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Le Premier ministre doit-il voyager low-cost?

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On pourrait dire que Manuel Valls l’a bien cherché, qu’il s’est pris les pieds dans le tapis de l’éthique à deux balles qu’il brandit généralement contre ses adversaires, bref que la sotte polémique provoquée par son voyage à Berlin est un juste retour des choses. Mais outre le fait qu’il serait peu chrétien de vouloir la mort du pécheur, cette affaire me fait honte. Quel scandale en effet, que cet aller-retour en Falcon pour aller voir un match de foot ! La République serait à 20.000 euros près maintenant ? On a un standing à tenir, tout de même, vous auriez voulu quoi, qu’il voyage sur GermanWings ? Qu’il envoie la facture au Qatar ? Entre nous, que Valls préfère un bon match de foot aux débats du PS témoigne plutôt en sa faveur…

Moi, ça ne me choque pas que la France offre deux heures de détente à l’un de ses principaux dirigeants, pour qu’il puisse voir jouer le club de sa ville natale. Ce qui me choque c’est la jubilation de tous les chercheurs de poux dans les têtes, le pharisianisme satisfait de ceux qui haïssent les petits privilèges dont ils sont privés, la joie mauvaise des envieux. Ce qui me choque, c’est que depuis des années, on flatte « l’envie, la jalousie et la haine impuissante », ces passions tristes que Stendhal détestait dans la Révolution française (qu’il aimait par ailleurs) et qu’on fasse croire au peuple que la vertu consiste à toujours regarder dans l’assiette du voisin pour vérifier qu’elle est aussi vide que la sienne. Ce qui me choque, c’est que l’on érige la mesquinerie en valeur morale. Ce qui me choque, c’est que nous acceptions tous de devenir le flic de notre frère – au nom de l’immaculée transparence. Ce qui me choque, c’est que personne n’ait trouvé pitoyable que l’on ait amusé le bon peuple en édictant dès 2012 une « charte de déontologie » gouvernementale (et on leur a aussi interdit de regarder les filles, à nos ministres ?) Ce qui me choque, c’est que le Premier ministre de la France réponde aux inquisiteurs au lieu de les envoyer sur les roses.

Alors bien sûr, Manuel Valls n’aurait pas dû faire subir à ses adversaires les tourments qu’on lui inflige aujourd’hui, par exemple  en hurlant au scandale pour un déplacement de Nicolas Sarkozy au Havre payé 3200 euros par les militants UMP. Moi, comme contribuable, ce que j’aimerais, c’est qu’on arrête de dépenser mon argent pour abêtir les enfants, cracher sur notre histoire ou traquer les dérapages langagiers. Mais pour le voyage à Berlin, si ça fait du bien au Premier ministre, je suis pour. Et si ça lui fait plaisir, je lui offre en prime le maillot du Barça. Avec l’argent du contribuable.

*Photo: JEFFROY GUY/SIPA. 00710660_000006.

Ecole : réforme partout, réussite nulle part

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ecole meirieu chatel vallaud

France, ton école fout l’camp ! C’est ce que dirait la du Barry, si elle s’occupait de l’Éducation nationale d’aujourd’hui au lieu de veiller au café de Louis XV. Et personne ne la contredirait : sur le diagnostic, tout le monde est d’accord. L’illettrisme est en progression constante, les performances en maths, on l’a appris récemment, se sont effondrées, le bac ne vaut plus rien. Quant à l’enseignement de l’histoire, dont chaque Français se croit spécialiste, c’est un champ clos où s’affrontent les nationalistes – royalistes spécialistes du métro (Lorànt Deutsch) ou commerçants de l’épopée napoléonienne (Dimitri Casali) –, et les internationalistes adeptes de l’histoire globale et de la culpabilisation mémorielle – ils sont légion.

Encore les tournois avaient-ils des règles. Mais les luttes en champ clos se doublent de conflits cyclopéens entre les « pédagos » et les « républicains », où tous les coups sont permis. Comme dans l’Iliade, on s’insulte avant d’en découdre (« Enfant de Meirieu ! », « Sale élitiste ! »), et le sang coule.

C’est que si l’état des lieux est l’objet d’un consensus, les causes et les remèdes sont diversement analysés. Il suffit qu’un ministre peu au fait de la tâche qu’on lui a confiée (Najat Vallaud-Belkacem, par exemple) se laisse manipuler par les chevaux de retour du pédagogisme, qui ont infiltré depuis des lustres deux ou trois syndicats (le SGEN et le SE-UNSA, godillots du ministre, mais aussi certains secteurs du SNUI-PP), des organisations de parents (la FCPE), l’Inspection générale et les couloirs de la Rue de Grenelle, pour que germe une réforme du collège et des programmes qui a jeté des milliers d’enseignants dans la rue le 19 mai, et qui, à en croire Julien Dray, qui s’en est ouvert à François Hollande, pourrait mobiliser un million de manifestants à la rentrée. Pari tenu.[access capability= »lire_inedits »]

Qu’une réforme soit nécessaire, tout le monde en convient. Les différences de réussite entre « héritiers » (collégiens « initiés » par leurs parents aux bonnes filières, au beau langage, mis en orbite dès la sixième vers les classes prépas) et déshérités – non seulement les enfants des banlieues, mais de toute cette France ignorée des « élites parisiennes » (un pléonasme, à les entendre) que Christophe Guilluy a joliment baptisée « France périphérique » – sont devenues insupportables. En quarante ans, les grandes écoles sont passées de 14 % d’élèves issus des couches populaires à moins de 4 % – ça, ce sont les faits.

Le mal vient de plus loin, dirait Racine. Vers la fin des années 1950, des pédagogues réformateurs américains, inspirés par un rousseauisme impénitent et animés des meilleures intentions, se sont souciés d’instaurer dans l’enseignement des rapports « plus humains » – en abolissant la relation verticale du maître à l’élève, en mettant en avant les qualités supposées de ce dernier, bref, en fabriquant quelques dizaines de millions de petits Émile des grandes plaines. L’expérience, un temps confinée aux États-Unis, s’est étendue dans le monde à la faveur de l’agitation idéologique des années 1960. Le constructivisme (l’enfant construit ses propres savoirs, au lieu de recevoir passivement un enseignement ex cathedra – le ministre m’excusera de parler latin, j’ai été très mal élevé, en atmosphère confinée et élitiste) a contaminé d’abord le domaine anglo-saxon (l’Angleterre et le Canada ont payé un lourd tribut à ces simagrées angéliques), puis l’ensemble de l’Europe.

En France, les gentils JOC (Jeunesses ouvrières chrétiennes), dont est issu Philippe Meirieu, pape du constructivisme à la française, ont trouvé un nouvel évangile dans ce rousseauisme de bazar : ainsi le pédagogue a-t-il pour mission d’aider son disciple à voir la lumière en lui-même.

Dans le vocabulaire abscons qui permet aux initiés de la nouvelle foi de se reconnaître entre eux, on ne parle pas de « disciple », mais « d’apprenant ». Les programmes d’avril 2015 sont lourdement lestés de cette phraséologie de secte : « milieu aquatique profond standardisé » pour dire « piscine », et « traverser l’eau en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête » pour « nager ». Certains ont osé rire de cet insoutenable jargon, à la fureur du SNEP-FSU, syndicat majoritaire chez les professeurs d’éducation physique et sportive (le « prof d’EPS » a depuis belle lurette remplacé le « prof de gym » du grand Duduche), qui a vu dans ces moqueries « une forme de condescendance et d’ignorance bienséante lorsqu’il s’agit de sport à l’école », ajoutant, à l’adresse des « pseudo-z’intellectuels », comme dirait le ministre Najat Vallaud-Belkacem : « Un enseignement se préoccupant du corps (donc considéré comme de bas niveau intellectuel ?) devrait donc forcément s’écrire dans un langage trivial et non se théoriser ? » Ils ont raison, pourquoi parlerait-on de ballon quand on peut dire « référentiel bondissant » ?

Cette novlangue pédago (dont aucun prof concret ne fait usage) n’est pas seulement grotesque – ou anecdotique : elle correspond au cauchemar de la Lingua Tertii Imperi de Viktor Klemperer. Le pédagogisme est un totalitarisme. Un totalitarisme gentil et compassionnel.

Il pratique l’entrisme que les groupuscules gauchistes avaient érigé en l’un des beaux-arts. Seul un travail souterrain peut expliquer que des individus par ailleurs éclairés (Giscard d’Estaing ou René Haby) se soient laissé convaincre par le « collège unique » – désormais présenté comme un prérequis. Il fallait avancer masqué pour persuader François Fillon de décréter le « socle commun de connaissances » en 2004 – un socle qui réduit les connaissances obligatoires à un seuil extraordinairement bas. Réflexe de prof d’EPS : pour que tout le monde réussisse, on ne cesse de baisser la barre. Et 88 % des élèves de terminale réussissent le bac.

Au passage, le pouvoir des pédagos fut assez fort pour inspirer à Chevènement, qui l’a bien regretté depuis, la formule creuse des « 80 % d’une classe d’âge au bac ». Dans un pays où le baccalauréat est le premier diplôme universitaire (une exclusivité française : partout ailleurs, un diplôme de fin d’études clôt la scolarité secondaire), cela a permis d’envoyer en fac et au casse-pipe des générations de néobacheliers qui sont allées se fracasser sur le niveau, pourtant peu exigeant, des études supérieures. En moyenne, 50 % d’entre eux passent le cap de la première année – un pourcentage qui se réduit à 2 % pour les bacs professionnels, dont on a fait digérer à ce même Chevènement l’alignement sur les bacs généraux.

Ça a donc débuté comme ça, dirait Céline. Et sur cette base branlante, mais réputée incontournable, on a déroulé les conséquences. On a modifié les méthodes d’apprentissage de la lecture – parce que, d’après nos modernes Jean-Jacques, la méthode alpha-syllabique est une méthode de « classe », favorisant ceux qui disposent par héritage familial d’un sac de vocabulaire plus gros que celui des autres – ceux que le regroupement familial avait fait entrer en France en même temps que l’on décrétait le collège unique, combinaison létale s’il en fut jamais. On a tenté d’imposer les maths modernes – afin que les salauds de parents qui avaient fait des études ne puissent pas aider leurs rejetons pour les cours du soir. On a dénaturé l’étude du français, en transposant en CP tout un vocabulaire hérité de la linguistique moderne, qui faisait sens à bac + 5, mais qui imposait une rééducation des apprentissages basiques en primaire ou au collège. D’ailleurs, la grammaire n’a plus été enseignée systématiquement, mais de façon aléatoire – afin de favoriser le ludique.

Bien entendu, le facteur économique est déterminant en dernière instance, dirait Marx. Les libertaires qui conféraient au dégraissage brutal l’onction des nouvelles pédagogies ont été reçus comme des messies par les néolibéraux. En effet, toute heure économisée se traduit par des postes en moins – et dans une administration qui compte 850 000 enseignants, la tentation était forte. On a ainsi supprimé, en vingt-cinq ans, 500 heures de français – en postulant que du français, on en fait dans toutes les matières, et que l’on peut considérer qu’une heure de maths, c’est un quart d’heure de français. En additionnant ainsi des fractions d’emploi du temps, on est passé de 6 heures de français (années 1970-1980) à 4 aujourd’hui. Un élève d’aujourd’hui aura suivi à l’entrée de la seconde le nombre d’heures de français d’un élève qui entrait en quatrième il y a trente ou quarante ans – quand Valls ou Vallaud-Belkacem étaient collégiens, aussi privent-ils les générations suivantes de l’enseignement qui leur a permis de réussir. En primaire, le passage à la semaine de quatre jours et demi n’obéit pas à une autre logique – les chronobiologistes et autres disciples de Piaget étant intervenus pour que l’innovation se limite à la pratique du macramé.
L’argent, nerf de la guerre, comme disaient Thomas More et Rabelais. En étalant les difficultés (les quatre opérations, autrefois étudiées et maîtrisées dès le CP, sont à présent apprises jusqu’en CM2), on a supprimé l’une des causes de redoublement, avant de le supprimer dans les faits et sur ordre : un redoublant, c’est, selon les niveaux, entre 6 000 et 14 000 euros par an. Bien entendu, le fait que la Rue de Grenelle, depuis vingt ans, commence et finisse à Bercy, a été pieusement recouvert d’un voile pédagogique (ne pas décourager, un redoublant précoce est un enfant mis en échec, bla-bla-bla).

La réforme de Najat Vallaud-Belkacem découle de cette source empoisonnée. Elle utilise les mêmes arguments pédagogiques au service des mêmes intérêts économiques. D’où le soutien initial de Luc Chatel, auquel elle a emprunté les méthodes calamiteuses de sa réforme du lycée. Droite et gauche ont fait le même sale boulot. S’il est bien un domaine où le slogan « UMPS » fait sens, c’est à l’Éducation nationale.

Le problème, c’est que l’Éducation n’est ni de droite ni de gauche. La réussite des « apprenants » est un bien commun et leur échec une faillite commune. La méritocratie, l’élitisme républicain (des mots honnis par nos pédago-libéraux) n’ont pas de couleur politique – pas d’autre couleur que celles du peuple de France, que l’on tente d’amuser avec des réformes de surface (commencer une langue en cinquième, étudier le latin dans un cadre interdisciplinaire où l’on n’apprendra plus rosa-rosa-rosam, mais à jouer à Gladiator). La seule vraie réussite consisterait à pousser chacun au plus haut de ses capacités, ce qui impliquerait de reprendre à la base l’apprentissage de la langue et de la culture françaises. Le refus actuel de la transmission des savoirs, le « respect » érigé en principe de discussion, l’idée que l’enfant est naturellement moins sauvage que le tigre et n’ait aucun besoin d’être « institué », le recours au fétiche informatique comme si une technique était une science, sont autant d’indices inquiétants d’une perte d’identité, de la tentation communautaire, et de l’enfermement des ghettos sur eux-mêmes. La réforme Valls/Vallaud-Belkacem est le coup de pied de l’âne – ou des ânes. Il faudra tout reprendre à zéro, en commençant par éliminer les responsables qui ont vieilli dans leurs certitudes, et qui, observant comme tout le monde que l’École allait dans le mur, ont convaincu le ministre qu’il fallait y aller plus vite encore. « Eh bien, continuons », comme dit un personnage de Sartre jeté en enfer. Et juste après : rideau.[/access]

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*Photo : Pixabay.

Dialoguer avec Poutine

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vladimir poutine russie ukraine

Vladimir Poutine n’est pas un démocrate, et un certain nombre de journalistes russes ont payé de leur vie cette vérité. C’est un homme capable de cynisme, jouant de la brutalité comme du populisme, et dénué d’empathie, à l’image de Sergueï Lavrov, son formidable ministre des Affaires étrangères. Vladimir Poutine est un homme dangereux, très loin de l’image de l’ancien officier du KGB au front bas que l’on nous sort à toute occasion ; un joueur d’échecs doublé d’un judoka, c’est-à-dire un redoutable tacticien, et un opportuniste déterminé. Le dirigeant du plus vaste pays du monde, qui n’hésite pas à passer à l’acte quand il le juge opportun.

Toutes ces évidences devraient nous pousser à chercher à comprendre les racines de la crise en Ukraine. Parce qu’il s’agit d’une crise grave, une crise devenue une guerre aux portes de l’Europe, une guerre tectonique, et qu’on ne peut faire face à un danger tectonique à l’aide d’idées reçues, de préjugés au rabais, ou de peur refoulée.

