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Charlie Hebdo : les mots pour le dire

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Le massacre de Charlie Hebdo et son traitement par Internet, les réseaux sociaux et les chaines infos peut être l’occasion  d’une leçon de vocabulaire ou de réfléchir au sens des mots. Comment le dire, comment en parler, comment essayer de formaliser l’émotion  sans sombrer dans l’abjection ou l’obscénité.

Les réactions de certains tweetos, qui se réjouissaient ouvertement de l’attentat dans une orthographe approximative, réactions relevées et dénoncées par Jean-Paul Brighelli et Marc Cohen relevaient de l’abjection. L’abjection nous apprend le Littré, c’est ce qui est vil, qui doit être rejeté. Lautréamont, dans les Chants de Maldoror, parlait « du requin de l’abjection individuelle et du colimaçon monstrueux de l’idiotisme ». Comme cela a été justement souligné par l’ami Marc, une forte dimension de bêtise, qui n’excuse rien en l’occurrence, était en effet associée à ces prises de position qui n’avaient qu’un seul mérite : elle étaient abjectes, certes, mais elles étaient gratuites dans  la mesure où  s’exprimait une opinion, évidemment proche du degré zéro de la pensée, de la compassion ou de la sensibilité mais une opinion tout de même.

On franchit un stade, qui est celui qui nous amène de l’abjection à l’obscénité avec ce que l’on pourrait appeler le marketing de l’horreur. L’obscénité, c’est nous apprend le Littré, encore lui, ce qui offense la pudeur. Si l’on convoque l’étymologie, c’est ce qui doit rester hors de la scène. Les télés d’info continues sont presque nécessairement obscènes puis qu’elles vivent de ce qu’elles vont montrer ou pouvoir montrer pour accrocher le téléspectateur sur le mode hypnotique. C’est ainsi qu’on voit  les journalistes, et sur les plateaux et sur le terrain, finir par dire à peu près n’importe quoi à cause de la fatigue, de la répétition et d’une excitation qui finit par devenir, proprement, obscène. Pour qui est sensible à la tessiture des voix, l’hystérie rôde et l’hystérie ce n’est pas franchement bon pour l’info : or, ce que l’on devrait demander à une chaîne info, c’est de l’info, pas du spectacle.

L’obscénité naît de ce décalage. L’exemple le plus significatif a été cette danse du ventre autour des images de l’exécution du policier Ahmed Merabet. L’embargo annoncé avec des trémolos moraux dans la voix a assez vite cédé. Et d’images arrêtées en images arrêtées, on a fini  par tout voir. On le voyait déjà sur les réseaux sociaux ? Et alors, les réseaux sociaux ne sont pas des chaines infos mais le plus souvent des défouloirs. On pourra toujours estimer que voir la mort d’un homme exécuté par deux salopards alors qu’il est à terre et qu’il demande grâce relève de la pédagogie. Non, cela relève de l’obscénité pure et simple. Cette horreur ne convaincra personne. Les petits  cons qui approuvaient l’attentat par tweet ne seront pas convaincus par cette horreur et ceux qui savent à quoi on a affaire sont assez grands pour qu’on ne leur mette pas les points sur les i de cette façon là. Il ne me semble pas que la détermination de la population à lutter contre le terrorisme ait été moins forte dans les années 80, -je me souviens de l’horreur de l’attentat à la FNAC de la rue de Rennes-,  alors que nous n’étions pourtant pas abreuvés d’images de mutilations ou de corps explosés.

Dans un autre domaine, je ne sais pas qui a lancé le slogan « Je suis Charlie » qui est manifestement une émanation de ce génie populaire où naissent des formules qui resteront dans l’histoire, lors des moments de crise, comme en mai 68 avec « Nous sommes tous des juifs allemands » ou « Sous les pavés la plage ». Mais, par exemple, en 68, on n’a pas transformé comme ce fut le cas en moins de 36 heures pour « Je suis Charlie » ces slogans en tee-shirt, exhibé par Ali Baddou sur Canal, lui qui trouve Houellebecq à gerber mais manifestement pas une telle exhibition textile de bonne conscience.

En temps de guerre, ce n’est pas nouveau, les affaires continuent. Un stade supérieur de cette obscénité commerciale a été franchi sur Ebay. On y trouve le dernier numéro de Charlie sorti le jour même du massacre entre 650 et 1 000 euros en vent « immédiate » et une enchère montée jusqu’à 75 000 euros….

C’est quoi la prochaine étape, des photos volées à la morgue?

Charlie Hebdo : je suis en colère!

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Je suis en colère! Un sentiment qui dépasse la tristesse mais qui n’en est que plus douloureux, car il renforce le sentiment d’impuissance.

Pas parce qu’en tant qu’auteur de BD, je me sens solidaire de gens qui ont compté personnellement pour moi et qui ont participé à la construction de ma personnalité, par leur caractère gentil, lucide, drôle mais sans concession.
Non, je suis en colère pour ce qu’on leur a fait, tellement prévisible, et pour le traitement qui en est présenté en tentant d’occulter le fait musulman, dans la logique imposée de l’assimilation d’une religion à une race, afin d’en empêcher toute critique.
Les circonvolutions se succèdent et se ressemblent afin d’effacer tout rapport à l’Islam, à l’instar des voitures bélier de Noël. En traitant aussi, par exemple, l’immense  Uderzo, qui dessine dans un hommage des babouches, de raciste. Lui qui en est l’exact opposé et est la tolérance incarnée.

Les « je suis Charlie » d’aujourd’hui étaient les premiers à excuser les manifestations de haine qui ont déferlé dans le monde musulman (pas Islamiste radical, j’insiste !) suite aux caricatures de Mahomet, et qui, pour rappel, ont occasionné des morts innocents vite oubliés.
Les « je suis Charlie “ d’aujourd’hui étaient les premiers aussi à tenter de faire taire ceux qui tiraient la sonnette d’alarme, qui parlaient du réel.
Les « je suis Charlie » d’aujourd’hui cautionnaient l’idée d’une loi anti-blasphème, héritée des périodes les plus obscurantistes de notre histoire.
La presse « officielle » prend grand soin en outre de passer sous silence les manifestations d’allégresse d’Egypte, de Tunisie, du Liban et…d’Europe dans certains « quartiers ».

Ces hommes ne sont pas morts pour la liberté d’expression. Appelons un chat un chat! Ils sont morts parce qu’ils s’étaient moqués d’une religion.

Alors, Mesdames et Messieurs qui nagez dans le sens du courant, ayez au moins la décence de la fermer! La bonne conscience doit rester cohérente!
Je sais que je me ferai encore insulter, « baquer » par des amis Facebook, mais je m’en fous.
Le réel n’est pas joli, ho non. Mais il existe. Alors qu’on partage sans compter la réaction de Dalil Boubakeur, ça rassure, on fait cependant peu d’échos de celles de responsables dans les pays musulmans, tel en Tunisie, où le ministre des Affaires religieuses appelle les médias à travers le monde entier à éviter de porter atteinte aux religions et au sacré.
On oublie également  le procès intenté à Charlie par la Grande Mosquée de Paris, l’Union des Organisations Islamiques de France et la Ligue Islamique Mondiale.

Ceci dit, je tiens à préciser que je mets dans le même sac les connards qui brûlent les mosquées. Les extrêmes se touchent.

Moi aussi j’aimerais, comme l’a un jour écrit Elisabeth Lévy, ne fut-ce qu’un jour, être dans le camp du bien. Que cela doit être confortable et rassurant.
Mais c’est seulement en m’endormant que je peux m’imaginer être au pays des Bisounours. En fermant les yeux.
Malheureusement pour moi, au réveil, les yeux s’ouvrent.
D’autres se sont fermés définitivement, pour avoir refusé de regarder dans le sens du troupeau.

Charlie Hebdo : c’est le moment de crever l’abcès

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Le fanatisme a de nouveau frappé. On s’étonne, on ne comprend pas, on s’indigne. Mais, pour le spectateur attentif, cela était prévisible. Prétendre le contraire serait prêter le flanc à la barbarie en marche. C’est tendre le cou aux couteaux depuis longtemps aiguisés pour la boucherie millénaire. Il ne faut pas se voiler la face en pensant que ce qui s’est passé dans les locaux de Charlie Hebdo est un acte ponctuel ou isolé. Cet acte est, passez-nous l’expression, comme un fruit qui a mûri et qui s’est détaché de sa branche. Attention, dire cela ne signifie pas qu’on cherche des explications pouvant se transformer en justifications de l’opprobre ayant eu lieu mercredi 7 janvier  entre 11h15 et 11h 20, au 10 rue Nicolas-Appert à Paris, dans le 11ème arrondissement. Comme quoi, cela n’arrive pas qu’aux autres. Le Norvégien Breivik a ses frères, même si les mobiles, les dogmes, les raisons semblent être différents. Au fond, Breivik ne diffère pas trop de Merah, Nemmouche et des frères Kouachi. Ils ont tous le même engouement pour le sang et ils maquillent cette folie assassine par des fioritures mystico-minoritaires qui n’ont de sens que pour les partisans des « identités meurtrières » (Amin Maalouf).

