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À sanctions américaines, solutions russes

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Même pas mal ! Le message envoyé par Vladimir Poutine était clair : aux journalistes qui l’interrogeaient sur les sanctions américano-européennes lors d’un déplacement à Minsk le 29 avril, le président russe avait répondu dédaigneusement que son «  gouvernement (…) a déjà proposé des mesures de représailles. » mais qu’il  ne pense pas en avoir besoin« … Depuis, il a, semble-t-il, changé d’avis.  

Ainsi, lundi 5 mai, Vladimir Poutine a signé une proposition de loi instituant un système de paiement national. Le texte, qui entrera en vigueur le 1er juillet,  a pour objectif de centraliser toutes les transactions ayant lieu sur le territoire national. Les échanges seront impérativement effectués en rouble et tous les systèmes de paiement étrangers tels que Visa ou Mastercard devront verser à la banque centrale russe une commission trimestrielle équivalant à 25% de leur chiffre d’affaire, c’est-à-dire l’intégralité de la marge de ces sociétés en Russie… Les sanctions américaines tombées en avril auraient finalement produit leur petit effet, sinon sur l’économie, au moins sur l’opinion publique.

Les Etats-Unis ont notamment bloqué les transferts d’argent transitant par leur pays à destination de trois banques russes : Russie Sobinbank, SMP bank, et Investkapitalbank. Leurs actionnaires figurant sur la liste noire établie par les Etats-Unis, les cartes des banques citées sont devenues inutilisables sur la terre de l’oncle Sam. Puis, les groupes Visa et Mastercard ont envoyé un courrier à leurs clients russes les avertissant que leurs services  risquaient d’être bloqués. Et ça n’a pas manqué. Cette mesure touche un grand nombre de citoyens russes et dépasse définitivement le premier cercle de Poutine. Plus de 95% sur 217 millions de cartes bancaires fabriquées en Russie dépendent des centres de paiement Visa et Mastercard.

La nouvelle loi votée permettra, a priori, de développer une sorte de  « Russian Express » qui s’imposera dans le marché intérieur, poussée par un patriotisme économique et un prix compétitif. Mais il serait intéressant de voir jusqu’à quelles frontières le réseau financier russe se développera et jusqu’où la manne russe jouira de son indépendance.

Surtout, derrière cette mesure de rétorsion, on devine les contours d’une disposition qui s’inscrit dans une politique au long terme : mieux contrôler les flux monétaires et, pourquoi pas, rendre plus difficile la fuite des capitaux dont souffre l’économie russe.

Finalement, Vladimir Poutine a peut-être dit vrai  : le gouvernement n’a pas grand-chose à faire des sanctions américaines qui n’atteignent vraiment que les expatriés. Mais il n’oubliera pas de remercier Kerry pour  lui avoir fourni le parfait prétexte à une plus grande concentration du pouvoir. Le chef du Kremlin, en fin stratège, a su retourner la situation à son avantage. Il a su récupérer la carte de crédit comme objet de représentation nationale. Car, comme le rappelle Kevin Limonier, chercheur à l’institut français de géopolitique, « des choses et des mots sont mobilisés pour mettre en scène la souveraineté de la Russie ».

*Photo : Sergei Karpukhin/AP/SIPA. AP21563930_000020.

Happy birthday to you, Mister President !

francois hollande regionales cantons

Après trois mois et demi d’un silence assourdissant, le Président de la République sort enfin du bois pour déballer son cadeau venu d’outre-Atlantique, d’Europe, du monde… d’ailleurs, en tout cas !

Quel chanceux ! : au moment de souffler les bougies d’un quinquennat qui laissera dans l’histoire autant de souvenir que son Premier Ministre, le « retournement » tant espéré arrive, papier à fleurs et rubans en prime. Sa première réaction est de l’offrir aux français en gage de sa bonne gestion.

C’est jour de fête,  le Président s’offre une radio. Sous le feu nourri des questions d’un Jean-Jacques Bourdin incisif, il reconnait que « Oui, l’impopularité est là » avant de constater le manque d’indulgence des français, qu’en grand Seigneur il ne leur reproche pas. Mais comme ces derniers ne lui font pas de cadeau, il se les fait lui-même en rappelant que le procès en amateurisme ne tient pas la route devant une gestion aussi brillante que celle de la crise de l’euro, de la réorientation de l’Europe sur le pacte de croissance, de l’intervention au Mali, en Centrafrique ou de la mise en garde du monde sur les exactions en Syrie, toutes à porter à son actif.

Dans un discours de campagne dont il a le secret, Hollande défait patiemment tous les reproches qui lui sont adressés, sur le plan personnel comme sur sa gestion du pays. Tout juste admet-il qu’il n’a pas assez communiqué sur la gravité de la situation … que lui ont laissée ses prédécesseurs. Et après avoir écarté la question concernant un deuxième mandat d’un « Comment voulez-vous, si j’ai échoué sur le chômage en 2017, que je puisse dire « j’ai la solution pour la suite ? », il nous rappelle projets et solutions miracles imaginées pour la suite de son quinquennat.

Comment voulez-vous, Monsieur le Président, qui avez échoué sur une grande partie des dossiers entamés, pouvoir dire,  « j’ai la solution pour les 3 années qui restent » et être entendu ?

On mesure le rempart infranchissable qui sépare cet homme de ses administrés, le degré phénoménal d’incompréhension –ou plutôt de surdité volontaire- qui affecte ses relations avec les français.  À la censure électorale du mois de mars, il oppose un nouveau mantra de l’accélération. « Nous devons aller encore plus vite parce que pour les Français, c’est insupportable, ils veulent des résultats ». Et de promettre, en affirmant –contre toute logique- aller dans le même sens que depuis le début de son mandat : « Nous allons même aller plus vite sur les impôts qui doivent baisser dès cette année en 2014 ». Que les français doivent recevoir, en Octobre, un avis d’imposition qui, une fois de plus, sera en hausse, importe peu !

Puis dans une relecture éclairée de son début de mandat, il rappelle : « si j’ai gagné les élections en 2012, ce n’est pas parce que j’avais un programme étincelant, c’est probablement parce que mon prédécesseur avait échoué ». Visionnaire !

Il affiche pour cette interview une détermination et un mental de champion… Soyons bon joueurs et souhaitons-lui, nous aussi, un cadeau qui lui soit utile, autant que le retournement. Souhaitons-lui une vision, un cap et une volonté d’agir pour récolter les fruits de ce « retournement » de la conjoncture mondiale. Souhaitons-lui surtout d’oublier cette maxime du Président Queuille qui pourrait être sienne : « il n’est pas de problème que le temps et l’absence de solution ne contribue à résoudre… »

Hollande-PS : la guerre tiède

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francois hollande municipales ps

Le massacre des Innocents. C’est ainsi que plusieurs élus socialistes ont vécu les élections municipales. Non seule- ment ils pensaient avoir bien mérité de la (petite) patrie qu’ils dirigeaient depuis 2008, mais leurs administrés le leur ont répété jusqu’à la veille du premier tour ! Tous ces messieurs- dames, souriants et accueillants, qui leur ont ouvert la porte de leur appartement étaient déjà en train de méditer leur coup : voter pour la droite ou rester à la maison. Pour une fois, ce sont les électeurs qui ont roulé les politiques dans la farine.  Entre les deux tours, ces élus locaux sidérés ayant enfin compris que leurs jours – politiques – étaient comptés ont eu droit à un peu de sincérité citoyenne. Paraphrasant la plus célèbre formule de rupture, les électeurs leur ont dit : « Ce n’est pas vous, c’est lui ! » ; « J’ai de la peine pour vous, vous êtes formidable, mais votre président l’est beaucoup moins. » Certains de ces naufragés de mars 2014 sont d’autant plus amers qu’ils ont vu venir la claque. Depuis l’automne, ils voient les nuages noirs se multiplier. Le gel du barème de l’impôt (mesure qui neutralise l’indexation du seuil de l’imposition), maintenu par la majorité socialiste en 2012, a explosé quinze mois plus tard comme un vieil obus de 1914-1918.  Dès le 18 septembre 2013, la manchette de L’Opinion annonce que « l’impôt sur le revenu frappe au moins 1,2 million de foyers supplémentaires cette année » et que « les classes populaires [sont] touchées de plein fouet ». Si on ajoute l’arrêt brutal de la consommation provoqué par ce coup de massue fiscale et ses effets dévastateurs sur les petites retraites, les petits commerces, les artisans et les TPE en général, on mesure mieux à quel point l’axe Élysée-Matignon- Bercy s’était éloigné du « peuple de gauche », voire du peuple tout court. Alors, aujourd’hui, dans les villes perdues par la gauche, on s’étonne de l’étonnement du gouvernement. Pour ceux qui ont essayé de tirer la sonnette d’alarme, qu’ils appar- tiennent à la « gauche populaire » ou à « l’aile gauche du PS », qu’ils aient signé la lettre des 100 « pour un contrat de majorité » ou « l’appel pour le “non” socialiste au Medef », la leçon à tirer est simple : il faut que la politique reprenne le pouvoir à la technocratie.[access capability= »lire_inedits »]

Or, la Constitution de la Ve République a justement été conçue pour empêcher les politiques de perturber la gestion de l’État et les parlementaires de déranger les dirigeants du pays. Sacrifier la représentativité et étouffer la dimension parlementaire de la démocratie française : telle est l’essence de la Ve, qui apparaît aujourd’hui comme un boulet. Cette monarchie présidentielle dépend trop des qualités d’un seul homme – et il peut arriver que ce soit un homme sans qualités. Si Hollande s’obstine à croire qu’il a raison envers et contre tous, personne ne pourra rien y faire pendant cinq ans. Ainsi, il y a rupture dans la continuité entre les citoyens et les gouvernants, en l’occurrence le gouvernant, continuité qui est au principe de la démocratie libérale.    Cependant, la colère et la frustration n’ont pas aveuglé les frondeurs du PS. La politique étant l’art du possible, ils ne tablent pas sur un changement de Constitution mais espèrent faire évoluer le système de l’intérieur. Pourquoi ne pas neutraliser le droit présidentiel de dissoudre l’Assemblée nationale ? Ils citent le précédent du conflit qui opposa McMahon et Gambetta en 1876-1877 : c’est à l’issue de cet affrontement que la IIIe République est devenue, malgré la lettre de sa Constitution, véritablement parlementaire. Reste à savoir qui jouera le rôle de Gambetta.

En attendant, l’affaiblissement du soleil élyséen se conjugue depuis peu au renforcement des astres de Matignon et de Solférino, pour éclairer d’un jour nouveau la constellation politique française. Ni Valls ni Cambadélis ne peuvent rester de simples exécutants des oukases présidentiels : il en va de leur avenir. Le nouveau premier secrétaire va main- tenir la stratégie de « l’autonomie solidaire » mise en place par son prédécesseur, mais il a l’intention d’en renverser les termes : contrairement à ce que faisait Harlem Désir, l’autonomie s’exercera désormais vis-à-vis du gouvernement tandis que la solidarité ira plutôt vers les électeurs, les militants et les élus…  L’objectif est donc de créer une situation dans laquelle l’exécutif sera de facto obligé de négocier avec les députés de la majorité afin que l’Assemblée cesse d’être une chambre d’enregistrement. Pour y parvenir, les députés socialistes, faute de pouvoir imposer une révision de la Constitution, doivent créer un rapport de force en faisant feu de tout bois. Désormais, chaque fois qu’un texte d’importance secondaire – certes courageux, les frondeurs ne sont pas téméraires – leur sera soumis, la centaine de députés qui a proposé un « contrat de majorité » à Manuel Valls s’emploiera à pourrir l’existence du gouvernement.  Pour ces parlementaires, la situation actuelle ressemble beaucoup à la guerre froide, le droit du président de dissoudre l’Assemblée étant l’équivalent de la dissuasion nucléaire. L’ennui, c’est qu’elle ne sert pas à grand-chose dans les conflits de basse intensité. Ce sera donc la guérilla plutôt que la guerre. Cependant, l’intensité des hostilités ne devrait pas nous tromper sur la gravité de la crise : de nouveau, la Seine coule entre deux légitimités égales et concurrentes, celle de l’Élysée et celle du Palais Bourbon.   Au-delà des bisbilles entre socialistes, la crise actuelle de la majorité pose clairement la question du régime politique et de son adaptation à l’époque. La soupape que constituait la possibilité d’une cohabitation a disparu avec le quinquennat qui a renforcé les pouvoirs du président, alors même qu’il est le maillon faible du système. Cherchez l’erreur.

Madame S.  fait ses comptes

Habitant à Nice, madame S., 79 ans, retraitée et veuve, fait partie des 1,2 million de foyers fiscaux français qui, à cause du gel de l’adaptation du seuil de l’impôt sur le revenu (décidé par le gouvernement Fillon et reconduit par celui d’Ayrault en 2012), sont mécaniquement devenus, à partir de 2013, imposables. Or, en accédant à ce statut, madame S. a perdu en même temps les exonérations dont elle bénéficiait, et dont la valeur dépasse largement la somme réclamée par le fisc.  En 2012, avec 13 911 euros déclarés au titre des revenus de 2011, elle n’était pas imposable et bénéficiait de la gratuité du transport public et d’une exonération de la redevance audiovisuelle. L’année suivante, elle a déclaré 14 100 euros, soit 189 euros supplémentaires. Cette augmentation minime de ses revenus lui a coûté 141 euros en impôt sur le revenu, 125 euros en redevance audiovisuelle, sommes auxquelles il faut ajouter 320 euros, prix d’un abonnement annuel pour le transport public dans sa ville : soit un total de 586 euros qui représente la moitié de ses revenus mensuels (1175 euros). Résultat : son revenu disponible a donc chuté de 397 euros. Rappelons que, dans la même période, le prix de l’électricité a augmenté de plus de 10 %.[/access]

*Image : Soleil.