L’’attitude occidentale face à la Russie dans la crise ukrainienne manifeste un mélange de peur refoulée et de sidération.  La détestation unanime de Poutine, le rejet de sa personne comme de la moindre de ses décisions, surgissent de la peur qu’il nous inspire, peur que nous ne lui pardonnons pas. Parce que la Russie, qui reste, bien qu’on ait voulu l’oublier, une grande puissance militaire, passe à l’acte. Pas au loin, en Asie centrale ou en Afrique, mais tout près, en Géorgie en 2008, en Crimée puis dans le Donbass en 2014, et demain… Et cela nous sidère, nous qui avions prévu de ne plus connaître le danger, la menace, la brutalité des armes, la violence du monde. Nous l’avions prévu, nous faisions depuis si longtemps comme si la guerre, la vraie, celle qui peut nous atteindre, n’existait plus, et nous avions pris l’habitude de nous payer de mots puis, quand elle s’approchait, de la contenir dans un enclos de barbarie gardé par des casques bleus, comme pendant la longue guerre en ex-Yougoslavie. Mais la guerre en ex-Yougoslavie n’impliquait sur le terrain aucune grande puissance militaire en tant que telle… Et voilà que ce que nous n’avions pas prévu vient s’inviter à nouveau dans notre histoire.

Nous voilà donc sidérés et apeurés, et nous avons cherché à rejeter cette peur en rejetant en bloc les motivations de ceux (et surtout de celui), qui sont passés à l’acte. La peur n’est pas illégitime, mais elle doit nous servir. À aiguiser notre lucidité, d’abord. Pour comprendre ce qui se passe réellement. Pour ne pas subir le conflit et ses conséquences. Poutine est devenu, dans l’esprit de beaucoup de commentateurs, l’arbre qui cache la forêt. Mais derrière Poutine, c’est la Russie que nous devons percevoir (85% de l’opinion publique russe lui est favorable, selon un sondage de février 2015 auprès des Russes), dans ses sentiments (eh oui, les sentiments ont leur importance en géopolitique), ses raisons et ses intentions. Quels sont-ils ?

En premier lieu, l’attachement viscéral, historique, culturel, à l’Ukraine.  La nation russe s’est construite, dès le 9ème siècle, autour de Kiev, là où les Slaves de l’Est se rassemblent dans un état appelé Rus, autour de leur premier prince. Depuis l’Ukraine (qui signifie « marche ») a toujours été un « vassal naturel » des empires russe et soviétique. Les Russes vivent toute velléité de faire basculer l’Ukraine dans l’Union Européenne, ou, pire, l’OTAN, comme un arrachement et une injure insupportables. On peut contester ce sentiment, mais l’ignorer (ou feindre de l’ignorer) est une erreur et une faute, car il est réel, partagé par la majorité de l’opinion publique russe, bien au-delà de la personne de Poutine.

L’envers de cet attachement est la mémoire de la Seconde guerre mondiale. Les Russes n’ont pas la mémoire courte. Eux n’ont pas oublié de quel côté s’étaient placés beaucoup d’Ukrainiens. Disons-le simplement : du côté nazi. Il y a des raisons historiques à cela (notamment les famines organisées par les pouvoirs soviétiques), et il est exact que la propagande russe a surjoué la présentation des révoltés de Maïdan comme une armée de néo-nazis. Tous ceux qui ont affronté alors les forces de sécurité à Maïdan n’étaient pas des néo-nazis, et de nombreux démocrates ukrainiens ont pris des risques là-bas. Mais les partis néo-nazis ukrainiens, et en particulier « Svoboda » ont joué un rôle moteur et décisif dans la « révolution » de Maïdan. Les médias occidentaux n’ont pas tellement montré leurs brassards dont l’emblème hésite entre l’insigne SS et une svastika relookée… Cela aurait dû  interroger ceux qui voulaient à tout prix que l’Ukraine se précipite vers l’Union européenne, sur la question de savoir si nous sommes vraiment sûrs que la majorité de l’opinion publique ukrainienne partage le cœur de valeurs humanistes censé constituer le fondement moral de cette Union. Rappelons, pour mémoire, que c’est en Ukraine que le nombre de victimes de la « Shoah par balles » est le plus élevé. Près d’un million et demi d’hommes, femmes et enfants qui ont été fusillés et enfouis dans des fosses, partout sous le sol ukrainien, avec le concours de supplétifs ukrainiens, et l’assistance de la population ukrainienne. Or, il n’y a en Ukraine aucun travail de mémoire véritable sur cet épisode de l’histoire assez récente du pays. Ni les autorités, ni l’opinion publique, ne semblent accorder d’importance aux événements monstrueux qui s’y sont déroulés. Le seul monument existant à ce jour du massacre de 34 000 hommes, femmes et enfants en deux jours les 29 et 30 septembre 1941 au ravin de Babi Yar, à la sortie de Kiev, ne mentionne même plus, à ce jour, que ces victimes ont été assassinées pour le seul fait d’être juives.  Les Russes, qui ne sont pas exempts, loin de là, d’antisémitisme actif, n’ont pas oublié qu’ils trouvèrent des Ukrainiens en face d’eux, à Stalingrad et ailleurs, quand ils combattaient les nazis. Nous devons nous aussi retrouver la mémoire pour comprendre ce qu’ont vu les Russes au moment de Maïdan quand ils ont regardé certains brassards ukrainiens.

Ayons aussi à l’esprit l’importance historique et stratégique de la Crimée, dont le référendum d’autodétermination de mars 2014, aboutissant à la réunification avec la Russie, n’est pas reconnu par la communauté internationale. La Crimée a été conquise par la Russie en 1774 sur les Tatars. Si ce n’est pas une terre russe depuis les temps immémoriaux, c’est un symbole d’une l’histoire impériale, renforcée par la farouche résistance soviétique lors du siège de Sébastopol du 30 octobre 1941 au 4 juillet 1942. Et ce d’autant plus que c’est à Yalta, sur la côte sud-est de la Crimée, que Staline partagea le monde avec Roosevelt et Churchill, en février 1945. Sébastopol, par ailleurs, qui abrite la flotte de la mer noire et détermine ainsi l’accès aux mers chaudes par le Bosphore de la Russie, ne peut pas être perdu, ou simplement vulnérabilisé. Tout pays a ses impératifs géostratégiques. Refuser de le comprendre relève de la mauvaise foi, qui n’est efficace en géopolitique qu’à très court terme.

La mémoire du Kosovo et de sa déclaration unilatérale d’indépendance du 17 février 2008, soutenue et préparée par les grands pays européens et les Etats-Unis, et validée par les Nations Unies. Barak Obama a eu beau déclarer que le Kosovo et la Crimée n’ont rien à voir, le fait est… que si. Et les Russes n’ont, encore une fois, ni oublié, ni pardonné. Souvenons-nous de la déclaration de Dmitri Rogozine, représentant de la Russie auprès de l’Otan, qui avait menacé, après la déclaration d’indépendance du Kosovo et sa reconnaissance par plusieurs pays européens : « Si aujourd’hui l’Union européenne adopte une position unie (sur la reconnaissance du Kosovo) ou si l’Otan dépasse son mandat au Kosovo, ces organisations vont défier l’Onu et nous allons alors, nous aussi, partir du fait que nous devons utiliser une force brutale qu’on appelle une force armée, pour qu’on nous respecte ».

Il faut ajouter ensuite la cohérence à la lucidité. Et les commentateurs occidentaux ont pêché par incohérence sur l’affaire de la Crimée. Viktor Ianoukovitch n’est plus le président légitime, avait-on dit. Fort bien, pourquoi pas, l’homme était une caricature d’autocrate corrompu et répressif. Mais il était le dirigeant légitime, du point de vue constitutionnel, de l’Ukraine. On pouvait choisir de dire que la constitutionnalité n’était plus la source essentielle, au regard des évènements, de la légitimité en Ukraine. Mais alors, elle ne l’était plus non plus en Crimée, partie de l’Ukraine, et l’on ne pouvait y refuser à sa population en majorité russophone le référendum sur le rattachement à la Russie, au seul prétexte qu’il était inconstitutionnel. C’était tout simplement incohérent. Par ailleurs, la majorité de nos intellectuels et commentateurs des affaires du monde soutiennent, depuis des décennies, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.  Alors pourquoi pas en Crimée ? En vérité, nous ne nous sommes plus souciés de cohérence, parce que la détestation de Poutine, qui nous fait peur (avec juste raison) nous pousse à chercher, inconsciemment à le « faire disparaître » en rejetant tout ce qui apparaît comme venant de sa décision. Mais les Russes, eux, sont cohérents, et Poutine ne va pas disparaître rapidement.

Il restait enfin, s’agissant des décideurs politiques français, à être conséquents. Après de longues hésitations où l’on a visiblement espéré pouvoir ménager la chèvre et le chou, il faut reconnaître que cela a été, à minima, fait. Plus question, quel qu’en soit le coût financier et social, d’honorer l’accord franco-russe signé en 2011 (après l’invasion russe de la Géorgie…), prévoyant la vente à la Russie de deux BPC (bâtiment de projection et de commandement) de la classe Mistral. La vente de ces bâtiments aurait renforcé les capacités de projection de la Russie, et elle impliquait par ailleurs le transfert de certaines technologies militaires sophistiquées… Cela laissera plus à penser aux Russes que nos déclarations, et nos gesticulations aériennes de 2014 en Pologne et dans les pays baltes (envoi de Rafale et de Mirage 2000 pour « patrouiller »). Patrouiller quoi, d’ailleurs ? Qui a pu croire que nous allions engager l’aviation russe pour la Crimée ou l’Ukraine, laquelle n’est pas membre de l’Otan, et donc pas liée à nous par le pacte de défense mutuelle ?

Alors que la situation dans l’est de l’Ukraine, s’aggrave de nouveau, avec des affrontements à l’arme lourde et des dizaines de morts qui désagrègent un peu plus l’accord de cessez-le feu de Minsk, il faut cesser de se payer de mots. Entre la sidération et la gesticulation, il reste une troisième voie : comprendre ce que ressentent, pensent et veulent les Russes sur l’affaire ukrainienne. Y répondre clairement, sans préjugés ni caricature, en leur signifiant que nous comprenons leur position, même si nous la contestons. Leur dire que nous estimons qu’ils sont dangereux, quelles que soient leurs raisons, ce qui ne fait pas d’eux nos ennemis, mais une menace pour aujourd’hui et demain que nous ne pouvons éluder. Ce pourquoi nous sommes déterminés à leur parler, les yeux dans les yeux.

Entrer, au moment même où les armes recommencent à parler sur le terrain et à provoquer des morts, dans un dialogue lucide qui sera difficile, tout en leur démontrant, comme sur l’affaire des « Mistral », que nous sommes, nous aussi, calmement déterminés, cohérents, et conséquents.

*Photo : Alexei Nikolsky/AP/SIPA. AP21736305_000001.

Edwy Plenel bien en cour au Qatar

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L’affaire est d’une telle importance qu’elle mérite d’être annoncée en «une» de Mediapart, dans sa partie en accès libre, par le président fondateur de ce site, Edwy Plenel himself. Sonnez trompettes et battez tambour ! Le dernier opus du patron moustachu, Pour les musulmans, a été traduit en arabe par Abdellatif El-Korchi, professeur d’histoire à Grenoble, et diffusé de l’Atlantique au Golfe persique comme supplément de Al-Doha Magazine, présenté comme une « revue culturelle qatarie ». En fait, cette revue, étroitement contrôlée par les despotes éclairés au gaz au pouvoir à Doha, est la déclinaison pour les intellos arabophones de l’appareil de propagande des Frères musulmans, dont le vaisseau amiral est la chaine d’information télévisée multilingue Al-Jazira. Edwy Plenel ne manque pas d’amis pouvant faire sa promotion auprès des pétromonarques : Tariq Ramadan, le George Clooney du prêche des Frères en terre impie, avec qui il a mis au point un numéro de duettiste fort apprécié dans nos banlieues, et Dominique de Villepin devenu avocat d’affaires, dont le Qatar est le principal client…

Ce dernier, ainsi que tous les anciens diplomates et personnalités politiques fricotant ou ayant fricoté avec les dictatures pétrolières n’ont, bien entendu, jamais eu à subir l’inquisition moraliste du journalisme d’investigation à la mode Plenel… Lorsque le sujet, parfois, est abordé dans les colonnes de Médiapart, c’est pour fustiger les corrompus (pour la plupart des mâles blancs de plus de cinquante ans), et épargner les corrupteurs.

Cette triste fable rappelle un précédent : à la fin du siècle dernier, Fidel Castro fit arrêter, en pleine nuit, les rotatives du quotidien Granma, organe central du Parti communiste cubain, pour qu’il imprime, toutes affaires cessantes, la traduction espagnole d’un pamphlet antiaméricain d’Ignacio Ramonet, directeur du Monde Diplomatique. Qui à parlé d’idiot utile ?

Ecole, islam et histoire de France : considérations très actuelles

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Histoire laïcité école islam

Considérations inconvenantes sur l’Ecole, l’Islam et l’Histoire à l’heure de la mondialisation. Le livre vient de sortir (mai 2015) aux éditions de l’Artilleur. Il est signé Bruno Riondel, enseignant d’Histoire en banlieue parisienne. Et comme son titre l’indique, il est violemment inconvenant — puis qu’il dit la vérité. Et vous vous souvenez : « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté… »

Témoignage sur le vif des obstructions systématiques à la transmission des savoirs sur les quinze dernières années — en gros, de la parution des Territoires perdus de la République, le livre publié sous la direction d’Emmanuel Brenner en 2002, jusqu’à l’immédiat après-Charlie. Afin de bien faire comprendre aux aveugles et à ceux qui préfèrent le rester, à tous ceux qui sont dans le déni, à toutes les administrations qui décident habilement de ne répondre à aucun acte délictueux, qu’il est en train de se passer quelque chose de grave dans ce pays. Que sous prétexte de ne pas stigmatiser des populations qui se croient particulièrement défavorisées, et à qui l’on persiste à faire croire qu’on leur doit un dédommagement pour ce que nos ancêtres ont fait aux leurs (un raisonnement qui permettrait aux « gaulois », comme disent les beurs racistes, de réclamer du fric aux Romains pour ce qu’ils ont fait à Abd-el-Kader-Vercingétorix), il faut tout accepter : attitudes délibérément hostiles ou agressives, affirmations aberrantes sur le complot juif qui a amené le 11 septembre, croyances sidérantes sur la construction des cathédrales par des architectes musulmans (les chrétiens étant trop tartes, c’est bien connu). Et globalement, impossibilité de parler de tout ce qui n’est pas écrit dans le Coran, ou pourrait heurter la sensibilité exquise des petits voyous. Expliquer le Cid par exemple. Corneille était un salopard d’islamophobe, et tant pis si c’est Khomeiny qui a forgé le mot. Le temps n’existe pas pour un vrai croyant, je l’ai expliqué moi-même lors des attentats du Bardo.
Quant à Voltaire, inutile de penser en parler. L’auteur du Fanatisme ou Mahomet (dites Muhammad !) est persona non grata — enfin, pas hallal, quoi… Évitons de parler latin. Cela pourrait fâcher Najat VB.

Tout cela, ce sont des anecdotes — mais il y en a tant de disponibles que l’on finit par se demander s’il y a encore en France des endroits où l’on peut faire cours normalement. Le cœur de l’ouvrage analyse en détail la confusion implicite, chez ces adolescents déboussolés par des prêches qu’il faudrait interdire, et vite, entre le cultuel et le culturel.
Je suis en train d’écrire un livre sur la culture — sur la façon dont l’Europe en particulier et le monde occidental en général se suicident culturellement depuis cinquante ans, par cette subversion du culturel par l’économique qui est au cœur du néo-libéralisme, déconstruction de la culture « bourgeoise » (son péché originel pour certains), par abandon de l’école aux forces du marché, grâce à l’entremise de pseudo-libertaires qui ont cru bien faire, les cons, et finalement par islamo-gauchisme.

