Alors que bien des hommes aimeraient voir leurs femmes entre les bras d’un autre, jamais cette manie érotique n’a connu pareille sinistrose. Le cocu français va mal. Il suffit d’aller sur candaulisme.com pour s’en convaincre. Les maris sont unanimes pour souligner la difficulté de trouver un amant digne de ce nom. Quant à la négociation qui permet d’amener une femme normale à pratiquer ce sport inédit, elle s’avère, au dire de nombreux témoignages, fastidieuse et incertaine. Après la perte de compétitivité de la zone Euro et l’effondrement de la popularité présidentielle, il semble clair que quelque chose ne va pas non plus dans le domaine des perversions sexuelles.
Les cocus ont-ils encore un avenir?
En Asie, François ne prêche pas dans le désert
À lire certains, la récente visite du Pape François en Corée du Sud se limiterait à une dénonciation de la société de consommation, qui ne ferait pas mentir sa réputation de « pape léniniste », décerné par The Economist. Interrogé par le New York Times, le journaliste religieux sud-coréen Choo Chin-woo enfonce même le clou : « le pape est clairement un commie ». Pas léniniste : commie, le vieux diminutif américain pour communiste, qui sent bon la Guerre froide des années 1950.
Les Eglises presbytériennes de Corée du Sud, elles, remontent carrément au XVIe siècle, et aux prédications de Calvin : alors que le Pape François célébrait le 17 août une messe à Séoul devant un million de personnes, des pasteurs avaient organisé leur propre contre-cérémonie, à quelques encablures, pour 10 000 participants. « Le roi ennemi est apparu au cœur de notre nation ! » s’est alarmé le révérend Song Choon-gil, qui a également parlé des « forces sataniques » et « idolâtres » que charriait le catholicisme romain. Le Pape, agent du régime nord-coréen et suppôt de Satan (ou l’inverse) ? Lors de sa visite en Corée du Sud, François est venu irriter deux forces importantes de la société locale : le culte du capitalisme, et le protestantisme musclé. Deux forces qui s’étaient retrouvées dans l’influence américaine et l’anticommunisme, après la fin de la guerre de Corée en 1953.
Le 15 août à Daejon, le Pape a critiqué la « culture de mort » des modèles économiques des pays riches, « qui créent de nouvelles formes de pauvreté et marginalisent les travailleurs », ainsi que « l’attrait du matérialisme qui étouffe les authentiques valeurs spirituelles et culturelles, ainsi que l’esprit de compétition débridée qui génère égoïsme et conflits ». Le 17, il récidivait au centre caritatif de Kkottongnae : « que tout homme et toute femme puisse connaître la joie qui vient de la dignité de gagner le pain quotidien, en soutenant ainsi sa propre famille. Cette dignité est totalement menacée par la culture de l’argent ! »
Cette dénonciation est cohérente avec l’enseignement de l’Eglise catholique, et les actions de ses membres en Corée du Sud. Le clergé local est connu pour son engagement « gauchiste » en faveur des exclus et des victimes des inégalités sociales, ainsi que pour ses critiques contre le militarisme, au pouvoir dans les années 1980, toujours fort, qui procède notamment à des expropriations massives pour construire de nouvelles bases contre la menace nord-coréenne. Une menace que l’Eglise catholique n’absolutise pas, reprenant une tendance aujourd’hui majoritaire au sein de la population sudiste, qui plaide pour l’apaisement. À l’inverse, les Eglises protestantes incarnent plutôt l’alliance du capitalisme et des élites. L’ancien président Lee Myung-Bak, homme d’affaires, est ainsi un Ancien (cadre d’une paroisse) presbytérien, libéral décomplexé et adepte de la ligne dure face au régime du Nord.
L’Eglise catholique sud-coréenne jouit d’une santé resplendissante (10 % de la population, en progression), qui effraie les protestants (25 %, en stagnation). Ces derniers ont connu un essor foudroyant à partir de 1900, lorsque des missionnaires américains inclurent la péninsule dans leur campagne « Union biblique pour la Chine ». Presbytérianisme, issu du calvinisme européen du XVIe siècle, et fondamentalisme évangélique s’implantèrent dans le sillage de pasteurs américains, mais l’élève a aujourd’hui largement dépassé le maître : la plus grande église protestante mondiale est à Séoul, la Yoido Full Gospel Central Church, qui rassemble 900 000 membres. Les Américains sont passés de 65 % en 1972 à 47 % en 2001 des missionnaires protestants dans le monde : les Sud-Coréens ont pris la tête, avec 12 000 missionnaires en exercice dans le monde chaque année. Ils sont présents y compris en Irak et en Afghanistan, où un pasteur sud-coréen a été exécuté par les talibans en 2007. Voilà qui relativise la vision très Française des protestants évangéliques, pantins de Washington composant « la secte de Bush », dixit le Nouvel Observateur. Ils sont davantage un produit de la globalisation plutôt qu’une émanation américaine.
Pourquoi cette ferveur sud-coréenne ? Contrairement à la Chine ou au Japon voisins, la Corée est un pays qui a spontanément assimilé le christianisme. Des lettrés et des nobles cultivés coréens découvrirent cette religion au XVIIIe siècle au contact d’ouvrages occidentaux, et des jésuites basés à Pékin. Le catholicisme fit son apparition en Corée, sans prêtres, reposant essentiellement sur des laïcs. Cette foi étrangère s’opposant au confucianisme officiel (pour qui l’idée d’un Dieu personnel, et celle d’une égalité entre individus, sont absurdes), une persécution s’abattit sur les catholiques coréens pendant un siècle, jusqu’à la tolérance, et l’arrivée d’un évêque en 1886. Ce sont les martyrs de cette période que le Pape François est venu honorer.
Puis, avec l’occupation japonaise et la guerre de Corée, le christianisme a prospéré. Les Eglises ont été purgées au Nord mais se sont consolidées au Sud, avec un avantage pour le protestantisme. Celui-ci est remis en cause, avec le désenchantement d’un nombre croissant de fidèles face à l’embourgeoisement des Eglises protestantes. Ce reflux par rapport à la société capitaliste coïncide avec le regain du catholicisme, dont l’engagement social face aux dérives du modèle libéral semble rencontrer un réel écho.
*Photo : Jung Yeon-je/AP/SIPA. AP21610821_000002.
Viva Saddam
Je suis en train de relire la trilogie Fabio Montale, de Jean-Claude Izzo (Total Kheops, Chourmo et Solea, Folio 2006, en un seul volume, indispensable). Les romans ont été écrits entre 1995 et 1998, et témoignent d’une époque où l’islamisme regardait plus vers l’Algérie que vers l’Occident. Même si Khaled Kelkal s’était déjà pas mal défoulé (c’est curieux : presque personne semble se rappeler la vague d’attentats de l’été 1995, dans le RER B, la place de l’Etoile, dans un TGV, un square parisien, et devant une école juive de Villeurbanne — dans le dernier neurone d’un terroriste islamiste, il y a toujours une école juive).
Izzo, grand démocrate, homme de gauche qui aurait dégueulé son Lagavulin sur les pieds de Hollande, a fait de Marseille le personnage principal de ses romans. Fabio Montale, son enquêteur ivrogne, tabagique (Izzo est mort un peu prématurément d’un cancer en 2000, à 54 ans) et sainement désespéré, a beau être la voix qui parle et qui écrit, c’est le décor qui compte. Marseille, les Goudes où réside Montale dans l’un de ces « cabanons » si typiquement marseillais, y compris dans son absence d’autorisation de construire, le Vieux-Port autour duquel il tourne inlassablement comme un écureuil solaire, le Panier de son enfance, avec ses fouilles archéologiques inabouties et sa Vieille Charité (et même une certaine maison avec une « terrasse à l’italienne », tout en haut, qui permet de siroter le pastis en regardant le soleil mourir dans la mer nourricière — ceux qui m’aiment et que j’aime me comprendront).
Avec ses Quartiers Nord, et ses Arabes oubliés des hommes (j’allais dire : oubliés de Dieu et des hommes, mais voilà : justement, Dieu a bien voulu penser à eux, et c’est bien là que le bât blesse).
Dans Chourmo, en particulier, Izzo confronte Montale à la montée de l’islamisme dans ces banlieues déshérités. Mais, signe des temps, l’arsenal que les néo-barbus rassemblent dans le roman est destiné à l’Algérie — c’était l’époque où le GIA et le FIS se disputaient le magot que se sont annexé les militaires au pouvoir depuis Boumédienne, et n’avaient pas encore eu l’idée d’exporter leur instinct de mort sur le vieux continent.
Les choses en seraient peut-être restées là, à quelques Kelkal près, si Bush n’avait pas eu l’idée lumineuse, après le 11 septembre, de traquer l’islamisme moyen-oriental là où il prospérait — en Afghanistan. Et, encore mieux, de s’annexer les champs pétrolifères irakiens en déboulonnant Saddam Hussein. La destruction du World Trade Center a été la divine surprise des va-t-en-guerre, tout comme le Hamas est l’indispensable complément de Benyamin Netanyahu, et vice versa. Comment les extrémistes survivraient-ils si leur adversaire soudain devenait raisonnable ?
L’invasion de l’Irak fut en tout cas une idée grandiose, dont nous constatons chaque jour la résultante mirifique. À chaque massacre perpétré par les fous de Dieu (pléonasme probablement : un dieu unique, sans une autre divinité pour l’équilibrer, ne peut être qu’un dictateur sanglant — autre pléonasme. Si on avait compté les années après Aphrodite ou Eros et non après Jésus-Christ ou l’Hégire, on n’en serait pas là, comme disait à peu près Prévert), nous devrions remercier le petit George, cet illuminé du renouveau charismatique américain, un Born again Christian devant lequel s’inclinent bien bas les chrétiens irakiens avant de se prendre une balle dans la nuque, tirée par les partisans du califat mondial.
Et je ne suis pas le seul à le dire.
Flash back autobiographique. En mars 2003, quand les GIs sont partis pendre Saddam, je me suis durablement brouillé avec une amie chère, enthousiaste de l’Irak — elle tentait à l’époque de faire connaître à Paris des peintres abstraits irakiens non dépourvus de talent, et qui doivent à l’heure qu’il est avoir été transformés en cendres et lumière, elle est depuis devenue spécialiste de l’art nouveau à Bagdad, nous ne nous sommes jamais réconciliés, peut-être s’est-elle convertie. « Ça va dégénérer », disais-je. « Mais pas du tout, les Irakiens sont des gens merveilleux et pacifiques, une fois Saddam déboulonné, tout ira pour le mieux dans la démocratie retrouvée ». J’aurais préféré que l’Histoire lui donne raison. Mais cinq ou six cent mille morts plus tard, les chiites prêts à en découdre, les fous de Dieu à deux doigts de conquérir Bagdad (c’est étrange, on parle enfin des massacres opérés dans le nord-est du pays, et on ne dit rien du fait qu’ils sont apparemment à une vingtaine de kilomètres de Bagdad, face à une armée irakienne qui se dissout dès qu’ils soufflent dessus : la prise de la ville par le Califat mondial régénéré fera regretter aux Bagdadis Houlagou Khan et les Mongols de 1258, ou Tamerlan en 1410), je sais que j’avais raison de préférer Saddam à ce qu’il est advenu, et qui était si évident que je ne me décerne aucune palme de voyance extra-lucide.
Comme en Libye, où grâce à BHL, nous avons assassiné un dictateur ivre afin de libérer les pulsions des tribus, qui aujourd’hui s’entretuent allègrement, au point que tous les Occidentaux donneurs de leçons plient bagage. Nous ne sommes pas intervenus en Syrie, par miracle. Mais ce n’est plus nécessaire. Quand l’incendie est allumé, n’importe quelle brise alimente les braises.
