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Zemmour le Gaulois

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Zemmour est arrivé… sans se presser, sans cheval ni grand chapeau, mais muni de son dernier livre Un quinquennat pour rien (Albain Michel, 2016) chez Causeur.  Accueilli en grande pompe (et en escarpins) par notre chère Elisabeth Lévy, le journaliste du Figaro a eu maille à partir avec la rédaction de votre magazine préféré.

Partager un début de diagnostic – « Sur le présent, Eric Zemmour a malheureusement raison : l’assimilation n’est plus qu’un souvenir, l’intégration régresse et on découvre que s’est créée en France une contre-société musulmane hostile à la société française et à son mode de vie. » dixit notre grande prêtresse – n’exonère pas en effet d’un examen critique du zemmourisme. C’est même un exercice salutaire que de discuter l’ « essentialisme » revendiqué du héraut de la France réac, pour lequel notre ennemi a un nom, un visage mais mille et une adresses : l’islam. Volontiers plus assimilationniste, féministe et progressiste que notre cousin gaulois, Elisabeth Lévy mène le bal d’un entretien de sept pages durant lequel nous avons passé en revue nos points de désaccord cordiaux, non sans rire, dans le plus pur (mauvais) esprit français.

L’enquête de Régis Soubrouillard apporte un peu d’eau au moulin zemmourien : petit scoop, le gouvernement naturalise des étrangers à tout-va, espérant sans doute recueillir les dividendes électoraux de ses largesses. C’est bien simple : à ce rythme-là, le nombre des naturalisations aura grimpé de 45% à la fin de l’année !

Rien de bien réjouissant pour les classes populaires, que le géographe Christophe Guilluy, interviewé dans nos colonnes, ne cesse d’ausculter à longueur d’essais. Son dernier opus Le Crépuscule de la France d’en haut (Flammarion, 2016) ébauche en creux le portrait d’un pays réel méprisé par ses élites cosmopolites, ouvertes sur le monde, et immigrationnistes car tirant partie de la mondialisation. Singulièrement, on n’a jamais autant parlé de « vivre-ensemble » alors que la mixité ethnique n’est plus qu’un vague souvenir…  Et ce n’est pas mon ami Pierric Guittaut, polardeux de son état, qui me démentira : d’après l’auteur D’ombres et de flammes, spécialiste ès banlieues et chasse berrichonne, l’heure de la guerre civile approche. Sans arriver à de telles extrémités, j’ai tiré de mon reportage à Aubervilliers un petit portrait des haines françaises, où immigrés asiatiques, maghrébins et africains cohabitent tant bien que mal, sur fond d’insécurité et d’islamisation croissantes.

Embarquement immédiat directions Bratislava, Ankara et Washington. Côté actualités, Luc Rosenzweig dévoile les faux semblants du dernier sommet européen où le couple franco-allemand a mis en scène son entente factice ; cependant que la Républicaine Claire Berlinski s’afflige de l’amateurisme d’un Trump, véritable dynamiteur de son parti. À l’autre bout du monde, le gouvernement Erdogan multiplie les arrestations consécutives au coup d’Etat du 15 juillet, incriminant la confrérie Gülen. Une conjuration catilinaire ou une tête de turque ? L’expert Bayram Balci vous le dira.

Sur la carte des entremets, le grand acteur et metteur en scène Daniel Mesguich expose brillamment sa vision de la gauche, du théâtre populaire et exigeant, dans la lignée de son maître Antoine Vitez. Dans un autre registre, notre « ennemi » autoproclamé Karim Dridi nous dit ses quatre vérités autour de son film Chouf et des banlieues. Sectaires s’abstenir ! Sur le zinc, Jérôme Leroy nous fait  enfin trinquer avec Robert Giraud, auteur aux « deux passions jumelles : le vin et l’argot, les bistrots et la langue verte, le jaja et la jactance ».  Vaste programme !


Un quinquennat pour rien

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D'ombres et de flammes

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Si c’est un noble

Les pépites
Les Pépites, documentaire de Xavier de Lauzanne

Le film Les pépites (sortie : mercredi 5 octobre) est la bonne surprise de cette semaine de cinéma. Loin des banlieues et des questions identitatires (Chouf de Karim Dridi, Le ciel attendra, de Marie-Castille Mention-Schaar), l’émouvant documentaire de Xavier de Lauzanne, nous emmène au Cambodge où l’association, Pour un sourire d’enfant, combat l’extrême pauvreté depuis plus de vingt ans.

Née d’une urgence, d’un coup de tête d’un couple d’aristos voyageurs, P.S.E scolarise aujourd’hui plus de 7000 jeunes et emploie 450 personnes. Pourtant, rien ne prédisposait Marie-France et Christian des Pallières, issus de la plus vieille noblesse française, à porter secours à ces enfants du bout du monde. Rien, sinon « un coeur gros comme ça » et une certaine idée de l’homme et de sa dignité.

Entretien exclusif pour Causeur avec Xavier de Lauzanne, réalisateur du film.

Olivier Prévôt : Les pépites, c’est sa richesse, peut-être abordé de multiples manières : l’émotion face à l’histoire de ces enfants sauvés de l’extrême misère, la formidable aventure de l’association P.S.E passée en quelques années de quelques gamelles de nourriture à une sorte d’Empire du Bien… Mais aussi le destin tout à fait extraordinaire, quasi-romanesque, d’un couple, Marie-France et Christian des Pallières à l’origine de cette association.

Xavier de Lauzanne : Je voulais montrer cette histoire, cette rencontre, ce choc face à la misère la plus terrifiante que Marie-France et Christian découvrent au Cambodge et qui les poussent à agir. De la nécessité première, immédiate, à ce que P.S.E est devenu au fil du temps.

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Olivier Prévôt.

Colombie: la triste victoire de la résignation

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colombie paix farc referendum
Sipa. Numéro de reportage : AP21958415_000017.

Santos, le président colombien, aurait pu faire passer son traité de paix avec les Farc sans consulter le peuple. Il a souhaité lui donner plus de poids en organisant un référendum. Il s’est sans doute imaginé un peu naïvement qu’on préfère une paix -même imparfaite- à une guerre. Sauf que non. L’accord n’a aucune valeur légale. Six ans de négociations pour rien. Un plan de paix de près de trois cents pages que peu de Colombiens ont lu pour rien. Des signatures et annonces à tout va pour rien. Les colombes et le Prix Nobel envolés. Vu ainsi ça pourrait prêter à sourire. Sauf qu’il s’agit de la tentative la plus aboutie de mettre un terme à un bien vieux et sale conflit qui s’envole avec. Pourquoi les Colombiens ont-ils rejeté cet accord dans l´isoloir ? Beaucoup ont eu peur qu’il permette aux Farc d’accéder un jour au pouvoir. L’ancien président Alvaro Uribe -grand vainqueur de ce coup de théâtre-qui n’a cessé de clamer ces derniers mois que cet accord ouvrirait la porte à une dictature communiste de type Venezuela ou Cuba, y est pour beaucoup. Il ne s’agissait pourtant que de cinq députés et cinq sénateurs des Farc qui auraient fait leur entrée dans l’arène politique. Et à moins d’un coup d’Etat, imaginer Timochenko -guide suprême des Farc- qui doit se contenter d’un taux de popularité de 3 %, être couronné un jour premier roi communiste de  Colombie revient à envisager que nous serions bientôt dirigés par Nathalie Artaud. Une hypothèse mensongère et grotesque donc, mais qui a porté ses fruits.

Les Farc mènent le bal

L’ironie de cette histoire, c’est que la possibilité ou non de voir renaître un plan de paix est soumise au bon vouloir des Farc. Ces derniers ont affirmé à plusieurs reprises avant le vote que si le « non » l’emportait, ils ne retourneraient pas à la table des négociations. Santos a aussi dit que les hostilités reprendraient. Uribe a répété pendant des mois que cet accord devait être modifié. Sauf qu’invité aux négociations à la Havane quatre ans durant, il n’a jamais voulu y mettre les pieds.  À l’annonce des résultats, tandis que Santos a affirmé vouloir lutter pour la pacification de son pays jusqu’à la fin de son mandat, Timochenko a annoncé maintenir sa volonté d’aller jusqu’à la paix. Reste à voir si les coéquipiers de ce dernier acceptent de reprendre des pourparlers, et sous quelles conditions. Beaucoup de Colombiens ont estimé que ce traité n’était pas assez dur envers les Farc, et doutent de la bonne intégration des guérilléros dans la société civile. Mais ces derniers ont-ils vraiment intérêt à accepter d’aller docilement en prison – et avec le sourire- alors qu’ils n’ont jamais perdu leur guerre ?

On me rétorquera que les blessures d’un conflit sont très difficiles à panser, et que n’ayant jamais vécu la guerre –et j’en suis verni- je suis bien mal placé pour donner des leçons de morale. C’est vrai. Reste que les victimes directes des Farc, tout comme les régions rurales qui ont le plus souffert du conflit, ont très largement voté en faveur du plan de paix, à l’inverse des citoyens des grandes villes, qui vivent essentiellement le conflit à travers la télé.

On pourra objecter  que, comme dans l’épisode du Brexit, le peuple a su donner une belle leçon aux élites qui prétendent savoir ce qui est bon ou non pour lui. C’est vrai là aussi, Santos a été trop confiant, il s’est emballé, et les journaux ont sans doute trop voulu inculquer aux Colombiens ce qu’ils devaient faire (voter « oui ») et ne pas faire (voter « non »). Mais il s’agit d’un sujet un peu plus grave que la sortie ou non de l’Union européenne : il s’agit de guerre et de paix. Au lieu de prendre exemple sur l’Irlande du Nord qui parvint à surmonter ses soifs de vengeance pour accéder à une société pacifiée, le peuple colombien a préféré la voie du conflit interminable et insoluble, ou du moins celle d’un avenir incertain. Un choix démocratique donc respectable, certes, mais il devra en assumer les conséquences. Si le cessez-le-feu –pour l’instant maintenu- devait par malheur être levé, ce sont les gens des régions rurales, qui ont très largement soutenu cet accord, qui seraient les premières touchées.

Nourrir dans la dignité

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Vaches laitières en Bretagne. Hannah Assouline.

Il aura suffi de trois vidéos tournées en caméra cachée pour mettre en émoi l’opinion. À Alès en octobre, au Vigan en février, à Mauléon-Licharre en mars, on voit des employés d’abattoirs jetant des moutons vivants par-dessus des barrières, les assommant avec un crochet métallique, gazant des cochons agonisant dans une fosse, et achevant ces animaux perclus de douleur. Ces images aux allures de snuff movies ont été diffusées par l’association L214, article du Code rural qui reconnaît la « sensibilité » des animaux. Le cofondateur de l’ONG, Sébastien Arsac, la quarantaine, ne se cache pas derrière son petit doigt : « Notre but est l’abolition des abattoirs. Même si la biographie d’une vache n’est pas comparable à la vie d’un humain, imaginez les mêmes images avec des humains torturés et persécutés, ça fait penser à un camp d’extermination ! »

Derrière cette reductio ad hitlerum, point une idéologie bien précise : l’antispécisme. Théorisée par le philosophe australien Peter Singer, auteur de La Libération animale, cette théorie fait de l’animal une minorité opprimée comme les autres (femmes, noirs, homosexuels) et, en conséquence, voit dans toute différence de traitement entre bêtes et hommes une forme de racisme. Dans la droite ligne des Cahiers antispécistes, Sébastien Arsac et sa compagne Brigitte Gothière ont d’abord créé « Stop gavage » – pour dénoncer la fabrication du foie gras –, puis échafaudé L214 en 2008 afin de faire valoir un principe cardinal : « Le fait d’appartenir à une autre espèce que l’espèce humaine ne devrait pas être un système de discrimination », explique-t-il. Adieu, veaux, vaches, cochons et couvées de nos assiettes ? Pour un végan digne de ce nom, un seul critère d’appréciation compte : l’aptitude des animaux à ressentir des émotions. « Je n’aurai aucun problème à manger des huîtres et des moules si on me démontre demain qu’elles n’ont aucune sensibilité », m’avoue Sébastien, ravi que « 95 % des Français pensent qu’on ne doit pas tuer les animaux sans nécessité ». Probablement les mêmes qui prétendent regarder Arte tous les soirs…[access capability= »lire_inedits »]

Nantie de 16 000 adhérents à jour de cotisation et de 17 employés, L214 surfe sur une vague émotionnelle croissante, qui a fait passer ses militants « d’ayatollahs de la protection animale à avant-gardistes ». Grâce à la diffusion des vidéos d’abattoirs, obtenues par des complicités internes, la popularité de l’association a explosé au même rythme que sa notoriété. « À la fin des années 1990, notre courant plafonnait à 300 ou 400 adhérents alors que, le premier samedi de juin, on était 2500 à manifester sur un mot d’ordre assez radical : la fermeture des abattoirs. On compte 410 000 fans de notre page Facebook, c’est 200 000 de plus que Greenpeace France ! » se réjouit Sébastien. Qu’on le veuille ou non, un climat favorable à l’antispécisme s’installe progressivement sur la France, avec le succès des essais de l’excellent romancier américain Jonathan Safran Foer (Faut-il manger les animaux ?), ou celui d’Aymeric Caron – l’ex- bouffeur de réacs chez Ruquier – et du bouddhiste peace and love Matthieu Ricard. Après la reconnaissance de l’animal comme une personne par le Parlement, l’introduction prochaine de cours sur l’éthique animale à l’université de Limoges, l’Assemblée nationale a ouvert une commission d’enquête sur les abattoirs, présidée par le député divers gauche Olivier Falorni.