La culture, comme le dit assez bien Bruno Riondel, se nourrit de temps – elle a une histoire — et d’un grand principe d’incertitude, tout comme le savoir qui l’élabore peu à peu se construit par approximations et réévaluations. Le cultuel, en face, la foi de façon générale, sont hors temps, et s’appuient sur des certitudes — j’ai expliqué ça juste après les attentats du Bardo. Peu de certitudes d’ailleurs : l’hilote musulman n’est pas demandeur de savoirs complexes. Il veut des idées simples — d’où le succès de l’islamisme chez les ados, qui aspirent à un savoir absolu, et ne comprennent pas que le savoir est très relatif, sans cesse battu en brèche, mécontent de lui, et qu’il se confronte sans cesse à ce qu’il ne connaît pas — l’immensité de ce qu’il ne connaît pas.
Pour le croyant, l’immensité est Dieu, et il est inconnaissable. Ses préceptes servent de savoir — et ils sont en nombre très limité. Les femmes sont des créatures inférieures et dangereuses, on les lapide si elles sont impudiques, et on coupe la main des voleurs. Fin d’analyse. Fin de parcours.
Le catholicisme a opéré ainsi il y a encore cinq cents ans — et il est entré dans le temps, depuis. Le protestantisme militant des groupes évangéliques a décidé d’aller affronter l’islam sur son terrain, avec les mêmes procédés et la même croyance délétère en la prédestination. Dès que vous pensez avoir un destin, à quoi bon essayer de la forger en faisant des études ? Allah ou Jéhovah y pourvoiront.
C’est la solution la plus facile, bien adaptée aux imbéciles, qui sont toujours demandeurs de formules du type « yaka ». Juste de quoi remplir les têtes creuses, abandonnées au vide par des programmes exsangues et peu exigeants (Riondel analyse avec finesse la sélection par exemple de l’histoire de l’esclavage, réduit à la traite négrière occidentale, quand l’essentiel a été opéré par des Musulmans et des Noirs eux-mêmes). De vraie culture, peu de nouvelles : des certitudes suffisent.

Au total, un ouvrage bien documentée, qui offre en annexes quelques documents éloquents — des textes peu cités de Churchill, Levi-Strauss et Renan sur l’islam, des témoignages d’enseignants confrontés au négationnisme d’après-Charlie, un message du Cheikh Imran Hosein, grand prêcheur devant l’Eternel (si je puis dire), sur le nécessaire retour des jeunes Français musulmans en terre d’Islam afin de s’y laisser impunément pousser la barbe, etc.
L’ensemble est écrit d’une plume objective, sans grand génie polémique — et c’est d’autant plus efficace : l’auteur ne fait pas de rhétorique (contrairement à un que je connais), il cite des faits, analyse des documents : bref, on le sent historien jusqu’au bout des ongles — le genre qui doit énerver Laurence de Cock. Mais qui fera vos délices.

Considérations inconvenantes sur l'Ecole, l'Islam et l'Histoire à l'heure de la mondialisation

Prix: 23,00 €

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*Photo : Erez Lichtfeld/SIPA/SIPA/1412091921

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Finale de la Ligue des champions : Valls rate l’atterrissage

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valls barcelone montebourg

« Dis Manu, tu sais, dans une vraie boîte, quand c’est ton chef qui doit s’expliquer pour tes notes de frais, c’est que tu as vraiment, mais alors vraiment merdé… »
Voilà en quels termes s’amusait un de mes amis sur un réseau social lundi soir.

Manuel Valls a donc interrompu le passionnant congrès socialiste de Poitiers samedi pour se rendre à la finale de la Ligue des champions de football avec un avion de fonction. Il devait assister à une réunion dont le site internet de l’Equipe avait expliqué trois jours plus tôt… qu’elle avait été annulée par Michel Platini. Le même président de l’UEFA devait être reçu ce mercredi matin à l’Elysée pour un petit-déjeuner de travail à 8h30, auquel le Premier ministre aurait pu être convié, puisque l’agenda présidentiel indique qu’il devait ensuite enchaîner par son rendez-vous traditionnel avec le Président d’avant conseil des ministres. Ce mardi, on apprenait que le fameux avion n’emmenait pas seulement Manuel Valls mais aussi ses deux fils. Convenons que cela ne coûte pas plus cher à l’Etat mais que cela en dit long sur l’esprit de ce voyage, davantage tourné vers le soutien à l’équipe barcelonaise que vers l’organisation du championnat d’Europe 2016 en France.

Que le Premier ministre ait une tendresse pour le FC Barcelone, et qu’il préfère assister à un superbe match qu’à un dîner assommant en compagnie de Jean-Christophe Cambadélis et Jean-Marie Le Guen, qui suis-je pour le lui reprocher ?
Le problème, c’est que, comme l’indique plus haut mon malicieux copain, il a, par ses bobards, mis le Président de la République dans une situation intenable en l’obligeant à confirmer lesdits bobards. Quand on vient de mettre à l’index une haut fonctionnaire coupable d’avoir eu quelques largesses en sa faveur en déplacements de taxis, quand des membres éminents du PS viennent de faire grief à Nicolas Sarkozy d’avoir pris l’avion pour aller au Havre, aux frais de son parti, pour une réunion de son parti, tout cela ne fait pas très sérieux.

Comme le soulignent de nombreux observateurs, Manuel Valls voit sa réputation de super-communicant mise à mal. Les cordonniers sont-ils les plus mal chaussés, même en matière de com’ ? On pourrait finir par le croire, tant cette séquence apparaît comme un fiasco total, à tel point qu’on se demande à l’heure où on rédige ces lignes, si le Premier ministre n’a pas pris définitivement le fameux toboggan, qui le fera descendre dans les enfers sondagiers. Comment ne pouvait-il pas anticiper une telle polémique ? Comment pouvait-il penser que sa fable sur la réunion de l’UEFA en marge du match ne serait pas vérifiée et infirmée dans les jours suivants ? Valls a-t-il conscience qu’il vit en 2015, à l’heure des réseaux sociaux, de la transparence à outrance et du fact-checking ? Alors qu’il pouvait très bien se faire organiser un visionnage du match avec des militants à Poitiers, lui dont on répète qu’il a une grosse marge pour séduire ces derniers, il a préféré une tribune présidentielle à Berlin avec tous les risques que cela comportait pour son image. Surtout, il a pris les gens pour des imbéciles alors qu’il aurait dû assumer dès le début en expliquant, par exemple, qu’il eût été discourtois de ne pas accepter l’invitation de l’UEFA pour le match, et le match seulement. C’est moins ce déplacement et les 14 000 euros dépensés qui lui seront reprochés que l’impression d’un « foutage de gueule » aux conséquences incalculables.

Comme si cela ne suffisait pas, pendant que Neymar et Messi donnaient la victoire à l’équipe favorite de Manuel Valls, les rotatives du JDD imprimaient un texte au vitriol de Montebourg et Pigasse : « Hébétés, nous marchons vers le désastre ». Évidemment, l’ancien ministre de l’Economie n’a pas fait que des heureux du côté du camp du Premier ministre. Sans l’affaire de l’avion, on pourrait même dire que Valls avait réussi à faire passer Montebourg pour un méchant aigri. Ce dernier doit maintenant boire du petit lait. Valls est aujourd’hui affaibli, et le Président risque de lui en vouloir de l’avoir mis dans une situation aussi difficile. Macron peut désormais se tenir prêt. Et Montebourg affûter ses couteaux.

*Photo : JEFFROY GUY/SIPA. 00707149_000001.

Emeutes à Tourcoing: le spectre de Clichy-sous-Bois

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émeutes Tourcoing Clichy-sous-Bois Gérald Darmanin

En cette période printanière, le climat semble avoir carrément viré à l’orage à Tourcoing.  Dans la nuit du dimanche 31 mai au lundi 1er juin, une patrouille de police a tenté de contrôler les trois occupants d’une 106 qui venaient de griller un feu rouge. Résultat : une tentative de fuite qui s’est terminée dans un arbre. Distancés, les policiers sont arrivés sur place quelques instants plus tard pour constater les dégâts : un mort, le passager avant, âgé de 19 ans, le conducteur dans le coma et une fracture du tibia pour le passager arrière.

Le bilan a été lourd aussi pour la ville : une soixantaine de véhicules brûlés depuis lundi, deux cent policiers et gendarmes mobilisés, des dizaines d’arrestations, débouchant sur quelques comparutions immédiates. A l’issue des affrontements, qui se sont propagés également à Roubaix, deux policiers ont été blessé par une voiture dont le conducteur leur a foncé dessus. L’épicentre des émeutes, le quartier de la Bourgogne à Tourcoing, a été ravagé et il est encore difficile de chiffrer la facture après sept nuits de violences. Ces émeutes ont été l’objet d’un traitement pudique dans la presse écrite comme sur les antennes radios et télé, et la couverture médiatique n’a pas vraiment été à la mesure de l’impressionnant déploiement policier. De loin en loin ont été évoqués les « échauffourées », « violences » et affrontements entre « jeunes » et forces de l’ordre, sans dépasser le cadre imposé par les éléments de langage habituels. L’incident, dans son déroulement et sa conclusion, souligne pourtant de manière inquiétante les tensions qui persistent deux semaines après l’épilogue de l’affaire de Clichy-sous-Bois, point de départ des émeutes de 2005.

Le verdict rendu par le tribunal de Rennes, le 18 mai dernier, concluant l’affaire du décès de Zyed et Bouna, a au contraire suscité de très nombreuses réactions dans les médias et la classe politique. Le 27 octobre 2005, les deux mineurs avaient pris la fuite pour éviter un contrôle de police et tenté de trouver refuge dans un transformateur EDF, avant de mourir électrocutés. L’accident tragique avait mis le feu aux banlieues françaises, occasionnant la destruction de milliers de véhicules et de dizaines de bâtiments privés ou publics, dont des écoles, des gymnases ou des médiathèques. La mort de Zyed et Bouna a été largement commémorée et la relaxe des deux policiers inculpés de « non-assistance à personne en danger », a suscité l’émotion et l’indignation dans les quartiers où avaient éclaté les émeutes bien sûr, mais aussi chez un certain nombre de personnalités. L’universitaire et sociologue Daniel Lapeyronnie, professeur à Paris IV, n’a pas hésité à évoquer dans le journal Le Monde du 19 mai dernier, un « verdict politique » et un « déni de justice ».

La proximité chronologique entre les émeutes récentes de Tourcoing et le verdict médiatique de l’affaire Zyed et Bouna permet de tracer quelques parallèles. Si l’on considère pour commencer la réaction de Daniel Lapeyronnie, on remarque que son eulogie sociologique laisse de côté, comme cela a été le cas dans la plupart des médias et chez nombre de commentateurs, la mort de trois autres personnes au cours des émeutes de 2005 : Salah Gaham, Jean-Jacques Le Chénadec et Jean-Claude Irvoas. Salah Gaham, gardien d’immeuble de 34 ans à Besançon, est mort asphyxié dans la nuit du 2 au 3 novembre 2005, après avoir tenté d’éteindre l’incendie déclenché dans le hall de la cité étudiante où il travaillait. Jean-Jacques Le Chénadec, lui, était âgé de 61 ans et résidait à Stains dans le 93. Descendu éteindre un feu de poubelle le soir du 4 novembre 2005, il est mort des suites d’un coup de poing reçu au cours d’une altercation. Son meurtrier, Salaheddine Alloul a été condamné à cinq ans de prison. Jean-Claude Irvoas, 56 ans, employé par une société d’éclairage urbain, est décédé le jour ou Zyed et Bouna ont trouvé la mort dans un transformateur. Pris à partie alors qu’il photographiait un lampadaire, il a été battu à mort. Les agresseurs et leurs complices ont été condamnés en 2007 à des peines de 2 à 15 ans de réclusion.

On soulignera bien sûr que le drame de Zyed et Bouna n’avait pas encore connu de règlement judiciaire et que les familles étaient toujours en attente d’un jugement. Pour autant, la réaction très outrée de Daniel Lapeyronnie exploite sans remord l’émotion suscitée par l’événement, tout en faisant la démonstration d’un pathos très sélectif. Il semble d’abord assez juste de rappeler à l’universitaire, et à ceux qui tiennent le même discours que lui, les autres tragédies qui ont accompagné les émeutes de 2005. D’autant plus que Lapeyronnie assimile un verdict de justice à une décision politique de façon plutôt cavalière et que son argumentaire, auquel son titre universitaire est censé apporter une caution scientifique, dénote une approche très idéologique de l’événement. « Justice de classe, justice blanche entérinant le racisme et légitimant la violence », proclame Lapeyronnie. On se croirait chez Emmanuel Todd qui, dans son récent Qui est Charlie ?, déploie également sans mesure et sans nuance tout l’éventail du discours victimaire, et se laisse aller à un manichéisme tendant visiblement à devenir une forme d’obsession dans les départements de sociologie français. Catholique zombie contre minorités fragiles et opprimées chez Todd, « justice blanche et justice de classe » chez Lapeyronnie, le vocabulaire des deux intellectuels est assez caractéristique d’une intelligentsia qui s’est depuis trente ans choisie une nouvelle classe d’opprimés à défendre avec les populations immigrées des banlieues, aussi bien idéalisées que réifiées par ces nouveaux croisés. Comme chez Todd, ce manichéisme médiatique, qui ne manque pas en retour de provoquer des crispations très identitaires dans l’électorat perdu pour le PS, dessert l’analyse, pourtant nécessaire, du désastre de la politique à la fois migratoire, urbaine et sociale de la France. Lapeyronnie souligne avec raison que « la distance et la méfiance vis-à-vis de la République ont aussi considérablement augmenté » et que « les réactions aux attentats de janvier ont aussi révélé ce sentiment d’étrangeté ou de non-appartenance à la République ou à une même nation. » Il suffit d’observer la similitude entre le déroulé des événements de Clichy-sous-Bois et celui des émeutes de Tourcoing il y a quelques jours pour s’en convaincre.

Dans les deux cas, une simple tentative de contrôle d’identité, l’une après un signalement de vol, l’autre après un feu rouge grillé, provoque la fuite immédiate des suspects. Sans que les forces de police en soient directement responsables – parce qu’il faut encore le rappeler, la France ce n’est pas les Etats-Unis et Clichy ou Tourcoing, ce n’est pas Ferguson ou Baltimore – les fuyards trouvent la mort, soit en entrant dans un transformateur EDF, soit en percutant un arbre après une course en voiture dont il est heureux qu’elle n’ait pas fait d’autres victimes. La nouvelle se répand comme une trainée de poudre et déclenche des violences qui pourraient passer pour insurrectionnelles s’il existait une quelconque solidarité entre des bandes de cité, qui affichent au contraire un comportement exclusivement territorial. Les conséquences ont été, dans le cas récent de Tourcoing, bien moindres que celles de Clichy car les émeutes ont été rapidement circonscrites. Et il est sans doute heureux qu’elles n’aient pas été plus médiatisées. Cela aurait pu entraîner à nouveau ce phénomène de surenchère qui avait mis le feu aux banlieues françaises en 2005. Mais comme à Clichy, le retour au calme à Tourcoing signifie le retour au statu quo et le décompte de la facture, forcément salée pour les pouvoirs publics et les contribuables. Les « quartiers » redeviennent des lieux où sévissent un chômage massif et une délinquance endémique. Les pouvoirs publics interviennent à minima dans ces territoires perdus de la république, pour reprendre l’expression utilisée en 2002 par l’historien Georges Bensoussan.

Pour le maire de Tourcoing, Gérald Darmanin (UMP), le baptême du feu a été rude. Né à Valenciennes, député de la dixième circonscription du nord depuis 2012, conseiller municipal de Tourcoing depuis 2008, il a été très largement élu en mars 2014 face au socialiste Michel-François Delannoy. Placé par les émeutes de la semaine dernière dans une situation plutôt difficile, le nouveau maire de Tourcoing a soutenu le déploiement des forces de l’ordre décidé par la préfecture du nord. De ce fait, il s’est attiré les critiques des milieux associatifs et des familles, qui ont dénoncé les violences policières et insisté sur la qualité de victime de Pierre-Eliot Zighem, le passager de la Peugeot 106 qui s’est encastrée dans un arbre après sa course folle. Le même mécanisme que lors des émeutes de Clichy – ou celles de Villiers-le-Bel en 2007 – s’est mis en place : délinquance, fait divers tragique, mise en cause de la police et bouffée délirante débouchant sur des émeutes, répression policière et protestations des habitants contre leur isolement social et économique. Mais aussi : victimisation des individus dont la fuite immédiate, qui trouve une issue tragique, montre la défiance largement entretenue vis-à-vis de la police et des pouvoirs publics dans des zones de non-droit.

