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«Django Reinhard a révélé notre peuple»

Angelo Debarre est aujourd’hui l’un des plus grands guitaristes manouches. Selon lui, lorsqu’on est né dans la communauté des gens du voyage, la musique est une chose qui va de soi, c’est un miracle quasi divin, et Django Reinhardt, inventeur du « swing manouche », demeure une figure solaire


Angelo Debarre en concert au Django d’Or à l’Alhambra à Paris,
décembre 2009 © Photographie de Marc Chesnau

Un soir de décembre dernier, je marche dans la rue des Lombards. Devant l’un des trois clubs de jazz de la rue, j’aperçois sur l’affiche à l’entrée un nom : Angelo Debarre. Quels souvenirs ! Je devais avoir 16 ans lorsque je l’ai vu en concert. J’en ai gardé un souvenir magique, mystérieux, enveloppé d’un voile de brume tzigane. Manouche de mes rêves ! J’avais été ébloui par la classe de ce ténébreux guitariste. Et bouleversé par la beauté de sa musique. Debarre est l’un des plus grands maîtres de la musique manouche. Ses guitares ont parcouru le monde et fait résonner l’âme de son peuple aux quatre coins de la planète. Il suffit de le regarder jouer quelques secondes pour comprendre qu’il est un virtuose absolu. Angelo Debarre mêle en son jeu une technique époustouflante, un lyrisme envoûtant, un swing à couper le souffle et une humanité déchirante de douleur et de joie, tellement manouche. Ce soir de décembre, je me décide donc à entrer au Sunset, l’écouter, vingt ans après. Le club est bourré. Angelo est assis, sa guitare entre les mains, entouré d’un contrebassiste et d’un autre guitariste. Il fait des merveilles. La salle est ensorcelée. Pas un bruit. Les esprits manouches, tziganes, sinté* ont pris possession du lieu. Debarre, lui, est habité par la musique, par la poésie. Quand il joue, il ne bouge pas.

C’est un tragédien solennel. Il en a d’ailleurs le visage. Sa gueule magnifique semble coupée au couteau ou taillée dans le marbre. Les vers des rois de Racine pourraient sortir de sa bouche. Mais il est né chez les manouches, dans une caravane, et ce sont les notes de la guitare qui éclatent – divinement ! – sous ses doigts de sorcier et forment les poèmes des gens du voyage. Et quel swing ! Ça « transmet » comme on dit dans le monde de la tauromachie. Les quelques jeunes entassés au fond du club ne peuvent s’empêcher de danser. Angelo Debarre, lui, officie tranquille, serein. Pour lui, ça roule. Je l’attends à la fin du concert. Il salue le public, dédicace quelques albums, et sort s’en griller une. Je me présente, le félicite, lui témoigne mon admiration, et lui propose une interview dans Causeur. « Si tu veux. Mais c’est pas moi qui viendrai à Paris ! Si tu veux qu’on fasse ça, tu viens chez moi, à Samois. » Samois-sur-Seine. La ville où Django s’était sédentarisé. Celle aussi où il fut enterré en 1953.

Un lieu de pèlerinage. Sa tombe est toujours plus ou moins jonchée de médiators – ce petit outil triangulaire dont les musiciens se servent pour gratter les cordes de la guitare – que viennent déposer les guitaristes en son souvenir. D’autres musiciens sont enterrés avec lui : son frère Joseph (qui l’accompagnait à la guitare), ainsi que ses fils Lousson et Babik, guitaristes aussi. Chaque année, en juin, c’est dans ce village que se déroule le Festival Django Reinhardt, festival de jazz faisant la part belle à la musique de Django : le « jazz manouche ». C’est dans cette ville qu’Angelo a lui aussi décidé d’abandonner sa caravane et la vie de voyageur. D’autres guitaristes s’y sont installés, comme Romane, David Reinhardt (petit-fils de Django) ou encore Mathieu Chatelain. Ce village d’à peine plus de 2 000 habitants semble suspendu dans le temps. En cet hiver, les rues y sont presque désertes. Sa beauté est intacte, douce et paisible. Une impression de rêve. Depuis le quai de la République – non loin de la petite maison dans laquelle Django a fini ses jours et sur la façade de laquelle trône une plaque en sa mémoire –, on se croirait sur une île. C’est là, au Aum Caffè, où il a ses habitudes, qu’Angelo Debarre nous a donné rendez-vous.


Causeur. Quelle a été la place de la musique dans votre enfance ?

Angelo Debarre. Je suis né dans une famille de musiciens. Chez nous, les manouches, on aime beaucoup la fête. Et il n’y a pas de fête sans musique. Ma mère chantait, et elle s’accompagnait à la guitare. Ce n’était pas son métier, c’était pour son plaisir, comme chez beaucoup de manouches. C’est elle qui m’a appris mes premiers accords. J’ai commencé à jouer vers 7 ans.

Donc votre révélation pour la musique, vous l’avez eue par la famille, par le mode de vie manouche ?

On peut dire ça, car la musique va de soi chez nous. Enfin, c’est comme ça que ça a commencé en tout cas. Mais ma grande révélation pour la musique c’est lorsque, jeune encore, j’ai écouté Django Reinhardt. La musique de Django, c’était un peu plus jazz et swing que ce qu’on jouait chez nous. Lorsque j’ai entendu sa musique pour la première fois… j’ai été foudroyé. C’était la révélation.

En famille, on ne jouait pas la musique de Django, celle qu’on appelle aujourd’hui le « jazz manouche » ?

Déjà pour commencer, je n’aime pas ce terme de « jazz manouche ». Surtout aujourd’hui. Maintenant « jazz », ça ne veut plus rien dire. On appelle tout jazz. Lorsque j’écoute des émissions de jazz, je me dis : ça, c’est du jazz ? Ils te passent des trucs, et tu te dis : quel rapport avec le jazz ? Ça ne swingue même pas ! Donc plutôt que « jazz manouche », je préfère « swing manouche ». Pour en revenir à votre question, la musique qu’on jouait dans mon enfance, c’était principalement du folklore de chez nous, de la musique tzigane. Et puis de la variété swing des années cinquante. Également la chanson française.

Pensez-vous que, chez les gens du voyage, la musique tienne une place plus importante que dans le reste de la population ?

Oui, c’est évident. La musique, c’est la joie et la liberté. Chez les manouches, ces deux choses sont essentielles. Chez nous, la vie n’est pas toujours facile, et autrefois encore moins. Vous imaginez ce qu’a pu être la vie des gens du voyage il y a cent ans ? Donc, nous avons besoin de cette joie intense que procure la musique. Elle nous soigne, elle nous apaise. Elle nous libère. Avec la musique, même dure, la vie vaut d’être vécue. C’est aussi pour cela que notre musique est à la fois si joyeuse et si poignante. Si intense ! C’est parce qu’elle est le fruit de notre histoire parfois douloureuse. C’est un peu l’équivalent du blues pour les Noirs américains.

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La musique qui swingue, dans le jazz américain, est tombée en désuétude. Le jazz à la mode aujourd’hui, comme vous l’avez d’ailleurs dit, ne swingue plus. Alors que le swing manouche reste, lui, assez en vogue. On compte de nombreux musiciens dans ce style, aujourd’hui encore, faisant des carrières importantes, comme vous, Biréli Lagrène ou encore Stochelo Rosenberg. Sans compter la nouvelle génération ! Si cette musique reste si vivante, ne serait-ce pas dû au fait que plus qu’une musique, elle est une culture ?

Évidemment. Le swing manouche fait partie de notre mode de vie. Il nous rassemble. Le jazz américain, lui, n’a cessé d’évoluer, jusqu’à se perdre. Nous, notre swing, c’est un art et une tradition que l’on a perpétués dans le respect de celui qui l’a créé : Django. Le swing manouche n’a pas vraiment connu d’évolution. Chacun le joue en y apportant sa personnalité, mais dans un respect scrupuleux de ce style.

Les gens du voyage sont donc un peu conservateurs ?

Et comment ! Heureusement ! Sans cela, on serait complètement dilués dans la population. On ne serait plus nous-mêmes. Qu’est-ce qui est beau dans le monde ? C’est la différence ! Et pour qu’il y ait des différences, il faut que chacun reste soi-même. La mondialisation, ce n’est pas notre truc. C’est à cause de cette uniformisation que le monde va vers sa mort. Mais nous, on résiste !

Les jeunes manouches pratiquent toujours autant la musique tzigane et celle de Django ?

Oui. Bien qu’ils jouent aussi la musique de leur époque à eux. C’est normal. Mais chez nous, je peux vous dire que tous les jeunes, je dis bien tous, savent qui est Django Reinhardt et ce qu’il représente. C’est leur histoire, celle de leur peuple, et ils le savent.

Cette musique, le swing manouche, existait-elle avant Django ?

Non, ce style, c’est lui qui l’a créé. Avant lui, on jouait notre folklore, la valse musette aussi, les chants traditionnels… Django était un musicien qui jouait tout cela. Mais lorsqu’il a découvert le jazz américain, et donc le swing, il a tout de suite été séduit. Il l’a mêlé à la musique de sa communauté. Et le swing manouche est né ! Et grâce à cela… il a révélé notre peuple. Django reste le grand manouche de l’histoire ! D’ailleurs, dans la société actuelle encore, les manouches sont tolérés et respectés uniquement s’ils sont musiciens. Sinon, pour les gens, nous restons des « voleurs de poules ».

Pour vous, qu’y a-t-il d’important à dire sur Django Reinhardt ?

L’importance de Django ne se dit pas, elle s’écoute. Il est plus qu’un musicien, plus qu’un guitariste. C’est un génie. Les musiciens le savent tous. Il est l’un des plus grands maîtres de son instrument. Il y a plein de grands guitaristes, mais Django à cette puissance, ce mystère inexplicable, qui fait qu’il est supérieur. Mozart ne s’explique pas, Django non plus. Ce sont des gens envoyés par le Ciel. Je ne dis pas ça en l’air, je le pense sincèrement. Ce ne sont pas des gens normaux. Ils sont habités par la grâce.

Obsèques de Django Reinhardt à Samois, mai 1953 © D.R.

Il y a le génie, bien sûr… mais le travail dans tout cela ? Dans votre cas, lorsqu’on vous voit jouer, votre vélocité, votre virtuosité et votre technique époustouflent. Cela demande un gros travail ?

Eh bien non… (rires) je n’ai jamais été un grand courageux. Je n’ai jamais bossé comme un malade. Franchement, ce n’est pas pour m’en vanter, mais je ne suis pas un gros travailleur. J’ai fait ma petite école en jouant, en improvisant, en écoutant les autres… voilà. Il y a eu un petit peu de travail évidemment. Mais j’ai surtout toujours compté sur la magie. Moi je suis croyant. Et pour moi la musique, c’est un cadeau de Dieu. Ça descend comme un miracle. Parfois il m’arrive de jouer sans que le miracle ne se produise. On joue bien, mais sans plus. Et puis parfois, on a l’impression que Dieu pose sa main sur nous, et tout s’envole. Quand on commence à swinguer, il y a quelque chose de miraculeux, d’inexplicable.

À ceux qui ne connaissent pas Django Reinhardt, que conseilleriez-vous d’écouter?

Les enregistrements entre 1939 et 1948 pour entendre la couleur, le style qui ont révélé Django. Puis le dernier enregistrement de 1953 beaucoup plus jazz, qui est un chef-d’œuvre. Il y a enregistré ses compositions, comme le magnifique Nuages, mais aussi quelques classiques du jazz américain. Et cette fois pas avec la formation traditionnelle de swing manouche pour l’accompagner, mais avec un trio piano, contrebasse, batterie. Il faut absolument écouter cela.

C’est pour être plus près de Django que vous vous êtes sédentarisé à Samois ?

Pas vraiment. Mais sans lui, je n’aurai probablement pas connu cette ville. C’est arrivé en 2009. Je suis venu ici passer quatre jours pour le Festival Django Reinhardt, avec un cousin à moi qui m’avait accompagné avec sa caravane. On s’était installé avec plein de manouches. C’était merveilleux cette ambiance. Et puis, le festival s’est terminé, mais on est resté encore un peu. Ensuite, j’ai loué un emplacement de caravane dans le camping de la ville. Et puis, avec ma femme, on s’est vachement bien plu ici. On a décidé de louer un appartement dans le centre-ville, puis une maison. Et finalement, j’ai acheté un terrain et j’ai construit ma maison. J’ai quitté le groupe avec lequel on vivait et voyageait. Voilà, ça s’est fait comme ça. J’ai même repris et tenu le restaurant sur les quais, Chez Fernand, pendant un an et demi. Je dois dire que la vie de voyageur, avec la musique, c’était difficile. Je partais en voyage pour jouer, en tournée, et quand je revenais au camp, il fallait reprendre le volant pour voyager encore. Je passais donc ma vie sur les routes et dans les aéroports. Pour organiser les tournées, c’était un casse-tête. Et puis, vous savez, pour les gens du voyage de manière générale, c’est de toute façon de plus en plus compliqué. Autrefois, quand on trouvait un joli terrain près d’une rivière ou sur les rives d’un fleuve, on s’y installait comme ça, quelques jours, puis on repartait. C’était poétique, simple, naturel. Maintenant, c’est devenu un enfer. Tout est clôturé de partout, tout est interdit, tout est réglementé. Des terrains « libres » comme avant, ça n’existe plus. Mais ici, à Samois, je suis heureux. Je ne regrette pas mon choix… et je comprends celui de Django !

*Sinté : ethnie tzigane d’Europe de l’Ouest.

Sommet de l’Élysée: coalition des volontaires ou des bras cassés?

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Emmanuel Macron réunit à Paris une trentaine de pays alliés de Kiev pour envisager la fin de la guerre en Ukraine et l’après. Emmanuel Macron et Keir Starmer, les deux chefs des armées les plus puissantes du continent, divergent toutefois sur la sécurité à proposer à l’Ukraine: M. Macron préconise une force de maintien de la paix sous l’égide de l’ONU sur le sol ukrainien, tandis que M. Starmer privilégie une protection aérienne et maritime sans troupes au sol. Les deux hommes s’opposent aussi sur un éventuel partenariat de défense entre le Royaume-Uni et l’UE, avec des Européens, notamment la France, conditionnant l’accord à des concessions sur des points liés au Brexit, comme la pêche et la mobilité des jeunes… Analyse.


Aujourd’hui, les représentants de 31 pays se réunissent à l’Élysée à l’invitation d’Emmanuel Macron. Leur but ? Discuter des garanties de sécurité que ces pays sont prêts à proposer à l’Ukraine en cas d’une cessation des hostilités entre cette dernière et la Russie. Il sera question aussi d’un traité de paix élaboré par la France, le Royaume Uni et l’Ukraine qui devrait être soumis par la suite au jugement des États-Unis. La liste des invités comprend les États-membres de l’Union européenne et certains membres de l’OTAN comme le Royaume Uni, la Norvège et le Canada. L’objectif ultime consiste à montrer au monde, et surtout aux Américains et aux Russes, que l’Europe et ses alliés sont capables de constituer une force de dissuasion militaire digne du nom et apte dans une certaine mesure à remplacer les États-Unis dans leur rôle de gendarme international. Après des années d’inertie, d’indécision et de désaccords, la tâche que s’est fixée l’Europe sera extrêmement ardue. Emmanuel Macron et ses convives seront-ils à la hauteur ?

RS

Vivre d’industrie

Depuis la fin de la guerre froide, l’Europe en tant que continent a trop souvent contemplé les conflits armés dans le monde comme une spectatrice ou comme une actrice mineure. Il est vrai que certains pays – surtout la France et le Royaume Uni – ont participé à des interventions occidentales au Moyen Orient, en Afghanistan ou en Afrique de l’Ouest, mais ces opérations n’étaient pas nombreuses et ne constituaient pas des entreprises européennes, initiées et réalisées par l’Europe. Il était peut-être naturel que, après les deux guerres mondiales et les tensions de la guerre froide (surtout celles inspirées par la course aux armements nucléaires), l’Europe préfère regarder ailleurs plutôt que de faire face à toutes ses responsabilités en matière de défense et de sécurité. Le problème, c’est qu’elle a voulu incarner les valeurs de démocratie, de droits de l’homme et de commerce libre sans se doter des moyens de défendre ces valeurs seule par la menace dissuasive ou, si nécessaire, sur le champ de bataille.

Pendant des années – et à l’époque où le Royaume Uni était encore membre de l’UE – trop de temps et d’efforts ont été gaspillés dans la poursuite d’un feu follet : une armée européenne. Au-delà du fait évident qu’il était chimérique de vouloir créer une force unique à partir des éléments disparates qu’étaient les armées des États-membres, chacune ayant une culture militaire différente et parlant une langue différente, on a négligé une condition préalable essentielle : la coordination d’une industrie de la défense européenne. Et cette condition préalable elle-même avait une condition préalable : une vision stratégique des conflits de l’avenir qui permette de déterminer quelles armes et quels systèmes de défense il valait mieux construire.

A cet égard, on s’est trompé aussi dans une certaine mesure. Les deux pays qui possèdent des armées professionnelles aguerries et l’arme nucléaire – la France et le Royaume Uni – ont eu tendance à se focaliser sur la création de forces d’intervention rapides et mobiles, souvent aéroportées, capables de réaliser des opérations antiterroristes, de sauvetage ou de maintien de la paix un peu partout dans le monde. L’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a montré qu’une guerre de haute intensité et se passant sur le sol européen représentait toujours un risque important. C’est ainsi que, à l’heure actuelle, nous sommes condamnés à improviser notre réponse à la situation créée par Poutine et Trump. Nous devons développer une vision stratégique commune, servie par une coordination précise de nos forces armées qui seront équipées du matériel nécessaire à l’exécution d’objets communs clairement définis. Et on doit le faire en un temps record !

A l’Ouest, quelque chose de nouveau

Il y a quelques bonnes nouvelles. Les dirigeants des deux pays possédant les armées les mieux préparées au combat – Emmanuel Macron pour la France, et sir Keir Starmer pour le Royaume Uni – ont compris l’urgence de la situation et ont pris les devants. D’abord, en se rapprochant l’un de l’autre ; ensuite, en réunissant les partenaires potentiels d’une « coalition des volontaires » (traduction de l’anglais, « coalition of the willing »). La réunion d’aujourd’hui a été précédée par deux sommets à Londres, les 2 et 15 mars. Une autre réunion, décisive, est prévue pour le mois de mai. En vérité, cela fait longtemps qu’Emmanuel Macron appelle à galvaniser l’industrie de la défense en Europe et à acheter des armements « made in Europe », bien qu’avec un succès mitigé. Car les Européens ont dû faire face à un paradoxe du type « la poule et l’œuf » : pour stimuler l’industrie de la défense, il faut lui donner des commandes ; mais pour que l’industrie ait la capacité d’y répondre rapidement, il faut qu’elle ait déjà grandi suffisamment. Par conséquent, des États-membres comme l’Allemagne ou la Pologne ont préféré acheter du matériel américain. Le président français a pu prendre d’autres initiatives allant dans le bon sens, comme la création en 2018 de l’Initiative européenne d’intervention, une structure rassemblant certains États-membres et le Royaume Uni en vue de la création d’une culture stratégique commune.