Pourtant, la communauté des mangeurs de barbaque continue de rassembler 97 % des Français, qui découpent leur gigot avec la mauvaise conscience du bourgeois qui va aux putes puis à confesse. Tout radical qu’il est, Sébastien Arsac ne blâme pas ces supposés tartuffes : « Je suis conscient des problèmes de pétrole, mais j’ai du mal à me passer de voiture… » Des voix cruelles décèlent sous ce pragmatisme l’opportunisme d’une boîte de com’ habituée à distiller des images choc pour émouvoir le public.

Il faut bien l’admettre, plutôt que de protéger activement les animaux, L214 tâche de « sensibiliser » les humains à leur souffrance. Pour prendre soin des bêtes d’abattoirs maltraitées, d’autres associations prennent le relais, l’Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs (OABA) au premier chef. Depuis 55 ans, l’OABA applique une stratégie réformiste, avec quelques conquêtes notables telles que l’obligation légale d’étourdissement (1964) de l’animal avant abattage ou le retrait administratif des bêtes maltraitées par leur propriétaire (1999).

Si vous n’êtes pas diplômé d’un CAP de boucher charcutier ou féru d’équarrissage, une petite mise au point technique s’impose avant d’entrer dans le vif du rumsteck. Avant d’être abattu, tout animal destiné à finir dans vos assiettes doit être saigné afin d’éviter la propagation des bactéries et de préserver sa carcasse. Or la saignée fait inexorablement souffrir la bête, qu’il faut donc étourdir dans le plus court laps de temps possible. Sur les quelque 250[1. Un chiffre en constante diminution depuis quinze ans, en raison de la concentration des abattoirs.] établissements français d’abattage, ultra majoritairement laïcs, seuls huit pratiquent la méthode d’étourdissement la plus cruelle du marché : le gazage au CO2. Dans la majorité des cas, les abatteurs ont recours à des méthodes d’étourdissement bien plus rapides : le pistolet d’abattage – dont la tige entre dans la boîte crânienne de l’animal pour détruire les centres de la douleur et provoquer sa mort cérébrale en un centième de seconde – ou le choc électrique – agissant également sur le cerveau pour endormir les moutons, porcs ou volailles avant la saignée.

Reste le cas épineux de l’abattage rituel par la mise à mort sans étourdissement. « C’est odieux, la bête demande parfois cinq ou six minutes à mourir. Mais si aucune discussion n’est possible avec les abattoirs cashers[2. Selon le rite judaïque, l’animal doit être entièrement conscient lorsqu’on l’abat. À noter que les abattoirs cashers représentent moins de 1% du total des abattoirs français.], on a obtenu de certains musulmans qu’ils acceptent l’étourdissement réversible. À Sisteron, dans le plus grand abattoir halal d’Europe, grâce au choc électrique, l’animal est inconscient quand on l’abat », indique le président de l’Œuvre Jean-Pierre Kieffer. Jugée compromise avec le système d’abattage industriel par ses détracteurs, l’OABA « met les mains dans le cambouis », envoie ses inspecteurs contrôler 80 abattoirs par an et exige la vidéosurveillance de toutes les chaînes de mise à mort pour prévenir la maltraitance des animaux.

À terme, aussi bien l’OABA que L214 rêvent d’un monde sans viande ni abattoir. Ne peut-on pas décemment aimer les animaux et déguster une entrecôte la conscience tranquille ? Pour Jocelyne Porcher, ancienne bergère devenue experte des relations affectives entre bêtes et humains, la réponse coule de source. « Les animaux comme les moutons n’ont pas envie d’être libérés. Ils sont mieux avec nous que sans nous car dans la nature, ce sont davantage des proies que des prédateurs », explique-t-elle. Et la sociologue de distinguer élevage et production animale. Si le premier a toujours été le propre de l’homme, la seconde dérive de la domination du capitalisme industriel au xixe siècle, lequel a amené scientifiques et industriels à exploiter à grande échelle les animaux, en les considérant comme des machines dénuées d’âme.

Le 16 juin, son compagnon de route Stéphane Dinard, petit éleveur de cochons et de vaches en Dordogne, a été auditionné au Palais-Bourbon par la commission d’enquête Falorni. En toute illégalité, depuis une dizaine d’années, ce dernier abat ses bêtes dans sa ferme car il refuse de leur imposer l’angoisse et la souffrance du transport puis de l’attente. Devant des députés médusés, Dinard a raconté par le menu avoir installé une pièce d’abattage ainsi qu’un laboratoire doté d’une chambre froide pour permettre à des professionnels de la découpe d’officier dans les meilleures conditions possibles. Le tout sans autorisation ni contrôle sanitaire aucun. Sa clientèle locale s’en trouve ravie mais ne se fait pas d’illusions sur l’avenir des abattoirs de proximité. Nourrir 65 millions de Français dans la dignité renchérirait le coût de la viande et nuirait ainsi à la grande distribution. De l’aveu même de Stéphane Dinard, « à l’heure actuelle, l’abattoir mobile est dans l’incapacité d’absorber la demande industrielle [Ndlr : 34 millions d’animaux tués chaque année en France] ». Son expérimentation légale, comme en Suède ou en Hongrie, promettrait néanmoins un avenir plus digne au bétail.

Partisane de cette troisième voie entre industrialisme effréné et véganisme sectaire, Jocelyne Porcher ne ménage pas ses critiques contre l’antispécisme tendance L214 : « Ces gens-là ont un problème avec la nature, la vie et la finitude. Si la mort des animaux leur est insupportable, c’est parce qu’ils rejettent leur propre mort. » Qui plus est, la perspective d’un monde hors-sol où le citoyen écoresponsable se nourrirait de protéines artificielles a de quoi faire frémir. Comme dans le film Soleil vert, la privation de viande pourrait nous conduire à manger de l’homme.[/access]

Barcelone : quand Le Monde comprend la notion de seuil de tolérance

Affichettes à l'entrée de la station Diagonal à Barcelone, le 26/09/16. Crédit : O. Prévôt

D’abord, ça m’a fait bien rire.

C’était en juin dernier, dans le quartier le plus bobo de Barcelone, Gràcia. Je descendais tranquillement la Carrer de Torrijos en direction de la halle de l’Abaceria – marché couvert où l’on peut, au petit matin et sur le zinc, se régaler de charcuteries et fromages catalans. Là, devant l’entrée de la halle, un petit malin s’était amusé à ajouter une direction à celles déjà présentes sur les panneaux indicateurs destinés aux touristes – pourtant rares dans ce coin de la ville. « L’aéroport, c’est par là ! », inscription suivie d’une invitation à partir, un peu plus convenue et abrupte, « Tourists, go home ! ». Entre la douceur de ce matin d’été, cette impression confuse que la ville, les gens, l’air lui-même avaient organisé une sorte de conjuration pour assurer mon bonheur et, d’autre part, la brutalité du message, j’ai senti un choc. Non, avec nos chaussures de marche, nos shorts de toile beige, nos sacs à dos siglés et, surtout, cette confiance, un rien vaine, du Parisien pour lequel le monde est un vaste banquet où il est l’invité d’honneur, non, avec tout ça, malgré tout ça, nous n’étions pas nécessairement les bienvenus. Je veux dire : dans la vraie ville – qui n’est pas qu’un décor – peuplée par de vrais gens – qui ne sont pas que des figurants. En fait, je ne tarderai pas à m’en apercevoir, les murs de Barcelone étaient envahis par de telles inscriptions, signes d’une allergie de la capitale catalane à la présence touristique.

Début septembre, à Paris, je lisais à ce sujet, un article paru dans Mle magazine du Monde, intitulé L’auberge espagnole voit rouge et qui expliquait, cette fois sans la juger, ce qu’en d’autres lieux, on aurait appelé « tentation du repli sur soi ». Le grand quotidien français, infatigable pourfendeur de la seule idée qu’il puisse exister un seuil de tolérance, semblait plutôt comprendre nos voisins catalans et leur soudain rejet de la présence étrangère fort peu discrète.

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Olivier Prévôt 

 

De la crise permanente

Mystère et mélancolie d'une rue
Oscar Dominguez, Mystère et mélancolie d’une rue, vers 1924-1925

J’errais autour de la Bastille. J’avais une heure à tuer avant de prendre le train.
Je suis entré à la Belle Lurette, 26 rue Saint-Antoine. J’aime beaucoup cette librairie : on y prend en deux minutes le pouls exact du boboïsme — et plus particulièrement celui du Marais, qui en est l’émanation suprême. Les notices manuscrites, résumant l’avis toujours enthousiaste du libraire, accrochées à certains livres, flattent ce que le Parisien branché a de plus personnel — sa dose élevée de moraline, comme disait Frédéric N***, son appartenance à l’espèce Homo Festivus, comme disait Philippe M***, et sa totale déconnexion de la France périphérique, comme disait Christophe G***.

Coincé entre trois piles de succès présumés de la rentrée, il y avait quelques minces exemplaires de la Crise sans fin – Essai sur l’expérience moderne du temps, paru initialement en 2012 et qui vient de sortir en poche (Essais Points Seuil).
J’ai travaillé en 1986 avec son auteur, Myriam Revault d’Allonnes. Nous nous étions partagé le programme Lettres d’HEC portant sur le Langage, à elle le côté philo, à moi le versant littéraire et linguistique. Chez Belin — rue Férou, où habitait Athos. Trente ans ! C’était hier. Elle était alors prof de prépas à Lakanal, elle allait entrer au Collège international de philosophie, elle a depuis été associée au Centre de Recherches politiques de Sciences-Po et à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. C’était — et c’est toujours, sans doute — un petit bout de femme à l’intelligence étincelante et aux yeux bleu cobalt. Contact perdu — ainsi va le monde.

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.  

 

 

 

 

 

 

 

La vie politique est nulle?

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hollande sarkozy identite fn

J’ai toujours aimé la politique. Pas au point d’en faire un métier, j’aime trop lire et écrire pour ça, et on aura beau dire, la politique, c’est un métier. On pourrait certes transformer tous les citoyens en hommes politiques et cela s’appellerait  la démocratie directe. Ce n’est pas une mauvaise idée en soi mais dès qu’on passe à la pratique, c’est un peu plus compliqué. Essayez par exemple, dans les grandes villes, de trouver assez de personnes volontaires pour prendre part aux conseils de quartier le soir. C’est très coton parce qu’on s’aperçoit soudain que si la critique est aisée (yaka, fokon), l’art est difficile et que l’on préfère brailler sur les décisions que de prendre part à leur élaboration collective. C’est pour cela aussi qu’on ne s’est pas pressé pour être maire dans les petites communes aux dernières municipales de 2014 : passer son temps à se faire engueuler alors qu’on se dévoue au jour le jour pour ses administrés, ça n’encourage pas les vocations…

Cinquante nuances d’idéologie

On explique que l’abstention augmente parce que les hommes politiques, c’est tous du pareil au même. Autant je peux comprendre le vote blanc, notamment dans un second tour, autant l’abstention a quelque chose de profondément paresseux et confortable : elle ne suppose même pas l’effort de se déranger jusqu’à son bureau de vote mais elle n’empêche pas les abstentionnistes de hurler aux « Tous pourris » plus fort que les autres et de se plaindre à tout bout de champ en ayant oublié au passage que si vous ne vous occupez pas de la politique, elle, elle s’occupe de vous.

