirait M’Bala M’Bala, était-ce pour pouvoir se présenter plus tard en victime, tirer toute la souffrance à lui, et faire oublier l’esclavage des Noirs.

Laissons donc de côté les arguments rationnels.

Il faut opposer au rire ignoble un rire de qualité supérieure, et faire confiance au public.

Pour prémunir les jeunes cerveaux qui seraient incités à croire qu’ils doivent choisir entre les Juifs exterminés et les Noirs vendus comme esclaves, il faut leur donner à voir les deux derniers films de Tarantino : Inglorious basterds et Django unchained.

C’est le même réalisateur qui fait monter au maximum chez le spectateur l’envie de tuer les nazis antisémites et les esclavagistes de Noirs. Et qui leur donne ce plaisir, à profusion.

Tarantino est tellement génial dans son genre que dans Django unchained, c’est un délicieux Allemand qui déclenche le feu de Dieu contre le plus ignoble des  esclavagistes.

Les deux films font ressentir que Juifs et Noirs sont les victimes des salauds de l’Histoire, et qu’il est pervers de vouloir les opposer.

Je parie tout ce qu’on voudra  que M’Bala M’Bala, n’essaiera même pas de faire ricaner son public contre ces deux films de Tarantino qui le mettent KO.

Sauvons les arbres de la laïcité !

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Mais, bon sang, où sont passés les écolos toujours prompts à faire un rempart de leur corps devant chaque brin d’herbe menacé par l’extension du béton et du bitume ? On n’a pas entendu Cécile Duflot ou Jean-Vincent Placé vitupérer contre les salopards qui viennent  subrepticement, par des nuits sans lune, déraciner ou scier les « arbres de la laïcité » solennellement plantés ces derniers mois par des citoyens et des élus soucieux de marquer symboliquement leur attachement à la mère de toutes les valeurs républicaines.

À Angers, – comme nous l’a déjà conté François-Xavier Ajavon dans le Causeur Magazine  présentement en kiosque- mais aussi à Bordeaux et même à Parfouru-sur-Odon (Calvados),  des lointains rejetons de ces « arbres de la liberté » des révolutionnaires de 1789 sont victimes de vandales se réclamant de la vieille extrême droite antirépublicaine, polluant de plus les alentours de leur déjections noirâtres en forme de croix celtiques.

À Parfouru, village de 300 habitants de la région de Caen, on avait fait une petite fête, au mois de novembre dernier, autour d’un frêle érable de cinquante centimètres de haut,  généreusement arrosé par les pluies fréquentes dans la région, et promis à un destin  d’arbre d’élite pour l’édification morale des générations futures. Il fut lâchement arraché pendant que les habitants de la commune fêtaient, en famille, l’arrivée de l’an nouveau.

Un érable, cela ne produit ni cidre, ni calva, mais cela donne à tous les pommiers du coin la légitime fierté de voir un végétal participer, comme le coq gaulois ou la Marianne des salles de mariages, à l’incarnation de nos valeurs républicaines.

Pour un arbre de la laïcité vandalisé, plantons en mille, de toutes espèces, bien en vue sur les places de nos villes et nos villages. Que le président de la République donne l’exemple en prenant, en personne, pelle et pioche, pour planter un arbor laïcus elysiensis de son choix dans le parc de son actuelle résidence.

« Touche pas à ma pute »: beaucoup de buzz pour rien

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cindy-leoni-racisme

cindy-leoni-racisme

À l’occasion du débat sur le projet de loi visant à pénaliser les clients des prostituées, Causeura cru malin de publier un texte intitulé « Touche pas à ma pute ! » et présenté comme le « Manifeste des 343 salauds ». Outre le côté faussement provocateur de son titre, vous avez pris le risque, avec cet appel, de dénaturer de trop nombreux combats dont celui, fondamental, du droit à l’avortement. Prendre comme référence le « Manifeste des 343 salopes » de 1971 revient à entacher la démarche courageuse et lourde de conséquences de femmes qui ont engagé et exposé leur nom, leur figure, leur réputation, parfois leur carrière, pour faire avancer les droits des femmes en France. Cette démarche apparaît d’autant plus maladroite que le droit à l’avortement est aujourd’hui gravement remis en cause en Espagne, et reste inexistant dans plusieurs pays d’Europe.[access capability= »lire_inedits »]

L’important, me direz-vous, c’est le fond. Justement, sur le fond, ce texte n’apporte aucune perspective pratique pour aborder la question de la prostitution : ni grille de lecture, ni position de principe permettant au lecteur de se construire une véritable opinion. D’une part, l’appel laisse de côté les aspects les plus fondamentaux du débat, notamment en matière d’inégalités sociales, de santé publique et d’égalité des genres.

D’autre part, même s’il prend en compte les différences d’orientation sexuelle, les signataires laissent entendre que les clients sont toujours des hommes.

En réutilisant, de façon maladroitement ironique, pour ne pas dire tout simplement cynique, des slogans porteurs des luttes d’émancipation depuis plus de quarante ans, l’appel des « 343 salauds » opère un renversement inacceptable. Quoi que l’on pense de la prostitution, le droit des clients à obtenir des relations tarifées n’est pas un droit fondamental, contrairement à celui des femmes à disposer librement de leurs corps. La fausse équivalence ainsi construite ne permet nullement de définir un positionnement cohérent. Causeur nous semble plutôt avoir fait le choix de la facilité, se contentant d’une position d’opposition sans avoir pris la peine de se livrer à une analyse, totalement absente de ce texte, même en creux.

Cet appel ne contribue en rien à la prise en compte de questions pourtant sérieuses. Car peut-être l’avez-vous oublié, mais au-delà des principes que vous semblez réduire à des blagues, ce sont des individus réels qui sont directement touchés et des droits concrets qui sont menacés.

Le logo de SOS Racisme et son slogan « Touche pas à mon pote ! » visent à défendre des principes universalistes dans les luttes d’émancipation. Alors que Didier François, grand reporter à Europe 1 et inventeur de notre slogan, est toujours en captivité en Syrie aux côtés de trois autres journalistes français, alors que les figures qui œuvrent pour l’égalité partout dans le monde sont la cible d’attaques racistes et sexistes, nous ne pouvons cautionner un détournement qui a pour seul objectif de faire du « buzz » à moindre effort.