Ce néo-féminisme qui ne veut plus des hommes

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Le collectif « Stop harcèlement de rue » occupe l’espace médiatique depuis quelques semaines. Mouvement pourtant assez confidentiel (il revendique un peu moins de 5800 « likes » sur les réseaux sociaux), l’une de ses représentantes s’est illustrée sur le plateau de Taddeï vendredi dernier.

Le projet du collectif tient en quelques mots, très « brandé » avec des « happenings » autour du thème « zone sans relous ». Une énième association à la communication bien rodée pleine de mots-valises, donc. Cette « première zone sans relou » rue de Lappe, près de Bastille – un quartier peu réputé pour sa pudibonderie- a produit l’effet escompté avec un ramdam médiatique disproportionné compte-tenu du peu d’envergure de la démarche. La rue est bouclée, interdite aux hommes dits « relous » qui, par exemple « commenteraient le physique [des femmes] plutôt que le complimenter » avec pour dessein « d’habiter l’espace public pareillement ».

Non sans rappeler les procédés employés jadis par certaines associations antiracistes, Héloïse Duché, la plus médiatique des fondatrices de l’association, défend chez Taddeï l’effacement de l’altérité (sexuelle) dans l’espace public. Il ne s’agit pas de bannir la drague stricto sensu, mais de l’encadrer sévèrement, suivant une série de directives, comme le commandement « tu donneras ton numéro plutôt que de le demander » dixit l’intervenante s’adressant à un co-débatteur.

On ne peut que s’émouvoir de ces nombreuses femmes se faisant régulièrement insulter au simple motif qu’elles refusent d’entrer dans le jeu lourdingue de certains dragueurs à l’idiotie crasse.

Mais difficile d’éviter une pointe de sarcasme en entendant le collectif parler de « combat mené ». Cette poussée de collectifs un peu mièvres est encouragée par les subventions que l’Etat accorde un peu légèrement à des dizaines d’associations coquilles-vides.
Ainsi, Héloïse Duché, perspicace, n’a pas manqué de rappeler que si de loi elle ne se préoccupait pas, une « intervention majeure » de la force publique était nécessaire pour « obtenir des subventions permettant la mise en place de bars et concerts sans relous ». Les publicitaires peuvent savourer, encore un effort et la drague ne sera plus qu’une affaire numérique.
Décréter plutôt que rééduquer, le collectif tombe dans l’écueil classique de ce type d’associations. Plutôt que de considérer la séduction dans l’espace public comme une réalité historique dégagée de tout rationalisme, il faudrait encore légiférer (au moins moralement) en établissant un contrat tacite entre l’homme et la femme. Lui proposant, elle disposant, cela va sans dire.

Cette contractualisation du désir, qui réduit la drague à un traité bipartite fait fi de la complexité des rapports humains. À vouloir débusquer avec paranoïa tous les dragueurs invétérés et autres maladroits de ce Monde, ces femmes finiront par gommer toute notion d’altérité physique, avec, entre autres conséquence, la possible mise à mort de la galanterie. J’ose donc crier : vive les relous !

Président par défaut : l’aveu vient de haut

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francois hollande vote etrangers

Pour fêter l’anniversaire de son élection, le président de la République est donc allé au feu des questions de Jean-Jacques Bourdin. Cela ne manquait pas de courage et on peut d’ailleurs se demander s’il n’a pas pris cette décision pour démontrer qu’il lui arrive de porter la culotte, au sein du nouveau couple exécutif.  François Hollande a donc dû batailler et fait montre d’un certain sens de l’esquive qui rappelait certains moments de sa campagne présidentielle.

La plupart des observateurs ont, à raison, commenté les déclarations de François Hollande sur la réforme territoriale et les reports d’élections que celle-ci pourrait entraîner. À moins que cela ne soit le report des élections qui motive l’accélération du calendrier de la réforme territoriale, pourtant fixé par le Premier ministre lors de sa déclaration de politique générale, comme le craint à juste titre l’opposition, qui réclame maintenant un référendum. Hier, dans ces colonnes, Régis de Castelnau n’a pas eu  tort de fustiger ce « camp du Bien qui ne s’encombre pas de morale républicaine ». Dans le même esprit, comme nous l’a soufflé Marc Cohen, exhumer le du droit de vote des étrangers aux élections locales, tout en reconnaissant ne pas avoir de majorité pour le faire voter, revient à un chiffon rouge à l’approche des élections européennes. Sachant qu’un score impressionnant y est promis au FN, la manœuvre de Hollande ressemble à ces petits coups politiciens que l’électeur aguerri voit venir à cinquante kilomètres.

Mais c’est une phrase prononcée tout au début de l’émission qui a retenu mon attention. Le Président de la République nous a effectivement gratifiés d’un aveu d’un fort beau gabarit en expliquant que s’il avait été élu, ce n’était pas pour son « programme étincelant » mais surtout parce que son prédécesseur avait échoué. Ainsi, François Hollande vient d’acter qu’il avait été élu par défaut. Ce coup d’essuie-glaces n’a certes rien d’original. D’abord, la mécanique du scrutin majoritaire à deux tours produit chez les électeurs le réflexe suivant : au premier tour, je choisis, au second, j’élimine. Ensuite, les échecs des gouvernements qui se succèdent depuis une trentaine d’années ont amplifié cette mécanique. Ainsi, en 1981, 1986, 1988, 1993, 1995, 1997, 2002 et 2012, les électeurs étaient davantage motivés par l’élimination de la majorité en place que par l’enthousiasme que leur inspirait ceux qu’ils désignèrent finalement. Seule l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007 pourrait faire exception dans ce tableau, suscitant un véritable espoir dans le pays, encore que la perspective de voir Ségolène Royal entrer à l’Elysée n’a pas dû être indifférente au choix des électeurs.

Mais si le commentateur peut froidement faire ce constat, le fait pour l’heureux élu de reconnaître publiquement qu’il doit davantage son élection à l’échec de son prédécesseur est beaucoup plus rare. Cette lucidité est d’autant plus méritoire que nous nous souvenons encore des cris d’orfraie que suscita il y a quelques semaines l’intervention du député UMP Guillaume Larrivé dans l’hémicycle, déclarant que François Hollande avait été élu par défaut. Un procès en anti-républicanisme fut ainsi instruit, le député d’Auxerre étant accusé de remettre en cause la légitimité de l’élection du Président de la République. Jean-Marc Ayrault lui-même s’en était ému. Reconnaissons pourtant que Larrivé pensait faire bondir les députés de la majorité par sa jolie provocation à l’encontre du président Hollande. Si les socialistes avaient été moins conditionnés, il leur aurait été si facile de renvoyer ce chevau-léger du sarkozysme à ses chères études. « Ainsi, le Président aurait élu par défaut, Monsieur le député Larrivé ! Vous rendez vous compte du piètre compliment que vous faites au candidat que vous souteniez alors ? C’est donc par le seul mérite de la médiocrité de la candidature de Nicolas Sarkozy que François Hollande aurait été élu ? Je n’irais pas, pour ma part, jusque-là et je vous en laisse toute la responsabilité ! » Voilà une réponse qui aurait été plus habile, mais Ayrault est-il capable d’habileté ?

François Hollande n’a pas le choix. Il la joue modeste. D’où cet aveu mais aussi ses déclarations sur les conditions de sa prochaine candidature. Il se comporte désormais comme un petit poucet de la Coupe de France de football qui n’a «rien à perdre » et attend le « retournement » économique comme le Messie. Ayant douché les espoirs d’Emmanuel Todd qui avait fait le pari du « hollandisme révolutionnaire » et de Jacques Sapir, qui lui conseillait de nommer Jean-Pierre Chevènement à Matignon, le président normal n’a plus qu’à abattre sa dernière carte : l’attentisme.

*Photo : YAGHOBZADEH RAFAEL/SIPA. 00636390_000009. 

L’impérialisme russe existe, l’Ukraine l’a rencontré

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ukraine kiev maidan

Causeur est, on le sait, un journal pluraliste, où des gaullistes historiques et des communistes maintenus coexistent dans la bonne humeur avec des économistes libéraux, voire libertariens,  et où des catholiques (modérément) conservateurs, dont le style doit au moins autant à Chesterton qu’à Bernanos, côtoient des philosophes foncièrement agnostiques et des esthètes fidèles à la tradition française du libertinage littéraire. On voit bien ce qui réunit négativement  tous ces bons esprits : une inquiétude de bon aloi devant les dérives d’une  modernité tout à la fois « festive » et acariâtre, dont les thuriféraires  voient la « réaction » à l’œuvre chez tous ceux qui, sans  récuser le régime démocratique, ont le malheur de s’interroger sur la dynamique récente des sociétés démocratiques.  Peut-on imaginer des liens plus forts, qui fassent de Causeur quelque chose comme l’organe d’un courant politique en formation ? Je ne le crois ni ne le souhaite, mais je me suis récemment posé la question, devant la manière dont la récente crise ukrainienne a été traitée dans le journal et, plus encore, sur le site internet de Causeur. À ceux qui demandaient ce qui, dans l’Action française, pouvait réunir d’anciens bonapartistes ou des rescapés de l’aventure boulangiste à des royalistes eux-mêmes écartelés entre les héritages orléaniste et légitimiste, Charles Maurras a fait un jour une réponse frappante  : « Tout paraît impossible, ou affreusement difficile, sans cette providence de l’antisémitisme. Par elle, tout s’arrange, s’aplanit et se simplifie. Si l’on n’était antisémite par volonté patriotique, on le deviendrait par simple sentiment de l’opportunité. »  L’amour de la Russie (et de Vladimir Poutine) sera-t-il la « Providence » qui soudera les collaborateurs et les lecteurs de Causeur ? Je me suis posé la question, mais il me semble pour le moins prématuré d’y répondre positivement et c’est pour cela que je me permets de présenter ici quelques réflexions d’un observateur qui, pour être un ami de l’Ukraine, n’est peut-être pas pour autant le reflet naïf du « lyrisme béat que propagent les médias » (Jean-François Colosimo).  Je partirai des simples faits, et des prétendues révélations que l’on oppose aux médias « dominants », avant d’avancer quelques hypothèses sur le sens de la politique de Poutine, et sur la nature de ses soutiens.[access capability= »lire_inedits »]

La posture adoptée par beaucoup des rédacteurs de Causeur a été celle de l’esprit fort, qui ne s’en laisse pas conter et qui met en lumière des faits troublants passés sous silence ou du moins minimisés par une presse naïvement intéressée. En résumé, on nous apprend, dans un style qui évoque à la fois Médiapart et le réseau Voltaire,  que la révolution démocratique de Kiev n’a été qu’un vulgaire « coup d’Etat », dominé ou du moins manipulé par une extrême droite néo-fasciste et peut-être même nazie, héritière d’une longue et peut-être  vivante tradition d’antisémitisme, et dont l’influence se traduirait par de menaces terribles pour toutes les « minorités » ukrainiennes.  Tous ne vont pas jusqu’à faire de Vladimir Poutine le seul homme d’Etat démocrate dans le monde d’aujourd’hui  (Olivier Berruyer)[1. Jérôme Leroy voit quant à lui en Poutine, l’héritier du Roi-Soleil tel que le voyait Voltaire. Il est vrai que l’auteur de l’admirable Siècle de Louis XIV est aussi celui d’une plus contestable Histoire du règne de Pierre le Grand, qui est une des sources principales de la russophilie française. Sensible au froid, Voltaire fut fort heureux que la Grande Catherine lui ait offert de « belles pelisses » et il poussa la reconnaissance jusqu’à applaudir au partage de  la Pologne, où l’aide fraternelle de la Russie venait, déjà, protéger la liberté de conscience. …],  mais tous sont inquiets devant les imperfections de la jeune démocratie ukrainienne.

Commençons par l’accusation la plus grave – ou la plus « hénaurme » : celle de fascisme ou de nazisme et d’antisémitisme.  Il  y a bien en Ukraine, une droite radicale (Svoboda) et même une extrême droite (Pravyi Sektor), dont l’influence est directement proportionnelle à l’agressivité de la Russie et de ses soutiens ukrainiens. Svoboda a eu 10% aux élections législatives de 2012, son score le plus élevé et à l’évidence provisoire, et de bons spécialistes comme le politologue  Riabtchouk pensent qu’il a été soutenu à son lancement par Yanukovitch pour affaiblir et diviser l’opposition dans l’ouest du pays. Ces mouvements ont joué un rôle réel à partir du moment où les manifestations de Maidan ont pris un tour plus violent en réponse à la brutalité déployée par Yanukovitch, mais ils coexistaient alors avec d’autres organisations, y compris celles de jeunes militants juifs qu’il est difficile de tenir pour nazis. Quant à l’accusation d’ « antisémitisme », elle ne repose sur à peu près rien, sinon sur une vision largement reconstruite de l’histoire de l’Ukraine. Il y a beaucoup moins d’incidents antisémites en Ukraine que dans de vieilles démocraties comme la France ou la Belgique, et le dernier en date s’est produit le 18 avril à Donetsk, en pleine agitation prorusse ; de nombreux responsables juifs ukrainiens ont protesté contre ces accusations (voir par exemple), qui jouent un rôle central dans la propagande extérieure de la Russie, dont la politique à l’égard des Juifs russes est  d’ailleurs loin d’être irréprochable.

