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Qui veut la peau du Président?

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hollande gilles bouleau

Notre Président de la République, pour fêter une mi-mandat sans grandeur, nous a gratifié hier d’un spectacle d’une infinie tristesse. Nos interrogations, de plus en plus criantes, concernaient jusqu’ici l’étoffe, la stature de François Hollande et sa capacité à incarner un chef d’Etat, à conduire le pays vers un destin dont il aurait une vision. Alors qu’une réponse claire a été donnée hier sur le sujet, on s’interroge maintenant sur les trahisons dont il est victime dans sa garde rapprochée. Jusqu’ici, la déloyauté à sa personne était l’apanage des ministres qu’il avait peine à choisir adroitement. Depuis la sombre démonstration d’hier, on est en droit de se demander quelles sont ses éminences grises qui veulent sa peau ?

Car enfin, qui donc a pu conseiller au président pareil format pour son intervention de la dernière chance ? On nous dit qu’il s’agit d’une concertation entre la chaine et l’Elysée. Cette émission tantôt reality-show pseudo-psychologique, tantôt compassionnelle, tantôt défensive est l’exact contraire de ce qui aurait pu donner un peu de souffle à la fonction de ce personnage falot.

Tour à tour triste sire acculé à se justifier, représentant de commerce ou agent d’administration auprès de français soucieux –à juste titre- de leur situation personnelle, puis élu lambda bafouillant sous le feu des questions de Gilles Bouleau et Yves Calvi, le Président de la République n’a fait que brouiller un peu plus l’écoute…

La première partie de l’émission, supposée restaurer l’empathie pour l’homme Hollande ne nous a rien appris, sinon qu’il est fuyant. Alors qu’il connaissait la règle du jeu, il n’a cessé d’éviter les questions personnelles qui manifestement l’embarrassaient. Des histoires de cravates, de frites et de scooter sans intérêt pour les français, mais qui le gênent au point qu’il en bredouille. A plusieurs reprises, Thierry Demaizière tente de rediriger l’interview … en pure perte.

Séquence suivante, Hollande est exécutant de la mission locale pour l’emploi ou inspecteur d’académie selon les besoins du casting. Et c’est malheureusement là qu’on le sent le plus à sa place.

Je me souviens d’un directeur d’école sans charisme dont les élèves avaient remarqué le peu d’enthousiasme pour la dimension sociale de sa fonction. Lors d’une sortie scolaire, ce même directeur, vêtu d’un survêtement du meilleur effet, avait fait la distribution de sandwiches aux enfants. L’un d’eux avait alors remarqué « c’est amusant, le Directeur, on dirait qu’il n’est content que quand il distribue les sandwiches ». Pourquoi cette anecdote m’est-elle revenue hier soir, en regardant notre président se transformer en agent Pôle emploi ? Peut-être parce qu’il avait quelques sandwiches dans sa besace : un obscur et énième contrat aidé pour Madame, quelques tablettes pour sauver un collège en zone rurale et un nébuleux service civique pour les jeunes en mal d’emploi. « Tout cela coûte très cher », intervient Gilles Bouleau « non ça ne coûte rien, c’est l’Etat qui paie !».

Après cette leçon d’économie, la suite est du même acabit. On baille ! Le chef de l’Etat s’insurge contre la lenteur d’application des décisions –mais qui est aux manettes ?- ou encore s’étonne : « quels pays ? », quand les journalistes évoquent ceux qui font mieux que nous en matière de réformes et de perspectives économiques et dont nous pourrions nous inspirer. Enfin il promet, certifie, affirme, jure que nul dispositif fiscal ne viendra s’ajouter au tas l’an prochain. Un petit message d’espoir avant l’extinction des feux ? La pensée magique n’a pas déserté le Président. L’inversion de la courbe du chômage est encore dans le tuyau… question de timing ! Bonne nuit les petits !

Résumons-nous : Ses conseillers auraient du l’orienter vers la solennité, le long-terme et le dessein de la France, ils l’ont attiré dans un traquenard plus bas que terre. On attendait qu’il prenne de la hauteur, il « se cramponne » à l’ornière qu’il a creusée avec détermination depuis deux ans et demi. La solidité des institutions le permet, il se maintiendra en expédiant les affaires courantes, sans projet ni ambition pour la France.

Cette émission a tout changé. Elle a ajouté à la colère contre l’amateurisme et l’attentisme, l’inquiétude, l’écœurement, la tristesse et la résignation.

*Photo : WITT/SIPA. 00697412_000017. 

Bourdieu a créé l’école qu’il dénonçait

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bellamy bourdieu ecole

Eugénie Bastié. Dans votre livre Les déshérités (Plon, 2014), vous accusez Descartes, Rousseau et Bourdieu d’être responsables de la destruction de la transmission. Pourquoi incriminez-vous ces trois grands auteurs ?

François-Xavier Bellamy. Il s’agit moins d’un réquisitoire que d’une tentative d’explication. Notre formation à l’IUFM a été marquée par une incantation : «Vous n’avez rien à transmettre. » Avec un peu de recul, j’ai voulu faire la généalogie de cette idéologie diffuse du refus de la transmission, qu’on retrouve à tous les niveaux de la société. Venant d’horizons intellectuels différents, ces trois auteurs canoniques sont à la source de cet écho. Leur première caractéristique commune, c’est, me semble-t-il, le refus de reconnaître une légitimité à ce qu’ils avaient reçu. Pour Descartes, par exemple, la transmission détourne l’esprit de la clarté de la vérité, qui ne peut venir que du solipsime : il faut déconstruire la culture que l’on a reçue pour fonder sur sa propre raison un savoir certain. Rousseau inaugure l’opposition entre l’authenticité et l’éducation, qui nous empêche d’être nous-mêmes. Quant à Bourdieu, il décrit l’école comme l’outil d’une ségrégation sociale, lui qui avait pourtant reçu d’elle le moyen de son émancipation…

En quoi Bourdieu est-il particulièrement coupable ?

Bourdieu a produit, au nom même de l’égalité, l’école la plus inégalitaire qui soit. A partir du moment où l’on interdit à l’école de transmettre la culture, au motif qu’elle est discriminatoire, on rend l’origine sociale des élèves plus déterminante que jamais. Puisque le savoir n’est pas transmis à l’école, seuls seront sauvés ceux qui le reçoivent dans leur famille… La dernière enquête PISA, en 2013, a montré que nous avons désormais le système scolaire le plus inégalitaire des pays de l’OCDE, celui qui conserve le plus les inégalités sociales d’origine. Bourdieu a produit le système scolaire qu’il dénonçait.

Sur une radio, on pouvait entendre Jamel Debbouze dire qu’il faudrait faire de l’improvisation théâtrale à l’école plutôt que de lire Molière, qui est trop compliqué…

L’exemple de Jamel Debbouze est très intéressant : l’improvisation consiste justement à identifier la liberté à la spontanéité, la créativité à ce qui sort immédiatement de l’intuition immédiate. Au contraire, lire un auteur suppose de prendre d’abord le temps de l’écoute.

Mais tout l’art de la pédagogie ne consiste-t-il pas à se mettre au niveau de l’enfant ?

« Eduquer », ex-ducere, signifie « conduire hors de » : le pari de l’éducation consiste justement à affirmer que chacun de nous est capable de connaître ou de faire ce qu’il ne sait pas encore. Cela suppose de l’élever jusqu’à ses propres capacités, non pas de le prendre « tel qu’il est », mais tel qu’il pourrait être. La logique qui consiste à se mettre à la hauteur de l’enfant est la logique anti-éducative par excellence, c’est la vision rousseauiste qui voudrait « laisser » l’enfant s’épanouir dans son état naturel. Or, le propre de notre expérience humaine, c’est  que nous ne sommes pas immédiatement nous-mêmes : on se trouve quand on se dépasse. Notre nature s’accomplit par la rencontre avec l’effort de la culture. Le mystère qui constitue l’éducation, c’est que, pour reprendre le mot de Pascal, « l’homme passe infiniment l’homme. »

Oui mais certains élèves semblent tellement plongés dans un ghetto d’acculturation qu’il semble qu’il faille faire certains efforts de simplification pour les en sortir…

Mais non, les élèves n’attendent rien d’autre qu’une occasion de se dépasser ! Quand nous décidons de nous mettre à leur niveau, ils s’ennuient mortellement. Cette époque qui trouve que la culture est trop difficile adule les sports extrêmes, tout ce qui nous donne l’occasion de vaincre nos limites pour mieux nous retrouver. Tous les enseignants qui ont réussi dans les quartiers difficiles ont commencé par proposer une vraie  exigence. Prenez l’exemple d’Augustin d’Humières, qui fait jouer des tragédies grecques à ses élèves de banlieue…

Dans Petite Poucette, essai où il fait l’éloge du numérique, Michel Serres écrit «Le but de l’enseignement était de transmettre les savoirs? Eh bien voilà, c’est fait!». Internet ne rend-il pas obsolète la transmission?

Ce nouveau lieu commun repose sur une vision complètement erronée de la culture, conçue comme empilement de savoirs ; puisque ces savoirs sont stockés pour nous dans les serveurs d’Internet, nous n’aurions dès lors plus rien besoin d’apprendre. Mais cette conception est absurde : s’approprier un vocabulaire étendu n’est pas la même chose que pouvoir le chercher dans un dictionnaire. Apprendre un poème, ce n’est pas la même chose que le trouver sur internet. Connaître les grands moments de l’histoire de son pays par cœur, c’est ancrer dans son cœur, dans son intériorité, des repères pour se situer dans l’histoire.

Il n’est pas certain que le numérique ait sa place à l’école, car il est précisément ce que l’on n’a pas besoin d’apprendre en soi : c’est le règne de l’intuition pure. La pédagogie du numérique est d’ailleurs complètement absurde : on voit des adultes s’échiner à faire passer des « attestations de compétences » en informatique à des adolescents qui en savent beaucoup plus qu’eux sur le sujet… L’éducation nationale, qui d’habitude montre plus de réticences à l’égard des entreprises privées, se fait la commerciale des multinationales du numérique pour acheter tablettes et tableaux numériques. Mais au rebours de cette fausse modernité, dans la Silicon Valley, les ingénieurs de Google et d’Apple mettent leurs enfants dans des « écoles déconnectées » : eux savent très bien que, pour bien se servir des écrans, il faut déjà avoir appris à lire, et à se concentrer.

Vous vous êtes opposé à l’introduction des ABCD de l’égalité à l’école. En quoi l’idéologie du genre est-elle l’aboutissement de ce processus de refus de la transmission ?

Plus que le culte de l’égalité,  l’autre point commun qui réunit les trois auteurs que j’ai explorés, c’est une même tension vers l’indifférenciation. Descartes est le premier à avoir formulé l’idée de la liberté d’indifférence : pour les modernes, être libre, c’est être indéterminé. L’idéal de Rousseau, c’est l’indifférence heureuse, dans laquelle vit l’homme de l’état de nature. Et Bourdieu est le grand détracteur de la distinction, mécanisme coupable de ségrégation sociale. L’idéologie du genre s’inscrit dans cette dynamique d’indifférenciation. C’est le même projet d’une liberté et d’une égalité absolues qui nous a fait déconstruire la culture, et qui veut maintenant nous faire déconstruire la nature.

Certes, mais n’est-il pas louable d’éduquer les enfants à l’égalité homme/femmes ?

Il est juste d’apprendre aux enfants à apprivoiser la différence des sexes. Mais je ne crois pas que ce soit en organisant des ateliers sur le genre que l’école parviendra à lutter contre le sexisme… Si l’école peut éduquer les enfants, c’est par les sciences, la littérature, l’art, la fréquentation de l’histoire. Quand on a appris la vie de Jeanne d’Arc et les travaux de Marie Curie, on ne peut plus penser que les femmes sont inférieures aux hommes. Et quand on a appris les poèmes de Ronsard et de Verlaine, comment peut-on entretenir le règne permanent de l’insulte et de la vulgarité auquel la vie sociale semble trop souvent réduite ?

Le drame de l’école aujourd’hui, c’est qu’elle a pour obsession d’apprendre aux enfants le geste de la déconstruction, avant même de leur avoir transmis un héritage qui puisse constituer leur liberté.

Mais plus généralement, l’école doit-elle être le lieu de l’éducation ? Est-ce son rôle de forger des êtres complets ? Ne devrait-t-elle pas se limiter à donner une instruction ?

L’école est un lieu d’éducation parmi d’autres, et elle a pour moyen spécifique l’instruction. On oppose couramment ces deux actes, qui sont pourtant essentiellement liés : le grand paradoxe aujourd’hui, c’est que l’école voudrait éduquer sans instruire, sans transmettre. Mais de la même opposition absurde naît le discours utilitariste qui voudrait que l’école soit là, non pour éduquer, mais seulement pour donner des « outils », un « bagage » pour s’en sortir dans la vie.

Dans L’enseignement de l’ignorance, Jean-Claude Michéa affirme que droite libérale et gauche libertaire se sont donné la main pour détruire l’école. Le pédagogisme bourdieusien et l’idéologie managériale seraient la même face d’un refus de la transmission.