Cela va de soi, cette tuerie abjecte a été condamnée par tous les États et par toutes les instances internationales. Ainsi, même certains pays « amis », où les droits de l’Homme et la liberté de la presse sont bafoués d’une façon systématique, ont dénoncé ce crime abominable. Les bons sentiments sont au rendez-vous et l’heure est au recueillement. Soit. Mais rien dans tout cela qui puisse résoudre le problème, celui de la terreur rampante, car ce qu’il faut signaler, ce n’est pas tant le crime lui-même que la nécessité de le prévenir, de savoir comment il prend vie, se forme et se transforme en opérations terroristes. On a tout de suite entendu les politiques et certaines figures parapolitiques appeler à ne pas confondre l’islam et l’islamisme, les musulmans et le terrorisme. C’est certes la voix de la sagesse, mais est-ce bien suffisant ? N’est-ce pas enfin le moment opportun pour crever l’abcès et se poser les bonnes questions ? L’hypocrisie est de rigueur en politique, nul n’en doute, mais celle qui, par laxisme ou par calculs machiavéliques, permet l’assassinat, doit impérativement être sanctionnée. Il en va de même pour l’exercice de la pensée, car les voix qui ressassent les mêmes platitudes pétries de bons sentiments doivent également rendre des comptes aux victimes et à nous tous qui sommes aussi bien des victimes potentielles que les ayants-droit de tous ceux qui sont tombés sous les balles de la terreur religieuse.

À ceux qui prétendent que l’islam est innocent, il faut rappeler que l’islamisme, pour les puristes d’hier et de demain, est la voie salutaire par laquelle il se régénérera jusqu’à l’avènement du califat. À ce titre, l’islamisme est incompatible avec la République. Il faut non seulement le crier haut et fort, mais encore l’analyser point par point en vue de le déconstruire. Ce n’est pas être islamophobe que de le déclarer, les demi-mesures et les petits calculs politiques ayant affaibli la République dont le principe fondamental de la laïcité se trouve menacé. Ce qu’il faut souligner en revanche, c’est que la culture arabo-musulmane n’est pas incompatible avec la République. Le spectateur chevronné ne tardera pas à distinguer les deux sphères, parce que les redoutables partisans de l’islamisme sont les pires ennemis de la culture arabo-musulmane dont ils nient la beauté, les ramifications, la complexité et les développements qui ont eu lieu des siècles durant au contact des autres cultures.

Il est temps, disions-nous, de crever l’abcès et de résoudre le problème de l’islam en France. Ce travail doit être mené de concert par l’État et ses instances, ainsi que par les musulmans de France qui doivent une fois pour toutes faire allégeance au pacte républicain. On ne peut pas impunément vivre en Occident et rêver d’un Orient à la fois désert et désertique parce qu’il n’est que le mirage d’un paradis à jamais perdu du fait qu’il n’a jamais existé. Le véritable Âge d’or de l’islam n’a pas eu lieu du temps du Prophète Mahomet. Cet âge d’or n’a pas eu pour cadre la Mecque ou Médine. L’Âge d’or de la civilisation arabo-musulmane a eu lieu sous les Omeyyades en Andalousie et sous les Abbassides à Bagdad. Ces temps-là étaient ceux du brassage, de la découverte, des échanges, de la traduction de la littérature et de la philosophie, de la confrontation du Coran et de la sunna avec les religions antérieures, y compris le zoroastrisme et le polythéisme. Da’ech et ses partisans ne sont quant à eux que le monstre horrible d’un nouveau moyen-âge survenu au XXIe siècle.

On a comparé « l’assassinat de Charlie Hebdo » aux attentats du 11 septembre. C’est légitime, car la France a été frappée dans ce qu’elle a de plus précieux : la culture. N’en déplaise aux adeptes de la théorie du complot qui aujourd’hui encore doutent de la véracité des attentats du 11 septembre, il faut toutefois que la France tire les leçons du 7 janvier 2015. Avoir peur, non, jamais. Sombrer dans la xénophobie, l’islamophobie ou l’arabophobie, non, encore moins. La France doit impérativement tirer les leçons de cette tuerie. L’équilibre entre la sécurité menacée et la justice étant certes fragile, mais il faut que la culture française, celle de Montaigne, de Descartes, de Voltaire, de Sartre et de Camus, pour ne citer que ceux-là, soit au rendez-vous. Il est temps que la quête de la sagesse, l’esprit critique, la lutte contre l’intolérance et le fanatisme par le savoir et le rire, l’engagement des écrivains, l’universalisme et tant d’autres valeurs soient invoqués pour que plus que jamais les mots liberté, égalité, fraternité, auxquels il faut ajouter laïcité, volent au secours de la République.

*Photo : AUFFRET LILIAN/SIPA. 00701224_000001.

Charlie Hebdo : c’est une guerre

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Oui, les bourreaux de Charlie Hebdo sont des amateurs mais si j’en crois l’avis de ceux qui savent de quoi ils parlent[1. En l’occurrence, Michel Goya et Jacques Raillane que je remercie au passage.], dans la catégorie amateurs, ils sont bons — voire très bons. Clairement, ce qui s’est passé au siège de Charlie Hebdo ne correspond en rien au coup de tête de deux paumés de banlieue qui se sont levés un beau matin, ont acheté des AK-47 dans la cité du coin et s’en sont allés « venger le prophète ». Ces types étaient psychologiquement préparés, bien équipés et beaucoup mieux organisés qu’on veut bien nous le laisser entendre. L’attentat de Charlie Hebdo, c’était un raid, une opération militaire. D’accord, ça n’était pas au niveau de ce qu’on peut attendre de véritables professionnels mais — et je cite Jacques Raillane — « ils sont meilleurs que les types de la RAF (Fraction armée rouge), de Carlos ou d’Action Directe. »

Deuxième aspect saillant : la légèreté de la structure. On est bien loin du fantasme des armées de djihadistes parquées dans nos banlieues : ils étaient deux, un binôme, la plus petite unité de combat possible et leur logistique, si elle s’est montrée très efficace, était moins importante que celle nécessaire à un braquage (J. Raillane). C’était, pour reprendre l’expression de Michel Goya, un « raid du pauvre », un raid « low-cost » : ça ne coûte presque rien, c’est quasiment indécelable et, au regard de l’objectif visé, c’est largement suffisant.

Bref, ce que nous appelons du terrorisme n’est ni plus ni moins qu’une guerre. Nous sommes, que nous le voulions ou pas, en guerre. Je suis convaincu que les « actes isolés » auxquels nous avons assisté depuis un mois ne sont pas du tout isolés ; ils s’inscrivent dans un plan d’ensemble, dans un horizon plus large et tout porte à croire que l’ennemi va multiplier ce type d’opérations[2. Voir Joseph Henrotin là-dessus.].

Je vais me répéter. Je n’aime pas la guerre, je n’ai jamais tiré un seul coup de feu de ma vie et mon vœu le plus cher a toujours été de ne jamais connaitre ça mais nous y sommes ! Cette guerre, nous ne l’avons pas voulue ; c’est l’ennemi qui nous a désignés ; mais cette guerre, il va falloir la gagner parce qu’au regard de ce qui se présente en face de nous — j’y arrive — je crois sincèrement que nos dissensions, aussi insurmontables nous semblent-elles, ne pèsent rien. Pardonnez-moi cet écart de langage mais putain, en face c’est le Mordor, l’horreur absolue : ces types ne sont même plus humains !

Partant, deux questions fondamentales : qui est l’ennemi et que veut-il ?

Voilà mon axiome de départ : nous ne sommes, en aucune façon, même pas en théorie, en guerre contre l’Islam et les musulmans. Nous sommes en guerre contre la nébuleuse Al-Qaïda, Daesh, Boko Haram et tutti quanti ci-après, les djihadistes. L’ennemi c’est eux. Celles et ceux d’entre nous qui, sur le coup de l’émotion ou par ignorance, veulent en découdre avec tous les musulmans indistinctement commettent une double erreur : non seulement ils identifient mal notre véritable adversaire mais, pire encore et j’y reviendrai plus loin, ils servent probablement son dessein.

Le plan des djihadistes ? Ce n’est un secret pour personne : ils rêvent de recréer leur fichu califat au Moyen-Orient et en Afrique. Vous conviendrez avec moi que ce n’est pas en fusillant douze des nôtres qu’ils peuvent raisonnablement espérer l’implanter en France. Alors quoi ? Ce n’est que pure conjecture et je suis très loin d’être un fin connaisseur du sujet mais je vois au moins deux possibilités.