Des quartiers pas délaissés par tout le monde, cependant, car si quelque chose a changé depuis 2005, c’est le rôle préoccupant joué par une religiosité qui, dans la jeunesse des banlieues en particulier, ne prend pas une forme très républicaine. Ali Benfalia, attaché territorial de 54 ans et fondateur en 2013 de l’association Baniya, en lutte contre l’islamophobie, le reconnaissait lui-même après les attentats de janvier 2015 dans Nord Eclair : « Ces événements sont le début d’une histoire. À un moment la France va devoir s’interroger sur sa propre diversité religieuse et sur pourquoi des gens en viennent à ce type de réaction. (…) Je suis très pessimiste parce que des jeunes sans lien affectif, sans repères, j’en croise beaucoup en tant qu’éducateur. » Comme le dit lui-même Daniel Lapeyronnie dans Le Monde : « En dix ans, venant combler le vide politique, l’islam a pris une place centrale dans la vie sociale et individuelle. Pour une grande partie de ces populations, il s’agit là de la seule ressource culturelle et politique disponible. » On ne le contredira pas là-dessus, regrettant seulement que les facteurs d’unification de la jeunesse dans des zones de plus en plus coupées de la nation soit la violence urbaine ou l’islamisme radical. La solution ? Le retour des pouvoirs publics dans ces quartiers, certainement, mais le contexte économique ne semble pas favorable. On ne sent pas plus de réelle volonté politique d’agir au niveau national. Du côté des habitants des quartiers concernés, comme celui de la Bourgogne, certains prônent la responsabilisation, comme l’ancien candidat aux municipales Mansour Néchaf, dans La Voix du Nord du 7 juin, qui appelle à « veiller à ce que nos enfants en âge d’être potentiellement émeutiers soient à la maison et à l’abri près de nous, à partir de 22 heures. » Ça non plus, ça ne paraît pas gagné.

*Photo : BAZIZ CHIBANE/SIPA/1403311641

Un Français: peut-on filmer un facho?

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diasteme un francais

Il paraît qu’il y a eu, avant même sa sortie en salle, une polémique autour du dernier film de Diastème, Un Français, qui raconte sur un gros quart de siècle l’itinéraire d’un skinhead ultraviolent qui finit par trouver, comme on dit, sa rédemption. Tantôt on nous explique que les milieux d’extrême droite s’enflamment sur les réseaux sociaux parce qu’on caricaturerait leurs idées, tantôt on nous explique qu’une certaine gauche renâclerait devant un portrait par trop empathique du personnage de Marco, joué par le remarquable Alban Lenoir. Des avant-premières ont été supprimées et le film rencontrerait des difficultés à être distribué. L’hypothèse selon laquelle il s’agirait d’un habile plan com’ n’est pas non plus à exclure d’après certains.

Il n’en demeure pas moins que ce film a le mérite d’exister. Le cinéma français est incroyablement timoré dès qu’il s’agit d’aborder certains sujets. Il suffit de comparer la rareté des films sur la guerre d’Algérie en France et l’abondance de ceux sur la guerre du Vietnam aux USA. Quant à l’extrême droite, le sujet est carrément tabou. Entre les prophéties autoréalisatrices des producteurs qui estiment que les films politiques n’intéressent pas le spectateur et le désir de mettre la poussière sous le tapis dès qu’un sujet pourrait susciter la polémique, parler des fachos, les filmer sans sombrer dans l’antifascisme de pacotille, est devenu un véritable impensé du cinéma français.

Diastème a décidé de passer outre. On ne pourra que l’en remercier. Avec des maladresses, des approximations, sans doute un trop grand désir didactique, mais il a bien fait. Son personnage principal a son âge, né au mitan des années 60, avec la première génération confrontée au chômage de masse.  Le réalisateur confie avoir eu le déclic sur cette histoire au moment de la mort de Clément Méric quand il s’est aperçu que les visages des agresseurs étaient ceux qu’il avait croisés dans sa propre adolescence. Les mêmes causes engendrant les mêmes conséquences, c’était assez logique de s’interroger sur cette permanence.

Parler de l’itinéraire d’un skinhead dans ces années qui vont du second tour de l’élection de Mitterrand en 88 aux manifs contre le mariage pour tous a été pour Diastème une manière de relire tout un pan d’histoire récente en faisant apparaitre cette violence d’extrême droite non pas comme une cause mais comme un symptôme. C’est peut-être ce qu’on reprochera le plus à Un Français à l’âge du politiquement correct triomphant : il n’est jamais dans le jugement, le message, le catéchisme. On suit Marco sans que jamais la caméra ne l’admire ni ne le plaigne. Le spectateur est traité en adulte, renvoyé constamment à sa propre évaluation de ce qu’il voit. Il n’y aura personne pour lui tenir la main dans le noir et Dieu sait qu’il fait noir dans Un Français.

Il faut aussi saluer la manière dont Diastème s’empare de la violence. Pas d’esthétisme, pas de gore non plus, à l’image de ce long plan séquence, caméra à l’épaule où l’on assiste à l’affrontement avec un redskin qui reproche à Marco une usurpation d’appellation, le mouvement skin  canal historique n’ayant jamais rien eu de commun avec l’extrême droite. Là, le corps de Marco se transforme presque sans avertissement en machine à détruire. On saluera également comment la complexité des rapports entre ces skins et le FN (jamais nommé dans le film, on voit juste les leaders apparaitre pendant des infos télévisées) est évoquée. Utilisés comme troupes de choc, lâchés quand ça tourne mal comme dans l’assassinat du jeune marocain en marge des défilés du 1er mai 1995, réintégrés pour les plus intelligents d’entre eux afin de servir de candidats motivés avant d’être de nouveau rejetés dans les ténèbres extérieures pour cause de respectabilisation du parti, ils sont victimes périodiquement de nuits des petits couteaux.

De tout cela, Marco s’en aperçoit parce qu’il change. Une crise d’angoisse s’empare de lui, un jour, dans un bus, alors qu’il fait peur sans vraiment le vouloir à une famille d’Algériens. Un pharmacien qui lui aussi ne sera jamais dans le jugement va lui soigner un peu le corps et beaucoup l’âme. On n’est pas obligé de croire à cette providence. C’est sans doute un des aspects les plus faibles du film, ce deux ex machina à la Croix verte. De la même manière,  on n’est pas obligé d’adhérer aux scènes d’un comique parfois involontaire montrant comment se mêlent à l’occasion dans des salons très bourgeois les garçons rasés en bombers et rangers à lacets blancs avec les jeunes filles NAP à l’exquise blondeur.

Mais finalement, c’est peu de chose en regard de l’intelligence du propos et surtout de son pessimisme janséniste: en s’éloignant des « boneheads » puis de toute idéologie d’extrême droite, Marco ne gagne rien sinon le mépris des anciens copains (quand ceux-ci ne sont pas camés ou en taule), un mariage raté, un boulot ennuyeux, une solitude définitive dans le HLM où ses parents sont morts.

Nimier faisait dire à un de ses personnages, dans Le Hussard Bleu, « Je préfère rester fasciste bien que ce soit baroque et fatigant ». Marco, lui, a préféré ne pas.

 

Un Français  de Diastème, en salle à partir du mercredi 10 juin.

Valls, un homme à la mesure de l’emploi?

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(Avec AFP) – Après le vote mouvementé d’une sorte de « Small patriot act » – la loi renseignement – Manuel Valls présente ce qu’il considère comme un « Small business act » en faveur de l’emploi dans les petites et moyennes entreprises (PME).

Une prime de 4 000 euros va être immédiatement créée et versée aux entreprises sans aucun salarié qui effectuent leur première embauche, a annoncé à la presse le Premier ministre, après un conseil des ministres retreint à l’Elysée.

Cette prime, de 2 000 euros la première année et 2 000 euros la seconde, sera versée pour tous les CDI et CDD de plus de 12 mois signés entre ce mardi et le 8 juin 2016, selon Matignon. Sont concernées les entreprises n’ayant jamais eu de salarié ou n’en ayant pas eu depuis au moins 12 mois.

Cette mesure « permettra de créer de 60 000 à 80 000 emplois », affirme le ministre de l’Economie Emmanuel Macron.

Valls 18 mesures pour l'emploi PME

Le gouvernement va également plafonner les indemnités prud’homales accordées aux salariés licenciés sans cause réelle et sérieuse, a annoncé mardi Manuel Valls.

Ce plafonnement variera selon la taille de l’entreprise et l’ancienneté du salarié licencié, mais ne concernera pas les grandes entreprises et les « atteintes graves au droit du travail », comme les discriminations ou le harcèlement.

Autre mesure : le gel pendant trois ans de l’effet des franchissements des seuils fiscaux jusqu’à 50 salariés. Car ces seuils d’effectifs déclenchent des prélèvements fiscaux et sociaux supplémentaires pour les entreprises.

Ce gel concernera tous les seuils fiscaux franchis jusqu’à fin 2018 et leurs effets seront neutralisés pendant trois ans après le franchissement.

Parmi ceux-ci, tous les seuils franchis au 9e ou au 10e salarié (notamment formation professionnelle et versement transport) seront relevés au 11e salarié.

Concernant le contrat de travail, le gouvernement ne touchera pas au contrat à durée indéterminée (CDI) mais il va assouplir la réglementation des contrats à durée déterminée (CDD) et les contrats d’intérim. Ceux-ci pourront être renouvelés deux fois, au lieu d’une actuellement.

Cette mesure, que réclamait le patronat, se fera « sans bien sûr toucher à la durée maximale de 18 mois » prévue par la loi pour les CDD, a précisé le Premier ministre, en indiquant que la mesure figurerait dans un amendement au projet de loi Rebsamen en cours d’examen au Parlement.

Mais surtout – last but not least – le gouvernement va encore renforcer la législation sur le détachement, système allègrement dévoyé consistant à faire ponctuellement appel à des travailleurs étrangers venus d’un autre pays de l’Union européenne. Objectif : faciliter les sanctions financières contre l’entreprise dont le sous-traitant aura commis une fraude aux travailleurs détachés.

Un donneur d’ordre pourra notamment être tenu solidairement responsable des fraudes à la législation sociale commises par son sous-traitant, par exemple l’absence de versement de cotisations sociales ou le non-respect du salaire minimum.

Reste un problème que ce plan ne suffira pas à résoudre : la fiscalité à laquelle sont soumis les employeurs de ces travailleurs détachés dans leurs pays d’origine reste beaucoup plus légère que la nôtre. Et notre compétitivité en pâtit, même si les travailleurs détachés sont dûment déclarés et décemment rémunérés. Il y a dix ans, Manuel Valls, qui s’était opposé au Traité constitutionnel européen, critiquait une « Europe de plus en plus marquée par le libéralisme ». Avant de finalement voter Oui, expliquant respecter la ligne du PS et « faire le choix de Hollande ».

En 2017, pas sûr que Manuel Valls s’abaisserait à ce « Small political act »…

*Photo : WITT/SIPA/1502121815

Syrie: y a-t-il un pilote dans l’avion de la coalition?

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syrie nosra etat islamique

Il y a une quinzaine de jours, la stratégie de la coalition internationale était gravement remise en cause après les prises de Palmyre et Ramadi par l’Etat islamique. Pour la soixantaine de pays qui soutiennent les Etats-Unis dans leur combat contre Daech, ce fut un revers inédit depuis le début des frappes il y a un an.  Plus qu’un revers, c’est une déculottée en  rase campagne que l’opinion publique n’a pas comprise. Pourquoi les chasseurs bombardiers sont-ils restés cloués au sol? Le prétexte consistant à ne pas soutenir des milices chiites contre Daech est incompréhensible alors que les Français voient plus d’un millier de leurs enfants partir se battre en Syrie pour mieux se retourner contre leurs parents.
En guise de réponse, Laurent Fabius a annoncé une réunion d’urgence de la coalition à Paris. Et puis rien. Comme prévu, la conférence s’est tenue à Paris dix jours après. On espérait un sursaut, une clarification de la situation et la redéfinition des objectifs de guerre. Mais rien n’a filtré, hormis l’exaspération du premier ministre irakien Haïdar Al-Abadi en conférence de presse. Les derniers bombardements de la coalition effectués à Alep ce week-end ne devraient pas nous aider à comprendre la nouvelle stratégie de la coalition.

Jusqu’à présent, cette dernière se contentait en Syrie (où la France brille par son absence) de défendre les bastions kurdes autour de Kobané et de Hassaké et de pilonner les positions de l’Etat islamique dans ses fiefs de Raqqa et Der-ez-Zor, frappant même les forces d’Al-Nosra près d’Idlib. Mais l’Occident s’était bien gardé de prendre part aux luttes intestines entre les différentes chapelles djihadistes. D’après l’Observatoire syrien des droits de l’homme, un site affilié à l’opposition, la coalition aurait pour la première fois ces derniers jours appuyé la défense du front Al-Nosra (Al-Qaïda en Syrie) pour contrer les avancées de l’Etat islamique autour d’Alep.

Peut-on imaginer l’aviation américaine voler au secours des successeurs de Ben Laden au Levant, quatre ans après son exécution au Pakistan? Le Pentagone est-il assez crédule pour croire à la «modération» affichée d’Abou Mohamed Al-Jolani, le chef d’Al-Nosra, diffusée gracieusement sur Al-Jazira, la chaîne de notre allié qatari?

C’est à se demander s’il y a un pilote dans l’avion de la coalition en Syrie.  La branche d’Al-Qaïda en Syrie est tellement imbriquée avec les autres factions djihadistes « modérées » qu’on peut s’interroger sur l’objectif et l’origine exacte de ces frappes. Les pétromonarchies ont les bases, l’argent, et le pouvoir de choisir leur cibles. Al-Nosra est le meilleur allié anti-chiite des pays du Golfe, c’est donc à eux que profite le crime. L’hypothèse selon laquelle les Américains perdraient progressivement le contrôle des opérations de la coalition aérienne ne peut être exclue. Déjà en Libye, les Etats-Unis n’étaient pas parvenus à diriger la coalition, mais l’objectif était le même pour tout le monde: la chute de Kadhafi – puis advienne que pourra.

La stratégie de gribouille de la coalition, cette realpolitik à la petite semaine, est d’autant plus débile que les pays occidentaux se parent des vertus de la démocratie au Moyen-Orient quand leurs alliés autocrates ne cherchent qu’à massacrer les chiites. Ainsi, les pays du Golfe et la Turquie veulent faire tomber Assad au plus vite, tandis que les Etats-Unis font du combat contre l’Etat islamique leur priorité.

En regroupant une soixantaine d’alliés aux intérêts contradictoires et aux objectifs divergents, la coalition ne parvient pas à choisir son adversaire et ses vrais alliés.

Foch disait ne plus admirer Napoléon depuis qu’il était à la tête d’une coalition. Pourtant Napoléon a été vaincu lorsque la coalition européenne s’est décidée à se battre pour de bon. Et Foch a vaincu l’Allemagne lorsqu’il a obtenu le commandement suprême des alliés.

Quand les pays sunnites seront convaincus par l’Europe, l’Amérique et la Russie que l’Etat islamique est notre ennemi principal, alors la coalition ne sera plus seulement une coalition mais une véritable alliance, et la victoire deviendra possible.

*Photo : Uncredited/AP/SIPA. AP21743809_000002.

Le Premier ministre doit-il voyager low-cost?