On devrait avoir rendu le vote obligatoire depuis belle lurette, ne serait-ce que par ce que le « désintérêt de la politique par les Français », une autre vieille lune, est assez incompréhensible quand on regarde l’offre politique au premier tour d’une présidentielle. Le prisme est quand même très large et lors des dernières élections, on a pu choisir entre deux ou trois nuances de trotskistes, des communistes, des écologistes de gauche, des écologistes du centre, des écologistes indépendants, des centristes de gauche, des centristes du centre, des centristes de droite, des gaullistes maintenus, des sociaux-démocrates, des sociaux-libéraux, des souverainistes de droite, des souverainistes de gauche, (mais pas de souverainistes du centre, c’est vrai), toute la gamme des libéraux, du hardcore au soft, sans compter une extrême droite en pleine forme depuis près de quarante ans.

Alors l’argument du « Tous pareils » correspond à de la paresse intellectuelle ou à de l’addiction à BFM, ce qui revient, c’est vrai, à la même chose. Bref, avant de râler, chacun peut tout de même essayer de rebrancher son cerveau avant de s’apercevoir un peu trop tard qu’on n’aurait peut-être pas dû traiter de feignasse le cégétiste qui bloquait un dépôt d’essence contre la Loi Travail quand deux ans plus tard, on sera licencié, histoire que l’entreprise retrouve des commandes et éventuellement vous reprenne, ce qu’en Macron-langue, par exemple, on appelle « fluidifier le marché du travail ».

Cette aboulie civique de nombre de nos concitoyens est pour l’essentiel responsable d’un phénomène historique assez rare aujourd’hui : la vie politique est devenue illisible et absolument imprévisible. Il faut les comprendre, les hommes politiques, ils ne savent plus quoi penser puisqu’ils ont en face d’eux une masse qui oscille entre le mutisme, la résignation hargneuse et la trouille bleue. Comment vous adapter à la demande quand on ne vous demande rien ? Résultat, tous les politiques donnent l’impression de faire un pari sur ce que voudrait l’électorat,  mais au fond sans vraiment le savoir.

L’identité, l’identité, l’identité…

Sarkozy, par exemple, parie sur l’identité. Il ne s’en lasse pas, de l’identité. Il se dit que c’est un bon créneau. La preuve, le FN l’a pris. Le problème, c’est que plus il parle d’identité, plus le FN monte comme on l’aura remarqué depuis 2007 où le FN améliore ses scores à chaque fois. D’autres parient sur le fait que la première préoccupation des français est le social et notamment la peur de perdre leur boulot. On en trouve à gauche et à droite mais la droite qui se préoccupe du social et avec elle les postsocialistes actuellement au pouvoir, c’est-à-dire un éventail qui va de Juppé à Hollande en passant par Le Maire ou Macron, proposent quand même d’aider les riches parce qu’à la fin, il y aura ruissellement, selon cette étrange théorie qui voudrait que l’argent soit comme une pyramide de coupes de champagne et que la coupe du haut, à force de déborder, se répandrait sur les coupes du bas, ce qui apparemment n’a pas franchement été le cas du temps de Reagan ou Thatcher quand on a enrichi les riches comme jamais.

À gauche de la gauche aussi, on estime que la question sociale est prioritaire. À l’occasion, on la lie même à la question écologique. Seulement, il va être difficile de se faire entendre quand on est tellement de candidats sur un créneau aussi petit et aussi peu démagogique en même temps,- oui il est plus facile d’expliquer qu’il y a trop de migrants que, par exemple, comment la transition énergétique pourrait créer des millions d’emplois.

Alors ? Alors, à moins de huit mois des présidentielles, impossible de discerner une quelconque certitude, sinon que Marine Le Pen sera au second tour.

Bref, la démocratie est en très petite forme, dans un flou malsain et indécidable. Et pour une fois, ce n’est pas (seulement) de la faute des politiques, mais aussi de la nôtre…

«Au-delà de l’humanité, la passion égalitaire est pathologique»

Francis Wolff, par Hannah Assouline

Causeur. Ferme des mille vaches, scandales des abattoirs à répétition, campagnes contre la consommation de la viande : le statut des animaux et leurs rapports avec l’homme semblent intéresser de plus en plus l’opinion publique.

Francis Wolff. Oui, et l’intérêt médiatique qui se développe pour ces questions était prévisible. Ce phénomène existait déjà sur les campus américains il y a une dizaine d’années, et la vague a atteint nos rivages universitaires il y a cinq ou six ans avec des disciplines émergentes comme l’Éthique animale, le Droit animalier, des chaires, des thèses, des revues spécialisées. Les milieux para-académiques, les grandes revues de débat critique s’y sont ensuite intéressés. Il est normal que cela touche maintenant le grand public.

Comment qualifier ce nouveau mode de pensée ?

Je l’appelle « animalisme », à ne pas confondre avec le mouvement de protection des animaux qui existe en France depuis la loi Grammont de 1850 punissant les mauvais traitements. L’animalisme conçoit l’animal comme le nouveau« prolétaire », la victime par excellence de l’homme bourreau. Autrement dit, le postulat nouveau selon lequel il existe une catégorie générale qu’on nomme « animal » (on pense alors plutôt au chien, au chat et au cheval qu’au scorpion, à l’éponge ou au krill) se traduit par une exigence morale. Or toute notre tradition morale et juridique est fondée sur la distinction entre les animaux et les humains d’une part, et entre les animaux en fonction des relations qu’on a avec eux d’autre part. Le droit français reconnaît une différence entre les animaux qui vivent sous notre protection d’un côté, et les animaux sauvages de l’autre. Dans ce même droit, il y a une différence entre le Code rural, le Code de l’environnement, le Code civil et le Code pénal. Faute de statut juridique unique, parler de l’« animal » en général n’a aucun sens : cela revient à classer le chien et ses puces dans la même catégorie.

Cela n’a peut-être aucun sens en droit, mais l’entendement humain a inventé une grande catégorie qui englobe le chien et ses puces depuis fort longtemps…

Oui et non. La notion d’« animal » est très difficile à définir. Selon les idées reçues, c’est un « être vivant mobile et sensible » : mais le premier critère exclurait de nombreux animaux (les huîtres) et inclurait pas mal de plantes ; quant au second, il est à la fois vague et équivoque : « sensible » à quoi et dans quelle mesure ? Et qu’en est-il des protozoaires ? Des virus ? Des prions ? Et des hommes ? Pendant pratiquement toute l’Antiquité, l’humanité a été définie par deux relations négatives : les hommes n’étaient ni des bêtes ni des dieux. Ils avaient en commun avec les bêtes d’être mortels, et avec les dieux d’être doués de raison.
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Au cours des deux derniers siècles, les frontières sont devenues floues, non seulement parce que dans une partie du monde il n’y a plus de dieux et que dans une autre la divinité est si absolue qu’elle est incommensurable à l’homme, mais aussi à cause des théories évolutionnistes qui montrent que l’espèce humaine est, du point de vue biologique, une espèce comme les autres. Paradoxalement, l’idéologie animaliste inclut et exclut l’homme. L’homme est à la fois différent de tous les autres animaux parce qu’il en est le bourreau, et semblable à tous parce que tous sont également « sensibles ». Conclusion : nous devrions respecter tous les autres animaux parce qu’ils sont comme nous, mais en n’ayant justement pas à leur égard un comportement animal !

L’animalisme serait-il le dernier avatar d’un gauchisme expiatoire ?

En effet, pour les mouvements de « libération animale », l’animal est devenu la nouvelle figure de la victime, l’Autre absolu. L’utopie révolutionnaire marxiste s’étant dissoute dans le libéral/libertaire, à quelle plus juste cause pourraient adhérer des jeunes de 18-25 ans ? Or cette idéologie reproduit une tare des mouvements gauchistes des années 1970 : casser l’Histoire en deux. « Depuis toujours, dit-on, les hommes ont exploité les animaux, aujourd’hui on va mettre fin une fois pour toutes à cette injustice ! » C’est absurde : la libération des animaux supposerait un retour à l’état naturel des espèces domestiquées depuis des millénaires, qui ne peuvent pas vivre indépendamment du soin humain ! C’est d’ailleurs pourquoi un théoricien animaliste, Gary Francione, préconise la stérilisation de tous les animaux de compagnie, afin de faire disparaître à jamais ces espèces qui sont dépendantes des hommes : jusqu’où va la « libération animale » ? C’est donc absurde pour les animaux mais aussi inquiétant pour l’homme : à force, on ne saura plus distinguer les personnes des animaux.

C’est bien le propos et l’objectif de l’« antispécisme », qui connaît un succès populaire avec Aymeric Caron…

L’« antispécisme », c’est la forme extrême, radicalisée de l’animalisme et de ses contradictions. Tout d’abord, l’équivalence entre « spécisme » et « racisme » est intolérable. Les races n’existent pas – ce qui rend le racisme absurde –, les espèces existent – ce qui rend le spécisme raisonnable. Le spécisme, c’est le comportement propre à toutes les espèces, c’est-à-dire concernant l’homme, l’humanisme. La lutte contre toutes les formes de discrimination en fonction de la « race », du sexe, des croyances, etc. est la conséquence de l’universalisme humaniste – tous les hommes sont égaux et doivent être traités également. Mais cet universalisme ne peut pas être étendu à toutes les espèces animales – les rats ? Les poux ?–, encore moins à toutes les espèces vivantes, ou alors il faut cesser d’utiliser des antibiotiques. Au-delà de l’humanité, la passion égalitaire devient pathologique.

L’antispécisme est pernicieux car il semble s’alimenter à deux sources généreuses : l’attention aux animaux et l’égalité (un slogan qui paraît toujours respectable). Mais leur fusion est inepte et immorale. Pour le philosophe australien Peter Singer, inventeur et promoteur du concept, il ne faut pas seulement s’abstenir d’utiliser tous les produits animaux (chair, œufs, lait, miel, laine, soie, etc.) ; si vous devez, par exemple lors d’un naufrage, choisir entre la vie d’une jeune chien bien portant et celle d’un vieillard, il faut choisir le chien et jeter le vieillard, le contraire serait du spécisme. Voilà où mène l’antispécisme.

In fine, métaphoriquement parlant, les végétariens finissent par manger de l’homme…

Exactement. Tout cela va de pair avec une croyance qui, au fond, n’est pas absurde, selon laquelle en raison du dérèglement climatique, de la disparition des espèces et de l’action de l’homme, la fin du monde serait pour demain.

En même temps, nos sociétés urbanisées ne connaissent rien de la nature…

En effet, nous ne vivons plus dans les campagnes, auprès des « animaux de rente », et encore moins au sein de la nature sauvage. Aussi les jeunes réduisent-ils l’animal à celui de compagnie. Ils n’ont plus qu’un rapport mythique aux bêtes sauvages : c’est Walt Disney, une vision édénique de la nature. Nous ne connaissons plus que les animaux de compagnie littéralement personnifiés, ou les sous-prolétaires des usines à viande objets de scandale médiatisés.

Mais au-delà de ces excès, il arrive vraiment que l’homme se comporte en bourreau. Est-il condamnable d’avoir de l’empathie pour les animaux ?

Non. Cette nouvelle sensibilité à la souffrance animale est une sorte d’élargissement des valeurs humanistes qu’on peut considérer comme un progrès moral. Tout ce qui lutte contre la marchandisation du vivant et la chosification de l’animal me paraît bien. Mais en conclure que l’animal est une personne est à la fois hâtif et dangereux.

Peut-être, mais est-il si simple, aujourd’hui, avec ce qu’on sait de l’intelligence animale, de définir le « propre de l’homme » ?