Maidan a-t-il débouché sur un « coup d’Etat », marqué par la destitution du « Président légitimement élu » Yanukovich sous la pression de la rue ?  Il y a eu à Kiev une dynamique révolutionnaire, qui ne devrait pas surprendre les nostalgiques du « trésor perdu des révolutions modernes » (Hannah Arendt), et celle-ci a comme souvent débouché sur des formes de démocratie directe qui entraient en tension avec la logique de la représentation ; mais les droits des représentants ont été finalement respectés, et la révolution, qui défendait avant tout l’autonomie et la pluralité interne de la société civile, a très rapidement débouché sur le rétablissement d’une légalité mise à mal par la brutalité de gouvernants discrédités, avec pour perspective de nouvelles élections générales qui sont aujourd’hui compromises par l’action de la Russie. Cette révolution fut une révolution authentiquement nationale mais elle ne peut en aucun cas être réduite à un mouvement ethnique néo-ruthène : de nombreux acteurs de Maidan n’étaient pas des « Ukrainiens de souche » (le premier martyr de Maidan fut un jeune Arménien), les russophones ne sont pas tous, loin de là, désireux d’abandonner  la citoyenneté ukrainienne pour redevenir sujets de l’Empire russe[2. Aux dernières nouvelles, les Ukrainiens de l’est, bien que remontés contre le pouvoir de Kiev ne sont « rattachistes » qu’à une petite minorité (27,5% à Donetsk, 15,4% pour l’ensemble du Sud-est, contre 69,7% d’opinion contre).] et la diversité des « activistes de Maidan », dont se moque Jean-François Colosimo témoigne à elle seule que l’enjeu n’est pas seulement de défendre un Etat-Nation fragile, mais de créer les conditions d’une démocratie pluraliste.  L’erreur la plus grave, qui, fut d’ailleurs corrigée presque immédiatement, a été de revenir sur une législation récente non pas pour « interdire la langue russe » ( ?!) mais pour revenir au statu quo ante (plurilinguisme officiellement reconnu mais avec une langue nationale). Il faut redire que l’Ukraine est un pays bilingue partout, même à Lviv et à Maidan, et que le projet d’un statut paritaire du russe et de l’ukrainien est de plus en plus évoqué par les dirigeants ukrainiens. S’il y a un problème linguistico-culturel en Ukraine, c’est plutôt celui de l’hégémonisme russe à l’est, en particulier dans les médias, et dans les politiques scolaires de Yanukovitch visant à imposer la version stalinienne de la Grande guerre patriotique dans les écoles, les commémorations, etc., comme c’est le cas en Russie.

Pour Jean-François Colosimo, la politique actuelle de Poutine marque que, pour la première fois dans son histoire, la Russie s’en tiendrait à une stricte politique « nationale ». Cette idée est pour le moins curieuse, à moins que l’on ne considère le pangermanisme de la fin du XIXe siècle comme l’expression classique de l’idée nationale. Que dit en effet Poutine ? Il se présente comme le défenseur légitime de tous les russophones du monde, rebaptisés « Russes » pour la circonstance, et il revendique de ce fait un droit d’intervention illimité, sans mandat international, dans tous les pays où une partie de la population parle russe et demande l’aide du grand frère russe, ce qui ouvre la voie de l’ « aide fraternelle » à la quasi-totalité des territoires de l’ancienne Urss, à commencer par les Etats baltes. Il tient pour nul et non avenu le tracé des frontières issu des conflits du XXe siècle, pour organiser des plébiscites afin d’imposer la sécession des zones majoritairement russophones et même pour les annexer à une Fédération russe dont les frontières sont de plus en plus incertaines ; il crée ainsi des  précédents dangereux  dans des Etats qui ont cédé après l’une ou l’autre des deux guerres mondiales des territoires dont le caractère national roumain, russe ou polonais n’est pas moins contestable que l’appartenance à l’Ukraine d’une Crimée qui n’est d’ailleurs devenue « russe » qu’au détriment de ses premiers occupants Tatars. Sans nullement verser dans la reductio ad Hitlerum, on ne peut s’empêcher de remarquer que, du strict  point de vue des relations internationales, l’actuelle politique russe évoque irrésistiblement le style de la diplomatie du IIIe Reich dans la période où celui-ci se présentait comme le défenseur des intérêts fondamentaux d’une Allemagne spoliée et « humiliée » par le Traité de Versailles.  Les « Russes » d’Ukraine, après ceux d’Ossétie et d’Abkhazie, sont les nouveaux Sudètes dont les « droits » sont le prétexte au démantèlement d’un Etat souverain et l’accès à la Mer noire par la Crimée (que l’Ukraine n’a jamais remis en cause) a quelque chose du « corridor de Dantzig » qui permettait de dénoncer l’agressivité polonaise.

Pour les apologètes de la Sainte Russie, tout le mal est venu de l’Occident, qui a multiplié les marques de défiance à l’égard d’une nation qui ne rêvait que de s’intégrer pacifiquement à l’ordre international et qui se sent « menacée » et « encerclée » par l’élargissement de l’OTAN jusqu’à ses portes.  On peut sans doute rêver d’un monde possible où, après la guerre froide, des relations meilleures auraient pu s’établir entre l’Occident et l’ancienne Union soviétique, mais on voit mal en quoi consiste l’agressivité d’un Occident où un prétendu faucon comme Brzezinski espère faute de mieux la finlandisation de l’Ukraine,  où l’Union européenne ne sait toujours pas ce qu’elle est, et où la Russie dispose de puissants relais en France et, plus encore, en Allemagne. Mais on peut aussi changer de paradigme interprétatif, et voir dans la politique russe un projet qui va très au-delà d’une simple ambition nationale. Ce projet imite certaines réalisations occidentales : l’Eurasie se présente comme un double de l’Union européenne ; mais il repose aussi  sur le renversement méthodique des valeurs occidentales d’aujourd’hui (individualistes, « cosmopolites » ou mondialistes) au bénéfice d’une nouvelle révolution conservatrice, dirigée à la fois contre la menace islamique, contre la décadence des mœurs et contre la finance internationale. L’expression la plus accomplie de ce rêve se trouve dans l’œuvre d’Alexandre Douguine, prophète d’une « quatrième théorie politique » qui, sous la direction prophétique de la Russie, se substituerait  aux anciennes théories issues du rationalisme occidental (libéralisme, fascisme, communisme) mais il n’est pas difficile d’en trouver des formulations moins sophistiquées dans tout ce qui s’écrit en Russie et ailleurs, et que La voix de la Russie offre bénévolement aux citoyens français. La version dure de cette idéologie est diffusée en France et en Belgique par Alain Soral et ses partisans, qui ne passent pas  pour des amis de Causeur, mais on en trouve des versions plus faciles ou plus soft, largement répandues par exemple dans les milieux catholique conservateurs, où beaucoup d’honnêtes gens admirent sincèrement M. Poutine, qui a remis les homosexuels à leur place, défend les Chrétiens d’Orient en Syrie et déplore les effets de l’immigration en France. Parallèlement, la Russie de Poutine, qui dénonce les « fascistes » de Maidan, entretient les meilleurs rapports avec presque tous les mouvements d’extrême droite européen, des plus modérés comme le FN français aux plus radicaux comme le Jobbik hongrois mais elle a aussi des amis dans de larges courants de la droite classique (notamment en France) sans parler des rescapés de l’anti-impérialisme d’extrême gauche. Comme dans les années trente, tout cela s’enracine dans de vraies difficultés de la démocratie libérale, dont les défenseurs ne sont pas toujours convaincants, et c’est ce qui explique sans doute pourquoi certains de nos amis se disent que, finalement, il vaut mieux avoir  tort avec Marine Le Pen que raison avec Bernard-Henri Lévy. Cette attitude me paraît néanmoins bien légère, et il me semble pour finir que l’action de la Russie de Poutine va contre tout ce que la plupart d’entre nous aimons : elle flatte  le nationalisme  français pour affaiblir la solidarité des Européens, et elle  exalte le Sonderweg allemand contre l’Occident mais elle soutient aussi tous les mouvements pseudo-régionalistes qui minent les vieux Etats-Nations. Elle ne feint de défendre l’héritage occidental que pour promouvoir une « Eurasie » fondamentalement autoritaire, qui ne ressemble en rien à ce que désirent,  sans doute, mes amis de Causeur.[/access]

*Photo: EAST NEWS/SIPA.00676699_000063.

Le peuple répond aux questions de François Hollande

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francois hollande bourdin

C’est le peuple le plus impopulaire de la Vème République. Jamais, de mémoire de politologue ou de journaliste, on n’avait observé un tel désamour de l’exécutif pour ses compatriotes. Ceux-ci semblaient ne pouvoir tenir aucun cap dans la durée, faisant un pas en avant puis deux pas en arrière sur tous les sujets qui préoccupaient vraiment le président. D’abord, le peuple qui avait pris la responsabilité d’élire François Hollande avait presque immédiatement renié son bulletin de vote dans les sondages. Puis, non seulement il avait rechigné à se mettre au travail pour inverser la courbe du chômage, mais en plus il avait fait barrage à toutes les réformes sociétales du chef de l’Etat : manifestations monstres contre le mariage unisexe, incompréhension face à la pénalisation de la demande sur un marché – celui de la prostitution – où l’offre demeure légale, doutes quant à l’urgence de passer de « l’égalité hommes-femmes » à « l’égalité femmes-hommes », refus de soumettre ses enfants à l’obligation de se définir selon leur « genre »… On le croyait mou, indécis, mais le peuple s’était révélé redoutablement dur, et têtu. Le président commençait à se demander s’il avait affaire à un sourd. Exaspéré, il exigeait des réponses. Soucieux de le rassurer, et espérant ainsi retrouver grâce à ses yeux, les Français sont donc allés à la rencontre de François Hollande. Ce mardi 6 mai, ils avaient promis d’aborder sans langue de bois les principales questions que le président se posait, en direct sur RMC et BFM TV. Compte-rendu.

« François Hollande : – Échec sur quoi ? Sur le chômage ?

Peuple français : – Oui, monsieur le Président, vous avez échoué. Ce qu’on ne vous reprocherait pas tant si ce n’était le problème dont découlent à peu près tous les autres. Et si vous n’aviez pas promis de réussir avant la fin de l’année dernière.

FH : – Est-ce que j’ai dissimulé la gravité de la crise ?

PF : – Pendant toute votre campagne, oui. Mais on vous comprend : ça n’a pas trop réussi à Sarko de nous prévenir d’avance qu’il faudrait se serrer la ceinture.

FH : – Est-ce que je n’ai pas suffisamment dit au lendemain de l’élection que la situation que j’avais trouvée était grave ?

PF : – C’est vous qui êtes grave. La situation est bien pire aujourd’hui.

FH : – Qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai tergiversé ? J’ai hésité ? J’ai attendu ?

PF : – Un peu mon neveu, c’est même votre marque de fabrique. Lisez la presse. »

FH : – Pourquoi j’ai pris cette décision [de refiscaliser les heures supplémentaires] ? Pour faire mal aux Français ?

PF : – On se demande. Parce que travailler plus, si c’est pas pour gagner plus, c’est moins excitant.

FH : – Mais qu’est-ce que je dois faire ?

PF : – Vous auriez peut-être dû y réfléchir avant d’être élu. Maintenant, une dissolution ne serait pas de refus.

FH : – Qu’est-ce que j’ai eu à faire ? Parler aux Français tout de suite ?

PF : – Oui, chapeau pour les anaphores, mais avouez qu’il n’était pas très futé de nous parler du retour de Leonarda sans sa famille ou de la menace fasciste qui consiste à avoir un papa et une maman…

FH : – J’ai réorienté l’Europe sur le Pacte de croissance, vous croyez que ça s’est fait comme ça ?

PF : – Non, l’euro c’est du boulot, mais alors vous auriez pu nous épargner le sketch du non-aligné avec Angela Merkel. Du coup, ça nous donne pas super envie de voter aux Européennes, voyez.

FH : – Vous pensez que dans une période de crise, dans une période de difficulté, les Français pourraient être indulgents, pourraient être bienveillants, quand on leur demande tant d’efforts ?

PF : – Et puis quoi encore ? Une médaille ? Des bonbons ? Une réélection en 2017 ?

FH : – Amateurisme quand il s’est agi de sortir de la crise de la zone euro ? Amateurisme quand il s’est agi d’intervenir au Mali quand personne ne le faisait et que le terrorisme était en train de gagner la partie ? Amateurisme quand il s’est agi d’aller en Centrafrique pour éviter un génocide ? Amateurisme quand il s’est agi sur la crise Syrienne où j’étais le seul chef d’Etat occidental à dire : attention, ce qu’on est en train de laisser faire, c’est un massacre ?

PF : – Puisque vous êtes amateur d’anaphores, allons-y : oui vous avez été un amateur au regard de votre record du nombre de lois retoquées par le Conseil constitutionnel, oui vous avez été un amateur au regard de votre refus d’entendre des millions d’opposants à la privation légale de père ou de mère, oui vous avez été un amateur au regard de votre inaptitude à arbitrer la cacophonie ministérielle, oui vous avez été un amateur en attendant deux ans pour tenter d’enrayer la hausse des dépenses publiques. On continue ?

FH : – Qu’est-ce que je fais le 14 janvier [en prenant un virage social-démocrate] ?

PF : – La preuve de votre amateurisme. Bis repetita.

FH : – Qu’est-ce que j’ai fait [pour Alstom] avec le gouvernement de Manuel Valls et avec Arnaud Montebourg ?