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valls barcelone berlin sarkozy

valls barcelone berlin sarkozy

On pourrait dire que Manuel Valls l’a bien cherché, qu’il s’est pris les pieds dans le tapis de l’éthique à deux balles qu’il brandit généralement contre ses adversaires, bref que la sotte polémique provoquée par son voyage à Berlin est un juste retour des choses. Mais outre le fait qu’il serait peu chrétien de vouloir la mort du pécheur, cette affaire me fait honte. Quel scandale en effet, que cet aller-retour en Falcon pour aller voir un match de foot ! La République serait à 20.000 euros près maintenant ? On a un standing à tenir, tout de même, vous auriez voulu quoi, qu’il voyage sur GermanWings ? Qu’il envoie la facture au Qatar ? Entre nous, que Valls préfère un bon match de foot aux débats du PS témoigne plutôt en sa faveur…

Moi, ça ne me choque pas que la France offre deux heures de détente à l’un de ses principaux dirigeants, pour qu’il puisse voir jouer le club de sa ville natale. Ce qui me choque c’est la jubilation de tous les chercheurs de poux dans les têtes, le pharisianisme satisfait de ceux qui haïssent les petits privilèges dont ils sont privés, la joie mauvaise des envieux. Ce qui me choque, c’est que depuis des années, on flatte « l’envie, la jalousie et la haine impuissante », ces passions tristes que Stendhal détestait dans la Révolution française (qu’il aimait par ailleurs) et qu’on fasse croire au peuple que la vertu consiste à toujours regarder dans l’assiette du voisin pour vérifier qu’elle est aussi vide que la sienne. Ce qui me choque, c’est que l’on érige la mesquinerie en valeur morale. Ce qui me choque, c’est que nous acceptions tous de devenir le flic de notre frère – au nom de l’immaculée transparence. Ce qui me choque, c’est que personne n’ait trouvé pitoyable que l’on ait amusé le bon peuple en édictant dès 2012 une « charte de déontologie » gouvernementale (et on leur a aussi interdit de regarder les filles, à nos ministres ?) Ce qui me choque, c’est que le Premier ministre de la France réponde aux inquisiteurs au lieu de les envoyer sur les roses.

Alors bien sûr, Manuel Valls n’aurait pas dû faire subir à ses adversaires les tourments qu’on lui inflige aujourd’hui, par exemple  en hurlant au scandale pour un déplacement de Nicolas Sarkozy au Havre payé 3200 euros par les militants UMP. Moi, comme contribuable, ce que j’aimerais, c’est qu’on arrête de dépenser mon argent pour abêtir les enfants, cracher sur notre histoire ou traquer les dérapages langagiers. Mais pour le voyage à Berlin, si ça fait du bien au Premier ministre, je suis pour. Et si ça lui fait plaisir, je lui offre en prime le maillot du Barça. Avec l’argent du contribuable.

*Photo: JEFFROY GUY/SIPA. 00710660_000006.

Ecole : réforme partout, réussite nulle part

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ecole meirieu chatel vallaud

ecole meirieu chatel vallaud

France, ton école fout l’camp ! C’est ce que dirait la du Barry, si elle s’occupait de l’Éducation nationale d’aujourd’hui au lieu de veiller au café de Louis XV. Et personne ne la contredirait : sur le diagnostic, tout le monde est d’accord. L’illettrisme est en progression constante, les performances en maths, on l’a appris récemment, se sont effondrées, le bac ne vaut plus rien. Quant à l’enseignement de l’histoire, dont chaque Français se croit spécialiste, c’est un champ clos où s’affrontent les nationalistes – royalistes spécialistes du métro (Lorànt Deutsch) ou commerçants de l’épopée napoléonienne (Dimitri Casali) –, et les internationalistes adeptes de l’histoire globale et de la culpabilisation mémorielle – ils sont légion.

Encore les tournois avaient-ils des règles. Mais les luttes en champ clos se doublent de conflits cyclopéens entre les « pédagos » et les « républicains », où tous les coups sont permis. Comme dans l’Iliade, on s’insulte avant d’en découdre (« Enfant de Meirieu ! », « Sale élitiste ! »), et le sang coule.

C’est que si l’état des lieux est l’objet d’un consensus, les causes et les remèdes sont diversement analysés. Il suffit qu’un ministre peu au fait de la tâche qu’on lui a confiée (Najat Vallaud-Belkacem, par exemple) se laisse manipuler par les chevaux de retour du pédagogisme, qui ont infiltré depuis des lustres deux ou trois syndicats (le SGEN et le SE-UNSA, godillots du ministre, mais aussi certains secteurs du SNUI-PP), des organisations de parents (la FCPE), l’Inspection générale et les couloirs de la Rue de Grenelle, pour que germe une réforme du collège et des programmes qui a jeté des milliers d’enseignants dans la rue le 19 mai, et qui, à en croire Julien Dray, qui s’en est ouvert à François Hollande, pourrait mobiliser un million de manifestants à la rentrée. Pari tenu.[access capability= »lire_inedits »]

Qu’une réforme soit nécessaire, tout le monde en convient. Les différences de réussite entre « héritiers » (collégiens « initiés » par leurs parents aux bonnes filières, au beau langage, mis en orbite dès la sixième vers les classes prépas) et déshérités – non seulement les enfants des banlieues, mais de toute cette France ignorée des « élites parisiennes » (un pléonasme, à les entendre) que Christophe Guilluy a joliment baptisée « France périphérique » – sont devenues insupportables. En quarante ans, les grandes écoles sont passées de 14 % d’élèves issus des couches populaires à moins de 4 % – ça, ce sont les faits.

Le mal vient de plus loin, dirait Racine. Vers la fin des années 1950, des pédagogues réformateurs américains, inspirés par un rousseauisme impénitent et animés des meilleures intentions, se sont souciés d’instaurer dans l’enseignement des rapports « plus humains » – en abolissant la relation verticale du maître à l’élève, en mettant en avant les qualités supposées de ce dernier, bref, en fabriquant quelques dizaines de millions de petits Émile des grandes plaines. L’expérience, un temps confinée aux États-Unis, s’est étendue dans le monde à la faveur de l’agitation idéologique des années 1960. Le constructivisme (l’enfant construit ses propres savoirs, au lieu de recevoir passivement un enseignement ex cathedra – le ministre m’excusera de parler latin, j’ai été très mal élevé, en atmosphère confinée et élitiste) a contaminé d’abord le domaine anglo-saxon (l’Angleterre et le Canada ont payé un lourd tribut à ces simagrées angéliques), puis l’ensemble de l’Europe.

En France, les gentils JOC (Jeunesses ouvrières chrétiennes), dont est issu Philippe Meirieu, pape du constructivisme à la française, ont trouvé un nouvel évangile dans ce rousseauisme de bazar : ainsi le pédagogue a-t-il pour mission d’aider son disciple à voir la lumière en lui-même.

Dans le vocabulaire abscons qui permet aux initiés de la nouvelle foi de se reconnaître entre eux, on ne parle pas de « disciple », mais « d’apprenant ». Les programmes d’avril 2015 sont lourdement lestés de cette phraséologie de secte : « milieu aquatique profond standardisé » pour dire « piscine », et « traverser l’eau en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête » pour « nager ». Certains ont osé rire de cet insoutenable jargon, à la fureur du SNEP-FSU, syndicat majoritaire chez les professeurs d’éducation physique et sportive (le « prof d’EPS » a depuis belle lurette remplacé le « prof de gym » du grand Duduche), qui a vu dans ces moqueries « une forme de condescendance et d’ignorance bienséante lorsqu’il s’agit de sport à l’école », ajoutant, à l’adresse des « pseudo-z’intellectuels », comme dirait le ministre Najat Vallaud-Belkacem : « Un enseignement se préoccupant du corps (donc considéré comme de bas niveau intellectuel ?) devrait donc forcément s’écrire dans un langage trivial et non se théoriser ? » Ils ont raison, pourquoi parlerait-on de ballon quand on peut dire « référentiel bondissant » ?

Cette novlangue pédago (dont aucun prof concret ne fait usage) n’est pas seulement grotesque – ou anecdotique : elle correspond au cauchemar de la Lingua Tertii Imperi de Viktor Klemperer. Le pédagogisme est un totalitarisme. Un totalitarisme gentil et compassionnel.

Il pratique l’entrisme que les groupuscules gauchistes avaient érigé en l’un des beaux-arts. Seul un travail souterrain peut expliquer que des individus par ailleurs éclairés (Giscard d’Estaing ou René Haby) se soient laissé convaincre par le « collège unique » – désormais présenté comme un prérequis. Il fallait avancer masqué pour persuader François Fillon de décréter le « socle commun de connaissances » en 2004 – un socle qui réduit les connaissances obligatoires à un seuil extraordinairement bas. Réflexe de prof d’EPS : pour que tout le monde réussisse, on ne cesse de baisser la barre. Et 88 % des élèves de terminale réussissent le bac.

Au passage, le pouvoir des pédagos fut assez fort pour inspirer à Chevènement, qui l’a bien regretté depuis, la formule creuse des « 80 % d’une classe d’âge au bac ». Dans un pays où le baccalauréat est le premier diplôme universitaire (une exclusivité française : partout ailleurs, un diplôme de fin d’études clôt la scolarité secondaire), cela a permis d’envoyer en fac et au casse-pipe des générations de néobacheliers qui sont allées se fracasser sur le niveau, pourtant peu exigeant, des études supérieures. En moyenne, 50 % d’entre eux passent le cap de la première année – un pourcentage qui se réduit à 2 % pour les bacs professionnels, dont on a fait digérer à ce même Chevènement l’alignement sur les bacs généraux.

Ça a donc débuté comme ça, dirait Céline. Et sur cette base branlante, mais réputée incontournable, on a déroulé les conséquences. On a modifié les méthodes d’apprentissage de la lecture – parce que, d’après nos modernes Jean-Jacques, la méthode alpha-syllabique est une méthode de « classe », favorisant ceux qui disposent par héritage familial d’un sac de vocabulaire plus gros que celui des autres – ceux que le regroupement familial avait fait entrer en France en même temps que l’on décrétait le collège unique, combinaison létale s’il en fut jamais. On a tenté d’imposer les maths modernes – afin que les salauds de parents qui avaient fait des études ne puissent pas aider leurs rejetons pour les cours du soir. On a dénaturé l’étude du français, en transposant en CP tout un vocabulaire hérité de la linguistique moderne, qui faisait sens à bac + 5, mais qui imposait une rééducation des apprentissages basiques en primaire ou au collège. D’ailleurs, la grammaire n’a plus été enseignée systématiquement, mais de façon aléatoire – afin de favoriser le ludique.

Bien entendu, le facteur économique est déterminant en dernière instance, dirait Marx. Les libertaires qui conféraient au dégraissage brutal l’onction des nouvelles pédagogies ont été reçus comme des messies par les néolibéraux. En effet, toute heure économisée se traduit par des postes en moins – et dans une administration qui compte 850 000 enseignants, la tentation était forte. On a ainsi supprimé, en vingt-cinq ans, 500 heures de français – en postulant que du français, on en fait dans toutes les matières, et que l’on peut considérer qu’une heure de maths, c’est un quart d’heure de français. En additionnant ainsi des fractions d’emploi du temps, on est passé de 6 heures de français (années 1970-1980) à 4 aujourd’hui. Un élève d’aujourd’hui aura suivi à l’entrée de la seconde le nombre d’heures de français d’un élève qui entrait en quatrième il y a trente ou quarante ans – quand Valls ou Vallaud-Belkacem étaient collégiens, aussi privent-ils les générations suivantes de l’enseignement qui leur a permis de réussir. En primaire, le passage à la semaine de quatre jours et demi n’obéit pas à une autre logique – les chronobiologistes et autres disciples de Piaget étant intervenus pour que l’innovation se limite à la pratique du macramé.
L’argent, nerf de la guerre, comme disaient Thomas More et Rabelais. En étalant les difficultés (les quatre opérations, autrefois étudiées et maîtrisées dès le CP, sont à présent apprises jusqu’en CM2), on a supprimé l’une des causes de redoublement, avant de le supprimer dans les faits et sur ordre : un redoublant, c’est, selon les niveaux, entre 6 000 et 14 000 euros par an. Bien entendu, le fait que la Rue de Grenelle, depuis vingt ans, commence et finisse à Bercy, a été pieusement recouvert d’un voile pédagogique (ne pas décourager, un redoublant précoce est un enfant mis en échec, bla-bla-bla).

La réforme de Najat Vallaud-Belkacem découle de cette source empoisonnée. Elle utilise les mêmes arguments pédagogiques au service des mêmes intérêts économiques. D’où le soutien initial de Luc Chatel, auquel elle a emprunté les méthodes calamiteuses de sa réforme du lycée. Droite et gauche ont fait le même sale boulot. S’il est bien un domaine où le slogan « UMPS » fait sens, c’est à l’Éducation nationale.

Le problème, c’est que l’Éducation n’est ni de droite ni de gauche. La réussite des « apprenants » est un bien commun et leur échec une faillite commune. La méritocratie, l’élitisme républicain (des mots honnis par nos pédago-libéraux) n’ont pas de couleur politique – pas d’autre couleur que celles du peuple de France, que l’on tente d’amuser avec des réformes de surface (commencer une langue en cinquième, étudier le latin dans un cadre interdisciplinaire où l’on n’apprendra plus rosa-rosa-rosam, mais à jouer à Gladiator). La seule vraie réussite consisterait à pousser chacun au plus haut de ses capacités, ce qui impliquerait de reprendre à la base l’apprentissage de la langue et de la culture françaises. Le refus actuel de la transmission des savoirs, le « respect » érigé en principe de discussion, l’idée que l’enfant est naturellement moins sauvage que le tigre et n’ait aucun besoin d’être « institué », le recours au fétiche informatique comme si une technique était une science, sont autant d’indices inquiétants d’une perte d’identité, de la tentation communautaire, et de l’enfermement des ghettos sur eux-mêmes. La réforme Valls/Vallaud-Belkacem est le coup de pied de l’âne – ou des ânes. Il faudra tout reprendre à zéro, en commençant par éliminer les responsables qui ont vieilli dans leurs certitudes, et qui, observant comme tout le monde que l’École allait dans le mur, ont convaincu le ministre qu’il fallait y aller plus vite encore. « Eh bien, continuons », comme dit un personnage de Sartre jeté en enfer. Et juste après : rideau.[/access]

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*Photo : Pixabay.

Dialoguer avec Poutine

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vladimir poutine russie ukraine

vladimir poutine russie ukraine

Vladimir Poutine n’est pas un démocrate, et un certain nombre de journalistes russes ont payé de leur vie cette vérité. C’est un homme capable de cynisme, jouant de la brutalité comme du populisme, et dénué d’empathie, à l’image de Sergueï Lavrov, son formidable ministre des Affaires étrangères. Vladimir Poutine est un homme dangereux, très loin de l’image de l’ancien officier du KGB au front bas que l’on nous sort à toute occasion ; un joueur d’échecs doublé d’un judoka, c’est-à-dire un redoutable tacticien, et un opportuniste déterminé. Le dirigeant du plus vaste pays du monde, qui n’hésite pas à passer à l’acte quand il le juge opportun.

Toutes ces évidences devraient nous pousser à chercher à comprendre les racines de la crise en Ukraine. Parce qu’il s’agit d’une crise grave, une crise devenue une guerre aux portes de l’Europe, une guerre tectonique, et qu’on ne peut faire face à un danger tectonique à l’aide d’idées reçues, de préjugés au rabais, ou de peur refoulée.