C’est vrai. La question n’est nullement celle de l’intelligence. Sur certains plans, les grands primates peuvent dénoter une faculté d’adaptation aux situations nouvelles nullement inférieure aux humains. Ce qui différencie l’homme, son« propre », c’est l’accès à un langage très particulier qui n’est pas un simple moyen d’exprimer des émotions ou de communiquer les trois types d’informations auxquels se limitent toujours les langages animaux : prédateurs, nourriture, partenaire sexuel. Le langage humain a une puissance infinie. Il permet la négation, le futur, le passé, le conditionnel et donne par là accès au dialogue, à l’imagination ou à la métaphysique. De là aussi deux différences essentielles : une transmission, de génération en génération, de biens, de normes, de connaissances, de savoir-faire et de valeurs symboliques qui s’additionnent de façon exponentielle ; et une capacité d’action au nom de valeurs. Ainsi, si nous pensons que nous devons bien traiter les animaux, c’est que nous ne sommes justement pas des animaux comme les autres. Nous autres hommes, nous sommes des animaux « moraux » – au sens où nous pouvons agir au nom de principes. Parfois pour le meilleur : les « droits de l’homme », la « Liberté », la « Science »… Parfois pour le pire : le « triomphe de la race supérieure », la « domination du monde », la « grandeur d’Allah », etc. : ce sont aussi des valeurs humaines, qu’on le veuille ou non ! Cela ne garantit évidemment à l’humanité aucune supériorité morale, mais seulement une différence absolue avec les autres animaux, qui ne connaissent ni l’idée de justice ni par conséquent l’idée de guerre, juste ou non.

En tout cas, la modification du statut de l’animal dans le Code civil montre que la loi épouse l’évolution de la société.

Cette affaire est un énorme malentendu car l’animal n’a pas changé de statut, et heureusement pour les propriétaires de chiens ou de moutons ! Le Code rural, qui protège les animaux vivant sous la protection de l’homme, les définit comme des êtres sensibles qui doivent être élevés dans des conditions correspondant à leurs exigences biologiques. Du point de vue du Code pénal, depuis les années 1950 la répression des sévices infligés aux animaux n’a cessé de s’intensifier. Depuis 2004, chose amusante, on a défini les rapports sexuels avec les animaux comme une nouvelle forme de « sévices graves » à leur égard. Pendant des siècles, la zoophilie (ou bestialité) était un crime contre la dignité de l’être humain ; aujourd’hui, c’est un crime contre l’animal !

Quant au Code civil, il traite des questions patrimoniales et d’héritage. Et, de ce point de vue, vous êtes soit une personne – et donc possiblement propriétaire et jamais propriété –, soit un bien qu’on peut posséder. Les chiens et les chats sont donc forcément des « biens » puisque vous pouvez les acheter et que vous en êtes propriétaire. Et, malgré une idée répandue, ça n’a pas changé avec l’amendement Glavany. On a simplement ajouté dans le Code civil une phrase qui vient du Code rural.

Cette confusion traduit la difficulté à régir nos rapports avec les animaux. Comment définir « les conditions conformes aux exigences biologiques de l’espèce » ?

Depuis des dizaines d’années, les éthologues et les éleveurs travaillent sur cette question, et le ministère de l’Agriculture produit une réglementation contraignante, abondante, changeante. Mais le fond du problème reste le productivisme qui aboutit à des phénomènes comme la « ferme des mille vaches ». Cela choque, mais comment évaluer la souffrance ou le bien-être de ces vaches ?

En regardant les photos…

Ne soyons pas naïfs : la pression de la concurrence et la guerre des prix poussent à tenter de contourner la réglementation. Mais il ne faut pas imputer les infractions à la réglementation – déjà très contraignante ! On ne cesse d’envoyer aux éleveurs des messages contradictoires : « produisez plus pour survivre par rapport à la concurrence », et « produisez moins pour respecter les conditions de vie des bêtes », etc. ! Aujourd’hui, les premières victimes du productivisme, ce sont les éleveurs !

Au bout du compte, comment vous, définissez-vous nos devoirs envers les animaux ?

Sur le plan conceptuel, il n’y a pas de raison d’avoir une morale vis-à-vis des animaux en général. Nous avons « un contrat moral » différent vis-à-vis de trois catégories d’animaux en fonction du type de relations que nous avons avec eux. Avec des animaux de compagnie que nous considérons souvent comme des membres de notre famille, nous avons une relation d’échanges affectifs. Nous leurs devons donc protection, alimentation, soin. Si je romps le contrat que j’ai avec mon chien en l’abandonnant sur une aire d’autoroute, je commets une entorse condamnable moralement et en partie juridiquement. Ensuite, il y a les animaux domestiqués par l’homme qu’on appelle « de rente ». Contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, la domestication n’est pas un asservissement, puisque cela suppose des relations d’apprivoisement et d’affection réciproques, ce qui explique pourquoi toutes les espèces ne sont pas « domesticables ». Les animaux nous donnent depuis 11 000 ans des produits de leur travail, de leur organisme ou de leur chair. Nous leur devons en échange soins, nourriture, protection contre les prédateurs, et des conditions de vie adaptées à leur espèce. C’est précisément ce pour quoi il faut lutter.

Vient enfin le troisième groupe : les animaux sauvages. Nous n’avons pas de devoir individualisé vis-à-vis d’eux puisque nous ne nouons pas de relations individuelles avec eux. Bien entendu, cela n’empêche pas la compassion pour l’oiseau tombé du nid. Mais cela ne relève pas des devoirs.

On peut donc maltraiter à souhait les animaux sauvages…

Non, parce que nous avons des devoirs par rapport aux espèces : équilibre des écosystèmes, lutte contre les espèces nuisibles, protection de certaines espèces en voie de disparition.

Et vis-à-vis des rats, nous avons des devoirs ou peut-on les exterminer ?

Excellent exemple, parce que le rat, dans le droit français, ça n’existe pas ! Le statut juridique – et, à mon avis moral – du même rat dépend des conditions dans lesquelles il se trouve. À l’état naturel, il n’a pas de statut particulier sauf quand il devient une espèce nuisible parce qu’il menace un écosystème. Si vous le prenez chez vous, il relève du droit des animaux de compagnie. Employé dans un laboratoire, il dépendra de toute la réglementation qui ne cesse d’évoluer autour de cette catégorie. Nous adaptons donc nos devoirs en fonction du type de relation. À part ça, je pense que nous consommons sans doute trop de viande…

Justement, la vogue actuelle de ce que vous avez appelé « l’animalisme » est liée à la question de la nourriture. Nous assistons à une montée concomitante de la prise en compte de la souffrance animale et de l’obsession de mieux manger.

À propos de la viande, le point de départ est aussi simple que brutal : les êtres vivants se nourrissent d’autres êtres vivants ! La meilleure définition d’un animal que je connaisse, c’est « être vivant hétérotrophe ». C’est-à-dire qu’au contraire des plantes qui peuvent se nourrir par photosynthèse, un animal ne le peut pas. Quand les êtres vivants mangeront des pierres, le problème ne se posera plus… La protection absolue de la vie est une contradiction dans les termes. La vie se nourrit de la vie. C’est regrettable ? C’est ainsi, c’est la vie. Ce qui ne doit pas nous empêcher de tenter de l’améliorer : pour l’homme d’abord. Ensuite, pour les autres espèces et la biosphère en général. [/access]

Notre humanité: D'Aristote aux neurosciences

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Quand l’INSEE valide le Grand remplacement

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Grand Remplacement : il convient de mettre des majuscules, non par goût du sensationnel, mais parce qu’il s’agit d’un événement historique singulier, un changement important dans la population française qui se déroule sous nos yeux. C’est donc un nom propre. On a d’abord cru qu’il s’agissait d’un fantasme d’extrême droite. Un ami professeur en Sorbonne me disait : « Le Grand Remplacement, je connais la théorie, mais je n’y crois pas ». On disait aussi que cette hypothèse était « trop logique » pour se produire. Objection bien curieuse : si la récolte de blé est mauvaise, faudra-t-il s’attendre à ce que le prix du pain baisse, parce que le contraire serait « trop logique » ? À moi, l’intuition me suggérait, en voyageant dans les RER parisiens, en voyant les nombreux Comoriens implantés en Dordogne par le conseil général socialiste précédemment aux manettes, que cette théorie se transformait en réalité. Mais il faut se méfier de l’intuition comme de la peste.

Des statistiques ethniques déguisées

Tous ces doutes ont laissé la place, le 30 septembre 2016, à une certitude scientifique grâce à la publication par l’INSEE des résultats de son étude sur les naissances en France. On lit dans le rapport sur les évolutions de la population française en 2015 : « Depuis 2011, les naissances d’enfants issus de deux parents nés en France diminuent (de 580 756 à 535 302 en 2015, soit une baisse de 7,8%), celles d’enfants dont l’un ou les deux parents sont nés à l’étranger sont en hausse de 6,07%. » Ce qui appelle plusieurs remarques.
Il existe encore en France, à l’INSEE, des fonctionnaires assez courageux et inventifs pour contourner l’interdiction (stupide et dangereuse à mon avis) des statistiques ethniques. Le lieu de naissance de la mère ou du père ? Où voyez-vous de l’ethnicité dans cette question ? Le devoir d’un scientifique est de cerner la réalité au plus près, bravo à ces mathématiciens à qui le réel ne fait pas peur.
 »Deux parents nés en France » : c’est déjà le cas de beaucoup de descendants d’immigrés dont il faudrait défalquer le nombre de naissances en le soustrayant des 535.302 nouveaux-nés pour avoir une idée du chiffre des naissances chez les blancs de type européen (l’usage du mot  »caucasien », racialement neutre, serait bien pratique, mais la langue française ne l’admet pas, on croirait qu’il s’agit d’une multiplication des Tchétchènes et autres Ossètes dans l’hexagone.) Chez ceux-ci, le pourcentage de naissances par femme doit être de 1,3 ou 1,4, en berne comme chez les Allemandes ou les Italiennes (revoir l’épisode triste et amusant de  »L’île des enfants uniques » dans Journal intime de Nanni Moretti). Dans mon coin de France rurale, je vois beaucoup de jeunes couples avec un seul enfant et beaucoup de seniors dont la famille se termine en queue de poisson. Après le décès des derniers baby-boomers, il y aura beaucoup de jolies maisons vides où l’on pourra loger les migrants.

Le Bras désavoué par la réalité

Une guéguerre oppose deux grands démographes, Michèle Tribalat (une femme de gauche) et Hervé Le Bras à propos des naissances chez les immigrés et leurs descendants. Ces statistiques viennent de prouver que c’est la première qui a raison. Hervé Le Bras apparaît désormais pour ce qu’il est : le porte-parole du Mensonge Officiel sur la démographie. Il nous a expliqué pendant des années que les jeunes couples d’origine immigrée se mettaient tout de suite à la natalité à la française et faisaient environ deux enfants, comme les Français  »de souche ». « Paroles, paroles… » comme chantait Dalida.
Je n’ai pas entendu une seule présentation, un seul commentaire sur les grands médias à propos de la publication avant-hier de ces statistiques sérieuses du très sérieux INSEE. Certes, je n’écoute et ne lis pas tout, mais internet est tout de même un bon moyen de scruter ce qui se dit dans les médias. Là encore, Mensonge Officiel par dissimulation. Quand Jules César est arrivé en Gaule avec la ferme intention de conquérir le pays, il n’était question sur les télévisions gauloises que du risque que le ciel ne tombe sur la tête des habitants de ce malheureux pays. L’Yves Calvi de l’époque arbitrait des débats passionnés sur tombera ou tombera pas et personne ne parlait de Jules et de ses projets menaçants. Vous voyez bien que les Gaulois sont nos ancêtres.

Cette évolution est plus marquée depuis 2011, souligne l’INSEE. Impossible de ne faire un rapprochement avec la politique antinataliste des divers gouvernements de la présidence Hollande. Réduction des allocations familiales, abaissement du quotient familial, abaissement des prestations d’accueil au jeune enfant, tout a été mis sous condition de revenus, c’est-à-dire qu’il s’agissait d’une attaque en règle contre la natalité des classes moyennes, qui sont pour l’essentiel formées de  »caucasiens ». Décidément, ce quinquennat aura été catastrophique sur tous les plans.
Dernière remarque sur cette passionnante statistique : les mathématiciens de l’INSEE ne sont pas des futurologues, mais on peut déduire de leurs chiffres qu’il s’agit là d’une tendance lourde, dont on ne voit pas ce qui pourrait la freiner ou a fortiori l’arrêter. Il y aura forcément une année X du XXIème siècle où ceux qui sont nés en 2015 étant enfants d’un ou de deux parents nés à l’étranger à l’étranger et leurs descendants deviendront plus nombreux que ceux que ceux qui sont nés en 2015 de deux parents nés en France. Durant une année postérieure Y, ils deviendront plus nombreux sur les listes électorales et la loi de la démocratie leur permettra de pouvoir prendre de bonnes décisions, mais aussi de mauvaises comme imposer la charia en France, rattacher le pays au Qatar ou forcer les dernières chrétiennes à porter le voile.
Il s’agit là d’un scénario très logique, trop logique peut-être, les surprises de l’Histoire peuvent bien sûr l’enrayer, ce dont je serai ravi dans ma tombe. Mais j’attends qu’on me démontre que ce scénario n’a aucune chance de se produire, les événements logiques ayant la stupide habitude de se produire plus souvent que les événements illogiques.