Causeur a évidemment le droit de décliner sa ligne éditoriale et de traiter des sujets qui lui siéent. Pas de détourner un slogan, ni de s’approprier un logo qui ne lui appartiennent pas, et qui incarnent des valeurs militantes dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles ne sont guère à l’honneur dans les pages de votre magazine. C’est votre droit de critiquer SOS Racisme. C’est le nôtre de vous dire :

Touche pas à nos symboles ![/access]

*Photo: Thibault Camus/AP/SIPA. AP21493210_000004.

Critiquez-moi autant que voudrez mais ne m’accusez pas d’agir par communautarisme

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jean francois cope

jean francois cope

Cher Monsieur,

Au nom de la liberté d’expression, vous pouvez décider de fermer les yeux sur les conséquences ravageuses de l’antisémitisme militant de quelques énergumènes qui désignent des boucs émissaires faciles pour une jeunesse en perte de repères.

Au nom de la liberté d’expression, vous pouvez défendre le droit de M. Dieudonné M’Bala M’Bala, plusieurs fois candidat à des élections, de tenir des réunions publiques où il regrette les chambres à gaz au sujet d’un journaliste qui lui déplaît.

L’Histoire nous apprend que c’est un pari dangereux mais vous êtes d’autant plus libre de le faire que vous n’assumez pas de responsabilités politiques.

Par antipathie à mon égard autant que par sympathie pour d’autres, vous pouvez par ailleurs me critiquer tant que vous le voulez, comme vous le faites régulièrement sur votre blog, en multipliant les procès d’intention à mon encontre, alors même que nous partageons souvent des positions assez proches.

Mais de grâce, ne mélangez pas tout ! Cela vous conduit à écrire des choses dont vous ne pouvez pas être fier. Je pense à cette phrase trouvée sur votre blog, et reprise sur le site Causeur :

« Quand Jean-François Copé en l’occurrence plus attaché au communautarisme qu’à l’état de droit a approuvé sans l’ombre d’une réserve la démarche de Manuel Valls ? »

Que faut-il penser de cette référence au communautarisme à mon sujet, lorsqu’elle vient d’un homme qui maîtrise parfaitement la plume et qui fait même profession de son art rhétorique ?

Faut-il considérer que vous me jugez, par essence, incapable de prendre une décision en conscience et guidé par le seul souci du bien commun ? Faut-il considérer qu’à vos yeux, ma position n’aurait pas, par essence, les mêmes fondements que celle de Manuel Valls ou d’Alain Juppé ?

Pour éviter tout malentendu, je vous demande seulement d’avoir l’honnêteté de m’expliquer clairement votre raisonnement sur ce point précis. Il est fort probable que vous réalisiez alors que des excuses sont nécessaires. Je les accepterais, tout en m’inquiétant en mon for intérieur que de tels propos puissent surgir sous la plume d’un honnête homme du 21ème siècle, et tout en rejetant, je vous l’assure, le moindre soupçon d’un déterminisme familial. Car j’ai la certitude que les convictions et les combats d’un homme ne sont pas déterminés par sa naissance. Sans cette certitude, le débat démocratique a-t-il un sens ?

J’attends vos précisions et vous prie de croire, Cher Monsieur, à l’expression de mes salutations cordiales.

*Photo : WITT/SIPA. 00671314_000019.

On ne peut pas nier le négationnisme de Dieudonné

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dieudonne negationnisme quenelle

dieudonne negationnisme quenelle

Dans la vie, on est souvent accompagné par des chansons. Petits cailloux que les artistes laissent dans votre jardin. Plus tard, lorsqu’on les soulève, ils réaniment des émotions. Proust nous a dit pourquoi.

L’autre jour, petit tour sur Internet.  Je suis tombé sur une photo où l’on voit un de jeunes fans de Dieudonné faire une très jolie quenelle devant le portrait d’Anne Frank. Le seul qui existe aujourd’hui, puisqu’on n’a pas eu le temps d’en faire d’autres… Je n’ai pas aimé du tout.

M’est revenue alors la chanson de Louis Chedid : « Anne ma sœur Anne, si tu voyais ce que je vois v’nir, c’est comme un cauchemar… ». Il exagérait, Louis ? Peut-être. 25 ans après, le Front National, certes ripoliné, est toujours présent. Fréquentable paraît-il. La diabolisation n’a servi à rien ? Certes, mais là, ce n’est pas la même chose. Voir se multiplier de tels gestes devant l’entrée d’Auschwitz, dans le monument consacré à l’Holocauste à Berlin, donner une nouvelle jeunesse au « complot juif », éventuellement baptisé pour la circonstance « complot sioniste », c’est quand même un peu embêtant, non ? Mais non, me disent mes bons camarades, le problème c’est Valls.

« Les quenelliers ne représentent pas autre chose qu’une jeunesse acculturée. Ils voteront la Marine, ils singeront des quenelles, voire se retrouveront islamistes en cité parce que « ça embête ». C’est le libéralisme libertaire qui les a créés, à force d’individualisme, de discours moralisateurs masquant des comportements de prédateurs. Quand tout est permis dans une société qui les oublie, on va chercher ce qui emmerde le plus l’ordre établi, ce qu’il a érigé en tabou suprême : la Shoah. Mais ce n’est pas grave », entend-on.