L’’attitude occidentale face à la Russie dans la crise ukrainienne manifeste un mélange de peur refoulée et de sidération.  La détestation unanime de Poutine, le rejet de sa personne comme de la moindre de ses décisions, surgissent de la peur qu’il nous inspire, peur que nous ne lui pardonnons pas. Parce que la Russie, qui reste, bien qu’on ait voulu l’oublier, une grande puissance militaire, passe à l’acte. Pas au loin, en Asie centrale ou en Afrique, mais tout près, en Géorgie en 2008, en Crimée puis dans le Donbass en 2014, et demain… Et cela nous sidère, nous qui avions prévu de ne plus connaître le danger, la menace, la brutalité des armes, la violence du monde. Nous l’avions prévu, nous faisions depuis si longtemps comme si la guerre, la vraie, celle qui peut nous atteindre, n’existait plus, et nous avions pris l’habitude de nous payer de mots puis, quand elle s’approchait, de la contenir dans un enclos de barbarie gardé par des casques bleus, comme pendant la longue guerre en ex-Yougoslavie. Mais la guerre en ex-Yougoslavie n’impliquait sur le terrain aucune grande puissance militaire en tant que telle… Et voilà que ce que nous n’avions pas prévu vient s’inviter à nouveau dans notre histoire.

Nous voilà donc sidérés et apeurés, et nous avons cherché à rejeter cette peur en rejetant en bloc les motivations de ceux (et surtout de celui), qui sont passés à l’acte. La peur n’est pas illégitime, mais elle doit nous servir. À aiguiser notre lucidité, d’abord. Pour comprendre ce qui se passe réellement. Pour ne pas subir le conflit et ses conséquences. Poutine est devenu, dans l’esprit de beaucoup de commentateurs, l’arbre qui cache la forêt. Mais derrière Poutine, c’est la Russie que nous devons percevoir (85% de l’opinion publique russe lui est favorable, selon un sondage de février 2015 auprès des Russes), dans ses sentiments (eh oui, les sentiments ont leur importance en géopolitique), ses raisons et ses intentions. Quels sont-ils ?

En premier lieu, l’attachement viscéral, historique, culturel, à l’Ukraine.  La nation russe s’est construite, dès le 9ème siècle, autour de Kiev, là où les Slaves de l’Est se rassemblent dans un état appelé Rus, autour de leur premier prince. Depuis l’Ukraine (qui signifie « marche ») a toujours été un « vassal naturel » des empires russe et soviétique. Les Russes vivent toute velléité de faire basculer l’Ukraine dans l’Union Européenne, ou, pire, l’OTAN, comme un arrachement et une injure insupportables. On peut contester ce sentiment, mais l’ignorer (ou feindre de l’ignorer) est une erreur et une faute, car il est réel, partagé par la majorité de l’opinion publique russe, bien au-delà de la personne de Poutine.

L’envers de cet attachement est la mémoire de la Seconde guerre mondiale. Les Russes n’ont pas la mémoire courte. Eux n’ont pas oublié de quel côté s’étaient placés beaucoup d’Ukrainiens. Disons-le simplement : du côté nazi. Il y a des raisons historiques à cela (notamment les famines organisées par les pouvoirs soviétiques), et il est exact que la propagande russe a surjoué la présentation des révoltés de Maïdan comme une armée de néo-nazis. Tous ceux qui ont affronté alors les forces de sécurité à Maïdan n’étaient pas des néo-nazis, et de nombreux démocrates ukrainiens ont pris des risques là-bas. Mais les partis néo-nazis ukrainiens, et en particulier « Svoboda » ont joué un rôle moteur et décisif dans la « révolution » de Maïdan. Les médias occidentaux n’ont pas tellement montré leurs brassards dont l’emblème hésite entre l’insigne SS et une svastika relookée… Cela aurait dû  interroger ceux qui voulaient à tout prix que l’Ukraine se précipite vers l’Union européenne, sur la question de savoir si nous sommes vraiment sûrs que la majorité de l’opinion publique ukrainienne partage le cœur de valeurs humanistes censé constituer le fondement moral de cette Union. Rappelons, pour mémoire, que c’est en Ukraine que le nombre de victimes de la « Shoah par balles » est le plus élevé. Près d’un million et demi d’hommes, femmes et enfants qui ont été fusillés et enfouis dans des fosses, partout sous le sol ukrainien, avec le concours de supplétifs ukrainiens, et l’assistance de la population ukrainienne. Or, il n’y a en Ukraine aucun travail de mémoire véritable sur cet épisode de l’histoire assez récente du pays. Ni les autorités, ni l’opinion publique, ne semblent accorder d’importance aux événements monstrueux qui s’y sont déroulés. Le seul monument existant à ce jour du massacre de 34 000 hommes, femmes et enfants en deux jours les 29 et 30 septembre 1941 au ravin de Babi Yar, à la sortie de Kiev, ne mentionne même plus, à ce jour, que ces victimes ont été assassinées pour le seul fait d’être juives.  Les Russes, qui ne sont pas exempts, loin de là, d’antisémitisme actif, n’ont pas oublié qu’ils trouvèrent des Ukrainiens en face d’eux, à Stalingrad et ailleurs, quand ils combattaient les nazis. Nous devons nous aussi retrouver la mémoire pour comprendre ce qu’ont vu les Russes au moment de Maïdan quand ils ont regardé certains brassards ukrainiens.

Ayons aussi à l’esprit l’importance historique et stratégique de la Crimée, dont le référendum d’autodétermination de mars 2014, aboutissant à la réunification avec la Russie, n’est pas reconnu par la communauté internationale. La Crimée a été conquise par la Russie en 1774 sur les Tatars. Si ce n’est pas une terre russe depuis les temps immémoriaux, c’est un symbole d’une l’histoire impériale, renforcée par la farouche résistance soviétique lors du siège de Sébastopol du 30 octobre 1941 au 4 juillet 1942. Et ce d’autant plus que c’est à Yalta, sur la côte sud-est de la Crimée, que Staline partagea le monde avec Roosevelt et Churchill, en février 1945. Sébastopol, par ailleurs, qui abrite la flotte de la mer noire et détermine ainsi l’accès aux mers chaudes par le Bosphore de la Russie, ne peut pas être perdu, ou simplement vulnérabilisé. Tout pays a ses impératifs géostratégiques. Refuser de le comprendre relève de la mauvaise foi, qui n’est efficace en géopolitique qu’à très court terme.

La mémoire du Kosovo et de sa déclaration unilatérale d’indépendance du 17 février 2008, soutenue et préparée par les grands pays européens et les Etats-Unis, et validée par les Nations Unies. Barak Obama a eu beau déclarer que le Kosovo et la Crimée n’ont rien à voir, le fait est… que si. Et les Russes n’ont, encore une fois, ni oublié, ni pardonné. Souvenons-nous de la déclaration de Dmitri Rogozine, représentant de la Russie auprès de l’Otan, qui avait menacé, après la déclaration d’indépendance du Kosovo et sa reconnaissance par plusieurs pays européens : « Si aujourd’hui l’Union européenne adopte une position unie (sur la reconnaissance du Kosovo) ou si l’Otan dépasse son mandat au Kosovo, ces organisations vont défier l’Onu et nous allons alors, nous aussi, partir du fait que nous devons utiliser une force brutale qu’on appelle une force armée, pour qu’on nous respecte ».

Il faut ajouter ensuite la cohérence à la lucidité. Et les commentateurs occidentaux ont pêché par incohérence sur l’affaire de la Crimée. Viktor Ianoukovitch n’est plus le président légitime, avait-on dit. Fort bien, pourquoi pas, l’homme était une caricature d’autocrate corrompu et répressif. Mais il était le dirigeant légitime, du point de vue constitutionnel, de l’Ukraine. On pouvait choisir de dire que la constitutionnalité n’était plus la source essentielle, au regard des évènements, de la légitimité en Ukraine. Mais alors, elle ne l’était plus non plus en Crimée, partie de l’Ukraine, et l’on ne pouvait y refuser à sa population en majorité russophone le référendum sur le rattachement à la Russie, au seul prétexte qu’il était inconstitutionnel. C’était tout simplement incohérent. Par ailleurs, la majorité de nos intellectuels et commentateurs des affaires du monde soutiennent, depuis des décennies, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.  Alors pourquoi pas en Crimée ? En vérité, nous ne nous sommes plus souciés de cohérence, parce que la détestation de Poutine, qui nous fait peur (avec juste raison) nous pousse à chercher, inconsciemment à le « faire disparaître » en rejetant tout ce qui apparaît comme venant de sa décision. Mais les Russes, eux, sont cohérents, et Poutine ne va pas disparaître rapidement.

Il restait enfin, s’agissant des décideurs politiques français, à être conséquents. Après de longues hésitations où l’on a visiblement espéré pouvoir ménager la chèvre et le chou, il faut reconnaître que cela a été, à minima, fait. Plus question, quel qu’en soit le coût financier et social, d’honorer l’accord franco-russe signé en 2011 (après l’invasion russe de la Géorgie…), prévoyant la vente à la Russie de deux BPC (bâtiment de projection et de commandement) de la classe Mistral. La vente de ces bâtiments aurait renforcé les capacités de projection de la Russie, et elle impliquait par ailleurs le transfert de certaines technologies militaires sophistiquées… Cela laissera plus à penser aux Russes que nos déclarations, et nos gesticulations aériennes de 2014 en Pologne et dans les pays baltes (envoi de Rafale et de Mirage 2000 pour « patrouiller »). Patrouiller quoi, d’ailleurs ? Qui a pu croire que nous allions engager l’aviation russe pour la Crimée ou l’Ukraine, laquelle n’est pas membre de l’Otan, et donc pas liée à nous par le pacte de défense mutuelle ?

Alors que la situation dans l’est de l’Ukraine, s’aggrave de nouveau, avec des affrontements à l’arme lourde et des dizaines de morts qui désagrègent un peu plus l’accord de cessez-le feu de Minsk, il faut cesser de se payer de mots. Entre la sidération et la gesticulation, il reste une troisième voie : comprendre ce que ressentent, pensent et veulent les Russes sur l’affaire ukrainienne. Y répondre clairement, sans préjugés ni caricature, en leur signifiant que nous comprenons leur position, même si nous la contestons. Leur dire que nous estimons qu’ils sont dangereux, quelles que soient leurs raisons, ce qui ne fait pas d’eux nos ennemis, mais une menace pour aujourd’hui et demain que nous ne pouvons éluder. Ce pourquoi nous sommes déterminés à leur parler, les yeux dans les yeux.

Entrer, au moment même où les armes recommencent à parler sur le terrain et à provoquer des morts, dans un dialogue lucide qui sera difficile, tout en leur démontrant, comme sur l’affaire des « Mistral », que nous sommes, nous aussi, calmement déterminés, cohérents, et conséquents.

*Photo : Alexei Nikolsky/AP/SIPA. AP21736305_000001.

Edwy Plenel bien en cour au Qatar

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L’affaire est d’une telle importance qu’elle mérite d’être annoncée en «une» de Mediapart, dans sa partie en accès libre, par le président fondateur de ce site, Edwy Plenel himself. Sonnez trompettes et battez tambour ! Le dernier opus du patron moustachu, Pour les musulmans, a été traduit en arabe par Abdellatif El-Korchi, professeur d’histoire à Grenoble, et diffusé de l’Atlantique au Golfe persique comme supplément de Al-Doha Magazine, présenté comme une « revue culturelle qatarie ». En fait, cette revue, étroitement contrôlée par les despotes éclairés au gaz au pouvoir à Doha, est la déclinaison pour les intellos arabophones de l’appareil de propagande des Frères musulmans, dont le vaisseau amiral est la chaine d’information télévisée multilingue Al-Jazira. Edwy Plenel ne manque pas d’amis pouvant faire sa promotion auprès des pétromonarques : Tariq Ramadan, le George Clooney du prêche des Frères en terre impie, avec qui il a mis au point un numéro de duettiste fort apprécié dans nos banlieues, et Dominique de Villepin devenu avocat d’affaires, dont le Qatar est le principal client…

Ce dernier, ainsi que tous les anciens diplomates et personnalités politiques fricotant ou ayant fricoté avec les dictatures pétrolières n’ont, bien entendu, jamais eu à subir l’inquisition moraliste du journalisme d’investigation à la mode Plenel… Lorsque le sujet, parfois, est abordé dans les colonnes de Médiapart, c’est pour fustiger les corrompus (pour la plupart des mâles blancs de plus de cinquante ans), et épargner les corrupteurs.

Cette triste fable rappelle un précédent : à la fin du siècle dernier, Fidel Castro fit arrêter, en pleine nuit, les rotatives du quotidien Granma, organe central du Parti communiste cubain, pour qu’il imprime, toutes affaires cessantes, la traduction espagnole d’un pamphlet antiaméricain d’Ignacio Ramonet, directeur du Monde Diplomatique. Qui à parlé d’idiot utile ?

Ecole, islam et histoire de France : considérations très actuelles

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Médine laïcité ouverte école

Histoire laïcité école islam

Considérations inconvenantes sur l’Ecole, l’Islam et l’Histoire à l’heure de la mondialisation. Le livre vient de sortir (mai 2015) aux éditions de l’Artilleur. Il est signé Bruno Riondel, enseignant d’Histoire en banlieue parisienne. Et comme son titre l’indique, il est violemment inconvenant — puis qu’il dit la vérité. Et vous vous souvenez : « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté… »

Témoignage sur le vif des obstructions systématiques à la transmission des savoirs sur les quinze dernières années — en gros, de la parution des Territoires perdus de la République, le livre publié sous la direction d’Emmanuel Brenner en 2002, jusqu’à l’immédiat après-Charlie. Afin de bien faire comprendre aux aveugles et à ceux qui préfèrent le rester, à tous ceux qui sont dans le déni, à toutes les administrations qui décident habilement de ne répondre à aucun acte délictueux, qu’il est en train de se passer quelque chose de grave dans ce pays. Que sous prétexte de ne pas stigmatiser des populations qui se croient particulièrement défavorisées, et à qui l’on persiste à faire croire qu’on leur doit un dédommagement pour ce que nos ancêtres ont fait aux leurs (un raisonnement qui permettrait aux « gaulois », comme disent les beurs racistes, de réclamer du fric aux Romains pour ce qu’ils ont fait à Abd-el-Kader-Vercingétorix), il faut tout accepter : attitudes délibérément hostiles ou agressives, affirmations aberrantes sur le complot juif qui a amené le 11 septembre, croyances sidérantes sur la construction des cathédrales par des architectes musulmans (les chrétiens étant trop tartes, c’est bien connu). Et globalement, impossibilité de parler de tout ce qui n’est pas écrit dans le Coran, ou pourrait heurter la sensibilité exquise des petits voyous. Expliquer le Cid par exemple. Corneille était un salopard d’islamophobe, et tant pis si c’est Khomeiny qui a forgé le mot. Le temps n’existe pas pour un vrai croyant, je l’ai expliqué moi-même lors des attentats du Bardo.
Quant à Voltaire, inutile de penser en parler. L’auteur du Fanatisme ou Mahomet (dites Muhammad !) est persona non grata — enfin, pas hallal, quoi… Évitons de parler latin. Cela pourrait fâcher Najat VB.

Tout cela, ce sont des anecdotes — mais il y en a tant de disponibles que l’on finit par se demander s’il y a encore en France des endroits où l’on peut faire cours normalement. Le cœur de l’ouvrage analyse en détail la confusion implicite, chez ces adolescents déboussolés par des prêches qu’il faudrait interdire, et vite, entre le cultuel et le culturel.
Je suis en train d’écrire un livre sur la culture — sur la façon dont l’Europe en particulier et le monde occidental en général se suicident culturellement depuis cinquante ans, par cette subversion du culturel par l’économique qui est au cœur du néo-libéralisme, déconstruction de la culture « bourgeoise » (son péché originel pour certains), par abandon de l’école aux forces du marché, grâce à l’entremise de pseudo-libertaires qui ont cru bien faire, les cons, et finalement par islamo-gauchisme.