Bourdieu le dit lui-même : la seule éducation juste est une pédagogie rationelle, toute entière tournée vers la vie professionnelle, qui ne préparerait les élèves qu’à la lutte pour le combat économique. Le marxiste Bourdieu rejoint ici une droite obsédée par l’économique, qui n’a de l’éducation qu’une vision purement marchande.

Ceux qui fustigent l’école telle qu’elle est devenue ont souvent en tête le modèle d’une école républicaine avec ses hussards noirs et sa méritocratie. Cette nostalgie ne relève-t-elle pas du fantasme?

Le fantasme est plutôt chez ceux qui célèbrent les vertus de l’école à la suédoise, qui regrette aujourd’hui d’avoir dissous toute transmission dans son obsession égalitariste. Il y a quelques décennies, la France a construit un modèle scolaire qui a inspiré le monde entier. On a le droit d’avoir la nostalgie d’un miracle que nous n’arrivons plus à accomplir – celui de l’unité d’un pays autour d’une culture transmise à tous comme un gage à la fois d’unité et de liberté. L’école de la Troisième République avait d’ailleurs affaire à une France incroyablement plus morcelée qu’aujourd’hui, entre la variété des patois et l’antagonisme très vif des traditions politiques et religieuses.

Question bonus : si vous étiez à la place de Najat-Vallaud Belkacem, quelles mesures urgentes prendriez-vous?

Il y a tellement des choses à faire… Le salut de l’éducation nationale ne viendra pas d’abord de mesures, mais d’une parole, qui puisse redonner son sens à l’acte de l’enseignement. Les enseignants ont été formés dans l’idée qu’un bon prof est un prof mort, qui renonce à transmettre pour laisser l’élève être lui-même. Il faut leur redire aujourd’hui que leur mission est belle, et que la liberté de leurs élèves naîtra de ce qu’ils leur transmettront. Il faut arrêter de polluer les débats éducatifs avec les obsessions du moment, les ABCD de l’égalité ou les rythmes scolaires, et se recentrer sur nos missions fondamentales : apprendre à lire, compter, écrire. De ce fait, la première mesure concrète à prendre serait de lancer une vraie étude comparative sur les méthodes de lecture qui fonctionnent et celles qui ne fonctionnent pas, pour redonner au moins à chaque élève la chance d’apprendre vraiment à lire dans nos salles de classe. Une décision aussi simple serait un bouleversement profond, et c’est de cela que nous avons besoin pour sauver la possibilité même d’une société pour demain.

François-Xavier Bellamy, Les déshérités, Plon, 2014.

*Photo : BALTEL/SIPA. 00644436_000023.

La guerre des djihads

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Ben Laden et son successeur, Ayman al-Zawihiri prêchaient la guerre de tous les musulmans réunis contre le Grand Satan occidental. Sans chercher à construire leur propre État, ils ont privilégié la lutte clandestine et les attentats de grande ampleur plutôt que le combat contre les chiites. Même en Afghanistan, Ben Laden n’a jamais vraiment eu l’ambition de revêtir l’habit d’un petit calife régnant sur un bout de territoire, au contraire d’Abou Bakr al-Baghdadi. Ce dernier, mû par sa haine des chiites, cherche d’abord à se construire, en Mésopotamie, un nouveau califat. Stratégie régionale contre stratégie globale, stratégie conventionnelle contre stratégie terroriste. Ben Laden a parcouru le monde, de refuge en refuge, il a essaimé des filiales qui sous-traitaient ses activités dans des conflits locaux comme l’Irak. C’est là qu’Al-Baghdadi, un de ses vassaux et potentat local, a patiemment tissé sa toile autour de son fief. Jusqu’à s’autoproclamer en juin « calife Ibrahim, successeur de Mahomet » – le mot arabe khalife signifiant « successeur » du Prophète. Exit Al-Qaïda, à lui le pouvoir.

Le succès d’al-Baghdadi commence à la mort de Ben Laden et atteint son apogée au cours de cette retentissante proclamation à la mosquée de Mossoul. C’est autant par ses talents de communicant que par ses succès militaires qu’il a évincé Al-Qaïda de la tête du djihadisme international. Les États-Unis et une bonne partie de la « communauté internationale », en déclarant la guerre à l’État islamique, ont fini de légitimer al-Baghdadi et de ringardiser al-Zawahiri comme le représentant mondial de l’islam radical.

De plus en plus de petits groupes armés et de djihadistes européens font allégeance au calife de Mossoul, séduits par la violence de son discours et le spectacle des exécutions sommaires. Pas plus tard que la semaine dernière, deux chefs importants d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), sur fond de rivalités locales, ont annoncé faire sécession pour rejoindre l’EI. Au point qu’al-Zawahiri donne le sentiment de perdre progressivement le contrôle de ses troupes. Le chrirugien égyptien, intellectuel dont l’aura a grandi dans l’ombre de Ben Laden, n’a jamais réussi à s’imposer aux autres chefs de guerre. La gloire du djihad se gagne sur le terrain, par l’épée, pas dans les livres. Or aucun attentat de grande ampleur n’a pu être revendiqué par al-Zawahiri. C’est d’ailleurs contre Al-Qaïda lui même, par l’exécution sauvage de centaines de combattants d’Al-Nosra (Al-Qaïda en Syrie), qu’al-Bagdhadi s’est taillé son royaume barbare, à cheval sur la Syrie et l’Irak. Il y a donc fort à parier qu’Al-Qaida ne survive pas au souvenir de Ben Laden et ploie devant l’émergence de la nouvelle vedette du djihad.

Néanmoins, le calife de Mossoul pourrait être contraint de revoir son agenda régional s’il acceptait le renfort des djihadistes du monde entier. Et puisque les Américains et toute la région le recherchent activement, son ambition de créer un État islamique au grand jour pourrait se voir remise en question. S’il veut poursuivre son épopée de boucher du Moyen-Orient, al-Baghdadi devra sans doute se tourner vers une stratégie à la Ben Laden, globale et clandestine. Et renoncer à sa propre ambition régionale.

 *Photo : wikimedia.

Nabilla vole la vedette à François

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Pour des millions de Français, c’est la seule info à retenir de la soirée du 6 novembre. D’après RTL, puis l’AFP, Nabilla Benattia a été placée en garde à vue dans cette nuit, soupçonnée d’avoir poignardé à plusieurs reprises son compagnon, Thomas Vergara. L’info aurait été semble-t-il corroborée par les services de police.

« Vers 2 h 30, nous dit LePoint.fr, les pompiers ont été appelés dans une chambre d’hôtel de l’île Seguin à la suite d’une grosse dispute du couple. Thomas Vergara, qui avait rencontré Nabilla lors de l’émission Les Anges de la télé-réalité, présentait plusieurs blessures par arme blanche au thorax. »

Toujours d’après des sources bien informées, la victime, bien que sérieusement blessée,  ne souhaite pas pour l’instant porter plainte. Une attitude compassionnelle qui ne suffit pas à enrayer, rappelons-le, une éventuelle action judiciaire.

Si à chaque fois qu’on n’est pas d’accord sur le meilleur interprète des Suites pour violoncelle seul ou sur le sens réel de la scène finale de 2001, l’Odyssée de l’espace, le différend se règle à coup de couteau, on n’est pas sorti du lac.

À propos de lac, il se trouve que Mlle Benattia est ressortissante suisse. Si les faits qu’on lui reproche sont avérés, n’y a-t-il point dans les tréfonds de notre arsenal judiciaire une loi permettant de la renvoyer dans son pays ?

 

Ne jetons pas Zemmour avec l’eau de Vichy!

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zemmour vichy valls

« Éric Zemmour ne mérite pas qu’on le lise.» Si je n’avais pas eu d’autres raisons de lire Le Suicide français, cette déclaration de Manuel Valls m’aurait suffi. D’abord, comme pas mal de mes concitoyens, je pense spontanément qu’un livre frappé d’interdit doit être rudement intéressant. Et puis, j’aime bien me faire ma petite opinion, et pour ça, il n’est pas mauvais de « frotter sa cervelle à celle d’austruy », comme le suggérait Montaigne. C’est peut-être une perversion : j’aime lire (et parler) en m’opposant, en formulant des objections, en cherchant les failles. On peut le faire avec soi-même quand on n’a pas mieux sous la main, avec un partenaire sélectionné sur affinités électives. Mais il est plus sportif d’avoir un interlocuteur dont les idées vous agacent, vous enragent, et parfois vous horrifient. À Causeur, on trouve que le monde est plus amusant avec les idées des autres. Même avec celles d’Éric Zemmour – et, pour certains que je ne dénoncerai pas, surtout avec elles.

Or, avec une seule phrase, glaçante, le Premier ministre a tout dit de la conception strictement contraire qu’une certaine gauche a du débat intellectuel. C’est très simple : quand on n’est pas d’accord, on ne cause pas, on cogne. Question méthodes, on peut puiser dans un riche héritage. Dénonciation, calomnie, disqualification morale, citations manipulatoires, lynchage en boucle et en meute, appels publics à l’exclusion professionnelle – et j’en passe sans doute : contre ceux qui s’écartent des opinions admises (comprenez admises par les détenteurs du pouvoir culturel), tout est permis. Tout sauf les lire et les discuter. Des fois que ce serait contagieux. Et puis c’est fatigant. Comme l’a proclamé la nouvelle directrice de France Inter dans une sorte d’autocritique stalinienne, il ne faut pas aller « trop loin dans la prise de tête ». Tout point de vue déviant est donc haché menu pour ressortir sous forme de quelques mots-clefs brandis pour tuer. « Assimilationniste » (et désormais « laïque ») est traduit par « raciste », « hostile au mariage gay » par « homophobe », « conservateur » par « rance » ou « moisi » et « nostalgique » par « réac », « facho », voire « nazi » les grands jours. Il est vrai que les frontières sont parfois ténues et que n’importe qui peut insensiblement dévier de la critique ou même de la détestation de l’islam (désagréable mais autorisée), à celle des musulmans (illégale et moralement condamnable). De toute façon, les nuances et les distinctions n’intéressent guère les prêcheurs déguisés en journalistes et les chasseurs de sorcières auto-promus intellectuels. Alors, quand l’accusé du jour, consciemment ou pas, joue avec la limite, s’amusant de leur jeter au visage une grenade dégoupillée appelée « Vichy », ils ne se sentent plus de joie. « Zemmour était un agent lepéniste. Le voici avocat des collabos », exulte Laurent Joffrin dans Libération.

Désolée pour les plumitifs qui fourbissent déjà leurs injures, mais à Causeur, nous avons tous été consternés par le court chapitre du Suicide français consacré à Vichy. L’invocation du Vel’ d’Hiv à tout bout de champ nous ulcère autant que Zemmour. Et on ne l’avait pas attendu pour savoir que la France, « éternellement pétaino-moisie », pour une partie de ses élites, a été le seul pays d’Europe à avoir sauvé une proportion significative des Juifs qui se trouvaient sur son sol. Mais que la politique du régime ait ou non contribué à cet heureux résultat n’y change rien. S’il n’y a rien de choquant à défendre la souveraineté nationale, notre conviction (étayée sur des arguments solides) est que, sur ce terrain, Vichy n’est pas un modèle, mais un contre-modèle. En menant ce combat scabreux, même s’il n’affiche aucune sympathie pour Vichy, contrairement à ce qui est ânonné de toutes parts, Zemmour offre à ses ennemis un alibi en or pour évacuer les vérités embarrassantes qu’il agite sous leurs nez délicats et les questions gênantes qu’il inflige à leurs certitudes. Le vacarme causé par ces quelques pages a permis d’étouffer toutes les autres sous un silence de plomb. « Ceux qui vont jusqu’à défendre des thèses racistes ou négationnistes, ceux qui construisent leur notoriété sur la peur, la résignation, la réaction, ceux-là ne méritent pas la place qu’on leur accorde dans le débat public », a encore affirmé Manuel Valls.

Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire – à l’intéressé, bien sûr : les innombrables procureurs de Zermmour ont, comme à l’accoutumée, mis en œuvre la vieille stratégie des trois singes. Au lieu d’affronter l’ennemi à la loyale, ils espèrent le noyer sous un flot constant d’invectives et d’imprécations.