C’est une histoire de virus. Les fous de Dieu prospéraient gentiment, confinés dans des déserts hostiles par les monarchies pétrolières qui n’avaient aucune envie de voir des illuminés leur expliquer que leur mode de vie n’était pas tout à fait hallal. Nous les avons titillés, nous les avons exportés, nous leur avons donné une crédibilité. En Occident, il s’est trouvé assez de collabos pour les plaindre, plaider en faveur de leur liberté d’expression et de leur droit inaliénable à voiler les femmes (c’est comme les Juifs dont je parlais plus haut, qui finissent toujours par redevenir des cibles : dans l’autre bout du neurone unique des terroristes, il y a toujours une femme à voiler ou à lapider — au choix, et c’est pareil). Bref, le virus s’est répandu. Et toute proposition anti-virale passe pour du racisme. Bravo.
D’autant que les « valeurs » occidentales, face à cette bêtise sanguinaire érigée en principe moral, sont quelque peu inefficaces. « Consommation » est un mot dérisoire face à « Allahou akbar ». Le libéralisme mondialisé a cru que Coca-Cola serait un rempart suffisant : ma foi, ils en boivent, mais ça ne les empêche pas de vous couper la tête après.
Que dirait Izzo de cette islamisation qui rampait il y a vingt ans, tout en bandant ses petits muscles, et qui déferle aujourd’hui, à l’assaut du pays des mécréants que nous sommes ? Défendrait-il encore une jeunesse perdue qui balance entre gangstérisme et fondamentalisme — et comme il le montre lui-même dans Chourmo, un gangster peut trouver aux Baumettes, la prison marseillaise, l’occasion de reconvertir son énergie au service des salafistes de tous poils — à commencer par les poils de la barbe ? Ils y sont incarcérés illettrés, grâce à l’ingénieux système des ZEP, qui les laisse dans l’état même où ils y sont entrés ; ils en sortent en sachant lire le Coran. Rien de mieux qu’un analphabète pour devenir analphacon. Encore que je doute parfois de cette capacité à lire le Coran. Il suffit de le répéter en boucle — en français, on dit « ânonner », et ce n’est pas pour rien.
C’est bien plus qu’un conflit de civilisations : c’est un conflit de valeurs. Si nous n’aménageons pas sérieusement le libéralisme, si nous ne leur apprenons pas à lire Montaigne dans le texte, à manger du filet mignon en croûte arrosé de saint-joseph ou de saint-émilion, nous sommes perdus.
Et nous n’aurons même plus de Lagavulin pour nous consoler.
*Photo : Khalil Hamra/AP/SIPA. AP21420069_000005.
Le Pape met les Nord-Coréens en garde contre la société de consommation
S’adressant en principe aux Coréens du Nord aussi bien qu’à ceux du Sud, le Pape a dénoncé la société de consommation.
On ignore pour le moment combien de Nord-Coréens ont pu entendre cette mise en garde, et combien en sont morts de rire. Car ils savaient comment le communisme les avait merveilleusement mis à l’abri des méfaits de la consommation.
L’armée du pays a ainsi ramené à 142 cm, contre 145 cm auparavant, la taille minimum requise pour ses soldats, car la génération actuelle souffre de rachitisme à cause de la famine des années 90, a rapporté un journal de Séoul écrit par des transfuges nord-coréens, généralement bien informés.
La taille moyenne des Sud-Coréens de cet âge est de 172 cm.
Tous les hommes nord-coréens de 16 ou 17 ans doivent effectuer un service militaire obligatoire, de dix ans minimum. Ceux-là sont bien protégés du péril consumériste, mais moins tout de même que les centaines de milliers de leurs compatriotes enfermés dans les camps de concentration.
La Corée du Nord ne s’attendait pas à cette condamnation du développement de la Corée du Sud. Cela explique que l’arrivée du pape jeudi à Séoul ait été marquée par des tirs d’essai de missiles tactiques par la Corée du Nord. Lorsqu’on s’est aperçu à Pyongyang que le pape faisait implicitement l’éloge de l’ascétisme communiste, le régime a laissé entendre vendredi qu’il s’agissait d’une simple coïncidence. La canonisation de Kim Jong-Un serait même envisagée, dès que son visage aura un peu dégonflé.
Irak : l’enfant de Chio et d’Erbil
Un drame se déroule dans l’accablante chaleur du mois d’août irakien. Le mécanisme qui conduit à l’agonie d’un peuple est en marche, tout juste ralenti par les frappes américaines. Pendant ce temps, l’Europe tergiverse.
La question n’est pas aujourd’hui « en quoi sommes-nous concernés ou responsables ? » mais « qu’allons-nous faire ? » Car enfin, cette Europe si prompte à s’ausculter le nombril avec fébrilité, qui, avec le courage insensé de Viviane Reding, dénonce la « sinistre mémoire des déportations pendant la Deuxième Guerre mondiale » en parlant des reconduites à la frontière des Roms, va-t-elle descendre du nuage ouaté et paisible d’où elle contemple distraitement le tumulte du monde ? Va-t-elle assumer ses convictions humanistes et lutter à la mesure de ses moyens contre la barbarie des fous de Dieu ?
On peut légitimer l’inaction avec une déconcertante facilité. Voici un florilège des excuses les plus entendues ces derniers jours : « c’est la faute des Américains et de leur politique désastreuse en Irak » ou bien « vu la situation en Libye, ça ne sert à rien, de toute façon ça va empirer et nous retomber dessus », « Y’avait qu’à aider les modérés en Syrie, on n’en serait pas là », etc. Service minimum, après avoir validé le principe de distribution d’aide humanitaire, l’Union vient de se déclarer, à la demande particulièrement insistante de la France, favorable à la livraison d’arme aux peuples kurdes. L’Union européenne a une position unifiée, jubile-t-on en haut lieu. Il n’y a pourtant pas de quoi crier à la témérité, chaque Etat membre étant de toute façon seul juge de ce qu’il voudra bien faire dans ce domaine. Ce qui irrite n’est pas cette question de prérogative nationale mais bien le manque d’initiative et la pusillanimité des institutions européennes. Car manifestement l’Europe déploie une énergie bien plus considérable à lutter contre les bactéries qui menacent les fromages de chèvre sur les marchés dominicaux que les djihadistes barbus. On peut dès lors légitimement douter de la crédibilité et du sens même de l’Union.
Voilà comment Victor Hugo, en son temps, apostrophait ses contemporains pour leur faire prendre conscience de l’horreur du réel. Ce poème est malheureusement très actuel[1. Il s’agissait des massacres perpétrés par les Ottomans sur l’île de Chio en 1822. Ils avaient été planifiés par la Sublime Porte pour frapper d’horreur les insoumis : 25 000 hommes, femmes et enfants furent tués, 45 000 autres réduits en esclavage.]:
Les turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
Chio, l’île des vins, n’est plus qu’un sombre écueil,…
Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,
Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
Courbait sa tête humiliée ;…
Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux !
Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus
Comme le ciel et comme l’onde,
Pour que dans leur azur, de larmes orageux,
Passe le vif éclair de la joie et des jeux,
Pour relever ta tête blonde,…
Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?
Est-ce d’avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus,…
Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l’oiseau merveilleux ?
– Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus,
Je veux de la poudre et des balles.
La France n’a pas attendu l’aval de l’Union pour prendre sa décision et agir. Sans ambiguïté, elle a opté pour la poudre et des balles. Et elle ne s’en cache pas. Quelques pays, dont le Royaume-Uni, semblent prendre le même chemin. Mais l’Europe, qui rêve tant d’une destinée politique, n’a-t-elle que des réunions aussi grandiloquentes que stériles à offrir à ces enfants qui meurent ? Il est temps qu’elle accepte enfin « d’embarquer dans la galère de son temps » et de partager le fardeau de la lutte contre les barbares.
*Photo : Khalid Mohammed/AP/SIPA. AP21610123_000012.
L’art du divertissement
Le film de Marianne Lamour, qui se fonde sur l’excellent livre-enquête, au titre éponyme, de sa sœur, Catherine, et de Danièle Granet[1. Grands et petits secrets du monde de l’art, de Danièle Granet et Catherine Lamour (sœur de Marianne), Poche, Pluriel.], n’est pas un documentaire de dénonciation. On n’y crucifie pas les milliardaires, qui en sont les acteurs principaux. La Ruée vers l’art signale la métamorphose qu’a subie ce commerce, désormais conforme aux règles (ou aux dérèglements) de la financiarisation en temps réel. Les artistes « bankables » sont soutenus par un discours publicitaire approprié et par une stratégie de marketing digne de l’industrie du luxe. Les artistes sont des marques : Basquiat, Koons, Murakami, Hirst… Qu’on épice cette foire aux vanités d’un peu de transgression, et c’est Byzance !
La Ruée vers l’art est le spectacle d’un divertissement habituellement caché, d’une sorte de féérie qui se joue à guichets fermés. Les premiers rôles sont des gens très riches, entourés de « curateurs », marchands, galeristes, conseillers, et des artistes. Catherine Lamour résume ainsi la situation : « Nous montrons qu’une société a rendu obsolète celle qui l’a précédée. L’opération a été radicale : plus rien n’est, ne sera comme avant ! »
C’est dans la seconde moitié du XIXe siècle que le monde a voulu être moderne absolument, entraîné dans ce mouvement hélicoïdal par le cyclone Baudelaire. Réclamant du neuf à tous les étages, Baudelaire s’échappe par la « modernité », qu’il discerne dans l’œuvre d’un peintre alors méconnu, « C. G. » (pour Constantin Guys). Il prétend que l’artiste a entrepris la tâche héroïque de présenter le monde en train de se faire sous ses yeux, dans les décors et les vêtements de son temps. C’est par ce moyen, qu’il « cherche ce quelque chose qu’on nous permettra d’appeler la modernité […] Il s’agit, pour lui, de dégager de la mode ce qu’elle peut contenir de poétique dans l’historique, de tirer l’éternel du transitoire. […] La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. » (Le Peintre de la vie moderne).[access capability= »lire_inedits »]
Baudelaire inaugure l’ère de la Beauté complexe. Il y avait autrefois sur cette question un débat, des affrontements, des enjeux. C’est terminé, nous disent Granet et les sœurs Lamour. Bienvenue dans lemarché global, cette grimace d’un monde qui ne cherche plus à être moderne, mais contemporain jusqu’à l’obsession !
Causeur. Cela ne date pas d’hier que l‘argent et l’art aient partie liée…
Marianne Lamour. L’art a certes toujours été une affaire d’argent. Mais, autrefois, les mécènes achetaient et conservaient ; à présent, les acheteurs attendent le bon moment, la bulle, qui leur permettra de réaliser leurs actifs dans des conditions très profitables. Les ventes d’art sont une scène, un décor, un spectacle. Notre projet était de nous glisser dans la coulisse de ce « divertissement » pour milliardaires. Quand on est vraiment riche aujourd’hui, et que l’on souhaite s’amuser, les ventes sont un magnifique terrain de jeu. Il faut seulement être capable d’affronter des enchères très élevées. On commence à 2 millions, on termine à 20, voire plus si affinités. L’homme le plus puissant dans cette partie, Larry Gagosian, proclame haut et fort : « There is no business like art business. »
Danièle Granet. Le marché de l’art, à présent, reflète parfaitement ce qu’on nomme la mondialisation. Il s’est produit depuis une trentaine d’années un afflux massif de capitaux de toutes les nationalités. La numérisation a servi ce phénomène : quand une œuvre se vend à Singapour, dans la minute qui suit, son prix est connu à New York, Genève, Moscou, Shanghai, Londres, Paris, Dubaï… Le monde des collectionneurs, des acquéreurs, se trouve dans un état de veille constante. Entre eux règne l’émulation, la compétition. Comme le dit David Nahmad, dans notre film : « Si ce n’est pas inabordable, les gens ne sont pas intéressés. » Or, le phénomène spéculatif a un effet sur le jugement esthétique : il obère toute vision critique. C’est encore Nahmad qui reconnaît que la spéculation interdit le discernement parmi les nouveaux artistes. Pour suivre ce marché planétaire, les très riches forment une luxueuse caravane, qui se déplace en jet privé. On se retrouve à Venise ou à Doha : « Nous allons là où se trouvent les artistes », déclarent Mera et Don Rubell, couple de collectionneurs américains perspicaces et sympathiques, capables, par leurs choix, de lancer mercredi un artiste inconnu lundi.