La culture, comme le dit assez bien Bruno Riondel, se nourrit de temps – elle a une histoire — et d’un grand principe d’incertitude, tout comme le savoir qui l’élabore peu à peu se construit par approximations et réévaluations. Le cultuel, en face, la foi de façon générale, sont hors temps, et s’appuient sur des certitudes — j’ai expliqué ça juste après les attentats du Bardo. Peu de certitudes d’ailleurs : l’hilote musulman n’est pas demandeur de savoirs complexes. Il veut des idées simples — d’où le succès de l’islamisme chez les ados, qui aspirent à un savoir absolu, et ne comprennent pas que le savoir est très relatif, sans cesse battu en brèche, mécontent de lui, et qu’il se confronte sans cesse à ce qu’il ne connaît pas — l’immensité de ce qu’il ne connaît pas.
Pour le croyant, l’immensité est Dieu, et il est inconnaissable. Ses préceptes servent de savoir — et ils sont en nombre très limité. Les femmes sont des créatures inférieures et dangereuses, on les lapide si elles sont impudiques, et on coupe la main des voleurs. Fin d’analyse. Fin de parcours.
Le catholicisme a opéré ainsi il y a encore cinq cents ans — et il est entré dans le temps, depuis. Le protestantisme militant des groupes évangéliques a décidé d’aller affronter l’islam sur son terrain, avec les mêmes procédés et la même croyance délétère en la prédestination. Dès que vous pensez avoir un destin, à quoi bon essayer de la forger en faisant des études ? Allah ou Jéhovah y pourvoiront.
C’est la solution la plus facile, bien adaptée aux imbéciles, qui sont toujours demandeurs de formules du type « yaka ». Juste de quoi remplir les têtes creuses, abandonnées au vide par des programmes exsangues et peu exigeants (Riondel analyse avec finesse la sélection par exemple de l’histoire de l’esclavage, réduit à la traite négrière occidentale, quand l’essentiel a été opéré par des Musulmans et des Noirs eux-mêmes). De vraie culture, peu de nouvelles : des certitudes suffisent.

Au total, un ouvrage bien documentée, qui offre en annexes quelques documents éloquents — des textes peu cités de Churchill, Levi-Strauss et Renan sur l’islam, des témoignages d’enseignants confrontés au négationnisme d’après-Charlie, un message du Cheikh Imran Hosein, grand prêcheur devant l’Eternel (si je puis dire), sur le nécessaire retour des jeunes Français musulmans en terre d’Islam afin de s’y laisser impunément pousser la barbe, etc.
L’ensemble est écrit d’une plume objective, sans grand génie polémique — et c’est d’autant plus efficace : l’auteur ne fait pas de rhétorique (contrairement à un que je connais), il cite des faits, analyse des documents : bref, on le sent historien jusqu’au bout des ongles — le genre qui doit énerver Laurence de Cock. Mais qui fera vos délices.

Considérations inconvenantes sur l'Ecole, l'Islam et l'Histoire à l'heure de la mondialisation

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*Photo : Erez Lichtfeld/SIPA/SIPA/1412091921

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Finale de la Ligue des champions : Valls rate l’atterrissage

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valls barcelone montebourg

valls barcelone montebourg

« Dis Manu, tu sais, dans une vraie boîte, quand c’est ton chef qui doit s’expliquer pour tes notes de frais, c’est que tu as vraiment, mais alors vraiment merdé… »
Voilà en quels termes s’amusait un de mes amis sur un réseau social lundi soir.

Manuel Valls a donc interrompu le passionnant congrès socialiste de Poitiers samedi pour se rendre à la finale de la Ligue des champions de football avec un avion de fonction. Il devait assister à une réunion dont le site internet de l’Equipe avait expliqué trois jours plus tôt… qu’elle avait été annulée par Michel Platini. Le même président de l’UEFA devait être reçu ce mercredi matin à l’Elysée pour un petit-déjeuner de travail à 8h30, auquel le Premier ministre aurait pu être convié, puisque l’agenda présidentiel indique qu’il devait ensuite enchaîner par son rendez-vous traditionnel avec le Président d’avant conseil des ministres. Ce mardi, on apprenait que le fameux avion n’emmenait pas seulement Manuel Valls mais aussi ses deux fils. Convenons que cela ne coûte pas plus cher à l’Etat mais que cela en dit long sur l’esprit de ce voyage, davantage tourné vers le soutien à l’équipe barcelonaise que vers l’organisation du championnat d’Europe 2016 en France.

Que le Premier ministre ait une tendresse pour le FC Barcelone, et qu’il préfère assister à un superbe match qu’à un dîner assommant en compagnie de Jean-Christophe Cambadélis et Jean-Marie Le Guen, qui suis-je pour le lui reprocher ?
Le problème, c’est que, comme l’indique plus haut mon malicieux copain, il a, par ses bobards, mis le Président de la République dans une situation intenable en l’obligeant à confirmer lesdits bobards. Quand on vient de mettre à l’index une haut fonctionnaire coupable d’avoir eu quelques largesses en sa faveur en déplacements de taxis, quand des membres éminents du PS viennent de faire grief à Nicolas Sarkozy d’avoir pris l’avion pour aller au Havre, aux frais de son parti, pour une réunion de son parti, tout cela ne fait pas très sérieux.

Comme le soulignent de nombreux observateurs, Manuel Valls voit sa réputation de super-communicant mise à mal. Les cordonniers sont-ils les plus mal chaussés, même en matière de com’ ? On pourrait finir par le croire, tant cette séquence apparaît comme un fiasco total, à tel point qu’on se demande à l’heure où on rédige ces lignes, si le Premier ministre n’a pas pris définitivement le fameux toboggan, qui le fera descendre dans les enfers sondagiers. Comment ne pouvait-il pas anticiper une telle polémique ? Comment pouvait-il penser que sa fable sur la réunion de l’UEFA en marge du match ne serait pas vérifiée et infirmée dans les jours suivants ? Valls a-t-il conscience qu’il vit en 2015, à l’heure des réseaux sociaux, de la transparence à outrance et du fact-checking ? Alors qu’il pouvait très bien se faire organiser un visionnage du match avec des militants à Poitiers, lui dont on répète qu’il a une grosse marge pour séduire ces derniers, il a préféré une tribune présidentielle à Berlin avec tous les risques que cela comportait pour son image. Surtout, il a pris les gens pour des imbéciles alors qu’il aurait dû assumer dès le début en expliquant, par exemple, qu’il eût été discourtois de ne pas accepter l’invitation de l’UEFA pour le match, et le match seulement. C’est moins ce déplacement et les 14 000 euros dépensés qui lui seront reprochés que l’impression d’un « foutage de gueule » aux conséquences incalculables.

Comme si cela ne suffisait pas, pendant que Neymar et Messi donnaient la victoire à l’équipe favorite de Manuel Valls, les rotatives du JDD imprimaient un texte au vitriol de Montebourg et Pigasse : « Hébétés, nous marchons vers le désastre ». Évidemment, l’ancien ministre de l’Economie n’a pas fait que des heureux du côté du camp du Premier ministre. Sans l’affaire de l’avion, on pourrait même dire que Valls avait réussi à faire passer Montebourg pour un méchant aigri. Ce dernier doit maintenant boire du petit lait. Valls est aujourd’hui affaibli, et le Président risque de lui en vouloir de l’avoir mis dans une situation aussi difficile. Macron peut désormais se tenir prêt. Et Montebourg affûter ses couteaux.

*Photo : JEFFROY GUY/SIPA. 00707149_000001.

Emeutes à Tourcoing: le spectre de Clichy-sous-Bois

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émeutes Tourcoing Clichy-sous-Bois

émeutes Tourcoing Clichy-sous-Bois Gérald Darmanin

En cette période printanière, le climat semble avoir carrément viré à l’orage à Tourcoing.  Dans la nuit du dimanche 31 mai au lundi 1er juin, une patrouille de police a tenté de contrôler les trois occupants d’une 106 qui venaient de griller un feu rouge. Résultat : une tentative de fuite qui s’est terminée dans un arbre. Distancés, les policiers sont arrivés sur place quelques instants plus tard pour constater les dégâts : un mort, le passager avant, âgé de 19 ans, le conducteur dans le coma et une fracture du tibia pour le passager arrière.

Le bilan a été lourd aussi pour la ville : une soixantaine de véhicules brûlés depuis lundi, deux cent policiers et gendarmes mobilisés, des dizaines d’arrestations, débouchant sur quelques comparutions immédiates. A l’issue des affrontements, qui se sont propagés également à Roubaix, deux policiers ont été blessé par une voiture dont le conducteur leur a foncé dessus. L’épicentre des émeutes, le quartier de la Bourgogne à Tourcoing, a été ravagé et il est encore difficile de chiffrer la facture après sept nuits de violences. Ces émeutes ont été l’objet d’un traitement pudique dans la presse écrite comme sur les antennes radios et télé, et la couverture médiatique n’a pas vraiment été à la mesure de l’impressionnant déploiement policier. De loin en loin ont été évoqués les « échauffourées », « violences » et affrontements entre « jeunes » et forces de l’ordre, sans dépasser le cadre imposé par les éléments de langage habituels. L’incident, dans son déroulement et sa conclusion, souligne pourtant de manière inquiétante les tensions qui persistent deux semaines après l’épilogue de l’affaire de Clichy-sous-Bois, point de départ des émeutes de 2005.

Le verdict rendu par le tribunal de Rennes, le 18 mai dernier, concluant l’affaire du décès de Zyed et Bouna, a au contraire suscité de très nombreuses réactions dans les médias et la classe politique. Le 27 octobre 2005, les deux mineurs avaient pris la fuite pour éviter un contrôle de police et tenté de trouver refuge dans un transformateur EDF, avant de mourir électrocutés. L’accident tragique avait mis le feu aux banlieues françaises, occasionnant la destruction de milliers de véhicules et de dizaines de bâtiments privés ou publics, dont des écoles, des gymnases ou des médiathèques. La mort de Zyed et Bouna a été largement commémorée et la relaxe des deux policiers inculpés de « non-assistance à personne en danger », a suscité l’émotion et l’indignation dans les quartiers où avaient éclaté les émeutes bien sûr, mais aussi chez un certain nombre de personnalités. L’universitaire et sociologue Daniel Lapeyronnie, professeur à Paris IV, n’a pas hésité à évoquer dans le journal Le Monde du 19 mai dernier, un « verdict politique » et un « déni de justice ».

La proximité chronologique entre les émeutes récentes de Tourcoing et le verdict médiatique de l’affaire Zyed et Bouna permet de tracer quelques parallèles. Si l’on considère pour commencer la réaction de Daniel Lapeyronnie, on remarque que son eulogie sociologique laisse de côté, comme cela a été le cas dans la plupart des médias et chez nombre de commentateurs, la mort de trois autres personnes au cours des émeutes de 2005 : Salah Gaham, Jean-Jacques Le Chénadec et Jean-Claude Irvoas. Salah Gaham, gardien d’immeuble de 34 ans à Besançon, est mort asphyxié dans la nuit du 2 au 3 novembre 2005, après avoir tenté d’éteindre l’incendie déclenché dans le hall de la cité étudiante où il travaillait. Jean-Jacques Le Chénadec, lui, était âgé de 61 ans et résidait à Stains dans le 93. Descendu éteindre un feu de poubelle le soir du 4 novembre 2005, il est mort des suites d’un coup de poing reçu au cours d’une altercation. Son meurtrier, Salaheddine Alloul a été condamné à cinq ans de prison. Jean-Claude Irvoas, 56 ans, employé par une société d’éclairage urbain, est décédé le jour ou Zyed et Bouna ont trouvé la mort dans un transformateur. Pris à partie alors qu’il photographiait un lampadaire, il a été battu à mort. Les agresseurs et leurs complices ont été condamnés en 2007 à des peines de 2 à 15 ans de réclusion.

On soulignera bien sûr que le drame de Zyed et Bouna n’avait pas encore connu de règlement judiciaire et que les familles étaient toujours en attente d’un jugement. Pour autant, la réaction très outrée de Daniel Lapeyronnie exploite sans remord l’émotion suscitée par l’événement, tout en faisant la démonstration d’un pathos très sélectif. Il semble d’abord assez juste de rappeler à l’universitaire, et à ceux qui tiennent le même discours que lui, les autres tragédies qui ont accompagné les émeutes de 2005. D’autant plus que Lapeyronnie assimile un verdict de justice à une décision politique de façon plutôt cavalière et que son argumentaire, auquel son titre universitaire est censé apporter une caution scientifique, dénote une approche très idéologique de l’événement. « Justice de classe, justice blanche entérinant le racisme et légitimant la violence », proclame Lapeyronnie. On se croirait chez Emmanuel Todd qui, dans son récent Qui est Charlie ?, déploie également sans mesure et sans nuance tout l’éventail du discours victimaire, et se laisse aller à un manichéisme tendant visiblement à devenir une forme d’obsession dans les départements de sociologie français. Catholique zombie contre minorités fragiles et opprimées chez Todd, « justice blanche et justice de classe » chez Lapeyronnie, le vocabulaire des deux intellectuels est assez caractéristique d’une intelligentsia qui s’est depuis trente ans choisie une nouvelle classe d’opprimés à défendre avec les populations immigrées des banlieues, aussi bien idéalisées que réifiées par ces nouveaux croisés. Comme chez Todd, ce manichéisme médiatique, qui ne manque pas en retour de provoquer des crispations très identitaires dans l’électorat perdu pour le PS, dessert l’analyse, pourtant nécessaire, du désastre de la politique à la fois migratoire, urbaine et sociale de la France. Lapeyronnie souligne avec raison que « la distance et la méfiance vis-à-vis de la République ont aussi considérablement augmenté » et que « les réactions aux attentats de janvier ont aussi révélé ce sentiment d’étrangeté ou de non-appartenance à la République ou à une même nation. » Il suffit d’observer la similitude entre le déroulé des événements de Clichy-sous-Bois et celui des émeutes de Tourcoing il y a quelques jours pour s’en convaincre.

Dans les deux cas, une simple tentative de contrôle d’identité, l’une après un signalement de vol, l’autre après un feu rouge grillé, provoque la fuite immédiate des suspects. Sans que les forces de police en soient directement responsables – parce qu’il faut encore le rappeler, la France ce n’est pas les Etats-Unis et Clichy ou Tourcoing, ce n’est pas Ferguson ou Baltimore – les fuyards trouvent la mort, soit en entrant dans un transformateur EDF, soit en percutant un arbre après une course en voiture dont il est heureux qu’elle n’ait pas fait d’autres victimes. La nouvelle se répand comme une trainée de poudre et déclenche des violences qui pourraient passer pour insurrectionnelles s’il existait une quelconque solidarité entre des bandes de cité, qui affichent au contraire un comportement exclusivement territorial. Les conséquences ont été, dans le cas récent de Tourcoing, bien moindres que celles de Clichy car les émeutes ont été rapidement circonscrites. Et il est sans doute heureux qu’elles n’aient pas été plus médiatisées. Cela aurait pu entraîner à nouveau ce phénomène de surenchère qui avait mis le feu aux banlieues françaises en 2005. Mais comme à Clichy, le retour au calme à Tourcoing signifie le retour au statu quo et le décompte de la facture, forcément salée pour les pouvoirs publics et les contribuables. Les « quartiers » redeviennent des lieux où sévissent un chômage massif et une délinquance endémique. Les pouvoirs publics interviennent à minima dans ces territoires perdus de la république, pour reprendre l’expression utilisée en 2002 par l’historien Georges Bensoussan.

Pour le maire de Tourcoing, Gérald Darmanin (UMP), le baptême du feu a été rude. Né à Valenciennes, député de la dixième circonscription du nord depuis 2012, conseiller municipal de Tourcoing depuis 2008, il a été très largement élu en mars 2014 face au socialiste Michel-François Delannoy. Placé par les émeutes de la semaine dernière dans une situation plutôt difficile, le nouveau maire de Tourcoing a soutenu le déploiement des forces de l’ordre décidé par la préfecture du nord. De ce fait, il s’est attiré les critiques des milieux associatifs et des familles, qui ont dénoncé les violences policières et insisté sur la qualité de victime de Pierre-Eliot Zighem, le passager de la Peugeot 106 qui s’est encastrée dans un arbre après sa course folle. Le même mécanisme que lors des émeutes de Clichy – ou celles de Villiers-le-Bel en 2007 – s’est mis en place : délinquance, fait divers tragique, mise en cause de la police et bouffée délirante débouchant sur des émeutes, répression policière et protestations des habitants contre leur isolement social et économique. Mais aussi : victimisation des individus dont la fuite immédiate, qui trouve une issue tragique, montre la défiance largement entretenue vis-à-vis de la police et des pouvoirs publics dans des zones de non-droit.