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A la différence d’Emmanuel Macron, Keir Starmer est un converti récent à la nécessité de dynamiser notre défense commune. Mais si sa conversion – provoquée par Donald Trump – est récente, Starmer fait preuve de tout le zèle des nouveaux convertis. Tandis que la France se donne très peu de marge de manœuvre financière, Starmer, tout socialiste qu’il est, parle de coupes budgétaires même dans la provision des services sociaux afin d’augmenter les dépenses militaires. En France, on voit rarement un tel courage.

L’autre nouvelle plutôt positive, c’est que l’UE, dans son livre blanc sur la défense, publiée le 19 mars, a pris toute la mesure des difficultés auxquelles l’Europe doit faire face. D’abord, il n’y est nullement question d’une armée européenne, chaque État-membre étant responsable de ses propres forces armées, de leur doctrine, de leur déploiement et de la définition de leurs besoins. Le livre blanc reconnaît aussi que l’industrie de la défense n’est pas encore en état de subvenir à tous les besoins de l’Europe. Parmi d’autres mesures, la Commission va emprunter 150 milliards d’euros sur les marchés de capitaux afin d’accorder des prêts aux États-membres désireux d’investir dans leur défense. Cet instrument s’appellera SAFE (« Security Action for Europe ») et obligera les emprunteurs à acheter auprès des entreprises de l’UE. Des exceptions peuvent être faites dans le cas de pays candidats à l’adhésion à l’Europe et de pays ayant signé un « Partenariat de défense et de sécurité » avec l’UE. Autre mesure financière, la Commission va accorder une souplesse budgétaire aux États-membres concernant leurs dépenses sur la défense, ce qui pourrait leur permettre collectivement d’investir jusqu’à 650 milliards d’euros de plus. Enfin, il est question aussi de libéraliser le marché de l’épargne pour que jusqu’à 1000 milliards d’euros d’économies de citoyens européens, économies qui « languissent » actuellement dans des comptes bancaires, puissent être investies dans l’industrie de la défense.

L’Union européenne a la pêche enfin ?

En dépit de ces bonnes nouvelles, il y a quand même des grains de sable qui gâchent l’unité retrouvée et l’enthousiasme martial des partenaires européens. D’abord, il y a des divergences sur le dispositif de sécurité à proposer à l’Ukraine après un accord de paix éventuel. Emmanuel Macron parle d’une force de maintien de la paix à installer sur le territoire ukrainien sous l’égide des Nations Unies. Keir Starmer est plus réticent par rapport à l’idée de troupes européennes et autres au sol et évoque plutôt la protection de l’espace aérien et des eaux territoriales de l’Ukraine par des armées de l’air et des marines étrangères.

Plus grave, il y a un différend quant au marché des armements. Si l’instrument financier SAFE permet à certains partenaires d’avoir accès au marché européen, il serait logique que le Royaume Uni, quatrième exportateur d’armements après l’Allemagne, la France et l’Italie, mais dont BAE Systems est le plus grand fabricant en Europe, puisse conclure un Partenariat de défense et de sécurité avec l’UE. Mais c’est ici que les rancunes léguées par le départ britannique de l’UE remontent à la surface. Car du côté européen, négocier un tel partenariat se révèle une bonne opportunité pour renégocier les termes du Brexit. Des voix se sont élevées exigeant qu’un partenariat soit conditionné à une révision de la politique frontalière à Gibraltar, la création d’un nouveau programme de mobilité pour les jeunes, et un plus grand accès pour les États-membres de l’UE aux eaux de pêche du Royaume Uni. C’est notamment la France qui insiste sur cette dernière concession, comme si améliorer le plat de poisson devant lequel le citoyen moyen s’attable était plus urgent pour les Européens que de se faire respecter sur la scène internationale à un moment de crise aiguë.

Nous verrons quelles seront les conclusions du sommet d’aujourd’hui, ainsi que les annonces du mois de mai. Pourtant, le plus grand ennemi de l’Europe, à savoir la discorde entre ses partenaires, semble nous menacer encore une fois. L’objectif de tous est censé être de prendre au sérieux enfin les questions de défense et de sécurité. Allons-nous montrer au monde que la rivalité entre dirigeants et les chamailleries entre pays sont tout ce dont nous sommes capables ?

Roumanie: les clés pour comprendre une élection pas comme les autres

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Annulé en décembre dernier pour cause d’une ingérence numérique russe présumée, le scrutin présidentiel roumain devrait finalement se tenir en mai prochain… sans le candidat favori Calin Georgescu, disqualifié par la Cour suprême. Coup d’État des juges ou lutte légitime contre un homme sous influence étrangère ? Éléments de réponse.


Coup de tonnerre à Bucarest. Le 11 mars, on apprenait que la Cour constitutionnelle roumaine refusait définitivement au candidat populiste Calin Georgescu le droit de se présenter aux prochaines présidentielles. Trois mois plus tôt, ce dernier était arrivé en tête du premier tour de l’élection, mais avait vu son résultat invalidé en raison de soupçons d’activités numériques anormales à son bénéfice. En mai prochain se tiendra donc un nouveau scrutin, auquel le favori ne pourra donc pas participer.

Surprise

Avec près de 23% des votes exprimés lors du premier tour avorté, le succès de Calin Georgescu a constitué une immense surprise. Mais pour comprendre ce score, il convient de ne pas calquer la bipolarisation droite-gauche traditionnelle, ou les tensions entre l’Occident et la Russie, sur la vie politique roumaine. Depuis la chute du régime de Nicolae Ceausescu en 1989, la vie publique et institutionnelle du pays s’apparente plutôt à un jeu de chaises musicales, sans débat d’idées ni clivage géopolitique.

Dans ce quasi-néant, une seule conviction fait consensus : l’adhésion des Roumains au projet européen.  Elle se comprend facilement si l’on s’avise que, depuis son entrée en 2007 dans l’Union, le pays a vu son salaire minimum mensuel passer de 114 € à 814 € (4050 RON) par la magie des réglementations bruxelloises.

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Idem pour la circulation libre sur le Vieux Continent, rendue possible grâce au traité de Schengen et dont la population ne voit pas les problèmes « entrants », mais uniquement les avantages « sortants ». Après des décennies de tyrannie marxiste pendant laquelle voyager à l’étranger était une gageure quasiment insurmontable, s’envoler de l’aéroport Henri-Coanda les mains dans les poches sans passer par la case police constitue un indicible plaisir.

Contrairement à ce qui a été raconté par une partie de la presse occidentale, ce n’est donc pas dans un hypothétique rejet de Bruxelles qu’il faut chercher les racines du succès de Calin Georgescu. Un député européen proche de ce dernier, Serban-Dimitrie Sturdza du parti AUR (Alliance pour l’unité des Roumains) nous a confirmé cette position : «  Prétendre que nous serions anti-européens ou anti-OTAN est une escroquerie intellectuelle. Notre motivation, c’est le respect dû au peuple roumain et la promotion de nos valeurs, c’est tout. »

Compte tenue de la lassitude des Roumains vis-à-vis d’une classe politique corrompue, sans envergure, et, ainsi que nous l’évoquions plus haut, sans colonne vertébrale politique, Georgescu avait, avec ses positions traditionnelles en matière morale et religieuse et son style populiste, un boulevard devant lui, dans un pays où, au moins dans les campagnes, c’est le prêtre qui pointe ses ouailles vers le « bon » bulletin de vote les dimanches d’élections.

Un candidat antisémite ?

Reste que le personnage est sulfureux. En 2020, il déclare par exemple dans un clip publié sur Facebook que Corneliu Codreanu, le fondateur, en 1927, de la Légion de l’archange Michel, est un héros «  à travers lequel parle et a parlé l’histoire nationale, et non à travers les laquais de service des puissances globalistes qui dirigent temporairement la Roumanie aujourd’hui ». Or, la Légion de l’archange Michel n’était pas une vague organisation nationaliste, mais bien un groupe ouvertement nazi, coupable de crimes via sa branche armée, la Garde de fer, entre autres contre des Juifs de Roumanie dans les années 30 et 40.

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Les déclarations pseudo-scientifiques de Georgescu ont aussi fait les choux gras de la presse roumaine : « Nous ne savons pas ce qu’est l’eau. (…)  L’eau a une mémoire, et par la pollution, nous détruisons son âme. (…) Elle nous envoie des messages, mais nous ne savons pas les écouter. (…) C’est l’énergie subtile qui relie l’esprit à la matière. (…) H2O ne signifie rien. » Venant de la part d’un ingénieur agronome dûment diplômé d’un doctorat universitaire, ces déclarations ont évidemment de quoi surprendre… Mais aussi délirantes ces élucubrations soient être, elles n’ont évidemment pas servi de justification à la cour constitutionnelle pour interdire à leur auteur l’accès au suffrage universel.

Si Georgescu est privé d’élection, c’est à cause de la troublante campagne de soutien dont il a bénéficié sur le réseau social TikTok. D’après un rapport des services roumains du renseignement intérieur et du renseignement extérieur, celle-ci a été nécessairement possible grâce à l’intervention d’une structure étatique étrangère, probablement russe.

Pourquoi les enquêteurs ont-ils attendu la fin du premier tour de l’élection pour faire état de leurs soupçons sur cette campagne numérique ? Interrogé par nos soins, un membre du service de sécurité intérieure réfute l’idée d’un fiasco : « Que pouvions-nous faire en amont de l’élection ? Comment légalement empêcher une candidature qui a été validée par les instances électorales ? »

Le paysage politique roumain évolue rapidement. Chaque jour vient avec son lot de surprises. Il faudra sans aucun doute observer attentivement le résultat de George Simion, le président de l’AUR qui a repris le flambeau de Georgescu dans la course à la présidence. En réponse au Financial Times, qui lui a demandé comment il se positionne face au désir du peuple roumain de renouveler sa classe politique, Simion a affirmé : «  Je suis un jeune leader, je fais partie de ce changement. » 

Seules les urnes diront s’il avait raison.

«Génocide»: poser la question, c’est déjà y répondre…

Alors que les eurodéputés de droite Jordan Bardella et Marion Maréchal font la une des journaux ce matin après leur visite remarquée d’un kibboutz attaqué le 7-Octobre 2023 en Israël, au Parlement européen, à Bruxelles, la résistance s’organise. La gauche y planifie dans quelques jours une conférence sur le thème: « Devrions-nous appeler cela un génocide ? » avec de très contestables militants « antisionistes ».


À Paris, le 12 mars, le Conseil contre l’islamophobie en Europe (CCIE), branche belge d’un défunt CCIF que la République ne regrette pas, était reçu par le député LFI Raphaël Arnault, à l’Assemblée nationale. L’objectif : « comprendre l’islamophobie pour mieux la combattre ».

À Bruxelles, la gauche européenne n’est pas en reste. Au Parlement Européen, c’est le Groupe des Verts/Alliance libre européenne, fort de cinquante-trois députés, qui régale. Les 28 et 29 avril prochains, une conférence se tiendra, réunissant « experts, juristes et représentants de la société civile ». La question nous met tout de suite dans l’ambiance : « Devrions-nous appeler cela un génocide ? »

Visuel de l’évènement DR.

Gratin propalestinien

Les quatre députés organisateurs sont Jaume Asens, Benedetta Scuderi, Mounir Satouri et Ana Miranda. Le premier vient des rangs de Podemos, la seconde de l’écologisme italien, le troisième a été élu sur la liste de Marie Toussaint et la quatrième est issue du bloc nationaliste galicien.

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Pour répondre à la question du jour (enfin, des deux jours), les quatre eurodéputés ont invité ce qui se fait de mieux sur la scène actuelle de l’antisionisme. Tout d’abord, deux historiens israéliens : Raz Segal et et Ilan Pappé (publié en France aux éditions de la Fabrique, entre les Beaufs et barbares d’Houria Bouteldja et les ouvrages du Suédois Andreas Malm, qui déclarait sa « jubilation » au lendemain du 7-Octobre[i]). Deux historiens qui ont pour habitude de placer un signe égal entre Shoah et Nakba et qui avant même les répliques au 7-Octobre, parlaient déjà de génocide. On trouve aussi Imane Maarifi, infirmière libérale à Plaisir (Seine-et-Marne) et membre du Collectif des Blouses Blanches pour Gaza, proche des milieux fréro-salafistes. Francesca Albanese, juriste et chercheuse italienne, qui, dans un rapport intitulé Anatomie d’un génocide (mars 2024), invitait à poursuivre le soutien financier à l’ Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), pourtant accusé de détourner les fonds humanitaires au profit du Hamas voire d’inciter au terrorisme. Olga Rodríguez Francisco, journaliste espagnole, qui, sur Twitter, établissait un lien de cause à effet entre la visite de M. Netanyahu aux États-Unis en juillet 2024 et la mort du chef du Hamas Ismaïl Haniyeh, tué dans une frappe israélienne à Téhéran, et en semblait émue. En octobre 2024, la même s’étonnait de l’ignorance des personnes interrogées à la télévision : « Dans une émission de télévision l’autre jour, un habitué a dit que Hamas veut conquérir Al Andalus. Ce n’est qu’à partir de la plus profonde ignorance que l’on peut confondre l’État Islamique avec le Hamas », avançait-elle alors.

https://twitter.com/olgarodriguezfr/status/1848140154436817014

Quand c’est fini, il y en a encore

La liste ne s’arrête pas là. Noura Erakat, professeure d’études africaines à l’Université Rutgers dans le New Jersey, sera également de la partie. En 2020, cette militante américano-palestinienne avait participé à un atelier en ligne avec le haut dirigeant du Hamas, Ghazi Hamad, organisé par l’organisation palestinienne Masarat Center. Le même Ghazi Hamad, qualifié par Libération de « voix du Hamas », déclarait après le 7-Octobre : « Israël est un pays qui n’a pas sa place sur notre terre ». Mais aussi : « Nous devons donner une leçon à Israël, et nous le ferons encore et encore. Le déluge d’Al-Aqsa [nom de l’offensive déclenchée par le Hamas le 7-Octobre] n’est que la première fois, et il y en aura une deuxième, une troisième, une quatrième, parce que nous avons la détermination, la résolution, et les capacités de combattre ». Noura Erakat, elle, a participé, en décembre 2023, à une discussion intitulée « Race, libération et Palestine », événement auquel se sont greffées des personnalités réputées antisémites comme Marc Lamont Hill, qui avait su garder son poste à l’université malgré un usage intensif du slogan « La Palestine du fleuve à la mer ».

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Et enfin, pour compléter ce joyeux tableau, un certain Olivier Corten se joindra aux débats. C’est en quelque sorte le régional de l’étape, puisqu’il est professeur à l’Université libre de Bruxelles. En mai 2005, le brillant universitaire s’inquiétait dans les colonnes du Soir pour les libertés des négationnistes. « Interdire indirectement la réflexion critique sur tous les événements qualifiés, par les uns mais pas toujours par les autres, de crimes de droit international, n’est pas seulement contraire aux principes les plus élémentaires de la liberté de réflexion et d’expression. La démarche aboutit aussi à décourager toute recherche sur des événements dont on prétend par ailleurs vouloir entretenir la mémoire ».

Compte tenu de ses débatteurs du jour, à Bruxelles, la réponse à la question « Devrions-nous appeler cela un génocide ? » est déjà toute trouvée…

Journal d'un prisonnier

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[i] « Je consomme [l]es vidéos [du pogrom] comme une drogue. Je les injecte dans mes veines. Je les partage avec mes camarades les plus proches »

Pierre Vermeren : « La crise française est une coproduction de la classe politique et du patronat »

Pour l’historien Pierre Vermeren, la hausse de la fiscalité au détriment d’économies budgétaires accélère les délocalisations et l’endettement public. Cette politique mène à la ruine. Mais dans ce marasme économique, l’auteur de La France qui déclasse (Tallandier) n’absout pas le patronat de ses responsabilités.


Causeur. Le gouvernement a décidé de surtaxer en 2025 les entreprises qui réalisent plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires en France. A-t-il bien fait ?

Pierre Vermeren. Comme ses prédécesseurs, François Bayrou a préféré remettre à plus tard les mesures d’économie budgétaire qui s’imposaient. Il n’a dès lors eu d’autre choix que d’augmenter les impôts. C’est désastreux. Pour les salariés, parce qu’ils sont moins bien payés que dans d’autres pays. Pour les patrons, parce que leurs capacités d’investissement sont rognées. Pour l’État, parce qu’il continue de creuser son déficit. On s’est enfermés dans un système qui n’est pas tenable à long terme, mais chaque nouveau gouvernement le reconduit quand même, en espérant que cela tiendra jusqu’à la fin de son mandat.

À l’annonce de la surtaxation, on a vu réapparaître la focalisation, très française, sur les « riches ». D’où cela vient-il ?

C’est vieux comme la République ! Seulement, je crois que ce phénomène serait moins marqué si notre pays s’était mieux prémuni, depuis quarante ans, contre la désindustrialisation et l’immigration, deux des principaux facteurs de la crise économique dans laquelle nous sommes embourbés. S’il y avait des millions d’emplois en plus en France, si la production était assurée sur le territoire et pas dans des pays à bas coûts, la démagogie anxiogène de Jean-Luc Mélenchon et de Sophie Binet serait moins audible.

On comprend que les délocalisations soient un facteur de crise. Mais pourquoi l’immigration le serait-elle aussi ?

Parce que nous ne sommes plus dans les années 1960. À l’époque, notre industrie, très performante, avait besoin de main-d’œuvre et allait la chercher non seulement dans les campagnes et dans le vivier de la population féminine, mais aussi dans les anciennes colonies. Seulement, à partir de la fin des années 1970, l’immigration de travail a été remplacée par une immigration familiale à des fins de consommation. Les millions de nouveaux arrivants, notamment originaires d’Afrique, présentent un taux d’emploi plus faible que la moyenne nationale. Certes, le secteur tertiaire continue de faire venir de l’étranger des agents de service sans qualification, qui présentent l’avantage de trimer en silence et loin des syndicats, mais l’essentiel des nouvelles vagues migratoires n’est pas dans ce cas, et subvient à ses besoins grâce aux aides sociales (inexistantes dans leurs pays). En somme, l’endettement public permet à une portion croissante de notre démographie de se nourrir et de se vêtir dans les hypermarchés, de communiquer et de se divertir avec ses smartphones et d’habiter notre parc HLM, donc de contribuer à maintenir l’économie du pays… sans produire de richesse. La grande distribution et les banques profitent à plein de cette manne, de sorte qu’ils sont devenus, à la place des industriels, le noyau dur du capitalisme français. Ce qui explique que Michel-Édouard Leclerc ait soutenu les récentes mesures fiscales de Bayrou. Il est pour ainsi dire le porte-parole des gagnants de la politique de la demande.

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Mais pourquoi rejeter cette politique si elle fait des heureux ?

Parce qu’elle accélère les délocalisations et l’endettement public, et ne peut aboutir qu’à la ruine. Rendez-vous compte, aujourd’hui les deux tiers des produits que nous consommons sont fabriqués en dehors du pays. Or nous avons au bas mot 6 millions de chômeurs, et pas 3 millions comme semblent le dire les chiffres officiels, car on oublie trop souvent tous ceux qui ne sont pas dans les radars de France Travail. Si bien qu’aujourd’hui il est devenu plus intéressant d’acheter des bons du Trésor et, à travers eux, d’entretenir l’État social consumériste, plutôt que de se risquer à investir dans la recherche/développement ou l’industrie. Bref, au lieu de miser sur la qualité, le progrès et l’innovation, notre croissance repose sur les masses. À cet égard, nous ressemblons à l’Union soviétique.