Une contre-société patriarcale

Un dernier mot sur les femmes, principales actrices de la natalité. Dès lors que coexistent dans un même pays deux mentalités très différentes chez les femmes elles-mêmes et chez les hommes dans leurs rapports avec elles, il se produit un déséquilibre grave. Dans la France actuelle, l’une des deux classes de femmes proclame  »un enfant si je veux quand je veux » et les hommes n’osent pas protester et réfuter cette assertion tout de même extravagante qui détruit le père et fait du mâle un simple fournisseur de sperme. Les hommes se taisent, ils sont terrorisés par des décennies de lutte acharnée contre le Père, des décennies de divorces impitoyables déclenchés à 80 % par les épouses, des décennies de destruction de toute figure de domination masculine, le juge grave, le professeur autoritaire, le curé sévère et tant d’autres. Le président de la République élu en 2012 est d’ailleurs emblématique de ce refus de toute autorité masculine. Pendant ce temps, dans un autre segment de la population française, c’est :  »autant d’enfants que je le voudrai, moi le père » et  »surtout mets ton voile pour aller au supermarché ». En dépit de ce que disent les têtes creuses, le voile est avant tout la preuve de la soumission des femmes aux hommes, qui décideront seuls du nombre de grossesses que l’épouse subira. J’espère bien que la majorité des familles musulmanes de France ne fonctionne pas sur ce modèle étroitement machiste et patriarcal, mais qu’il en existe une certaine proportion est suffisant pour modifier les statistiques démographiques. Conséquence de cette dualité dans les conditions féminines : une supériorité numérique croissante du second segment de la population sur le premier.

La France a des chances (ou des risques) prouvées et vérifiées désormais par l’INSEE de connaître en une centaine d’années ce que le Kosovo a connu en un millénaire : la lente submersion d’un peuple par un autre peuple plus prolifique. Rappelons que le Kosovo est le berceau de la nation serbe, que tous ses noms de lieu sont d’étymologie serbe, les noms albanais n’en étant que des adaptations. A commencer par Kosovo qui signifie en serbe le champ des merles, lieu d’une célèbre bataille contre les Turcs. Les historiens du futur seront un peu étonnés par la cause de cet effacement du peuple français d’origine : un excès de grandeur d’âme et une naïveté phénoménale. Et puis on en rira, on classera cette disparition dans les histoires de morts ridicules, ainsi que les affectionne les petites séries thématiques qu’on trouve sur les sites d’information de la Toile (les dix stars tombées dans la misère, les dix îles sublimes qu’il faut visiter avant de mourir etc…) On rira de la disparition des anciens Français comme on rit de la mort ridicule de ce Japonais en safari, dévoré par un lion pour lui avoir donné un grand coup de pied pendant sa sieste afin qu’il ait l’air plus vif sur la photo-souvenir.

Zemmour le Gaulois

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zemmour dridi mesguich trump guilluy

zemmour dridi mesguich trump guilluy

Zemmour est arrivé… sans se presser, sans cheval ni grand chapeau, mais muni de son dernier livre Un quinquennat pour rien (Albain Michel, 2016) chez Causeur.  Accueilli en grande pompe (et en escarpins) par notre chère Elisabeth Lévy, le journaliste du Figaro a eu maille à partir avec la rédaction de votre magazine préféré.

Partager un début de diagnostic – « Sur le présent, Eric Zemmour a malheureusement raison : l’assimilation n’est plus qu’un souvenir, l’intégration régresse et on découvre que s’est créée en France une contre-société musulmane hostile à la société française et à son mode de vie. » dixit notre grande prêtresse – n’exonère pas en effet d’un examen critique du zemmourisme. C’est même un exercice salutaire que de discuter l’ « essentialisme » revendiqué du héraut de la France réac, pour lequel notre ennemi a un nom, un visage mais mille et une adresses : l’islam. Volontiers plus assimilationniste, féministe et progressiste que notre cousin gaulois, Elisabeth Lévy mène le bal d’un entretien de sept pages durant lequel nous avons passé en revue nos points de désaccord cordiaux, non sans rire, dans le plus pur (mauvais) esprit français.

L’enquête de Régis Soubrouillard apporte un peu d’eau au moulin zemmourien : petit scoop, le gouvernement naturalise des étrangers à tout-va, espérant sans doute recueillir les dividendes électoraux de ses largesses. C’est bien simple : à ce rythme-là, le nombre des naturalisations aura grimpé de 45% à la fin de l’année !

Rien de bien réjouissant pour les classes populaires, que le géographe Christophe Guilluy, interviewé dans nos colonnes, ne cesse d’ausculter à longueur d’essais. Son dernier opus Le Crépuscule de la France d’en haut (Flammarion, 2016) ébauche en creux le portrait d’un pays réel méprisé par ses élites cosmopolites, ouvertes sur le monde, et immigrationnistes car tirant partie de la mondialisation. Singulièrement, on n’a jamais autant parlé de « vivre-ensemble » alors que la mixité ethnique n’est plus qu’un vague souvenir…  Et ce n’est pas mon ami Pierric Guittaut, polardeux de son état, qui me démentira : d’après l’auteur D’ombres et de flammes, spécialiste ès banlieues et chasse berrichonne, l’heure de la guerre civile approche. Sans arriver à de telles extrémités, j’ai tiré de mon reportage à Aubervilliers un petit portrait des haines françaises, où immigrés asiatiques, maghrébins et africains cohabitent tant bien que mal, sur fond d’insécurité et d’islamisation croissantes.

Embarquement immédiat directions Bratislava, Ankara et Washington. Côté actualités, Luc Rosenzweig dévoile les faux semblants du dernier sommet européen où le couple franco-allemand a mis en scène son entente factice ; cependant que la Républicaine Claire Berlinski s’afflige de l’amateurisme d’un Trump, véritable dynamiteur de son parti. À l’autre bout du monde, le gouvernement Erdogan multiplie les arrestations consécutives au coup d’Etat du 15 juillet, incriminant la confrérie Gülen. Une conjuration catilinaire ou une tête de turque ? L’expert Bayram Balci vous le dira.

Sur la carte des entremets, le grand acteur et metteur en scène Daniel Mesguich expose brillamment sa vision de la gauche, du théâtre populaire et exigeant, dans la lignée de son maître Antoine Vitez. Dans un autre registre, notre « ennemi » autoproclamé Karim Dridi nous dit ses quatre vérités autour de son film Chouf et des banlieues. Sectaires s’abstenir ! Sur le zinc, Jérôme Leroy nous fait  enfin trinquer avec Robert Giraud, auteur aux « deux passions jumelles : le vin et l’argot, les bistrots et la langue verte, le jaja et la jactance ».  Vaste programme !


Un quinquennat pour rien

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D'ombres et de flammes

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Si c’est un noble

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Les pépites
Les pépites
Les Pépites, documentaire de Xavier de Lauzanne

Le film Les pépites (sortie : mercredi 5 octobre) est la bonne surprise de cette semaine de cinéma. Loin des banlieues et des questions identitatires (Chouf de Karim Dridi, Le ciel attendra, de Marie-Castille Mention-Schaar), l’émouvant documentaire de Xavier de Lauzanne, nous emmène au Cambodge où l’association, Pour un sourire d’enfant, combat l’extrême pauvreté depuis plus de vingt ans.

Née d’une urgence, d’un coup de tête d’un couple d’aristos voyageurs, P.S.E scolarise aujourd’hui plus de 7000 jeunes et emploie 450 personnes. Pourtant, rien ne prédisposait Marie-France et Christian des Pallières, issus de la plus vieille noblesse française, à porter secours à ces enfants du bout du monde. Rien, sinon « un coeur gros comme ça » et une certaine idée de l’homme et de sa dignité.

Entretien exclusif pour Causeur avec Xavier de Lauzanne, réalisateur du film.

Olivier Prévôt : Les pépites, c’est sa richesse, peut-être abordé de multiples manières : l’émotion face à l’histoire de ces enfants sauvés de l’extrême misère, la formidable aventure de l’association P.S.E passée en quelques années de quelques gamelles de nourriture à une sorte d’Empire du Bien… Mais aussi le destin tout à fait extraordinaire, quasi-romanesque, d’un couple, Marie-France et Christian des Pallières à l’origine de cette association.

Xavier de Lauzanne : Je voulais montrer cette histoire, cette rencontre, ce choc face à la misère la plus terrifiante que Marie-France et Christian découvrent au Cambodge et qui les poussent à agir. De la nécessité première, immédiate, à ce que P.S.E est devenu au fil du temps.

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Olivier Prévôt.

Colombie: la triste victoire de la résignation

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colombie paix farc referendum
Sipa. Numéro de reportage : AP21958415_000017.
colombie paix farc referendum
Sipa. Numéro de reportage : AP21958415_000017.

Santos, le président colombien, aurait pu faire passer son traité de paix avec les Farc sans consulter le peuple. Il a souhaité lui donner plus de poids en organisant un référendum. Il s’est sans doute imaginé un peu naïvement qu’on préfère une paix -même imparfaite- à une guerre. Sauf que non. L’accord n’a aucune valeur légale. Six ans de négociations pour rien. Un plan de paix de près de trois cents pages que peu de Colombiens ont lu pour rien. Des signatures et annonces à tout va pour rien. Les colombes et le Prix Nobel envolés. Vu ainsi ça pourrait prêter à sourire. Sauf qu’il s’agit de la tentative la plus aboutie de mettre un terme à un bien vieux et sale conflit qui s’envole avec. Pourquoi les Colombiens ont-ils rejeté cet accord dans l´isoloir ? Beaucoup ont eu peur qu’il permette aux Farc d’accéder un jour au pouvoir. L’ancien président Alvaro Uribe -grand vainqueur de ce coup de théâtre-qui n’a cessé de clamer ces derniers mois que cet accord ouvrirait la porte à une dictature communiste de type Venezuela ou Cuba, y est pour beaucoup. Il ne s’agissait pourtant que de cinq députés et cinq sénateurs des Farc qui auraient fait leur entrée dans l’arène politique. Et à moins d’un coup d’Etat, imaginer Timochenko -guide suprême des Farc- qui doit se contenter d’un taux de popularité de 3 %, être couronné un jour premier roi communiste de  Colombie revient à envisager que nous serions bientôt dirigés par Nathalie Artaud. Une hypothèse mensongère et grotesque donc, mais qui a porté ses fruits.

Les Farc mènent le bal

L’ironie de cette histoire, c’est que la possibilité ou non de voir renaître un plan de paix est soumise au bon vouloir des Farc. Ces derniers ont affirmé à plusieurs reprises avant le vote que si le « non » l’emportait, ils ne retourneraient pas à la table des négociations. Santos a aussi dit que les hostilités reprendraient. Uribe a répété pendant des mois que cet accord devait être modifié. Sauf qu’invité aux négociations à la Havane quatre ans durant, il n’a jamais voulu y mettre les pieds.  À l’annonce des résultats, tandis que Santos a affirmé vouloir lutter pour la pacification de son pays jusqu’à la fin de son mandat, Timochenko a annoncé maintenir sa volonté d’aller jusqu’à la paix. Reste à voir si les coéquipiers de ce dernier acceptent de reprendre des pourparlers, et sous quelles conditions. Beaucoup de Colombiens ont estimé que ce traité n’était pas assez dur envers les Farc, et doutent de la bonne intégration des guérilléros dans la société civile. Mais ces derniers ont-ils vraiment intérêt à accepter d’aller docilement en prison – et avec le sourire- alors qu’ils n’ont jamais perdu leur guerre ?

On me rétorquera que les blessures d’un conflit sont très difficiles à panser, et que n’ayant jamais vécu la guerre –et j’en suis verni- je suis bien mal placé pour donner des leçons de morale. C’est vrai. Reste que les victimes directes des Farc, tout comme les régions rurales qui ont le plus souffert du conflit, ont très largement voté en faveur du plan de paix, à l’inverse des citoyens des grandes villes, qui vivent essentiellement le conflit à travers la télé.