La propagande open-source. En visant des objectifs symboliques, la nébuleuse djihadiste s’offre à peu de frais une couverture médiatique mondiale et en récolte les fruits localement. Les terroristes se crédibilisent et confortent leur leadership dans les territoires à majorité musulmane qu’ils espèrent annexer au califat. J’emprunte l’idée d’open-source à Joseph Henrotin parce qu’effectivement, chaque partie de la nébuleuse peut l’utiliser en fonction de ses propres besoins : pour Daesh, ce sera une démonstration de sa capacité de nuisance et pour le Hamas, ce sera une sanction pour ceux qui soutiennent Israël. Notez l’efficacité : deux types qui tuent douze personnes à Paris ça fait nettement plus de bruit que quand Boko Haram brûle seize villes et villages en massacrant des centaines de nigérians.

Mais à plus long terme, je suppute que des opérations comme celle de Charlie Hebdo visent aussi à gonfler les effectifs de leur armée de réserve chez nous. Bien sûr, on pense aux quelques gamins déjà fanatisés qui hésitent encore à passer à l’acte et qui pourraient trouver là une source d’inspiration. C’est possible mais je ne crois pas que ce soit le plus gros danger. S’ils sont malins — et nous devons partir de ce principe — ils savent parfaitement qu’un attentat comme celui perpétré à Paris va inévitablement générer une poussée d’islamophobie, que cette dernière va déferler sur une jeunesse musulmane qui n’y est absolument pour rien et que parmi ces boucs émissaires, il y en aura forcément quelques-uns qui vont se radicaliser. Bref, ils soufflent sur les braises en espérant que nous continuerons à jeter du charbon dans brasier.

Et ça, c’est très grave. La capacité d’une société à résister à ce type de guerre — les spécialistes appellent ça de la résilience communautaire — dépend notamment et même peut être principalement de notre capacité à faire bloc ensemble. Je ne vous parle pas des théories fumeuses des collectivistes — « la nation unie face à son destin, etc. » — mais d’une chose infiniment plus concrète : si les djihadistes réussissent à vous convaincre que votre voisin est votre ennemi alors, nous avons déjà perdu. Ce dont nous avons besoin, maintenant plus qu’à n’importe quel autre moment, c’est de retrouver ce qui nous rassemble, nous, Français, mais aussi tous ceux qui, quelle que soit leur couleur de peau, nationalité, religion, ethnie, conviction politique (et allez savoir quoi d’autre encore) ne supportent pas l’idée de subir le joug de ces barbares.

Et puisque notre « classe politique » se révèle, manifestement et une fois de plus, incapable d’insuffler autre chose de la haine et de la division au moment où nous devons tous nous unir, je laisse le soin à un vrai grand défenseur de la liberté de conclure ce billet :

« You ask, what is our policy? I will say: It is to wage war, by sea, land and air, with all our might and with all the strength that God can give us; to wage war against a monstrous tyranny, never surpassed in the dark and lamentable catalogue of human crime. That is our policy. You ask, what is our aim? I can answer in one word: victory; victory at all costs, victory in spite of all terror, victory, however long and hard the road may be; for without victory, there is no survival. »

Winston Churchill, 13 mai 1940.

*Photo : Francois Mori/AP/SIPA. AP21674742_000061.

Charlie Hebdo : Morts au combat

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La France est vent debout contre la stupidité et la barbarie. Pied de nez du destin, ceux qui moquaient volontiers les honneurs de la République vont, pour toujours, en être l’objet. Comme des soldats, la bande de Charlie Hebdo est morte au combat. Bien que peut-être par humour, humilité ou conviction ils s’en défendraient, ils sont des héros de la nation morts en se battant pour les valeurs auxquelles ils croyaient et en particulier la liberté : « contre nous de la tyrannie, l’étendard sanglant est levé ». Mais ce qui frappe le plus, c’est l’endroit. Les 89 soldats morts pour la France en Afghanistan sont tombés bien loin de chez eux, la bande de Charlie est morte sur le sol national, à quelques pas de l’Assemblée nationale et de tous les autres symboles de notre démocratie. Cela résonne comme la Patrie en danger. La menace s’est progressivement rapprochée, de l’Afghanistan au Mali, elle n’est plus confinée aux déserts d’Asie ou du Sahel mais elle est là ; au cœur de la cité. Les Français le sentent et descendent dans les rues comme leurs aïeux partirent se battre à Valmy : « aux armes, citoyens, formez vos bataillons ».

Mais il ne s’agira pas, cette fois « qu’un sang impur abreuve nos sillons ». Car cet ennemi ne se combat pas sur une plaine en rangs serrés ni à coup de canons, il est tapi dans l’ombre, agrégat de micro-réseaux et sa première arme est son pouvoir de fascination. Les ressorts de la guerre qu’il nous faut mener sont similaires à la contre-insurrection que l’Armée française connait bien depuis l’ex-Yougoslavie jusqu’au Mali. Le champ de bataille est principalement immatériel. On limite les éruptions de violence par l’emploi de la force, mais c’est dans ce que les milieux spécialisés appellent l’infosphère, c’est-à-dire le champ des perceptions, que la guerre se gagne. Attaquer Charlie Hebdo n’est pas seulement la réponse de trois psychopathes à ce qu’ils considèrent comme un blasphème, c’est neutraliser une high value target (cible à haute valeur ajoutée) sur ce terrain. Il s’agit, par l’intimidation ou l’élimination, de réduire l’influence de ses adversaires pour favoriser son propre plan de propagande et par conséquent l’emprise psychologique sur les populations : la peur pour ses détracteurs, l’enthousiasme pour ses partisans. Et qui, mieux que la caricature grivoise, ringardise par l’humour ceux qui se prennent autant au sérieux ?

Le but, dans cette lutte d’influence, est donc d’isoler les terroristes de la population, de casser les ressorts du mimétisme ou de la peur. Le moyen : détruire leur prestige. En effet, l’élimination physique de Merah n’a pas suffi à stopper la menace qu’il représentait. Vedette sur les réseaux sociaux, son influence s’est amplifiée post-mortem, séduisant des dizaines de jeunes paumés en quête de célébrité par la violence. Nemmouche a pris le relais. Et si on prête bien attention, personne ne se réclamera jamais du fou furieux qui, du haut de ses 157 passages en unité psychiatrique a foncé dans la foule à Dijon fin décembre. C’est que nos partisans de l’obscurantisme djihadiste ont beau être prêts à tous les martyrs, ils veulent qu’on les prenne au sérieux et, usage des temps modernes, être « likés grave ». La mort ou la prison, d’accord, mais l’asile psychiatrique c’est trop la honte.

Voilà donc une arme qui fait mal et que maniait avec dextérité la bande de Charlie : présenter ces gens sous leur vrai jour. Par la satire, ils dissipaient le prétexte de religion pour montrer sans fard la réalité : des imbéciles agressifs et ignares, des asociaux incapables de voir dans l’Autre, homme ou femme, un frère humain. Aussi, je veux rire d’eux par défi car je n’ai pas peur, je veux rire d’eux par mépris, car je les honnis et je veux rire d’eux avec tous ceux qui croient aux valeurs fondamentales de la République. Je suis Charlie.

*Photo : LIONEL URMAN/SIPA. 00701221_000002.

Quenelle en direct devant Charlie Hebdo

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Je me suis exprimé hier sur la nécessité de donner une bonne leçon à ceux qui, sur les réseaux sociaux; se félicitaient au nom de la dignité bafouée d’Allah de l’assassinat barbare de douze Français coupables à leurs yeux d’islamophobie.

J’expliquais hier que, pour le moment, la police avait d’autres chats à fouetter et qu’il faudrait sévir dès que le problème des criminels de la rue Nicolas Appert serait réglé. J’avais tort. J’avais sous-estimé jusqu’où pouvait aller le dérèglement moral des amateurs de transgression.

Grâce à la vigilance de Jean-Marc Morandini, je viens de prendre connaissance d’une vidéo qui m’a glacé le sang. Avant-hier, pendant le direct d’une envoyée spéciale de BFM devant Charlie Hebdo, un jeune salopard s’était glissé derrière la journaliste pour faire, face caméra,  une spéciale dédicace à ses potes en forme de V de la victoire. Victoire de qui, contre qui ?

Avant que salopard numéro un ait eu le temps de faire douze fois le V de la victoire pour que tout le monde comprenne, salopard numéro deux est venu dans le champ de la caméra pour faire une quenelle, comme ça vous avez compris.

Ces deux garçons n’ont même pas éprouvé le besoin de mettre leur capuche, ils sont parfaitement identifiables…

Je pense qu’ils méritent une leçon. Un viril rappel à l’ordre qui leur permette de mesurer les conséquences de leurs actes. Et vite. La comparution immédiate est faite pour ça.

En attendant qu’on les choppe, je leur dédie ce dessin de Charb (1967-2015), mort pour la France.