Quelle est la responsabilité des patrons dans ce sombre tableau ?

Elle n’est pas mince. L’originalité de la Ve République, c’est la fusion des élites, avec des énarques qui dirigent l’État, mais qui sont aussi présents dans les conseils d’administration des grandes entreprises. Une tendance qui a été amplifiée par les privatisations des années 1980 et 1990.

Ces élites économiques sont-elles comptables de la désindustrialisation et de l’immigration ? N’ont-elles pas plutôt été contraintes de s’adapter à un contexte mondial d’ouverture des frontières qu’elles n’ont pas choisi ?

N’oubliez pas que les dirigeants des grands groupes français ont été parmi les plus chauds partisans de la mondialisation après la chute du mur de Berlin. Ils rêvaient alors de forger un pays leader en matière de consommation et de tertiarisation. Rien ne les y obligeait. Ils auraient pu au contraire imiter leurs homologues allemands, qui ont tenu à conserver une base productive puissante sur leur territoire. Résultat, outre-Rhin, il y a moins de déficit public, moins de chômage, moins d’importations – au contraire, il y a un énorme excédent du commerce extérieur. En d’autres termes, la crise économique française est une coproduction de notre classe politique et de notre patronat.

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Comment redresser la barre ?

Le seul moyen serait de sanctuariser à l’échelle nationale un certain nombre d’industries, comme cela est déjà le cas, souveraineté oblige, avec notre secteur de l’armement, qui est en conséquence l’un des meilleurs au monde.

Emmanuel Macron n’a-t-il pas pris conscience de cette nécessité ? Il a remis en route la filière nucléaire civile, promu une loi de programmation militaire ambitieuse et il vient d’annoncer un plan pour la création de gigantesques serveurs d’intelligence artificielle en France. N’est-ce pas le discours de souveraineté que vous attendiez ?

Ce n’est à ce stade qu’un discours. Dans les faits, il n’y a pas plus d’emplois industriels aujourd’hui qu’en 2017. On peut à la rigueur créditer Macron d’avoir changé son discours.

Que devrait-il faire de plus alors ?

S’attaquer aux dogmes selon lesquels l’immigration hors main-d’œuvre qualifiée et le libre-échange seraient nécessairement enrichissants. Mais il s’y refuse totalement. Il a déjà oublié ses belles paroles d’après Covid, quand il promettait de recréer une industrie du médicament. Cinq ans plus tard, on attend toujours, et nous perdons même notre souveraineté alimentaire, un véritable crime.

Coût des catastrophes naturelles: un mensonge de plus

Rémy Prud’homme dénonce dans cette tribune la mauvaise foi des assureurs quant au coût des dommages des catastrophes naturelles que nous subissons en France


Le Figaro, qui cite l’AFP, qui cite les Assureurs de France explique que le coût des événements climatiques pour les assureurs est trois fois plus élevé en 2024 (5 milliards) qu’en 1984 (1,5 milliard). Ces trois institutions voient là une preuve irréfutable des méfaits croissants du « dérèglement climatique ». Vite, doublons la taxe carbone et les crédits du ministère de la transition écologique ! Il est pourtant facile de voir que la démonstration est quadruplement mensongère.

Des allégations douteuses

Primo, elle compare un coût en euros 1984 avec un coût en euros 2024, une absurdité que l’on ne pardonnerait pas à un étudiant de première année. Secundo, cette présentation ignore le fait qu’en 40 ans, la France s’est développée, qu’il y a davantage de maisons, d’entreprises, de routes, etc. à la merci des phénomènes climatiques, et qu’un ouragan donné détruit plus de biens en 2024 qu’en 1984. Tertio, elle fait l’hypothèse que le taux d’assurancialité (le pourcentage de propriétaires assurés) est resté constant ; on espère pour les assureurs qu’il a augmenté. Quarto, elle postule que les dommages naturels dépendent uniquement de la violence des phénomènes et pas du tout des mesures prises pour les contrôler.

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Il est facile de corriger les deux premiers mensonges. Il suffit de comparer le ratio coût des dommages / PIB (en euros courants) pour les deux dates. En 1984, il était de 0,20%. En 2024, de 0,17%. Rapporté au PIB, le coût pour les assureurs des phénomènes climatiques n’a pas augmenté de 230% (ce qui serait effrayant), il a au contraire diminué de 15% (ce qui est rassurant).

Si l’évolution du coût des dommages pour les assureurs est une mesure de l’évolution des changements climatiques – ce que l’on veut nous faire croire, et qui n’est pas évident – alors les chiffres publiés montrent que le changement climatique a un effet positif. Vite, célébrons le réchauffement, et augmentons nos rejets de CO2 !

« C’est la faute au climat »

L’opération de désinformation des Assureurs, de l’AFP et du Figaro soulève des problèmes qui vont bien au-delà de son sujet. Comment est-elle possible ? Elle ne peut guère s’expliquer par l’ignorance. Les Assureurs, chez qui les statisticiens et les économistes sont nombreux et excellents, savent bien qu’on ne compare pas des euros courants avec des euros constants. Chez eux la tromperie est délibérée. Pour les journalistes (de l’AFP et du Figaro) qui ne sont pas toujours à l’aise avec les chiffres, et qui veulent – et doivent – faire vite et sensationnel, le doute est permis, et la tromperie n’est sans doute pas intentionnelle.

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Pourquoi cette désinformation est-elle engagée ? Pour les Assureurs : parce qu’elle leur profite. Faire croire aux citoyens et aux politiques que le méchant climat augmente considérablement leurs coûts est un bon moyen de faciliter l’augmentation de leurs primes. Ils le font d’autant plus volontiers qu’ils savent que tous les médias vont reprendre la fable de leur triplement des coûts. Pour les journalistes, les pouvoirs publics, et les soi-disant fact-checkers : parce qu’elle s’accorde avec la doxa officielle et dominante, et avec leurs convictions vagues et profondes. Les dommages de Mayotte ou des inondations n’ont rien à voir avec les constructions illégales ou les permis de construire en zones inondables. Pas besoin de chercher si loin quand on a sous la main un bon coupable : c’est « la faute au climat ».

Transition écologique : le coût des rêves

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De la cour d’assises à la cour médiatique…

Philippe Bilger compare ici son expérience à la cour d’assises et dans l’arène médiatique, en soulignant leurs points communs : écoute, curiosité, indépendance, équité et bienveillance, nécessaires pour encourager vérité et réflexion, malgré les évidentes différences de pouvoir et d’influence entre ces deux mondes.


Un jour j’ai caressé l’idée d’écrire un livre qui, d’hier à aujourd’hui, de la cour d’assises à la cour médiatique, aurait cherché à montrer les ressemblances entre ces deux univers, en tout cas pour les dispositions et les qualités qu’ils requièrent.

Je l’ai abandonnée parce que mon souffle, s’il m’a permis d’écrire MeTooMuch chez Héliopoles, m’aurait sans doute rendu fastidieux un exercice plus long, plus classique. Et heureusement mes billets sont là pour me permettre de ne pas tout à fait abandonner une inspiration initiale !

Justice médiatique

Avant d’aborder les similitudes, il y a une différence fondamentale qui tient au pouvoir qu’a un avocat général aux assises, à une parole qui n’est pas limitée quand elle arrive à son tour et, plus généralement, à l’influence décisive qu’il a le plus souvent sur un jury populaire en matière criminelle. Avec dans les affaires ayant suscité une intense médiatisation, mon obsession de ne rien céder au personnage mais tout au professionnel.

La cour médiatique, elle, apprend l’humilité et peut engendrer de la frustration.

Une autre distinction pourrait être relevée qui opposerait les arrêts de la cour d’assises à l’absence de jugement de la cour médiatique. Mais celle-ci en réalité, sur un autre mode en prononce. Elle décrète, s’interroge, débat, approuve, dénonce, stigmatise ou loue, édicte des appréciations. Appose sur la réalité, sous toutes ses formes, des regards contrastés.

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Pour l’essentiel il me semble que je n’ai pas été obligé d’abandonner, dans la cour médiatique, les qualités qu’on me prêtait à la cour d’assises et l’indépendance dont j’avais besoin et que j’ai toujours voulu sauvegarder.

Au contraire, à partir du moment où on accepte de retenir qu’à l’exception des réquisitions de condamnation ou d’acquittement, l’oralité des débats et la confrontation médiatique imposent les mêmes vertus, la même curiosité, une écoute similaire, une compréhension de l’autre équivalente, une détestation identique du sommaire et le même esprit de liberté, on consentira à admettre la validité du rapprochement que j’opère.

On pourrait pousser plus loin encore l’analyse. Comme il y a des présidents de cour d’assises remarquables et d’autres qu’on subit – comme avocat de tous les citoyens selon la définition que je donnais de mon rôle d’accusateur public, j’ai connu ces deux catégories -, il y a des animateurs et des chroniqueurs, dans la cour médiatique, avec lesquels on a plus ou moins d’affinités, qui vous stimulent ou parfois non…

Bienveillance

Je n’arrivais jamais en cour d’assises, quelle que soit la gravité des crimes à juger, sans vouloir offrir à toutes les parties au procès le meilleur humain et professionnel de moi-même, pour obtenir d’elles le plus de vérité possible. Il me semble que dans la cour médiatique, avec ce concert d’opinions et de convictions qu’est un débat, il ne peut y avoir de réussite sans équité et sans bienveillance de la part de ceux qui ont la charge d’être les « accoucheurs » de la réflexion des autres.

J’ai pu le constater dans mes billets et dans « Bilger les soumet à la question »1 sur Fréquence Protestante. Le meilleur moyen, paradoxalement, pour favoriser une concision à laquelle on tient est de ne pas interrompre et de ne pas enjoindre. Miraculeusement, alors, le verbe non contraint trouve son bon rythme et sa juste mesure. L’inverse le fait se dilater jusqu’à l’ennui.

Quand s’est accrochée dans ma tête cette envie d’évoquer mon trajet de la cour d’assises à la cour médiatique, je n’étais pas sûr de sa pertinence. J’espère que ce billet prouvera que j’avais tort.

MeTooMuch ?

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  1. https://youtube.com/playlist?list=PLzr9aUOAaV-x8XyxQhHccw8MiXp-66ghw ↩︎

Il faut une comparution immédiate pour les mineurs

Au cœur de l’actualité politique, médiatique et législative, la justice des mineurs demeure mal connue et mal comprise du grand public. Au-delà du fait qu’il est surprenant de voir des députés de la majorité présidentielle remettre en question le code de justice pénale des mineurs (CJPM), que leur camp a pourtant conçu et porté, notre collectif affirme que la réforme qui vient d’être adoptée par l’Assemblée nationale ne résoudra rien tant elle pèche par manque d’analyse des causes profondes des dysfonctionnements actuels.


De fait divers en fait de société, la justice pénale des mineurs est régulièrement au centre des débats, que ce soit pour critiquer son ambition affichée de donner la primauté à l’éducatif sur le répressif ou pour dénoncer le code de justice pénale des mineurs comme un ouvrage crypto-fasciste ayant pour but d’incarcérer tous les mineurs de France. Les commentateurs de tous bords semblent parfois oublier qu’on ne s’improvise pas juriste et que, tout comme ils ne s’aviseraient pas de procéder à la révision d’une centrale nucléaire sur la base de quelques vagues notions de physique, ils devraient s’abstenir de livrer des pseudo-analyses fondées sur des poncifs et des contre-vérités à propos d’un droit qu’ils maîtrisent mal et qui relève davantage de l’usine à gaz que du bel ouvrage législatif. Une mise au point s’impose, précisément dans l’intérêt du débat public, afin que chacun puisse se faire une opinion éclairée, fondée sur des informations précises et fiables.

Nous analyserons donc cinq réflexions fréquentes à propos de la justice des mineurs et tenterons de démêler le vrai du faux. Cet exercice sera également l’occasion de tenter de répondre à la question centrale pour qui voudrait réformer la Justice française : si laxisme il y a, la faute aux juges ou la faute à la loi ? Enfin, nous tâcherons d’apporter des propositions de réforme réelle, voire de véritable révolution.

épisode 1 épisode 3 épisode 4 épisode 5


Dans l’épisode précédent[1], nous avons exposé la procédure de jugement applicable aux mineurs : la fameuse césure (pour rappel : « Kévin, tu seras privé de téléphone… dans 9 mois ») et ses limites.

De nombreux commentateurs, journalistes et politiques percevant les difficultés posées par cette césure brandissent une idée qui permettrait de les résoudre : instaurer une comparution immédiate pour les mineurs.

Qu’est-ce qu’une comparution immédiate ? C’est une procédure de jugement rapide qui permet de présenter immédiatement (d’où son nom) après sa garde-à-vue un délinquant à un tribunal correctionnel composé de trois magistrats (pour faire simple). Elle permet de sanctionner sans délai le délinquant. Pour les majeurs, cette comparution immédiate permet un jugement dans un délai maximum de quatre jours, ce qui est effectivement très rapide. Dans l’attente, le délinquant peut être placé en détention provisoire. C’est donc une procédure très stricte et très protectrice de la société.

Compte tenu des faiblesses de la procédure de césure, l’idée de pouvoir accélérer le jugement des mineurs dans les cas les plus graves en les sanctionnant rapidement fait son chemin et une proposition de loi en ce sens a été adoptée par l’Assemblée nationale le 13 février 2025[2]. Cependant, d’une part elle se heurte à des obstacles pratiques, et d’autre part ne résout pas les problèmes de fond (laxisme de la loi et des juges) qui empêchent une vraie répression des actes graves commis par les mineurs.

Bien essayé mais… Informons les nombreux commentateurs, journalistes et politiques qui se passionnent subitement pour le sujet qu’une procédure de comparution rapide existe déjà pour les mineurs : l’audience unique. Elle permet de présenter un mineur au procureur immédiatement après sa garde-à-vue, de le placer sous contrôle judiciaire ou en détention provisoire puis de le juger dans un délai compris entre 10 jours et un mois en cas de détention.

L’article 4 de la proposition de loi ajoute à cette audience unique une procédure dite de comparution immédiate qui permet de faire venir le mineur devant le tribunal pour enfants le jour même ou dans un délai maximum de 4 jours, sans attendre le délai de 10 jours imposé actuellement par la loi.

D’une part, il est à noter que le mineur peut de toute façon renoncer au délai de 10 jours avant l’audience unique et donc comparaître plus rapidement devant le tribunal. C’est même dans son intérêt puisque cela réduit le temps passé en détention provisoire. La réforme envisagée ne change donc pas grand-chose aux possibilités juridiques déjà existantes.

D’autre part et surtout, la comparution immédiate prévue par la proposition de loi est très difficile à mettre en place techniquement car elle nécessite d’avoir la possibilité de réunir un tribunal pour enfants en urgence, dans un délai maximum de 4 jours.

Or, le tribunal pour enfants est composé d’un juge des enfants et de deux assesseurs civils, ne travaillant pas habituellement dans le tribunal, « particulièrement intéressés » par la Justice des mineurs. Il s’agit en général de retraités de l’Education nationale, d’anciens éducateurs ou d’actifs prenant sur le temps libre. Il est donc plus difficile de les réunir de manière imprévue que des magistrats exerçant chaque jour leurs fonctions dans la juridiction.

Par ailleurs, si n’importe quel juge du tribunal peut présider une comparution immédiate pour les majeurs, les juges des enfants sont en nombre limité (parfois un ou deux pour tout le tribunal) et pas toujours disponibles pour présider une audience en urgence.

Instaurer une comparution immédiate pour les mineurs nécessite donc d’abord un renforcement significatif des effectifs de juges des enfants, notamment dans les petites juridictions, pour pouvoir libérer un juge pour tenir une audience en urgence. Ensuite, cela exige de modifier la composition du tribunal pour enfants en supprimant les assesseurs civils. Cela n’est pas impossible mais semble peu envisageable à court terme compte tenu des contraintes budgétaires, légales voire constitutionnelles et matérielles actuelles. A conditions constantes, on voit mal comment la comparution immédiate envisagée par la réforme votée le 13 février 2025 pourrait s’appliquer concrètement.

La procédure d’audience unique est aujourd’hui un bon compromis entre jugement rapide et contraintes juridictionnelles. Rappelons qu’elle permet de juger le mineur dans un délai maximum d’un mois tout en le plaçant en détention provisoire dans l’attente, conditions satisfaisantes pour la protection de la société, des victimes et l’évitement de la récidive. La vraie difficulté en l’état actuel du droit réside dans les conditions TRES restrictives du recours à cette audience unique.

En effet, pour les mineurs de moins de 16 ans, la peine encourue doit être égale ou supérieure à 5 ans : impossible de l’appliquer pour des faits de violence sans incapacité de travail, même commis avec une arme, ou pour des faits de vol sans circonstance aggravante, ou pour une conduite sans permis ni même un refus d’obtempérer. Pour les mineurs de 16 ans révolus, le seuil est abaissé à 3 ans, ce qui est plus raisonnable mais exclut tout de mêmes certaines menaces et la plupart des délits routiers.

Par ailleurs, pour tous les mineurs, une condition d’antécédent doit être remplie puisque le mineur doit déjà faire l’objet d’un suivi. Elle n’est donc pas applicable aux primo-délinquants, quelle que soit la gravité des faits commis.

Illustrations :

  • Matthéo deale de la cocaïne depuis trois mois. Mais c’est sa première fois. « Rentre chez toi Matthéo, l’audience unique ce sera pour la prochaine fois ».
  • Matthéo a agressé sexuellement sa petite sœur de 4 ans. Il est convoqué, il rentre chez lui et recommence. Mais il n’a que 15 ans. « Rentre chez toi Matthéo, tu seras jugé dans un an, tu es trop jeune pour être sanctionné rapidement. »
  • Matthéo a pillé un magasin pour manifester sa colère et son incompréhension devant un système social et politique inique (et au passage porter des baskets de marque). Il a 14 ans. Il est placé, il fugue. Il est à nouveau placé, en centre éducatif renforcé. Il fugue et commet un vol avec violences. « Retourne au foyer Matthéo, tu ne peux pas aller en prison, tu as moins de 16 ans. Ta victime a le nez cassé et peur de te recroiser ? C’est bien dommage, mais c’est la loi. »

Ces conditions draconiennes ne permettent pas de prendre en compte des mineurs commettant des infractions graves de plus en plus jeunes, fréquemment en-dessous de 16 ans, ni des mineurs commettant dès le début de leur « carrière » des faits graves et notamment des atteintes aux personnes. Sur ce point, une réforme simple et efficace s’impose. Peut-être le salut viendra-t-il de la proposition Attal ?