Il faut les comprendre, les pauvrets. Depuis le temps qu’ils le tiennent en joue, cherchant la faute, guettant le faux pas, traquant le dérapage, il aurait dû disparaître de la circulation. Or, non seulement il est toujours là, mais plus ils le vomissent plus ses partisans l’adulent. Dans l’adversité, les seconds ne font guère plus dans la dentelle que les premiers. Rien à jeter pour les uns, rien à garder pour les autres : pour tous, Zemmour est un bloc. Quant à nous, nous réclamons le droit d’inventaire qu’exige tout travail intellectuel. Face à la haine et au mensonge, il nous trouvera toujours à ses côtés. Pour le reste, nous refusons de l’idolâtrer autant que de le diaboliser. Autrement dit, face à ses ennemis, nous le défendons, face à lui, nous le contestons. Puisque, en dépit ou peut-être à cause de nos différences, nous sommes avec lui entre gens de bonne compagnie, le dossier qui suit relève de la critique sans concession plutôt que de l’adhésion militante. La longue discussion que nous avons eue avec Eric Zemmour, et dont nous avons tenu à restituer l’essentiel, permettra de se faire une idée plus précise de nos nombreux désaccords. Si nous partageons en partie sa nostalgie de la France d’avant, nous refusons son tout-ou-rien, qui consiste à jeter tous les bébés du Progrès avec l’eau du bain néo-progressiste. Contrairement à lui, nous ne sacrifions pas les droits de l’homme avec le droit-de-l’hommisme, l’égalité avec l’égalitarisme et l’autonomie de l’individu avec les réclamations incessantes des individualismes. Nous n’aimons guère le monde de l’horizontalité dans lequel tout se vaut, mais n’avons pas la moindre envie de revenir à l’étouffante verticalité d’hier. Question de tempérament autant que d’analyses : je suis pour ma part libérale (au sens philosophique du terme), quand Zemmour est bonapartiste. Plus largement, Gil Mihaely a résumé ce qui nous sépare nos désaccords d’une formule qui fait mouche : si Zemmour est « réactionnaire » ou quelque chose d’approchant, nous, à Causeur, sommes plutôt « conservateurs ». Nous voulons de l’héritage et du nouveau, la liberté de la femme et la différence des sexes, la pluralité française et l’unité républicaine. Défenseur de l’assimilation à la dure, Zemmour n’est pas raciste. Il a tendance à souhaiter que pas une tête ne dépasse. Autant dire que nos échanges ont été vifs, comme il sied à des amis qui se respectent sans toujours s’approuver.

En attendant, Le Suicide français et ses centaines de milliers de lecteurs sont une très mauvaise nouvelle pour tous ceux qui croient pouvoir prononcer des décrets d’infréquentabilité et ne peuvent observer qu’avec effroi la zemmourisation des esprits – à moins qu’ils n’y trouvent une nouvelle raison de vouer aux gémonies un peuple de beaufs à l’esprit étroit qu’ils ont échoué à rééduquer. « Éric Zemmour n’est que la part émergée d’une montée vers les extrêmes, assène Frédéric Bonnaud dans Les Inrocks. Celle d’un néo-populisme ouvriéro-droitier qu’illustre une cohorte de céliniens de talk-show et de maurrassiens de plateau télévisé. » (Je n’ose penser qu’il a dit ça pour moi, trouvant pour ma part bien trop limitée l’omniprésence dont me créditent mes adversaires…) Au-delà des idées défendues par le nouvel ennemi public, l’engouement que suscite sa personne demande pourtant à être analysé en tant que tel. Zemmour n’est plus un journaliste, mais un acteur du combat politique. La preuve, c’est qu’il est devenu un objet de sondage. Selon l’un d’eux, publié par Le Parisien, seuls 37 % des Français (20 % à gauche, 53 % à droite) ont de lui une bonne opinion. Ses détracteurs auraient tort d’être rassurés par ce score : mieux vaut pour leur ego qu’on ignore les performances qu’eux-mêmes réaliseraient. On notera cependant que, à l’image de Cyril Bennasar, les zemmouriens, fanatiques dans l’admiration quand ils se trouvent en milieu hostile, sont loin d’être des godillots. Ainsi, une moitié seulement de ses sympathisants le suit pour déplorer la féminisation de la société.

Au cours de sa promenade subjective, érudite, désabusée et parfois désespérée à travers « les quarante années qui ont défait la France », Zemmour soulève des pierres, établit des rapprochements, tire des fils qui l’amènent souvent à des conclusions hasardeuses, aveuglé qu’il est parfois par un esprit de système qui le porte à ignorer ce qui le contredit ou l’affaiblit. Toutefois, en dépit des erreurs et des approximations relevées avec gourmandise par les facts-checkers qui mesurent la vérité à l’exactitude des chiffres, Le Suicide français raconte avec brio la fabrication de l’idéologie dominante qui a recouvert l’existence concrète d’un discours irénique, interdisant au populo de dire ce qu’il vivait et de voir ce qu’il voyait. Si nos gouvernants avaient encore le moindre souci du réel, ils s’emploieraient à entendre et à apaiser les peurs qu’ils n’ont de cesse de dénigrer et de moquer. Il est vrai que cela exigerait d’eux une révolution copernicienne. La popularité d’Éric Zemmour est d’abord un désaveu cinglant à la propagande frénétique pour les beautés du métissage, les richesses de l’immigration et les joies du partage. Non pas que les Français soient massivement atteints de xénophobie, comme ils en sont régulièrement accusés. Simplement, ils ont compris que l’ampleur et la rapidité des flux migratoires avaient imposé à la République l’adoption subreptice d’un modèle multiculturel qui, en instaurant une stricte égalité, non pas seulement entre les individus, mais aussi entre les cultures, a abouti à détruire le pays qu’ils aimaient et qui devient, sous leurs yeux attristés, le champ clos des rivalités, des exigences et des susceptibilités communautaires.

On peut s’en désoler, il faudra bien se décider à le voir en face : les Français sont de plus en plus nombreux à penser que l’immigration et la faillite de l’intégration constituent la plus grave menace qui pèse sur leur identité collective. (Raison pour laquelle des libéraux bon teint rallient le néo-FN étatiste de Marine Le Pen). D’après le sondage du Parisien, sur ce sujet, 50 % des personnes interrogées estiment, comme Zemmour, que l’immigration constitue la première cause du déclin français. C’est ainsi : une proportion croissante de nos concitoyens ne se sent plus chez elle, ou, pour le formuler comme Christophe Guilluy, refuse de devenir minoritaire dans son pays, sa ville ou sa cité. Les beaux esprits et les âmes délicates peuvent continuer à se boucher le nez. Plus ils interdiront aux citoyens de penser cela, plus ces derniers le penseront. Alors, les amateurs d’autodafés feraient mieux de foutre la paix à Zemmour. S’ils parvenaient à le brûler (métaphoriquement, bien sûr), ils pourraient avoir affaire à des adversaires qui n’auront ni son intelligence, ni sa culture, ni son amour passionné de la France.

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*Photo : Hannah.


Hollande : de la novlangue aux actes

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hollande tf1 francais

François-Xavier Ajavon nous avait promis des éléments de langage ciselés, nous voilà servis. J’ai beau n’avoir aucun grief personnel contre François Hollande, son intervention « en direct avec les Français » m’a fait copieusement suer – comme on dit dans mon cher 16e. Hier soir, sur TF1, une assistante sociale ou un conseiller Pôle emploi grimé en monarque républicain donnait gage sur gage aux victimes de la société française qui se suivaient sans se ressembler : chef d’entreprise excédé par les charges sociales, jeune chômeur marseillais sous-diplômé, « senior » sans-emploi du Nord, etc.

Au lieu des fameuses petites phrases que le plumitif retient en pareille circonstance, j’ai noté quelques annonces sonnantes et trébuchantes en noyant mon ennui dans le chocolat Valrhona. En vrac :

– François Hollande ne se représentera pas si le chômage ne décroît pas d’ici 2017. Sur iTélé, les acolytes d’Olivier Galzi ont fait l’exégèse de cette phrase : pour peu que l’emploi progresse d’un pouce en deux ans et demi, Hollande remettra son mandat en jeu. Dommage pour les Valls et Montebourg qui auraient pu jouer la carte d’une gauche alternative en avançant l’argument franchement discutable du « j’avais les mains liés, on m’a empêché d’agir… » Le démocrate que je suis ne méjuge pas l’audace présidentielle; après tout, c’est au pied du mur que l’on voit le maçon, et on ne peut dresser un bilan présidentiel qu’au bout de cinq ans, par voie électorale. Les cris d’orfraie de la droite morale paraissent d’autant plus ridicules. Chers opposants, gardez vos appels à la démission pour le prochain quinquennat, qu’on rigole…

– Les chômeurs en fin de (non)-carrière arrivés à l’âge de la retraite toucheront de nouveau une allocation. Enfin, presque. Cette mesure riquiqui concerne « les personnes qui ont toutes leurs annuités, qui ont plus de 60 ans et qui ne trouveront plus l’emploi jusqu’à 62 ans ». Le mythe du retour de la retraite à 60 ans a fait des petits. Avec le PS, comme hier Sarkozy, qui annula cette prestation sociale, n’oublions jamais de lire les détails écrits en pattes de mouche. Faute de pouvoir résorber le chômage des vieux, on posera donc un pansement sur une jambe de lépreux.

– Lesdits « seniors » auront désormais accès à un nouveau contrat aidé afin qu’ils puissent compléter leurs annuités de cotisation. Toute contradiction avec les deux annonces précédentes n’est pas fortuite : il faut soigner les vieux, non seulement parce qu’ils sont nombreux, mais parce qu’ils résistent encore et toujours au vote Front national, contrairement à ces ingrats de jeunes boutonneux que le Parti socialiste célèbre à longueur de Fête de la musique…

– 15 000 « emplois d’avenir » supplémentaires seront néanmoins proposés aux « jeunes ». En politique un « jeune » habite la banlieue, vote à gauche et représente une chance pour la France. La preuve, le gouvernement voudrait confier à des « jeunes » sans diplômes 15 000 emplois « verts », « transition énergétique » oblige. Conformément à l’esprit technophile de l’industrie verte, pourquoi ne pas créer des postes de contrôleurs aériens pour réguler le trafic des drones au-dessus de nos centrales nucléaires hors d’âge ? Ou payer des « jeunes » à expirer près des champs d’éoliennes pour que Mme Michu puisse utiliser son grille-pain sans faire exploser Fessenheim ? Notre ministre de l’Environnement Ségolène Royal rêverait même d’affecter une brigade spéciale de « jeunes » au raccompagnement des gardiennes de centrales chez elles, histoire d’éviter les agressions machistes. Ou, plus exactement, de les circonscrire au domicile des intéressées, ce qui est tout de même plus propre.

– Les impôts n’augmenteront plus l’an prochain. Même engagement que l’an dernier. Mais vous savez ce que disait un illustre Corse des promesses…

– J’ai gardé le meilleur pour la fin : chaque élève de 5e se verra offrir une tablette numérique à l’horizon 2016. Ouf, voilà messieurs Finkielkraut et Brighelli rassurés, la faillite de l’école n’aura pas lieu. L’orthographe, le calcul, la syntaxe et la culture générale pourront continuer de dégringoler, avec la tablette magique, ce sera frissons tactiles et langage sms pour tous. Inutile de pleurer sur le lait renversé, la surdouée Najat Vallaud-Belkacem et moi-même donnons raison aux plus progressistes de nos pédagogues. Le niveau monte, les études sont formelles : l’élève d’aujourd’hui se débrouille beaucoup mieux devant un écran que le petit chose de 1900. Et toc !

Bon, j’ai fait le tour. Que dire de plus ? Ah oui, le petit panel sociologique d’hier soir a définitivement ringardisé la téléréalité politique. Je préfère encore écouter les bons vieux débats entre briscards de la politique sans vraies gens ni jérémiades que d’assister au numéro de cascadeur du pauvre Hollande, obligé de jouer le Mc Gyver coincé au fonds du puits. Au risque de friser l’overdose, on a vu se déverser du pathos comme s’il en pleuvait. Même la néo-millionnaire Valérie Trierweiler a le petit cœur qui saigne, comme l’a concédé son ex interrogé par l’une des rares cartes de presse du plateau.

Le spectacle achevé, chacun éteint le poste avant de lire Merci pour ce moment. Sur tablette, bien sûr.

*Photo : WITT/SIPA. 00697410_000001. 

Hollande : le bingo des éléments de langage

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hollande tf1 interview

« Moi président »

« Taisez-vous Elkabbach ! »

« Je connais M. Modiano, je lis beaucoup, et je vais surtout beaucoup au cinéma »

« Je reviens du Québec, il faisait froid »

« Je sens l’inversion du retournement de la courbe »

« Je n’ai rien à dire sur M. Sarkozy »

« M. Sarkozy est le diable, et il mange des enfants »

« Peuple de gauche »

« Je vous ai compris »

« J’entends les français, je les rencontre, à scooter »

« Il faudra faire des efforts »

« Parfois nos amis écologistes font barrage, mais… »

« Toute l’amitié que j’ai pour M. Baylet et le Parti radical de gauche »

« La crise est européenne et même mondiale »

« J’ai un petit creux, on pourrait faire monter de la bière et des sandwichs ? »

(« Attention, M. le Président, nous sommes à l’antenne… »)

« Ségolène Royal a toute ma confiance. Je la connais bien. Gnéé… »

« L’iniquité, oui, mais dans la justice »

« C’est mon opinion et je la partage… »

« Je n’ai aucun commentaire à faire sur le phénomène des clowns agressifs… »

« J’ai demandé un nouveau rapport sur la croissance à Jacques Attali… »

« On me demande de faire entrer Rémi Fraisse au Panthéon. Je ne dis pas non. »

*Photo : Kenzo Tribouillard/AP/SIPA. AP21292736_000004. 

Manitas de Plata n’est plus

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manitas de platas

Ta chevalière en or courait sur le manche de ta guitare.