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Charlie Hebdo : Pas d’amalgame?

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« Pas d’amalgame ! », le mantra habituel consécutif de chaque attentat djihadiste, en France, en Europe ou ailleurs, n’a pas manqué d’être psalmodié par la plupart des personnalités politiques et médiatiques s’exprimant sur la tuerie perpétrée dans les locaux de Charlie Hebdo, Marine Le Pen incluse. Comme si la vindicte populaire risquait de se déchaîner contre l’épicier arabe du coin, qui n’est même pas menacé du moindre boycott, à la différence des vendeurs de machines à soda israéliennes !

Le peuple français, dans son épaisseur populaire, n’a nul besoin qu’on lui fasse la leçon antiraciste, pour la bonne raison qu’il pratique la common decency orwellienne, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. Quoi qu’ils pensent de telle ou telle religion, quelle que soit leur opinion sur les Arabes, les Juifs ou les Zoulous, les Français n’ont pas pour habitude de se livrer à des pogroms, ni d’infliger des punitions collectives à des groupes en raison des crimes commis par quelques uns de leurs ressortissants. Ils font bêtement confiance à la loi.

Cela n’empêche pas, bien sûr, que les préjugés, les généralisations, voire les sorties carrément racistes alimentent les brèves de comptoir comme les écrits et  les spectacles : Dieudonné, à ma connaissance vit et travaille en France.

C’est à Dresde, en Allemagne, et pas à Paris ou à Lyon, que les foules se déplacent pour dénoncer l’islamisation supposée de leur pays. Alors, mesdames et messieurs les moralisateurs autoproclamés de notre nation, qui nous soupçonnez de mauvaises pensées avec une méticulosité inquisitoriale, lâchez-nous !

Et écoutez-vous plutôt pratiquer à jets continus ces amalgames que vous dénoncez avec des trémolos dans la voix ! Oui, Edwy Plenel, Laurent Joffrin, Jean Birnbaum et alii, vous êtes les rois de l’amalgame, de la reductio ad lepenum de quiconque s’interroge sur la crise de notre identité nationale et de notre société en dehors des dogmes dont vous vous érigez en gardiens. Alain Finkielkraut, puis Eric Zemmour, enfin Michel Houellebecq sont tour à tour convoqués devant votre tribunal inquisitorial. Comme dans les bons vieux procès staliniens, le verdict est établi avant même que l’accusé ne soit invité à s’expliquer.

Le comble de l’ignominie a été atteint, jeudi 8 décembre, le matin, sur France Culture par Jean Birnbaum, directeur du Monde des Livres, qui n’a pu s’empêcher de souligner la « concomitance » de la sortie en librairie de Soumission de Houellebecq, livre qui lui a « donné la nausée », avec la tuerie de la rue Nicolas-Appert. « Cela n’a rien à voir, bien sûr, mais tout le monde l’a pensé, je l’ai pensé… », minaude-t-il avant de réitérer sa charge contre le romancier, qu’il réduit aux écrits islamophobes de la britannique Bat Yé’or, comme hier il ne voyait en Alain Finkielkraut qu’un épigone de Renaud Camus. Birnbaum  c’est la version estampillée rue d’Ulm de la formule populaire « j’dis ça, j’dis rien ! ». Alors, pas d’amalgame ? Que ces messieurs commencent !

Muray, Taubira, haute couture : les dossiers de notre numéro de janvier

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michea muray taubira

Philippe Muray revient ! A l’occasion de la publication du premier tome de son Journal (Belles Lettres, 2014), dont nous publions plusieurs extraits, notre regretté mécontemporain a les honneurs de Causeur. Outre une passionnante introduction d’Elisabeth Lévy sur « l’époque et son maître », y figurent un entretien exclusif avec Anne Muray-Sefrioui ainsi que plusieurs hommages au concepteur d’Homo Festivus.

Mais Causeur donne aussi dans l’investigation, avec des révélations sur l’affaire Anne-Sophie Leclère,  condamnée en première instance à neuf mois de prison ferme pour la publication d’une infâme caricature raciste de Christiane Taubira. Alors que la jurisuprence appelait une riposte proportionnée à acte inacceptable, sous couvert d’antiracisme, le parquet a bafoué les principes élémentaires de la justice et de la démocratie. Double procédure lancée en Guyane et à Paris, jugement ubuesque aux attendus dignes d’un tract : les heures-les-plus-sombres reviendraient-elles dans les prétoires ?

Dans le champ intellectuel, la chasse aux sorcières bat également son plein, contre les apostats de la gauche que sont Jean-Claude Michéa ou Christophe Guilly. Face à ses détracteurs, Michéa nous livre un entretien sans novlangue.

Enfin, sous l’autorité de Patrick Mandon, un dossier autour de la haute couture fera défiler les splendeurs et misères d’une industrie devenue otage de la haute finance. On pourra notamment y lire les papiers Viviane Blassel, Janie Samet, Charlotte Liébert-Hellman, Pierre Lamalattie et même le témoignage du grand Hubert de Givenchy.

Bref, un numéro indémodable !

Il faut punir ceux qui se réjouissent publiquement des crimes à Charlie Hebdo!

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charlie hebdo twitter terrorisme justiceDe nombreux habitués des réseaux sociaux se sont élevés hier contre l’invraisemblable multiplication de tweets se félicitant de l’attentat contre Charlie Hebdo.

Ces internautes ont eu le sain réflexe de les compiler et les rendre publics, on peut les retrouver dans l’excellent texte de Jean-Paul Brighelli que Causeur a publié hier.

Je n’ai pas le cœur de les retranscrire ici, mais j’espère simplement qu’ils ne resteront pas impunis.

Je sais bien que la police et la justice ont des tâches plus urgentes à l’instant même. Mais quand on aura arrêté les assassins et leurs complices immédiats, je souhaite qu’on applique les lois de la république, et qu’on traîne devant les tribunaux tous ceux qui se sont réjouis qu’on ait assassiné de sang-froid douze de leurs concitoyens.

Je ne suis pas juriste, mais je me souviens qu’à l’automne dernier, un couple qui vendait des drapeaux djihadistes a été mis en examen pour «apologie d’actes de terrorisme». Or qu’y a-t-il d’autre dans ces tweets qu’une «apologie d’actes de terrorisme» ?

Je ne suis pas juriste mais je me souviens qu’il y a un an, un jeune salopard de 23 ans a été condamné à 2000 euros d’amende, dont 1400 avec sursis, pour avoir appelé sur Twitter au viol de Rokhaya Diallo. Si la peine peut paraître légère, il a néanmoins été retrouvé (malgré un manque manifeste de collaboration de Twitter), interpellé, condamné, et c’était justice.

Et la justice, aujourd’hui, ne peut pas faire comme si ces tweets se réjouissant de la tuerie de Charlie n’avaient pas existé. Qui ne dit mot consent, qui consent encourage.

J’ai été choqué d’entendre hier certains confrères et certains politiques minimiser l’importance  de ces tweets, expliquant en substance qu’on avait affaire à des jeunes écervelés qui se complaise à «braver les interdits»[1. Je tiens à féliciter au passage Julien Dray, qui hier soir sur LCP, a fermement condamné cette analyse lénifiante et excusiste. Je tiens aussi à le féliciter pour son statut Facebook d’hier que j’ai aussitôt partagé sur ma page : «Comme toujours la compréhension des événements la vérité sur la réalité doit être notre règle collective. Qu’on arrête de se protéger avec la bien-pensance car sinon, demain, c’est le Front qui ramassera la mise dans les consciences. Donc OK pour qu’il n’y ait pas d’amalgame mais cela ne doit pas devenir un prétexte pour ne pas dire la vérité.»]. Et alors ? Les petits cons seraient-ils au-dessus des lois ?

Soyons clairs. Je pense que beaucoup de ces haineux ne mesurent pas la gravité de leur acte. Sauf dans le cas de multirécidivistes, je ne souhaite pas qu’ils aillent en taule, je ne réclame pas que la loi s’applique dans toute sa sévérité contre un islamobranleur de dix-huit ans et demi. Je réclame simplement que la justice de mon pays donne une bonne leçon à tous ceux qui se sont rendus coupables d’«apologie d’actes de terrorisme».

Pour leur ôter l’envie de récidiver.

Parce que chez nous, en France, il y a des choses qui ne se font pas.

N.B. : J’apprends que d’autres salopards s’en sont pris cette nuit à des mosquées. Pour les mêmes raisons, eux aussi doivent être pourchassés, attrapés et punis. Pas de ça chez nous !

[Les contenus illicites repérés sur Internet peuvent être signalés sur ce site du ministère de l’Intérieur]

Charlie Hebdo : les mots pour le dire

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charlie hebdo twitter france

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Le massacre de Charlie Hebdo et son traitement par Internet, les réseaux sociaux et les chaines infos peut être l’occasion  d’une leçon de vocabulaire ou de réfléchir au sens des mots. Comment le dire, comment en parler, comment essayer de formaliser l’émotion  sans sombrer dans l’abjection ou l’obscénité.