Encore raté. La proposition de loi adoptée ne s’applique que sous plusieurs conditions cumulatives, extrêmement difficiles à réunir :

  • Le mineur doit être âgé d’au moins 16 ans (exit les apprentis dealers marseillais recrutés désormais au niveau bac à sable)
  • Il doit avoir commis un délit puni de 7 ans d’emprisonnement (5 ans en cas de flagrant délit) : exit la plupart des délits routiers, les violences commises avec une seule circonstance aggravante, les agressions sexuelles simples non flagrantes, le port d’arme, les menaces de mort, le harcèlement scolaire, le vol avec violence sans incapacité de travail, les destructions en réunion (coucou les émeutiers de l’été 2023), la rébellion contre les policiers et les gendarmes, le refus d’obtempérer…
  • Il doit être en état de récidive, c’est-à-dire avoir déjà été condamné pour des faits similaires.

Résumé : Matthéo pourra éventuellement peut-être, selon la météo du jour et l’horoscope, passer en comparution immédiate si un tribunal l’a déjà condamné pour des violences aggravées (c’est pas gagné, cf la procédure de césure), qu’il a plus de 16 ans et qu’il passe à nouveau quelqu’un à tabac (mais en réunion ou avec une arme ou sous alcool sinon ça ne marche pas).

Traduction : vas-y Matthéo fais-toi plaisir. Tu as moins de 16 ans ? Tu ne risques rien. Tu n’as jamais commis de délit grave ? Tu as le droit d’en commettre un, on viendra te chercher à partir du deuxième. Tu veux voler, violenter, conduire sans permis, outrager un policier ? Pas de comparution immédiate pour toi, c’est cadeau.

Alors nous trouverons toujours quelques journalistes du Monde, de Libération ou de France Info, des chroniqueurs du plateau de France 5, quelques syndicalistes de la protection judiciaire de la jeunesse ou quelques juges des enfants[3] pour hurler à la réforme fasciste et à l’enfance outragée. La vérité, c’est que cette réforme ne changera rien, que pendant ce temps des mineurs continuent à voler, agresser, détruire, en quasi-toute impunité, et que c’est un drame pour eux, pour les victimes et pour notre société.

RESPONSABLE PRINCIPAL : LA LOI

NOTRE PROPOSITION POUR EN SORTIR :

  • Faire juger les mineurs en comparution immédiate par le tribunal correctionnel, avec une habilitation spéciale « mineurs » du président du tribunal

La semaine prochaine, épisode 3 : « il est impossible de mettre un mineur en prison »


[1] https://www.causeur.fr/la-cesure-du-proces-penal-est-une-mauvaise-reforme-cjpm-305918

[2] https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b0448_proposition-loi#

[3] https://www.liberation.fr/societe/police-justice/justice-des-mineurs-les-comparutions-immediates-ne-sont-pas-une-procedure-adaptee-20250214_F4CWGV75FZGM7L654ONRXBNXBE/

Port du voile dans les compétitions sportives: les jeunes confondent égalité et naïveté

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Teddy Riner, après avoir mis tout le monde au tapis sur les tatamis, semble malheureusement vouloir passer au judo des idées… Mais son « on perd notre temps avec le voile » est heureusement esquivé par le gouvernement. Après quelques égarements, on semble y avoir majoritairement compris qu’après la loi de 2004 à l’école les islamistes ont bien reporté leur attention et leur travail d’entrisme sur le sport, autre espace où se forge l’éducation. Le voile demeure un « enterrement vertical » rappellent les défenseurs de la laïcité. L’accepter dans le sport serait un terrible recul pour la civilisation française, explique notre chroniqueuse.


Rien ne résume mieux ce qui pose problème dans l’acceptation du voile dans le sport que la passe d’armes sur X entre Teddy Riner, le judoka moult fois médaillé et Mahyar Monshipour, qui fut champion de boxe. Dans le premier cas, on a au mieux affaire à un naïf en mode « la voix de son maître qui sert ses nouveaux employeurs qataris en diffusant les éléments de langage de l’islam politique obédience Frères musulmans » (la création de la section judo du PSG aurait été en partie liée à l’intention de s’adjoindre les services de Teddy Riner, alors en difficulté dans son club de Levallois); de l’autre un Iranien qui a vu très concrètement l’apartheid sexuel être réinstallé violemment dans son pays grâce au voile. D’un côté l’idéologie violente mais présentée en mode mièvre et dégoulinant de fausse empathie, de l’autre, la réalité de l’expérience et du vécu.

Les militantes islamistes en faveur du voile dans le foot, devant le Sénat, janvier 2022. Image: capture d’écran YOUTUBE / Le Parisien.

Teddy Riner, pas un acharné de la laïcité

La sortie de Teddy Riner sur le voile est un exemple pur de la rhétorique frèriste : « Dans certains pays voisins, tout se passe bien avec le port du voile et ça n’emmerde personne. Je crois qu’en France, on perd notre temps. Pensons plus à l’égalité plutôt que s’acharner sur une seule et même religion. » Le déploiement de cette rhétorique a ici quatre phases : premièrement il s’agit d’évacuer la signification du voile, ce qu’il symbolise et ce qu’il dit sur la place de la femme. Deuxièmement, il s’agit de nier la violence sociale que son exigence recouvre. Le « ça n’emmerde personne » vise à évacuer la question des filles considérées comme des putes si elles ne le portent pas, la pression sociale pour être considérée comme une bonne musulmane et surtout la honte de soi : la femme musulmane doit cacher ses cheveux car elle est impudique et tentatrice en soi, la seule solution qui lui reste est la dissimulation : elle doit couvrir ce qui est sale. Donc elle-même. Troisièmement, une fois cet escamotage en règle effectué, n’oubliez pas un petit coup de victimisation pour la route à coup d’ « islamophobie ». Pensez donc, en France on s’acharnerait donc sur une seule et même religion, l’islam ? Et si c’était plutôt l’islam qui aujourd’hui s’acharnait à semer la haine et la mort à travers le monde, responsable de la majorité des attentats de ces dernières années et de cette violence ethnique, religieuse et séparatiste qui se développe dans nos sociétés ? L’accusation portée contre la France escamote la réalité des horreurs vécues depuis 2012 et liées au terrorisme islamique en même temps que les revendications séparatistes mises en avant au nom de l’islam. Enfin, quatrièmement, l’inversion accusatoire. C’est là que Teddy Riner réussit un beau renversement de perspective en faisant référence à l’égalité.

Parce que mettre en avant l’égalité pour revendiquer un signe qui promeut l’apartheid sexuel et symbolise justement le refus de l’égalité de droit entre les hommes et les femmes, il fallait l’oser ! Teddy l’a fait. On peut penser que le judoka n’est pas outillé pour comprendre le rôle malsain qu’on lui fait jouer dans cette histoire. Mais on peut trouver qu’il ne faut pas sortir de Saint Cyr pour comprendre à quel point le voile est un outrage à la liberté et à l’égalité des femmes. Comme on peut aussi trouver qu’il est temps d’arrêter d’excuser un sportif grassement payé qui promeut délibérément un outil d’oppression des femmes et tire à vue sur un pilier de notre civilisation et de notre contrat social.

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D’autant que pratiquer un sport de haut niveau ne signifie pas forcément être exempté de toute conscience morale et civique, la preuve avec Mahyar Monshipour. L’homme connait très bien ces questions et ne mâche pas ses mots dans l’interview qu’il donne au Figaro : « Les sportifs ou artistes qui prennent la parole sur ce sujet ne doivent pas devenir les idiots utiles de l’islam des Frères musulmans. » « Il faut bien comprendre le dessein derrière le voile : il s’agit de rendre habituelle la présence du fait religieux. On ne parle pas de port d’une simple croix mais de la volonté de cacher la femme avec le voile. Le voile est un linceul et le signe visible d’une inégalité entre l’homme et la femme. » L’ancien boxeur explique notamment que l’école étant protégée en France par la loi de 2004 sur le voile, les Frères ont reporté leur attention et leur travail d’entrisme sur le sport, autre espace où se forge l’éducation. La place du corps dans le sport est importante et permet l’emprise notamment sur des jeunes filles en pleine transformation physique et faciles à convaincre. Quant à l’objectif ultime des Frères musulmans, il consiste à « rendre le port du voile classique puis extraire les femmes du monde du sport ».

Dans cette interview, Mahyar Monshipour fait référence notamment au travail de la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio et du sénateur Michel Savin sur ces questions. Il a raison, car comme on l’a vu à l’école, la loi et l’implication des politiques est essentielle pour empêcher que les droits des femmes finissent par succomber aux assauts islamistes. Mais justement, sur cette question, comment ont réagi les politiques ?

Auberge de la lâcheté : COMPLET

Tout part du vote d’un amendement au Sénat interdisant le port du voile dans le sport. Cela fait réagir les Frères musulmans pour qui le sport est un terrain de propagande et de recrutement privilégié qui font monter au créneau leurs sportifs stipendiés. Comme le monde politique, malgré le sang que l’islamisme a répandu sur notre sol, pense que le sujet est clivant, le président de la République prend bien garde de ne pas se positionner. Après tout, quelle importance, il ne s’agit que de défendre l’égalité en droit pour les femmes. Quel intérêt électoral ? cela ne peut que faire baisser les votes de la jeunesse des quartiers d’un côté, sans rien rapporter de l’autre, certaines femmes se mobilisant même pour être considérées comme des ventres, des sexes sur pattes et des inférieures. C’est ainsi qu’interrogé sur le sujet, Edouard Philippe s’est livré sur France Inter à tellement de contorsions que l’on n’est pas sûr d’avoir bien compris où le pauvre homme habite. A l’auberge de la lâcheté en tout cas. Sa rhétorique était le décalque absolue de celle de Lionel Jospin lorsqu’il refuse de trancher sur le voile à l’école. Il y ajoute un discours indigent qui fait de la laïcité, la société protectrice des religions. Ce n’est pas si étonnant quand on sait les liens que l’homme entretenait avec Médine et certaines associations frèristes sur son territoire comme Havre du savoir. Il a pu être constaté, à l’occasion de cette polémique, l’absence totale de convictions et de doctrine sur la question de l’islamisme alors que cette menace est une des plus fortes qui pèse sur l’hexagone.

Côté gouvernement, la polémique a fait tanguer le bateau mais celle-ci a été tranchée par François Bayrou qui a conforté les ministres en pointe dans la lutte contre l’islamisme. Bruno Retailleau (à l’origine de l’amendement du Sénat) et Gerald Darmanin sont montés au créneau pour défendre l’interdiction, soutenus par Manuel Valls tandis que Marie Barsacq, la ministre des Sports et Elisabeth Borne, ministre de l’Education défendaient la « liberté de porter le voile ». Elles sont vite rentrées dans le rang, l’arbitrage de François Bayrou ayant été clair et les Français plébiscitant la fermeté vis-à-vis des revendications islamistes.

A gauche, en revanche, pas de surprise. Mettre des limites à l’islam est vu comme raciste, donc critiquer le voile est raciste, donc critiquer le sexisme est raciste… C’est parfaitement stupide écrit ainsi, mais dans le réel, cela fonctionne. Donc, quand la droite veut interdire le voile dans le sport car cela revient à légitimer un outil sexiste de rabaissement de la femme, la gauche s’étouffe d’indignation. Pour Jean-Luc Mélenchon, sans surprise, on est dans une « surenchère raciste » et « dans la course à l’échalote à la violence verbale ». Parole d’expert ! Pour Mathilde Panot, tout cela fleure bon « l’extrême-droite ». Marine Tondelier reprend la rhétorique hypocrite utilisée par le PS et déplore une « laïcité instrumentalisée pour cibler toujours la même religion » et se dit préoccupée par une stigmatisation des femmes musulmanes. En revanche elle ne voit pas en quoi le voile est réellement stigmatisant. Olivier Faure, lui, reste courageusement planqué.

Paris, 6 septembre 2020 © GODONG/ BSIP via AFP

Pour nos faux « progressistes », un signe stigmatisant stigmatisé…

Il n’y a donc personne à gauche pour défendre les droits des femmes. Entre les revendications des islamistes et l’égalité des droits, la gauche a choisi de servir les islamistes. En matière de hiérarchie des valeurs elle fait passer la religion avant la liberté de conscience et de pensée. Un renversement qui la sort de la quête de valeurs universelles pour servir une religion particulière. Elle oublie ainsi la leçon de Kamel Daoud qui expliquait que ce morceau d’étoffe était « un enterrement vertical ». Grâce à la gauche aujourd’hui, refuser le voile au nom de la revendication de sa liberté individuelle, c’est être traître à sa culture et à ses ancêtres. Une posture honteuse dans laquelle, au nom du clientélisme électoral, la gauche a abandonné toute honnêteté intellectuelle – pour rester polie. L’un des organes d’influence des Frères musulmans, interdit en France mais réfugié au Belgistan, le CCIE (Collectif Contre l’Islamophobie en Europe) a d’ailleurs salué le discours des écologistes ou de Teddy Riner. Quant à l’ONU, qui devient la voix du Sud global sous influence islamiste, et elle critique comme Amnesty international le choix de l’interdiction en France. Entre les droits des femmes et la soumission à l’islam, ces instances choisissent la contrainte religieuse dans son expression la plus radicale. Les femmes repasseront.

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Pour les centristes et les macronistes, le flou reste de mise. Notre trop bavard président étant incapable d’avoir une doctrine sur les sujets véritablement politiques, le silence prévaut. Sauf dans le cas d’Aurore Bergé toujours impeccable sur ces sujets. En revanche la droite a une doctrine en la matière. De Bruno Retailleau à Laurent Wauquiez en passant par David Lisnard, tous sont clairs sur la nécessité de combattre le voile et sur le fait que ce signe est stigmatisant pour les femmes et remet en cause l’égalité des droits. Ils présentent donc un front uni et un diagnostic partagé ce qui augmente leur crédibilité. La droite nationale est, elle aussi, unie sur cette question évidemment.

Cette polémique aura eu le mérite d’éclaircir à la fois l’importance de l’influence des Frères musulmans, l’ampleur de l’entrisme de leur propagande en France et dans le milieu sportif, la domination des éléments de langage islamistes dans les références de la gauche en la matière et la clarification qui s’est imposée à droite. Mais elle montre aussi à quel point notre système politique accepte que soit attaqué sur notre sol un des piliers de notre contrat social, l’égalité en droits, à partir du moment où les femmes sont ciblées. Contester l’égalité au nom de la race entraîne de violents levers de boucliers, le faire au nom du sexe passe crème… En France revendiquer son sexisme est devenu un combat politique acceptable s’il est recouvert du manteau de la liberté religieuse. Un terrible recul civilisationnel.

Silence coupable

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Les belles âmes sont coupables

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La Tour Eiffel voilée, un rabbin agressé, un adolescent poignardé, un responsable communiste qui reconnaît l’existence du racisme anti-blanc : la violence se banalise en France, l’antisémitisme y prospère, pendant que ses dirigeants restent passifs, s’inquiète Ivan Rioufol…



Qui a mis la France dans cet état ? Ceux qui sont encore aux commandes. Parce qu’ils restent immobiles, ils sont aussi responsables des agressions qui se suivent et se ressemblent. À Orléans, samedi, un rabbin a été battu physiquement par un jeune musulman. Lundi, lors d’une rixe entre bandes, le jeune Sékou a été poignardé à mort devant son lycée professionnel de Yerres (Essonne). Le même jour, une marque de vêtements islamiques a, sur TikTok, habillé la Tour Eiffel de la tête aux pieds.

Les Juifs ne sont plus en sécurité dans les rues. Les couteaux se banalisent chez les élèves. L’islamisme exhibe ses voiles. En 1999, le journaliste Christian Jelen, aujourd’hui disparu, alertait déjà sur La guerre des rues (Plon) en pointant le lien entre l’immigration et l’insécurité, l’échec de l’intégration, l’inefficacité des « politiques de la ville ». Il dénonçait « la progression des violences scolaires (qui) date du début des années 1980 » et les excuses sociales qui occultent les différences culturelles du Maghreb et de l’Afrique noire. Depuis, tout a empiré. Un exemple : le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) conteste l’invitation faite par le gouvernement israélien à Jordan Bardella et Marion Maréchal, pour intervenir jeudi à Jérusalem dans un colloque sur l’antisémitisme. Bernard-Henri Lévy, en protestation, a annulé sa participation. Mais le Crif, en reproduisant par réflexe un rejet qui se comprenait s’agissant du RN de Jean-Marie Le Pen, n’est plus crédible dans sa protection des Juifs défendus par Marine Le Pen. « Il faut lutter farouchement contre l’antisémitisme », a redit ce mercredi Jean-Philippe Tanguy (RN) sur CNews et Europe 1. À l’image des dirigeants politiques, les institutions juives ne sont plus en phase avec leur base, avec la réalité. Il est vain de se désoler de l’ « antisémitisme d’atmosphère » en continuant à diaboliser ceux qui dénoncent une immigration ouverte à l’islam conquérant et judéophobe.

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En clair : il y en a marre d’entendre les belles âmes se lamenter de situations qu’elles contribuent à consolider en se pliant à des idéologies qui ont démontré leurs nuisances. Autre exemple : depuis lundi, les militantes MeeToo emplissent le prétoire du tribunal correctionnel de Paris pour soutenir l’accusation d’ « agression sexuelle » portée par deux femmes contre Gérard Depardieu, qui a décidé de se défendre contre une « terreur » féministe. Or dans le même temps, MeeToo et la presse de gauche délaissent la cause de Chahinez Daoud. Cette femme a été brûlée vive en 2021 par son mari, Mounir Boutaa, qui comparait devant les assises de la Gironde depuis lundi. L’assassin a tué son épouse parce qu’elle voulait se vêtir à l’occidental et refusait le voile. Il l’avait menacée : « Je vais te renvoyer en Algérie dans un coffre, sale pute ! ». Mais la domination de l’homme sur la femme, prescrite par le Coran, n’est pas un sujet qui intéresse celles qui ne veulent s’en prendre qu’au mâle blanc occidental vu comme un prédateur. Cet aveuglement des féministes sur la condition des femmes musulmanes s’ajoute à celui des anti-racistes qui contestent le racisme anti-Blanc et ne voient rien du nouvel antisémitisme. D’où une première question : pourquoi continuer à prendre ces gens au sérieux ? Seconde question : pourquoi ne pas leur demander réparation de leurs incuries, de leurs fautes ?