Ce n’est pas faux. Difficile de nier que la Shoah a été instrumentalisée. Qu’elle permet à beaucoup de justifier le comportement parfois injustifiable du gouvernement israélien. Qui fait que ceux qui disent à la jeunesse qu’il y a deux poids deux mesures ont beaucoup de chance d’être entendus. Et que cela a permis les discours présidentiels sur le Vel’ d’Hiv’, hérésies historiques et juridiques. René Cassin, qui était juif, avait tout dit, mais qui se souvient encore de René Cassin ? Elle assure au CRIF, organe communautariste, une invraisemblable autorité, qui voit quasiment l’ensemble du monde politique lui apporter tous les ans une allégeance flagorneuse complètement déplacée. Situation qui rendra recevable les revendications des associations noires, bouddhistes, tamoules, et la création prochaine du CRIB, Conseil Représentatif des Institutions Blanches…

Mais, stop, là il s’agit d’autre chose : d’antisémitisme négationniste.  Avoir sorti Faurisson de l’oubli dans lequel il croupissait (ce ne fut pas un travail facile que de l’y envoyer), est quand même assez terrible. L’objectif est le même qu’il y a 30 trente . Effacer de la mémoire cet événement européen unique. Et quelque part, en dédouaner ceux qui en furent les abominables organisateurs.

« Mais Régis, tu dramatises, c’est de l’humour, si l’on s’attaque à l’humour, où va-t-on ? Et la liberté d’expression tu en fais quoi ? Et puis, il faut cesser de parler de Dieudonné, cela lui fait de la pub. Concentrons-nous sur l’ennemi principal, le Parti Socialiste. Et laissons s’exprimer tous ces jeunes, qui ne sont en fait que contre le système. Dont ils sont les victimes », me répète-t-on.

C’est vrai que Dieudonné est hilarant. Parmi tous les amuseurs qui sévissent, il est de loin le meilleur. Que la voie prise par le gouvernement est absolument grotesque. En matière de liberté d’expression, il n’y a pas de contrôle a priori mais un contrôle a posteriori, et c’est tant mieux. Et cette utilisation permanente, par des amateurs et bricoleurs incompétents, de la diversion, pour masquer les dramatiques échecs de ce pouvoir, devient carrément insupportable. Les voies juridiques administratives choisies, qui violent manifestement les libertés publiques, aboutiront à une impasse. Particulièrement délétère d’ailleurs. En effet, soit les différents juges administratifs saisis en référé-liberté, respectent le droit  comme vient, fort justement, de le faire celui de Nantes, et annulent les arrêtés d’interdiction. Triomphe assuré pour Dieudonné. Soit certains refuseront d’annuler, et encourront l’accusation de servilité vis-à-vis du pouvoir politique. Renforcement du statut de martyr pour le même. Est-ce que le ministre de l’Intérieur attend qu’on applaudisse ?

Cette faculté de saloper et de disqualifier les meilleures causes est une caractéristique de ce pouvoir et de ces gens. À ce niveau, c’est quand même extraordinaire. Bêtise, cynisme, incompétence ? Probablement les trois à la fois.

Christiane Taubira, tout à la construction de sa statue d’icône de la petite gauche, interpellée par Le Canard enchaîné sur l’inertie du ministère de la Justice, est sortie quelques instants de son silence prudent. Mais pas folle, elle y est vite retournée. Il vaut mieux qu’elle évite les éclaboussures.

Et pourtant, la voie judiciaire est la seule praticable, et serait la seule efficace pour faire rendre gorge au petit affairiste antisémite. À condition aussi d’être de bonne foi.

Quant à la publicité faite à Dieudonné par les rodomontades de Valls, soyons sérieux. Internet est un formidable outil de communication dont Dieudonné et sa bande font depuis longtemps un usage intensif et efficace. Pour la publicité de leur petit commerce, ils n’ont besoin de personne. On trouve tout sur le net. Et en particulier des tribunes régulières dont le sujet principal est : l’étalage de la haine antisémite. Et qui sont vues à chaque fois par près de 3 millions de personnes.

Alors oui, on peut être en rage contre Valls et sa manœuvre de diversion. Mais cela ne doit pas conduire à cette drôle de complaisance vis-à-vis de ceux qui seraient « contre le système ». À partir du moment où ce système est présenté en permanence comme le fruit du « complot sioniste mondial », nouveau nom du complot juif, ça change quand même un peu la perspective, non ?

Parce que c’est là que ça coince. Vraiment.

Surtout quand cela s’accompagne, et se nourrit du négationnisme. Alors comme ça, l’antisémitisme éliminateur européen n’a jamais existé ? Adolf Hitler n’a jamais prononcé son fameux discours du Reichstag où il a « prophétisé » la disparition des juifs d’Europe ? La conférence de Wannsee ? Une blague. Les chambres à gaz ? Pensez donc, à Auschwitz on n’a « gazé que des poux ». La « Shoah par balles » ? Une fumisterie.  Allez, chantons et dansons  sur Shoahnanas avec Faurisson, en faisant des quenelles! Le tordant Dieudonné nous dit que c’est bon pour la santé !

J’avais été frappé par une réflexion d’une ancienne « enfant cachée » interviewée dans le cadre d’un documentaire sur « les petits » dont Brasillach ne voulait pas qu’on les oublie dans le voyage sans retour vers Auschwitz et qui, cachés à la campagne, sont rentrés sains et saufs pour attendre en vain leurs parents à l’hôtel Lutétia. Elle expliquait la différence d’attitude avec la majorité des Français qui se réjouissaient de la victoire et fêtaient la Libération. « Cette guerre, nous, nous l’avions perdue ».

Le sentiment d’avoir, peut-être une petite dette ? Vis-à-vis d’un certain nombre de potes, aussi. Qui avaient connu cette période. Des résistants juifs, de sacrés combattants. Ils portaient de drôles de noms. Krasucki, Rappoport,  Jacob, Lederman, Nordmann. Il y en avait un qui s’appelait Armand Dimet. Son vrai nom, c’était Abraham Dimenstein. Je n’ai jamais osé lui demander pourquoi il l’avait changé.  Avec eux, et peut-être pour eux, on avait mené, et gagné le combat contre Faurisson. Une lutte politique, éditoriale, judiciaire, universitaire, et pour finir juridique contre « les assassins de la mémoire ». Les rendre eux et leur combat, qui n’est rien d’autre que la tentative d’absolution du nazisme dans sa part la plus épouvantable, infréquentables, oui, et pour finir condamnables[1. Nous parlons ici de l’adoption de la loi dites loi Gayssot qui fut le signataire, de la proposition de loi communiste à l’Assemblée nationale. Il aurait mieux valu qu’elle s’appelle loi Lederman, le sénateur communiste qui signa la proposition au Sénat. Cela aurait eu plus de sens qu’elle porte le nom de ce juif d’origine polonaise arrivé en France à 14 ans sans parler un mot de français, ancien résistant couvert de médailles et le meilleur orateur du Sénat tant qu’il y siégea. Ce texte, qui fut un aboutissement d’un combat politique, se voulait le dernier clou sur le cercueil du négationnisme français. Double échec : il a provoqué l’inflation stupide des lois mémorielles, et n’a pas empêché le retour de Faurisson sur scène sous les applaudissements. Il va falloir trouver autre chose.]. Je croyais que nous y étions parvenus. Eh bien non, le héros du jour les fait monter sur scène…