On pourra objecter  que, comme dans l’épisode du Brexit, le peuple a su donner une belle leçon aux élites qui prétendent savoir ce qui est bon ou non pour lui. C’est vrai là aussi, Santos a été trop confiant, il s’est emballé, et les journaux ont sans doute trop voulu inculquer aux Colombiens ce qu’ils devaient faire (voter « oui ») et ne pas faire (voter « non »). Mais il s’agit d’un sujet un peu plus grave que la sortie ou non de l’Union européenne : il s’agit de guerre et de paix. Au lieu de prendre exemple sur l’Irlande du Nord qui parvint à surmonter ses soifs de vengeance pour accéder à une société pacifiée, le peuple colombien a préféré la voie du conflit interminable et insoluble, ou du moins celle d’un avenir incertain. Un choix démocratique donc respectable, certes, mais il devra en assumer les conséquences. Si le cessez-le-feu –pour l’instant maintenu- devait par malheur être levé, ce sont les gens des régions rurales, qui ont très largement soutenu cet accord, qui seraient les premières touchées.

Nourrir dans la dignité

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animaux l214 abattoirs oaba
Vaches laitières en Bretagne. Hannah Assouline.
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Vaches laitières en Bretagne. Hannah Assouline.

Il aura suffi de trois vidéos tournées en caméra cachée pour mettre en émoi l’opinion. À Alès en octobre, au Vigan en février, à Mauléon-Licharre en mars, on voit des employés d’abattoirs jetant des moutons vivants par-dessus des barrières, les assommant avec un crochet métallique, gazant des cochons agonisant dans une fosse, et achevant ces animaux perclus de douleur. Ces images aux allures de snuff movies ont été diffusées par l’association L214, article du Code rural qui reconnaît la « sensibilité » des animaux. Le cofondateur de l’ONG, Sébastien Arsac, la quarantaine, ne se cache pas derrière son petit doigt : « Notre but est l’abolition des abattoirs. Même si la biographie d’une vache n’est pas comparable à la vie d’un humain, imaginez les mêmes images avec des humains torturés et persécutés, ça fait penser à un camp d’extermination ! »

Derrière cette reductio ad hitlerum, point une idéologie bien précise : l’antispécisme. Théorisée par le philosophe australien Peter Singer, auteur de La Libération animale, cette théorie fait de l’animal une minorité opprimée comme les autres (femmes, noirs, homosexuels) et, en conséquence, voit dans toute différence de traitement entre bêtes et hommes une forme de racisme. Dans la droite ligne des Cahiers antispécistes, Sébastien Arsac et sa compagne Brigitte Gothière ont d’abord créé « Stop gavage » – pour dénoncer la fabrication du foie gras –, puis échafaudé L214 en 2008 afin de faire valoir un principe cardinal : « Le fait d’appartenir à une autre espèce que l’espèce humaine ne devrait pas être un système de discrimination », explique-t-il. Adieu, veaux, vaches, cochons et couvées de nos assiettes ? Pour un végan digne de ce nom, un seul critère d’appréciation compte : l’aptitude des animaux à ressentir des émotions. « Je n’aurai aucun problème à manger des huîtres et des moules si on me démontre demain qu’elles n’ont aucune sensibilité », m’avoue Sébastien, ravi que « 95 % des Français pensent qu’on ne doit pas tuer les animaux sans nécessité ». Probablement les mêmes qui prétendent regarder Arte tous les soirs…[access capability= »lire_inedits »]

Nantie de 16 000 adhérents à jour de cotisation et de 17 employés, L214 surfe sur une vague émotionnelle croissante, qui a fait passer ses militants « d’ayatollahs de la protection animale à avant-gardistes ». Grâce à la diffusion des vidéos d’abattoirs, obtenues par des complicités internes, la popularité de l’association a explosé au même rythme que sa notoriété. « À la fin des années 1990, notre courant plafonnait à 300 ou 400 adhérents alors que, le premier samedi de juin, on était 2500 à manifester sur un mot d’ordre assez radical : la fermeture des abattoirs. On compte 410 000 fans de notre page Facebook, c’est 200 000 de plus que Greenpeace France ! » se réjouit Sébastien. Qu’on le veuille ou non, un climat favorable à l’antispécisme s’installe progressivement sur la France, avec le succès des essais de l’excellent romancier américain Jonathan Safran Foer (Faut-il manger les animaux ?), ou celui d’Aymeric Caron – l’ex- bouffeur de réacs chez Ruquier – et du bouddhiste peace and love Matthieu Ricard. Après la reconnaissance de l’animal comme une personne par le Parlement, l’introduction prochaine de cours sur l’éthique animale à l’université de Limoges, l’Assemblée nationale a ouvert une commission d’enquête sur les abattoirs, présidée par le député divers gauche Olivier Falorni.

Pourtant, la communauté des mangeurs de barbaque continue de rassembler 97 % des Français, qui découpent leur gigot avec la mauvaise conscience du bourgeois qui va aux putes puis à confesse. Tout radical qu’il est, Sébastien Arsac ne blâme pas ces supposés tartuffes : « Je suis conscient des problèmes de pétrole, mais j’ai du mal à me passer de voiture… » Des voix cruelles décèlent sous ce pragmatisme l’opportunisme d’une boîte de com’ habituée à distiller des images choc pour émouvoir le public.

Il faut bien l’admettre, plutôt que de protéger activement les animaux, L214 tâche de « sensibiliser » les humains à leur souffrance. Pour prendre soin des bêtes d’abattoirs maltraitées, d’autres associations prennent le relais, l’Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs (OABA) au premier chef. Depuis 55 ans, l’OABA applique une stratégie réformiste, avec quelques conquêtes notables telles que l’obligation légale d’étourdissement (1964) de l’animal avant abattage ou le retrait administratif des bêtes maltraitées par leur propriétaire (1999).

Si vous n’êtes pas diplômé d’un CAP de boucher charcutier ou féru d’équarrissage, une petite mise au point technique s’impose avant d’entrer dans le vif du rumsteck. Avant d’être abattu, tout animal destiné à finir dans vos assiettes doit être saigné afin d’éviter la propagation des bactéries et de préserver sa carcasse. Or la saignée fait inexorablement souffrir la bête, qu’il faut donc étourdir dans le plus court laps de temps possible. Sur les quelque 250[1. Un chiffre en constante diminution depuis quinze ans, en raison de la concentration des abattoirs.] établissements français d’abattage, ultra majoritairement laïcs, seuls huit pratiquent la méthode d’étourdissement la plus cruelle du marché : le gazage au CO2. Dans la majorité des cas, les abatteurs ont recours à des méthodes d’étourdissement bien plus rapides : le pistolet d’abattage – dont la tige entre dans la boîte crânienne de l’animal pour détruire les centres de la douleur et provoquer sa mort cérébrale en un centième de seconde – ou le choc électrique – agissant également sur le cerveau pour endormir les moutons, porcs ou volailles avant la saignée.

Reste le cas épineux de l’abattage rituel par la mise à mort sans étourdissement. « C’est odieux, la bête demande parfois cinq ou six minutes à mourir. Mais si aucune discussion n’est possible avec les abattoirs cashers[2. Selon le rite judaïque, l’animal doit être entièrement conscient lorsqu’on l’abat. À noter que les abattoirs cashers représentent moins de 1% du total des abattoirs français.], on a obtenu de certains musulmans qu’ils acceptent l’étourdissement réversible. À Sisteron, dans le plus grand abattoir halal d’Europe, grâce au choc électrique, l’animal est inconscient quand on l’abat », indique le président de l’Œuvre Jean-Pierre Kieffer. Jugée compromise avec le système d’abattage industriel par ses détracteurs, l’OABA « met les mains dans le cambouis », envoie ses inspecteurs contrôler 80 abattoirs par an et exige la vidéosurveillance de toutes les chaînes de mise à mort pour prévenir la maltraitance des animaux.

À terme, aussi bien l’OABA que L214 rêvent d’un monde sans viande ni abattoir. Ne peut-on pas décemment aimer les animaux et déguster une entrecôte la conscience tranquille ? Pour Jocelyne Porcher, ancienne bergère devenue experte des relations affectives entre bêtes et humains, la réponse coule de source. « Les animaux comme les moutons n’ont pas envie d’être libérés. Ils sont mieux avec nous que sans nous car dans la nature, ce sont davantage des proies que des prédateurs », explique-t-elle. Et la sociologue de distinguer élevage et production animale. Si le premier a toujours été le propre de l’homme, la seconde dérive de la domination du capitalisme industriel au xixe siècle, lequel a amené scientifiques et industriels à exploiter à grande échelle les animaux, en les considérant comme des machines dénuées d’âme.

Le 16 juin, son compagnon de route Stéphane Dinard, petit éleveur de cochons et de vaches en Dordogne, a été auditionné au Palais-Bourbon par la commission d’enquête Falorni. En toute illégalité, depuis une dizaine d’années, ce dernier abat ses bêtes dans sa ferme car il refuse de leur imposer l’angoisse et la souffrance du transport puis de l’attente. Devant des députés médusés, Dinard a raconté par le menu avoir installé une pièce d’abattage ainsi qu’un laboratoire doté d’une chambre froide pour permettre à des professionnels de la découpe d’officier dans les meilleures conditions possibles. Le tout sans autorisation ni contrôle sanitaire aucun. Sa clientèle locale s’en trouve ravie mais ne se fait pas d’illusions sur l’avenir des abattoirs de proximité. Nourrir 65 millions de Français dans la dignité renchérirait le coût de la viande et nuirait ainsi à la grande distribution. De l’aveu même de Stéphane Dinard, « à l’heure actuelle, l’abattoir mobile est dans l’incapacité d’absorber la demande industrielle [Ndlr : 34 millions d’animaux tués chaque année en France] ». Son expérimentation légale, comme en Suède ou en Hongrie, promettrait néanmoins un avenir plus digne au bétail.

Partisane de cette troisième voie entre industrialisme effréné et véganisme sectaire, Jocelyne Porcher ne ménage pas ses critiques contre l’antispécisme tendance L214 : « Ces gens-là ont un problème avec la nature, la vie et la finitude. Si la mort des animaux leur est insupportable, c’est parce qu’ils rejettent leur propre mort. » Qui plus est, la perspective d’un monde hors-sol où le citoyen écoresponsable se nourrirait de protéines artificielles a de quoi faire frémir. Comme dans le film Soleil vert, la privation de viande pourrait nous conduire à manger de l’homme.[/access]

Barcelone : quand Le Monde comprend la notion de seuil de tolérance

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Affichettes à l'entrée de la station Diagonal à Barcelone, le 26/09/16. Crédit : O. Prévôt

D’abord, ça m’a fait bien rire.

C’était en juin dernier, dans le quartier le plus bobo de Barcelone, Gràcia. Je descendais tranquillement la Carrer de Torrijos en direction de la halle de l’Abaceria – marché couvert où l’on peut, au petit matin et sur le zinc, se régaler de charcuteries et fromages catalans. Là, devant l’entrée de la halle, un petit malin s’était amusé à ajouter une direction à celles déjà présentes sur les panneaux indicateurs destinés aux touristes – pourtant rares dans ce coin de la ville. « L’aéroport, c’est par là ! », inscription suivie d’une invitation à partir, un peu plus convenue et abrupte, « Tourists, go home ! ». Entre la douceur de ce matin d’été, cette impression confuse que la ville, les gens, l’air lui-même avaient organisé une sorte de conjuration pour assurer mon bonheur et, d’autre part, la brutalité du message, j’ai senti un choc. Non, avec nos chaussures de marche, nos shorts de toile beige, nos sacs à dos siglés et, surtout, cette confiance, un rien vaine, du Parisien pour lequel le monde est un vaste banquet où il est l’invité d’honneur, non, avec tout ça, malgré tout ça, nous n’étions pas nécessairement les bienvenus. Je veux dire : dans la vraie ville – qui n’est pas qu’un décor – peuplée par de vrais gens – qui ne sont pas que des figurants. En fait, je ne tarderai pas à m’en apercevoir, les murs de Barcelone étaient envahis par de telles inscriptions, signes d’une allergie de la capitale catalane à la présence touristique.