«Django Reinhard a révélé notre peuple»

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"Gainsbourg (vie héroïque)" de Joann Sfar, 2010 : Angelo Debarre (à gauche), guitariste manouche virtuose, donne des leçons à Serge Gainsbourg (Éric Elmosnino) © Universal Pictures International France

Angelo Debarre est aujourd’hui l’un des plus grands guitaristes manouches. Selon lui, lorsqu’on est né dans la communauté des gens du voyage, la musique est une chose qui va de soi, c’est un miracle quasi divin, et Django Reinhardt, inventeur du « swing manouche », demeure une figure solaire


Angelo Debarre en concert au Django d’Or à l’Alhambra à Paris,
décembre 2009 © Photographie de Marc Chesnau

Un soir de décembre dernier, je marche dans la rue des Lombards. Devant l’un des trois clubs de jazz de la rue, j’aperçois sur l’affiche à l’entrée un nom : Angelo Debarre. Quels souvenirs ! Je devais avoir 16 ans lorsque je l’ai vu en concert. J’en ai gardé un souvenir magique, mystérieux, enveloppé d’un voile de brume tzigane. Manouche de mes rêves ! J’avais été ébloui par la classe de ce ténébreux guitariste. Et bouleversé par la beauté de sa musique. Debarre est l’un des plus grands maîtres de la musique manouche. Ses guitares ont parcouru le monde et fait résonner l’âme de son peuple aux quatre coins de la planète. Il suffit de le regarder jouer quelques secondes pour comprendre qu’il est un virtuose absolu. Angelo Debarre mêle en son jeu une technique époustouflante, un lyrisme envoûtant, un swing à couper le souffle et une humanité déchirante de douleur et de joie, tellement manouche. Ce soir de décembre, je me décide donc à entrer au Sunset, l’écouter, vingt ans après. Le club est bourré. Angelo est assis, sa guitare entre les mains, entouré d’un contrebassiste et d’un autre guitariste. Il fait des merveilles. La salle est ensorcelée. Pas un bruit. Les esprits manouches, tziganes, sinté* ont pris possession du lieu. Debarre, lui, est habité par la musique, par la poésie. Quand il joue, il ne bouge pas.

C’est un tragédien solennel. Il en a d’ailleurs le visage. Sa gueule magnifique semble coupée au couteau ou taillée dans le marbre. Les vers des rois de Racine pourraient sortir de sa bouche. Mais il est né chez les manouches, dans une caravane, et ce sont les notes de la guitare qui éclatent – divinement ! – sous ses doigts de sorcier et forment les poèmes des gens du voyage. Et quel swing ! Ça « transmet » comme on dit dans le monde de la tauromachie. Les quelques jeunes entassés au fond du club ne peuvent s’empêcher de danser. Angelo Debarre, lui, officie tranquille, serein. Pour lui, ça roule. Je l’attends à la fin du concert. Il salue le public, dédicace quelques albums, et sort s’en griller une. Je me présente, le félicite, lui témoigne mon admiration, et lui propose une interview dans Causeur. « Si tu veux. Mais c’est pas moi qui viendrai à Paris ! Si tu veux qu’on fasse ça, tu viens chez moi, à Samois. » Samois-sur-Seine. La ville où Django s’était sédentarisé. Celle aussi où il fut enterré en 1953.

Un lieu de pèlerinage. Sa tombe est toujours plus ou moins jonchée de médiators – ce petit outil triangulaire dont les musiciens se servent pour gratter les cordes de la guitare – que viennent déposer les guitaristes en son souvenir. D’autres musiciens sont enterrés avec lui : son frère Joseph (qui l’accompagnait à la guitare), ainsi que ses fils Lousson et Babik, guitaristes aussi. Chaque année, en juin, c’est dans ce village que se déroule le Festival Django Reinhardt, festival de jazz faisant la part belle à la musique de Django : le « jazz manouche ». C’est dans cette ville qu’Angelo a lui aussi décidé d’abandonner sa caravane et la vie de voyageur. D’autres guitaristes s’y sont installés, comme Romane, David Reinhardt (petit-fils de Django) ou encore Mathieu Chatelain. Ce village d’à peine plus de 2 000 habitants semble suspendu dans le temps. En cet hiver, les rues y sont presque désertes. Sa beauté est intacte, douce et paisible. Une impression de rêve. Depuis le quai de la République – non loin de la petite maison dans laquelle Django a fini ses jours et sur la façade de laquelle trône une plaque en sa mémoire –, on se croirait sur une île. C’est là, au Aum Caffè, où il a ses habitudes, qu’Angelo Debarre nous a donné rendez-vous.


Causeur. Quelle a été la place de la musique dans votre enfance ?

Angelo Debarre. Je suis né dans une famille de musiciens. Chez nous, les manouches, on aime beaucoup la fête. Et il n’y a pas de fête sans musique. Ma mère chantait, et elle s’accompagnait à la guitare. Ce n’était pas son métier, c’était pour son plaisir, comme chez beaucoup de manouches. C’est elle qui m’a appris mes premiers accords. J’ai commencé à jouer vers 7 ans.

Donc votre révélation pour la musique, vous l’avez eue par la famille, par le mode de vie manouche ?

On peut dire ça, car la musique va de soi chez nous. Enfin, c’est comme ça que ça a commencé en tout cas. Mais ma grande révélation pour la musique c’est lorsque, jeune encore, j’ai écouté Django Reinhardt. La musique de Django, c’était un peu plus jazz et swing que ce qu’on jouait chez nous. Lorsque j’ai entendu sa musique pour la première fois… j’ai été foudroyé. C’était la révélation.

En famille, on ne jouait pas la musique de Django, celle qu’on appelle aujourd’hui le « jazz manouche » ?

Déjà pour commencer, je n’aime pas ce terme de « jazz manouche ». Surtout aujourd’hui. Maintenant « jazz », ça ne veut plus rien dire. On appelle tout jazz. Lorsque j’écoute des émissions de jazz, je me dis : ça, c’est du jazz ? Ils te passent des trucs, et tu te dis : quel rapport avec le jazz ? Ça ne swingue même pas ! Donc plutôt que « jazz manouche », je préfère « swing manouche ». Pour en revenir à votre question, la musique qu’on jouait dans mon enfance, c’était principalement du folklore de chez nous, de la musique tzigane. Et puis de la variété swing des années cinquante. Également la chanson française.

Pensez-vous que, chez les gens du voyage, la musique tienne une place plus importante que dans le reste de la population ?

Oui, c’est évident. La musique, c’est la joie et la liberté. Chez les manouches, ces deux choses sont essentielles. Chez nous, la vie n’est pas toujours facile, et autrefois encore moins. Vous imaginez ce qu’a pu être la vie des gens du voyage il y a cent ans ? Donc, nous avons besoin de cette joie intense que procure la musique. Elle nous soigne, elle nous apaise. Elle nous libère. Avec la musique, même dure, la vie vaut d’être vécue. C’est aussi pour cela que notre musique est à la fois si joyeuse et si poignante. Si intense ! C’est parce qu’elle est le fruit de notre histoire parfois douloureuse. C’est un peu l’équivalent du blues pour les Noirs américains.

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La musique qui swingue, dans le jazz américain, est tombée en désuétude. Le jazz à la mode aujourd’hui, comme vous l’avez d’ailleurs dit, ne swingue plus. Alors que le swing manouche reste, lui, assez en vogue. On compte de nombreux musiciens dans ce style, aujourd’hui encore, faisant des carrières importantes, comme vous, Biréli Lagrène ou encore Stochelo Rosenberg. Sans compter la nouvelle génération ! Si cette musique reste si vivante, ne serait-ce pas dû au fait que plus qu’une musique, elle est une culture ?

Évidemment. Le swing manouche fait partie de notre mode de vie. Il nous rassemble. Le jazz américain, lui, n’a cessé d’évoluer, jusqu’à se perdre. Nous, notre swing, c’est un art et une tradition que l’on a perpétués dans le respect de celui qui l’a créé : Django. Le swing manouche n’a pas vraiment connu d’évolution. Chacun le joue en y apportant sa personnalité, mais dans un respect scrupuleux de ce style.

Les gens du voyage sont donc un peu conservateurs ?

Et comment ! Heureusement ! Sans cela, on serait complètement dilués dans la population. On ne serait plus nous-mêmes. Qu’est-ce qui est beau dans le monde ? C’est la différence ! Et pour qu’il y ait des différences, il faut que chacun reste soi-même. La mondialisation, ce n’est pas notre truc. C’est à cause de cette uniformisation que le monde va vers sa mort. Mais nous, on résiste !

Les jeunes manouches pratiquent toujours autant la musique tzigane et celle de Django ?

Oui. Bien qu’ils jouent aussi la musique de leur époque à eux. C’est normal. Mais chez nous, je peux vous dire que tous les jeunes, je dis bien tous, savent qui est Django Reinhardt et ce qu’il représente. C’est leur histoire, celle de leur peuple, et ils le savent.

Cette musique, le swing manouche, existait-elle avant Django ?

Non, ce style, c’est lui qui l’a créé. Avant lui, on jouait notre folklore, la valse musette aussi, les chants traditionnels… Django était un musicien qui jouait tout cela. Mais lorsqu’il a découvert le jazz américain, et donc le swing, il a tout de suite été séduit. Il l’a mêlé à la musique de sa communauté. Et le swing manouche est né ! Et grâce à cela… il a révélé notre peuple. Django reste le grand manouche de l’histoire ! D’ailleurs, dans la société actuelle encore, les manouches sont tolérés et respectés uniquement s’ils sont musiciens. Sinon, pour les gens, nous restons des « voleurs de poules ».

Pour vous, qu’y a-t-il d’important à dire sur Django Reinhardt ?

L’importance de Django ne se dit pas, elle s’écoute. Il est plus qu’un musicien, plus qu’un guitariste. C’est un génie. Les musiciens le savent tous. Il est l’un des plus grands maîtres de son instrument. Il y a plein de grands guitaristes, mais Django à cette puissance, ce mystère inexplicable, qui fait qu’il est supérieur. Mozart ne s’explique pas, Django non plus. Ce sont des gens envoyés par le Ciel. Je ne dis pas ça en l’air, je le pense sincèrement. Ce ne sont pas des gens normaux. Ils sont habités par la grâce.

Obsèques de Django Reinhardt à Samois, mai 1953 © D.R.

Il y a le génie, bien sûr… mais le travail dans tout cela ? Dans votre cas, lorsqu’on vous voit jouer, votre vélocité, votre virtuosité et votre technique époustouflent. Cela demande un gros travail ?

Eh bien non… (rires) je n’ai jamais été un grand courageux. Je n’ai jamais bossé comme un malade. Franchement, ce n’est pas pour m’en vanter, mais je ne suis pas un gros travailleur. J’ai fait ma petite école en jouant, en improvisant, en écoutant les autres… voilà. Il y a eu un petit peu de travail évidemment. Mais j’ai surtout toujours compté sur la magie. Moi je suis croyant. Et pour moi la musique, c’est un cadeau de Dieu. Ça descend comme un miracle. Parfois il m’arrive de jouer sans que le miracle ne se produise. On joue bien, mais sans plus. Et puis parfois, on a l’impression que Dieu pose sa main sur nous, et tout s’envole. Quand on commence à swinguer, il y a quelque chose de miraculeux, d’inexplicable.

À ceux qui ne connaissent pas Django Reinhardt, que conseilleriez-vous d’écouter?

Les enregistrements entre 1939 et 1948 pour entendre la couleur, le style qui ont révélé Django. Puis le dernier enregistrement de 1953 beaucoup plus jazz, qui est un chef-d’œuvre. Il y a enregistré ses compositions, comme le magnifique Nuages, mais aussi quelques classiques du jazz américain. Et cette fois pas avec la formation traditionnelle de swing manouche pour l’accompagner, mais avec un trio piano, contrebasse, batterie. Il faut absolument écouter cela.

C’est pour être plus près de Django que vous vous êtes sédentarisé à Samois ?

Pas vraiment. Mais sans lui, je n’aurai probablement pas connu cette ville. C’est arrivé en 2009. Je suis venu ici passer quatre jours pour le Festival Django Reinhardt, avec un cousin à moi qui m’avait accompagné avec sa caravane. On s’était installé avec plein de manouches. C’était merveilleux cette ambiance. Et puis, le festival s’est terminé, mais on est resté encore un peu. Ensuite, j’ai loué un emplacement de caravane dans le camping de la ville. Et puis, avec ma femme, on s’est vachement bien plu ici. On a décidé de louer un appartement dans le centre-ville, puis une maison. Et finalement, j’ai acheté un terrain et j’ai construit ma maison. J’ai quitté le groupe avec lequel on vivait et voyageait. Voilà, ça s’est fait comme ça. J’ai même repris et tenu le restaurant sur les quais, Chez Fernand, pendant un an et demi. Je dois dire que la vie de voyageur, avec la musique, c’était difficile. Je partais en voyage pour jouer, en tournée, et quand je revenais au camp, il fallait reprendre le volant pour voyager encore. Je passais donc ma vie sur les routes et dans les aéroports. Pour organiser les tournées, c’était un casse-tête. Et puis, vous savez, pour les gens du voyage de manière générale, c’est de toute façon de plus en plus compliqué. Autrefois, quand on trouvait un joli terrain près d’une rivière ou sur les rives d’un fleuve, on s’y installait comme ça, quelques jours, puis on repartait. C’était poétique, simple, naturel. Maintenant, c’est devenu un enfer. Tout est clôturé de partout, tout est interdit, tout est réglementé. Des terrains « libres » comme avant, ça n’existe plus. Mais ici, à Samois, je suis heureux. Je ne regrette pas mon choix… et je comprends celui de Django !

*Sinté : ethnie tzigane d’Europe de l’Ouest.

Sommet de l’Élysée: coalition des volontaires ou des bras cassés?

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Volodymyr Zelenskyy, Emmanuel Macron et Keir Starmer, Sommet pour une coalition de volontaires, Paris, 27 mars 2025 © Ludovic Marin/AP/SIPA

Emmanuel Macron réunit à Paris une trentaine de pays alliés de Kiev pour envisager la fin de la guerre en Ukraine et l’après. Emmanuel Macron et Keir Starmer, les deux chefs des armées les plus puissantes du continent, divergent toutefois sur la sécurité à proposer à l’Ukraine: M. Macron préconise une force de maintien de la paix sous l’égide de l’ONU sur le sol ukrainien, tandis que M. Starmer privilégie une protection aérienne et maritime sans troupes au sol. Les deux hommes s’opposent aussi sur un éventuel partenariat de défense entre le Royaume-Uni et l’UE, avec des Européens, notamment la France, conditionnant l’accord à des concessions sur des points liés au Brexit, comme la pêche et la mobilité des jeunes… Analyse.


Aujourd’hui, les représentants de 31 pays se réunissent à l’Élysée à l’invitation d’Emmanuel Macron. Leur but ? Discuter des garanties de sécurité que ces pays sont prêts à proposer à l’Ukraine en cas d’une cessation des hostilités entre cette dernière et la Russie. Il sera question aussi d’un traité de paix élaboré par la France, le Royaume Uni et l’Ukraine qui devrait être soumis par la suite au jugement des États-Unis. La liste des invités comprend les États-membres de l’Union européenne et certains membres de l’OTAN comme le Royaume Uni, la Norvège et le Canada. L’objectif ultime consiste à montrer au monde, et surtout aux Américains et aux Russes, que l’Europe et ses alliés sont capables de constituer une force de dissuasion militaire digne du nom et apte dans une certaine mesure à remplacer les États-Unis dans leur rôle de gendarme international. Après des années d’inertie, d’indécision et de désaccords, la tâche que s’est fixée l’Europe sera extrêmement ardue. Emmanuel Macron et ses convives seront-ils à la hauteur ?

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Vivre d’industrie

Depuis la fin de la guerre froide, l’Europe en tant que continent a trop souvent contemplé les conflits armés dans le monde comme une spectatrice ou comme une actrice mineure. Il est vrai que certains pays – surtout la France et le Royaume Uni – ont participé à des interventions occidentales au Moyen Orient, en Afghanistan ou en Afrique de l’Ouest, mais ces opérations n’étaient pas nombreuses et ne constituaient pas des entreprises européennes, initiées et réalisées par l’Europe. Il était peut-être naturel que, après les deux guerres mondiales et les tensions de la guerre froide (surtout celles inspirées par la course aux armements nucléaires), l’Europe préfère regarder ailleurs plutôt que de faire face à toutes ses responsabilités en matière de défense et de sécurité. Le problème, c’est qu’elle a voulu incarner les valeurs de démocratie, de droits de l’homme et de commerce libre sans se doter des moyens de défendre ces valeurs seule par la menace dissuasive ou, si nécessaire, sur le champ de bataille.

Pendant des années – et à l’époque où le Royaume Uni était encore membre de l’UE – trop de temps et d’efforts ont été gaspillés dans la poursuite d’un feu follet : une armée européenne. Au-delà du fait évident qu’il était chimérique de vouloir créer une force unique à partir des éléments disparates qu’étaient les armées des États-membres, chacune ayant une culture militaire différente et parlant une langue différente, on a négligé une condition préalable essentielle : la coordination d’une industrie de la défense européenne. Et cette condition préalable elle-même avait une condition préalable : une vision stratégique des conflits de l’avenir qui permette de déterminer quelles armes et quels systèmes de défense il valait mieux construire.

A cet égard, on s’est trompé aussi dans une certaine mesure. Les deux pays qui possèdent des armées professionnelles aguerries et l’arme nucléaire – la France et le Royaume Uni – ont eu tendance à se focaliser sur la création de forces d’intervention rapides et mobiles, souvent aéroportées, capables de réaliser des opérations antiterroristes, de sauvetage ou de maintien de la paix un peu partout dans le monde. L’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a montré qu’une guerre de haute intensité et se passant sur le sol européen représentait toujours un risque important. C’est ainsi que, à l’heure actuelle, nous sommes condamnés à improviser notre réponse à la situation créée par Poutine et Trump. Nous devons développer une vision stratégique commune, servie par une coordination précise de nos forces armées qui seront équipées du matériel nécessaire à l’exécution d’objets communs clairement définis. Et on doit le faire en un temps record !

A l’Ouest, quelque chose de nouveau

Il y a quelques bonnes nouvelles. Les dirigeants des deux pays possédant les armées les mieux préparées au combat – Emmanuel Macron pour la France, et sir Keir Starmer pour le Royaume Uni – ont compris l’urgence de la situation et ont pris les devants. D’abord, en se rapprochant l’un de l’autre ; ensuite, en réunissant les partenaires potentiels d’une « coalition des volontaires » (traduction de l’anglais, « coalition of the willing »). La réunion d’aujourd’hui a été précédée par deux sommets à Londres, les 2 et 15 mars. Une autre réunion, décisive, est prévue pour le mois de mai. En vérité, cela fait longtemps qu’Emmanuel Macron appelle à galvaniser l’industrie de la défense en Europe et à acheter des armements « made in Europe », bien qu’avec un succès mitigé. Car les Européens ont dû faire face à un paradoxe du type « la poule et l’œuf » : pour stimuler l’industrie de la défense, il faut lui donner des commandes ; mais pour que l’industrie ait la capacité d’y répondre rapidement, il faut qu’elle ait déjà grandi suffisamment. Par conséquent, des États-membres comme l’Allemagne ou la Pologne ont préféré acheter du matériel américain. Le président français a pu prendre d’autres initiatives allant dans le bon sens, comme la création en 2018 de l’Initiative européenne d’intervention, une structure rassemblant certains États-membres et le Royaume Uni en vue de la création d’une culture stratégique commune.

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A la différence d’Emmanuel Macron, Keir Starmer est un converti récent à la nécessité de dynamiser notre défense commune. Mais si sa conversion – provoquée par Donald Trump – est récente, Starmer fait preuve de tout le zèle des nouveaux convertis. Tandis que la France se donne très peu de marge de manœuvre financière, Starmer, tout socialiste qu’il est, parle de coupes budgétaires même dans la provision des services sociaux afin d’augmenter les dépenses militaires. En France, on voit rarement un tel courage.