« Écoute, tu ne vas pas recommencer avec ton pathos sentimental et dépassé ! On te dit 14-18, tu fais l’appel aux morts. On te dit Front National fréquentable, tu réponds Vichy ! Et là, on te dit, liberté d’expression, lutte prioritaire contre le « système », Dieudonné, ce n’est que de l’humour et tu réponds négationnisme. Tu nous casses les pieds ! », m’oppose-t-on.

On a commencé par une petite chanson, on va terminer de la même façon. Alain Souchon cette fois-ci, grand pourvoyeur de petits cailloux. Je n’ai pas envie que mes enfants que j’ai emmerdés avec ces histoires (La liste de Schindler obligatoire à partir de 12 ans) fassent des quenelles en me chantant : « Tout ce que tu m’as dit vieux Bob Dylan maudit, tout ce que tu m’as dit, c’était menti … »

Non, c’était pas menti.

*Photo : MEUNIER AURELIEN/SIPA. 00672169_000001.

Le problème du multiculturalisme n’est pas « multi », mais « culturalisme »

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michele tribalat integration

michele tribalat integration

Daoud Boughezala.Les cinq rapports remis au Premier Ministre pour lancer la refondation de la politique d’intégration en favorisant l’émergence d’un « nous inclusif et solidaire » recommandent notamment d’autoriser le port du voile à l’école et de prohiber la « désignation » ethnique (ce qui ne faciliterait pas votre travail de démographe !). S’agit-il, pour le gouvernement, de courtiser les banlieues à quelques mois des municipales, ou d’affirmer une authentique préférence idéologique ?

Michèle Tribalat. Malgré son rétropédalage, le gouvernement croit sincèrement qu’il faut réformer la société d’accueil pour que les immigrés et leurs enfants s’y sentent mieux, sans qu’il leur soit demandé de s’y adapter. N’oublions pas que, dans un premier temps, M. Ayrault s’était félicité de la « grande qualité » (sic) de ces rapports.[access capability= »lire_inedits »] D’Aurélie Filippetti à Manuel Valls en passant par Michel Sapin et Cécile Duflot, pas moins de dix ministres ont été impliqués dans la mise en route des cinq groupes de travail dont les « relevés de conclusions » étaient censés servir de base à la rédaction d’un « document de stratégie gouvernementale ». Cette démarche a donc engagé l’ensemble du gouvernement et pas seulement Jean-Marc Ayrault, à qui l’on a fait porter le chapeau.

Mais François Hollande a immédiatement condamné les conclusions de ces rapports…

Je vois mal comment une entreprise de cette ampleur aurait pu être décidée sans l’aval du Président de la République. D’ailleurs, ces recommandations ne font qu’approfondir le rapport Tuot[1. Le rapport du conseiller d’État Thierry Tuot recommandait d’adapter la France à ses immigrés pour faciliter l’intégration. Voir « L’État mal conseillé », Malika Sorel, Causeur n°3, juin 2013.] remis le 11 février au Premier ministre.

Rédigé à l’été 2013, sans doute à Matignon, l’ordre de mission commun à ces cinq groupes mettait l’accent sur la lutte contre les discriminations et nous intimait de changer « de regard sur les personnes immigrées et leurs descendants, dans le sens d’une valorisation de l’enrichissement mutuel des citoyens ». Postulant que « les différences faites entre les citoyens, y compris ceux issus de l’immigration, sont le plus souvent le produit de contextes sociaux “made in France” et non “importés” », cette lettre de mission incitait à faire un « pas de côté » sur la politique d’intégration. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ces groupes d’experts l’ont fait avec enthousiasme !

Ce « pas de côté » pourrait passer par l’abandon du mot « intégration » lui-même, jugé excluant par ces experts. Et vous, vous continuez à vous arc-bouter sur l’assimilation dont plus personne ou presque ne veut. Cèderiez-vous à la tentation du déni de réel ?

Loin de s’y arc-bouter, tout mon livre décrit justement l’effondrement du modèle assimilationniste français. L’assimilation ne se décrète pas par des lois. C’est un processus qui résulte de la bonne volonté des nouveaux venus et de l’engagement du corps social avec l’approbation de ses élites. Même dans une société multiculturaliste, certains souhaitent s’assimiler et y réussissent !

C’est bien la preuve que la reconnaissance des identités culturelles ne nuit pas à l’intégration ! Or, on a parfois l’impression que le multiculturalisme est l’épouvantail des républicains…

Contrairement à des pays comme le Canada ou la Grande-Bretagne, la République française est porteuse d’une conception particulière du Bien. J’ai donc du mal à imaginer que les Français puissent se contenter d’une République procédurale entièrement fondée sur le droit. Dans les sociétés multiculturelles, l’État ne saurait exprimer une préférence culturelle. Qu’est-ce qui fait alors tenir ensemble individus et groupes particuliers pour former une collectivité ? La « diversité », répond Charles Taylor[2. Philosophe canadien favorable à une « politique de reconnaissance » des identités culturelles en démocratie.]. Pourtant, l’amour de la diversité culturelle ne va pas de soi. Après tout, chacun est en droit d’apprécier ou non telle ou telle culture. Pour promouvoir la diversité, l’État doit donc subventionner une propagande coûteuse qui empiète sur les libertés individuelles. Seulement, plus on valorise les différences, plus on encourage une certaine tendance à l’entre-soi propice à la fragmentation culturelle.