Catherine Lamour. Le plus récent exemple est celui du jeune Oscar Murillo. Artiste d’origine colombienne, très modeste, il vit à Londres, où ses parents se sont installés. Il connaît une petite notoriété : en 2011, ses toiles se vendent jusqu’à 8000 dollars. Je ne suis pas critique d’art, et ne m’interrogerai donc pas sur la valeur artistique de sa production. Mais, en effet, on peut trouver intéressante sa démarche, traversée par l’énergie des street artists, des « graffeurs », rappelant Jean-Michel Basquiat. En 2012, il est remarqué par un homme très influent, un « curateur » ou commissaire d’exposition de première force, Hans-Ulrich Obrist, co-directeur de la Serpentine Gallery, à Londres. Quelques semaines plus tard, des œuvres de Murillo sont à Miami, territoire réservé du couple Rubell, qui l’invite à résider plusieurs semaines dans sa fondation. En 2013, les prix des toiles de Murillo, offertes à la vente publique, oscillent entre 150 000 et 300 000 dollars. Oscar Murillo n’a pas 30 ans !
D.G. On peut y voir un effet de la technologie: la cote d’un artiste suit l’accélération du temps « réel ».
M.L. On peut aussi se demander quels critères autorisent ces surgissements de notoriété artistique.
Tous ces gens ont l’air de s’amuser follement. Ce business n’est-il pas une sorte de divertissement ?
D.G. Il y a quelques années, le terme « divertissement » aurait été jugé offensant par la majorité d’entre eux ; à présent, la frontière entre l’art et le divertissement est plus floue. Il est vrai qu’il ne suffit plus, face à nombre d’« installations », d’être simple spectateur. Le « regardeur » joue sa propre partition. Comment va-t-il transformer l’« offre » de l’artiste ? Il arrive qu’il fasse partie de l’œuvre.
M. L. On observe aussi une abondance d’explications : le discours est en quelque sorte chargé de démontrer qu’il s’agit d’une œuvre !
Dans ce sens mais, à mes yeux, seulement dans ce sens, Paul McCarthy est un artiste considérable !
C.L. McCarthy est un provocateur. Il a commencé comme performer, dans les années 1970, sur le mode contestataire, virulent. Son évolution vers des représentations d’actes et de scènes purement pornographiques pose le problème de l’exposition publique. (En illustration, une de ses oeuvres: « Complex Pile » pour l’exposition « Mobile M+: Inflation! » à Hong Kong, le 24 avril 2013.)
Ses nains coulés dans le bronze présentent une évidente agressivité sexuelle…
M.L. Chaque nain coûte 1 million d’euros, tout de même !
On est heureusement surpris de trouver, parmi ces personnages, de remarquables artistes : le chinois Zang Huan, qui se fit connaître comme performer, lui aussi, produit des œuvres à base de cendres étonnantes.
D.G. Zang Huan, en effet, incarne la réussite d’un talent indéniable. La Chine est une pépinière de talents. Quelques-uns des artistes les plus cotés dans le monde sont chinois : Yue Minjun, Zhang Xiaogang, Cai Guo-Qiang…
La Chine alimentera longtemps encore le marché…
M.L. La Chine et la totalité du globe. Aux grands acheteurs, il faut des trophées de l’art contemporain. C’est une chasse toujours ouverte.[/access]
*Photo: Vincent Yu/AP/SIPA.AP21392082_000007
Name-dropping n°5
Fabrice Gaignault : On a failli ne pas s’en rendre compte. Nous étions parti quelques jours fin de la terre, face à la mer ; entouré de livres à lire, d’autres à écrire. Ça nous est tombé dessus en passant sur Causeur.fr. Alain Paucard, qui écrit bien et pense mal, ou l’inverse, a éreinté Vies et mort de Vince Taylor (Fayard), beau livre que Fabrice Gaignault a consacré au chanteur de « Brand New Cadillac ». On ne comprend pas trop ce que Paucard reproche à Gaignault, hormis l’absence d’une bibliographie et d’une discographie. Peut-être d’avoir rédigé l’ouvrage que lui, Alain, aurait aimé écrire ? Avec Vince Taylor, Gaignault ajoute un chapitre à ses mythologies, après Égéries sixties et Aspen Terminus – où il sondait le cœur et les reins de la charmante Claudine Longet, accusée d’avoir refroidi son mari. Gaignault n’est jamais aussi bon que dans ces textes mêlant récit, enquête en costume sur mesure et flânerie intime. Ultime touche d’élégance : Gaignault a lu les écrivains rares, donc précieux. La réédition de son Dictionnaire de littérature à l’usage des snobs (Le Mot et le Reste) nous enchante. On y croise grands cramés, héroïnes et dandys des lettres. Au milieu de notices sur Albert Cossery, Henry Jean-Marie Levet, Dorothy Parker, Guy Dupré, Sunsiaré de Larcône, Frédéric Berthet ou encore Jean-Jacques Schuhl, cette réponse d’Edna Ferber au dramaturge Noel Coward l’apostrophant « Edna, vous ressemblez presque à un homme » : « Vous aussi, Noel. »
Anne Berest: (En photo d’illustration) Nous nous étions promis de parler d’Anne Berest. Pas seulement parce qu’elle est née en 1979, année de naissance des plus jolies apparitions. On pense à une brune demoiselle que notre ami Cornelius surnomme « La grande fille », clin d’oeil à un roman de Félicien Marceau. Mais Anne Berest a tout pour nous plaire. Ses deux premiers romans – La fille de son père et Les patriarches – étaient des réussites. Elle avait également adapté, pour le théâtre et Edouard Baer, Pedigree de Patrick Modiano. Elle a surtout suivi, telle une flâneuse sentimentale, les pas de Françoise Sagan. Sagan 54, paru au printemps chez Stock, mêle la vie de Françoise au moment de la parution de Bonjour tristesse et les éclats d’âme d’Anne Berest partie à la recherche du « charmant petit monstre ». La tête ailleurs, nous allions oublier de saluer les qualités de son texte : liberté, légèreté et volupté. C’était avant de lire, la gorge serrée, une touchante nouvelle, titrée « Ma tante Zelda » qu’elle a offerte à Madame Figaro. Une phrase, au hasard : « Nous sommes entrées dans une chambre sous les toits, comme un nid aux couleurs de champagne et aux murs dorés. »Il est recommandé, en août, de glisser dans vos bagages Sagan 54 et, tel le plus chic des marque-pages, les feuilles volantes de « Ma tante Zelda ».
Laurent de Sutter: Depuis son premier livre, Pornostars – Fragments d’une métaphysique du X, on a plaisir à lire Laurent de Sutter. C’est un philosophe pop, belge et dandy ; « sachant écrire », aurait précisé le Général de Gaulle. Il peut évoquer avec la même délicatesse Deleuze, les films de Jean Eustache, son indifférence à la politique ou les plus belles scènes des hardeuses Zara White, Mélanie Coste ou Sasha Grey. Ce n’est pas rien. De Sutter a jadis été publié par notre ami Roland Jaccard, dont il a pris la suite, aux PUF, à la tête de la collection « Perspectives critiques ». Métaphysique de la putain est au catalogue de Léo Scheer, maison élégamment tenue par Angie David. De Sutter, on le voit, a l’art de choisir ses éditeurs. Il a l’art, surtout, de signer des textes de haute tenue. La première et la dernière variations, deux balades bukowskiennes, de sa déclaration d’amour aux prostituées, « les actrices de la vérité », sont d’une classe folle. Entre les deux – d’une évocation de Godard à Joyce en passant par les BD de Chester Brown ou Crepax – , on se régale tout autant. De Sutter s’intéresserait aujourd’hui à l’actrice et playmate, au destin tragique, Anna Nicole Smith. Il nous tarde de le lire sur le sujet.
Claudia Cardinale: L’été est la saison de la dolce vita, que nous pouvons également nommer Dolce Claudia, pour reprendre le titre de l’album édité par les éditions Contrejour, dirigées avec style par Isabelle et Claude Nori. Thomas Morales en a déjà parlé, ici, avec talent. Il nous tarde, d’ailleurs, de lire les Lectures vagabondes de Morales : son plaisir en littérature. Ce sera en octobre. En attendant, on admire Claudia Cardinale, alors inconnue, shootée sous tous ses angles beaux par un photographe tout aussi inconnu. Elle a le naturel au galop, à la caresse. Les photographies dormaient loin de nous. C’était un crime contre la grâce, qu’Isabelle et Claude Nori ont réparé. Pour achever de nous enchanter, le crooner balnéaire Frédéric Schiffter joint ses mots aux photos de Claudia, signant un poétique « Éloge de la starlette ». Sur la plage, on se perdra dans les pages de Dolce Claudia et on lira, de Schiffter, Petite philosophie du surf, que réédite Atlantica. En attendant de découvrir, en septembre, son Dictionnaire chic de philosophie, préfacé par Frédéric Beigbeder qui, lui, publiera un nouveau roman, Oona & Salinger (Grasset), dont nous reparlerons, ici ou ailleurs.
*Photo: GINIES/SIPA.00684237_000006
Les spéculateurs ne font pas la loi!
Commissaire-priseur, Pierre Mothes est directeur du développement chez Sotheby’s à Paris
Causeur. En quelques décennies, la France, jadis une place forte de l’art, semble être devenue un nain artistique. Est-ce vraiment le cas ?
Pierre Mothes. Si on évalue la situation de l’art à celle du marché de l’art, il ne faut pas exagérer l’effacement de la France. Il faut rappeler que, jusqu’au début des années 1960, le marché français dominait en matière de ventes aux enchères et que, aujourd’hui, nous restons un centre important puisque nous sommes au quatrième rang, avec une part de 6% en 2013, les États-Unis faisant la course en tête ex-aequo avec la Chine (33% du total des ventes), suivis par le Royaume-Uni à 17%. Le marché de l’art suit la hiérarchie des économies dominantes. On a vu l’apparition de New York comme centre de l’art moderne à partir des années 1940. On observe aujourd’hui, de la même façon, un glissement vers l’Asie du Sud-Est.
Mais même en comparaison avec des pays de niveau économique équivalent, comme l’Allemagne et la Grande-Bretagne, la France semble très en retrait en matière d’art contemporain. Est-ce exact ?
Tout d’abord, il faut dissocier le secteur des galeries et des marchands et celui des enchères. Ensuite, Berlin est un cas exceptionnel : nombre de jeunes artistes en devenir, européens et internationaux, s’y retrouvent essentiellement grâce aux prix de l’immobilier, très attractifs, permettant la location d’ateliers confortables et de grands espaces d’exposition. « Ville pauvre, mais sexy », selon les propos mêmes de son maire, Klaus Kowereit, Berlin héberge plus de 20 000 artistes plasticiens, dont 6000 sont représentés dans des galeries.