Les réactions de certains tweetos, qui se réjouissaient ouvertement de l’attentat dans une orthographe approximative, réactions relevées et dénoncées par Jean-Paul Brighelli et Marc Cohen relevaient de l’abjection. L’abjection nous apprend le Littré, c’est ce qui est vil, qui doit être rejeté. Lautréamont, dans les Chants de Maldoror, parlait « du requin de l’abjection individuelle et du colimaçon monstrueux de l’idiotisme ». Comme cela a été justement souligné par l’ami Marc, une forte dimension de bêtise, qui n’excuse rien en l’occurrence, était en effet associée à ces prises de position qui n’avaient qu’un seul mérite : elle étaient abjectes, certes, mais elles étaient gratuites dans  la mesure où  s’exprimait une opinion, évidemment proche du degré zéro de la pensée, de la compassion ou de la sensibilité mais une opinion tout de même.

On franchit un stade, qui est celui qui nous amène de l’abjection à l’obscénité avec ce que l’on pourrait appeler le marketing de l’horreur. L’obscénité, c’est nous apprend le Littré, encore lui, ce qui offense la pudeur. Si l’on convoque l’étymologie, c’est ce qui doit rester hors de la scène. Les télés d’info continues sont presque nécessairement obscènes puis qu’elles vivent de ce qu’elles vont montrer ou pouvoir montrer pour accrocher le téléspectateur sur le mode hypnotique. C’est ainsi qu’on voit  les journalistes, et sur les plateaux et sur le terrain, finir par dire à peu près n’importe quoi à cause de la fatigue, de la répétition et d’une excitation qui finit par devenir, proprement, obscène. Pour qui est sensible à la tessiture des voix, l’hystérie rôde et l’hystérie ce n’est pas franchement bon pour l’info : or, ce que l’on devrait demander à une chaîne info, c’est de l’info, pas du spectacle.

L’obscénité naît de ce décalage. L’exemple le plus significatif a été cette danse du ventre autour des images de l’exécution du policier Ahmed Merabet. L’embargo annoncé avec des trémolos moraux dans la voix a assez vite cédé. Et d’images arrêtées en images arrêtées, on a fini  par tout voir. On le voyait déjà sur les réseaux sociaux ? Et alors, les réseaux sociaux ne sont pas des chaines infos mais le plus souvent des défouloirs. On pourra toujours estimer que voir la mort d’un homme exécuté par deux salopards alors qu’il est à terre et qu’il demande grâce relève de la pédagogie. Non, cela relève de l’obscénité pure et simple. Cette horreur ne convaincra personne. Les petits  cons qui approuvaient l’attentat par tweet ne seront pas convaincus par cette horreur et ceux qui savent à quoi on a affaire sont assez grands pour qu’on ne leur mette pas les points sur les i de cette façon là. Il ne me semble pas que la détermination de la population à lutter contre le terrorisme ait été moins forte dans les années 80, -je me souviens de l’horreur de l’attentat à la FNAC de la rue de Rennes-,  alors que nous n’étions pourtant pas abreuvés d’images de mutilations ou de corps explosés.

Dans un autre domaine, je ne sais pas qui a lancé le slogan « Je suis Charlie » qui est manifestement une émanation de ce génie populaire où naissent des formules qui resteront dans l’histoire, lors des moments de crise, comme en mai 68 avec « Nous sommes tous des juifs allemands » ou « Sous les pavés la plage ». Mais, par exemple, en 68, on n’a pas transformé comme ce fut le cas en moins de 36 heures pour « Je suis Charlie » ces slogans en tee-shirt, exhibé par Ali Baddou sur Canal, lui qui trouve Houellebecq à gerber mais manifestement pas une telle exhibition textile de bonne conscience.

En temps de guerre, ce n’est pas nouveau, les affaires continuent. Un stade supérieur de cette obscénité commerciale a été franchi sur Ebay. On y trouve le dernier numéro de Charlie sorti le jour même du massacre entre 650 et 1 000 euros en vent « immédiate » et une enchère montée jusqu’à 75 000 euros….

C’est quoi la prochaine étape, des photos volées à la morgue?

Charlie Hebdo : je suis en colère!

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Je suis en colère! Un sentiment qui dépasse la tristesse mais qui n’en est que plus douloureux, car il renforce le sentiment d’impuissance.

Pas parce qu’en tant qu’auteur de BD, je me sens solidaire de gens qui ont compté personnellement pour moi et qui ont participé à la construction de ma personnalité, par leur caractère gentil, lucide, drôle mais sans concession.
Non, je suis en colère pour ce qu’on leur a fait, tellement prévisible, et pour le traitement qui en est présenté en tentant d’occulter le fait musulman, dans la logique imposée de l’assimilation d’une religion à une race, afin d’en empêcher toute critique.
Les circonvolutions se succèdent et se ressemblent afin d’effacer tout rapport à l’Islam, à l’instar des voitures bélier de Noël. En traitant aussi, par exemple, l’immense  Uderzo, qui dessine dans un hommage des babouches, de raciste. Lui qui en est l’exact opposé et est la tolérance incarnée.

Les « je suis Charlie » d’aujourd’hui étaient les premiers à excuser les manifestations de haine qui ont déferlé dans le monde musulman (pas Islamiste radical, j’insiste !) suite aux caricatures de Mahomet, et qui, pour rappel, ont occasionné des morts innocents vite oubliés.
Les « je suis Charlie “ d’aujourd’hui étaient les premiers aussi à tenter de faire taire ceux qui tiraient la sonnette d’alarme, qui parlaient du réel.
Les « je suis Charlie » d’aujourd’hui cautionnaient l’idée d’une loi anti-blasphème, héritée des périodes les plus obscurantistes de notre histoire.
La presse « officielle » prend grand soin en outre de passer sous silence les manifestations d’allégresse d’Egypte, de Tunisie, du Liban et…d’Europe dans certains « quartiers ».

Ces hommes ne sont pas morts pour la liberté d’expression. Appelons un chat un chat! Ils sont morts parce qu’ils s’étaient moqués d’une religion.

Alors, Mesdames et Messieurs qui nagez dans le sens du courant, ayez au moins la décence de la fermer! La bonne conscience doit rester cohérente!
Je sais que je me ferai encore insulter, « baquer » par des amis Facebook, mais je m’en fous.
Le réel n’est pas joli, ho non. Mais il existe. Alors qu’on partage sans compter la réaction de Dalil Boubakeur, ça rassure, on fait cependant peu d’échos de celles de responsables dans les pays musulmans, tel en Tunisie, où le ministre des Affaires religieuses appelle les médias à travers le monde entier à éviter de porter atteinte aux religions et au sacré.
On oublie également  le procès intenté à Charlie par la Grande Mosquée de Paris, l’Union des Organisations Islamiques de France et la Ligue Islamique Mondiale.

Ceci dit, je tiens à préciser que je mets dans le même sac les connards qui brûlent les mosquées. Les extrêmes se touchent.

Moi aussi j’aimerais, comme l’a un jour écrit Elisabeth Lévy, ne fut-ce qu’un jour, être dans le camp du bien. Que cela doit être confortable et rassurant.
Mais c’est seulement en m’endormant que je peux m’imaginer être au pays des Bisounours. En fermant les yeux.
Malheureusement pour moi, au réveil, les yeux s’ouvrent.
D’autres se sont fermés définitivement, pour avoir refusé de regarder dans le sens du troupeau.

Charlie Hebdo : c’est le moment de crever l’abcès

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charlie hebdo islam republique

charlie hebdo islam republique

Le fanatisme a de nouveau frappé. On s’étonne, on ne comprend pas, on s’indigne. Mais, pour le spectateur attentif, cela était prévisible. Prétendre le contraire serait prêter le flanc à la barbarie en marche. C’est tendre le cou aux couteaux depuis longtemps aiguisés pour la boucherie millénaire. Il ne faut pas se voiler la face en pensant que ce qui s’est passé dans les locaux de Charlie Hebdo est un acte ponctuel ou isolé. Cet acte est, passez-nous l’expression, comme un fruit qui a mûri et qui s’est détaché de sa branche. Attention, dire cela ne signifie pas qu’on cherche des explications pouvant se transformer en justifications de l’opprobre ayant eu lieu mercredi 7 janvier  entre 11h15 et 11h 20, au 10 rue Nicolas-Appert à Paris, dans le 11ème arrondissement. Comme quoi, cela n’arrive pas qu’aux autres. Le Norvégien Breivik a ses frères, même si les mobiles, les dogmes, les raisons semblent être différents. Au fond, Breivik ne diffère pas trop de Merah, Nemmouche et des frères Kouachi. Ils ont tous le même engouement pour le sang et ils maquillent cette folie assassine par des fioritures mystico-minoritaires qui n’ont de sens que pour les partisans des « identités meurtrières » (Amin Maalouf).