Au fond, quel est le problème : l’immigration massive ou l’islam ? Si les immigrés étaient en majorité animistes, chrétiens, ou bouddhistes, leur intégration à la société française serait-elle plus aisée ?

Aujourd’hui, les musulmans sont minoritaires parmi les immigrés et leurs enfants : 36 % en 2008 ! Mais leur visibilité accrue et leur concentration dans de grandes unités urbaines les font paraître plus nombreux. Cela dit, la croissance de leur nombre au cours des cinquante dernières années est bel et bien une réalité. Jusqu’au milieu du XXe siècle, nous avons accueilli une majorité de migrants chrétiens, juifs ou sans religion, comme le reste de la population. Ce qui a facilité leur assimilation qui, à l’époque, ne faisait pas débat !

Les immigrés musulmans seraient-ils inassimilables par nature ?

L’assimilation des enfants d’Algériens nés autour de 1960 a été facilitée par un défaut de transmission de l’islam dans la famille. Et c’est cette sécularisation qui a facilité les unions avec des « natifs au carré » (individus nés en France de deux parents nés en France). Mais cette sécularisation a reculé au fil des générations alors qu’elle s’approfondissait dans la société française. À l’avenir, la très forte transmission de l’islam et l’endogamie religieuse vont entraîner la raréfaction des mariages mixtes.

Tout n’est pas donc affaire de volonté politique ! À Montfermeil, le maire chrétien-démocrate  Xavier Lemoine, pourtant anti-immigrationniste convaincu, est contraint de proposer des menus en self-service à la cantine. Tout se passe comme si nos responsables politiques ne pouvaient plus qu’accompagner des mutations sur lesquelles ils n’ont pas prise…

Xavier Lemoine n’a pas été contraint de proposer un self-service. Il a choisi de le faire et il a eu raison ! Dans les cantines scolaires de Montfermeil, on n’oblige pas les enfants supposés musulmans à ne pas manger de porc. Cette solution me paraît bien meilleure que la formule retenue dans les écoles voisines de Clichy-sous-Bois, qui servent des repas végétariens pour avoir la paix. Il arrive que l’on décide, sur la seule foi d’un patronyme, qu’un enfant ne doit pas manger de porc, ou que l’on offre d’emblée à une femme enceinte la possibilité d’être suivie par un médecin femme. Bref, politiques et acteurs sociaux anticipent trop souvent les préférences communautaires avant même qu’elles ne s’expriment !

D’accord, mais si le modèle français est mort faute de combattants, que faire ?

Marquer sa différence avec les modèles multiculturalistes les plus outranciers qui ont une conception quasi écologique de la préservation culturelle, comme au Royaume-Uni avec ses tribunaux islamiques. D’après Ertiksen et Stjernfelt[3.  Les Pièges de la culture, MetisPresse, 2012.], le problème du multiculturalisme ne réside pas dans le préfixe « multi », mais bien dans « culturalisme ». La préservation de la différence et la célébration de la diversité sacrifient la liberté individuelle en négligeant les pressions qui s’exercent sur les individus à l’intérieur des groupes culturels et les pressions exercées en externe sur ceux qui n’en sont pas. C’est la ligne de front sur laquelle nous ne devons pas céder.[/access]

*Photo : 20 MINUTES/SIPA. 00655598_000005.

Séquestrations : les Goodyear ont raison!

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Au printemps 2009, je me suis exprimé ici même sur la question des séquestrations de cadres dirigeants par leurs salariés en colère. Comme il vaut mieux se répéter que se plagier, voilà ce que je disais il y a cinq ans et que je redis aujourd’hui :

« Les ouvriers qui séquestrent des patrons ou des cadres dirigeants ont-ils raison ? Oui, bien sûr.

Pour une raison simple : que diable pourraient-ils faire d’autre ? Voilà des gens qui normalement n’embêtent personne. Qui fabriquent des pneus, des cartes à puces ou des têtes de delco huit heures par jour. Qui sont payés 1200 euros net au bout de quinze ans d’ancienneté. Des gens qui le samedi bricolent dans leur pavillon et organisent des merguez-parties le dimanche, quand il fait beau, ou qui vont tenir un stand au vide-grenier du club de natation. En temps normal, on n’entend jamais parler d’eux, et ça leur convient parfaitement. Et puis un jour, un mec leur annonce que tout ça, c’est fini. Au mieux, on leur a préparé un plan social en béton. En clair un reclassement bidon, une formation bidon, un autre connard en costume qui vient leur expliquer comment ils peuvent se mettre à leur compte, monter une micro-entreprise de toilettage canin ou un gîte rural gay-friendly avant d’aller grossir les statistiques du RMI. »

Mon opinion n’a pas varié d’un iota depuis. Il est moins grave d’avoir à passer une nuit à l’usine qu’une vie au chômage. Et si vous pensez le contraire, je n’ai plus rien à vous dire…

Affaire Dieudonné : Manuel Valls, un homme responsable

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dieudonne valls antisemite

dieudonne valls antisemite

Dans l’affaire Dieudonné, on voit se lever un peu partout des bonnes âmes pour prendre la défense de « la liberté d’expression » et même du « droit imprescriptible à l’humour » et s’indigner qu’on interdise les spectacles de Dieudonné. Cette indignation visant principalement à mettre Manuel Valls sur la sellette.

Tout d’abord de quel « droit à l’expression » s’agit-il ? De quel « humour » parle-t-on ? A l’occasion des différents reportages effectués en caméra ou micro caché au théâtre de la Main d’or, on a pu relever :

– « Moi, tu vois, quand je l’entends parler, Patrick Cohen, j’me dis, tu vois, les chambres à gaz… Dommage ».