Si Paris ne peut rivaliser sur ce point, il n’en demeure pas moins que, en termes de marché, elle défend bien sa place dans le domaine de l’art contemporain. Ainsi pour les ventes d’art « d’après-guerre et contemporain », Londres a subi une baisse de 12% en 2013 par rapport à l’année précédente tandis que la France − partant, il est vrai d’un seuil plus bas − a augmenté le volume de ses ventes de 21%.
En France, les institutions semblent consacrer des artistes ne touchant aucun public et n’intéressant pas les collectionneurs. N’y a-t-il pas un problème ?[access capability= »lire_inedits »]
Ce n’est pas mon avis. Je trouve la politique du Centre Pompidou, ou du Musée d’art moderne, pour ne citer qu’eux, assez sélective et bien pensée. L’exposition Bertrand Lavier au Centre Pompidou, par exemple, permettait de redécouvrir un artiste important, soutenu par des collectionneurs exigeants, comme Marcel Brient ; on peut aussi Adel Abdessemed et de son exposition « Je suis innocent », toujours au Centre Pompidou. Même Versailles s’est mis à l’art contemporain depuis plusieurs années, et le succès d’un artiste international comme Giuseppe Penone a été particulièrement réjouissant à cet égard.
Dans le fond, y a-t-il encore un art significatif en France, ou vit-on sur des acquis ?
Il y a une nouvelle scène artistique en France, et le travail mené par les galeristes avec les artistes porte ses fruits. Prenons l’exemple d’un galeriste emblématique comme Kamel Mennour : deux de ses « protégés » ont remporté, pour l’une, le Lion d’argent à la Biennale de Venise en 2013 (Camille Henrot), et le prix Marcel-Duchamp en 2013 (Latifa Echakch).
Nathalie Obadia met, elle, toute son énergie et son enthousiasme au service de la jeune création, faisant ainsi succéder entre les murs de sa galerie les photographies de Valérie Belin à celles si polémiques d’Andres Serrano. Clairement, aujourd’hui, il y a un effort des institutions et des marchands pour redynamiser la scène parisienne. Citons les efforts de la Fondation Ricard, de l’espace culturel Louis-Vuitton, sans oublier évidemment la place prépondérante prise par la FIAC dans le concert des foires internationales.
Mais ces courants ne sont-ils pas pénalisés par l’obligation de paraître « subversif » ?
On peut attirer les médias avec de la provocation au début, et il existe sans doute un certain art contemporain ludique, influencé par le côté transgressif. Mais la provocation n’est pas une garantie de durer dans un marché de l’art extrêmement exigeant où le travail de l’artiste prime. Jeff Koons était déjà un artiste connu même si son mariage avec la Cicciolina a renforcé son aura. Mais le cas le plus frappant est bien sûr Gerhard Richter, le plus cher des artistes vivants en vente publique, qui fait par ailleurs preuve d’une très grande discrétion.
La programmation des institutions influence-t-elle la cote des artistes ?
Oui, on voit très bien l’influence qu’elles ont pu avoir pour un artiste comme Pierre Soulages. Il est en effet entré très tôt, dès les années 1950, dans les collections publiques françaises mais aussi américaines, au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, mais aussi au Guggenheim et au MOMA à New York. Plus récemment, sa cote s’est encore clairement affirmée après la rétrospective du Centre Pompidou pour ses 90 ans, en octobre 2009. Enfin, l’ouverture récente du musée qui lui est consacré, à Rodez, vient confirmer l’immense succès de l’un des plus grands artistes français vivants.
Les collectionneurs privés en France diffèrent-ils de ceux d’autres grands pays, dans leur mentalité et leurs moyens ? On entend parfois dire qu’ils sont influencés par les choix des réseaux publics. Qu’en pensez-vous ?
Non, les collectionneurs français voyagent et se rendent dans les grandes foires internationales pour former leur goût. Évidemment, on peut dire que les institutions influencent les goûts par la programmation de grandes expositions, la mise en valeur de certains artistes. Il y a des effets d’imitation, de mode. Ceci étant dit, ne sous-estimons pas leur autonomie : in fine, je crois que le marché est libre.
On entend beaucoup, en France, le lamento des collectionneurs, variante du lamento des riches : on ne les aime pas, la fiscalité leur tombe dessus, beaucoup d’œuvres quittent le territoire… La fiscalité est-elle horrible pour eux ?
Jusque-là, les pouvoirs publics ont toujours voulu préserver le marché de l’art, d’où leur exonération de l’ISF. En même temps, la réapparition régulière de ce débat inquiète les collectionneurs et fragilise le marché. Mais ce n’est pas la seule question. L’idée de la hausse de la TVA à l’importation (un taux de TVA affectant des œuvres importées en dehors de l’UE) dont il était question à un moment donné, aurait pu pousser les collectionneurs à privilégier d’autres pays que la France. Il faut savoir que, contrairement à l’économie en général, en matière d’art, ce qui est bon pour un pays, c’est d’être importateur, pas exportateur. Aussi le maintien d’un taux de TVA de 5,5 % à l’importation est-il une excellente nouvelle pour la place de la France.
N’oublions pas non plus le mécénat, renforcé en France par la loi d’août 2003, portée par Jean-Jacques Aillagon, qui a eu un impact direct sur la jeune création.
Observe-t-on une fuite des collectionneurs aujourd’hui ?
On observe un certain « déplacement » des Français les plus fortunés en général, donc automatiquement de certains collectionneurs. Pour des raisons fiscales, un certain nombre d’entre eux vivent aujourd’hui dans les pays limitrophes, notamment à Bruxelles, où beaucoup de galeries françaises les ont suivis.
Les œuvres d’art peuvent-elles être de purs investissements ?
C’est l’éternelle question. J’ai tendance à répondre non. Il y a peut-être des collectionneurs pour qui c’est le cas. Mais je ne crois pas que l’on puisse uniquement acheter dans le but de revendre et de réaliser un profit. Les gens qui font des plus-values sont aussi des gens qui comprennent les artistes et qui connaissent bien les œuvres. Certes, on peut se faire conseiller, mais il faut acheter ce que l’on aime.[/access]
*Photo: CONTRE JOUR/SIPA.00647920_000011
Requiem pour la collection Gore
« Gore » est un mot américain qui signifie « sang coagulé » et désigne par extension tout ce qui est « sanglant » ou « ensanglanté ». Au début des années 60, un cinéaste –Hershell Gordon Lewis- et son producteur David F.Friedman vont lancer le genre sur les écrans avec le mythique Blood feast. Tandis qu’ils se consacraient jusqu’alors aux « nudies » (films d’exploitation où la nudité servait à appâter le chaland), ils vont avoir recours à des litres d’hémoglobine pour pimenter des histoires horrifiques et attirer à eux les amateurs de sensations fortes. Des films de zombies de Romero aux films de cannibales italiens en passant par les premiers forfaits de Peter Jackson (Bad taste, Brain dead) ; ce genre cinématographique à part entière, où l’horreur pure et le second degré font souvent bon ménage, va connaitre une florissante destinée au cinéma.
Mais Gore est également le nom d’une mythique collection lancée par les célèbres éditions Fleuve Noir au milieu des années 80 par Daniel Riche. Pendant cinq ans (de 1985 à 1990), 118 romans aux couvertures sanglantes et agressives à souhait vont faire leur apparition dans les kiosques des halls de gare et sur les étals des supermarchés. Passionné par cette collection depuis toujours, David Didelot (qui publie par ailleurs le célèbre fanzine Vidéotopsie) consacre aujourd’hui un ouvrage remarquable à cette aventure éditoriale singulière.
Gore, dissection d’une collection est le résultat d’un véritable travail de bénédictin. Didelot et son équipe entreprennent de revenir sur les précurseurs du genre en inscrivant le « gore » dans une véritable tradition littéraire (les glorieux ancêtres comme Sade et Lautréamont) qui s’est ensuite épanouie dans le cadre du roman populaire (superbe texte de Gérard Lauve sur la littérature « de gare » sensationnaliste héritière du Grand-Guignol et de la presse illustrée avide de faits divers). Puis il nous offre un catalogue exhaustif de tous les romans de la collection avec une présentation précise des auteurs, un résumé critique des ouvrages et de nombreux entretiens avec les écrivains ayant trempé leur plume dans le sang (Jean-Pierre Andrevon, François Darnaudet, Joël Houssin, Charles Nécrorian…).
Après avoir consacré un chapitre aux illustrateurs des couvertures (outre l’incontournable Dugévoy, il convient de citer l’immense Roland Topor dont les illustrations pour la collection restent controversées par les amateurs) et un autre aux liens unissant ces livres au cinéma ; Didelot se penche sur les collections littéraires s’inscrivant dans ce même sillon de l’horreur sanglante (que ce soit l’éphémère collection Maniac lancée par Daniel Riche, « le Marcel Duhamel du gore », appuyé par Patrick Siry lorsqu’il quitte le Fleuve noir en 1988 ou la toute nouvelle collection Trash).
Que retenir de cet ouvrage remarquable et richement illustré ? Tout d’abord les liens indissociables de cette collection avec le cinéma. Ce n’est sans doute pas un hasard si le premier titre publié, La nuit des morts-vivants, fut une « novélisation » du scénario écrit par John Russo pour Romero. De la même manière, trois films de HG.Lewis seront adaptés pour devenir des romans. Parfois, c’est l’inverse qui se produit et certains romans traduits pour la collection « Gore » donnèrent naissance à des films, le plus célèbre restant Hurlements de Gary Brandner adapté au cinéma par Joe Dante.
Ensuite, que la collection « Gore » fut un véritable terrain d’expérimentations pour des auteurs chevronnés du roman populaire. La plupart avaient d’ailleurs déjà écrit pour le Fleuve Noir et ajoutaient une corde à leur arc en se livrant à ces exactions sanglantes. Citons les plus célèbres : Jean-Pierre Andrevon, GJ.Arnaud, André Caroff, Corsélien (sous ce pseudonyme se cachait le regretté Pascal Marignac qui signa également ses polars musclés sous le nom de Kââ), Michel Honaker, Pierre Pelot, François Sarkel et l’incontournable Nécrorian (alias Jean Mazarin ou Emmanuel Errer) qui semble avoir signé quelques fleurons de la collection…
À travers tous ces récits courts et sans fioriture, n’hésitant pas à se vautrer dans les tréfonds de l’abjection (le cocktail sexe et sang) ou allant arpenter les chemins plus classiques du fantastique et de la science-fiction pimentés par quelques crimes bien atroces, se dessine le panorama d’une littérature populaire méprisée par la plupart des intellectuels mais qui séduit désormais par sa virulence, son goût de la provocation, son caractère parfois subversif et résolument étranger à toute bienséance.
Daniel Riche et sa collection permirent également la découverte de nombreux auteurs anglo-saxons aujourd’hui considérés comme des maîtres du genre (Hutson, Ray Garton, Richard Laymon, Daniel Walther, etc.) en dépit de certaines adaptations contestables, les romans ayant été amputés pour devenir conformes au format de la collection (ouvrages courts ne dépassant que rarement les 150 pages).
Un dernier mot pour souligner que ce livre ne s’adresse pas uniquement aux spécialistes du genre (qui, de leur côté, seront comblés). Pour ma part, je suis un parfait néophyte n’ayant jamais ouvert un roman de la collection Gore (je compte remédier à ça très vite) mais l’ouvrage est à la fois très accessible et porté par une passion communicative. David Didelot mérite donc un grand coup de chapeau pour ce coup de projecteur sur une parcelle d’un continent enfoui et malheureusement trop méconnu qu’on nommera, faute de mieux, la « littérature de gare »…
David Didelot. Gore : dissection d’une collection (2014). Editions Artus Films.