Début septembre, à Paris, je lisais à ce sujet, un article paru dans Mle magazine du Monde, intitulé L’auberge espagnole voit rouge et qui expliquait, cette fois sans la juger, ce qu’en d’autres lieux, on aurait appelé « tentation du repli sur soi ». Le grand quotidien français, infatigable pourfendeur de la seule idée qu’il puisse exister un seuil de tolérance, semblait plutôt comprendre nos voisins catalans et leur soudain rejet de la présence étrangère fort peu discrète.

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Olivier Prévôt 

 

De la crise permanente

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Mystère et mélancolie d'une rue
Mystère et mélancolie d'une rue
Oscar Dominguez, Mystère et mélancolie d’une rue, vers 1924-1925

J’errais autour de la Bastille. J’avais une heure à tuer avant de prendre le train.
Je suis entré à la Belle Lurette, 26 rue Saint-Antoine. J’aime beaucoup cette librairie : on y prend en deux minutes le pouls exact du boboïsme — et plus particulièrement celui du Marais, qui en est l’émanation suprême. Les notices manuscrites, résumant l’avis toujours enthousiaste du libraire, accrochées à certains livres, flattent ce que le Parisien branché a de plus personnel — sa dose élevée de moraline, comme disait Frédéric N***, son appartenance à l’espèce Homo Festivus, comme disait Philippe M***, et sa totale déconnexion de la France périphérique, comme disait Christophe G***.

Coincé entre trois piles de succès présumés de la rentrée, il y avait quelques minces exemplaires de la Crise sans fin – Essai sur l’expérience moderne du temps, paru initialement en 2012 et qui vient de sortir en poche (Essais Points Seuil).
J’ai travaillé en 1986 avec son auteur, Myriam Revault d’Allonnes. Nous nous étions partagé le programme Lettres d’HEC portant sur le Langage, à elle le côté philo, à moi le versant littéraire et linguistique. Chez Belin — rue Férou, où habitait Athos. Trente ans ! C’était hier. Elle était alors prof de prépas à Lakanal, elle allait entrer au Collège international de philosophie, elle a depuis été associée au Centre de Recherches politiques de Sciences-Po et à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. C’était — et c’est toujours, sans doute — un petit bout de femme à l’intelligence étincelante et aux yeux bleu cobalt. Contact perdu — ainsi va le monde.

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.  

 

 

 

 

 

 

 

La vie politique est nulle?

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hollande sarkozy identite fn

hollande sarkozy identite fn

J’ai toujours aimé la politique. Pas au point d’en faire un métier, j’aime trop lire et écrire pour ça, et on aura beau dire, la politique, c’est un métier. On pourrait certes transformer tous les citoyens en hommes politiques et cela s’appellerait  la démocratie directe. Ce n’est pas une mauvaise idée en soi mais dès qu’on passe à la pratique, c’est un peu plus compliqué. Essayez par exemple, dans les grandes villes, de trouver assez de personnes volontaires pour prendre part aux conseils de quartier le soir. C’est très coton parce qu’on s’aperçoit soudain que si la critique est aisée (yaka, fokon), l’art est difficile et que l’on préfère brailler sur les décisions que de prendre part à leur élaboration collective. C’est pour cela aussi qu’on ne s’est pas pressé pour être maire dans les petites communes aux dernières municipales de 2014 : passer son temps à se faire engueuler alors qu’on se dévoue au jour le jour pour ses administrés, ça n’encourage pas les vocations…

Cinquante nuances d’idéologie

On explique que l’abstention augmente parce que les hommes politiques, c’est tous du pareil au même. Autant je peux comprendre le vote blanc, notamment dans un second tour, autant l’abstention a quelque chose de profondément paresseux et confortable : elle ne suppose même pas l’effort de se déranger jusqu’à son bureau de vote mais elle n’empêche pas les abstentionnistes de hurler aux « Tous pourris » plus fort que les autres et de se plaindre à tout bout de champ en ayant oublié au passage que si vous ne vous occupez pas de la politique, elle, elle s’occupe de vous.

On devrait avoir rendu le vote obligatoire depuis belle lurette, ne serait-ce que par ce que le « désintérêt de la politique par les Français », une autre vieille lune, est assez incompréhensible quand on regarde l’offre politique au premier tour d’une présidentielle. Le prisme est quand même très large et lors des dernières élections, on a pu choisir entre deux ou trois nuances de trotskistes, des communistes, des écologistes de gauche, des écologistes du centre, des écologistes indépendants, des centristes de gauche, des centristes du centre, des centristes de droite, des gaullistes maintenus, des sociaux-démocrates, des sociaux-libéraux, des souverainistes de droite, des souverainistes de gauche, (mais pas de souverainistes du centre, c’est vrai), toute la gamme des libéraux, du hardcore au soft, sans compter une extrême droite en pleine forme depuis près de quarante ans.

Alors l’argument du « Tous pareils » correspond à de la paresse intellectuelle ou à de l’addiction à BFM, ce qui revient, c’est vrai, à la même chose. Bref, avant de râler, chacun peut tout de même essayer de rebrancher son cerveau avant de s’apercevoir un peu trop tard qu’on n’aurait peut-être pas dû traiter de feignasse le cégétiste qui bloquait un dépôt d’essence contre la Loi Travail quand deux ans plus tard, on sera licencié, histoire que l’entreprise retrouve des commandes et éventuellement vous reprenne, ce qu’en Macron-langue, par exemple, on appelle « fluidifier le marché du travail ».

Cette aboulie civique de nombre de nos concitoyens est pour l’essentiel responsable d’un phénomène historique assez rare aujourd’hui : la vie politique est devenue illisible et absolument imprévisible. Il faut les comprendre, les hommes politiques, ils ne savent plus quoi penser puisqu’ils ont en face d’eux une masse qui oscille entre le mutisme, la résignation hargneuse et la trouille bleue. Comment vous adapter à la demande quand on ne vous demande rien ? Résultat, tous les politiques donnent l’impression de faire un pari sur ce que voudrait l’électorat,  mais au fond sans vraiment le savoir.

L’identité, l’identité, l’identité…

Sarkozy, par exemple, parie sur l’identité. Il ne s’en lasse pas, de l’identité. Il se dit que c’est un bon créneau. La preuve, le FN l’a pris. Le problème, c’est que plus il parle d’identité, plus le FN monte comme on l’aura remarqué depuis 2007 où le FN améliore ses scores à chaque fois. D’autres parient sur le fait que la première préoccupation des français est le social et notamment la peur de perdre leur boulot. On en trouve à gauche et à droite mais la droite qui se préoccupe du social et avec elle les postsocialistes actuellement au pouvoir, c’est-à-dire un éventail qui va de Juppé à Hollande en passant par Le Maire ou Macron, proposent quand même d’aider les riches parce qu’à la fin, il y aura ruissellement, selon cette étrange théorie qui voudrait que l’argent soit comme une pyramide de coupes de champagne et que la coupe du haut, à force de déborder, se répandrait sur les coupes du bas, ce qui apparemment n’a pas franchement été le cas du temps de Reagan ou Thatcher quand on a enrichi les riches comme jamais.

À gauche de la gauche aussi, on estime que la question sociale est prioritaire. À l’occasion, on la lie même à la question écologique. Seulement, il va être difficile de se faire entendre quand on est tellement de candidats sur un créneau aussi petit et aussi peu démagogique en même temps,- oui il est plus facile d’expliquer qu’il y a trop de migrants que, par exemple, comment la transition énergétique pourrait créer des millions d’emplois.

Alors ? Alors, à moins de huit mois des présidentielles, impossible de discerner une quelconque certitude, sinon que Marine Le Pen sera au second tour.

Bref, la démocratie est en très petite forme, dans un flou malsain et indécidable. Et pour une fois, ce n’est pas (seulement) de la faute des politiques, mais aussi de la nôtre…

«Au-delà de l’humanité, la passion égalitaire est pathologique»

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Francis Wolff, par Hannah Assouline

Causeur. Ferme des mille vaches, scandales des abattoirs à répétition, campagnes contre la consommation de la viande : le statut des animaux et leurs rapports avec l’homme semblent intéresser de plus en plus l’opinion publique.

Francis Wolff. Oui, et l’intérêt médiatique qui se développe pour ces questions était prévisible. Ce phénomène existait déjà sur les campus américains il y a une dizaine d’années, et la vague a atteint nos rivages universitaires il y a cinq ou six ans avec des disciplines émergentes comme l’Éthique animale, le Droit animalier, des chaires, des thèses, des revues spécialisées. Les milieux para-académiques, les grandes revues de débat critique s’y sont ensuite intéressés. Il est normal que cela touche maintenant le grand public.

Comment qualifier ce nouveau mode de pensée ?

Je l’appelle « animalisme », à ne pas confondre avec le mouvement de protection des animaux qui existe en France depuis la loi Grammont de 1850 punissant les mauvais traitements. L’animalisme conçoit l’animal comme le nouveau« prolétaire », la victime par excellence de l’homme bourreau. Autrement dit, le postulat nouveau selon lequel il existe une catégorie générale qu’on nomme « animal » (on pense alors plutôt au chien, au chat et au cheval qu’au scorpion, à l’éponge ou au krill) se traduit par une exigence morale. Or toute notre tradition morale et juridique est fondée sur la distinction entre les animaux et les humains d’une part, et entre les animaux en fonction des relations qu’on a avec eux d’autre part. Le droit français reconnaît une différence entre les animaux qui vivent sous notre protection d’un côté, et les animaux sauvages de l’autre. Dans ce même droit, il y a une différence entre le Code rural, le Code de l’environnement, le Code civil et le Code pénal. Faute de statut juridique unique, parler de l’« animal » en général n’a aucun sens : cela revient à classer le chien et ses puces dans la même catégorie.

Cela n’a peut-être aucun sens en droit, mais l’entendement humain a inventé une grande catégorie qui englobe le chien et ses puces depuis fort longtemps…

Oui et non. La notion d’« animal » est très difficile à définir. Selon les idées reçues, c’est un « être vivant mobile et sensible » : mais le premier critère exclurait de nombreux animaux (les huîtres) et inclurait pas mal de plantes ; quant au second, il est à la fois vague et équivoque : « sensible » à quoi et dans quelle mesure ? Et qu’en est-il des protozoaires ? Des virus ? Des prions ? Et des hommes ? Pendant pratiquement toute l’Antiquité, l’humanité a été définie par deux relations négatives : les hommes n’étaient ni des bêtes ni des dieux. Ils avaient en commun avec les bêtes d’être mortels, et avec les dieux d’être doués de raison.
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Au cours des deux derniers siècles, les frontières sont devenues floues, non seulement parce que dans une partie du monde il n’y a plus de dieux et que dans une autre la divinité est si absolue qu’elle est incommensurable à l’homme, mais aussi à cause des théories évolutionnistes qui montrent que l’espèce humaine est, du point de vue biologique, une espèce comme les autres. Paradoxalement, l’idéologie animaliste inclut et exclut l’homme. L’homme est à la fois différent de tous les autres animaux parce qu’il en est le bourreau, et semblable à tous parce que tous sont également « sensibles ». Conclusion : nous devrions respecter tous les autres animaux parce qu’ils sont comme nous, mais en n’ayant justement pas à leur égard un comportement animal !

L’animalisme serait-il le dernier avatar d’un gauchisme expiatoire ?

En effet, pour les mouvements de « libération animale », l’animal est devenu la nouvelle figure de la victime, l’Autre absolu. L’utopie révolutionnaire marxiste s’étant dissoute dans le libéral/libertaire, à quelle plus juste cause pourraient adhérer des jeunes de 18-25 ans ? Or cette idéologie reproduit une tare des mouvements gauchistes des années 1970 : casser l’Histoire en deux. « Depuis toujours, dit-on, les hommes ont exploité les animaux, aujourd’hui on va mettre fin une fois pour toutes à cette injustice ! » C’est absurde : la libération des animaux supposerait un retour à l’état naturel des espèces domestiquées depuis des millénaires, qui ne peuvent pas vivre indépendamment du soin humain ! C’est d’ailleurs pourquoi un théoricien animaliste, Gary Francione, préconise la stérilisation de tous les animaux de compagnie, afin de faire disparaître à jamais ces espèces qui sont dépendantes des hommes : jusqu’où va la « libération animale » ? C’est donc absurde pour les animaux mais aussi inquiétant pour l’homme : à force, on ne saura plus distinguer les personnes des animaux.