PF : – La preuve de votre amateurisme. On trisse.

FH : – Est-ce qu’aujourd’hui les taux d’intérêts sont hauts, en France ?

PF : – À nouveau, faites comme Manuel Valls : lisez la presse. Non, ils sont très bas, ce qui ne fait pas de la France le matador de la finance, mais au contraire un pays qui peut encore s’endormir tranquille sur sa dette grâce à une abondance de crédit. Et tant pis pour nos enfants.

FH : – Comment voulez-vous qu’à la fin du mandat, si j’ai échoué sur le chômage, échoué sur la croissance, échoué sur le redressement du pays, je puisse dire : j’ai la solution pour la suite ?

PF : – En ne changeant rien à votre slogan de 2012 : le changement c’est maintenant. Puisque 2017, ce sera le nouveau maintenant, banane. »

Cantonales et régionales : qui a peur du suffrage universel?

francois hollande regionales cantons

« Le PS pessimiste sur les scrutins à venir ». Christophe Borgel, secrétaire à l’organisation du PS, chargé des élections, nous informe dans Le Figaro qu’après les municipales, il a retrouvé un peu de lucidité. J’avais rappelé dans ces colonnes qu’une simple projection des résultats des municipales impliquait la perte par les socialistes de la totalité des régions et de 30 départements sur 60, en 2015.

Avec un cynisme, une absence de vergogne, et une mauvaise foi absolument sidérants, la présidence normale vient de nous concocter, la bouche en cœur, une fort jolie magouille. Ceux qui s’intéressent à l’histoire et aux sciences politiques, et qui pensaient  avoir tout vu, en sont pour leurs frais. Enfoncé le petit père Queuille et sa loi sur « les apparentements » qui permit d’éviter au début des années 50 l’arrivée massive de députés RPF au Parlement. Petit  joueur François Mitterrand et sa proportionnelle intégrale de 1986 qui permit d’épargner à la gauche une trop importante défaite, mais surtout une arrivée en nombre de députés Front national histoire d’emmerder la droite.

Pour les têtes pensantes de l’Élysée et de Matignon, l’objectif est de conserver le plus longtemps possible les 60 Départements et les 26 Régions contrôlées par la gauche. Il faut garder cette base matérielle, les capacités financières, les emplois induits, tout ce qui permet d’assurer, après la catastrophe municipale un reste d’infrastructure territoriale au Parti Socialiste. Et puis aussi, calmer les élus locaux, et les permanents qui constatent que la présidence Hollande se transforme pour eux en course à l’abîme, et en aller simple pour Pôle emploi.

Premier temps, dans son discours de politique générale, Manuel Valls annonce une grande réforme territoriale. Regroupement des Régions pour passer de 28 à une douzaine. Sur la base du volontariat et à l’échéance 2017. Suppression des Départements à l’échéance 2021. Depuis hier, ce calendrier est bouleversé. Il faut que tout soit bouclé en 2016 ! Et la conséquence, nous dit le Président, c’est un report de ces élections locales en attendant la mise en place de la réforme. Pardi ! Quand à discuter avec des exécutifs régionaux, autant que ce soit avec nos amis élus neuf ans avant (!). Ce sera plus simple. Comme ça quand on sera contraint de passer la main, on refourguera de nouveaux engins qu’on aura démantibulés. Quant aux départements, on les garde jusqu’à ce qu’ils soient supprimés.

Quelques petites observations techniques. Ce n’est pas la première fois que la durée des mandats est modifiée en cours de route. Tout d’abord, hormis le cas particulier de l’Assemblée nationale qui peut être dissoute et des élections partielles ponctuelles, toute modification doit être exceptionnelle. En effet, lorsqu’il exerce sa souveraineté, le peuple doit savoir pour quelle durée il donne mandat à ses représentants. Première règle, il n’est pas possible de les raccourcir. On peut les allonger, mais à la marge et à condition d’avoir une bonne raison. Je suppose que l’on va nous ressortir l’exemple Pasqua de 1995 et Raffarin de 2004. Cela n’avait rien à voir. En 1995 il s’agissait d’éviter le chevauchement des présidentielles et des municipales. Celles-ci furent reportées à septembre. Allongeant de cinq mois le mandat de six ans … En 2004, Jean-Pierre Raffarin, s’inquiétant (trois ans avant) de ce que le printemps 2007 aurait vu des élections présidentielles, municipales, régionales et cantonales, avait jugé qu’il était souhaitable de prolonger d’un an le mandat des collectivités territoriales pour éviter la confusion. C’était assez raisonnable, ce qui n’empêcha pas François Hollande de tonner contre cette abominable atteinte à la démocratie. Rappelons également, qu’une des premières mesures prises par la gauche en 2012 fut de découpler les municipales de 2014 et les régionales et cantonales. L’utilité ne sautait pas aux yeux, le précédent de 2008 démontrant que cela pouvait très bien se passer. Mais déjà, il s’agissait de conserver un an de plus, soit en tout  7 ans, son hégémonie sur les conseils régionaux et généraux. Et là, on nous dit que ce serait de bonne politique de les porter à huit, voir à neuf… En omettant de rappeler au passage, que pour supprimer les départements il faudra modifier la constitution, et que, comme le dit élégamment Jean-Claude Gaudin sur ce point les socialistes pourront se brosser avec un oursin. Quant au changement des règles du jeu moins d’un an avant l’échéance, il n’est pas sûr que cela enchante le Conseil Constitutionnel.

Peut-on mieux se moquer du monde, se défier du suffrage universel, en affichant un tel cynisme et une telle absence de principes ?

Oui, oui, on peut. Hier, dans les bruits de l’orchestre, une petite information est passée inaperçue. Pierre Moscovici, brillant ministre des finances récemment éconduit, rêve de rejoindre la Commission Européenne à Bruxelles. L’inconvénient de l’éloignement du Café de Flore où il a la réputation de passer le plus clair de son temps semble devoir être surmonté. En revanche, les conséquences juridiques de son départ sont plus ennuyeuses. Un commissaire européen ne peut pas être en même temps parlementaire. Donc Moscovici devrait démissionner. Ce qui veut dire élection partielle, gamelle probable, et majorité socialiste encore plus brinquebalante. Comment faire ? Quelqu’un a eu une idée lumineuse. Si Pierre Moscovici est nommé parlementaire en mission par le Premier ministre, et que cette mission dure plus de six mois, son suppléant siège définitivement au Parlement, plus de partielle. Parfait, Manuel Valls a donc chargé notre aspirant commissaire d’une mission d’une durée supérieure à six mois. L’histoire ne dit pas quel est le contenu de cette mission et si elle sera rémunérée (en général c’est la règle). Le beurre, l’argent du beurre, la crémière et son chat, pourquoi se gêner ?

Le camp du Bien ne va quand même pas s’encombrer d’un peu de morale républicaine.

*Photo : capture d’écran BFM. 

Il faut bombarder Moscou !

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Bobards et bouteillons: les reportages du Monde et de Libé notamment (Le Figaro est un peu plus objectif) sur l’Ukraine me rappellent, à la virgule près, ceux sur la guerre en ex-Yougoslavie dans les années 90. Des bons, des méchants et une étrange propension à mettre dans le camp du bien en se bouchant le nez les anciens et nouveaux nazis contre ceux qui y résistèrent.

Un exemple de traitement sélectif? Le remarquable silence sur le massacre des « pro-russes » dans la maison des syndicats d’Odessa ou la façon de présenter la répression militaire de Kiev contre sa propre population comme la résistance désespérée d’un Etat démocratique pour empêcher des factieux de prendre le pouvoir. Imaginons l’inverse. Ce sont des « pro-européens » qui ont été brûlés vifs à Odessa et ce sont des troupes « pro-russes » qui reprennent à l’arme lourde des villes « pro-européennes ». Là, ce serait grande semaine de l’indignation avec trémolos malruciens à chaque coin de page et appel à des brigades internationales.

Petite différence par rapport à l’ex-Yougoslavie tout de même, les éditorialistes va-t-en guerre sont un peu plus prudents dans leurs propos. On sent la rage impuissante, le bellicisme refoulé. Il est vrai qu’appeler à bombarder les Serbes de Bosnie ou de Belgrade, c’était tout de même un peu moins risqué que d’appeler à bombarder Moscou. On se contentera donc d’invoquer des « sanctions économiques ».

Ce qui est tout de même ironique, dans toute cette horreur, c’est que pour l’instant, s’il y a des sanctions économiques, c’est plutôt celles que les gouvernements austéritaires de l’Union européenne appliquent contre leurs propres peuples et que tout cela va se payer très cher, et très vite, le 25 mai. Le même jour que l’élection présidentielle en Ukraine car on sait que l’Histoire a toujours un sens de l’humour assez spécial.

Finkielkraut : Habemus Papam!

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alain finkielkraut marianne

On a gagné ! À force d’entendre quelques ânes et ânesses à carte de presse déverser en boucle leur fiel sur notre « Rabbi », le surnom affectueux et gentiment moqueur que nous avons donné à Alain Finkielkraut, on avait presque fini par croire que cette détestation vociférante était, sinon unanime, largement partagée. Lui aussi d’ailleurs, qui semble souvent plus atteint par la bassesse des attaques que réconforté par la chaleur des encouragements. Comme si la rage haineuse de quelques-uns pesait plus que la gratitude des milliers de lecteurs, auditeurs et élèves qui ont appris à penser par eux-mêmes avec lui, parfois contre lui. Il est vrai que beaucoup, parmi ces derniers, sont des sans-grade quand les premiers, pour la plupart, occupent d’éminentes positions à partir desquelles ils peuvent défourailler sans risque sur quiconque leur déplaît. Après tout, Finkielkraut n’est pas non plus muselé – on le lui reproche assez –, il a la chance de pouvoir rendre les coups. Et il ne s’en prive pas. C’est qu’Alain Finkielkraut est un écrivain de combat. Et le combat d’aujourd’hui, ce n’est pas d’arracher le pouvoir aux puissances conservatrices, c’est de sauver ce qui peut l’être face aux saccages du pseudo-progressisme. On ne saurait trouver meilleur champ de bataille que l’Académie française.

Cependant, ce serait lui faire injure que de prétendre le soustraire à la critique et à la contestation – nos amicales engueulades en témoignent. On a parfaitement le droit de ne pas partager l’inquiétude fondamentale qui guide sa plume et sa pensée. Mais ses adversaires ne le critiquent pas, ils le calomnient ; ils ne réfutent pas sa vision du monde, ils la caricaturent ; ils ne contestent pas ses idées, ils insultent sa personne. Il est des noms qui empêchent de penser. Que « Finkielkraut » en fasse partie n’est pas le moindre paradoxe de notre temps.  Un intellectuel peut et doit accepter la contradiction, et même se nourrir d’elle. Contre le mensonge, on ne peut rien. Que répondre à une Aude Lancelin, plumitive de Marianne, qui s’autorise à décréter, à propos de L’Identité malheureuse, que « le “feel good book” réactionnaire de l’automne dernier était aussi un livre d’une grande faiblesse intellectuelle » ? − on aimerait connaître l’œuvre qui justifie la prétention de cette péronnelle, aussi servile devant ses maîtres qu’elle est arrogante face à ceux qu’elle a érigés en ennemis. Que penser du portrait que dresse de lui l’inénarrable Aymeric Caron, l’homme qui défend la tolérance à coups d’injures et exprime son amour de l’humanité en crachant sur ses adversaires ? « L’étrangeté grandissante de ses mimiques, la traviolitude désespérante de ses bésicles, l’agitation inquiétante de ses paluches, le saccadé laborieux de son propos ou l’emportement fiévreux de son indignation lui confèrent l’aura du prêtre illuminé prédisant à ses ouailles la prochaine apocalypse. » Bizarre, tout de même, ces remarques sur le physique quand on se targue de démonter une pensée.

On dirait que, contre Finkielkraut, tous les coups sont permis. Surtout les plus bas.  Sans doute accorde-t-on trop d’importance à ces petits esprits, qui ne sont même pas minoritaires mais groupusculaires. En tout cas, quand, quelques jours avant l’élection, d’éminents académiciens ont joint leur voix, courageusement anonyme, à celle des professionnels de la dénonciation, on s’est surpris à douter. Alors remercions- les tous : grâce à eux, une élection imperdable est devenue une victoire éclatante. Celle d’Alain Finkielkraut, de ses proches et amis, mais aussi celle de tous ces anonymes qui assistent en silence à la destruction de ce qu’ils aiment, à la diabolisation de ce qu’ils pensent. Notre victoire à tous, qui aimons, comme le suggérait Montaigne, « frotter notre cervelle à celle d’autrui ». Notons enfin que, jusque dans les synagogues, on s’est réjoui de l’honneur fait à ce juif qui a pourtant choisi la voie du savoir plutôt que celle de l’étude. Ce qui lui a inspiré ce commentaire lors de notre rencontre hebdomadaire sur RCJ : « Il s’est produit à travers moi l’événement inattendu d’une double reconnaissance : la reconnaissance du désarroi identitaire d’un nombre croissant de Français, la reconnaissance aussi, parce que prononcer mon nom est difficile, de la présence juive en France. » Alors, cher « Rabbi », cher Alain et cher Maître – titre donné aux académiciens –, au nom de toute l’équipe de Causeur : Mazel tov !

*Photo : JEROME MARS/JDD/SIPA. 00667245_000009.