Cela va de soi, cette tuerie abjecte a été condamnée par tous les États et par toutes les instances internationales. Ainsi, même certains pays « amis », où les droits de l’Homme et la liberté de la presse sont bafoués d’une façon systématique, ont dénoncé ce crime abominable. Les bons sentiments sont au rendez-vous et l’heure est au recueillement. Soit. Mais rien dans tout cela qui puisse résoudre le problème, celui de la terreur rampante, car ce qu’il faut signaler, ce n’est pas tant le crime lui-même que la nécessité de le prévenir, de savoir comment il prend vie, se forme et se transforme en opérations terroristes. On a tout de suite entendu les politiques et certaines figures parapolitiques appeler à ne pas confondre l’islam et l’islamisme, les musulmans et le terrorisme. C’est certes la voix de la sagesse, mais est-ce bien suffisant ? N’est-ce pas enfin le moment opportun pour crever l’abcès et se poser les bonnes questions ? L’hypocrisie est de rigueur en politique, nul n’en doute, mais celle qui, par laxisme ou par calculs machiavéliques, permet l’assassinat, doit impérativement être sanctionnée. Il en va de même pour l’exercice de la pensée, car les voix qui ressassent les mêmes platitudes pétries de bons sentiments doivent également rendre des comptes aux victimes et à nous tous qui sommes aussi bien des victimes potentielles que les ayants-droit de tous ceux qui sont tombés sous les balles de la terreur religieuse.

À ceux qui prétendent que l’islam est innocent, il faut rappeler que l’islamisme, pour les puristes d’hier et de demain, est la voie salutaire par laquelle il se régénérera jusqu’à l’avènement du califat. À ce titre, l’islamisme est incompatible avec la République. Il faut non seulement le crier haut et fort, mais encore l’analyser point par point en vue de le déconstruire. Ce n’est pas être islamophobe que de le déclarer, les demi-mesures et les petits calculs politiques ayant affaibli la République dont le principe fondamental de la laïcité se trouve menacé. Ce qu’il faut souligner en revanche, c’est que la culture arabo-musulmane n’est pas incompatible avec la République. Le spectateur chevronné ne tardera pas à distinguer les deux sphères, parce que les redoutables partisans de l’islamisme sont les pires ennemis de la culture arabo-musulmane dont ils nient la beauté, les ramifications, la complexité et les développements qui ont eu lieu des siècles durant au contact des autres cultures.

Il est temps, disions-nous, de crever l’abcès et de résoudre le problème de l’islam en France. Ce travail doit être mené de concert par l’État et ses instances, ainsi que par les musulmans de France qui doivent une fois pour toutes faire allégeance au pacte républicain. On ne peut pas impunément vivre en Occident et rêver d’un Orient à la fois désert et désertique parce qu’il n’est que le mirage d’un paradis à jamais perdu du fait qu’il n’a jamais existé. Le véritable Âge d’or de l’islam n’a pas eu lieu du temps du Prophète Mahomet. Cet âge d’or n’a pas eu pour cadre la Mecque ou Médine. L’Âge d’or de la civilisation arabo-musulmane a eu lieu sous les Omeyyades en Andalousie et sous les Abbassides à Bagdad. Ces temps-là étaient ceux du brassage, de la découverte, des échanges, de la traduction de la littérature et de la philosophie, de la confrontation du Coran et de la sunna avec les religions antérieures, y compris le zoroastrisme et le polythéisme. Da’ech et ses partisans ne sont quant à eux que le monstre horrible d’un nouveau moyen-âge survenu au XXIe siècle.

On a comparé « l’assassinat de Charlie Hebdo » aux attentats du 11 septembre. C’est légitime, car la France a été frappée dans ce qu’elle a de plus précieux : la culture. N’en déplaise aux adeptes de la théorie du complot qui aujourd’hui encore doutent de la véracité des attentats du 11 septembre, il faut toutefois que la France tire les leçons du 7 janvier 2015. Avoir peur, non, jamais. Sombrer dans la xénophobie, l’islamophobie ou l’arabophobie, non, encore moins. La France doit impérativement tirer les leçons de cette tuerie. L’équilibre entre la sécurité menacée et la justice étant certes fragile, mais il faut que la culture française, celle de Montaigne, de Descartes, de Voltaire, de Sartre et de Camus, pour ne citer que ceux-là, soit au rendez-vous. Il est temps que la quête de la sagesse, l’esprit critique, la lutte contre l’intolérance et le fanatisme par le savoir et le rire, l’engagement des écrivains, l’universalisme et tant d’autres valeurs soient invoqués pour que plus que jamais les mots liberté, égalité, fraternité, auxquels il faut ajouter laïcité, volent au secours de la République.

*Photo : AUFFRET LILIAN/SIPA. 00701224_000001.

Charlie Hebdo : c’est une guerre

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charlie hebdo guerre terrorisme

charlie hebdo guerre terrorisme

Oui, les bourreaux de Charlie Hebdo sont des amateurs mais si j’en crois l’avis de ceux qui savent de quoi ils parlent[1. En l’occurrence, Michel Goya et Jacques Raillane que je remercie au passage.], dans la catégorie amateurs, ils sont bons — voire très bons. Clairement, ce qui s’est passé au siège de Charlie Hebdo ne correspond en rien au coup de tête de deux paumés de banlieue qui se sont levés un beau matin, ont acheté des AK-47 dans la cité du coin et s’en sont allés « venger le prophète ». Ces types étaient psychologiquement préparés, bien équipés et beaucoup mieux organisés qu’on veut bien nous le laisser entendre. L’attentat de Charlie Hebdo, c’était un raid, une opération militaire. D’accord, ça n’était pas au niveau de ce qu’on peut attendre de véritables professionnels mais — et je cite Jacques Raillane — « ils sont meilleurs que les types de la RAF (Fraction armée rouge), de Carlos ou d’Action Directe. »

Deuxième aspect saillant : la légèreté de la structure. On est bien loin du fantasme des armées de djihadistes parquées dans nos banlieues : ils étaient deux, un binôme, la plus petite unité de combat possible et leur logistique, si elle s’est montrée très efficace, était moins importante que celle nécessaire à un braquage (J. Raillane). C’était, pour reprendre l’expression de Michel Goya, un « raid du pauvre », un raid « low-cost » : ça ne coûte presque rien, c’est quasiment indécelable et, au regard de l’objectif visé, c’est largement suffisant.

Bref, ce que nous appelons du terrorisme n’est ni plus ni moins qu’une guerre. Nous sommes, que nous le voulions ou pas, en guerre. Je suis convaincu que les « actes isolés » auxquels nous avons assisté depuis un mois ne sont pas du tout isolés ; ils s’inscrivent dans un plan d’ensemble, dans un horizon plus large et tout porte à croire que l’ennemi va multiplier ce type d’opérations[2. Voir Joseph Henrotin là-dessus.].

Je vais me répéter. Je n’aime pas la guerre, je n’ai jamais tiré un seul coup de feu de ma vie et mon vœu le plus cher a toujours été de ne jamais connaitre ça mais nous y sommes ! Cette guerre, nous ne l’avons pas voulue ; c’est l’ennemi qui nous a désignés ; mais cette guerre, il va falloir la gagner parce qu’au regard de ce qui se présente en face de nous — j’y arrive — je crois sincèrement que nos dissensions, aussi insurmontables nous semblent-elles, ne pèsent rien. Pardonnez-moi cet écart de langage mais putain, en face c’est le Mordor, l’horreur absolue : ces types ne sont même plus humains !

Partant, deux questions fondamentales : qui est l’ennemi et que veut-il ?

Voilà mon axiome de départ : nous ne sommes, en aucune façon, même pas en théorie, en guerre contre l’Islam et les musulmans. Nous sommes en guerre contre la nébuleuse Al-Qaïda, Daesh, Boko Haram et tutti quanti ci-après, les djihadistes. L’ennemi c’est eux. Celles et ceux d’entre nous qui, sur le coup de l’émotion ou par ignorance, veulent en découdre avec tous les musulmans indistinctement commettent une double erreur : non seulement ils identifient mal notre véritable adversaire mais, pire encore et j’y reviendrai plus loin, ils servent probablement son dessein.

Le plan des djihadistes ? Ce n’est un secret pour personne : ils rêvent de recréer leur fichu califat au Moyen-Orient et en Afrique. Vous conviendrez avec moi que ce n’est pas en fusillant douze des nôtres qu’ils peuvent raisonnablement espérer l’implanter en France. Alors quoi ? Ce n’est que pure conjecture et je suis très loin d’être un fin connaisseur du sujet mais je vois au moins deux possibilités.