– « Entre les juifs et les nazis, je ne prends pas parti… je ne sais pas qui a commencé… C’est passé ! Qui a provoqué qui ? Qui a volé qui ? J’ai ma petite idée… »

– « Je ne dis pas que je ne serai jamais antisémite. Je me laisse cette possibilité, mais pour l’instant non. »

Arrêtons-là cette retranscription. Chacun sait et peut vérifier que Dieudonné est clairement antisémite dans sa forme la plus brutale, clairement négationniste (en témoigne son soutien ostentatoire à Faurisson) et visiblement méprisant avec les victimes de la shoah (cf. sa chanson, « Shoahnanas »). Comment peut-on dans ce cas et au vu des idées répandues par ce type, prétendre qu’il s’agit du droit à l’expression ? Alors qu’il s’agit clairement de propagation d’idées clairement interdites par la loi, d’injures publiques répétées et récurrentes.

Prenons, l’hypothèse inverse : imaginons que le gouvernement ne prenne aucune mesure contre Dieudonné et que de jeunes juifs, légitimement ulcérés, décident d’administrer une bonne correction (« méritée » – j’assume…) à Dieudonné et/ou à ses spectateurs. Le Gouvernement serait immédiatement mis en accusation pour n’avoir rien fait. Et on aurait raison. Car les spectacles de Dieudonné sont par leur incitation à la haine raciale une menace permanente contre l’ordre public qui ne peuvent pousser que des groupes communautaires à se dresser les uns contre les autres et à se faire justice eux-mêmes.

Le rôle de tout gouvernement est de mobiliser la Justice (les procureurs peuvent s’auto-saisir à la demande du Garde des sceaux) et l’administration pour maintenir l’ordre et mettre hors-jeu tous ceux qui nuisent à la paix civile. Dieudonné s’est mis hors-jeu. Il est désormais un ennemi de la société : par son atteinte au bon goût, au droit à la justice, au vivre ensemble, au respect humain, il s’érige en héros d’une contre-société, d’une contre-culture (symbolisée par le geste de la quenelle) qui foule au pied tout ce que l’idéal républicain essaie vaille que vaille de maintenir. Dieudonné est un danger public, la société doit le mettre hors d’état de nuire.

Mais Dieudonné est aussi un révélateur. On savait déjà toute l’admiration qu’il suscite dans les milieux musulmans les plus engagés : Dieudonné fait progresser à grands pas l’antisémitisme dans les banlieues. Mais il est aussi révélateur de la perte de repères de certaines élites qui s’érigent en gardiens de l’ordre moral : n’a-t-on pas entendu Edwy Plenel comparer l’interdiction des spectacles de Dieudonné par Manuel Valls au Patriot act américain. Ainsi donc interdire les injures publiques et un spectacle dégradant serait comparable à des mesures de privation de liberté prise hors droit ou aux enfermements aberrants de Guantanamo… On a connu Plenel plus éclairé. Le plus triste, c’est que ces parangons de la liberté donnent du grain à moudre à tous les Français qui renouent avec certains de leurs vieux démons. Il est pour le moins affolant de voir que 70% des lecteurs du Figaro sont contre l’interdiction de Dieudonné : est-ce au nom de la liberté d’expression (ce n’est pas leur tasse de thé habituelle), ou parce que beaucoup d’entre eux aiment bien ce qu’il raconte ? La question mérite d’être posée. 

Manuel Valls, est responsable de l’ordre public. En prenant des mesures d’interdiction contre Dieudonné, il a pris ses responsabilités. Toutes ses responsabilités. Il serait irresponsable de le lui reprocher.

 

*Photo : MEUNIER AURELIEN/SIPA. 00671407_000005.

Dieudo : fini de rire! Et si on pensait?

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soral dieudonne zemmour

soral dieudonne zemmour

Dégueulasse : il ne me vient pas d’autre mot, en tout cas pas de plus poli, pour qualifier la « une » du Nouvel Obs : sous le titre « La haine » (quel sens de la formule !), le magazine qui aime les listes épingle, à côté des trombines de Dieudonné et de son fournisseur d’idées pourries, Alain Soral, celle d’Eric Zemmour. Seulement, on voit les coutures : 5 minutes pour les antisémites, 5 minutes pour les « islamophobes », c’est la preuve qu’on est de gauche, non ? Rappelons qu’on n’a jamais entendu Zemmour, ni aucun « islamophobe » supposé, souhaiter la mort d’un seul musulman et encore moins déplorer qu’ils n’aient pas été exterminés. Il estime, comme 70 % des Français, que certaines expressions de l’islam sont incompatibles avec nos usages. On peut être d’accord ou pas. Mais en traçant un signe d’égalité entre ses opinions et la vision paranoïaque du monde de l’équipe Dieudonné-Soral, les flics du Nouvel Obs ne combattent pas les premières, ils légitiment la seconde. Les dieudonnistes se plaignent en boucle de ce qu’on pourrait insulter les musulmans, mais rien dire sur les Juifs. Bien sûr c’est faux : d’une part, la critique d’une religion n’a rien à voir avec la haine obsessionnelle d’un groupe humain, d’autre part nul n’oserait proférer que, quand il voit Dieudonné, il se dit que l’esclavage, bon finalement…­– et heureusement. Plutôt que de rappeler ces vérités, nos confrères montrent patte blanche : attention, on ne défend pas seulement les Juifs ! Le pire, c’est que cette saloperie (désolée, je n’ai toujours pas de mot plus poli) ne leur vaudra même pas de bonnes ventes.