L’autre nouvelle plutôt positive, c’est que l’UE, dans son livre blanc sur la défense, publiée le 19 mars, a pris toute la mesure des difficultés auxquelles l’Europe doit faire face. D’abord, il n’y est nullement question d’une armée européenne, chaque État-membre étant responsable de ses propres forces armées, de leur doctrine, de leur déploiement et de la définition de leurs besoins. Le livre blanc reconnaît aussi que l’industrie de la défense n’est pas encore en état de subvenir à tous les besoins de l’Europe. Parmi d’autres mesures, la Commission va emprunter 150 milliards d’euros sur les marchés de capitaux afin d’accorder des prêts aux États-membres désireux d’investir dans leur défense. Cet instrument s’appellera SAFE (« Security Action for Europe ») et obligera les emprunteurs à acheter auprès des entreprises de l’UE. Des exceptions peuvent être faites dans le cas de pays candidats à l’adhésion à l’Europe et de pays ayant signé un « Partenariat de défense et de sécurité » avec l’UE. Autre mesure financière, la Commission va accorder une souplesse budgétaire aux États-membres concernant leurs dépenses sur la défense, ce qui pourrait leur permettre collectivement d’investir jusqu’à 650 milliards d’euros de plus. Enfin, il est question aussi de libéraliser le marché de l’épargne pour que jusqu’à 1000 milliards d’euros d’économies de citoyens européens, économies qui « languissent » actuellement dans des comptes bancaires, puissent être investies dans l’industrie de la défense.

L’Union européenne a la pêche enfin ?

En dépit de ces bonnes nouvelles, il y a quand même des grains de sable qui gâchent l’unité retrouvée et l’enthousiasme martial des partenaires européens. D’abord, il y a des divergences sur le dispositif de sécurité à proposer à l’Ukraine après un accord de paix éventuel. Emmanuel Macron parle d’une force de maintien de la paix à installer sur le territoire ukrainien sous l’égide des Nations Unies. Keir Starmer est plus réticent par rapport à l’idée de troupes européennes et autres au sol et évoque plutôt la protection de l’espace aérien et des eaux territoriales de l’Ukraine par des armées de l’air et des marines étrangères.

Plus grave, il y a un différend quant au marché des armements. Si l’instrument financier SAFE permet à certains partenaires d’avoir accès au marché européen, il serait logique que le Royaume Uni, quatrième exportateur d’armements après l’Allemagne, la France et l’Italie, mais dont BAE Systems est le plus grand fabricant en Europe, puisse conclure un Partenariat de défense et de sécurité avec l’UE. Mais c’est ici que les rancunes léguées par le départ britannique de l’UE remontent à la surface. Car du côté européen, négocier un tel partenariat se révèle une bonne opportunité pour renégocier les termes du Brexit. Des voix se sont élevées exigeant qu’un partenariat soit conditionné à une révision de la politique frontalière à Gibraltar, la création d’un nouveau programme de mobilité pour les jeunes, et un plus grand accès pour les États-membres de l’UE aux eaux de pêche du Royaume Uni. C’est notamment la France qui insiste sur cette dernière concession, comme si améliorer le plat de poisson devant lequel le citoyen moyen s’attable était plus urgent pour les Européens que de se faire respecter sur la scène internationale à un moment de crise aiguë.

Nous verrons quelles seront les conclusions du sommet d’aujourd’hui, ainsi que les annonces du mois de mai. Pourtant, le plus grand ennemi de l’Europe, à savoir la discorde entre ses partenaires, semble nous menacer encore une fois. L’objectif de tous est censé être de prendre au sérieux enfin les questions de défense et de sécurité. Allons-nous montrer au monde que la rivalité entre dirigeants et les chamailleries entre pays sont tout ce dont nous sommes capables ?

Roumanie: les clés pour comprendre une élection pas comme les autres

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Des Roumains manifestent après que la Cour constitutionnelle de Roumanie a confirmé l'interdiction de la candidature de Calin Georgescu à la reprise de l'élection présidentielle, à Bucarest, Roumanie, le mardi 11 mars 2025 © Vadim Ghirda/AP/SIPA

Annulé en décembre dernier pour cause d’une ingérence numérique russe présumée, le scrutin présidentiel roumain devrait finalement se tenir en mai prochain… sans le candidat favori Calin Georgescu, disqualifié par la Cour suprême. Coup d’État des juges ou lutte légitime contre un homme sous influence étrangère ? Éléments de réponse.


Coup de tonnerre à Bucarest. Le 11 mars, on apprenait que la Cour constitutionnelle roumaine refusait définitivement au candidat populiste Calin Georgescu le droit de se présenter aux prochaines présidentielles. Trois mois plus tôt, ce dernier était arrivé en tête du premier tour de l’élection, mais avait vu son résultat invalidé en raison de soupçons d’activités numériques anormales à son bénéfice. En mai prochain se tiendra donc un nouveau scrutin, auquel le favori ne pourra donc pas participer.

Surprise

Avec près de 23% des votes exprimés lors du premier tour avorté, le succès de Calin Georgescu a constitué une immense surprise. Mais pour comprendre ce score, il convient de ne pas calquer la bipolarisation droite-gauche traditionnelle, ou les tensions entre l’Occident et la Russie, sur la vie politique roumaine. Depuis la chute du régime de Nicolae Ceausescu en 1989, la vie publique et institutionnelle du pays s’apparente plutôt à un jeu de chaises musicales, sans débat d’idées ni clivage géopolitique.

Dans ce quasi-néant, une seule conviction fait consensus : l’adhésion des Roumains au projet européen.  Elle se comprend facilement si l’on s’avise que, depuis son entrée en 2007 dans l’Union, le pays a vu son salaire minimum mensuel passer de 114 € à 814 € (4050 RON) par la magie des réglementations bruxelloises.

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Idem pour la circulation libre sur le Vieux Continent, rendue possible grâce au traité de Schengen et dont la population ne voit pas les problèmes « entrants », mais uniquement les avantages « sortants ». Après des décennies de tyrannie marxiste pendant laquelle voyager à l’étranger était une gageure quasiment insurmontable, s’envoler de l’aéroport Henri-Coanda les mains dans les poches sans passer par la case police constitue un indicible plaisir.

Contrairement à ce qui a été raconté par une partie de la presse occidentale, ce n’est donc pas dans un hypothétique rejet de Bruxelles qu’il faut chercher les racines du succès de Calin Georgescu. Un député européen proche de ce dernier, Serban-Dimitrie Sturdza du parti AUR (Alliance pour l’unité des Roumains) nous a confirmé cette position : «  Prétendre que nous serions anti-européens ou anti-OTAN est une escroquerie intellectuelle. Notre motivation, c’est le respect dû au peuple roumain et la promotion de nos valeurs, c’est tout. »

Compte tenue de la lassitude des Roumains vis-à-vis d’une classe politique corrompue, sans envergure, et, ainsi que nous l’évoquions plus haut, sans colonne vertébrale politique, Georgescu avait, avec ses positions traditionnelles en matière morale et religieuse et son style populiste, un boulevard devant lui, dans un pays où, au moins dans les campagnes, c’est le prêtre qui pointe ses ouailles vers le « bon » bulletin de vote les dimanches d’élections.

Un candidat antisémite ?

Reste que le personnage est sulfureux. En 2020, il déclare par exemple dans un clip publié sur Facebook que Corneliu Codreanu, le fondateur, en 1927, de la Légion de l’archange Michel, est un héros «  à travers lequel parle et a parlé l’histoire nationale, et non à travers les laquais de service des puissances globalistes qui dirigent temporairement la Roumanie aujourd’hui ». Or, la Légion de l’archange Michel n’était pas une vague organisation nationaliste, mais bien un groupe ouvertement nazi, coupable de crimes via sa branche armée, la Garde de fer, entre autres contre des Juifs de Roumanie dans les années 30 et 40.

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Les déclarations pseudo-scientifiques de Georgescu ont aussi fait les choux gras de la presse roumaine : « Nous ne savons pas ce qu’est l’eau. (…)  L’eau a une mémoire, et par la pollution, nous détruisons son âme. (…) Elle nous envoie des messages, mais nous ne savons pas les écouter. (…) C’est l’énergie subtile qui relie l’esprit à la matière. (…) H2O ne signifie rien. » Venant de la part d’un ingénieur agronome dûment diplômé d’un doctorat universitaire, ces déclarations ont évidemment de quoi surprendre… Mais aussi délirantes ces élucubrations soient être, elles n’ont évidemment pas servi de justification à la cour constitutionnelle pour interdire à leur auteur l’accès au suffrage universel.

Si Georgescu est privé d’élection, c’est à cause de la troublante campagne de soutien dont il a bénéficié sur le réseau social TikTok. D’après un rapport des services roumains du renseignement intérieur et du renseignement extérieur, celle-ci a été nécessairement possible grâce à l’intervention d’une structure étatique étrangère, probablement russe.

Pourquoi les enquêteurs ont-ils attendu la fin du premier tour de l’élection pour faire état de leurs soupçons sur cette campagne numérique ? Interrogé par nos soins, un membre du service de sécurité intérieure réfute l’idée d’un fiasco : « Que pouvions-nous faire en amont de l’élection ? Comment légalement empêcher une candidature qui a été validée par les instances électorales ? »

Le paysage politique roumain évolue rapidement. Chaque jour vient avec son lot de surprises. Il faudra sans aucun doute observer attentivement le résultat de George Simion, le président de l’AUR qui a repris le flambeau de Georgescu dans la course à la présidence. En réponse au Financial Times, qui lui a demandé comment il se positionne face au désir du peuple roumain de renouveler sa classe politique, Simion a affirmé : «  Je suis un jeune leader, je fais partie de ce changement. » 

Seules les urnes diront s’il avait raison.

«Génocide»: poser la question, c’est déjà y répondre…

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Manifestation pro-Palestine à Bruxelles, 17 mars 2024 © Shutterstock/SIPA

Alors que les eurodéputés de droite Jordan Bardella et Marion Maréchal font la une des journaux ce matin après leur visite remarquée d’un kibboutz attaqué le 7-Octobre 2023 en Israël, au Parlement européen, à Bruxelles, la résistance s’organise. La gauche y planifie dans quelques jours une conférence sur le thème: « Devrions-nous appeler cela un génocide ? » avec de très contestables militants « antisionistes ».


À Paris, le 12 mars, le Conseil contre l’islamophobie en Europe (CCIE), branche belge d’un défunt CCIF que la République ne regrette pas, était reçu par le député LFI Raphaël Arnault, à l’Assemblée nationale. L’objectif : « comprendre l’islamophobie pour mieux la combattre ».

À Bruxelles, la gauche européenne n’est pas en reste. Au Parlement Européen, c’est le Groupe des Verts/Alliance libre européenne, fort de cinquante-trois députés, qui régale. Les 28 et 29 avril prochains, une conférence se tiendra, réunissant « experts, juristes et représentants de la société civile ». La question nous met tout de suite dans l’ambiance : « Devrions-nous appeler cela un génocide ? »

Visuel de l’évènement DR.

Gratin propalestinien

Les quatre députés organisateurs sont Jaume Asens, Benedetta Scuderi, Mounir Satouri et Ana Miranda. Le premier vient des rangs de Podemos, la seconde de l’écologisme italien, le troisième a été élu sur la liste de Marie Toussaint et la quatrième est issue du bloc nationaliste galicien.

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Pour répondre à la question du jour (enfin, des deux jours), les quatre eurodéputés ont invité ce qui se fait de mieux sur la scène actuelle de l’antisionisme. Tout d’abord, deux historiens israéliens : Raz Segal et et Ilan Pappé (publié en France aux éditions de la Fabrique, entre les Beaufs et barbares d’Houria Bouteldja et les ouvrages du Suédois Andreas Malm, qui déclarait sa « jubilation » au lendemain du 7-Octobre[i]). Deux historiens qui ont pour habitude de placer un signe égal entre Shoah et Nakba et qui avant même les répliques au 7-Octobre, parlaient déjà de génocide. On trouve aussi Imane Maarifi, infirmière libérale à Plaisir (Seine-et-Marne) et membre du Collectif des Blouses Blanches pour Gaza, proche des milieux fréro-salafistes. Francesca Albanese, juriste et chercheuse italienne, qui, dans un rapport intitulé Anatomie d’un génocide (mars 2024), invitait à poursuivre le soutien financier à l’ Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), pourtant accusé de détourner les fonds humanitaires au profit du Hamas voire d’inciter au terrorisme. Olga Rodríguez Francisco, journaliste espagnole, qui, sur Twitter, établissait un lien de cause à effet entre la visite de M. Netanyahu aux États-Unis en juillet 2024 et la mort du chef du Hamas Ismaïl Haniyeh, tué dans une frappe israélienne à Téhéran, et en semblait émue. En octobre 2024, la même s’étonnait de l’ignorance des personnes interrogées à la télévision : « Dans une émission de télévision l’autre jour, un habitué a dit que Hamas veut conquérir Al Andalus. Ce n’est qu’à partir de la plus profonde ignorance que l’on peut confondre l’État Islamique avec le Hamas », avançait-elle alors.

https://twitter.com/olgarodriguezfr/status/1848140154436817014

Quand c’est fini, il y en a encore

La liste ne s’arrête pas là. Noura Erakat, professeure d’études africaines à l’Université Rutgers dans le New Jersey, sera également de la partie. En 2020, cette militante américano-palestinienne avait participé à un atelier en ligne avec le haut dirigeant du Hamas, Ghazi Hamad, organisé par l’organisation palestinienne Masarat Center. Le même Ghazi Hamad, qualifié par Libération de « voix du Hamas », déclarait après le 7-Octobre : « Israël est un pays qui n’a pas sa place sur notre terre ». Mais aussi : « Nous devons donner une leçon à Israël, et nous le ferons encore et encore. Le déluge d’Al-Aqsa [nom de l’offensive déclenchée par le Hamas le 7-Octobre] n’est que la première fois, et il y en aura une deuxième, une troisième, une quatrième, parce que nous avons la détermination, la résolution, et les capacités de combattre ». Noura Erakat, elle, a participé, en décembre 2023, à une discussion intitulée « Race, libération et Palestine », événement auquel se sont greffées des personnalités réputées antisémites comme Marc Lamont Hill, qui avait su garder son poste à l’université malgré un usage intensif du slogan « La Palestine du fleuve à la mer ».

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Et enfin, pour compléter ce joyeux tableau, un certain Olivier Corten se joindra aux débats. C’est en quelque sorte le régional de l’étape, puisqu’il est professeur à l’Université libre de Bruxelles. En mai 2005, le brillant universitaire s’inquiétait dans les colonnes du Soir pour les libertés des négationnistes. « Interdire indirectement la réflexion critique sur tous les événements qualifiés, par les uns mais pas toujours par les autres, de crimes de droit international, n’est pas seulement contraire aux principes les plus élémentaires de la liberté de réflexion et d’expression. La démarche aboutit aussi à décourager toute recherche sur des événements dont on prétend par ailleurs vouloir entretenir la mémoire ».

Compte tenu de ses débatteurs du jour, à Bruxelles, la réponse à la question « Devrions-nous appeler cela un génocide ? » est déjà toute trouvée…

Journal d'un prisonnier

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[i] « Je consomme [l]es vidéos [du pogrom] comme une drogue. Je les injecte dans mes veines. Je les partage avec mes camarades les plus proches »

Pierre Vermeren : « La crise française est une coproduction de la classe politique et du patronat »

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Pierre Vermeren © Hannah Assouline

Pour l’historien Pierre Vermeren, la hausse de la fiscalité au détriment d’économies budgétaires accélère les délocalisations et l’endettement public. Cette politique mène à la ruine. Mais dans ce marasme économique, l’auteur de La France qui déclasse (Tallandier) n’absout pas le patronat de ses responsabilités.


Causeur. Le gouvernement a décidé de surtaxer en 2025 les entreprises qui réalisent plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires en France. A-t-il bien fait ?

Pierre Vermeren. Comme ses prédécesseurs, François Bayrou a préféré remettre à plus tard les mesures d’économie budgétaire qui s’imposaient. Il n’a dès lors eu d’autre choix que d’augmenter les impôts. C’est désastreux. Pour les salariés, parce qu’ils sont moins bien payés que dans d’autres pays. Pour les patrons, parce que leurs capacités d’investissement sont rognées. Pour l’État, parce qu’il continue de creuser son déficit. On s’est enfermés dans un système qui n’est pas tenable à long terme, mais chaque nouveau gouvernement le reconduit quand même, en espérant que cela tiendra jusqu’à la fin de son mandat.

À l’annonce de la surtaxation, on a vu réapparaître la focalisation, très française, sur les « riches ». D’où cela vient-il ?

C’est vieux comme la République ! Seulement, je crois que ce phénomène serait moins marqué si notre pays s’était mieux prémuni, depuis quarante ans, contre la désindustrialisation et l’immigration, deux des principaux facteurs de la crise économique dans laquelle nous sommes embourbés. S’il y avait des millions d’emplois en plus en France, si la production était assurée sur le territoire et pas dans des pays à bas coûts, la démagogie anxiogène de Jean-Luc Mélenchon et de Sophie Binet serait moins audible.

On comprend que les délocalisations soient un facteur de crise. Mais pourquoi l’immigration le serait-elle aussi ?

Parce que nous ne sommes plus dans les années 1960. À l’époque, notre industrie, très performante, avait besoin de main-d’œuvre et allait la chercher non seulement dans les campagnes et dans le vivier de la population féminine, mais aussi dans les anciennes colonies. Seulement, à partir de la fin des années 1970, l’immigration de travail a été remplacée par une immigration familiale à des fins de consommation. Les millions de nouveaux arrivants, notamment originaires d’Afrique, présentent un taux d’emploi plus faible que la moyenne nationale. Certes, le secteur tertiaire continue de faire venir de l’étranger des agents de service sans qualification, qui présentent l’avantage de trimer en silence et loin des syndicats, mais l’essentiel des nouvelles vagues migratoires n’est pas dans ce cas, et subvient à ses besoins grâce aux aides sociales (inexistantes dans leurs pays). En somme, l’endettement public permet à une portion croissante de notre démographie de se nourrir et de se vêtir dans les hypermarchés, de communiquer et de se divertir avec ses smartphones et d’habiter notre parc HLM, donc de contribuer à maintenir l’économie du pays… sans produire de richesse. La grande distribution et les banques profitent à plein de cette manne, de sorte qu’ils sont devenus, à la place des industriels, le noyau dur du capitalisme français. Ce qui explique que Michel-Édouard Leclerc ait soutenu les récentes mesures fiscales de Bayrou. Il est pour ainsi dire le porte-parole des gagnants de la politique de la demande.

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Mais pourquoi rejeter cette politique si elle fait des heureux ?

Parce qu’elle accélère les délocalisations et l’endettement public, et ne peut aboutir qu’à la ruine. Rendez-vous compte, aujourd’hui les deux tiers des produits que nous consommons sont fabriqués en dehors du pays. Or nous avons au bas mot 6 millions de chômeurs, et pas 3 millions comme semblent le dire les chiffres officiels, car on oublie trop souvent tous ceux qui ne sont pas dans les radars de France Travail. Si bien qu’aujourd’hui il est devenu plus intéressant d’acheter des bons du Trésor et, à travers eux, d’entretenir l’État social consumériste, plutôt que de se risquer à investir dans la recherche/développement ou l’industrie. Bref, au lieu de miser sur la qualité, le progrès et l’innovation, notre croissance repose sur les masses. À cet égard, nous ressemblons à l’Union soviétique.