Des quartiers pas délaissés par tout le monde, cependant, car si quelque chose a changé depuis 2005, c’est le rôle préoccupant joué par une religiosité qui, dans la jeunesse des banlieues en particulier, ne prend pas une forme très républicaine. Ali Benfalia, attaché territorial de 54 ans et fondateur en 2013 de l’association Baniya, en lutte contre l’islamophobie, le reconnaissait lui-même après les attentats de janvier 2015 dans Nord Eclair : « Ces événements sont le début d’une histoire. À un moment la France va devoir s’interroger sur sa propre diversité religieuse et sur pourquoi des gens en viennent à ce type de réaction. (…) Je suis très pessimiste parce que des jeunes sans lien affectif, sans repères, j’en croise beaucoup en tant qu’éducateur. » Comme le dit lui-même Daniel Lapeyronnie dans Le Monde : « En dix ans, venant combler le vide politique, l’islam a pris une place centrale dans la vie sociale et individuelle. Pour une grande partie de ces populations, il s’agit là de la seule ressource culturelle et politique disponible. » On ne le contredira pas là-dessus, regrettant seulement que les facteurs d’unification de la jeunesse dans des zones de plus en plus coupées de la nation soit la violence urbaine ou l’islamisme radical. La solution ? Le retour des pouvoirs publics dans ces quartiers, certainement, mais le contexte économique ne semble pas favorable. On ne sent pas plus de réelle volonté politique d’agir au niveau national. Du côté des habitants des quartiers concernés, comme celui de la Bourgogne, certains prônent la responsabilisation, comme l’ancien candidat aux municipales Mansour Néchaf, dans La Voix du Nord du 7 juin, qui appelle à « veiller à ce que nos enfants en âge d’être potentiellement émeutiers soient à la maison et à l’abri près de nous, à partir de 22 heures. » Ça non plus, ça ne paraît pas gagné.

*Photo : BAZIZ CHIBANE/SIPA/1403311641

Un Français: peut-on filmer un facho?

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diasteme un francais

diasteme un francais

Il paraît qu’il y a eu, avant même sa sortie en salle, une polémique autour du dernier film de Diastème, Un Français, qui raconte sur un gros quart de siècle l’itinéraire d’un skinhead ultraviolent qui finit par trouver, comme on dit, sa rédemption. Tantôt on nous explique que les milieux d’extrême droite s’enflamment sur les réseaux sociaux parce qu’on caricaturerait leurs idées, tantôt on nous explique qu’une certaine gauche renâclerait devant un portrait par trop empathique du personnage de Marco, joué par le remarquable Alban Lenoir. Des avant-premières ont été supprimées et le film rencontrerait des difficultés à être distribué. L’hypothèse selon laquelle il s’agirait d’un habile plan com’ n’est pas non plus à exclure d’après certains.

Il n’en demeure pas moins que ce film a le mérite d’exister. Le cinéma français est incroyablement timoré dès qu’il s’agit d’aborder certains sujets. Il suffit de comparer la rareté des films sur la guerre d’Algérie en France et l’abondance de ceux sur la guerre du Vietnam aux USA. Quant à l’extrême droite, le sujet est carrément tabou. Entre les prophéties autoréalisatrices des producteurs qui estiment que les films politiques n’intéressent pas le spectateur et le désir de mettre la poussière sous le tapis dès qu’un sujet pourrait susciter la polémique, parler des fachos, les filmer sans sombrer dans l’antifascisme de pacotille, est devenu un véritable impensé du cinéma français.

Diastème a décidé de passer outre. On ne pourra que l’en remercier. Avec des maladresses, des approximations, sans doute un trop grand désir didactique, mais il a bien fait. Son personnage principal a son âge, né au mitan des années 60, avec la première génération confrontée au chômage de masse.  Le réalisateur confie avoir eu le déclic sur cette histoire au moment de la mort de Clément Méric quand il s’est aperçu que les visages des agresseurs étaient ceux qu’il avait croisés dans sa propre adolescence. Les mêmes causes engendrant les mêmes conséquences, c’était assez logique de s’interroger sur cette permanence.

Parler de l’itinéraire d’un skinhead dans ces années qui vont du second tour de l’élection de Mitterrand en 88 aux manifs contre le mariage pour tous a été pour Diastème une manière de relire tout un pan d’histoire récente en faisant apparaitre cette violence d’extrême droite non pas comme une cause mais comme un symptôme. C’est peut-être ce qu’on reprochera le plus à Un Français à l’âge du politiquement correct triomphant : il n’est jamais dans le jugement, le message, le catéchisme. On suit Marco sans que jamais la caméra ne l’admire ni ne le plaigne. Le spectateur est traité en adulte, renvoyé constamment à sa propre évaluation de ce qu’il voit. Il n’y aura personne pour lui tenir la main dans le noir et Dieu sait qu’il fait noir dans Un Français.

Il faut aussi saluer la manière dont Diastème s’empare de la violence. Pas d’esthétisme, pas de gore non plus, à l’image de ce long plan séquence, caméra à l’épaule où l’on assiste à l’affrontement avec un redskin qui reproche à Marco une usurpation d’appellation, le mouvement skin  canal historique n’ayant jamais rien eu de commun avec l’extrême droite. Là, le corps de Marco se transforme presque sans avertissement en machine à détruire. On saluera également comment la complexité des rapports entre ces skins et le FN (jamais nommé dans le film, on voit juste les leaders apparaitre pendant des infos télévisées) est évoquée. Utilisés comme troupes de choc, lâchés quand ça tourne mal comme dans l’assassinat du jeune marocain en marge des défilés du 1er mai 1995, réintégrés pour les plus intelligents d’entre eux afin de servir de candidats motivés avant d’être de nouveau rejetés dans les ténèbres extérieures pour cause de respectabilisation du parti, ils sont victimes périodiquement de nuits des petits couteaux.

De tout cela, Marco s’en aperçoit parce qu’il change. Une crise d’angoisse s’empare de lui, un jour, dans un bus, alors qu’il fait peur sans vraiment le vouloir à une famille d’Algériens. Un pharmacien qui lui aussi ne sera jamais dans le jugement va lui soigner un peu le corps et beaucoup l’âme. On n’est pas obligé de croire à cette providence. C’est sans doute un des aspects les plus faibles du film, ce deux ex machina à la Croix verte. De la même manière,  on n’est pas obligé d’adhérer aux scènes d’un comique parfois involontaire montrant comment se mêlent à l’occasion dans des salons très bourgeois les garçons rasés en bombers et rangers à lacets blancs avec les jeunes filles NAP à l’exquise blondeur.

Mais finalement, c’est peu de chose en regard de l’intelligence du propos et surtout de son pessimisme janséniste: en s’éloignant des « boneheads » puis de toute idéologie d’extrême droite, Marco ne gagne rien sinon le mépris des anciens copains (quand ceux-ci ne sont pas camés ou en taule), un mariage raté, un boulot ennuyeux, une solitude définitive dans le HLM où ses parents sont morts.

Nimier faisait dire à un de ses personnages, dans Le Hussard Bleu, « Je préfère rester fasciste bien que ce soit baroque et fatigant ». Marco, lui, a préféré ne pas.

 

Un Français  de Diastème, en salle à partir du mercredi 10 juin.

Valls, un homme à la mesure de l’emploi?

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(Avec AFP) – Après le vote mouvementé d’une sorte de « Small patriot act » – la loi renseignement – Manuel Valls présente ce qu’il considère comme un « Small business act » en faveur de l’emploi dans les petites et moyennes entreprises (PME).

Une prime de 4 000 euros va être immédiatement créée et versée aux entreprises sans aucun salarié qui effectuent leur première embauche, a annoncé à la presse le Premier ministre, après un conseil des ministres retreint à l’Elysée.

Cette prime, de 2 000 euros la première année et 2 000 euros la seconde, sera versée pour tous les CDI et CDD de plus de 12 mois signés entre ce mardi et le 8 juin 2016, selon Matignon. Sont concernées les entreprises n’ayant jamais eu de salarié ou n’en ayant pas eu depuis au moins 12 mois.

Cette mesure « permettra de créer de 60 000 à 80 000 emplois », affirme le ministre de l’Economie Emmanuel Macron.

Valls 18 mesures pour l'emploi PME

Le gouvernement va également plafonner les indemnités prud’homales accordées aux salariés licenciés sans cause réelle et sérieuse, a annoncé mardi Manuel Valls.

Ce plafonnement variera selon la taille de l’entreprise et l’ancienneté du salarié licencié, mais ne concernera pas les grandes entreprises et les « atteintes graves au droit du travail », comme les discriminations ou le harcèlement.

Autre mesure : le gel pendant trois ans de l’effet des franchissements des seuils fiscaux jusqu’à 50 salariés. Car ces seuils d’effectifs déclenchent des prélèvements fiscaux et sociaux supplémentaires pour les entreprises.

Ce gel concernera tous les seuils fiscaux franchis jusqu’à fin 2018 et leurs effets seront neutralisés pendant trois ans après le franchissement.

Parmi ceux-ci, tous les seuils franchis au 9e ou au 10e salarié (notamment formation professionnelle et versement transport) seront relevés au 11e salarié.

Concernant le contrat de travail, le gouvernement ne touchera pas au contrat à durée indéterminée (CDI) mais il va assouplir la réglementation des contrats à durée déterminée (CDD) et les contrats d’intérim. Ceux-ci pourront être renouvelés deux fois, au lieu d’une actuellement.

Cette mesure, que réclamait le patronat, se fera « sans bien sûr toucher à la durée maximale de 18 mois » prévue par la loi pour les CDD, a précisé le Premier ministre, en indiquant que la mesure figurerait dans un amendement au projet de loi Rebsamen en cours d’examen au Parlement.

Mais surtout – last but not least – le gouvernement va encore renforcer la législation sur le détachement, système allègrement dévoyé consistant à faire ponctuellement appel à des travailleurs étrangers venus d’un autre pays de l’Union européenne. Objectif : faciliter les sanctions financières contre l’entreprise dont le sous-traitant aura commis une fraude aux travailleurs détachés.

Un donneur d’ordre pourra notamment être tenu solidairement responsable des fraudes à la législation sociale commises par son sous-traitant, par exemple l’absence de versement de cotisations sociales ou le non-respect du salaire minimum.

Reste un problème que ce plan ne suffira pas à résoudre : la fiscalité à laquelle sont soumis les employeurs de ces travailleurs détachés dans leurs pays d’origine reste beaucoup plus légère que la nôtre. Et notre compétitivité en pâtit, même si les travailleurs détachés sont dûment déclarés et décemment rémunérés. Il y a dix ans, Manuel Valls, qui s’était opposé au Traité constitutionnel européen, critiquait une « Europe de plus en plus marquée par le libéralisme ». Avant de finalement voter Oui, expliquant respecter la ligne du PS et « faire le choix de Hollande ».

En 2017, pas sûr que Manuel Valls s’abaisserait à ce « Small political act »…

*Photo : WITT/SIPA/1502121815

Syrie: y a-t-il un pilote dans l’avion de la coalition?

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syrie nosra etat islamique

syrie nosra etat islamique

Il y a une quinzaine de jours, la stratégie de la coalition internationale était gravement remise en cause après les prises de Palmyre et Ramadi par l’Etat islamique. Pour la soixantaine de pays qui soutiennent les Etats-Unis dans leur combat contre Daech, ce fut un revers inédit depuis le début des frappes il y a un an.  Plus qu’un revers, c’est une déculottée en  rase campagne que l’opinion publique n’a pas comprise. Pourquoi les chasseurs bombardiers sont-ils restés cloués au sol? Le prétexte consistant à ne pas soutenir des milices chiites contre Daech est incompréhensible alors que les Français voient plus d’un millier de leurs enfants partir se battre en Syrie pour mieux se retourner contre leurs parents.
En guise de réponse, Laurent Fabius a annoncé une réunion d’urgence de la coalition à Paris. Et puis rien. Comme prévu, la conférence s’est tenue à Paris dix jours après. On espérait un sursaut, une clarification de la situation et la redéfinition des objectifs de guerre. Mais rien n’a filtré, hormis l’exaspération du premier ministre irakien Haïdar Al-Abadi en conférence de presse. Les derniers bombardements de la coalition effectués à Alep ce week-end ne devraient pas nous aider à comprendre la nouvelle stratégie de la coalition.

Jusqu’à présent, cette dernière se contentait en Syrie (où la France brille par son absence) de défendre les bastions kurdes autour de Kobané et de Hassaké et de pilonner les positions de l’Etat islamique dans ses fiefs de Raqqa et Der-ez-Zor, frappant même les forces d’Al-Nosra près d’Idlib. Mais l’Occident s’était bien gardé de prendre part aux luttes intestines entre les différentes chapelles djihadistes. D’après l’Observatoire syrien des droits de l’homme, un site affilié à l’opposition, la coalition aurait pour la première fois ces derniers jours appuyé la défense du front Al-Nosra (Al-Qaïda en Syrie) pour contrer les avancées de l’Etat islamique autour d’Alep.

Peut-on imaginer l’aviation américaine voler au secours des successeurs de Ben Laden au Levant, quatre ans après son exécution au Pakistan? Le Pentagone est-il assez crédule pour croire à la «modération» affichée d’Abou Mohamed Al-Jolani, le chef d’Al-Nosra, diffusée gracieusement sur Al-Jazira, la chaîne de notre allié qatari?

C’est à se demander s’il y a un pilote dans l’avion de la coalition en Syrie.  La branche d’Al-Qaïda en Syrie est tellement imbriquée avec les autres factions djihadistes « modérées » qu’on peut s’interroger sur l’objectif et l’origine exacte de ces frappes. Les pétromonarchies ont les bases, l’argent, et le pouvoir de choisir leur cibles. Al-Nosra est le meilleur allié anti-chiite des pays du Golfe, c’est donc à eux que profite le crime. L’hypothèse selon laquelle les Américains perdraient progressivement le contrôle des opérations de la coalition aérienne ne peut être exclue. Déjà en Libye, les Etats-Unis n’étaient pas parvenus à diriger la coalition, mais l’objectif était le même pour tout le monde: la chute de Kadhafi – puis advienne que pourra.

La stratégie de gribouille de la coalition, cette realpolitik à la petite semaine, est d’autant plus débile que les pays occidentaux se parent des vertus de la démocratie au Moyen-Orient quand leurs alliés autocrates ne cherchent qu’à massacrer les chiites. Ainsi, les pays du Golfe et la Turquie veulent faire tomber Assad au plus vite, tandis que les Etats-Unis font du combat contre l’Etat islamique leur priorité.

En regroupant une soixantaine d’alliés aux intérêts contradictoires et aux objectifs divergents, la coalition ne parvient pas à choisir son adversaire et ses vrais alliés.

Foch disait ne plus admirer Napoléon depuis qu’il était à la tête d’une coalition. Pourtant Napoléon a été vaincu lorsque la coalition européenne s’est décidée à se battre pour de bon. Et Foch a vaincu l’Allemagne lorsqu’il a obtenu le commandement suprême des alliés.

Quand les pays sunnites seront convaincus par l’Europe, l’Amérique et la Russie que l’Etat islamique est notre ennemi principal, alors la coalition ne sera plus seulement une coalition mais une véritable alliance, et la victoire deviendra possible.

*Photo : Uncredited/AP/SIPA. AP21743809_000002.