À sanctions américaines, solutions russes

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poutine kerry sanctions ukraine

poutine kerry sanctions ukraine

Même pas mal ! Le message envoyé par Vladimir Poutine était clair : aux journalistes qui l’interrogeaient sur les sanctions américano-européennes lors d’un déplacement à Minsk le 29 avril, le président russe avait répondu dédaigneusement que son «  gouvernement (…) a déjà proposé des mesures de représailles. » mais qu’il  ne pense pas en avoir besoin« … Depuis, il a, semble-t-il, changé d’avis.  

Ainsi, lundi 5 mai, Vladimir Poutine a signé une proposition de loi instituant un système de paiement national. Le texte, qui entrera en vigueur le 1er juillet,  a pour objectif de centraliser toutes les transactions ayant lieu sur le territoire national. Les échanges seront impérativement effectués en rouble et tous les systèmes de paiement étrangers tels que Visa ou Mastercard devront verser à la banque centrale russe une commission trimestrielle équivalant à 25% de leur chiffre d’affaire, c’est-à-dire l’intégralité de la marge de ces sociétés en Russie… Les sanctions américaines tombées en avril auraient finalement produit leur petit effet, sinon sur l’économie, au moins sur l’opinion publique.

Les Etats-Unis ont notamment bloqué les transferts d’argent transitant par leur pays à destination de trois banques russes : Russie Sobinbank, SMP bank, et Investkapitalbank. Leurs actionnaires figurant sur la liste noire établie par les Etats-Unis, les cartes des banques citées sont devenues inutilisables sur la terre de l’oncle Sam. Puis, les groupes Visa et Mastercard ont envoyé un courrier à leurs clients russes les avertissant que leurs services  risquaient d’être bloqués. Et ça n’a pas manqué. Cette mesure touche un grand nombre de citoyens russes et dépasse définitivement le premier cercle de Poutine. Plus de 95% sur 217 millions de cartes bancaires fabriquées en Russie dépendent des centres de paiement Visa et Mastercard.

La nouvelle loi votée permettra, a priori, de développer une sorte de  « Russian Express » qui s’imposera dans le marché intérieur, poussée par un patriotisme économique et un prix compétitif. Mais il serait intéressant de voir jusqu’à quelles frontières le réseau financier russe se développera et jusqu’où la manne russe jouira de son indépendance.

Surtout, derrière cette mesure de rétorsion, on devine les contours d’une disposition qui s’inscrit dans une politique au long terme : mieux contrôler les flux monétaires et, pourquoi pas, rendre plus difficile la fuite des capitaux dont souffre l’économie russe.

Finalement, Vladimir Poutine a peut-être dit vrai  : le gouvernement n’a pas grand-chose à faire des sanctions américaines qui n’atteignent vraiment que les expatriés. Mais il n’oubliera pas de remercier Kerry pour  lui avoir fourni le parfait prétexte à une plus grande concentration du pouvoir. Le chef du Kremlin, en fin stratège, a su retourner la situation à son avantage. Il a su récupérer la carte de crédit comme objet de représentation nationale. Car, comme le rappelle Kevin Limonier, chercheur à l’institut français de géopolitique, « des choses et des mots sont mobilisés pour mettre en scène la souveraineté de la Russie ».

*Photo : Sergei Karpukhin/AP/SIPA. AP21563930_000020.

Happy birthday to you, Mister President !

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francois hollande regionales cantons

francois hollande regionales cantons

Après trois mois et demi d’un silence assourdissant, le Président de la République sort enfin du bois pour déballer son cadeau venu d’outre-Atlantique, d’Europe, du monde… d’ailleurs, en tout cas !

Quel chanceux ! : au moment de souffler les bougies d’un quinquennat qui laissera dans l’histoire autant de souvenir que son Premier Ministre, le « retournement » tant espéré arrive, papier à fleurs et rubans en prime. Sa première réaction est de l’offrir aux français en gage de sa bonne gestion.

C’est jour de fête,  le Président s’offre une radio. Sous le feu nourri des questions d’un Jean-Jacques Bourdin incisif, il reconnait que « Oui, l’impopularité est là » avant de constater le manque d’indulgence des français, qu’en grand Seigneur il ne leur reproche pas. Mais comme ces derniers ne lui font pas de cadeau, il se les fait lui-même en rappelant que le procès en amateurisme ne tient pas la route devant une gestion aussi brillante que celle de la crise de l’euro, de la réorientation de l’Europe sur le pacte de croissance, de l’intervention au Mali, en Centrafrique ou de la mise en garde du monde sur les exactions en Syrie, toutes à porter à son actif.

Dans un discours de campagne dont il a le secret, Hollande défait patiemment tous les reproches qui lui sont adressés, sur le plan personnel comme sur sa gestion du pays. Tout juste admet-il qu’il n’a pas assez communiqué sur la gravité de la situation … que lui ont laissée ses prédécesseurs. Et après avoir écarté la question concernant un deuxième mandat d’un « Comment voulez-vous, si j’ai échoué sur le chômage en 2017, que je puisse dire « j’ai la solution pour la suite ? », il nous rappelle projets et solutions miracles imaginées pour la suite de son quinquennat.

Comment voulez-vous, Monsieur le Président, qui avez échoué sur une grande partie des dossiers entamés, pouvoir dire,  « j’ai la solution pour les 3 années qui restent » et être entendu ?

On mesure le rempart infranchissable qui sépare cet homme de ses administrés, le degré phénoménal d’incompréhension –ou plutôt de surdité volontaire- qui affecte ses relations avec les français.  À la censure électorale du mois de mars, il oppose un nouveau mantra de l’accélération. « Nous devons aller encore plus vite parce que pour les Français, c’est insupportable, ils veulent des résultats ». Et de promettre, en affirmant –contre toute logique- aller dans le même sens que depuis le début de son mandat : « Nous allons même aller plus vite sur les impôts qui doivent baisser dès cette année en 2014 ». Que les français doivent recevoir, en Octobre, un avis d’imposition qui, une fois de plus, sera en hausse, importe peu !

Puis dans une relecture éclairée de son début de mandat, il rappelle : « si j’ai gagné les élections en 2012, ce n’est pas parce que j’avais un programme étincelant, c’est probablement parce que mon prédécesseur avait échoué ». Visionnaire !

Il affiche pour cette interview une détermination et un mental de champion… Soyons bon joueurs et souhaitons-lui, nous aussi, un cadeau qui lui soit utile, autant que le retournement. Souhaitons-lui une vision, un cap et une volonté d’agir pour récolter les fruits de ce « retournement » de la conjoncture mondiale. Souhaitons-lui surtout d’oublier cette maxime du Président Queuille qui pourrait être sienne : « il n’est pas de problème que le temps et l’absence de solution ne contribue à résoudre… »

Hollande-PS : la guerre tiède

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francois hollande municipales ps

francois hollande municipales ps

Le massacre des Innocents. C’est ainsi que plusieurs élus socialistes ont vécu les élections municipales. Non seule- ment ils pensaient avoir bien mérité de la (petite) patrie qu’ils dirigeaient depuis 2008, mais leurs administrés le leur ont répété jusqu’à la veille du premier tour ! Tous ces messieurs- dames, souriants et accueillants, qui leur ont ouvert la porte de leur appartement étaient déjà en train de méditer leur coup : voter pour la droite ou rester à la maison. Pour une fois, ce sont les électeurs qui ont roulé les politiques dans la farine.  Entre les deux tours, ces élus locaux sidérés ayant enfin compris que leurs jours – politiques – étaient comptés ont eu droit à un peu de sincérité citoyenne. Paraphrasant la plus célèbre formule de rupture, les électeurs leur ont dit : « Ce n’est pas vous, c’est lui ! » ; « J’ai de la peine pour vous, vous êtes formidable, mais votre président l’est beaucoup moins. » Certains de ces naufragés de mars 2014 sont d’autant plus amers qu’ils ont vu venir la claque. Depuis l’automne, ils voient les nuages noirs se multiplier. Le gel du barème de l’impôt (mesure qui neutralise l’indexation du seuil de l’imposition), maintenu par la majorité socialiste en 2012, a explosé quinze mois plus tard comme un vieil obus de 1914-1918.  Dès le 18 septembre 2013, la manchette de L’Opinion annonce que « l’impôt sur le revenu frappe au moins 1,2 million de foyers supplémentaires cette année » et que « les classes populaires [sont] touchées de plein fouet ». Si on ajoute l’arrêt brutal de la consommation provoqué par ce coup de massue fiscale et ses effets dévastateurs sur les petites retraites, les petits commerces, les artisans et les TPE en général, on mesure mieux à quel point l’axe Élysée-Matignon- Bercy s’était éloigné du « peuple de gauche », voire du peuple tout court. Alors, aujourd’hui, dans les villes perdues par la gauche, on s’étonne de l’étonnement du gouvernement. Pour ceux qui ont essayé de tirer la sonnette d’alarme, qu’ils appar- tiennent à la « gauche populaire » ou à « l’aile gauche du PS », qu’ils aient signé la lettre des 100 « pour un contrat de majorité » ou « l’appel pour le “non” socialiste au Medef », la leçon à tirer est simple : il faut que la politique reprenne le pouvoir à la technocratie.[access capability= »lire_inedits »]

Or, la Constitution de la Ve République a justement été conçue pour empêcher les politiques de perturber la gestion de l’État et les parlementaires de déranger les dirigeants du pays. Sacrifier la représentativité et étouffer la dimension parlementaire de la démocratie française : telle est l’essence de la Ve, qui apparaît aujourd’hui comme un boulet. Cette monarchie présidentielle dépend trop des qualités d’un seul homme – et il peut arriver que ce soit un homme sans qualités. Si Hollande s’obstine à croire qu’il a raison envers et contre tous, personne ne pourra rien y faire pendant cinq ans. Ainsi, il y a rupture dans la continuité entre les citoyens et les gouvernants, en l’occurrence le gouvernant, continuité qui est au principe de la démocratie libérale.    Cependant, la colère et la frustration n’ont pas aveuglé les frondeurs du PS. La politique étant l’art du possible, ils ne tablent pas sur un changement de Constitution mais espèrent faire évoluer le système de l’intérieur. Pourquoi ne pas neutraliser le droit présidentiel de dissoudre l’Assemblée nationale ? Ils citent le précédent du conflit qui opposa McMahon et Gambetta en 1876-1877 : c’est à l’issue de cet affrontement que la IIIe République est devenue, malgré la lettre de sa Constitution, véritablement parlementaire. Reste à savoir qui jouera le rôle de Gambetta.

En attendant, l’affaiblissement du soleil élyséen se conjugue depuis peu au renforcement des astres de Matignon et de Solférino, pour éclairer d’un jour nouveau la constellation politique française. Ni Valls ni Cambadélis ne peuvent rester de simples exécutants des oukases présidentiels : il en va de leur avenir. Le nouveau premier secrétaire va main- tenir la stratégie de « l’autonomie solidaire » mise en place par son prédécesseur, mais il a l’intention d’en renverser les termes : contrairement à ce que faisait Harlem Désir, l’autonomie s’exercera désormais vis-à-vis du gouvernement tandis que la solidarité ira plutôt vers les électeurs, les militants et les élus…  L’objectif est donc de créer une situation dans laquelle l’exécutif sera de facto obligé de négocier avec les députés de la majorité afin que l’Assemblée cesse d’être une chambre d’enregistrement. Pour y parvenir, les députés socialistes, faute de pouvoir imposer une révision de la Constitution, doivent créer un rapport de force en faisant feu de tout bois. Désormais, chaque fois qu’un texte d’importance secondaire – certes courageux, les frondeurs ne sont pas téméraires – leur sera soumis, la centaine de députés qui a proposé un « contrat de majorité » à Manuel Valls s’emploiera à pourrir l’existence du gouvernement.  Pour ces parlementaires, la situation actuelle ressemble beaucoup à la guerre froide, le droit du président de dissoudre l’Assemblée étant l’équivalent de la dissuasion nucléaire. L’ennui, c’est qu’elle ne sert pas à grand-chose dans les conflits de basse intensité. Ce sera donc la guérilla plutôt que la guerre. Cependant, l’intensité des hostilités ne devrait pas nous tromper sur la gravité de la crise : de nouveau, la Seine coule entre deux légitimités égales et concurrentes, celle de l’Élysée et celle du Palais Bourbon.   Au-delà des bisbilles entre socialistes, la crise actuelle de la majorité pose clairement la question du régime politique et de son adaptation à l’époque. La soupape que constituait la possibilité d’une cohabitation a disparu avec le quinquennat qui a renforcé les pouvoirs du président, alors même qu’il est le maillon faible du système. Cherchez l’erreur.

Madame S.  fait ses comptes

Habitant à Nice, madame S., 79 ans, retraitée et veuve, fait partie des 1,2 million de foyers fiscaux français qui, à cause du gel de l’adaptation du seuil de l’impôt sur le revenu (décidé par le gouvernement Fillon et reconduit par celui d’Ayrault en 2012), sont mécaniquement devenus, à partir de 2013, imposables. Or, en accédant à ce statut, madame S. a perdu en même temps les exonérations dont elle bénéficiait, et dont la valeur dépasse largement la somme réclamée par le fisc.  En 2012, avec 13 911 euros déclarés au titre des revenus de 2011, elle n’était pas imposable et bénéficiait de la gratuité du transport public et d’une exonération de la redevance audiovisuelle. L’année suivante, elle a déclaré 14 100 euros, soit 189 euros supplémentaires. Cette augmentation minime de ses revenus lui a coûté 141 euros en impôt sur le revenu, 125 euros en redevance audiovisuelle, sommes auxquelles il faut ajouter 320 euros, prix d’un abonnement annuel pour le transport public dans sa ville : soit un total de 586 euros qui représente la moitié de ses revenus mensuels (1175 euros). Résultat : son revenu disponible a donc chuté de 397 euros. Rappelons que, dans la même période, le prix de l’électricité a augmenté de plus de 10 %.[/access]

*Image : Soleil.