Ce dégoûtant exercice de « deux poids-une mesure » a le mérite de nous rappeler que l’urgence n’est pas de désigner des coupables mais de comprendre ce qui nous arrive. Ce à quoi ne nous a guère aidé le défilé d’indignés de ces derniers jours, les uns favorables à la censure, les autres à la liberté, tous avec d’excellents arguments d’ailleurs. Et pourtant, c’est la question centrale: comment se fait-il que d’honnêtes citoyens, raisonnables, intégrés, diplômés, enseignants ou travaillant dans la com’, n’aient pas envie de se lever et de partir quand Dieudonné traîne Faurisson en pyjama rayé sur une scène ou quand il laisse entendre qu’il regrette les chambres à gaz ? Tous des  salauds et des antisémites ? Allons donc, ils sont, dit-on et disent-ils, « contre le système ». Oublions qu’il y a beaucoup de juifs dans ce système-là. Le problème, c’est que nous y voyons  une circonstance atténuante, comme s’il était forcément bon et intelligent d’être « contre le système ». Marine Le Pen est contre le système, Jean-Luc Mélenchon est contre le système, Anelka est  contre le système. Nous avons encouragé ou toléré cette rhétorique du ressentiment qui infuse l’idée que les « riches » sont haïssables (sauf quand ils sont humoristes professionnels ou footballeurs) et qu’il y a des salauds derrière les malheurs de chacun. Ajoutez le complotisme ambiant et des tas de gens bien sous tous rapports finissent par croire que le réel c’est ce qu’on nous cache, et la vérité, ce qu’on nous interdit de dire. Au lieu de nous émerveiller quand des pseudo-sociologues déclarent la guerre aux « riches » ou qu’un responsable politique réclame un « coup de balai », nous devrions démonter sans relâche la faiblesse des slogans creux et des ritournelles binaires. Il est vrai que, si la progression du dieudonnisme dans des milieux supposément cultivés est l’un des symptômes les plus préoccupants de la catastrophe scolaire et de la dégradation du débat intellectuel, c’est loin d’être le seul.

Pour autant, on ne répondra pas à l’indigne « Dieudonné-Zemmour même combat ! » du Nouvel Obs par un stupide « Dieudonné-Mélenchon même combat ! » Le patron du Front de gauche n’est évidemment pas suspect d’antisémitisme ou de négationnisme. N’empêche, cet homme cultivé contribue à propager une vision simpliste du monde : qu’ils s’en aillent tous et tout ira bien ! Il ne devrait pas. En tout cas, l’indulgence générale pour ces argumentations indigentes qui divisent le monde entre exploités et exploiteurs, bons et méchants, victimes et bourreaux, a laissé le champ libre à toutes sortes de sottises. Applaudir Dieudonné quand on est du côté des opprimés mais qu’on a un boulot et un plan d’épargne-logement, c’est comme lire Stéphane Hessel : une façon de se racheter, de subir la domination par procuration. On achète ses indulgences en ricanant contre le système avant d’aller faire la queue devant l’Apple store.

Le refus généralisé d’affronter la complexité du monde a partie liée avec le triomphe des prêchi-prêcheurs et de leur fausse morale – comme Marx parle de fausse conscience. Et quand la morale est partout, elle n’est nulle part. Le débat public devient un champ d’interdits qui peuvent vous sauter à la figure et ne frappent pas seulement des opinions que nous jugeons tous insoutenables, mais tout point de vue contrevenant à ce que Jean-Pierre Le Goff appelle le « gauchisme culturel », idéologie dominante, en tout cas dans les médias, propagée avec zèle par la gauche « terranoviste », multicul et libérée (ou en passe de l’être) de l’antique différence des sexes. Or le « politiquement correct » appelle le « politiquement incorrect », la transgression radicale. Quand il y a des vaches sacrées à tous les coins de rue, rien n’est sacré. Pour épater le bourgeois et éprouver le frisson du mal il faut aller aux extrêmes – en l’occurrence à Auschwitz si l’on peut dire. En somme, c’est la double-peine : nous vivons à la fois sous le règne d’une censure intellectuellement étouffante et à l’âge « la libération de la parole » – et pas de la plus reluisante.

Il faudrait aussi, pour finir, interroger les stratégies de lutte contre l’antisémitisme tendance négationniste. La loi Gayssot prétendait neutraliser Faurisson : 25 ans plus tard, on a M’bala M’bala. Autrement dit, non seulement, ça n’a pas marché mais ça a sans doute aggravé les choses, d’une part en lançant la funeste compétition des victimes, de l’autre en nourrissant l’idée que les Juifs bénéficiaient d’un privilège, preuve de leur puissance. Trente années de « devoir de mémoire », d’effroi, et de religiosité autour d’Auschwitz n’ont pas non plus fait reculer l’antisémitisme, qui s’est au contraire déployé sous une forme nouvelle, c’est-à-dire, en l’espèce, arabo-musulmane et post-coloniale. En réalité, en décrétant « l’unicité »  de la Shoah, voire en accusant d’antisémitisme ceux qui osaient la contester, on a alimenté un déplorable  « palmarès du malheur ». Que l’extermination des Juifs soit un séisme dans l’histoire et la conscience européennes n’aurait pas dû en faire un objet de culte. Parmi les lycéens qui applaudissent Dieudonné, beaucoup ont dû visiter le mémorial de la Shoah. Il faut croire que l’effroi et la vénération ne suffisent pas à faire transmission.

Face à un phénomène complexe, ambigu et angoissant, certitudes et affirmations péremptoires ne sont pas d’une grande aide. Condamnations outrées et trémolos non plus. Peut-être faut-il aller au contact, se bagarrer pied à pied, et même, n’en déplaise à notre ami Alain Finkielkraut, opposer l’humour au ricanement. En tout cas, il est temps de parler aux spectateurs de Dieudonné. Il teste nos limites : à nous de montrer que nous sommes les plus forts, c’est-à-dire les plus intelligents. En supposant que nous le soyons.

Le président : du socialisme à la gauche gnangnan

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francois-hollande-drapeau

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Le président de la République a quitté le socialisme et on peut dire aussi que le socialisme l’a quitté. Tant mieux.

J’admets que ses récents voeux n’ont pas constitué un tournant mais qu’ils ont amplifié sa vision social-démocrate en matière d’économie, de finance, de réduction des déficits et et de lutte contre les abus de la Sécurité sociale au point de combler d’aise tous ceux qui attendaient, espéraient de lui lucidité et pragmatisme. Il a si bien réussi son évolution que son discours a laissé sans réaction ses opposants classiques (Le Monde).

Mais il ne saura jamais totalement accomplir une mue qui le ferait ne plus se reconnaître. Il a besoin de gauche quelque part. Tant pis.

Sous le poids accablant de la réalité, il a déserté le socialisme pour cultiver chaque jour davantage son ersatz médiocre : la gauche gnangnan.