Brigitte, les yeux mi-clos, souriait de bonheur quand tes doigts suspendus à tes cordes,  accéléraient, ralentissaient, dansaient puis communiaient avec l’âme du peuple gitan.

Ce don pour faire crier le flamenco, tu l’avais reçu en héritage de ton oncle dans une caravane de Sète, sur les terres humides de Camargue

Aux Saintes Maries, enfant, tu étais déjà un dieu, tes petites mains d’argent valaient de l’or.

Un jour, avant de partir à New York, pudique et timide, tu avouais à Denise Glaser ta peur de prendre l’avion.

Bientôt, tu roulerais en Rolls, toi qui avais usé tes semelles dans la poussière du Midi, toi qui avais souffert du regard des autres, tu serais l’ambassadeur des gitans, celui qui passait à la télévision dans les années 60, qui tutoyait Dali, qui enchantait François Périer et que Steinbeck qualifiait de grand artiste sauvage.

Chaque année, tu honorais Sara, ta sainte patronne.

Tu étais simple, analphabète et droit comme les hommes de peu.

Toutes les qualités pour devenir un grand créateur, tu les possédais.

Animé par un rythme céleste et un feu intérieur, ton flamenco que les académies dédaignaient parfois, avait une telle force, une telle vivacité qu’il touchait les gens en plein cœur.

Picasso, en dédicaçant ta guitare, t’avait reconnu comme un frère, un égal.

Après ton triomphe au Carnegie Hall où les diplomates du monde entier t’avaient applaudi durant de longues minutes et s’étaient levés pour toi, le gamin aux cheveux noirs et aux mains sales, tu n’en avais tiré aucune fierté.

Tu disais, « je suis gitan et je resterai gitan toute ma vie », le succès n’y ferait rien.

À  93 ans, dans une maison de retraite de Montpellier, on ne parlait plus de toi, on n’écrivait plus sur toi, et pourtant, tu as été une lumière, une étoile qui fit du flamenco, un art majeur, une musique de fête qui fait bouger les corps et enivre la tête.

Tu t’appelais Ricardo Baliardo, mais on te connaissait sous le nom de Manitas de Plata.

*Photo : GINIES/SIPA. 00550508_000013. 

Affaire Lavrilleux : peut-on exclure un démissionnaire?

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Au sein du bureau politique de l’UMP, il reste deux personnalités de bon sens. Françoise Grossetête et Michèle Alliot-Marie ont préféré l’abstention mardi soir alors que tous les autres membres de cette honorable assemblée se sont prononcées pour l’exclusion de Jérôme Lavrilleux. Qu’on s’entende bien, je n’ai pas de sympathie particulière pour l’ex-bras droit de Jean-François Copé. Ses deux prestations télévisées les plus célèbres m’en décourageraient si j’en avais la tentation. La première fois, il avait personnifié l’archétype du porte-flingues, en justifiant le putsch de Jean-François Copé ; la seconde, il avait accordé un larmoyant entretien à Ruth Elkrief digne d’un pensionnaire de la Comédie française. Mais revenons à Michèle Alliot-Marie. C’est elle qui a le mieux résumé la situation ubuesque : « Je ne vais pas me donner le ridicule de voter l’exclusion de quelqu’un qui n’est plus dans le parti. » Parce que l’UMP, dirigée par la Sainte Troïka d’anciens Premiers ministres, en est vraiment là.

Il y a seize ans, votre serviteur avait vécu une situation analogue. Alors que j’avais remis ma démission du RPR[1. Je n’acceptais pas que Philippe Séguin, président du RPR, se soumette à la ligne européenne de Jacques Chirac.], mon départ était devenu le sujet de l’ordre du jour d’un comité départemental auquel certains de ses amis assistaient. Le secrétaire départemental à qui je ne jette d’autant moins la pierre qu’il n’est aujourd’hui plus de ce monde, avait exprimé sa colère et évoqué mon exclusion. Il faut dire que ma lettre comportait des passages peu flatteurs à l’égard du Président Chirac. Un élu régional, qui avait aussi la qualité d’être avocat, lui avait répondu –avec la plus grande courtoisie- qu’il pouvait apparaître kafkaïen d’exclure quelqu’un qui avait déjà souverainement exprimé la décision de ne plus être membre du parti. Tout le monde en est rapidement convenu. Une fédération d’un grand parti politique ne pouvait pas se permettre un cuisant ridicule.

Il faut croire qu’en 2014 – cette fois-ci à l’échelle nationale – le ridicule ne fait plus peur au plus grand parti de la droite. Le 15 octobre dernier, Jérôme Lavrilleux envoyait à Luc Châtel, secrétaire général de l’UMP un courrier on ne peut plus clair. Et il prévenait que si la procédure d’exclusion devait se prolonger après son départ, « elle apparaîtrait pour ce qu’elle est, une mascarade […] ». Si Juppé, Fillon et les autres souhaitent aujourd’hui exclure des personnes qui ne sont pas membres de leur parti, ils auraient pu penser à Gérard Filoche, après les propos inqualifiables qu’il avait tenus à la suite du décès de Christophe de Margerie. Ainsi, ils auraient pu prendre le PS de vitesse. Trêve de plaisanterie. Était-il si difficile de prendre officiellement acte du départ de Jérôme Lavrilleux et d’interrompre alors une procédure devenue sans objet ? Faut-il que les membres du bureau politique soient si peu à l’aise dans leurs baskets qu’ils souhaitent laver plus blanc que blanc et montrer ainsi aux électeurs à quel point ils sont vertueux puisqu’ils chassent les brebis galeuses[2. Pourquoi cette procédure, d’ailleurs ? Les aveux de Lavrilleux sur BFMTV avaient porté préjudice à l’UMP, expliquait-on, rue de Vaugirard. Parce qu’il avait brisé une omerta ? Transformer Lavrilleux en Guy Béart… Ils sont très forts !] avec inflexibilité ?

L’électeur est plié en deux de rire lorsqu’on lui raconte à la télé que l’UMP exclut des gens qui ont déjà démissionné. Et il se dit que des gens capables d’une telle décision doivent avoir bien des choses à se reprocher. Par cette décision farfelue, le bureau politique n’a fait qu’accentuer la méfiance qui pèse sur les élus et les partis politiques, alors même qu’il comptait les réhabiliter. François Fillon a raillé les participants à une émission de télé-réalité politique, expliquant que « s’ils ont besoin de se déguiser pour voir la vie, c’est qu’ils ont un problème… ». On lui donne volontiers raison mais on se permet, à la lumière de son acharnement personnel[3. Fillon était le plus acharné à obtenir l’exclusion de Lavrilleux. D’après L’Opinion, il aurait même mis sa démission dans la balance. Souvenirs de l’hiver 2012 ?] à obtenir la tête de Lavrilleux, de lui conseiller d’aller constater lui-même dans un bistrot ce qu’on pense d’une telle mascarade dans la France d’en bas.

*Photo : WITT/SIPA. 00655123_000024. 

À coucher dehors

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basile koch frigide barjotOn n’allait pas s’énerver pour si peu. Une famille expulsée de son appartement, ce n’est pas la fin du monde. D’habitude, oui, mais cette fois, les spécialistes de la mobilisation lacrymale ne se sont pas manifestés. Ou plutôt si : ils ont applaudi par l’intermédiaire de leurs bulletins paroissiaux et directeurs de conscience habituels. La nouveauté, c’est que leurs adversaires étaient sur la même longueur d’onde. Pour la gauche, on comprend, ce n’est pas une famille, c’est une famille de droite : le genre à reproduire le modèle hétéro-fasciste en toute impunité (croyaient-ils). On les connaît ces gens-là, de pleins aux as et ils prennent le toit des pauvres. Or la gauche aime les pauvres.

Pas de chance : pour la droite, ils ne devaient pas être assez à droite. Il y a tant de malheureuses victimes du matraquage fiscal, on n’allait pas se compromettre pour de tels hurluberlus.

Ils l’avaient bien cherché, avec leur Manif pour tous – c’était surtout la sienne à elle, mais comme disait l’autre, si ce n’est toi, c’est donc ta femme. Le 28 octobre, vers 23 heures, Virginie et Bruno Tellenne (Frigide Barjot et Basile de Koch à la ville) ont donc remis à la police les clefs de l’appartement qu’ils occupaient avec leurs deux ados, depuis une trentaine d’années pour lui. Dix mois plus tôt, quelques jours après le plus massif des défilés anti-loi Taubira, leur proprio, la Ville de Paris, s’avisait d’une grave irrégularité entachant leur bail.

On découvrira dans le Moi de l’ami Basile les détails de ces péripéties judiciaires. En attendant, ça me chiffonne qu’on rétablisse le délit d’opinion. Il paraît que c’est vieux comme la politique, on prive ses ennemis des largesses qu’on octroie à ses amis. Sauf qu’il n’était pas question de largesses mais d’un contrat de location parfaitement légal, conférant ce qu’on appelle un droit, et que l’infraction vénielle qui leur a été reprochée justifie difficilement la sanction nucléaire d’une rupture unilatérale. Qu’on puisse brutalement être déchu d’un droit légitimement acquis parce qu’on a déplu au pouvoir devrait inquiéter tout le monde, même mes amis de gauche[1. Comme ils devraient s’inquiéter de ce que, dans certaines rédactions et certains milieux professionnels, il soit impossible de se dire opposé au mariage gay sous peine de renvoi, de placardisation, ou de représailles commerciales.]. Bernique. Il faut au moins comprendre pourquoi.

D’abord, « tout le monde le sait » : les Tellenne sont riches, possèdent un important patrimoine immobilier, et occupent indûment un logement social. On trouvera difficilement cas d’école plus terrifiant d’un mensonge devenu vérité à force d’être répété par le chœur médiatique. Peu importe que tout soit faux dans ce récit à charge. On peut avancer des arguments factuels, souligner la coïncidence de dates, ces « Thénardier » sont indéfendables. Des salauds de riches. C’est vrai, puisque c’est marqué dans le journal. Dans tous les journaux.

Il faut donc interroger le consensus de la haine contre une femme, certes un peu fofolle, mais dont la fofollitude a été le ferment et le point d’équilibre d’une alliance baroque qui a réussi à changer la donne écrite d’avance. Avec Barjot aux manettes, les Manifs pour tous n’avaient rien à voir avec le fantasme fascistoïde du camp elgbétiste. Virginie était une passerelle : entre les cathos et les homos, entre la France des familles et des provinces et celle des bars branchés et des foyers recomposés, peut-être même entre la droite et la gauche intelligentes. Quand il est si bon de se retrancher dans son bunker mental en canardant celui d’en face, elle proposait le dialogue et le compromis. On ne lui a pas pardonné ce crime de brouillage des cartes. Certains, bardés de certitudes symétriquement imbéciles, voulaient juste qu’on les laisse se haïr en paix. Ils ont gagné.

Barjot ne ressemblait pas aux fachos que le parti du mariage pour tous adorait  détester. Alors il l’a détestée sans limites et sans frein. « Mocheté », « morue », « saleté », « pouffiasse », « qu’elle crève », « j’ai dégueulé sur le clavier de l’ordi » : cet échantillon de commentaires publiés sur le site de Technikart se situe dans la moyenne des égouts sociaux. La plupart des journalistes disaient la même chose en un peu plus poli.

Dans le camp Manif pour tous, d’où elle avait expulsé les cathos les plus durs, façon Civitas, et tenait à l’œil les plus autistes, façon Alliance Vita, beaucoup supportaient mal d’être représentés par cette grande gueule qui leur demandait d’oublier foulards Hermès et chaussures bateau. Tant qu’elle dirigeait cette armée sortie de nulle part qui pourrissait la vie du « pouvoir socialo-communiste », il fallait bien faire avec ses minijupes et son catholicisme bizarre, trempé dans l’amour du prochain plus que dans la distinction sociale. Elle les enquiquinait à répéter que les homos étaient des gens comme les autres et à vouloir leur octroyer l’union civile, le mariage sans le mot et sans la filiation.

« Homophobe », hurlaient les uns. « Fille à pédés », murmuraient les autres. Tous ont été soulagés quand elle a été éjectée et remplacée par quelqu’un de plus convenable. Ludovine de la Rochère, on sait où elle est : réac pour de vrai, catho sans concession, à droite toute. On lui dit pas « pouffiasse », à elle.

Quelques mois plus tard, le synode discutera presque mot pour mot les mots d’ordre de Barjot : accueil des homosexuels, union civile. Et là, miracle, la gauche s’ébahira sur la modernité de ce pape, et la droite, un brin moins emballée, ne mouftera pas, parce que tout de même, c’est le pape.

L’épisode a de quoi faire passer l’envie de se singulariser. Dans le monde sans frontières, il faut choisir son camp. Gauche ou droite, réac-coincé ou brancho-libéré, marchez au pas, chacun chez soi, et les veaux seront bien gardés.

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*Photo : DR.

Qui veut la peau du Président?