Ce néo-féminisme qui ne veut plus des hommes

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Le collectif « Stop harcèlement de rue » occupe l’espace médiatique depuis quelques semaines. Mouvement pourtant assez confidentiel (il revendique un peu moins de 5800 « likes » sur les réseaux sociaux), l’une de ses représentantes s’est illustrée sur le plateau de Taddeï vendredi dernier.

Le projet du collectif tient en quelques mots, très « brandé » avec des « happenings » autour du thème « zone sans relous ». Une énième association à la communication bien rodée pleine de mots-valises, donc. Cette « première zone sans relou » rue de Lappe, près de Bastille – un quartier peu réputé pour sa pudibonderie- a produit l’effet escompté avec un ramdam médiatique disproportionné compte-tenu du peu d’envergure de la démarche. La rue est bouclée, interdite aux hommes dits « relous » qui, par exemple « commenteraient le physique [des femmes] plutôt que le complimenter » avec pour dessein « d’habiter l’espace public pareillement ».

Non sans rappeler les procédés employés jadis par certaines associations antiracistes, Héloïse Duché, la plus médiatique des fondatrices de l’association, défend chez Taddeï l’effacement de l’altérité (sexuelle) dans l’espace public. Il ne s’agit pas de bannir la drague stricto sensu, mais de l’encadrer sévèrement, suivant une série de directives, comme le commandement « tu donneras ton numéro plutôt que de le demander » dixit l’intervenante s’adressant à un co-débatteur.

On ne peut que s’émouvoir de ces nombreuses femmes se faisant régulièrement insulter au simple motif qu’elles refusent d’entrer dans le jeu lourdingue de certains dragueurs à l’idiotie crasse.

Mais difficile d’éviter une pointe de sarcasme en entendant le collectif parler de « combat mené ». Cette poussée de collectifs un peu mièvres est encouragée par les subventions que l’Etat accorde un peu légèrement à des dizaines d’associations coquilles-vides.
Ainsi, Héloïse Duché, perspicace, n’a pas manqué de rappeler que si de loi elle ne se préoccupait pas, une « intervention majeure » de la force publique était nécessaire pour « obtenir des subventions permettant la mise en place de bars et concerts sans relous ». Les publicitaires peuvent savourer, encore un effort et la drague ne sera plus qu’une affaire numérique.
Décréter plutôt que rééduquer, le collectif tombe dans l’écueil classique de ce type d’associations. Plutôt que de considérer la séduction dans l’espace public comme une réalité historique dégagée de tout rationalisme, il faudrait encore légiférer (au moins moralement) en établissant un contrat tacite entre l’homme et la femme. Lui proposant, elle disposant, cela va sans dire.

Cette contractualisation du désir, qui réduit la drague à un traité bipartite fait fi de la complexité des rapports humains. À vouloir débusquer avec paranoïa tous les dragueurs invétérés et autres maladroits de ce Monde, ces femmes finiront par gommer toute notion d’altérité physique, avec, entre autres conséquence, la possible mise à mort de la galanterie. J’ose donc crier : vive les relous !

Président par défaut : l’aveu vient de haut

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francois hollande vote etrangers

francois hollande vote etrangers

Pour fêter l’anniversaire de son élection, le président de la République est donc allé au feu des questions de Jean-Jacques Bourdin. Cela ne manquait pas de courage et on peut d’ailleurs se demander s’il n’a pas pris cette décision pour démontrer qu’il lui arrive de porter la culotte, au sein du nouveau couple exécutif.  François Hollande a donc dû batailler et fait montre d’un certain sens de l’esquive qui rappelait certains moments de sa campagne présidentielle.

La plupart des observateurs ont, à raison, commenté les déclarations de François Hollande sur la réforme territoriale et les reports d’élections que celle-ci pourrait entraîner. À moins que cela ne soit le report des élections qui motive l’accélération du calendrier de la réforme territoriale, pourtant fixé par le Premier ministre lors de sa déclaration de politique générale, comme le craint à juste titre l’opposition, qui réclame maintenant un référendum. Hier, dans ces colonnes, Régis de Castelnau n’a pas eu  tort de fustiger ce « camp du Bien qui ne s’encombre pas de morale républicaine ». Dans le même esprit, comme nous l’a soufflé Marc Cohen, exhumer le du droit de vote des étrangers aux élections locales, tout en reconnaissant ne pas avoir de majorité pour le faire voter, revient à un chiffon rouge à l’approche des élections européennes. Sachant qu’un score impressionnant y est promis au FN, la manœuvre de Hollande ressemble à ces petits coups politiciens que l’électeur aguerri voit venir à cinquante kilomètres.

Mais c’est une phrase prononcée tout au début de l’émission qui a retenu mon attention. Le Président de la République nous a effectivement gratifiés d’un aveu d’un fort beau gabarit en expliquant que s’il avait été élu, ce n’était pas pour son « programme étincelant » mais surtout parce que son prédécesseur avait échoué. Ainsi, François Hollande vient d’acter qu’il avait été élu par défaut. Ce coup d’essuie-glaces n’a certes rien d’original. D’abord, la mécanique du scrutin majoritaire à deux tours produit chez les électeurs le réflexe suivant : au premier tour, je choisis, au second, j’élimine. Ensuite, les échecs des gouvernements qui se succèdent depuis une trentaine d’années ont amplifié cette mécanique. Ainsi, en 1981, 1986, 1988, 1993, 1995, 1997, 2002 et 2012, les électeurs étaient davantage motivés par l’élimination de la majorité en place que par l’enthousiasme que leur inspirait ceux qu’ils désignèrent finalement. Seule l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007 pourrait faire exception dans ce tableau, suscitant un véritable espoir dans le pays, encore que la perspective de voir Ségolène Royal entrer à l’Elysée n’a pas dû être indifférente au choix des électeurs.

Mais si le commentateur peut froidement faire ce constat, le fait pour l’heureux élu de reconnaître publiquement qu’il doit davantage son élection à l’échec de son prédécesseur est beaucoup plus rare. Cette lucidité est d’autant plus méritoire que nous nous souvenons encore des cris d’orfraie que suscita il y a quelques semaines l’intervention du député UMP Guillaume Larrivé dans l’hémicycle, déclarant que François Hollande avait été élu par défaut. Un procès en anti-républicanisme fut ainsi instruit, le député d’Auxerre étant accusé de remettre en cause la légitimité de l’élection du Président de la République. Jean-Marc Ayrault lui-même s’en était ému. Reconnaissons pourtant que Larrivé pensait faire bondir les députés de la majorité par sa jolie provocation à l’encontre du président Hollande. Si les socialistes avaient été moins conditionnés, il leur aurait été si facile de renvoyer ce chevau-léger du sarkozysme à ses chères études. « Ainsi, le Président aurait élu par défaut, Monsieur le député Larrivé ! Vous rendez vous compte du piètre compliment que vous faites au candidat que vous souteniez alors ? C’est donc par le seul mérite de la médiocrité de la candidature de Nicolas Sarkozy que François Hollande aurait été élu ? Je n’irais pas, pour ma part, jusque-là et je vous en laisse toute la responsabilité ! » Voilà une réponse qui aurait été plus habile, mais Ayrault est-il capable d’habileté ?

François Hollande n’a pas le choix. Il la joue modeste. D’où cet aveu mais aussi ses déclarations sur les conditions de sa prochaine candidature. Il se comporte désormais comme un petit poucet de la Coupe de France de football qui n’a «rien à perdre » et attend le « retournement » économique comme le Messie. Ayant douché les espoirs d’Emmanuel Todd qui avait fait le pari du « hollandisme révolutionnaire » et de Jacques Sapir, qui lui conseillait de nommer Jean-Pierre Chevènement à Matignon, le président normal n’a plus qu’à abattre sa dernière carte : l’attentisme.

*Photo : YAGHOBZADEH RAFAEL/SIPA. 00636390_000009. 

L’impérialisme russe existe, l’Ukraine l’a rencontré

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ukraine kiev maidan

Causeur est, on le sait, un journal pluraliste, où des gaullistes historiques et des communistes maintenus coexistent dans la bonne humeur avec des économistes libéraux, voire libertariens,  et où des catholiques (modérément) conservateurs, dont le style doit au moins autant à Chesterton qu’à Bernanos, côtoient des philosophes foncièrement agnostiques et des esthètes fidèles à la tradition française du libertinage littéraire. On voit bien ce qui réunit négativement  tous ces bons esprits : une inquiétude de bon aloi devant les dérives d’une  modernité tout à la fois « festive » et acariâtre, dont les thuriféraires  voient la « réaction » à l’œuvre chez tous ceux qui, sans  récuser le régime démocratique, ont le malheur de s’interroger sur la dynamique récente des sociétés démocratiques.  Peut-on imaginer des liens plus forts, qui fassent de Causeur quelque chose comme l’organe d’un courant politique en formation ? Je ne le crois ni ne le souhaite, mais je me suis récemment posé la question, devant la manière dont la récente crise ukrainienne a été traitée dans le journal et, plus encore, sur le site internet de Causeur. À ceux qui demandaient ce qui, dans l’Action française, pouvait réunir d’anciens bonapartistes ou des rescapés de l’aventure boulangiste à des royalistes eux-mêmes écartelés entre les héritages orléaniste et légitimiste, Charles Maurras a fait un jour une réponse frappante  : « Tout paraît impossible, ou affreusement difficile, sans cette providence de l’antisémitisme. Par elle, tout s’arrange, s’aplanit et se simplifie. Si l’on n’était antisémite par volonté patriotique, on le deviendrait par simple sentiment de l’opportunité. »  L’amour de la Russie (et de Vladimir Poutine) sera-t-il la « Providence » qui soudera les collaborateurs et les lecteurs de Causeur ? Je me suis posé la question, mais il me semble pour le moins prématuré d’y répondre positivement et c’est pour cela que je me permets de présenter ici quelques réflexions d’un observateur qui, pour être un ami de l’Ukraine, n’est peut-être pas pour autant le reflet naïf du « lyrisme béat que propagent les médias » (Jean-François Colosimo).  Je partirai des simples faits, et des prétendues révélations que l’on oppose aux médias « dominants », avant d’avancer quelques hypothèses sur le sens de la politique de Poutine, et sur la nature de ses soutiens.[access capability= »lire_inedits »]

La posture adoptée par beaucoup des rédacteurs de Causeur a été celle de l’esprit fort, qui ne s’en laisse pas conter et qui met en lumière des faits troublants passés sous silence ou du moins minimisés par une presse naïvement intéressée. En résumé, on nous apprend, dans un style qui évoque à la fois Médiapart et le réseau Voltaire,  que la révolution démocratique de Kiev n’a été qu’un vulgaire « coup d’Etat », dominé ou du moins manipulé par une extrême droite néo-fasciste et peut-être même nazie, héritière d’une longue et peut-être  vivante tradition d’antisémitisme, et dont l’influence se traduirait par de menaces terribles pour toutes les « minorités » ukrainiennes.  Tous ne vont pas jusqu’à faire de Vladimir Poutine le seul homme d’Etat démocrate dans le monde d’aujourd’hui  (Olivier Berruyer)[1. Jérôme Leroy voit quant à lui en Poutine, l’héritier du Roi-Soleil tel que le voyait Voltaire. Il est vrai que l’auteur de l’admirable Siècle de Louis XIV est aussi celui d’une plus contestable Histoire du règne de Pierre le Grand, qui est une des sources principales de la russophilie française. Sensible au froid, Voltaire fut fort heureux que la Grande Catherine lui ait offert de « belles pelisses » et il poussa la reconnaissance jusqu’à applaudir au partage de  la Pologne, où l’aide fraternelle de la Russie venait, déjà, protéger la liberté de conscience. …],  mais tous sont inquiets devant les imperfections de la jeune démocratie ukrainienne.

Commençons par l’accusation la plus grave – ou la plus « hénaurme » : celle de fascisme ou de nazisme et d’antisémitisme.  Il  y a bien en Ukraine, une droite radicale (Svoboda) et même une extrême droite (Pravyi Sektor), dont l’influence est directement proportionnelle à l’agressivité de la Russie et de ses soutiens ukrainiens. Svoboda a eu 10% aux élections législatives de 2012, son score le plus élevé et à l’évidence provisoire, et de bons spécialistes comme le politologue  Riabtchouk pensent qu’il a été soutenu à son lancement par Yanukovitch pour affaiblir et diviser l’opposition dans l’ouest du pays. Ces mouvements ont joué un rôle réel à partir du moment où les manifestations de Maidan ont pris un tour plus violent en réponse à la brutalité déployée par Yanukovitch, mais ils coexistaient alors avec d’autres organisations, y compris celles de jeunes militants juifs qu’il est difficile de tenir pour nazis. Quant à l’accusation d’ « antisémitisme », elle ne repose sur à peu près rien, sinon sur une vision largement reconstruite de l’histoire de l’Ukraine. Il y a beaucoup moins d’incidents antisémites en Ukraine que dans de vieilles démocraties comme la France ou la Belgique, et le dernier en date s’est produit le 18 avril à Donetsk, en pleine agitation prorusse ; de nombreux responsables juifs ukrainiens ont protesté contre ces accusations (voir par exemple), qui jouent un rôle central dans la propagande extérieure de la Russie, dont la politique à l’égard des Juifs russes est  d’ailleurs loin d’être irréprochable.