Quelle est la responsabilité des patrons dans ce sombre tableau ?

Elle n’est pas mince. L’originalité de la Ve République, c’est la fusion des élites, avec des énarques qui dirigent l’État, mais qui sont aussi présents dans les conseils d’administration des grandes entreprises. Une tendance qui a été amplifiée par les privatisations des années 1980 et 1990.

Ces élites économiques sont-elles comptables de la désindustrialisation et de l’immigration ? N’ont-elles pas plutôt été contraintes de s’adapter à un contexte mondial d’ouverture des frontières qu’elles n’ont pas choisi ?

N’oubliez pas que les dirigeants des grands groupes français ont été parmi les plus chauds partisans de la mondialisation après la chute du mur de Berlin. Ils rêvaient alors de forger un pays leader en matière de consommation et de tertiarisation. Rien ne les y obligeait. Ils auraient pu au contraire imiter leurs homologues allemands, qui ont tenu à conserver une base productive puissante sur leur territoire. Résultat, outre-Rhin, il y a moins de déficit public, moins de chômage, moins d’importations – au contraire, il y a un énorme excédent du commerce extérieur. En d’autres termes, la crise économique française est une coproduction de notre classe politique et de notre patronat.

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Comment redresser la barre ?

Le seul moyen serait de sanctuariser à l’échelle nationale un certain nombre d’industries, comme cela est déjà le cas, souveraineté oblige, avec notre secteur de l’armement, qui est en conséquence l’un des meilleurs au monde.

Emmanuel Macron n’a-t-il pas pris conscience de cette nécessité ? Il a remis en route la filière nucléaire civile, promu une loi de programmation militaire ambitieuse et il vient d’annoncer un plan pour la création de gigantesques serveurs d’intelligence artificielle en France. N’est-ce pas le discours de souveraineté que vous attendiez ?

Ce n’est à ce stade qu’un discours. Dans les faits, il n’y a pas plus d’emplois industriels aujourd’hui qu’en 2017. On peut à la rigueur créditer Macron d’avoir changé son discours.

Que devrait-il faire de plus alors ?

S’attaquer aux dogmes selon lesquels l’immigration hors main-d’œuvre qualifiée et le libre-échange seraient nécessairement enrichissants. Mais il s’y refuse totalement. Il a déjà oublié ses belles paroles d’après Covid, quand il promettait de recréer une industrie du médicament. Cinq ans plus tard, on attend toujours, et nous perdons même notre souveraineté alimentaire, un véritable crime.

Coût des catastrophes naturelles: un mensonge de plus

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Crue de la Vilaine, au sud de Rennes, dans la commune de Pont Rean, 30 janvier 2025 © Bruno Colliot/SIPA

Rémy Prud’homme dénonce dans cette tribune la mauvaise foi des assureurs quant au coût des dommages des catastrophes naturelles que nous subissons en France


Le Figaro, qui cite l’AFP, qui cite les Assureurs de France explique que le coût des événements climatiques pour les assureurs est trois fois plus élevé en 2024 (5 milliards) qu’en 1984 (1,5 milliard). Ces trois institutions voient là une preuve irréfutable des méfaits croissants du « dérèglement climatique ». Vite, doublons la taxe carbone et les crédits du ministère de la transition écologique ! Il est pourtant facile de voir que la démonstration est quadruplement mensongère.

Des allégations douteuses

Primo, elle compare un coût en euros 1984 avec un coût en euros 2024, une absurdité que l’on ne pardonnerait pas à un étudiant de première année. Secundo, cette présentation ignore le fait qu’en 40 ans, la France s’est développée, qu’il y a davantage de maisons, d’entreprises, de routes, etc. à la merci des phénomènes climatiques, et qu’un ouragan donné détruit plus de biens en 2024 qu’en 1984. Tertio, elle fait l’hypothèse que le taux d’assurancialité (le pourcentage de propriétaires assurés) est resté constant ; on espère pour les assureurs qu’il a augmenté. Quarto, elle postule que les dommages naturels dépendent uniquement de la violence des phénomènes et pas du tout des mesures prises pour les contrôler.

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Il est facile de corriger les deux premiers mensonges. Il suffit de comparer le ratio coût des dommages / PIB (en euros courants) pour les deux dates. En 1984, il était de 0,20%. En 2024, de 0,17%. Rapporté au PIB, le coût pour les assureurs des phénomènes climatiques n’a pas augmenté de 230% (ce qui serait effrayant), il a au contraire diminué de 15% (ce qui est rassurant).

Si l’évolution du coût des dommages pour les assureurs est une mesure de l’évolution des changements climatiques – ce que l’on veut nous faire croire, et qui n’est pas évident – alors les chiffres publiés montrent que le changement climatique a un effet positif. Vite, célébrons le réchauffement, et augmentons nos rejets de CO2 !

« C’est la faute au climat »

L’opération de désinformation des Assureurs, de l’AFP et du Figaro soulève des problèmes qui vont bien au-delà de son sujet. Comment est-elle possible ? Elle ne peut guère s’expliquer par l’ignorance. Les Assureurs, chez qui les statisticiens et les économistes sont nombreux et excellents, savent bien qu’on ne compare pas des euros courants avec des euros constants. Chez eux la tromperie est délibérée. Pour les journalistes (de l’AFP et du Figaro) qui ne sont pas toujours à l’aise avec les chiffres, et qui veulent – et doivent – faire vite et sensationnel, le doute est permis, et la tromperie n’est sans doute pas intentionnelle.

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Pourquoi cette désinformation est-elle engagée ? Pour les Assureurs : parce qu’elle leur profite. Faire croire aux citoyens et aux politiques que le méchant climat augmente considérablement leurs coûts est un bon moyen de faciliter l’augmentation de leurs primes. Ils le font d’autant plus volontiers qu’ils savent que tous les médias vont reprendre la fable de leur triplement des coûts. Pour les journalistes, les pouvoirs publics, et les soi-disant fact-checkers : parce qu’elle s’accorde avec la doxa officielle et dominante, et avec leurs convictions vagues et profondes. Les dommages de Mayotte ou des inondations n’ont rien à voir avec les constructions illégales ou les permis de construire en zones inondables. Pas besoin de chercher si loin quand on a sous la main un bon coupable : c’est « la faute au climat ».

Transition écologique : le coût des rêves

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De la cour d’assises à la cour médiatique…

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Philippe Bilger © Pierre Olivier

Philippe Bilger compare ici son expérience à la cour d’assises et dans l’arène médiatique, en soulignant leurs points communs : écoute, curiosité, indépendance, équité et bienveillance, nécessaires pour encourager vérité et réflexion, malgré les évidentes différences de pouvoir et d’influence entre ces deux mondes.


Un jour j’ai caressé l’idée d’écrire un livre qui, d’hier à aujourd’hui, de la cour d’assises à la cour médiatique, aurait cherché à montrer les ressemblances entre ces deux univers, en tout cas pour les dispositions et les qualités qu’ils requièrent.

Je l’ai abandonnée parce que mon souffle, s’il m’a permis d’écrire MeTooMuch chez Héliopoles, m’aurait sans doute rendu fastidieux un exercice plus long, plus classique. Et heureusement mes billets sont là pour me permettre de ne pas tout à fait abandonner une inspiration initiale !

Justice médiatique

Avant d’aborder les similitudes, il y a une différence fondamentale qui tient au pouvoir qu’a un avocat général aux assises, à une parole qui n’est pas limitée quand elle arrive à son tour et, plus généralement, à l’influence décisive qu’il a le plus souvent sur un jury populaire en matière criminelle. Avec dans les affaires ayant suscité une intense médiatisation, mon obsession de ne rien céder au personnage mais tout au professionnel.

La cour médiatique, elle, apprend l’humilité et peut engendrer de la frustration.

Une autre distinction pourrait être relevée qui opposerait les arrêts de la cour d’assises à l’absence de jugement de la cour médiatique. Mais celle-ci en réalité, sur un autre mode en prononce. Elle décrète, s’interroge, débat, approuve, dénonce, stigmatise ou loue, édicte des appréciations. Appose sur la réalité, sous toutes ses formes, des regards contrastés.

A lire aussi: La vindicte des tricoteuses 2.0 au cœur du procès Depardieu

Pour l’essentiel il me semble que je n’ai pas été obligé d’abandonner, dans la cour médiatique, les qualités qu’on me prêtait à la cour d’assises et l’indépendance dont j’avais besoin et que j’ai toujours voulu sauvegarder.

Au contraire, à partir du moment où on accepte de retenir qu’à l’exception des réquisitions de condamnation ou d’acquittement, l’oralité des débats et la confrontation médiatique imposent les mêmes vertus, la même curiosité, une écoute similaire, une compréhension de l’autre équivalente, une détestation identique du sommaire et le même esprit de liberté, on consentira à admettre la validité du rapprochement que j’opère.

On pourrait pousser plus loin encore l’analyse. Comme il y a des présidents de cour d’assises remarquables et d’autres qu’on subit – comme avocat de tous les citoyens selon la définition que je donnais de mon rôle d’accusateur public, j’ai connu ces deux catégories -, il y a des animateurs et des chroniqueurs, dans la cour médiatique, avec lesquels on a plus ou moins d’affinités, qui vous stimulent ou parfois non…

Bienveillance

Je n’arrivais jamais en cour d’assises, quelle que soit la gravité des crimes à juger, sans vouloir offrir à toutes les parties au procès le meilleur humain et professionnel de moi-même, pour obtenir d’elles le plus de vérité possible. Il me semble que dans la cour médiatique, avec ce concert d’opinions et de convictions qu’est un débat, il ne peut y avoir de réussite sans équité et sans bienveillance de la part de ceux qui ont la charge d’être les « accoucheurs » de la réflexion des autres.

J’ai pu le constater dans mes billets et dans « Bilger les soumet à la question »1 sur Fréquence Protestante. Le meilleur moyen, paradoxalement, pour favoriser une concision à laquelle on tient est de ne pas interrompre et de ne pas enjoindre. Miraculeusement, alors, le verbe non contraint trouve son bon rythme et sa juste mesure. L’inverse le fait se dilater jusqu’à l’ennui.

Quand s’est accrochée dans ma tête cette envie d’évoquer mon trajet de la cour d’assises à la cour médiatique, je n’étais pas sûr de sa pertinence. J’espère que ce billet prouvera que j’avais tort.

MeTooMuch ?

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  1. https://youtube.com/playlist?list=PLzr9aUOAaV-x8XyxQhHccw8MiXp-66ghw ↩︎

Il faut une comparution immédiate pour les mineurs

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L'ancien Premier ministre Gabriel Attal, ici photographié le 20 février, a fait voter un texte qui durcit la justice des mineurs © OLIVIER JUSZCZAK/SIPA

Au cœur de l’actualité politique, médiatique et législative, la justice des mineurs demeure mal connue et mal comprise du grand public. Au-delà du fait qu’il est surprenant de voir des députés de la majorité présidentielle remettre en question le code de justice pénale des mineurs (CJPM), que leur camp a pourtant conçu et porté, notre collectif affirme que la réforme qui vient d’être adoptée par l’Assemblée nationale ne résoudra rien tant elle pèche par manque d’analyse des causes profondes des dysfonctionnements actuels.


De fait divers en fait de société, la justice pénale des mineurs est régulièrement au centre des débats, que ce soit pour critiquer son ambition affichée de donner la primauté à l’éducatif sur le répressif ou pour dénoncer le code de justice pénale des mineurs comme un ouvrage crypto-fasciste ayant pour but d’incarcérer tous les mineurs de France. Les commentateurs de tous bords semblent parfois oublier qu’on ne s’improvise pas juriste et que, tout comme ils ne s’aviseraient pas de procéder à la révision d’une centrale nucléaire sur la base de quelques vagues notions de physique, ils devraient s’abstenir de livrer des pseudo-analyses fondées sur des poncifs et des contre-vérités à propos d’un droit qu’ils maîtrisent mal et qui relève davantage de l’usine à gaz que du bel ouvrage législatif. Une mise au point s’impose, précisément dans l’intérêt du débat public, afin que chacun puisse se faire une opinion éclairée, fondée sur des informations précises et fiables.

Nous analyserons donc cinq réflexions fréquentes à propos de la justice des mineurs et tenterons de démêler le vrai du faux. Cet exercice sera également l’occasion de tenter de répondre à la question centrale pour qui voudrait réformer la Justice française : si laxisme il y a, la faute aux juges ou la faute à la loi ? Enfin, nous tâcherons d’apporter des propositions de réforme réelle, voire de véritable révolution.

épisode 1 épisode 3 épisode 4 épisode 5


Dans l’épisode précédent[1], nous avons exposé la procédure de jugement applicable aux mineurs : la fameuse césure (pour rappel : « Kévin, tu seras privé de téléphone… dans 9 mois ») et ses limites.

De nombreux commentateurs, journalistes et politiques percevant les difficultés posées par cette césure brandissent une idée qui permettrait de les résoudre : instaurer une comparution immédiate pour les mineurs.

Qu’est-ce qu’une comparution immédiate ? C’est une procédure de jugement rapide qui permet de présenter immédiatement (d’où son nom) après sa garde-à-vue un délinquant à un tribunal correctionnel composé de trois magistrats (pour faire simple). Elle permet de sanctionner sans délai le délinquant. Pour les majeurs, cette comparution immédiate permet un jugement dans un délai maximum de quatre jours, ce qui est effectivement très rapide. Dans l’attente, le délinquant peut être placé en détention provisoire. C’est donc une procédure très stricte et très protectrice de la société.

Compte tenu des faiblesses de la procédure de césure, l’idée de pouvoir accélérer le jugement des mineurs dans les cas les plus graves en les sanctionnant rapidement fait son chemin et une proposition de loi en ce sens a été adoptée par l’Assemblée nationale le 13 février 2025[2]. Cependant, d’une part elle se heurte à des obstacles pratiques, et d’autre part ne résout pas les problèmes de fond (laxisme de la loi et des juges) qui empêchent une vraie répression des actes graves commis par les mineurs.

Bien essayé mais… Informons les nombreux commentateurs, journalistes et politiques qui se passionnent subitement pour le sujet qu’une procédure de comparution rapide existe déjà pour les mineurs : l’audience unique. Elle permet de présenter un mineur au procureur immédiatement après sa garde-à-vue, de le placer sous contrôle judiciaire ou en détention provisoire puis de le juger dans un délai compris entre 10 jours et un mois en cas de détention.

L’article 4 de la proposition de loi ajoute à cette audience unique une procédure dite de comparution immédiate qui permet de faire venir le mineur devant le tribunal pour enfants le jour même ou dans un délai maximum de 4 jours, sans attendre le délai de 10 jours imposé actuellement par la loi.

D’une part, il est à noter que le mineur peut de toute façon renoncer au délai de 10 jours avant l’audience unique et donc comparaître plus rapidement devant le tribunal. C’est même dans son intérêt puisque cela réduit le temps passé en détention provisoire. La réforme envisagée ne change donc pas grand-chose aux possibilités juridiques déjà existantes.

D’autre part et surtout, la comparution immédiate prévue par la proposition de loi est très difficile à mettre en place techniquement car elle nécessite d’avoir la possibilité de réunir un tribunal pour enfants en urgence, dans un délai maximum de 4 jours.

Or, le tribunal pour enfants est composé d’un juge des enfants et de deux assesseurs civils, ne travaillant pas habituellement dans le tribunal, « particulièrement intéressés » par la Justice des mineurs. Il s’agit en général de retraités de l’Education nationale, d’anciens éducateurs ou d’actifs prenant sur le temps libre. Il est donc plus difficile de les réunir de manière imprévue que des magistrats exerçant chaque jour leurs fonctions dans la juridiction.

Par ailleurs, si n’importe quel juge du tribunal peut présider une comparution immédiate pour les majeurs, les juges des enfants sont en nombre limité (parfois un ou deux pour tout le tribunal) et pas toujours disponibles pour présider une audience en urgence.

Instaurer une comparution immédiate pour les mineurs nécessite donc d’abord un renforcement significatif des effectifs de juges des enfants, notamment dans les petites juridictions, pour pouvoir libérer un juge pour tenir une audience en urgence. Ensuite, cela exige de modifier la composition du tribunal pour enfants en supprimant les assesseurs civils. Cela n’est pas impossible mais semble peu envisageable à court terme compte tenu des contraintes budgétaires, légales voire constitutionnelles et matérielles actuelles. A conditions constantes, on voit mal comment la comparution immédiate envisagée par la réforme votée le 13 février 2025 pourrait s’appliquer concrètement.

La procédure d’audience unique est aujourd’hui un bon compromis entre jugement rapide et contraintes juridictionnelles. Rappelons qu’elle permet de juger le mineur dans un délai maximum d’un mois tout en le plaçant en détention provisoire dans l’attente, conditions satisfaisantes pour la protection de la société, des victimes et l’évitement de la récidive. La vraie difficulté en l’état actuel du droit réside dans les conditions TRES restrictives du recours à cette audience unique.

En effet, pour les mineurs de moins de 16 ans, la peine encourue doit être égale ou supérieure à 5 ans : impossible de l’appliquer pour des faits de violence sans incapacité de travail, même commis avec une arme, ou pour des faits de vol sans circonstance aggravante, ou pour une conduite sans permis ni même un refus d’obtempérer. Pour les mineurs de 16 ans révolus, le seuil est abaissé à 3 ans, ce qui est plus raisonnable mais exclut tout de mêmes certaines menaces et la plupart des délits routiers.

Par ailleurs, pour tous les mineurs, une condition d’antécédent doit être remplie puisque le mineur doit déjà faire l’objet d’un suivi. Elle n’est donc pas applicable aux primo-délinquants, quelle que soit la gravité des faits commis.

Illustrations :

  • Matthéo deale de la cocaïne depuis trois mois. Mais c’est sa première fois. « Rentre chez toi Matthéo, l’audience unique ce sera pour la prochaine fois ».
  • Matthéo a agressé sexuellement sa petite sœur de 4 ans. Il est convoqué, il rentre chez lui et recommence. Mais il n’a que 15 ans. « Rentre chez toi Matthéo, tu seras jugé dans un an, tu es trop jeune pour être sanctionné rapidement. »
  • Matthéo a pillé un magasin pour manifester sa colère et son incompréhension devant un système social et politique inique (et au passage porter des baskets de marque). Il a 14 ans. Il est placé, il fugue. Il est à nouveau placé, en centre éducatif renforcé. Il fugue et commet un vol avec violences. « Retourne au foyer Matthéo, tu ne peux pas aller en prison, tu as moins de 16 ans. Ta victime a le nez cassé et peur de te recroiser ? C’est bien dommage, mais c’est la loi. »

Ces conditions draconiennes ne permettent pas de prendre en compte des mineurs commettant des infractions graves de plus en plus jeunes, fréquemment en-dessous de 16 ans, ni des mineurs commettant dès le début de leur « carrière » des faits graves et notamment des atteintes aux personnes. Sur ce point, une réforme simple et efficace s’impose. Peut-être le salut viendra-t-il de la proposition Attal ?