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hollande gilles bouleau

hollande gilles bouleau

Notre Président de la République, pour fêter une mi-mandat sans grandeur, nous a gratifié hier d’un spectacle d’une infinie tristesse. Nos interrogations, de plus en plus criantes, concernaient jusqu’ici l’étoffe, la stature de François Hollande et sa capacité à incarner un chef d’Etat, à conduire le pays vers un destin dont il aurait une vision. Alors qu’une réponse claire a été donnée hier sur le sujet, on s’interroge maintenant sur les trahisons dont il est victime dans sa garde rapprochée. Jusqu’ici, la déloyauté à sa personne était l’apanage des ministres qu’il avait peine à choisir adroitement. Depuis la sombre démonstration d’hier, on est en droit de se demander quelles sont ses éminences grises qui veulent sa peau ?

Car enfin, qui donc a pu conseiller au président pareil format pour son intervention de la dernière chance ? On nous dit qu’il s’agit d’une concertation entre la chaine et l’Elysée. Cette émission tantôt reality-show pseudo-psychologique, tantôt compassionnelle, tantôt défensive est l’exact contraire de ce qui aurait pu donner un peu de souffle à la fonction de ce personnage falot.

Tour à tour triste sire acculé à se justifier, représentant de commerce ou agent d’administration auprès de français soucieux –à juste titre- de leur situation personnelle, puis élu lambda bafouillant sous le feu des questions de Gilles Bouleau et Yves Calvi, le Président de la République n’a fait que brouiller un peu plus l’écoute…

La première partie de l’émission, supposée restaurer l’empathie pour l’homme Hollande ne nous a rien appris, sinon qu’il est fuyant. Alors qu’il connaissait la règle du jeu, il n’a cessé d’éviter les questions personnelles qui manifestement l’embarrassaient. Des histoires de cravates, de frites et de scooter sans intérêt pour les français, mais qui le gênent au point qu’il en bredouille. A plusieurs reprises, Thierry Demaizière tente de rediriger l’interview … en pure perte.

Séquence suivante, Hollande est exécutant de la mission locale pour l’emploi ou inspecteur d’académie selon les besoins du casting. Et c’est malheureusement là qu’on le sent le plus à sa place.

Je me souviens d’un directeur d’école sans charisme dont les élèves avaient remarqué le peu d’enthousiasme pour la dimension sociale de sa fonction. Lors d’une sortie scolaire, ce même directeur, vêtu d’un survêtement du meilleur effet, avait fait la distribution de sandwiches aux enfants. L’un d’eux avait alors remarqué « c’est amusant, le Directeur, on dirait qu’il n’est content que quand il distribue les sandwiches ». Pourquoi cette anecdote m’est-elle revenue hier soir, en regardant notre président se transformer en agent Pôle emploi ? Peut-être parce qu’il avait quelques sandwiches dans sa besace : un obscur et énième contrat aidé pour Madame, quelques tablettes pour sauver un collège en zone rurale et un nébuleux service civique pour les jeunes en mal d’emploi. « Tout cela coûte très cher », intervient Gilles Bouleau « non ça ne coûte rien, c’est l’Etat qui paie !».

Après cette leçon d’économie, la suite est du même acabit. On baille ! Le chef de l’Etat s’insurge contre la lenteur d’application des décisions –mais qui est aux manettes ?- ou encore s’étonne : « quels pays ? », quand les journalistes évoquent ceux qui font mieux que nous en matière de réformes et de perspectives économiques et dont nous pourrions nous inspirer. Enfin il promet, certifie, affirme, jure que nul dispositif fiscal ne viendra s’ajouter au tas l’an prochain. Un petit message d’espoir avant l’extinction des feux ? La pensée magique n’a pas déserté le Président. L’inversion de la courbe du chômage est encore dans le tuyau… question de timing ! Bonne nuit les petits !

Résumons-nous : Ses conseillers auraient du l’orienter vers la solennité, le long-terme et le dessein de la France, ils l’ont attiré dans un traquenard plus bas que terre. On attendait qu’il prenne de la hauteur, il « se cramponne » à l’ornière qu’il a creusée avec détermination depuis deux ans et demi. La solidité des institutions le permet, il se maintiendra en expédiant les affaires courantes, sans projet ni ambition pour la France.

Cette émission a tout changé. Elle a ajouté à la colère contre l’amateurisme et l’attentisme, l’inquiétude, l’écœurement, la tristesse et la résignation.

*Photo : WITT/SIPA. 00697412_000017. 

Bourdieu a créé l’école qu’il dénonçait

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bellamy bourdieu ecole

bellamy bourdieu ecole

Eugénie Bastié. Dans votre livre Les déshérités (Plon, 2014), vous accusez Descartes, Rousseau et Bourdieu d’être responsables de la destruction de la transmission. Pourquoi incriminez-vous ces trois grands auteurs ?

François-Xavier Bellamy. Il s’agit moins d’un réquisitoire que d’une tentative d’explication. Notre formation à l’IUFM a été marquée par une incantation : «Vous n’avez rien à transmettre. » Avec un peu de recul, j’ai voulu faire la généalogie de cette idéologie diffuse du refus de la transmission, qu’on retrouve à tous les niveaux de la société. Venant d’horizons intellectuels différents, ces trois auteurs canoniques sont à la source de cet écho. Leur première caractéristique commune, c’est, me semble-t-il, le refus de reconnaître une légitimité à ce qu’ils avaient reçu. Pour Descartes, par exemple, la transmission détourne l’esprit de la clarté de la vérité, qui ne peut venir que du solipsime : il faut déconstruire la culture que l’on a reçue pour fonder sur sa propre raison un savoir certain. Rousseau inaugure l’opposition entre l’authenticité et l’éducation, qui nous empêche d’être nous-mêmes. Quant à Bourdieu, il décrit l’école comme l’outil d’une ségrégation sociale, lui qui avait pourtant reçu d’elle le moyen de son émancipation…

En quoi Bourdieu est-il particulièrement coupable ?

Bourdieu a produit, au nom même de l’égalité, l’école la plus inégalitaire qui soit. A partir du moment où l’on interdit à l’école de transmettre la culture, au motif qu’elle est discriminatoire, on rend l’origine sociale des élèves plus déterminante que jamais. Puisque le savoir n’est pas transmis à l’école, seuls seront sauvés ceux qui le reçoivent dans leur famille… La dernière enquête PISA, en 2013, a montré que nous avons désormais le système scolaire le plus inégalitaire des pays de l’OCDE, celui qui conserve le plus les inégalités sociales d’origine. Bourdieu a produit le système scolaire qu’il dénonçait.

Sur une radio, on pouvait entendre Jamel Debbouze dire qu’il faudrait faire de l’improvisation théâtrale à l’école plutôt que de lire Molière, qui est trop compliqué…

L’exemple de Jamel Debbouze est très intéressant : l’improvisation consiste justement à identifier la liberté à la spontanéité, la créativité à ce qui sort immédiatement de l’intuition immédiate. Au contraire, lire un auteur suppose de prendre d’abord le temps de l’écoute.

Mais tout l’art de la pédagogie ne consiste-t-il pas à se mettre au niveau de l’enfant ?

« Eduquer », ex-ducere, signifie « conduire hors de » : le pari de l’éducation consiste justement à affirmer que chacun de nous est capable de connaître ou de faire ce qu’il ne sait pas encore. Cela suppose de l’élever jusqu’à ses propres capacités, non pas de le prendre « tel qu’il est », mais tel qu’il pourrait être. La logique qui consiste à se mettre à la hauteur de l’enfant est la logique anti-éducative par excellence, c’est la vision rousseauiste qui voudrait « laisser » l’enfant s’épanouir dans son état naturel. Or, le propre de notre expérience humaine, c’est  que nous ne sommes pas immédiatement nous-mêmes : on se trouve quand on se dépasse. Notre nature s’accomplit par la rencontre avec l’effort de la culture. Le mystère qui constitue l’éducation, c’est que, pour reprendre le mot de Pascal, « l’homme passe infiniment l’homme. »

Oui mais certains élèves semblent tellement plongés dans un ghetto d’acculturation qu’il semble qu’il faille faire certains efforts de simplification pour les en sortir…

Mais non, les élèves n’attendent rien d’autre qu’une occasion de se dépasser ! Quand nous décidons de nous mettre à leur niveau, ils s’ennuient mortellement. Cette époque qui trouve que la culture est trop difficile adule les sports extrêmes, tout ce qui nous donne l’occasion de vaincre nos limites pour mieux nous retrouver. Tous les enseignants qui ont réussi dans les quartiers difficiles ont commencé par proposer une vraie  exigence. Prenez l’exemple d’Augustin d’Humières, qui fait jouer des tragédies grecques à ses élèves de banlieue…

Dans Petite Poucette, essai où il fait l’éloge du numérique, Michel Serres écrit «Le but de l’enseignement était de transmettre les savoirs? Eh bien voilà, c’est fait!». Internet ne rend-il pas obsolète la transmission?

Ce nouveau lieu commun repose sur une vision complètement erronée de la culture, conçue comme empilement de savoirs ; puisque ces savoirs sont stockés pour nous dans les serveurs d’Internet, nous n’aurions dès lors plus rien besoin d’apprendre. Mais cette conception est absurde : s’approprier un vocabulaire étendu n’est pas la même chose que pouvoir le chercher dans un dictionnaire. Apprendre un poème, ce n’est pas la même chose que le trouver sur internet. Connaître les grands moments de l’histoire de son pays par cœur, c’est ancrer dans son cœur, dans son intériorité, des repères pour se situer dans l’histoire.

Il n’est pas certain que le numérique ait sa place à l’école, car il est précisément ce que l’on n’a pas besoin d’apprendre en soi : c’est le règne de l’intuition pure. La pédagogie du numérique est d’ailleurs complètement absurde : on voit des adultes s’échiner à faire passer des « attestations de compétences » en informatique à des adolescents qui en savent beaucoup plus qu’eux sur le sujet… L’éducation nationale, qui d’habitude montre plus de réticences à l’égard des entreprises privées, se fait la commerciale des multinationales du numérique pour acheter tablettes et tableaux numériques. Mais au rebours de cette fausse modernité, dans la Silicon Valley, les ingénieurs de Google et d’Apple mettent leurs enfants dans des « écoles déconnectées » : eux savent très bien que, pour bien se servir des écrans, il faut déjà avoir appris à lire, et à se concentrer.

Vous vous êtes opposé à l’introduction des ABCD de l’égalité à l’école. En quoi l’idéologie du genre est-elle l’aboutissement de ce processus de refus de la transmission ?

Plus que le culte de l’égalité,  l’autre point commun qui réunit les trois auteurs que j’ai explorés, c’est une même tension vers l’indifférenciation. Descartes est le premier à avoir formulé l’idée de la liberté d’indifférence : pour les modernes, être libre, c’est être indéterminé. L’idéal de Rousseau, c’est l’indifférence heureuse, dans laquelle vit l’homme de l’état de nature. Et Bourdieu est le grand détracteur de la distinction, mécanisme coupable de ségrégation sociale. L’idéologie du genre s’inscrit dans cette dynamique d’indifférenciation. C’est le même projet d’une liberté et d’une égalité absolues qui nous a fait déconstruire la culture, et qui veut maintenant nous faire déconstruire la nature.

Certes, mais n’est-il pas louable d’éduquer les enfants à l’égalité homme/femmes ?

Il est juste d’apprendre aux enfants à apprivoiser la différence des sexes. Mais je ne crois pas que ce soit en organisant des ateliers sur le genre que l’école parviendra à lutter contre le sexisme… Si l’école peut éduquer les enfants, c’est par les sciences, la littérature, l’art, la fréquentation de l’histoire. Quand on a appris la vie de Jeanne d’Arc et les travaux de Marie Curie, on ne peut plus penser que les femmes sont inférieures aux hommes. Et quand on a appris les poèmes de Ronsard et de Verlaine, comment peut-on entretenir le règne permanent de l’insulte et de la vulgarité auquel la vie sociale semble trop souvent réduite ?

Le drame de l’école aujourd’hui, c’est qu’elle a pour obsession d’apprendre aux enfants le geste de la déconstruction, avant même de leur avoir transmis un héritage qui puisse constituer leur liberté.

Mais plus généralement, l’école doit-elle être le lieu de l’éducation ? Est-ce son rôle de forger des êtres complets ? Ne devrait-t-elle pas se limiter à donner une instruction ?

L’école est un lieu d’éducation parmi d’autres, et elle a pour moyen spécifique l’instruction. On oppose couramment ces deux actes, qui sont pourtant essentiellement liés : le grand paradoxe aujourd’hui, c’est que l’école voudrait éduquer sans instruire, sans transmettre. Mais de la même opposition absurde naît le discours utilitariste qui voudrait que l’école soit là, non pour éduquer, mais seulement pour donner des « outils », un « bagage » pour s’en sortir dans la vie.

Dans L’enseignement de l’ignorance, Jean-Claude Michéa affirme que droite libérale et gauche libertaire se sont donné la main pour détruire l’école. Le pédagogisme bourdieusien et l’idéologie managériale seraient la même face d’un refus de la transmission.

Bourdieu le dit lui-même : la seule éducation juste est une pédagogie rationelle, toute entière tournée vers la vie professionnelle, qui ne préparerait les élèves qu’à la lutte pour le combat économique. Le marxiste Bourdieu rejoint ici une droite obsédée par l’économique, qui n’a de l’éducation qu’une vision purement marchande.