Il y a en effet une certaine manière d’évoquer en permanence les principes et les valeurs, qui révèle plus une impuissance qu’une force. Non plus une lumière qui inspire et éclaire l’action et la politique mais une sorte de substitut bâtard à leur insuffisance.

Quoi qu’on pense du mariage pour tous et même si cette loi résultait d’un engagement présidentiel, cela a commencé avec ce bouleversement. On a fait plaisir aux homosexuels qui tous ne le réclamaient pas. Le sentiment plus que la nécessité.

La pitoyable gestion de l’affaire Leonarda où le président, à cause de la maladresse d’une proximité démagogique, s’est et a été ridiculisé. Le coeur dévoyé.

Le discours exigeant obstinément intransigeance, inflexibilité et vigilance, non pas à l’encontre de la délinquance et de la criminalité ordinaires, immédiates et ostensibles mais dans la seule lutte contre le racisme et l’antisémitisme. On a pu constater à quel point ses instructions de fermeté aux préfets dans ce domaine ont déteint sur les gardes à vue au quotidien puisque deux lycéens, pour un montage avec le geste de la quenelle, sur plainte d’un professeur au nom de rien de moins qu’apologie de crime contre l’humanité !, se sont retrouvés peu de temps dans cette situation contraignante. Nous ne sommes plus dans l’état de droit mais dans l’état grotesque. Le totalitarisme de la bonne conscience.

Le soutien dangereux sans cesse octroyé à sa garde des Sceaux sans tenir compte de la substance infiniment mince de son bilan ministériel mais par égard pour une personnalité qui le fait tomber dans des abîmes de ravissement authentique ou feint. Qu’on se souvienne de leur équipée qui les a rendus si satisfaits d’eux-mêmes en Guyane. La sensibilité dénaturée.

L’indifférence à l’égard des provocations et outrages qui ne concernent pas le champ strict de ses indignations idéologiques. On peut laisser profaner les églises et uriner sur les autels par les Femen qui créent, elles, un si petit trouble, et sans doute tellement compréhensible ! L’émotion récusée.

Cela va continuer. Et de plus en plus. Nous allons payer chèrement, là, la rançon de sa sagesse ici. Il va nous enivrer de gauche gnangnan pour se consoler de l’éloignement du socialisme. Il ferait beau voir que le réel imposât sa loi partout !

Surtout, qu’on ne se méprenne pas. Personne ne l’oblige à faire preuve de ces dispositions moralisatrices, comme si le progressisme n’avait le choix qu’entre se trahir ou se caricaturer. Que je sache, un Pierre Joxe, avant qu’il devienne avocat, authentiquement socialiste, était aux antipodes de la gauche gnangnan. Ce qui pourrait distinguer une certaine rigueur de droite et de gauche est que précisément la rectitude affichée par cette dernière devrait résister aux facilités, ne pas tomber dans l’humanisme abstrait, confortable et verbal mais s’en prendre à tout ce qui déchire effectivement notre société. Il faut plus de courage pour tenir ferme l’état de droit – et moins de sensiblerie affectée.

Je crains que nous ne puissions, pour ceux qui l’ont fait élire, jamais totalement féliciter François Hollande. Certes, le socialisme n’est plus qu’une nostalgie pour lui. Mais la gauche gnangnan fait des dégâts. Rien de plus dévastateur qu’une sensibilité mal placée au sommet de l’Etat.

Le tournant à applaudir serait celui qui le conduirait encore un peu plus loin. Encore un effort, un abandon, et il pourrait devenir le président réaliste de tous les Français.

*Photo:WITT/SIPA.00672567_000005

Affaire Dieudonné : l’antidote, c’est Django !

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Je l’ai trouvé, le moyen de prémunir les jeunes esprits contre la thèse de fond de M’Bala M’Bala sur les chambres à gaz, selon laquelle les Juifs veulent avoir le monopole de la souffrance alors qu’ils ont été les premiers profiteurs de l’esclavage des Noirs.

Inutile d’opposer à ce délire la position prise par Christiane Taubira, qu’il serait difficile de ranger dans le camp des négriers.

Inutile aussi de rappeler qu’en d’Afrique du Sud comme aux Etats-Unis, les Juifs ont été à la pointe du combat des Blancs pour les droits des Noirs.

Oui, il est inutile de raisonner face à la jouissance donnée par la désinhibition de la haine rentrée.

Quoi de plus jouissif sur le mode profanateur, que de pouvoir retourner en haine la compassion qu’on vous a imposée envers les victimes juives des nazis?

Bergson avait cru que le rire était du mécanique plaqué sur du vivant. Il ne savait pas que ce serait un jour du mécanique plaqué sur des millions de morts. Il faut dire que Bergson était juif, et qu’il a voulu le rester en 1940, quoique de conviction catholique, face aux persécutions. Sans doute, dirait M’Bala M’Bala, était-ce pour pouvoir se présenter plus tard en victime, tirer toute la souffrance à lui, et faire oublier l’esclavage des Noirs.

Laissons donc de côté les arguments rationnels.

Il faut opposer au rire ignoble un rire de qualité supérieure, et faire confiance au public.

Pour prémunir les jeunes cerveaux qui seraient incités à croire qu’ils doivent choisir entre les Juifs exterminés et les Noirs vendus comme esclaves, il faut leur donner à voir les deux derniers films de Tarantino : Inglorious basterds et Django unchained.

C’est le même réalisateur qui fait monter au maximum chez le spectateur l’envie de tuer les nazis antisémites et les esclavagistes de Noirs. Et qui leur donne ce plaisir, à profusion.

Tarantino est tellement génial dans son genre que dans Django unchained, c’est un délicieux Allemand qui déclenche le feu de Dieu contre le plus ignoble des  esclavagistes.

Les deux films font ressentir que Juifs et Noirs sont les victimes des salauds de l’Histoire, et qu’il est pervers de vouloir les opposer.

Je parie tout ce qu’on voudra  que M’Bala M’Bala, n’essaiera même pas de faire ricaner son public contre ces deux films de Tarantino qui le mettent KO.