La propagande open-source. En visant des objectifs symboliques, la nébuleuse djihadiste s’offre à peu de frais une couverture médiatique mondiale et en récolte les fruits localement. Les terroristes se crédibilisent et confortent leur leadership dans les territoires à majorité musulmane qu’ils espèrent annexer au califat. J’emprunte l’idée d’open-source à Joseph Henrotin parce qu’effectivement, chaque partie de la nébuleuse peut l’utiliser en fonction de ses propres besoins : pour Daesh, ce sera une démonstration de sa capacité de nuisance et pour le Hamas, ce sera une sanction pour ceux qui soutiennent Israël. Notez l’efficacité : deux types qui tuent douze personnes à Paris ça fait nettement plus de bruit que quand Boko Haram brûle seize villes et villages en massacrant des centaines de nigérians.

Mais à plus long terme, je suppute que des opérations comme celle de Charlie Hebdo visent aussi à gonfler les effectifs de leur armée de réserve chez nous. Bien sûr, on pense aux quelques gamins déjà fanatisés qui hésitent encore à passer à l’acte et qui pourraient trouver là une source d’inspiration. C’est possible mais je ne crois pas que ce soit le plus gros danger. S’ils sont malins — et nous devons partir de ce principe — ils savent parfaitement qu’un attentat comme celui perpétré à Paris va inévitablement générer une poussée d’islamophobie, que cette dernière va déferler sur une jeunesse musulmane qui n’y est absolument pour rien et que parmi ces boucs émissaires, il y en aura forcément quelques-uns qui vont se radicaliser. Bref, ils soufflent sur les braises en espérant que nous continuerons à jeter du charbon dans brasier.

Et ça, c’est très grave. La capacité d’une société à résister à ce type de guerre — les spécialistes appellent ça de la résilience communautaire — dépend notamment et même peut être principalement de notre capacité à faire bloc ensemble. Je ne vous parle pas des théories fumeuses des collectivistes — « la nation unie face à son destin, etc. » — mais d’une chose infiniment plus concrète : si les djihadistes réussissent à vous convaincre que votre voisin est votre ennemi alors, nous avons déjà perdu. Ce dont nous avons besoin, maintenant plus qu’à n’importe quel autre moment, c’est de retrouver ce qui nous rassemble, nous, Français, mais aussi tous ceux qui, quelle que soit leur couleur de peau, nationalité, religion, ethnie, conviction politique (et allez savoir quoi d’autre encore) ne supportent pas l’idée de subir le joug de ces barbares.

Et puisque notre « classe politique » se révèle, manifestement et une fois de plus, incapable d’insuffler autre chose de la haine et de la division au moment où nous devons tous nous unir, je laisse le soin à un vrai grand défenseur de la liberté de conclure ce billet :

« You ask, what is our policy? I will say: It is to wage war, by sea, land and air, with all our might and with all the strength that God can give us; to wage war against a monstrous tyranny, never surpassed in the dark and lamentable catalogue of human crime. That is our policy. You ask, what is our aim? I can answer in one word: victory; victory at all costs, victory in spite of all terror, victory, however long and hard the road may be; for without victory, there is no survival. »

Winston Churchill, 13 mai 1940.

*Photo : Francois Mori/AP/SIPA. AP21674742_000061.

Charlie Hebdo : Morts au combat

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charlie hebdo terrorisme djihad

charlie hebdo terrorisme djihad

La France est vent debout contre la stupidité et la barbarie. Pied de nez du destin, ceux qui moquaient volontiers les honneurs de la République vont, pour toujours, en être l’objet. Comme des soldats, la bande de Charlie Hebdo est morte au combat. Bien que peut-être par humour, humilité ou conviction ils s’en défendraient, ils sont des héros de la nation morts en se battant pour les valeurs auxquelles ils croyaient et en particulier la liberté : « contre nous de la tyrannie, l’étendard sanglant est levé ». Mais ce qui frappe le plus, c’est l’endroit. Les 89 soldats morts pour la France en Afghanistan sont tombés bien loin de chez eux, la bande de Charlie est morte sur le sol national, à quelques pas de l’Assemblée nationale et de tous les autres symboles de notre démocratie. Cela résonne comme la Patrie en danger. La menace s’est progressivement rapprochée, de l’Afghanistan au Mali, elle n’est plus confinée aux déserts d’Asie ou du Sahel mais elle est là ; au cœur de la cité. Les Français le sentent et descendent dans les rues comme leurs aïeux partirent se battre à Valmy : « aux armes, citoyens, formez vos bataillons ».

Mais il ne s’agira pas, cette fois « qu’un sang impur abreuve nos sillons ». Car cet ennemi ne se combat pas sur une plaine en rangs serrés ni à coup de canons, il est tapi dans l’ombre, agrégat de micro-réseaux et sa première arme est son pouvoir de fascination. Les ressorts de la guerre qu’il nous faut mener sont similaires à la contre-insurrection que l’Armée française connait bien depuis l’ex-Yougoslavie jusqu’au Mali. Le champ de bataille est principalement immatériel. On limite les éruptions de violence par l’emploi de la force, mais c’est dans ce que les milieux spécialisés appellent l’infosphère, c’est-à-dire le champ des perceptions, que la guerre se gagne. Attaquer Charlie Hebdo n’est pas seulement la réponse de trois psychopathes à ce qu’ils considèrent comme un blasphème, c’est neutraliser une high value target (cible à haute valeur ajoutée) sur ce terrain. Il s’agit, par l’intimidation ou l’élimination, de réduire l’influence de ses adversaires pour favoriser son propre plan de propagande et par conséquent l’emprise psychologique sur les populations : la peur pour ses détracteurs, l’enthousiasme pour ses partisans. Et qui, mieux que la caricature grivoise, ringardise par l’humour ceux qui se prennent autant au sérieux ?

Le but, dans cette lutte d’influence, est donc d’isoler les terroristes de la population, de casser les ressorts du mimétisme ou de la peur. Le moyen : détruire leur prestige. En effet, l’élimination physique de Merah n’a pas suffi à stopper la menace qu’il représentait. Vedette sur les réseaux sociaux, son influence s’est amplifiée post-mortem, séduisant des dizaines de jeunes paumés en quête de célébrité par la violence. Nemmouche a pris le relais. Et si on prête bien attention, personne ne se réclamera jamais du fou furieux qui, du haut de ses 157 passages en unité psychiatrique a foncé dans la foule à Dijon fin décembre. C’est que nos partisans de l’obscurantisme djihadiste ont beau être prêts à tous les martyrs, ils veulent qu’on les prenne au sérieux et, usage des temps modernes, être « likés grave ». La mort ou la prison, d’accord, mais l’asile psychiatrique c’est trop la honte.

Voilà donc une arme qui fait mal et que maniait avec dextérité la bande de Charlie : présenter ces gens sous leur vrai jour. Par la satire, ils dissipaient le prétexte de religion pour montrer sans fard la réalité : des imbéciles agressifs et ignares, des asociaux incapables de voir dans l’Autre, homme ou femme, un frère humain. Aussi, je veux rire d’eux par défi car je n’ai pas peur, je veux rire d’eux par mépris, car je les honnis et je veux rire d’eux avec tous ceux qui croient aux valeurs fondamentales de la République. Je suis Charlie.

*Photo : LIONEL URMAN/SIPA. 00701221_000002.

Quenelle en direct devant Charlie Hebdo

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Je me suis exprimé hier sur la nécessité de donner une bonne leçon à ceux qui, sur les réseaux sociaux; se félicitaient au nom de la dignité bafouée d’Allah de l’assassinat barbare de douze Français coupables à leurs yeux d’islamophobie.

J’expliquais hier que, pour le moment, la police avait d’autres chats à fouetter et qu’il faudrait sévir dès que le problème des criminels de la rue Nicolas Appert serait réglé. J’avais tort. J’avais sous-estimé jusqu’où pouvait aller le dérèglement moral des amateurs de transgression.

Grâce à la vigilance de Jean-Marc Morandini, je viens de prendre connaissance d’une vidéo qui m’a glacé le sang. Avant-hier, pendant le direct d’une envoyée spéciale de BFM devant Charlie Hebdo, un jeune salopard s’était glissé derrière la journaliste pour faire, face caméra,  une spéciale dédicace à ses potes en forme de V de la victoire. Victoire de qui, contre qui ?

Avant que salopard numéro un ait eu le temps de faire douze fois le V de la victoire pour que tout le monde comprenne, salopard numéro deux est venu dans le champ de la caméra pour faire une quenelle, comme ça vous avez compris.

Ces deux garçons n’ont même pas éprouvé le besoin de mettre leur capuche, ils sont parfaitement identifiables…

Je pense qu’ils méritent une leçon. Un viril rappel à l’ordre qui leur permette de mesurer les conséquences de leurs actes. Et vite. La comparution immédiate est faite pour ça.