Les cocus ont-ils encore un avenir?
Alors que bien des hommes aimeraient voir leurs femmes entre les bras d’un autre, jamais cette manie érotique n’a connu pareille sinistrose. Le cocu français va mal. Il suffit d’aller sur candaulisme.com pour s’en convaincre. Les maris sont unanimes pour souligner la difficulté de trouver un amant digne de ce nom. Quant à la négociation qui permet d’amener une femme normale à pratiquer ce sport inédit, elle s’avère, au dire de nombreux témoignages, fastidieuse et incertaine. Après la perte de compétitivité de la zone Euro et l’effondrement de la popularité présidentielle, il semble clair que quelque chose ne va pas non plus dans le domaine des perversions sexuelles.
En Asie, François ne prêche pas dans le désert
À lire certains, la récente visite du Pape François en Corée du Sud se limiterait à une dénonciation de la société de consommation, qui ne ferait pas mentir sa réputation de « pape léniniste », décerné par The Economist. Interrogé par le New York Times, le journaliste religieux sud-coréen Choo Chin-woo enfonce même le clou : « le pape est clairement un commie ». Pas léniniste : commie, le vieux diminutif américain pour communiste, qui sent bon la Guerre froide des années 1950.
Les Eglises presbytériennes de Corée du Sud, elles, remontent carrément au XVIe siècle, et aux prédications de Calvin : alors que le Pape François célébrait le 17 août une messe à Séoul devant un million de personnes, des pasteurs avaient organisé leur propre contre-cérémonie, à quelques encablures, pour 10 000 participants. « Le roi ennemi est apparu au cœur de notre nation ! » s’est alarmé le révérend Song Choon-gil, qui a également parlé des « forces sataniques » et « idolâtres » que charriait le catholicisme romain. Le Pape, agent du régime nord-coréen et suppôt de Satan (ou l’inverse) ? Lors de sa visite en Corée du Sud, François est venu irriter deux forces importantes de la société locale : le culte du capitalisme, et le protestantisme musclé. Deux forces qui s’étaient retrouvées dans l’influence américaine et l’anticommunisme, après la fin de la guerre de Corée en 1953.
Le 15 août à Daejon, le Pape a critiqué la « culture de mort » des modèles économiques des pays riches, « qui créent de nouvelles formes de pauvreté et marginalisent les travailleurs », ainsi que « l’attrait du matérialisme qui étouffe les authentiques valeurs spirituelles et culturelles, ainsi que l’esprit de compétition débridée qui génère égoïsme et conflits ». Le 17, il récidivait au centre caritatif de Kkottongnae : « que tout homme et toute femme puisse connaître la joie qui vient de la dignité de gagner le pain quotidien, en soutenant ainsi sa propre famille. Cette dignité est totalement menacée par la culture de l’argent ! »
Cette dénonciation est cohérente avec l’enseignement de l’Eglise catholique, et les actions de ses membres en Corée du Sud. Le clergé local est connu pour son engagement « gauchiste » en faveur des exclus et des victimes des inégalités sociales, ainsi que pour ses critiques contre le militarisme, au pouvoir dans les années 1980, toujours fort, qui procède notamment à des expropriations massives pour construire de nouvelles bases contre la menace nord-coréenne. Une menace que l’Eglise catholique n’absolutise pas, reprenant une tendance aujourd’hui majoritaire au sein de la population sudiste, qui plaide pour l’apaisement. À l’inverse, les Eglises protestantes incarnent plutôt l’alliance du capitalisme et des élites. L’ancien président Lee Myung-Bak, homme d’affaires, est ainsi un Ancien (cadre d’une paroisse) presbytérien, libéral décomplexé et adepte de la ligne dure face au régime du Nord.
L’Eglise catholique sud-coréenne jouit d’une santé resplendissante (10 % de la population, en progression), qui effraie les protestants (25 %, en stagnation). Ces derniers ont connu un essor foudroyant à partir de 1900, lorsque des missionnaires américains inclurent la péninsule dans leur campagne « Union biblique pour la Chine ». Presbytérianisme, issu du calvinisme européen du XVIe siècle, et fondamentalisme évangélique s’implantèrent dans le sillage de pasteurs américains, mais l’élève a aujourd’hui largement dépassé le maître : la plus grande église protestante mondiale est à Séoul, la Yoido Full Gospel Central Church, qui rassemble 900 000 membres. Les Américains sont passés de 65 % en 1972 à 47 % en 2001 des missionnaires protestants dans le monde : les Sud-Coréens ont pris la tête, avec 12 000 missionnaires en exercice dans le monde chaque année. Ils sont présents y compris en Irak et en Afghanistan, où un pasteur sud-coréen a été exécuté par les talibans en 2007. Voilà qui relativise la vision très Française des protestants évangéliques, pantins de Washington composant « la secte de Bush », dixit le Nouvel Observateur. Ils sont davantage un produit de la globalisation plutôt qu’une émanation américaine.
Pourquoi cette ferveur sud-coréenne ? Contrairement à la Chine ou au Japon voisins, la Corée est un pays qui a spontanément assimilé le christianisme. Des lettrés et des nobles cultivés coréens découvrirent cette religion au XVIIIe siècle au contact d’ouvrages occidentaux, et des jésuites basés à Pékin. Le catholicisme fit son apparition en Corée, sans prêtres, reposant essentiellement sur des laïcs. Cette foi étrangère s’opposant au confucianisme officiel (pour qui l’idée d’un Dieu personnel, et celle d’une égalité entre individus, sont absurdes), une persécution s’abattit sur les catholiques coréens pendant un siècle, jusqu’à la tolérance, et l’arrivée d’un évêque en 1886. Ce sont les martyrs de cette période que le Pape François est venu honorer.
Puis, avec l’occupation japonaise et la guerre de Corée, le christianisme a prospéré. Les Eglises ont été purgées au Nord mais se sont consolidées au Sud, avec un avantage pour le protestantisme. Celui-ci est remis en cause, avec le désenchantement d’un nombre croissant de fidèles face à l’embourgeoisement des Eglises protestantes. Ce reflux par rapport à la société capitaliste coïncide avec le regain du catholicisme, dont l’engagement social face aux dérives du modèle libéral semble rencontrer un réel écho.
*Photo : Jung Yeon-je/AP/SIPA. AP21610821_000002.
Viva Saddam
Je suis en train de relire la trilogie Fabio Montale, de Jean-Claude Izzo (Total Kheops, Chourmo et Solea, Folio 2006, en un seul volume, indispensable). Les romans ont été écrits entre 1995 et 1998, et témoignent d’une époque où l’islamisme regardait plus vers l’Algérie que vers l’Occident. Même si Khaled Kelkal s’était déjà pas mal défoulé (c’est curieux : presque personne semble se rappeler la vague d’attentats de l’été 1995, dans le RER B, la place de l’Etoile, dans un TGV, un square parisien, et devant une école juive de Villeurbanne — dans le dernier neurone d’un terroriste islamiste, il y a toujours une école juive).
Izzo, grand démocrate, homme de gauche qui aurait dégueulé son Lagavulin sur les pieds de Hollande, a fait de Marseille le personnage principal de ses romans. Fabio Montale, son enquêteur ivrogne, tabagique (Izzo est mort un peu prématurément d’un cancer en 2000, à 54 ans) et sainement désespéré, a beau être la voix qui parle et qui écrit, c’est le décor qui compte. Marseille, les Goudes où réside Montale dans l’un de ces « cabanons » si typiquement marseillais, y compris dans son absence d’autorisation de construire, le Vieux-Port autour duquel il tourne inlassablement comme un écureuil solaire, le Panier de son enfance, avec ses fouilles archéologiques inabouties et sa Vieille Charité (et même une certaine maison avec une « terrasse à l’italienne », tout en haut, qui permet de siroter le pastis en regardant le soleil mourir dans la mer nourricière — ceux qui m’aiment et que j’aime me comprendront).
Avec ses Quartiers Nord, et ses Arabes oubliés des hommes (j’allais dire : oubliés de Dieu et des hommes, mais voilà : justement, Dieu a bien voulu penser à eux, et c’est bien là que le bât blesse).
Dans Chourmo, en particulier, Izzo confronte Montale à la montée de l’islamisme dans ces banlieues déshérités. Mais, signe des temps, l’arsenal que les néo-barbus rassemblent dans le roman est destiné à l’Algérie — c’était l’époque où le GIA et le FIS se disputaient le magot que se sont annexé les militaires au pouvoir depuis Boumédienne, et n’avaient pas encore eu l’idée d’exporter leur instinct de mort sur le vieux continent.
Les choses en seraient peut-être restées là, à quelques Kelkal près, si Bush n’avait pas eu l’idée lumineuse, après le 11 septembre, de traquer l’islamisme moyen-oriental là où il prospérait — en Afghanistan. Et, encore mieux, de s’annexer les champs pétrolifères irakiens en déboulonnant Saddam Hussein. La destruction du World Trade Center a été la divine surprise des va-t-en-guerre, tout comme le Hamas est l’indispensable complément de Benyamin Netanyahu, et vice versa. Comment les extrémistes survivraient-ils si leur adversaire soudain devenait raisonnable ?
L’invasion de l’Irak fut en tout cas une idée grandiose, dont nous constatons chaque jour la résultante mirifique. À chaque massacre perpétré par les fous de Dieu (pléonasme probablement : un dieu unique, sans une autre divinité pour l’équilibrer, ne peut être qu’un dictateur sanglant — autre pléonasme. Si on avait compté les années après Aphrodite ou Eros et non après Jésus-Christ ou l’Hégire, on n’en serait pas là, comme disait à peu près Prévert), nous devrions remercier le petit George, cet illuminé du renouveau charismatique américain, un Born again Christian devant lequel s’inclinent bien bas les chrétiens irakiens avant de se prendre une balle dans la nuque, tirée par les partisans du califat mondial.
Et je ne suis pas le seul à le dire.
Flash back autobiographique. En mars 2003, quand les GIs sont partis pendre Saddam, je me suis durablement brouillé avec une amie chère, enthousiaste de l’Irak — elle tentait à l’époque de faire connaître à Paris des peintres abstraits irakiens non dépourvus de talent, et qui doivent à l’heure qu’il est avoir été transformés en cendres et lumière, elle est depuis devenue spécialiste de l’art nouveau à Bagdad, nous ne nous sommes jamais réconciliés, peut-être s’est-elle convertie. « Ça va dégénérer », disais-je. « Mais pas du tout, les Irakiens sont des gens merveilleux et pacifiques, une fois Saddam déboulonné, tout ira pour le mieux dans la démocratie retrouvée ». J’aurais préféré que l’Histoire lui donne raison. Mais cinq ou six cent mille morts plus tard, les chiites prêts à en découdre, les fous de Dieu à deux doigts de conquérir Bagdad (c’est étrange, on parle enfin des massacres opérés dans le nord-est du pays, et on ne dit rien du fait qu’ils sont apparemment à une vingtaine de kilomètres de Bagdad, face à une armée irakienne qui se dissout dès qu’ils soufflent dessus : la prise de la ville par le Califat mondial régénéré fera regretter aux Bagdadis Houlagou Khan et les Mongols de 1258, ou Tamerlan en 1410), je sais que j’avais raison de préférer Saddam à ce qu’il est advenu, et qui était si évident que je ne me décerne aucune palme de voyance extra-lucide.
Comme en Libye, où grâce à BHL, nous avons assassiné un dictateur ivre afin de libérer les pulsions des tribus, qui aujourd’hui s’entretuent allègrement, au point que tous les Occidentaux donneurs de leçons plient bagage. Nous ne sommes pas intervenus en Syrie, par miracle. Mais ce n’est plus nécessaire. Quand l’incendie est allumé, n’importe quelle brise alimente les braises.