Ceux qui fustigent l’école telle qu’elle est devenue ont souvent en tête le modèle d’une école républicaine avec ses hussards noirs et sa méritocratie. Cette nostalgie ne relève-t-elle pas du fantasme?

Le fantasme est plutôt chez ceux qui célèbrent les vertus de l’école à la suédoise, qui regrette aujourd’hui d’avoir dissous toute transmission dans son obsession égalitariste. Il y a quelques décennies, la France a construit un modèle scolaire qui a inspiré le monde entier. On a le droit d’avoir la nostalgie d’un miracle que nous n’arrivons plus à accomplir – celui de l’unité d’un pays autour d’une culture transmise à tous comme un gage à la fois d’unité et de liberté. L’école de la Troisième République avait d’ailleurs affaire à une France incroyablement plus morcelée qu’aujourd’hui, entre la variété des patois et l’antagonisme très vif des traditions politiques et religieuses.

Question bonus : si vous étiez à la place de Najat-Vallaud Belkacem, quelles mesures urgentes prendriez-vous?

Il y a tellement des choses à faire… Le salut de l’éducation nationale ne viendra pas d’abord de mesures, mais d’une parole, qui puisse redonner son sens à l’acte de l’enseignement. Les enseignants ont été formés dans l’idée qu’un bon prof est un prof mort, qui renonce à transmettre pour laisser l’élève être lui-même. Il faut leur redire aujourd’hui que leur mission est belle, et que la liberté de leurs élèves naîtra de ce qu’ils leur transmettront. Il faut arrêter de polluer les débats éducatifs avec les obsessions du moment, les ABCD de l’égalité ou les rythmes scolaires, et se recentrer sur nos missions fondamentales : apprendre à lire, compter, écrire. De ce fait, la première mesure concrète à prendre serait de lancer une vraie étude comparative sur les méthodes de lecture qui fonctionnent et celles qui ne fonctionnent pas, pour redonner au moins à chaque élève la chance d’apprendre vraiment à lire dans nos salles de classe. Une décision aussi simple serait un bouleversement profond, et c’est de cela que nous avons besoin pour sauver la possibilité même d’une société pour demain.

François-Xavier Bellamy, Les déshérités, Plon, 2014.

*Photo : BALTEL/SIPA. 00644436_000023.

La guerre des djihads

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etat islamique irak

etat islamique irak

Ben Laden et son successeur, Ayman al-Zawihiri prêchaient la guerre de tous les musulmans réunis contre le Grand Satan occidental. Sans chercher à construire leur propre État, ils ont privilégié la lutte clandestine et les attentats de grande ampleur plutôt que le combat contre les chiites. Même en Afghanistan, Ben Laden n’a jamais vraiment eu l’ambition de revêtir l’habit d’un petit calife régnant sur un bout de territoire, au contraire d’Abou Bakr al-Baghdadi. Ce dernier, mû par sa haine des chiites, cherche d’abord à se construire, en Mésopotamie, un nouveau califat. Stratégie régionale contre stratégie globale, stratégie conventionnelle contre stratégie terroriste. Ben Laden a parcouru le monde, de refuge en refuge, il a essaimé des filiales qui sous-traitaient ses activités dans des conflits locaux comme l’Irak. C’est là qu’Al-Baghdadi, un de ses vassaux et potentat local, a patiemment tissé sa toile autour de son fief. Jusqu’à s’autoproclamer en juin « calife Ibrahim, successeur de Mahomet » – le mot arabe khalife signifiant « successeur » du Prophète. Exit Al-Qaïda, à lui le pouvoir.

Le succès d’al-Baghdadi commence à la mort de Ben Laden et atteint son apogée au cours de cette retentissante proclamation à la mosquée de Mossoul. C’est autant par ses talents de communicant que par ses succès militaires qu’il a évincé Al-Qaïda de la tête du djihadisme international. Les États-Unis et une bonne partie de la « communauté internationale », en déclarant la guerre à l’État islamique, ont fini de légitimer al-Baghdadi et de ringardiser al-Zawahiri comme le représentant mondial de l’islam radical.

De plus en plus de petits groupes armés et de djihadistes européens font allégeance au calife de Mossoul, séduits par la violence de son discours et le spectacle des exécutions sommaires. Pas plus tard que la semaine dernière, deux chefs importants d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), sur fond de rivalités locales, ont annoncé faire sécession pour rejoindre l’EI. Au point qu’al-Zawahiri donne le sentiment de perdre progressivement le contrôle de ses troupes. Le chrirugien égyptien, intellectuel dont l’aura a grandi dans l’ombre de Ben Laden, n’a jamais réussi à s’imposer aux autres chefs de guerre. La gloire du djihad se gagne sur le terrain, par l’épée, pas dans les livres. Or aucun attentat de grande ampleur n’a pu être revendiqué par al-Zawahiri. C’est d’ailleurs contre Al-Qaïda lui même, par l’exécution sauvage de centaines de combattants d’Al-Nosra (Al-Qaïda en Syrie), qu’al-Bagdhadi s’est taillé son royaume barbare, à cheval sur la Syrie et l’Irak. Il y a donc fort à parier qu’Al-Qaida ne survive pas au souvenir de Ben Laden et ploie devant l’émergence de la nouvelle vedette du djihad.

Néanmoins, le calife de Mossoul pourrait être contraint de revoir son agenda régional s’il acceptait le renfort des djihadistes du monde entier. Et puisque les Américains et toute la région le recherchent activement, son ambition de créer un État islamique au grand jour pourrait se voir remise en question. S’il veut poursuivre son épopée de boucher du Moyen-Orient, al-Baghdadi devra sans doute se tourner vers une stratégie à la Ben Laden, globale et clandestine. Et renoncer à sa propre ambition régionale.

 *Photo : wikimedia.

Nabilla vole la vedette à François

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Pour des millions de Français, c’est la seule info à retenir de la soirée du 6 novembre. D’après RTL, puis l’AFP, Nabilla Benattia a été placée en garde à vue dans cette nuit, soupçonnée d’avoir poignardé à plusieurs reprises son compagnon, Thomas Vergara. L’info aurait été semble-t-il corroborée par les services de police.

« Vers 2 h 30, nous dit LePoint.fr, les pompiers ont été appelés dans une chambre d’hôtel de l’île Seguin à la suite d’une grosse dispute du couple. Thomas Vergara, qui avait rencontré Nabilla lors de l’émission Les Anges de la télé-réalité, présentait plusieurs blessures par arme blanche au thorax. »

Toujours d’après des sources bien informées, la victime, bien que sérieusement blessée,  ne souhaite pas pour l’instant porter plainte. Une attitude compassionnelle qui ne suffit pas à enrayer, rappelons-le, une éventuelle action judiciaire.

Si à chaque fois qu’on n’est pas d’accord sur le meilleur interprète des Suites pour violoncelle seul ou sur le sens réel de la scène finale de 2001, l’Odyssée de l’espace, le différend se règle à coup de couteau, on n’est pas sorti du lac.

À propos de lac, il se trouve que Mlle Benattia est ressortissante suisse. Si les faits qu’on lui reproche sont avérés, n’y a-t-il point dans les tréfonds de notre arsenal judiciaire une loi permettant de la renvoyer dans son pays ?

 

Ne jetons pas Zemmour avec l’eau de Vichy!

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zemmour vichy valls

« Éric Zemmour ne mérite pas qu’on le lise.» Si je n’avais pas eu d’autres raisons de lire Le Suicide français, cette déclaration de Manuel Valls m’aurait suffi. D’abord, comme pas mal de mes concitoyens, je pense spontanément qu’un livre frappé d’interdit doit être rudement intéressant. Et puis, j’aime bien me faire ma petite opinion, et pour ça, il n’est pas mauvais de « frotter sa cervelle à celle d’austruy », comme le suggérait Montaigne. C’est peut-être une perversion : j’aime lire (et parler) en m’opposant, en formulant des objections, en cherchant les failles. On peut le faire avec soi-même quand on n’a pas mieux sous la main, avec un partenaire sélectionné sur affinités électives. Mais il est plus sportif d’avoir un interlocuteur dont les idées vous agacent, vous enragent, et parfois vous horrifient. À Causeur, on trouve que le monde est plus amusant avec les idées des autres. Même avec celles d’Éric Zemmour – et, pour certains que je ne dénoncerai pas, surtout avec elles.

Or, avec une seule phrase, glaçante, le Premier ministre a tout dit de la conception strictement contraire qu’une certaine gauche a du débat intellectuel. C’est très simple : quand on n’est pas d’accord, on ne cause pas, on cogne. Question méthodes, on peut puiser dans un riche héritage. Dénonciation, calomnie, disqualification morale, citations manipulatoires, lynchage en boucle et en meute, appels publics à l’exclusion professionnelle – et j’en passe sans doute : contre ceux qui s’écartent des opinions admises (comprenez admises par les détenteurs du pouvoir culturel), tout est permis. Tout sauf les lire et les discuter. Des fois que ce serait contagieux. Et puis c’est fatigant. Comme l’a proclamé la nouvelle directrice de France Inter dans une sorte d’autocritique stalinienne, il ne faut pas aller « trop loin dans la prise de tête ». Tout point de vue déviant est donc haché menu pour ressortir sous forme de quelques mots-clefs brandis pour tuer. « Assimilationniste » (et désormais « laïque ») est traduit par « raciste », « hostile au mariage gay » par « homophobe », « conservateur » par « rance » ou « moisi » et « nostalgique » par « réac », « facho », voire « nazi » les grands jours. Il est vrai que les frontières sont parfois ténues et que n’importe qui peut insensiblement dévier de la critique ou même de la détestation de l’islam (désagréable mais autorisée), à celle des musulmans (illégale et moralement condamnable). De toute façon, les nuances et les distinctions n’intéressent guère les prêcheurs déguisés en journalistes et les chasseurs de sorcières auto-promus intellectuels. Alors, quand l’accusé du jour, consciemment ou pas, joue avec la limite, s’amusant de leur jeter au visage une grenade dégoupillée appelée « Vichy », ils ne se sentent plus de joie. « Zemmour était un agent lepéniste. Le voici avocat des collabos », exulte Laurent Joffrin dans Libération.

Désolée pour les plumitifs qui fourbissent déjà leurs injures, mais à Causeur, nous avons tous été consternés par le court chapitre du Suicide français consacré à Vichy. L’invocation du Vel’ d’Hiv à tout bout de champ nous ulcère autant que Zemmour. Et on ne l’avait pas attendu pour savoir que la France, « éternellement pétaino-moisie », pour une partie de ses élites, a été le seul pays d’Europe à avoir sauvé une proportion significative des Juifs qui se trouvaient sur son sol. Mais que la politique du régime ait ou non contribué à cet heureux résultat n’y change rien. S’il n’y a rien de choquant à défendre la souveraineté nationale, notre conviction (étayée sur des arguments solides) est que, sur ce terrain, Vichy n’est pas un modèle, mais un contre-modèle. En menant ce combat scabreux, même s’il n’affiche aucune sympathie pour Vichy, contrairement à ce qui est ânonné de toutes parts, Zemmour offre à ses ennemis un alibi en or pour évacuer les vérités embarrassantes qu’il agite sous leurs nez délicats et les questions gênantes qu’il inflige à leurs certitudes. Le vacarme causé par ces quelques pages a permis d’étouffer toutes les autres sous un silence de plomb. « Ceux qui vont jusqu’à défendre des thèses racistes ou négationnistes, ceux qui construisent leur notoriété sur la peur, la résignation, la réaction, ceux-là ne méritent pas la place qu’on leur accorde dans le débat public », a encore affirmé Manuel Valls.

Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire – à l’intéressé, bien sûr : les innombrables procureurs de Zermmour ont, comme à l’accoutumée, mis en œuvre la vieille stratégie des trois singes. Au lieu d’affronter l’ennemi à la loyale, ils espèrent le noyer sous un flot constant d’invectives et d’imprécations.