En attendant qu’on les choppe, je leur dédie ce dessin de Charb (1967-2015), mort pour la France.

charlie hebdo dieudonne

Charlie Hebdo : Pas d’amalgame?

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plenel charlie zemmour

plenel charlie zemmour

« Pas d’amalgame ! », le mantra habituel consécutif de chaque attentat djihadiste, en France, en Europe ou ailleurs, n’a pas manqué d’être psalmodié par la plupart des personnalités politiques et médiatiques s’exprimant sur la tuerie perpétrée dans les locaux de Charlie Hebdo, Marine Le Pen incluse. Comme si la vindicte populaire risquait de se déchaîner contre l’épicier arabe du coin, qui n’est même pas menacé du moindre boycott, à la différence des vendeurs de machines à soda israéliennes !

Le peuple français, dans son épaisseur populaire, n’a nul besoin qu’on lui fasse la leçon antiraciste, pour la bonne raison qu’il pratique la common decency orwellienne, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. Quoi qu’ils pensent de telle ou telle religion, quelle que soit leur opinion sur les Arabes, les Juifs ou les Zoulous, les Français n’ont pas pour habitude de se livrer à des pogroms, ni d’infliger des punitions collectives à des groupes en raison des crimes commis par quelques uns de leurs ressortissants. Ils font bêtement confiance à la loi.

Cela n’empêche pas, bien sûr, que les préjugés, les généralisations, voire les sorties carrément racistes alimentent les brèves de comptoir comme les écrits et  les spectacles : Dieudonné, à ma connaissance vit et travaille en France.

C’est à Dresde, en Allemagne, et pas à Paris ou à Lyon, que les foules se déplacent pour dénoncer l’islamisation supposée de leur pays. Alors, mesdames et messieurs les moralisateurs autoproclamés de notre nation, qui nous soupçonnez de mauvaises pensées avec une méticulosité inquisitoriale, lâchez-nous !

Et écoutez-vous plutôt pratiquer à jets continus ces amalgames que vous dénoncez avec des trémolos dans la voix ! Oui, Edwy Plenel, Laurent Joffrin, Jean Birnbaum et alii, vous êtes les rois de l’amalgame, de la reductio ad lepenum de quiconque s’interroge sur la crise de notre identité nationale et de notre société en dehors des dogmes dont vous vous érigez en gardiens. Alain Finkielkraut, puis Eric Zemmour, enfin Michel Houellebecq sont tour à tour convoqués devant votre tribunal inquisitorial. Comme dans les bons vieux procès staliniens, le verdict est établi avant même que l’accusé ne soit invité à s’expliquer.

Le comble de l’ignominie a été atteint, jeudi 8 décembre, le matin, sur France Culture par Jean Birnbaum, directeur du Monde des Livres, qui n’a pu s’empêcher de souligner la « concomitance » de la sortie en librairie de Soumission de Houellebecq, livre qui lui a « donné la nausée », avec la tuerie de la rue Nicolas-Appert. « Cela n’a rien à voir, bien sûr, mais tout le monde l’a pensé, je l’ai pensé… », minaude-t-il avant de réitérer sa charge contre le romancier, qu’il réduit aux écrits islamophobes de la britannique Bat Yé’or, comme hier il ne voyait en Alain Finkielkraut qu’un épigone de Renaud Camus. Birnbaum  c’est la version estampillée rue d’Ulm de la formule populaire « j’dis ça, j’dis rien ! ». Alors, pas d’amalgame ? Que ces messieurs commencent !

Muray, Taubira, haute couture : les dossiers de notre numéro de janvier

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michea muray taubira

michea muray taubira

Philippe Muray revient ! A l’occasion de la publication du premier tome de son Journal (Belles Lettres, 2014), dont nous publions plusieurs extraits, notre regretté mécontemporain a les honneurs de Causeur. Outre une passionnante introduction d’Elisabeth Lévy sur « l’époque et son maître », y figurent un entretien exclusif avec Anne Muray-Sefrioui ainsi que plusieurs hommages au concepteur d’Homo Festivus.

Mais Causeur donne aussi dans l’investigation, avec des révélations sur l’affaire Anne-Sophie Leclère,  condamnée en première instance à neuf mois de prison ferme pour la publication d’une infâme caricature raciste de Christiane Taubira. Alors que la jurisuprence appelait une riposte proportionnée à acte inacceptable, sous couvert d’antiracisme, le parquet a bafoué les principes élémentaires de la justice et de la démocratie. Double procédure lancée en Guyane et à Paris, jugement ubuesque aux attendus dignes d’un tract : les heures-les-plus-sombres reviendraient-elles dans les prétoires ?

Dans le champ intellectuel, la chasse aux sorcières bat également son plein, contre les apostats de la gauche que sont Jean-Claude Michéa ou Christophe Guilly. Face à ses détracteurs, Michéa nous livre un entretien sans novlangue.

Enfin, sous l’autorité de Patrick Mandon, un dossier autour de la haute couture fera défiler les splendeurs et misères d’une industrie devenue otage de la haute finance. On pourra notamment y lire les papiers Viviane Blassel, Janie Samet, Charlotte Liébert-Hellman, Pierre Lamalattie et même le témoignage du grand Hubert de Givenchy.

Bref, un numéro indémodable !

Il faut punir ceux qui se réjouissent publiquement des crimes à Charlie Hebdo!

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charlie hebdo twitter terrorisme justice

charlie hebdo twitter terrorisme justiceDe nombreux habitués des réseaux sociaux se sont élevés hier contre l’invraisemblable multiplication de tweets se félicitant de l’attentat contre Charlie Hebdo.

Ces internautes ont eu le sain réflexe de les compiler et les rendre publics, on peut les retrouver dans l’excellent texte de Jean-Paul Brighelli que Causeur a publié hier.

Je n’ai pas le cœur de les retranscrire ici, mais j’espère simplement qu’ils ne resteront pas impunis.

Je sais bien que la police et la justice ont des tâches plus urgentes à l’instant même. Mais quand on aura arrêté les assassins et leurs complices immédiats, je souhaite qu’on applique les lois de la république, et qu’on traîne devant les tribunaux tous ceux qui se sont réjouis qu’on ait assassiné de sang-froid douze de leurs concitoyens.

Je ne suis pas juriste, mais je me souviens qu’à l’automne dernier, un couple qui vendait des drapeaux djihadistes a été mis en examen pour «apologie d’actes de terrorisme». Or qu’y a-t-il d’autre dans ces tweets qu’une «apologie d’actes de terrorisme» ?

Je ne suis pas juriste mais je me souviens qu’il y a un an, un jeune salopard de 23 ans a été condamné à 2000 euros d’amende, dont 1400 avec sursis, pour avoir appelé sur Twitter au viol de Rokhaya Diallo. Si la peine peut paraître légère, il a néanmoins été retrouvé (malgré un manque manifeste de collaboration de Twitter), interpellé, condamné, et c’était justice.

Et la justice, aujourd’hui, ne peut pas faire comme si ces tweets se réjouissant de la tuerie de Charlie n’avaient pas existé. Qui ne dit mot consent, qui consent encourage.

J’ai été choqué d’entendre hier certains confrères et certains politiques minimiser l’importance  de ces tweets, expliquant en substance qu’on avait affaire à des jeunes écervelés qui se complaise à «braver les interdits»[1. Je tiens à féliciter au passage Julien Dray, qui hier soir sur LCP, a fermement condamné cette analyse lénifiante et excusiste. Je tiens aussi à le féliciter pour son statut Facebook d’hier que j’ai aussitôt partagé sur ma page : «Comme toujours la compréhension des événements la vérité sur la réalité doit être notre règle collective. Qu’on arrête de se protéger avec la bien-pensance car sinon, demain, c’est le Front qui ramassera la mise dans les consciences. Donc OK pour qu’il n’y ait pas d’amalgame mais cela ne doit pas devenir un prétexte pour ne pas dire la vérité.»]. Et alors ? Les petits cons seraient-ils au-dessus des lois ?

Soyons clairs. Je pense que beaucoup de ces haineux ne mesurent pas la gravité de leur acte. Sauf dans le cas de multirécidivistes, je ne souhaite pas qu’ils aillent en taule, je ne réclame pas que la loi s’applique dans toute sa sévérité contre un islamobranleur de dix-huit ans et demi. Je réclame simplement que la justice de mon pays donne une bonne leçon à tous ceux qui se sont rendus coupables d’«apologie d’actes de terrorisme».

Pour leur ôter l’envie de récidiver.

Parce que chez nous, en France, il y a des choses qui ne se font pas.

N.B. : J’apprends que d’autres salopards s’en sont pris cette nuit à des mosquées. Pour les mêmes raisons, eux aussi doivent être pourchassés, attrapés et punis. Pas de ça chez nous !

[Les contenus illicites repérés sur Internet peuvent être signalés sur ce site du ministère de l’Intérieur]