C’est une histoire de virus. Les fous de Dieu prospéraient gentiment, confinés dans des déserts hostiles par les monarchies pétrolières qui n’avaient aucune envie de voir des illuminés leur expliquer que leur mode de vie n’était pas tout à fait hallal. Nous les avons titillés, nous les avons exportés, nous leur avons donné une crédibilité. En Occident, il s’est trouvé assez de collabos pour les plaindre, plaider en faveur de leur liberté d’expression et de leur droit inaliénable à voiler les femmes (c’est comme les Juifs dont je parlais plus haut, qui finissent toujours par redevenir des cibles : dans l’autre bout du neurone unique des terroristes, il y a toujours une femme à voiler ou à lapider — au choix, et c’est pareil). Bref, le virus s’est répandu. Et toute proposition anti-virale passe pour du racisme. Bravo.
D’autant que les « valeurs » occidentales, face à cette bêtise sanguinaire érigée en principe moral, sont quelque peu inefficaces. « Consommation » est un mot dérisoire face à « Allahou akbar ». Le libéralisme mondialisé a cru que Coca-Cola serait un rempart suffisant : ma foi, ils en boivent, mais ça ne les empêche pas de vous couper la tête après.
Que dirait Izzo de cette islamisation qui rampait il y a vingt ans, tout en bandant ses petits muscles, et qui déferle aujourd’hui, à l’assaut du pays des mécréants que nous sommes ? Défendrait-il encore une jeunesse perdue qui balance entre gangstérisme et fondamentalisme — et comme il le montre lui-même dans Chourmo, un gangster peut trouver aux Baumettes, la prison marseillaise, l’occasion de reconvertir son énergie au service des salafistes de tous poils — à commencer par les poils de la barbe ? Ils y sont incarcérés illettrés, grâce à l’ingénieux système des ZEP, qui les laisse dans l’état même où ils y sont entrés ; ils en sortent en sachant lire le Coran. Rien de mieux qu’un analphabète pour devenir analphacon. Encore que je doute parfois de cette capacité à lire le Coran. Il suffit de le répéter en boucle — en français, on dit « ânonner », et ce n’est pas pour rien.
C’est bien plus qu’un conflit de civilisations : c’est un conflit de valeurs. Si nous n’aménageons pas sérieusement le libéralisme, si nous ne leur apprenons pas à lire Montaigne dans le texte, à manger du filet mignon en croûte arrosé de saint-joseph ou de saint-émilion, nous sommes perdus.
Et nous n’aurons même plus de Lagavulin pour nous consoler.
*Photo : Khalil Hamra/AP/SIPA. AP21420069_000005.
Le Pape met les Nord-Coréens en garde contre la société de consommation
S’adressant en principe aux Coréens du Nord aussi bien qu’à ceux du Sud, le Pape a dénoncé la société de consommation.
On ignore pour le moment combien de Nord-Coréens ont pu entendre cette mise en garde, et combien en sont morts de rire. Car ils savaient comment le communisme les avait merveilleusement mis à l’abri des méfaits de la consommation.
L’armée du pays a ainsi ramené à 142 cm, contre 145 cm auparavant, la taille minimum requise pour ses soldats, car la génération actuelle souffre de rachitisme à cause de la famine des années 90, a rapporté un journal de Séoul écrit par des transfuges nord-coréens, généralement bien informés.
La taille moyenne des Sud-Coréens de cet âge est de 172 cm.
Tous les hommes nord-coréens de 16 ou 17 ans doivent effectuer un service militaire obligatoire, de dix ans minimum. Ceux-là sont bien protégés du péril consumériste, mais moins tout de même que les centaines de milliers de leurs compatriotes enfermés dans les camps de concentration.
La Corée du Nord ne s’attendait pas à cette condamnation du développement de la Corée du Sud. Cela explique que l’arrivée du pape jeudi à Séoul ait été marquée par des tirs d’essai de missiles tactiques par la Corée du Nord. Lorsqu’on s’est aperçu à Pyongyang que le pape faisait implicitement l’éloge de l’ascétisme communiste, le régime a laissé entendre vendredi qu’il s’agissait d’une simple coïncidence. La canonisation de Kim Jong-Un serait même envisagée, dès que son visage aura un peu dégonflé.
Irak : l’enfant de Chio et d’Erbil
Un drame se déroule dans l’accablante chaleur du mois d’août irakien. Le mécanisme qui conduit à l’agonie d’un peuple est en marche, tout juste ralenti par les frappes américaines. Pendant ce temps, l’Europe tergiverse.
La question n’est pas aujourd’hui « en quoi sommes-nous concernés ou responsables ? » mais « qu’allons-nous faire ? » Car enfin, cette Europe si prompte à s’ausculter le nombril avec fébrilité, qui, avec le courage insensé de Viviane Reding, dénonce la « sinistre mémoire des déportations pendant la Deuxième Guerre mondiale » en parlant des reconduites à la frontière des Roms, va-t-elle descendre du nuage ouaté et paisible d’où elle contemple distraitement le tumulte du monde ? Va-t-elle assumer ses convictions humanistes et lutter à la mesure de ses moyens contre la barbarie des fous de Dieu ?
On peut légitimer l’inaction avec une déconcertante facilité. Voici un florilège des excuses les plus entendues ces derniers jours : « c’est la faute des Américains et de leur politique désastreuse en Irak » ou bien « vu la situation en Libye, ça ne sert à rien, de toute façon ça va empirer et nous retomber dessus », « Y’avait qu’à aider les modérés en Syrie, on n’en serait pas là », etc. Service minimum, après avoir validé le principe de distribution d’aide humanitaire, l’Union vient de se déclarer, à la demande particulièrement insistante de la France, favorable à la livraison d’arme aux peuples kurdes. L’Union européenne a une position unifiée, jubile-t-on en haut lieu. Il n’y a pourtant pas de quoi crier à la témérité, chaque Etat membre étant de toute façon seul juge de ce qu’il voudra bien faire dans ce domaine. Ce qui irrite n’est pas cette question de prérogative nationale mais bien le manque d’initiative et la pusillanimité des institutions européennes. Car manifestement l’Europe déploie une énergie bien plus considérable à lutter contre les bactéries qui menacent les fromages de chèvre sur les marchés dominicaux que les djihadistes barbus. On peut dès lors légitimement douter de la crédibilité et du sens même de l’Union.
Voilà comment Victor Hugo, en son temps, apostrophait ses contemporains pour leur faire prendre conscience de l’horreur du réel. Ce poème est malheureusement très actuel[1. Il s’agissait des massacres perpétrés par les Ottomans sur l’île de Chio en 1822. Ils avaient été planifiés par la Sublime Porte pour frapper d’horreur les insoumis : 25 000 hommes, femmes et enfants furent tués, 45 000 autres réduits en esclavage.]:
Les turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
Chio, l’île des vins, n’est plus qu’un sombre écueil,…
Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,
Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
Courbait sa tête humiliée ;…
Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux !
Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus
Comme le ciel et comme l’onde,
Pour que dans leur azur, de larmes orageux,
Passe le vif éclair de la joie et des jeux,
Pour relever ta tête blonde,…
Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?
Est-ce d’avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus,…
Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l’oiseau merveilleux ?
– Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus,
Je veux de la poudre et des balles.
La France n’a pas attendu l’aval de l’Union pour prendre sa décision et agir. Sans ambiguïté, elle a opté pour la poudre et des balles. Et elle ne s’en cache pas. Quelques pays, dont le Royaume-Uni, semblent prendre le même chemin. Mais l’Europe, qui rêve tant d’une destinée politique, n’a-t-elle que des réunions aussi grandiloquentes que stériles à offrir à ces enfants qui meurent ? Il est temps qu’elle accepte enfin « d’embarquer dans la galère de son temps » et de partager le fardeau de la lutte contre les barbares.
*Photo : Khalid Mohammed/AP/SIPA. AP21610123_000012.
L’art du divertissement
Le film de Marianne Lamour, qui se fonde sur l’excellent livre-enquête, au titre éponyme, de sa sœur, Catherine, et de Danièle Granet[1. Grands et petits secrets du monde de l’art, de Danièle Granet et Catherine Lamour (sœur de Marianne), Poche, Pluriel.], n’est pas un documentaire de dénonciation. On n’y crucifie pas les milliardaires, qui en sont les acteurs principaux. La Ruée vers l’art signale la métamorphose qu’a subie ce commerce, désormais conforme aux règles (ou aux dérèglements) de la financiarisation en temps réel. Les artistes « bankables » sont soutenus par un discours publicitaire approprié et par une stratégie de marketing digne de l’industrie du luxe. Les artistes sont des marques : Basquiat, Koons, Murakami, Hirst… Qu’on épice cette foire aux vanités d’un peu de transgression, et c’est Byzance !
La Ruée vers l’art est le spectacle d’un divertissement habituellement caché, d’une sorte de féérie qui se joue à guichets fermés. Les premiers rôles sont des gens très riches, entourés de « curateurs », marchands, galeristes, conseillers, et des artistes. Catherine Lamour résume ainsi la situation : « Nous montrons qu’une société a rendu obsolète celle qui l’a précédée. L’opération a été radicale : plus rien n’est, ne sera comme avant ! »
C’est dans la seconde moitié du XIXe siècle que le monde a voulu être moderne absolument, entraîné dans ce mouvement hélicoïdal par le cyclone Baudelaire. Réclamant du neuf à tous les étages, Baudelaire s’échappe par la « modernité », qu’il discerne dans l’œuvre d’un peintre alors méconnu, « C. G. » (pour Constantin Guys). Il prétend que l’artiste a entrepris la tâche héroïque de présenter le monde en train de se faire sous ses yeux, dans les décors et les vêtements de son temps. C’est par ce moyen, qu’il « cherche ce quelque chose qu’on nous permettra d’appeler la modernité […] Il s’agit, pour lui, de dégager de la mode ce qu’elle peut contenir de poétique dans l’historique, de tirer l’éternel du transitoire. […] La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. » (Le Peintre de la vie moderne).[access capability= »lire_inedits »]
Baudelaire inaugure l’ère de la Beauté complexe. Il y avait autrefois sur cette question un débat, des affrontements, des enjeux. C’est terminé, nous disent Granet et les sœurs Lamour. Bienvenue dans lemarché global, cette grimace d’un monde qui ne cherche plus à être moderne, mais contemporain jusqu’à l’obsession !
Causeur. Cela ne date pas d’hier que l‘argent et l’art aient partie liée…
Marianne Lamour. L’art a certes toujours été une affaire d’argent. Mais, autrefois, les mécènes achetaient et conservaient ; à présent, les acheteurs attendent le bon moment, la bulle, qui leur permettra de réaliser leurs actifs dans des conditions très profitables. Les ventes d’art sont une scène, un décor, un spectacle. Notre projet était de nous glisser dans la coulisse de ce « divertissement » pour milliardaires. Quand on est vraiment riche aujourd’hui, et que l’on souhaite s’amuser, les ventes sont un magnifique terrain de jeu. Il faut seulement être capable d’affronter des enchères très élevées. On commence à 2 millions, on termine à 20, voire plus si affinités. L’homme le plus puissant dans cette partie, Larry Gagosian, proclame haut et fort : « There is no business like art business. »
Danièle Granet. Le marché de l’art, à présent, reflète parfaitement ce qu’on nomme la mondialisation. Il s’est produit depuis une trentaine d’années un afflux massif de capitaux de toutes les nationalités. La numérisation a servi ce phénomène : quand une œuvre se vend à Singapour, dans la minute qui suit, son prix est connu à New York, Genève, Moscou, Shanghai, Londres, Paris, Dubaï… Le monde des collectionneurs, des acquéreurs, se trouve dans un état de veille constante. Entre eux règne l’émulation, la compétition. Comme le dit David Nahmad, dans notre film : « Si ce n’est pas inabordable, les gens ne sont pas intéressés. » Or, le phénomène spéculatif a un effet sur le jugement esthétique : il obère toute vision critique. C’est encore Nahmad qui reconnaît que la spéculation interdit le discernement parmi les nouveaux artistes. Pour suivre ce marché planétaire, les très riches forment une luxueuse caravane, qui se déplace en jet privé. On se retrouve à Venise ou à Doha : « Nous allons là où se trouvent les artistes », déclarent Mera et Don Rubell, couple de collectionneurs américains perspicaces et sympathiques, capables, par leurs choix, de lancer mercredi un artiste inconnu lundi.