Il faut les comprendre, les pauvrets. Depuis le temps qu’ils le tiennent en joue, cherchant la faute, guettant le faux pas, traquant le dérapage, il aurait dû disparaître de la circulation. Or, non seulement il est toujours là, mais plus ils le vomissent plus ses partisans l’adulent. Dans l’adversité, les seconds ne font guère plus dans la dentelle que les premiers. Rien à jeter pour les uns, rien à garder pour les autres : pour tous, Zemmour est un bloc. Quant à nous, nous réclamons le droit d’inventaire qu’exige tout travail intellectuel. Face à la haine et au mensonge, il nous trouvera toujours à ses côtés. Pour le reste, nous refusons de l’idolâtrer autant que de le diaboliser. Autrement dit, face à ses ennemis, nous le défendons, face à lui, nous le contestons. Puisque, en dépit ou peut-être à cause de nos différences, nous sommes avec lui entre gens de bonne compagnie, le dossier qui suit relève de la critique sans concession plutôt que de l’adhésion militante. La longue discussion que nous avons eue avec Eric Zemmour, et dont nous avons tenu à restituer l’essentiel, permettra de se faire une idée plus précise de nos nombreux désaccords. Si nous partageons en partie sa nostalgie de la France d’avant, nous refusons son tout-ou-rien, qui consiste à jeter tous les bébés du Progrès avec l’eau du bain néo-progressiste. Contrairement à lui, nous ne sacrifions pas les droits de l’homme avec le droit-de-l’hommisme, l’égalité avec l’égalitarisme et l’autonomie de l’individu avec les réclamations incessantes des individualismes. Nous n’aimons guère le monde de l’horizontalité dans lequel tout se vaut, mais n’avons pas la moindre envie de revenir à l’étouffante verticalité d’hier. Question de tempérament autant que d’analyses : je suis pour ma part libérale (au sens philosophique du terme), quand Zemmour est bonapartiste. Plus largement, Gil Mihaely a résumé ce qui nous sépare nos désaccords d’une formule qui fait mouche : si Zemmour est « réactionnaire » ou quelque chose d’approchant, nous, à Causeur, sommes plutôt « conservateurs ». Nous voulons de l’héritage et du nouveau, la liberté de la femme et la différence des sexes, la pluralité française et l’unité républicaine. Défenseur de l’assimilation à la dure, Zemmour n’est pas raciste. Il a tendance à souhaiter que pas une tête ne dépasse. Autant dire que nos échanges ont été vifs, comme il sied à des amis qui se respectent sans toujours s’approuver.

En attendant, Le Suicide français et ses centaines de milliers de lecteurs sont une très mauvaise nouvelle pour tous ceux qui croient pouvoir prononcer des décrets d’infréquentabilité et ne peuvent observer qu’avec effroi la zemmourisation des esprits – à moins qu’ils n’y trouvent une nouvelle raison de vouer aux gémonies un peuple de beaufs à l’esprit étroit qu’ils ont échoué à rééduquer. « Éric Zemmour n’est que la part émergée d’une montée vers les extrêmes, assène Frédéric Bonnaud dans Les Inrocks. Celle d’un néo-populisme ouvriéro-droitier qu’illustre une cohorte de céliniens de talk-show et de maurrassiens de plateau télévisé. » (Je n’ose penser qu’il a dit ça pour moi, trouvant pour ma part bien trop limitée l’omniprésence dont me créditent mes adversaires…) Au-delà des idées défendues par le nouvel ennemi public, l’engouement que suscite sa personne demande pourtant à être analysé en tant que tel. Zemmour n’est plus un journaliste, mais un acteur du combat politique. La preuve, c’est qu’il est devenu un objet de sondage. Selon l’un d’eux, publié par Le Parisien, seuls 37 % des Français (20 % à gauche, 53 % à droite) ont de lui une bonne opinion. Ses détracteurs auraient tort d’être rassurés par ce score : mieux vaut pour leur ego qu’on ignore les performances qu’eux-mêmes réaliseraient. On notera cependant que, à l’image de Cyril Bennasar, les zemmouriens, fanatiques dans l’admiration quand ils se trouvent en milieu hostile, sont loin d’être des godillots. Ainsi, une moitié seulement de ses sympathisants le suit pour déplorer la féminisation de la société.

Au cours de sa promenade subjective, érudite, désabusée et parfois désespérée à travers « les quarante années qui ont défait la France », Zemmour soulève des pierres, établit des rapprochements, tire des fils qui l’amènent souvent à des conclusions hasardeuses, aveuglé qu’il est parfois par un esprit de système qui le porte à ignorer ce qui le contredit ou l’affaiblit. Toutefois, en dépit des erreurs et des approximations relevées avec gourmandise par les facts-checkers qui mesurent la vérité à l’exactitude des chiffres, Le Suicide français raconte avec brio la fabrication de l’idéologie dominante qui a recouvert l’existence concrète d’un discours irénique, interdisant au populo de dire ce qu’il vivait et de voir ce qu’il voyait. Si nos gouvernants avaient encore le moindre souci du réel, ils s’emploieraient à entendre et à apaiser les peurs qu’ils n’ont de cesse de dénigrer et de moquer. Il est vrai que cela exigerait d’eux une révolution copernicienne. La popularité d’Éric Zemmour est d’abord un désaveu cinglant à la propagande frénétique pour les beautés du métissage, les richesses de l’immigration et les joies du partage. Non pas que les Français soient massivement atteints de xénophobie, comme ils en sont régulièrement accusés. Simplement, ils ont compris que l’ampleur et la rapidité des flux migratoires avaient imposé à la République l’adoption subreptice d’un modèle multiculturel qui, en instaurant une stricte égalité, non pas seulement entre les individus, mais aussi entre les cultures, a abouti à détruire le pays qu’ils aimaient et qui devient, sous leurs yeux attristés, le champ clos des rivalités, des exigences et des susceptibilités communautaires.

On peut s’en désoler, il faudra bien se décider à le voir en face : les Français sont de plus en plus nombreux à penser que l’immigration et la faillite de l’intégration constituent la plus grave menace qui pèse sur leur identité collective. (Raison pour laquelle des libéraux bon teint rallient le néo-FN étatiste de Marine Le Pen). D’après le sondage du Parisien, sur ce sujet, 50 % des personnes interrogées estiment, comme Zemmour, que l’immigration constitue la première cause du déclin français. C’est ainsi : une proportion croissante de nos concitoyens ne se sent plus chez elle, ou, pour le formuler comme Christophe Guilluy, refuse de devenir minoritaire dans son pays, sa ville ou sa cité. Les beaux esprits et les âmes délicates peuvent continuer à se boucher le nez. Plus ils interdiront aux citoyens de penser cela, plus ces derniers le penseront. Alors, les amateurs d’autodafés feraient mieux de foutre la paix à Zemmour. S’ils parvenaient à le brûler (métaphoriquement, bien sûr), ils pourraient avoir affaire à des adversaires qui n’auront ni son intelligence, ni sa culture, ni son amour passionné de la France.

Article en accès libre issu du numéro de novembre de Causeur. Pour lire tous les autres articles de ce numéro, rendez-vous en kiosque ou sur notre boutique.


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*Photo : Hannah.


Hollande : de la novlangue aux actes

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hollande tf1 francais

hollande tf1 francais

François-Xavier Ajavon nous avait promis des éléments de langage ciselés, nous voilà servis. J’ai beau n’avoir aucun grief personnel contre François Hollande, son intervention « en direct avec les Français » m’a fait copieusement suer – comme on dit dans mon cher 16e. Hier soir, sur TF1, une assistante sociale ou un conseiller Pôle emploi grimé en monarque républicain donnait gage sur gage aux victimes de la société française qui se suivaient sans se ressembler : chef d’entreprise excédé par les charges sociales, jeune chômeur marseillais sous-diplômé, « senior » sans-emploi du Nord, etc.

Au lieu des fameuses petites phrases que le plumitif retient en pareille circonstance, j’ai noté quelques annonces sonnantes et trébuchantes en noyant mon ennui dans le chocolat Valrhona. En vrac :

– François Hollande ne se représentera pas si le chômage ne décroît pas d’ici 2017. Sur iTélé, les acolytes d’Olivier Galzi ont fait l’exégèse de cette phrase : pour peu que l’emploi progresse d’un pouce en deux ans et demi, Hollande remettra son mandat en jeu. Dommage pour les Valls et Montebourg qui auraient pu jouer la carte d’une gauche alternative en avançant l’argument franchement discutable du « j’avais les mains liés, on m’a empêché d’agir… » Le démocrate que je suis ne méjuge pas l’audace présidentielle; après tout, c’est au pied du mur que l’on voit le maçon, et on ne peut dresser un bilan présidentiel qu’au bout de cinq ans, par voie électorale. Les cris d’orfraie de la droite morale paraissent d’autant plus ridicules. Chers opposants, gardez vos appels à la démission pour le prochain quinquennat, qu’on rigole…

– Les chômeurs en fin de (non)-carrière arrivés à l’âge de la retraite toucheront de nouveau une allocation. Enfin, presque. Cette mesure riquiqui concerne « les personnes qui ont toutes leurs annuités, qui ont plus de 60 ans et qui ne trouveront plus l’emploi jusqu’à 62 ans ». Le mythe du retour de la retraite à 60 ans a fait des petits. Avec le PS, comme hier Sarkozy, qui annula cette prestation sociale, n’oublions jamais de lire les détails écrits en pattes de mouche. Faute de pouvoir résorber le chômage des vieux, on posera donc un pansement sur une jambe de lépreux.

– Lesdits « seniors » auront désormais accès à un nouveau contrat aidé afin qu’ils puissent compléter leurs annuités de cotisation. Toute contradiction avec les deux annonces précédentes n’est pas fortuite : il faut soigner les vieux, non seulement parce qu’ils sont nombreux, mais parce qu’ils résistent encore et toujours au vote Front national, contrairement à ces ingrats de jeunes boutonneux que le Parti socialiste célèbre à longueur de Fête de la musique…

– 15 000 « emplois d’avenir » supplémentaires seront néanmoins proposés aux « jeunes ». En politique un « jeune » habite la banlieue, vote à gauche et représente une chance pour la France. La preuve, le gouvernement voudrait confier à des « jeunes » sans diplômes 15 000 emplois « verts », « transition énergétique » oblige. Conformément à l’esprit technophile de l’industrie verte, pourquoi ne pas créer des postes de contrôleurs aériens pour réguler le trafic des drones au-dessus de nos centrales nucléaires hors d’âge ? Ou payer des « jeunes » à expirer près des champs d’éoliennes pour que Mme Michu puisse utiliser son grille-pain sans faire exploser Fessenheim ? Notre ministre de l’Environnement Ségolène Royal rêverait même d’affecter une brigade spéciale de « jeunes » au raccompagnement des gardiennes de centrales chez elles, histoire d’éviter les agressions machistes. Ou, plus exactement, de les circonscrire au domicile des intéressées, ce qui est tout de même plus propre.

– Les impôts n’augmenteront plus l’an prochain. Même engagement que l’an dernier. Mais vous savez ce que disait un illustre Corse des promesses…

– J’ai gardé le meilleur pour la fin : chaque élève de 5e se verra offrir une tablette numérique à l’horizon 2016. Ouf, voilà messieurs Finkielkraut et Brighelli rassurés, la faillite de l’école n’aura pas lieu. L’orthographe, le calcul, la syntaxe et la culture générale pourront continuer de dégringoler, avec la tablette magique, ce sera frissons tactiles et langage sms pour tous. Inutile de pleurer sur le lait renversé, la surdouée Najat Vallaud-Belkacem et moi-même donnons raison aux plus progressistes de nos pédagogues. Le niveau monte, les études sont formelles : l’élève d’aujourd’hui se débrouille beaucoup mieux devant un écran que le petit chose de 1900. Et toc !

Bon, j’ai fait le tour. Que dire de plus ? Ah oui, le petit panel sociologique d’hier soir a définitivement ringardisé la téléréalité politique. Je préfère encore écouter les bons vieux débats entre briscards de la politique sans vraies gens ni jérémiades que d’assister au numéro de cascadeur du pauvre Hollande, obligé de jouer le Mc Gyver coincé au fonds du puits. Au risque de friser l’overdose, on a vu se déverser du pathos comme s’il en pleuvait. Même la néo-millionnaire Valérie Trierweiler a le petit cœur qui saigne, comme l’a concédé son ex interrogé par l’une des rares cartes de presse du plateau.

Le spectacle achevé, chacun éteint le poste avant de lire Merci pour ce moment. Sur tablette, bien sûr.

*Photo : WITT/SIPA. 00697410_000001. 

Hollande : le bingo des éléments de langage

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hollande tf1 interview

hollande tf1 interview

« Moi président »

« Taisez-vous Elkabbach ! »

« Je connais M. Modiano, je lis beaucoup, et je vais surtout beaucoup au cinéma »

« Je reviens du Québec, il faisait froid »

« Je sens l’inversion du retournement de la courbe »

« Je n’ai rien à dire sur M. Sarkozy »

« M. Sarkozy est le diable, et il mange des enfants »

« Peuple de gauche »

« Je vous ai compris »

« J’entends les français, je les rencontre, à scooter »

« Il faudra faire des efforts »

« Parfois nos amis écologistes font barrage, mais… »

« Toute l’amitié que j’ai pour M. Baylet et le Parti radical de gauche »

« La crise est européenne et même mondiale »

« J’ai un petit creux, on pourrait faire monter de la bière et des sandwichs ? »

(« Attention, M. le Président, nous sommes à l’antenne… »)

« Ségolène Royal a toute ma confiance. Je la connais bien. Gnéé… »

« L’iniquité, oui, mais dans la justice »

« C’est mon opinion et je la partage… »

« Je n’ai aucun commentaire à faire sur le phénomène des clowns agressifs… »

« J’ai demandé un nouveau rapport sur la croissance à Jacques Attali… »

« On me demande de faire entrer Rémi Fraisse au Panthéon. Je ne dis pas non. »

*Photo : Kenzo Tribouillard/AP/SIPA. AP21292736_000004. 

Manitas de Plata n’est plus

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manitas de platas

manitas de platas

Ta chevalière en or courait sur le manche de ta guitare.