Maidan a-t-il débouché sur un « coup d’Etat », marqué par la destitution du « Président légitimement élu » Yanukovich sous la pression de la rue ?  Il y a eu à Kiev une dynamique révolutionnaire, qui ne devrait pas surprendre les nostalgiques du « trésor perdu des révolutions modernes » (Hannah Arendt), et celle-ci a comme souvent débouché sur des formes de démocratie directe qui entraient en tension avec la logique de la représentation ; mais les droits des représentants ont été finalement respectés, et la révolution, qui défendait avant tout l’autonomie et la pluralité interne de la société civile, a très rapidement débouché sur le rétablissement d’une légalité mise à mal par la brutalité de gouvernants discrédités, avec pour perspective de nouvelles élections générales qui sont aujourd’hui compromises par l’action de la Russie. Cette révolution fut une révolution authentiquement nationale mais elle ne peut en aucun cas être réduite à un mouvement ethnique néo-ruthène : de nombreux acteurs de Maidan n’étaient pas des « Ukrainiens de souche » (le premier martyr de Maidan fut un jeune Arménien), les russophones ne sont pas tous, loin de là, désireux d’abandonner  la citoyenneté ukrainienne pour redevenir sujets de l’Empire russe[2. Aux dernières nouvelles, les Ukrainiens de l’est, bien que remontés contre le pouvoir de Kiev ne sont « rattachistes » qu’à une petite minorité (27,5% à Donetsk, 15,4% pour l’ensemble du Sud-est, contre 69,7% d’opinion contre).] et la diversité des « activistes de Maidan », dont se moque Jean-François Colosimo témoigne à elle seule que l’enjeu n’est pas seulement de défendre un Etat-Nation fragile, mais de créer les conditions d’une démocratie pluraliste.  L’erreur la plus grave, qui, fut d’ailleurs corrigée presque immédiatement, a été de revenir sur une législation récente non pas pour « interdire la langue russe » ( ?!) mais pour revenir au statu quo ante (plurilinguisme officiellement reconnu mais avec une langue nationale). Il faut redire que l’Ukraine est un pays bilingue partout, même à Lviv et à Maidan, et que le projet d’un statut paritaire du russe et de l’ukrainien est de plus en plus évoqué par les dirigeants ukrainiens. S’il y a un problème linguistico-culturel en Ukraine, c’est plutôt celui de l’hégémonisme russe à l’est, en particulier dans les médias, et dans les politiques scolaires de Yanukovitch visant à imposer la version stalinienne de la Grande guerre patriotique dans les écoles, les commémorations, etc., comme c’est le cas en Russie.

Pour Jean-François Colosimo, la politique actuelle de Poutine marque que, pour la première fois dans son histoire, la Russie s’en tiendrait à une stricte politique « nationale ». Cette idée est pour le moins curieuse, à moins que l’on ne considère le pangermanisme de la fin du XIXe siècle comme l’expression classique de l’idée nationale. Que dit en effet Poutine ? Il se présente comme le défenseur légitime de tous les russophones du monde, rebaptisés « Russes » pour la circonstance, et il revendique de ce fait un droit d’intervention illimité, sans mandat international, dans tous les pays où une partie de la population parle russe et demande l’aide du grand frère russe, ce qui ouvre la voie de l’ « aide fraternelle » à la quasi-totalité des territoires de l’ancienne Urss, à commencer par les Etats baltes. Il tient pour nul et non avenu le tracé des frontières issu des conflits du XXe siècle, pour organiser des plébiscites afin d’imposer la sécession des zones majoritairement russophones et même pour les annexer à une Fédération russe dont les frontières sont de plus en plus incertaines ; il crée ainsi des  précédents dangereux  dans des Etats qui ont cédé après l’une ou l’autre des deux guerres mondiales des territoires dont le caractère national roumain, russe ou polonais n’est pas moins contestable que l’appartenance à l’Ukraine d’une Crimée qui n’est d’ailleurs devenue « russe » qu’au détriment de ses premiers occupants Tatars. Sans nullement verser dans la reductio ad Hitlerum, on ne peut s’empêcher de remarquer que, du strict  point de vue des relations internationales, l’actuelle politique russe évoque irrésistiblement le style de la diplomatie du IIIe Reich dans la période où celui-ci se présentait comme le défenseur des intérêts fondamentaux d’une Allemagne spoliée et « humiliée » par le Traité de Versailles.  Les « Russes » d’Ukraine, après ceux d’Ossétie et d’Abkhazie, sont les nouveaux Sudètes dont les « droits » sont le prétexte au démantèlement d’un Etat souverain et l’accès à la Mer noire par la Crimée (que l’Ukraine n’a jamais remis en cause) a quelque chose du « corridor de Dantzig » qui permettait de dénoncer l’agressivité polonaise.

Pour les apologètes de la Sainte Russie, tout le mal est venu de l’Occident, qui a multiplié les marques de défiance à l’égard d’une nation qui ne rêvait que de s’intégrer pacifiquement à l’ordre international et qui se sent « menacée » et « encerclée » par l’élargissement de l’OTAN jusqu’à ses portes.  On peut sans doute rêver d’un monde possible où, après la guerre froide, des relations meilleures auraient pu s’établir entre l’Occident et l’ancienne Union soviétique, mais on voit mal en quoi consiste l’agressivité d’un Occident où un prétendu faucon comme Brzezinski espère faute de mieux la finlandisation de l’Ukraine,  où l’Union européenne ne sait toujours pas ce qu’elle est, et où la Russie dispose de puissants relais en France et, plus encore, en Allemagne. Mais on peut aussi changer de paradigme interprétatif, et voir dans la politique russe un projet qui va très au-delà d’une simple ambition nationale. Ce projet imite certaines réalisations occidentales : l’Eurasie se présente comme un double de l’Union européenne ; mais il repose aussi  sur le renversement méthodique des valeurs occidentales d’aujourd’hui (individualistes, « cosmopolites » ou mondialistes) au bénéfice d’une nouvelle révolution conservatrice, dirigée à la fois contre la menace islamique, contre la décadence des mœurs et contre la finance internationale. L’expression la plus accomplie de ce rêve se trouve dans l’œuvre d’Alexandre Douguine, prophète d’une « quatrième théorie politique » qui, sous la direction prophétique de la Russie, se substituerait  aux anciennes théories issues du rationalisme occidental (libéralisme, fascisme, communisme) mais il n’est pas difficile d’en trouver des formulations moins sophistiquées dans tout ce qui s’écrit en Russie et ailleurs, et que La voix de la Russie offre bénévolement aux citoyens français. La version dure de cette idéologie est diffusée en France et en Belgique par Alain Soral et ses partisans, qui ne passent pas  pour des amis de Causeur, mais on en trouve des versions plus faciles ou plus soft, largement répandues par exemple dans les milieux catholique conservateurs, où beaucoup d’honnêtes gens admirent sincèrement M. Poutine, qui a remis les homosexuels à leur place, défend les Chrétiens d’Orient en Syrie et déplore les effets de l’immigration en France. Parallèlement, la Russie de Poutine, qui dénonce les « fascistes » de Maidan, entretient les meilleurs rapports avec presque tous les mouvements d’extrême droite européen, des plus modérés comme le FN français aux plus radicaux comme le Jobbik hongrois mais elle a aussi des amis dans de larges courants de la droite classique (notamment en France) sans parler des rescapés de l’anti-impérialisme d’extrême gauche. Comme dans les années trente, tout cela s’enracine dans de vraies difficultés de la démocratie libérale, dont les défenseurs ne sont pas toujours convaincants, et c’est ce qui explique sans doute pourquoi certains de nos amis se disent que, finalement, il vaut mieux avoir  tort avec Marine Le Pen que raison avec Bernard-Henri Lévy. Cette attitude me paraît néanmoins bien légère, et il me semble pour finir que l’action de la Russie de Poutine va contre tout ce que la plupart d’entre nous aimons : elle flatte  le nationalisme  français pour affaiblir la solidarité des Européens, et elle  exalte le Sonderweg allemand contre l’Occident mais elle soutient aussi tous les mouvements pseudo-régionalistes qui minent les vieux Etats-Nations. Elle ne feint de défendre l’héritage occidental que pour promouvoir une « Eurasie » fondamentalement autoritaire, qui ne ressemble en rien à ce que désirent,  sans doute, mes amis de Causeur.[/access]

*Photo: EAST NEWS/SIPA.00676699_000063.

Le peuple répond aux questions de François Hollande

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francois hollande bourdin

francois hollande bourdin

C’est le peuple le plus impopulaire de la Vème République. Jamais, de mémoire de politologue ou de journaliste, on n’avait observé un tel désamour de l’exécutif pour ses compatriotes. Ceux-ci semblaient ne pouvoir tenir aucun cap dans la durée, faisant un pas en avant puis deux pas en arrière sur tous les sujets qui préoccupaient vraiment le président. D’abord, le peuple qui avait pris la responsabilité d’élire François Hollande avait presque immédiatement renié son bulletin de vote dans les sondages. Puis, non seulement il avait rechigné à se mettre au travail pour inverser la courbe du chômage, mais en plus il avait fait barrage à toutes les réformes sociétales du chef de l’Etat : manifestations monstres contre le mariage unisexe, incompréhension face à la pénalisation de la demande sur un marché – celui de la prostitution – où l’offre demeure légale, doutes quant à l’urgence de passer de « l’égalité hommes-femmes » à « l’égalité femmes-hommes », refus de soumettre ses enfants à l’obligation de se définir selon leur « genre »… On le croyait mou, indécis, mais le peuple s’était révélé redoutablement dur, et têtu. Le président commençait à se demander s’il avait affaire à un sourd. Exaspéré, il exigeait des réponses. Soucieux de le rassurer, et espérant ainsi retrouver grâce à ses yeux, les Français sont donc allés à la rencontre de François Hollande. Ce mardi 6 mai, ils avaient promis d’aborder sans langue de bois les principales questions que le président se posait, en direct sur RMC et BFM TV. Compte-rendu.

« François Hollande : – Échec sur quoi ? Sur le chômage ?

Peuple français : – Oui, monsieur le Président, vous avez échoué. Ce qu’on ne vous reprocherait pas tant si ce n’était le problème dont découlent à peu près tous les autres. Et si vous n’aviez pas promis de réussir avant la fin de l’année dernière.

FH : – Est-ce que j’ai dissimulé la gravité de la crise ?

PF : – Pendant toute votre campagne, oui. Mais on vous comprend : ça n’a pas trop réussi à Sarko de nous prévenir d’avance qu’il faudrait se serrer la ceinture.

FH : – Est-ce que je n’ai pas suffisamment dit au lendemain de l’élection que la situation que j’avais trouvée était grave ?

PF : – C’est vous qui êtes grave. La situation est bien pire aujourd’hui.

FH : – Qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai tergiversé ? J’ai hésité ? J’ai attendu ?

PF : – Un peu mon neveu, c’est même votre marque de fabrique. Lisez la presse. »

FH : – Pourquoi j’ai pris cette décision [de refiscaliser les heures supplémentaires] ? Pour faire mal aux Français ?

PF : – On se demande. Parce que travailler plus, si c’est pas pour gagner plus, c’est moins excitant.

FH : – Mais qu’est-ce que je dois faire ?

PF : – Vous auriez peut-être dû y réfléchir avant d’être élu. Maintenant, une dissolution ne serait pas de refus.

FH : – Qu’est-ce que j’ai eu à faire ? Parler aux Français tout de suite ?

PF : – Oui, chapeau pour les anaphores, mais avouez qu’il n’était pas très futé de nous parler du retour de Leonarda sans sa famille ou de la menace fasciste qui consiste à avoir un papa et une maman…

FH : – J’ai réorienté l’Europe sur le Pacte de croissance, vous croyez que ça s’est fait comme ça ?

PF : – Non, l’euro c’est du boulot, mais alors vous auriez pu nous épargner le sketch du non-aligné avec Angela Merkel. Du coup, ça nous donne pas super envie de voter aux Européennes, voyez.

FH : – Vous pensez que dans une période de crise, dans une période de difficulté, les Français pourraient être indulgents, pourraient être bienveillants, quand on leur demande tant d’efforts ?

PF : – Et puis quoi encore ? Une médaille ? Des bonbons ? Une réélection en 2017 ?

FH : – Amateurisme quand il s’est agi de sortir de la crise de la zone euro ? Amateurisme quand il s’est agi d’intervenir au Mali quand personne ne le faisait et que le terrorisme était en train de gagner la partie ? Amateurisme quand il s’est agi d’aller en Centrafrique pour éviter un génocide ? Amateurisme quand il s’est agi sur la crise Syrienne où j’étais le seul chef d’Etat occidental à dire : attention, ce qu’on est en train de laisser faire, c’est un massacre ?

PF : – Puisque vous êtes amateur d’anaphores, allons-y : oui vous avez été un amateur au regard de votre record du nombre de lois retoquées par le Conseil constitutionnel, oui vous avez été un amateur au regard de votre refus d’entendre des millions d’opposants à la privation légale de père ou de mère, oui vous avez été un amateur au regard de votre inaptitude à arbitrer la cacophonie ministérielle, oui vous avez été un amateur en attendant deux ans pour tenter d’enrayer la hausse des dépenses publiques. On continue ?

FH : – Qu’est-ce que je fais le 14 janvier [en prenant un virage social-démocrate] ?

PF : – La preuve de votre amateurisme. Bis repetita.