Catherine Lamour. Le plus récent exemple est celui du jeune Oscar Murillo. Artiste d’origine colombienne, très modeste, il vit à Londres, où ses parents se sont installés. Il connaît une petite notoriété : en 2011, ses toiles se vendent jusqu’à 8000 dollars. Je ne suis pas critique d’art, et ne m’interrogerai donc pas sur la valeur artistique de sa production. Mais, en effet, on peut trouver intéressante sa démarche, traversée par l’énergie des street artists, des « graffeurs », rappelant Jean-Michel Basquiat. En 2012, il est remarqué par un homme très influent, un « curateur » ou commissaire d’exposition de première force, Hans-Ulrich Obrist, co-directeur de la Serpentine Gallery, à Londres. Quelques semaines plus tard, des œuvres de Murillo sont à Miami, territoire réservé du couple Rubell, qui l’invite à résider plusieurs semaines dans sa fondation. En 2013, les prix des toiles de Murillo, offertes à la vente publique, oscillent entre 150 000 et 300 000 dollars. Oscar Murillo n’a pas 30 ans !
D.G. On peut y voir un effet de la technologie: la cote d’un artiste suit l’accélération du temps « réel ».
M.L. On peut aussi se demander quels critères autorisent ces surgissements de notoriété artistique.
Tous ces gens ont l’air de s’amuser follement. Ce business n’est-il pas une sorte de divertissement ?
D.G. Il y a quelques années, le terme « divertissement » aurait été jugé offensant par la majorité d’entre eux ; à présent, la frontière entre l’art et le divertissement est plus floue. Il est vrai qu’il ne suffit plus, face à nombre d’« installations », d’être simple spectateur. Le « regardeur » joue sa propre partition. Comment va-t-il transformer l’« offre » de l’artiste ? Il arrive qu’il fasse partie de l’œuvre.
M. L. On observe aussi une abondance d’explications : le discours est en quelque sorte chargé de démontrer qu’il s’agit d’une œuvre !
Dans ce sens mais, à mes yeux, seulement dans ce sens, Paul McCarthy est un artiste considérable !
C.L. McCarthy est un provocateur. Il a commencé comme performer, dans les années 1970, sur le mode contestataire, virulent. Son évolution vers des représentations d’actes et de scènes purement pornographiques pose le problème de l’exposition publique. (En illustration, une de ses oeuvres: « Complex Pile » pour l’exposition « Mobile M+: Inflation! » à Hong Kong, le 24 avril 2013.)
Ses nains coulés dans le bronze présentent une évidente agressivité sexuelle…
M.L. Chaque nain coûte 1 million d’euros, tout de même !
On est heureusement surpris de trouver, parmi ces personnages, de remarquables artistes : le chinois Zang Huan, qui se fit connaître comme performer, lui aussi, produit des œuvres à base de cendres étonnantes.
D.G. Zang Huan, en effet, incarne la réussite d’un talent indéniable. La Chine est une pépinière de talents. Quelques-uns des artistes les plus cotés dans le monde sont chinois : Yue Minjun, Zhang Xiaogang, Cai Guo-Qiang…
La Chine alimentera longtemps encore le marché…
M.L. La Chine et la totalité du globe. Aux grands acheteurs, il faut des trophées de l’art contemporain. C’est une chasse toujours ouverte.[/access]
*Photo: Vincent Yu/AP/SIPA.AP21392082_000007
Name-dropping n°5
Fabrice Gaignault : On a failli ne pas s’en rendre compte. Nous étions parti quelques jours fin de la terre, face à la mer ; entouré de livres à lire, d’autres à écrire. Ça nous est tombé dessus en passant sur Causeur.fr. Alain Paucard, qui écrit bien et pense mal, ou l’inverse, a éreinté Vies et mort de Vince Taylor (Fayard), beau livre que Fabrice Gaignault a consacré au chanteur de « Brand New Cadillac ». On ne comprend pas trop ce que Paucard reproche à Gaignault, hormis l’absence d’une bibliographie et d’une discographie. Peut-être d’avoir rédigé l’ouvrage que lui, Alain, aurait aimé écrire ? Avec Vince Taylor, Gaignault ajoute un chapitre à ses mythologies, après Égéries sixties et Aspen Terminus – où il sondait le cœur et les reins de la charmante Claudine Longet, accusée d’avoir refroidi son mari. Gaignault n’est jamais aussi bon que dans ces textes mêlant récit, enquête en costume sur mesure et flânerie intime. Ultime touche d’élégance : Gaignault a lu les écrivains rares, donc précieux. La réédition de son Dictionnaire de littérature à l’usage des snobs (Le Mot et le Reste) nous enchante. On y croise grands cramés, héroïnes et dandys des lettres. Au milieu de notices sur Albert Cossery, Henry Jean-Marie Levet, Dorothy Parker, Guy Dupré, Sunsiaré de Larcône, Frédéric Berthet ou encore Jean-Jacques Schuhl, cette réponse d’Edna Ferber au dramaturge Noel Coward l’apostrophant « Edna, vous ressemblez presque à un homme » : « Vous aussi, Noel. »
Anne Berest: (En photo d’illustration) Nous nous étions promis de parler d’Anne Berest. Pas seulement parce qu’elle est née en 1979, année de naissance des plus jolies apparitions. On pense à une brune demoiselle que notre ami Cornelius surnomme « La grande fille », clin d’oeil à un roman de Félicien Marceau. Mais Anne Berest a tout pour nous plaire. Ses deux premiers romans – La fille de son père et Les patriarches – étaient des réussites. Elle avait également adapté, pour le théâtre et Edouard Baer, Pedigree de Patrick Modiano. Elle a surtout suivi, telle une flâneuse sentimentale, les pas de Françoise Sagan. Sagan 54, paru au printemps chez Stock, mêle la vie de Françoise au moment de la parution de Bonjour tristesse et les éclats d’âme d’Anne Berest partie à la recherche du « charmant petit monstre ». La tête ailleurs, nous allions oublier de saluer les qualités de son texte : liberté, légèreté et volupté. C’était avant de lire, la gorge serrée, une touchante nouvelle, titrée « Ma tante Zelda » qu’elle a offerte à Madame Figaro. Une phrase, au hasard : « Nous sommes entrées dans une chambre sous les toits, comme un nid aux couleurs de champagne et aux murs dorés. »Il est recommandé, en août, de glisser dans vos bagages Sagan 54 et, tel le plus chic des marque-pages, les feuilles volantes de « Ma tante Zelda ».
Laurent de Sutter: Depuis son premier livre, Pornostars – Fragments d’une métaphysique du X, on a plaisir à lire Laurent de Sutter. C’est un philosophe pop, belge et dandy ; « sachant écrire », aurait précisé le Général de Gaulle. Il peut évoquer avec la même délicatesse Deleuze, les films de Jean Eustache, son indifférence à la politique ou les plus belles scènes des hardeuses Zara White, Mélanie Coste ou Sasha Grey. Ce n’est pas rien. De Sutter a jadis été publié par notre ami Roland Jaccard, dont il a pris la suite, aux PUF, à la tête de la collection « Perspectives critiques ». Métaphysique de la putain est au catalogue de Léo Scheer, maison élégamment tenue par Angie David. De Sutter, on le voit, a l’art de choisir ses éditeurs. Il a l’art, surtout, de signer des textes de haute tenue. La première et la dernière variations, deux balades bukowskiennes, de sa déclaration d’amour aux prostituées, « les actrices de la vérité », sont d’une classe folle. Entre les deux – d’une évocation de Godard à Joyce en passant par les BD de Chester Brown ou Crepax – , on se régale tout autant. De Sutter s’intéresserait aujourd’hui à l’actrice et playmate, au destin tragique, Anna Nicole Smith. Il nous tarde de le lire sur le sujet.
Claudia Cardinale: L’été est la saison de la dolce vita, que nous pouvons également nommer Dolce Claudia, pour reprendre le titre de l’album édité par les éditions Contrejour, dirigées avec style par Isabelle et Claude Nori. Thomas Morales en a déjà parlé, ici, avec talent. Il nous tarde, d’ailleurs, de lire les Lectures vagabondes de Morales : son plaisir en littérature. Ce sera en octobre. En attendant, on admire Claudia Cardinale, alors inconnue, shootée sous tous ses angles beaux par un photographe tout aussi inconnu. Elle a le naturel au galop, à la caresse. Les photographies dormaient loin de nous. C’était un crime contre la grâce, qu’Isabelle et Claude Nori ont réparé. Pour achever de nous enchanter, le crooner balnéaire Frédéric Schiffter joint ses mots aux photos de Claudia, signant un poétique « Éloge de la starlette ». Sur la plage, on se perdra dans les pages de Dolce Claudia et on lira, de Schiffter, Petite philosophie du surf, que réédite Atlantica. En attendant de découvrir, en septembre, son Dictionnaire chic de philosophie, préfacé par Frédéric Beigbeder qui, lui, publiera un nouveau roman, Oona & Salinger (Grasset), dont nous reparlerons, ici ou ailleurs.
*Photo: GINIES/SIPA.00684237_000006
Les spéculateurs ne font pas la loi!
Commissaire-priseur, Pierre Mothes est directeur du développement chez Sotheby’s à Paris
Causeur. En quelques décennies, la France, jadis une place forte de l’art, semble être devenue un nain artistique. Est-ce vraiment le cas ?
Pierre Mothes. Si on évalue la situation de l’art à celle du marché de l’art, il ne faut pas exagérer l’effacement de la France. Il faut rappeler que, jusqu’au début des années 1960, le marché français dominait en matière de ventes aux enchères et que, aujourd’hui, nous restons un centre important puisque nous sommes au quatrième rang, avec une part de 6% en 2013, les États-Unis faisant la course en tête ex-aequo avec la Chine (33% du total des ventes), suivis par le Royaume-Uni à 17%. Le marché de l’art suit la hiérarchie des économies dominantes. On a vu l’apparition de New York comme centre de l’art moderne à partir des années 1940. On observe aujourd’hui, de la même façon, un glissement vers l’Asie du Sud-Est.
Mais même en comparaison avec des pays de niveau économique équivalent, comme l’Allemagne et la Grande-Bretagne, la France semble très en retrait en matière d’art contemporain. Est-ce exact ?
Tout d’abord, il faut dissocier le secteur des galeries et des marchands et celui des enchères. Ensuite, Berlin est un cas exceptionnel : nombre de jeunes artistes en devenir, européens et internationaux, s’y retrouvent essentiellement grâce aux prix de l’immobilier, très attractifs, permettant la location d’ateliers confortables et de grands espaces d’exposition. « Ville pauvre, mais sexy », selon les propos mêmes de son maire, Klaus Kowereit, Berlin héberge plus de 20 000 artistes plasticiens, dont 6000 sont représentés dans des galeries.