Brigitte, les yeux mi-clos, souriait de bonheur quand tes doigts suspendus à tes cordes,  accéléraient, ralentissaient, dansaient puis communiaient avec l’âme du peuple gitan.

Ce don pour faire crier le flamenco, tu l’avais reçu en héritage de ton oncle dans une caravane de Sète, sur les terres humides de Camargue

Aux Saintes Maries, enfant, tu étais déjà un dieu, tes petites mains d’argent valaient de l’or.

Un jour, avant de partir à New York, pudique et timide, tu avouais à Denise Glaser ta peur de prendre l’avion.

Bientôt, tu roulerais en Rolls, toi qui avais usé tes semelles dans la poussière du Midi, toi qui avais souffert du regard des autres, tu serais l’ambassadeur des gitans, celui qui passait à la télévision dans les années 60, qui tutoyait Dali, qui enchantait François Périer et que Steinbeck qualifiait de grand artiste sauvage.

Chaque année, tu honorais Sara, ta sainte patronne.

Tu étais simple, analphabète et droit comme les hommes de peu.

Toutes les qualités pour devenir un grand créateur, tu les possédais.

Animé par un rythme céleste et un feu intérieur, ton flamenco que les académies dédaignaient parfois, avait une telle force, une telle vivacité qu’il touchait les gens en plein cœur.

Picasso, en dédicaçant ta guitare, t’avait reconnu comme un frère, un égal.

Après ton triomphe au Carnegie Hall où les diplomates du monde entier t’avaient applaudi durant de longues minutes et s’étaient levés pour toi, le gamin aux cheveux noirs et aux mains sales, tu n’en avais tiré aucune fierté.

Tu disais, « je suis gitan et je resterai gitan toute ma vie », le succès n’y ferait rien.

À  93 ans, dans une maison de retraite de Montpellier, on ne parlait plus de toi, on n’écrivait plus sur toi, et pourtant, tu as été une lumière, une étoile qui fit du flamenco, un art majeur, une musique de fête qui fait bouger les corps et enivre la tête.

Tu t’appelais Ricardo Baliardo, mais on te connaissait sous le nom de Manitas de Plata.

*Photo : GINIES/SIPA. 00550508_000013. 

Affaire Lavrilleux : peut-on exclure un démissionnaire?

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lavrilleux ump fillon

lavrilleux ump fillon

Au sein du bureau politique de l’UMP, il reste deux personnalités de bon sens. Françoise Grossetête et Michèle Alliot-Marie ont préféré l’abstention mardi soir alors que tous les autres membres de cette honorable assemblée se sont prononcées pour l’exclusion de Jérôme Lavrilleux. Qu’on s’entende bien, je n’ai pas de sympathie particulière pour l’ex-bras droit de Jean-François Copé. Ses deux prestations télévisées les plus célèbres m’en décourageraient si j’en avais la tentation. La première fois, il avait personnifié l’archétype du porte-flingues, en justifiant le putsch de Jean-François Copé ; la seconde, il avait accordé un larmoyant entretien à Ruth Elkrief digne d’un pensionnaire de la Comédie française. Mais revenons à Michèle Alliot-Marie. C’est elle qui a le mieux résumé la situation ubuesque : « Je ne vais pas me donner le ridicule de voter l’exclusion de quelqu’un qui n’est plus dans le parti. » Parce que l’UMP, dirigée par la Sainte Troïka d’anciens Premiers ministres, en est vraiment là.

Il y a seize ans, votre serviteur avait vécu une situation analogue. Alors que j’avais remis ma démission du RPR[1. Je n’acceptais pas que Philippe Séguin, président du RPR, se soumette à la ligne européenne de Jacques Chirac.], mon départ était devenu le sujet de l’ordre du jour d’un comité départemental auquel certains de ses amis assistaient. Le secrétaire départemental à qui je ne jette d’autant moins la pierre qu’il n’est aujourd’hui plus de ce monde, avait exprimé sa colère et évoqué mon exclusion. Il faut dire que ma lettre comportait des passages peu flatteurs à l’égard du Président Chirac. Un élu régional, qui avait aussi la qualité d’être avocat, lui avait répondu –avec la plus grande courtoisie- qu’il pouvait apparaître kafkaïen d’exclure quelqu’un qui avait déjà souverainement exprimé la décision de ne plus être membre du parti. Tout le monde en est rapidement convenu. Une fédération d’un grand parti politique ne pouvait pas se permettre un cuisant ridicule.

Il faut croire qu’en 2014 – cette fois-ci à l’échelle nationale – le ridicule ne fait plus peur au plus grand parti de la droite. Le 15 octobre dernier, Jérôme Lavrilleux envoyait à Luc Châtel, secrétaire général de l’UMP un courrier on ne peut plus clair. Et il prévenait que si la procédure d’exclusion devait se prolonger après son départ, « elle apparaîtrait pour ce qu’elle est, une mascarade […] ». Si Juppé, Fillon et les autres souhaitent aujourd’hui exclure des personnes qui ne sont pas membres de leur parti, ils auraient pu penser à Gérard Filoche, après les propos inqualifiables qu’il avait tenus à la suite du décès de Christophe de Margerie. Ainsi, ils auraient pu prendre le PS de vitesse. Trêve de plaisanterie. Était-il si difficile de prendre officiellement acte du départ de Jérôme Lavrilleux et d’interrompre alors une procédure devenue sans objet ? Faut-il que les membres du bureau politique soient si peu à l’aise dans leurs baskets qu’ils souhaitent laver plus blanc que blanc et montrer ainsi aux électeurs à quel point ils sont vertueux puisqu’ils chassent les brebis galeuses[2. Pourquoi cette procédure, d’ailleurs ? Les aveux de Lavrilleux sur BFMTV avaient porté préjudice à l’UMP, expliquait-on, rue de Vaugirard. Parce qu’il avait brisé une omerta ? Transformer Lavrilleux en Guy Béart… Ils sont très forts !] avec inflexibilité ?

L’électeur est plié en deux de rire lorsqu’on lui raconte à la télé que l’UMP exclut des gens qui ont déjà démissionné. Et il se dit que des gens capables d’une telle décision doivent avoir bien des choses à se reprocher. Par cette décision farfelue, le bureau politique n’a fait qu’accentuer la méfiance qui pèse sur les élus et les partis politiques, alors même qu’il comptait les réhabiliter. François Fillon a raillé les participants à une émission de télé-réalité politique, expliquant que « s’ils ont besoin de se déguiser pour voir la vie, c’est qu’ils ont un problème… ». On lui donne volontiers raison mais on se permet, à la lumière de son acharnement personnel[3. Fillon était le plus acharné à obtenir l’exclusion de Lavrilleux. D’après L’Opinion, il aurait même mis sa démission dans la balance. Souvenirs de l’hiver 2012 ?] à obtenir la tête de Lavrilleux, de lui conseiller d’aller constater lui-même dans un bistrot ce qu’on pense d’une telle mascarade dans la France d’en bas.

*Photo : WITT/SIPA. 00655123_000024. 

À coucher dehors

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basile koch frigide barjot

basile koch frigide barjotOn n’allait pas s’énerver pour si peu. Une famille expulsée de son appartement, ce n’est pas la fin du monde. D’habitude, oui, mais cette fois, les spécialistes de la mobilisation lacrymale ne se sont pas manifestés. Ou plutôt si : ils ont applaudi par l’intermédiaire de leurs bulletins paroissiaux et directeurs de conscience habituels. La nouveauté, c’est que leurs adversaires étaient sur la même longueur d’onde. Pour la gauche, on comprend, ce n’est pas une famille, c’est une famille de droite : le genre à reproduire le modèle hétéro-fasciste en toute impunité (croyaient-ils). On les connaît ces gens-là, de pleins aux as et ils prennent le toit des pauvres. Or la gauche aime les pauvres.

Pas de chance : pour la droite, ils ne devaient pas être assez à droite. Il y a tant de malheureuses victimes du matraquage fiscal, on n’allait pas se compromettre pour de tels hurluberlus.

Ils l’avaient bien cherché, avec leur Manif pour tous – c’était surtout la sienne à elle, mais comme disait l’autre, si ce n’est toi, c’est donc ta femme. Le 28 octobre, vers 23 heures, Virginie et Bruno Tellenne (Frigide Barjot et Basile de Koch à la ville) ont donc remis à la police les clefs de l’appartement qu’ils occupaient avec leurs deux ados, depuis une trentaine d’années pour lui. Dix mois plus tôt, quelques jours après le plus massif des défilés anti-loi Taubira, leur proprio, la Ville de Paris, s’avisait d’une grave irrégularité entachant leur bail.

On découvrira dans le Moi de l’ami Basile les détails de ces péripéties judiciaires. En attendant, ça me chiffonne qu’on rétablisse le délit d’opinion. Il paraît que c’est vieux comme la politique, on prive ses ennemis des largesses qu’on octroie à ses amis. Sauf qu’il n’était pas question de largesses mais d’un contrat de location parfaitement légal, conférant ce qu’on appelle un droit, et que l’infraction vénielle qui leur a été reprochée justifie difficilement la sanction nucléaire d’une rupture unilatérale. Qu’on puisse brutalement être déchu d’un droit légitimement acquis parce qu’on a déplu au pouvoir devrait inquiéter tout le monde, même mes amis de gauche[1. Comme ils devraient s’inquiéter de ce que, dans certaines rédactions et certains milieux professionnels, il soit impossible de se dire opposé au mariage gay sous peine de renvoi, de placardisation, ou de représailles commerciales.]. Bernique. Il faut au moins comprendre pourquoi.

D’abord, « tout le monde le sait » : les Tellenne sont riches, possèdent un important patrimoine immobilier, et occupent indûment un logement social. On trouvera difficilement cas d’école plus terrifiant d’un mensonge devenu vérité à force d’être répété par le chœur médiatique. Peu importe que tout soit faux dans ce récit à charge. On peut avancer des arguments factuels, souligner la coïncidence de dates, ces « Thénardier » sont indéfendables. Des salauds de riches. C’est vrai, puisque c’est marqué dans le journal. Dans tous les journaux.

Il faut donc interroger le consensus de la haine contre une femme, certes un peu fofolle, mais dont la fofollitude a été le ferment et le point d’équilibre d’une alliance baroque qui a réussi à changer la donne écrite d’avance. Avec Barjot aux manettes, les Manifs pour tous n’avaient rien à voir avec le fantasme fascistoïde du camp elgbétiste. Virginie était une passerelle : entre les cathos et les homos, entre la France des familles et des provinces et celle des bars branchés et des foyers recomposés, peut-être même entre la droite et la gauche intelligentes. Quand il est si bon de se retrancher dans son bunker mental en canardant celui d’en face, elle proposait le dialogue et le compromis. On ne lui a pas pardonné ce crime de brouillage des cartes. Certains, bardés de certitudes symétriquement imbéciles, voulaient juste qu’on les laisse se haïr en paix. Ils ont gagné.

Barjot ne ressemblait pas aux fachos que le parti du mariage pour tous adorait  détester. Alors il l’a détestée sans limites et sans frein. « Mocheté », « morue », « saleté », « pouffiasse », « qu’elle crève », « j’ai dégueulé sur le clavier de l’ordi » : cet échantillon de commentaires publiés sur le site de Technikart se situe dans la moyenne des égouts sociaux. La plupart des journalistes disaient la même chose en un peu plus poli.

Dans le camp Manif pour tous, d’où elle avait expulsé les cathos les plus durs, façon Civitas, et tenait à l’œil les plus autistes, façon Alliance Vita, beaucoup supportaient mal d’être représentés par cette grande gueule qui leur demandait d’oublier foulards Hermès et chaussures bateau. Tant qu’elle dirigeait cette armée sortie de nulle part qui pourrissait la vie du « pouvoir socialo-communiste », il fallait bien faire avec ses minijupes et son catholicisme bizarre, trempé dans l’amour du prochain plus que dans la distinction sociale. Elle les enquiquinait à répéter que les homos étaient des gens comme les autres et à vouloir leur octroyer l’union civile, le mariage sans le mot et sans la filiation.

« Homophobe », hurlaient les uns. « Fille à pédés », murmuraient les autres. Tous ont été soulagés quand elle a été éjectée et remplacée par quelqu’un de plus convenable. Ludovine de la Rochère, on sait où elle est : réac pour de vrai, catho sans concession, à droite toute. On lui dit pas « pouffiasse », à elle.

Quelques mois plus tard, le synode discutera presque mot pour mot les mots d’ordre de Barjot : accueil des homosexuels, union civile. Et là, miracle, la gauche s’ébahira sur la modernité de ce pape, et la droite, un brin moins emballée, ne mouftera pas, parce que tout de même, c’est le pape.

L’épisode a de quoi faire passer l’envie de se singulariser. Dans le monde sans frontières, il faut choisir son camp. Gauche ou droite, réac-coincé ou brancho-libéré, marchez au pas, chacun chez soi, et les veaux seront bien gardés.

Article en accès libre issu du numéro de novembre de Causeur. Pour lire tous les autres articles de ce numéro, rendez-vous en kiosque ou sur notre boutique.


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*Photo : DR.