FH : – Qu’est-ce que j’ai fait [pour Alstom] avec le gouvernement de Manuel Valls et avec Arnaud Montebourg ?

PF : – La preuve de votre amateurisme. On trisse.

FH : – Est-ce qu’aujourd’hui les taux d’intérêts sont hauts, en France ?

PF : – À nouveau, faites comme Manuel Valls : lisez la presse. Non, ils sont très bas, ce qui ne fait pas de la France le matador de la finance, mais au contraire un pays qui peut encore s’endormir tranquille sur sa dette grâce à une abondance de crédit. Et tant pis pour nos enfants.

FH : – Comment voulez-vous qu’à la fin du mandat, si j’ai échoué sur le chômage, échoué sur la croissance, échoué sur le redressement du pays, je puisse dire : j’ai la solution pour la suite ?

PF : – En ne changeant rien à votre slogan de 2012 : le changement c’est maintenant. Puisque 2017, ce sera le nouveau maintenant, banane. »

Cantonales et régionales : qui a peur du suffrage universel?

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francois hollande regionales cantons

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« Le PS pessimiste sur les scrutins à venir ». Christophe Borgel, secrétaire à l’organisation du PS, chargé des élections, nous informe dans Le Figaro qu’après les municipales, il a retrouvé un peu de lucidité. J’avais rappelé dans ces colonnes qu’une simple projection des résultats des municipales impliquait la perte par les socialistes de la totalité des régions et de 30 départements sur 60, en 2015.

Avec un cynisme, une absence de vergogne, et une mauvaise foi absolument sidérants, la présidence normale vient de nous concocter, la bouche en cœur, une fort jolie magouille. Ceux qui s’intéressent à l’histoire et aux sciences politiques, et qui pensaient  avoir tout vu, en sont pour leurs frais. Enfoncé le petit père Queuille et sa loi sur « les apparentements » qui permit d’éviter au début des années 50 l’arrivée massive de députés RPF au Parlement. Petit  joueur François Mitterrand et sa proportionnelle intégrale de 1986 qui permit d’épargner à la gauche une trop importante défaite, mais surtout une arrivée en nombre de députés Front national histoire d’emmerder la droite.

Pour les têtes pensantes de l’Élysée et de Matignon, l’objectif est de conserver le plus longtemps possible les 60 Départements et les 26 Régions contrôlées par la gauche. Il faut garder cette base matérielle, les capacités financières, les emplois induits, tout ce qui permet d’assurer, après la catastrophe municipale un reste d’infrastructure territoriale au Parti Socialiste. Et puis aussi, calmer les élus locaux, et les permanents qui constatent que la présidence Hollande se transforme pour eux en course à l’abîme, et en aller simple pour Pôle emploi.

Premier temps, dans son discours de politique générale, Manuel Valls annonce une grande réforme territoriale. Regroupement des Régions pour passer de 28 à une douzaine. Sur la base du volontariat et à l’échéance 2017. Suppression des Départements à l’échéance 2021. Depuis hier, ce calendrier est bouleversé. Il faut que tout soit bouclé en 2016 ! Et la conséquence, nous dit le Président, c’est un report de ces élections locales en attendant la mise en place de la réforme. Pardi ! Quand à discuter avec des exécutifs régionaux, autant que ce soit avec nos amis élus neuf ans avant (!). Ce sera plus simple. Comme ça quand on sera contraint de passer la main, on refourguera de nouveaux engins qu’on aura démantibulés. Quant aux départements, on les garde jusqu’à ce qu’ils soient supprimés.

Quelques petites observations techniques. Ce n’est pas la première fois que la durée des mandats est modifiée en cours de route. Tout d’abord, hormis le cas particulier de l’Assemblée nationale qui peut être dissoute et des élections partielles ponctuelles, toute modification doit être exceptionnelle. En effet, lorsqu’il exerce sa souveraineté, le peuple doit savoir pour quelle durée il donne mandat à ses représentants. Première règle, il n’est pas possible de les raccourcir. On peut les allonger, mais à la marge et à condition d’avoir une bonne raison. Je suppose que l’on va nous ressortir l’exemple Pasqua de 1995 et Raffarin de 2004. Cela n’avait rien à voir. En 1995 il s’agissait d’éviter le chevauchement des présidentielles et des municipales. Celles-ci furent reportées à septembre. Allongeant de cinq mois le mandat de six ans … En 2004, Jean-Pierre Raffarin, s’inquiétant (trois ans avant) de ce que le printemps 2007 aurait vu des élections présidentielles, municipales, régionales et cantonales, avait jugé qu’il était souhaitable de prolonger d’un an le mandat des collectivités territoriales pour éviter la confusion. C’était assez raisonnable, ce qui n’empêcha pas François Hollande de tonner contre cette abominable atteinte à la démocratie. Rappelons également, qu’une des premières mesures prises par la gauche en 2012 fut de découpler les municipales de 2014 et les régionales et cantonales. L’utilité ne sautait pas aux yeux, le précédent de 2008 démontrant que cela pouvait très bien se passer. Mais déjà, il s’agissait de conserver un an de plus, soit en tout  7 ans, son hégémonie sur les conseils régionaux et généraux. Et là, on nous dit que ce serait de bonne politique de les porter à huit, voir à neuf… En omettant de rappeler au passage, que pour supprimer les départements il faudra modifier la constitution, et que, comme le dit élégamment Jean-Claude Gaudin sur ce point les socialistes pourront se brosser avec un oursin. Quant au changement des règles du jeu moins d’un an avant l’échéance, il n’est pas sûr que cela enchante le Conseil Constitutionnel.

Peut-on mieux se moquer du monde, se défier du suffrage universel, en affichant un tel cynisme et une telle absence de principes ?

Oui, oui, on peut. Hier, dans les bruits de l’orchestre, une petite information est passée inaperçue. Pierre Moscovici, brillant ministre des finances récemment éconduit, rêve de rejoindre la Commission Européenne à Bruxelles. L’inconvénient de l’éloignement du Café de Flore où il a la réputation de passer le plus clair de son temps semble devoir être surmonté. En revanche, les conséquences juridiques de son départ sont plus ennuyeuses. Un commissaire européen ne peut pas être en même temps parlementaire. Donc Moscovici devrait démissionner. Ce qui veut dire élection partielle, gamelle probable, et majorité socialiste encore plus brinquebalante. Comment faire ? Quelqu’un a eu une idée lumineuse. Si Pierre Moscovici est nommé parlementaire en mission par le Premier ministre, et que cette mission dure plus de six mois, son suppléant siège définitivement au Parlement, plus de partielle. Parfait, Manuel Valls a donc chargé notre aspirant commissaire d’une mission d’une durée supérieure à six mois. L’histoire ne dit pas quel est le contenu de cette mission et si elle sera rémunérée (en général c’est la règle). Le beurre, l’argent du beurre, la crémière et son chat, pourquoi se gêner ?

Le camp du Bien ne va quand même pas s’encombrer d’un peu de morale républicaine.

*Photo : capture d’écran BFM. 

Il faut bombarder Moscou !

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Bobards et bouteillons: les reportages du Monde et de Libé notamment (Le Figaro est un peu plus objectif) sur l’Ukraine me rappellent, à la virgule près, ceux sur la guerre en ex-Yougoslavie dans les années 90. Des bons, des méchants et une étrange propension à mettre dans le camp du bien en se bouchant le nez les anciens et nouveaux nazis contre ceux qui y résistèrent.

Un exemple de traitement sélectif? Le remarquable silence sur le massacre des « pro-russes » dans la maison des syndicats d’Odessa ou la façon de présenter la répression militaire de Kiev contre sa propre population comme la résistance désespérée d’un Etat démocratique pour empêcher des factieux de prendre le pouvoir. Imaginons l’inverse. Ce sont des « pro-européens » qui ont été brûlés vifs à Odessa et ce sont des troupes « pro-russes » qui reprennent à l’arme lourde des villes « pro-européennes ». Là, ce serait grande semaine de l’indignation avec trémolos malruciens à chaque coin de page et appel à des brigades internationales.

Petite différence par rapport à l’ex-Yougoslavie tout de même, les éditorialistes va-t-en guerre sont un peu plus prudents dans leurs propos. On sent la rage impuissante, le bellicisme refoulé. Il est vrai qu’appeler à bombarder les Serbes de Bosnie ou de Belgrade, c’était tout de même un peu moins risqué que d’appeler à bombarder Moscou. On se contentera donc d’invoquer des « sanctions économiques ».

Ce qui est tout de même ironique, dans toute cette horreur, c’est que pour l’instant, s’il y a des sanctions économiques, c’est plutôt celles que les gouvernements austéritaires de l’Union européenne appliquent contre leurs propres peuples et que tout cela va se payer très cher, et très vite, le 25 mai. Le même jour que l’élection présidentielle en Ukraine car on sait que l’Histoire a toujours un sens de l’humour assez spécial.

Finkielkraut : Habemus Papam!

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alain finkielkraut marianne

alain finkielkraut marianne

On a gagné ! À force d’entendre quelques ânes et ânesses à carte de presse déverser en boucle leur fiel sur notre « Rabbi », le surnom affectueux et gentiment moqueur que nous avons donné à Alain Finkielkraut, on avait presque fini par croire que cette détestation vociférante était, sinon unanime, largement partagée. Lui aussi d’ailleurs, qui semble souvent plus atteint par la bassesse des attaques que réconforté par la chaleur des encouragements. Comme si la rage haineuse de quelques-uns pesait plus que la gratitude des milliers de lecteurs, auditeurs et élèves qui ont appris à penser par eux-mêmes avec lui, parfois contre lui. Il est vrai que beaucoup, parmi ces derniers, sont des sans-grade quand les premiers, pour la plupart, occupent d’éminentes positions à partir desquelles ils peuvent défourailler sans risque sur quiconque leur déplaît. Après tout, Finkielkraut n’est pas non plus muselé – on le lui reproche assez –, il a la chance de pouvoir rendre les coups. Et il ne s’en prive pas. C’est qu’Alain Finkielkraut est un écrivain de combat. Et le combat d’aujourd’hui, ce n’est pas d’arracher le pouvoir aux puissances conservatrices, c’est de sauver ce qui peut l’être face aux saccages du pseudo-progressisme. On ne saurait trouver meilleur champ de bataille que l’Académie française.

Cependant, ce serait lui faire injure que de prétendre le soustraire à la critique et à la contestation – nos amicales engueulades en témoignent. On a parfaitement le droit de ne pas partager l’inquiétude fondamentale qui guide sa plume et sa pensée. Mais ses adversaires ne le critiquent pas, ils le calomnient ; ils ne réfutent pas sa vision du monde, ils la caricaturent ; ils ne contestent pas ses idées, ils insultent sa personne. Il est des noms qui empêchent de penser. Que « Finkielkraut » en fasse partie n’est pas le moindre paradoxe de notre temps.  Un intellectuel peut et doit accepter la contradiction, et même se nourrir d’elle. Contre le mensonge, on ne peut rien. Que répondre à une Aude Lancelin, plumitive de Marianne, qui s’autorise à décréter, à propos de L’Identité malheureuse, que « le “feel good book” réactionnaire de l’automne dernier était aussi un livre d’une grande faiblesse intellectuelle » ? − on aimerait connaître l’œuvre qui justifie la prétention de cette péronnelle, aussi servile devant ses maîtres qu’elle est arrogante face à ceux qu’elle a érigés en ennemis. Que penser du portrait que dresse de lui l’inénarrable Aymeric Caron, l’homme qui défend la tolérance à coups d’injures et exprime son amour de l’humanité en crachant sur ses adversaires ? « L’étrangeté grandissante de ses mimiques, la traviolitude désespérante de ses bésicles, l’agitation inquiétante de ses paluches, le saccadé laborieux de son propos ou l’emportement fiévreux de son indignation lui confèrent l’aura du prêtre illuminé prédisant à ses ouailles la prochaine apocalypse. » Bizarre, tout de même, ces remarques sur le physique quand on se targue de démonter une pensée.

On dirait que, contre Finkielkraut, tous les coups sont permis. Surtout les plus bas.  Sans doute accorde-t-on trop d’importance à ces petits esprits, qui ne sont même pas minoritaires mais groupusculaires. En tout cas, quand, quelques jours avant l’élection, d’éminents académiciens ont joint leur voix, courageusement anonyme, à celle des professionnels de la dénonciation, on s’est surpris à douter. Alors remercions- les tous : grâce à eux, une élection imperdable est devenue une victoire éclatante. Celle d’Alain Finkielkraut, de ses proches et amis, mais aussi celle de tous ces anonymes qui assistent en silence à la destruction de ce qu’ils aiment, à la diabolisation de ce qu’ils pensent. Notre victoire à tous, qui aimons, comme le suggérait Montaigne, « frotter notre cervelle à celle d’autrui ». Notons enfin que, jusque dans les synagogues, on s’est réjoui de l’honneur fait à ce juif qui a pourtant choisi la voie du savoir plutôt que celle de l’étude. Ce qui lui a inspiré ce commentaire lors de notre rencontre hebdomadaire sur RCJ : « Il s’est produit à travers moi l’événement inattendu d’une double reconnaissance : la reconnaissance du désarroi identitaire d’un nombre croissant de Français, la reconnaissance aussi, parce que prononcer mon nom est difficile, de la présence juive en France. » Alors, cher « Rabbi », cher Alain et cher Maître – titre donné aux académiciens –, au nom de toute l’équipe de Causeur : Mazel tov !

*Photo : JEROME MARS/JDD/SIPA. 00667245_000009.