Si Paris ne peut rivaliser sur ce point, il n’en demeure pas moins que, en termes de marché, elle défend bien sa place dans le domaine de l’art contemporain. Ainsi pour les ventes d’art « d’après-guerre et contemporain », Londres a subi une baisse de 12% en 2013 par rapport à l’année précédente tandis que la France − partant, il est vrai d’un seuil plus bas − a augmenté le volume de ses ventes de 21%.
En France, les institutions semblent consacrer des artistes ne touchant aucun public et n’intéressant pas les collectionneurs. N’y a-t-il pas un problème ?[access capability= »lire_inedits »]
Ce n’est pas mon avis. Je trouve la politique du Centre Pompidou, ou du Musée d’art moderne, pour ne citer qu’eux, assez sélective et bien pensée. L’exposition Bertrand Lavier au Centre Pompidou, par exemple, permettait de redécouvrir un artiste important, soutenu par des collectionneurs exigeants, comme Marcel Brient ; on peut aussi Adel Abdessemed et de son exposition « Je suis innocent », toujours au Centre Pompidou. Même Versailles s’est mis à l’art contemporain depuis plusieurs années, et le succès d’un artiste international comme Giuseppe Penone a été particulièrement réjouissant à cet égard.
Dans le fond, y a-t-il encore un art significatif en France, ou vit-on sur des acquis ?
Il y a une nouvelle scène artistique en France, et le travail mené par les galeristes avec les artistes porte ses fruits. Prenons l’exemple d’un galeriste emblématique comme Kamel Mennour : deux de ses « protégés » ont remporté, pour l’une, le Lion d’argent à la Biennale de Venise en 2013 (Camille Henrot), et le prix Marcel-Duchamp en 2013 (Latifa Echakch).
Nathalie Obadia met, elle, toute son énergie et son enthousiasme au service de la jeune création, faisant ainsi succéder entre les murs de sa galerie les photographies de Valérie Belin à celles si polémiques d’Andres Serrano. Clairement, aujourd’hui, il y a un effort des institutions et des marchands pour redynamiser la scène parisienne. Citons les efforts de la Fondation Ricard, de l’espace culturel Louis-Vuitton, sans oublier évidemment la place prépondérante prise par la FIAC dans le concert des foires internationales.
Mais ces courants ne sont-ils pas pénalisés par l’obligation de paraître « subversif » ?
On peut attirer les médias avec de la provocation au début, et il existe sans doute un certain art contemporain ludique, influencé par le côté transgressif. Mais la provocation n’est pas une garantie de durer dans un marché de l’art extrêmement exigeant où le travail de l’artiste prime. Jeff Koons était déjà un artiste connu même si son mariage avec la Cicciolina a renforcé son aura. Mais le cas le plus frappant est bien sûr Gerhard Richter, le plus cher des artistes vivants en vente publique, qui fait par ailleurs preuve d’une très grande discrétion.
La programmation des institutions influence-t-elle la cote des artistes ?
Oui, on voit très bien l’influence qu’elles ont pu avoir pour un artiste comme Pierre Soulages. Il est en effet entré très tôt, dès les années 1950, dans les collections publiques françaises mais aussi américaines, au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, mais aussi au Guggenheim et au MOMA à New York. Plus récemment, sa cote s’est encore clairement affirmée après la rétrospective du Centre Pompidou pour ses 90 ans, en octobre 2009. Enfin, l’ouverture récente du musée qui lui est consacré, à Rodez, vient confirmer l’immense succès de l’un des plus grands artistes français vivants.
Les collectionneurs privés en France diffèrent-ils de ceux d’autres grands pays, dans leur mentalité et leurs moyens ? On entend parfois dire qu’ils sont influencés par les choix des réseaux publics. Qu’en pensez-vous ?
Non, les collectionneurs français voyagent et se rendent dans les grandes foires internationales pour former leur goût. Évidemment, on peut dire que les institutions influencent les goûts par la programmation de grandes expositions, la mise en valeur de certains artistes. Il y a des effets d’imitation, de mode. Ceci étant dit, ne sous-estimons pas leur autonomie : in fine, je crois que le marché est libre.
On entend beaucoup, en France, le lamento des collectionneurs, variante du lamento des riches : on ne les aime pas, la fiscalité leur tombe dessus, beaucoup d’œuvres quittent le territoire… La fiscalité est-elle horrible pour eux ?
Jusque-là, les pouvoirs publics ont toujours voulu préserver le marché de l’art, d’où leur exonération de l’ISF. En même temps, la réapparition régulière de ce débat inquiète les collectionneurs et fragilise le marché. Mais ce n’est pas la seule question. L’idée de la hausse de la TVA à l’importation (un taux de TVA affectant des œuvres importées en dehors de l’UE) dont il était question à un moment donné, aurait pu pousser les collectionneurs à privilégier d’autres pays que la France. Il faut savoir que, contrairement à l’économie en général, en matière d’art, ce qui est bon pour un pays, c’est d’être importateur, pas exportateur. Aussi le maintien d’un taux de TVA de 5,5 % à l’importation est-il une excellente nouvelle pour la place de la France.
N’oublions pas non plus le mécénat, renforcé en France par la loi d’août 2003, portée par Jean-Jacques Aillagon, qui a eu un impact direct sur la jeune création.
Observe-t-on une fuite des collectionneurs aujourd’hui ?
On observe un certain « déplacement » des Français les plus fortunés en général, donc automatiquement de certains collectionneurs. Pour des raisons fiscales, un certain nombre d’entre eux vivent aujourd’hui dans les pays limitrophes, notamment à Bruxelles, où beaucoup de galeries françaises les ont suivis.
Les œuvres d’art peuvent-elles être de purs investissements ?
C’est l’éternelle question. J’ai tendance à répondre non. Il y a peut-être des collectionneurs pour qui c’est le cas. Mais je ne crois pas que l’on puisse uniquement acheter dans le but de revendre et de réaliser un profit. Les gens qui font des plus-values sont aussi des gens qui comprennent les artistes et qui connaissent bien les œuvres. Certes, on peut se faire conseiller, mais il faut acheter ce que l’on aime.[/access]
*Photo: CONTRE JOUR/SIPA.00647920_000011
Requiem pour la collection Gore
« Gore » est un mot américain qui signifie « sang coagulé » et désigne par extension tout ce qui est « sanglant » ou « ensanglanté ». Au début des années 60, un cinéaste –Hershell Gordon Lewis- et son producteur David F.Friedman vont lancer le genre sur les écrans avec le mythique Blood feast. Tandis qu’ils se consacraient jusqu’alors aux « nudies » (films d’exploitation où la nudité servait à appâter le chaland), ils vont avoir recours à des litres d’hémoglobine pour pimenter des histoires horrifiques et attirer à eux les amateurs de sensations fortes. Des films de zombies de Romero aux films de cannibales italiens en passant par les premiers forfaits de Peter Jackson (Bad taste, Brain dead) ; ce genre cinématographique à part entière, où l’horreur pure et le second degré font souvent bon ménage, va connaitre une florissante destinée au cinéma.
Mais Gore est également le nom d’une mythique collection lancée par les célèbres éditions Fleuve Noir au milieu des années 80 par Daniel Riche. Pendant cinq ans (de 1985 à 1990), 118 romans aux couvertures sanglantes et agressives à souhait vont faire leur apparition dans les kiosques des halls de gare et sur les étals des supermarchés. Passionné par cette collection depuis toujours, David Didelot (qui publie par ailleurs le célèbre fanzine Vidéotopsie) consacre aujourd’hui un ouvrage remarquable à cette aventure éditoriale singulière.
Gore, dissection d’une collection est le résultat d’un véritable travail de bénédictin. Didelot et son équipe entreprennent de revenir sur les précurseurs du genre en inscrivant le « gore » dans une véritable tradition littéraire (les glorieux ancêtres comme Sade et Lautréamont) qui s’est ensuite épanouie dans le cadre du roman populaire (superbe texte de Gérard Lauve sur la littérature « de gare » sensationnaliste héritière du Grand-Guignol et de la presse illustrée avide de faits divers). Puis il nous offre un catalogue exhaustif de tous les romans de la collection avec une présentation précise des auteurs, un résumé critique des ouvrages et de nombreux entretiens avec les écrivains ayant trempé leur plume dans le sang (Jean-Pierre Andrevon, François Darnaudet, Joël Houssin, Charles Nécrorian…).
Après avoir consacré un chapitre aux illustrateurs des couvertures (outre l’incontournable Dugévoy, il convient de citer l’immense Roland Topor dont les illustrations pour la collection restent controversées par les amateurs) et un autre aux liens unissant ces livres au cinéma ; Didelot se penche sur les collections littéraires s’inscrivant dans ce même sillon de l’horreur sanglante (que ce soit l’éphémère collection Maniac lancée par Daniel Riche, « le Marcel Duhamel du gore », appuyé par Patrick Siry lorsqu’il quitte le Fleuve noir en 1988 ou la toute nouvelle collection Trash).
Que retenir de cet ouvrage remarquable et richement illustré ? Tout d’abord les liens indissociables de cette collection avec le cinéma. Ce n’est sans doute pas un hasard si le premier titre publié, La nuit des morts-vivants, fut une « novélisation » du scénario écrit par John Russo pour Romero. De la même manière, trois films de HG.Lewis seront adaptés pour devenir des romans. Parfois, c’est l’inverse qui se produit et certains romans traduits pour la collection « Gore » donnèrent naissance à des films, le plus célèbre restant Hurlements de Gary Brandner adapté au cinéma par Joe Dante.
Ensuite, que la collection « Gore » fut un véritable terrain d’expérimentations pour des auteurs chevronnés du roman populaire. La plupart avaient d’ailleurs déjà écrit pour le Fleuve Noir et ajoutaient une corde à leur arc en se livrant à ces exactions sanglantes. Citons les plus célèbres : Jean-Pierre Andrevon, GJ.Arnaud, André Caroff, Corsélien (sous ce pseudonyme se cachait le regretté Pascal Marignac qui signa également ses polars musclés sous le nom de Kââ), Michel Honaker, Pierre Pelot, François Sarkel et l’incontournable Nécrorian (alias Jean Mazarin ou Emmanuel Errer) qui semble avoir signé quelques fleurons de la collection…
À travers tous ces récits courts et sans fioriture, n’hésitant pas à se vautrer dans les tréfonds de l’abjection (le cocktail sexe et sang) ou allant arpenter les chemins plus classiques du fantastique et de la science-fiction pimentés par quelques crimes bien atroces, se dessine le panorama d’une littérature populaire méprisée par la plupart des intellectuels mais qui séduit désormais par sa virulence, son goût de la provocation, son caractère parfois subversif et résolument étranger à toute bienséance.
Daniel Riche et sa collection permirent également la découverte de nombreux auteurs anglo-saxons aujourd’hui considérés comme des maîtres du genre (Hutson, Ray Garton, Richard Laymon, Daniel Walther, etc.) en dépit de certaines adaptations contestables, les romans ayant été amputés pour devenir conformes au format de la collection (ouvrages courts ne dépassant que rarement les 150 pages).
Un dernier mot pour souligner que ce livre ne s’adresse pas uniquement aux spécialistes du genre (qui, de leur côté, seront comblés). Pour ma part, je suis un parfait néophyte n’ayant jamais ouvert un roman de la collection Gore (je compte remédier à ça très vite) mais l’ouvrage est à la fois très accessible et porté par une passion communicative. David Didelot mérite donc un grand coup de chapeau pour ce coup de projecteur sur une parcelle d’un continent enfoui et malheureusement trop méconnu qu’on nommera, faute de mieux, la « littérature de gare »…
David Didelot. Gore : dissection d’une collection (2014). Editions Artus Films.