Encore raté. La proposition de loi adoptée ne s’applique que sous plusieurs conditions cumulatives, extrêmement difficiles à réunir :

  • Le mineur doit être âgé d’au moins 16 ans (exit les apprentis dealers marseillais recrutés désormais au niveau bac à sable)
  • Il doit avoir commis un délit puni de 7 ans d’emprisonnement (5 ans en cas de flagrant délit) : exit la plupart des délits routiers, les violences commises avec une seule circonstance aggravante, les agressions sexuelles simples non flagrantes, le port d’arme, les menaces de mort, le harcèlement scolaire, le vol avec violence sans incapacité de travail, les destructions en réunion (coucou les émeutiers de l’été 2023), la rébellion contre les policiers et les gendarmes, le refus d’obtempérer…
  • Il doit être en état de récidive, c’est-à-dire avoir déjà été condamné pour des faits similaires.

Résumé : Matthéo pourra éventuellement peut-être, selon la météo du jour et l’horoscope, passer en comparution immédiate si un tribunal l’a déjà condamné pour des violences aggravées (c’est pas gagné, cf la procédure de césure), qu’il a plus de 16 ans et qu’il passe à nouveau quelqu’un à tabac (mais en réunion ou avec une arme ou sous alcool sinon ça ne marche pas).

Traduction : vas-y Matthéo fais-toi plaisir. Tu as moins de 16 ans ? Tu ne risques rien. Tu n’as jamais commis de délit grave ? Tu as le droit d’en commettre un, on viendra te chercher à partir du deuxième. Tu veux voler, violenter, conduire sans permis, outrager un policier ? Pas de comparution immédiate pour toi, c’est cadeau.

Alors nous trouverons toujours quelques journalistes du Monde, de Libération ou de France Info, des chroniqueurs du plateau de France 5, quelques syndicalistes de la protection judiciaire de la jeunesse ou quelques juges des enfants[3] pour hurler à la réforme fasciste et à l’enfance outragée. La vérité, c’est que cette réforme ne changera rien, que pendant ce temps des mineurs continuent à voler, agresser, détruire, en quasi-toute impunité, et que c’est un drame pour eux, pour les victimes et pour notre société.

RESPONSABLE PRINCIPAL : LA LOI

NOTRE PROPOSITION POUR EN SORTIR :

  • Faire juger les mineurs en comparution immédiate par le tribunal correctionnel, avec une habilitation spéciale « mineurs » du président du tribunal

La semaine prochaine, épisode 3 : « il est impossible de mettre un mineur en prison »


[1] https://www.causeur.fr/la-cesure-du-proces-penal-est-une-mauvaise-reforme-cjpm-305918

[2] https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b0448_proposition-loi#

[3] https://www.liberation.fr/societe/police-justice/justice-des-mineurs-les-comparutions-immediates-ne-sont-pas-une-procedure-adaptee-20250214_F4CWGV75FZGM7L654ONRXBNXBE/

Port du voile dans les compétitions sportives: les jeunes confondent égalité et naïveté

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Le champion Teddy Riner. Paris, 4 février 2025 © JP PARIENTE/SIPA

Teddy Riner, après avoir mis tout le monde au tapis sur les tatamis, semble malheureusement vouloir passer au judo des idées… Mais son « on perd notre temps avec le voile » est heureusement esquivé par le gouvernement. Après quelques égarements, on semble y avoir majoritairement compris qu’après la loi de 2004 à l’école les islamistes ont bien reporté leur attention et leur travail d’entrisme sur le sport, autre espace où se forge l’éducation. Le voile demeure un « enterrement vertical » rappellent les défenseurs de la laïcité. L’accepter dans le sport serait un terrible recul pour la civilisation française, explique notre chroniqueuse.


Rien ne résume mieux ce qui pose problème dans l’acceptation du voile dans le sport que la passe d’armes sur X entre Teddy Riner, le judoka moult fois médaillé et Mahyar Monshipour, qui fut champion de boxe. Dans le premier cas, on a au mieux affaire à un naïf en mode « la voix de son maître qui sert ses nouveaux employeurs qataris en diffusant les éléments de langage de l’islam politique obédience Frères musulmans » (la création de la section judo du PSG aurait été en partie liée à l’intention de s’adjoindre les services de Teddy Riner, alors en difficulté dans son club de Levallois); de l’autre un Iranien qui a vu très concrètement l’apartheid sexuel être réinstallé violemment dans son pays grâce au voile. D’un côté l’idéologie violente mais présentée en mode mièvre et dégoulinant de fausse empathie, de l’autre, la réalité de l’expérience et du vécu.

Les militantes islamistes en faveur du voile dans le foot, devant le Sénat, janvier 2022. Image: capture d’écran YOUTUBE / Le Parisien.

Teddy Riner, pas un acharné de la laïcité

La sortie de Teddy Riner sur le voile est un exemple pur de la rhétorique frèriste : « Dans certains pays voisins, tout se passe bien avec le port du voile et ça n’emmerde personne. Je crois qu’en France, on perd notre temps. Pensons plus à l’égalité plutôt que s’acharner sur une seule et même religion. » Le déploiement de cette rhétorique a ici quatre phases : premièrement il s’agit d’évacuer la signification du voile, ce qu’il symbolise et ce qu’il dit sur la place de la femme. Deuxièmement, il s’agit de nier la violence sociale que son exigence recouvre. Le « ça n’emmerde personne » vise à évacuer la question des filles considérées comme des putes si elles ne le portent pas, la pression sociale pour être considérée comme une bonne musulmane et surtout la honte de soi : la femme musulmane doit cacher ses cheveux car elle est impudique et tentatrice en soi, la seule solution qui lui reste est la dissimulation : elle doit couvrir ce qui est sale. Donc elle-même. Troisièmement, une fois cet escamotage en règle effectué, n’oubliez pas un petit coup de victimisation pour la route à coup d’ « islamophobie ». Pensez donc, en France on s’acharnerait donc sur une seule et même religion, l’islam ? Et si c’était plutôt l’islam qui aujourd’hui s’acharnait à semer la haine et la mort à travers le monde, responsable de la majorité des attentats de ces dernières années et de cette violence ethnique, religieuse et séparatiste qui se développe dans nos sociétés ? L’accusation portée contre la France escamote la réalité des horreurs vécues depuis 2012 et liées au terrorisme islamique en même temps que les revendications séparatistes mises en avant au nom de l’islam. Enfin, quatrièmement, l’inversion accusatoire. C’est là que Teddy Riner réussit un beau renversement de perspective en faisant référence à l’égalité.

Parce que mettre en avant l’égalité pour revendiquer un signe qui promeut l’apartheid sexuel et symbolise justement le refus de l’égalité de droit entre les hommes et les femmes, il fallait l’oser ! Teddy l’a fait. On peut penser que le judoka n’est pas outillé pour comprendre le rôle malsain qu’on lui fait jouer dans cette histoire. Mais on peut trouver qu’il ne faut pas sortir de Saint Cyr pour comprendre à quel point le voile est un outrage à la liberté et à l’égalité des femmes. Comme on peut aussi trouver qu’il est temps d’arrêter d’excuser un sportif grassement payé qui promeut délibérément un outil d’oppression des femmes et tire à vue sur un pilier de notre civilisation et de notre contrat social.

A lire aussi, du même auteur: Le grand remplacement de Louis Boyard

D’autant que pratiquer un sport de haut niveau ne signifie pas forcément être exempté de toute conscience morale et civique, la preuve avec Mahyar Monshipour. L’homme connait très bien ces questions et ne mâche pas ses mots dans l’interview qu’il donne au Figaro : « Les sportifs ou artistes qui prennent la parole sur ce sujet ne doivent pas devenir les idiots utiles de l’islam des Frères musulmans. » « Il faut bien comprendre le dessein derrière le voile : il s’agit de rendre habituelle la présence du fait religieux. On ne parle pas de port d’une simple croix mais de la volonté de cacher la femme avec le voile. Le voile est un linceul et le signe visible d’une inégalité entre l’homme et la femme. » L’ancien boxeur explique notamment que l’école étant protégée en France par la loi de 2004 sur le voile, les Frères ont reporté leur attention et leur travail d’entrisme sur le sport, autre espace où se forge l’éducation. La place du corps dans le sport est importante et permet l’emprise notamment sur des jeunes filles en pleine transformation physique et faciles à convaincre. Quant à l’objectif ultime des Frères musulmans, il consiste à « rendre le port du voile classique puis extraire les femmes du monde du sport ».

Dans cette interview, Mahyar Monshipour fait référence notamment au travail de la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio et du sénateur Michel Savin sur ces questions. Il a raison, car comme on l’a vu à l’école, la loi et l’implication des politiques est essentielle pour empêcher que les droits des femmes finissent par succomber aux assauts islamistes. Mais justement, sur cette question, comment ont réagi les politiques ?

Auberge de la lâcheté : COMPLET

Tout part du vote d’un amendement au Sénat interdisant le port du voile dans le sport. Cela fait réagir les Frères musulmans pour qui le sport est un terrain de propagande et de recrutement privilégié qui font monter au créneau leurs sportifs stipendiés. Comme le monde politique, malgré le sang que l’islamisme a répandu sur notre sol, pense que le sujet est clivant, le président de la République prend bien garde de ne pas se positionner. Après tout, quelle importance, il ne s’agit que de défendre l’égalité en droit pour les femmes. Quel intérêt électoral ? cela ne peut que faire baisser les votes de la jeunesse des quartiers d’un côté, sans rien rapporter de l’autre, certaines femmes se mobilisant même pour être considérées comme des ventres, des sexes sur pattes et des inférieures. C’est ainsi qu’interrogé sur le sujet, Edouard Philippe s’est livré sur France Inter à tellement de contorsions que l’on n’est pas sûr d’avoir bien compris où le pauvre homme habite. A l’auberge de la lâcheté en tout cas. Sa rhétorique était le décalque absolue de celle de Lionel Jospin lorsqu’il refuse de trancher sur le voile à l’école. Il y ajoute un discours indigent qui fait de la laïcité, la société protectrice des religions. Ce n’est pas si étonnant quand on sait les liens que l’homme entretenait avec Médine et certaines associations frèristes sur son territoire comme Havre du savoir. Il a pu être constaté, à l’occasion de cette polémique, l’absence totale de convictions et de doctrine sur la question de l’islamisme alors que cette menace est une des plus fortes qui pèse sur l’hexagone.

Côté gouvernement, la polémique a fait tanguer le bateau mais celle-ci a été tranchée par François Bayrou qui a conforté les ministres en pointe dans la lutte contre l’islamisme. Bruno Retailleau (à l’origine de l’amendement du Sénat) et Gerald Darmanin sont montés au créneau pour défendre l’interdiction, soutenus par Manuel Valls tandis que Marie Barsacq, la ministre des Sports et Elisabeth Borne, ministre de l’Education défendaient la « liberté de porter le voile ». Elles sont vite rentrées dans le rang, l’arbitrage de François Bayrou ayant été clair et les Français plébiscitant la fermeté vis-à-vis des revendications islamistes.

A gauche, en revanche, pas de surprise. Mettre des limites à l’islam est vu comme raciste, donc critiquer le voile est raciste, donc critiquer le sexisme est raciste… C’est parfaitement stupide écrit ainsi, mais dans le réel, cela fonctionne. Donc, quand la droite veut interdire le voile dans le sport car cela revient à légitimer un outil sexiste de rabaissement de la femme, la gauche s’étouffe d’indignation. Pour Jean-Luc Mélenchon, sans surprise, on est dans une « surenchère raciste » et « dans la course à l’échalote à la violence verbale ». Parole d’expert ! Pour Mathilde Panot, tout cela fleure bon « l’extrême-droite ». Marine Tondelier reprend la rhétorique hypocrite utilisée par le PS et déplore une « laïcité instrumentalisée pour cibler toujours la même religion » et se dit préoccupée par une stigmatisation des femmes musulmanes. En revanche elle ne voit pas en quoi le voile est réellement stigmatisant. Olivier Faure, lui, reste courageusement planqué.

Paris, 6 septembre 2020 © GODONG/ BSIP via AFP

Pour nos faux « progressistes », un signe stigmatisant stigmatisé…

Il n’y a donc personne à gauche pour défendre les droits des femmes. Entre les revendications des islamistes et l’égalité des droits, la gauche a choisi de servir les islamistes. En matière de hiérarchie des valeurs elle fait passer la religion avant la liberté de conscience et de pensée. Un renversement qui la sort de la quête de valeurs universelles pour servir une religion particulière. Elle oublie ainsi la leçon de Kamel Daoud qui expliquait que ce morceau d’étoffe était « un enterrement vertical ». Grâce à la gauche aujourd’hui, refuser le voile au nom de la revendication de sa liberté individuelle, c’est être traître à sa culture et à ses ancêtres. Une posture honteuse dans laquelle, au nom du clientélisme électoral, la gauche a abandonné toute honnêteté intellectuelle – pour rester polie. L’un des organes d’influence des Frères musulmans, interdit en France mais réfugié au Belgistan, le CCIE (Collectif Contre l’Islamophobie en Europe) a d’ailleurs salué le discours des écologistes ou de Teddy Riner. Quant à l’ONU, qui devient la voix du Sud global sous influence islamiste, et elle critique comme Amnesty international le choix de l’interdiction en France. Entre les droits des femmes et la soumission à l’islam, ces instances choisissent la contrainte religieuse dans son expression la plus radicale. Les femmes repasseront.

A lire aussi, Dominique Labarrière: Dominique Besnehard dépose les armes aux pieds de la juge Rousseau

Pour les centristes et les macronistes, le flou reste de mise. Notre trop bavard président étant incapable d’avoir une doctrine sur les sujets véritablement politiques, le silence prévaut. Sauf dans le cas d’Aurore Bergé toujours impeccable sur ces sujets. En revanche la droite a une doctrine en la matière. De Bruno Retailleau à Laurent Wauquiez en passant par David Lisnard, tous sont clairs sur la nécessité de combattre le voile et sur le fait que ce signe est stigmatisant pour les femmes et remet en cause l’égalité des droits. Ils présentent donc un front uni et un diagnostic partagé ce qui augmente leur crédibilité. La droite nationale est, elle aussi, unie sur cette question évidemment.

Cette polémique aura eu le mérite d’éclaircir à la fois l’importance de l’influence des Frères musulmans, l’ampleur de l’entrisme de leur propagande en France et dans le milieu sportif, la domination des éléments de langage islamistes dans les références de la gauche en la matière et la clarification qui s’est imposée à droite. Mais elle montre aussi à quel point notre système politique accepte que soit attaqué sur notre sol un des piliers de notre contrat social, l’égalité en droits, à partir du moment où les femmes sont ciblées. Contester l’égalité au nom de la race entraîne de violents levers de boucliers, le faire au nom du sexe passe crème… En France revendiquer son sexisme est devenu un combat politique acceptable s’il est recouvert du manteau de la liberté religieuse. Un terrible recul civilisationnel.

Silence coupable

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Les belles âmes sont coupables

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Fabien Roussel (ici photographié à Paris en février 2025), leader du Parti communiste français, a affirmé le 25 mars sur CNews que « le racisme anti-blanc ça existe ». Cette déclaration a provoqué la colère des députés insoumis, comme le président de la commission des finances Éric Coquerel, qui lui reproche de « reprendre un concept d'extrême droite sur une chaîne d'extrême droite » © Jeanne Accorsini/SIPA

La Tour Eiffel voilée, un rabbin agressé, un adolescent poignardé, un responsable communiste qui reconnaît l’existence du racisme anti-blanc : la violence se banalise en France, l’antisémitisme y prospère, pendant que ses dirigeants restent passifs, s’inquiète Ivan Rioufol…



Qui a mis la France dans cet état ? Ceux qui sont encore aux commandes. Parce qu’ils restent immobiles, ils sont aussi responsables des agressions qui se suivent et se ressemblent. À Orléans, samedi, un rabbin a été battu physiquement par un jeune musulman. Lundi, lors d’une rixe entre bandes, le jeune Sékou a été poignardé à mort devant son lycée professionnel de Yerres (Essonne). Le même jour, une marque de vêtements islamiques a, sur TikTok, habillé la Tour Eiffel de la tête aux pieds.

Les Juifs ne sont plus en sécurité dans les rues. Les couteaux se banalisent chez les élèves. L’islamisme exhibe ses voiles. En 1999, le journaliste Christian Jelen, aujourd’hui disparu, alertait déjà sur La guerre des rues (Plon) en pointant le lien entre l’immigration et l’insécurité, l’échec de l’intégration, l’inefficacité des « politiques de la ville ». Il dénonçait « la progression des violences scolaires (qui) date du début des années 1980 » et les excuses sociales qui occultent les différences culturelles du Maghreb et de l’Afrique noire. Depuis, tout a empiré. Un exemple : le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) conteste l’invitation faite par le gouvernement israélien à Jordan Bardella et Marion Maréchal, pour intervenir jeudi à Jérusalem dans un colloque sur l’antisémitisme. Bernard-Henri Lévy, en protestation, a annulé sa participation. Mais le Crif, en reproduisant par réflexe un rejet qui se comprenait s’agissant du RN de Jean-Marie Le Pen, n’est plus crédible dans sa protection des Juifs défendus par Marine Le Pen. « Il faut lutter farouchement contre l’antisémitisme », a redit ce mercredi Jean-Philippe Tanguy (RN) sur CNews et Europe 1. À l’image des dirigeants politiques, les institutions juives ne sont plus en phase avec leur base, avec la réalité. Il est vain de se désoler de l’ « antisémitisme d’atmosphère » en continuant à diaboliser ceux qui dénoncent une immigration ouverte à l’islam conquérant et judéophobe.

À lire aussi : Quand l’imposture « antiraciste » attise la haine de la France

En clair : il y en a marre d’entendre les belles âmes se lamenter de situations qu’elles contribuent à consolider en se pliant à des idéologies qui ont démontré leurs nuisances. Autre exemple : depuis lundi, les militantes MeeToo emplissent le prétoire du tribunal correctionnel de Paris pour soutenir l’accusation d’ « agression sexuelle » portée par deux femmes contre Gérard Depardieu, qui a décidé de se défendre contre une « terreur » féministe. Or dans le même temps, MeeToo et la presse de gauche délaissent la cause de Chahinez Daoud. Cette femme a été brûlée vive en 2021 par son mari, Mounir Boutaa, qui comparait devant les assises de la Gironde depuis lundi. L’assassin a tué son épouse parce qu’elle voulait se vêtir à l’occidental et refusait le voile. Il l’avait menacée : « Je vais te renvoyer en Algérie dans un coffre, sale pute ! ». Mais la domination de l’homme sur la femme, prescrite par le Coran, n’est pas un sujet qui intéresse celles qui ne veulent s’en prendre qu’au mâle blanc occidental vu comme un prédateur. Cet aveuglement des féministes sur la condition des femmes musulmanes s’ajoute à celui des anti-racistes qui contestent le racisme anti-Blanc et ne voient rien du nouvel antisémitisme. D’où une première question : pourquoi continuer à prendre ces gens au sérieux ? Seconde question : pourquoi ne pas leur demander réparation de leurs incuries, de leurs fautes ?