C’est bien le propos et l’objectif de l’« antispécisme », qui connaît un succès populaire avec Aymeric Caron…

L’« antispécisme », c’est la forme extrême, radicalisée de l’animalisme et de ses contradictions. Tout d’abord, l’équivalence entre « spécisme » et « racisme » est intolérable. Les races n’existent pas – ce qui rend le racisme absurde –, les espèces existent – ce qui rend le spécisme raisonnable. Le spécisme, c’est le comportement propre à toutes les espèces, c’est-à-dire concernant l’homme, l’humanisme. La lutte contre toutes les formes de discrimination en fonction de la « race », du sexe, des croyances, etc. est la conséquence de l’universalisme humaniste – tous les hommes sont égaux et doivent être traités également. Mais cet universalisme ne peut pas être étendu à toutes les espèces animales – les rats ? Les poux ?–, encore moins à toutes les espèces vivantes, ou alors il faut cesser d’utiliser des antibiotiques. Au-delà de l’humanité, la passion égalitaire devient pathologique.

L’antispécisme est pernicieux car il semble s’alimenter à deux sources généreuses : l’attention aux animaux et l’égalité (un slogan qui paraît toujours respectable). Mais leur fusion est inepte et immorale. Pour le philosophe australien Peter Singer, inventeur et promoteur du concept, il ne faut pas seulement s’abstenir d’utiliser tous les produits animaux (chair, œufs, lait, miel, laine, soie, etc.) ; si vous devez, par exemple lors d’un naufrage, choisir entre la vie d’une jeune chien bien portant et celle d’un vieillard, il faut choisir le chien et jeter le vieillard, le contraire serait du spécisme. Voilà où mène l’antispécisme.

In fine, métaphoriquement parlant, les végétariens finissent par manger de l’homme…

Exactement. Tout cela va de pair avec une croyance qui, au fond, n’est pas absurde, selon laquelle en raison du dérèglement climatique, de la disparition des espèces et de l’action de l’homme, la fin du monde serait pour demain.

En même temps, nos sociétés urbanisées ne connaissent rien de la nature…

En effet, nous ne vivons plus dans les campagnes, auprès des « animaux de rente », et encore moins au sein de la nature sauvage. Aussi les jeunes réduisent-ils l’animal à celui de compagnie. Ils n’ont plus qu’un rapport mythique aux bêtes sauvages : c’est Walt Disney, une vision édénique de la nature. Nous ne connaissons plus que les animaux de compagnie littéralement personnifiés, ou les sous-prolétaires des usines à viande objets de scandale médiatisés.

Mais au-delà de ces excès, il arrive vraiment que l’homme se comporte en bourreau. Est-il condamnable d’avoir de l’empathie pour les animaux ?

Non. Cette nouvelle sensibilité à la souffrance animale est une sorte d’élargissement des valeurs humanistes qu’on peut considérer comme un progrès moral. Tout ce qui lutte contre la marchandisation du vivant et la chosification de l’animal me paraît bien. Mais en conclure que l’animal est une personne est à la fois hâtif et dangereux.

Peut-être, mais est-il si simple, aujourd’hui, avec ce qu’on sait de l’intelligence animale, de définir le « propre de l’homme » ?

C’est vrai. La question n’est nullement celle de l’intelligence. Sur certains plans, les grands primates peuvent dénoter une faculté d’adaptation aux situations nouvelles nullement inférieure aux humains. Ce qui différencie l’homme, son« propre », c’est l’accès à un langage très particulier qui n’est pas un simple moyen d’exprimer des émotions ou de communiquer les trois types d’informations auxquels se limitent toujours les langages animaux : prédateurs, nourriture, partenaire sexuel. Le langage humain a une puissance infinie. Il permet la négation, le futur, le passé, le conditionnel et donne par là accès au dialogue, à l’imagination ou à la métaphysique. De là aussi deux différences essentielles : une transmission, de génération en génération, de biens, de normes, de connaissances, de savoir-faire et de valeurs symboliques qui s’additionnent de façon exponentielle ; et une capacité d’action au nom de valeurs. Ainsi, si nous pensons que nous devons bien traiter les animaux, c’est que nous ne sommes justement pas des animaux comme les autres. Nous autres hommes, nous sommes des animaux « moraux » – au sens où nous pouvons agir au nom de principes. Parfois pour le meilleur : les « droits de l’homme », la « Liberté », la « Science »… Parfois pour le pire : le « triomphe de la race supérieure », la « domination du monde », la « grandeur d’Allah », etc. : ce sont aussi des valeurs humaines, qu’on le veuille ou non ! Cela ne garantit évidemment à l’humanité aucune supériorité morale, mais seulement une différence absolue avec les autres animaux, qui ne connaissent ni l’idée de justice ni par conséquent l’idée de guerre, juste ou non.

En tout cas, la modification du statut de l’animal dans le Code civil montre que la loi épouse l’évolution de la société.

Cette affaire est un énorme malentendu car l’animal n’a pas changé de statut, et heureusement pour les propriétaires de chiens ou de moutons ! Le Code rural, qui protège les animaux vivant sous la protection de l’homme, les définit comme des êtres sensibles qui doivent être élevés dans des conditions correspondant à leurs exigences biologiques. Du point de vue du Code pénal, depuis les années 1950 la répression des sévices infligés aux animaux n’a cessé de s’intensifier. Depuis 2004, chose amusante, on a défini les rapports sexuels avec les animaux comme une nouvelle forme de « sévices graves » à leur égard. Pendant des siècles, la zoophilie (ou bestialité) était un crime contre la dignité de l’être humain ; aujourd’hui, c’est un crime contre l’animal !

Quant au Code civil, il traite des questions patrimoniales et d’héritage. Et, de ce point de vue, vous êtes soit une personne – et donc possiblement propriétaire et jamais propriété –, soit un bien qu’on peut posséder. Les chiens et les chats sont donc forcément des « biens » puisque vous pouvez les acheter et que vous en êtes propriétaire. Et, malgré une idée répandue, ça n’a pas changé avec l’amendement Glavany. On a simplement ajouté dans le Code civil une phrase qui vient du Code rural.

Cette confusion traduit la difficulté à régir nos rapports avec les animaux. Comment définir « les conditions conformes aux exigences biologiques de l’espèce » ?

Depuis des dizaines d’années, les éthologues et les éleveurs travaillent sur cette question, et le ministère de l’Agriculture produit une réglementation contraignante, abondante, changeante. Mais le fond du problème reste le productivisme qui aboutit à des phénomènes comme la « ferme des mille vaches ». Cela choque, mais comment évaluer la souffrance ou le bien-être de ces vaches ?

En regardant les photos…

Ne soyons pas naïfs : la pression de la concurrence et la guerre des prix poussent à tenter de contourner la réglementation. Mais il ne faut pas imputer les infractions à la réglementation – déjà très contraignante ! On ne cesse d’envoyer aux éleveurs des messages contradictoires : « produisez plus pour survivre par rapport à la concurrence », et « produisez moins pour respecter les conditions de vie des bêtes », etc. ! Aujourd’hui, les premières victimes du productivisme, ce sont les éleveurs !

Au bout du compte, comment vous, définissez-vous nos devoirs envers les animaux ?

Sur le plan conceptuel, il n’y a pas de raison d’avoir une morale vis-à-vis des animaux en général. Nous avons « un contrat moral » différent vis-à-vis de trois catégories d’animaux en fonction du type de relations que nous avons avec eux. Avec des animaux de compagnie que nous considérons souvent comme des membres de notre famille, nous avons une relation d’échanges affectifs. Nous leurs devons donc protection, alimentation, soin. Si je romps le contrat que j’ai avec mon chien en l’abandonnant sur une aire d’autoroute, je commets une entorse condamnable moralement et en partie juridiquement. Ensuite, il y a les animaux domestiqués par l’homme qu’on appelle « de rente ». Contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, la domestication n’est pas un asservissement, puisque cela suppose des relations d’apprivoisement et d’affection réciproques, ce qui explique pourquoi toutes les espèces ne sont pas « domesticables ». Les animaux nous donnent depuis 11 000 ans des produits de leur travail, de leur organisme ou de leur chair. Nous leur devons en échange soins, nourriture, protection contre les prédateurs, et des conditions de vie adaptées à leur espèce. C’est précisément ce pour quoi il faut lutter.

Vient enfin le troisième groupe : les animaux sauvages. Nous n’avons pas de devoir individualisé vis-à-vis d’eux puisque nous ne nouons pas de relations individuelles avec eux. Bien entendu, cela n’empêche pas la compassion pour l’oiseau tombé du nid. Mais cela ne relève pas des devoirs.

On peut donc maltraiter à souhait les animaux sauvages…

Non, parce que nous avons des devoirs par rapport aux espèces : équilibre des écosystèmes, lutte contre les espèces nuisibles, protection de certaines espèces en voie de disparition.

Et vis-à-vis des rats, nous avons des devoirs ou peut-on les exterminer ?

Excellent exemple, parce que le rat, dans le droit français, ça n’existe pas ! Le statut juridique – et, à mon avis moral – du même rat dépend des conditions dans lesquelles il se trouve. À l’état naturel, il n’a pas de statut particulier sauf quand il devient une espèce nuisible parce qu’il menace un écosystème. Si vous le prenez chez vous, il relève du droit des animaux de compagnie. Employé dans un laboratoire, il dépendra de toute la réglementation qui ne cesse d’évoluer autour de cette catégorie. Nous adaptons donc nos devoirs en fonction du type de relation. À part ça, je pense que nous consommons sans doute trop de viande…

Justement, la vogue actuelle de ce que vous avez appelé « l’animalisme » est liée à la question de la nourriture. Nous assistons à une montée concomitante de la prise en compte de la souffrance animale et de l’obsession de mieux manger.

À propos de la viande, le point de départ est aussi simple que brutal : les êtres vivants se nourrissent d’autres êtres vivants ! La meilleure définition d’un animal que je connaisse, c’est « être vivant hétérotrophe ». C’est-à-dire qu’au contraire des plantes qui peuvent se nourrir par photosynthèse, un animal ne le peut pas. Quand les êtres vivants mangeront des pierres, le problème ne se posera plus… La protection absolue de la vie est une contradiction dans les termes. La vie se nourrit de la vie. C’est regrettable ? C’est ainsi, c’est la vie. Ce qui ne doit pas nous empêcher de tenter de l’améliorer : pour l’homme d’abord. Ensuite, pour les autres espèces et la biosphère en général. [/access]

Notre humanité: D'Aristote aux neurosciences

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Quand l’INSEE valide le Grand remplacement

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SIPA_00690733_000001.
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Grand Remplacement : il convient de mettre des majuscules, non par goût du sensationnel, mais parce qu’il s’agit d’un événement historique singulier, un changement important dans la population française qui se déroule sous nos yeux. C’est donc un nom propre. On a d’abord cru qu’il s’agissait d’un fantasme d’extrême droite. Un ami professeur en Sorbonne me disait : « Le Grand Remplacement, je connais la théorie, mais je n’y crois pas ». On disait aussi que cette hypothèse était « trop logique » pour se produire. Objection bien curieuse : si la récolte de blé est mauvaise, faudra-t-il s’attendre à ce que le prix du pain baisse, parce que le contraire serait « trop logique » ? À moi, l’intuition me suggérait, en voyageant dans les RER parisiens, en voyant les nombreux Comoriens implantés en Dordogne par le conseil général socialiste précédemment aux manettes, que cette théorie se transformait en réalité. Mais il faut se méfier de l’intuition comme de la peste.

Des statistiques ethniques déguisées

Tous ces doutes ont laissé la place, le 30 septembre 2016, à une certitude scientifique grâce à la publication par l’INSEE des résultats de son étude sur les naissances en France. On lit dans le rapport sur les évolutions de la population française en 2015 : « Depuis 2011, les naissances d’enfants issus de deux parents nés en France diminuent (de 580 756 à 535 302 en 2015, soit une baisse de 7,8%), celles d’enfants dont l’un ou les deux parents sont nés à l’étranger sont en hausse de 6,07%. » Ce qui appelle plusieurs remarques.
Il existe encore en France, à l’INSEE, des fonctionnaires assez courageux et inventifs pour contourner l’interdiction (stupide et dangereuse à mon avis) des statistiques ethniques. Le lieu de naissance de la mère ou du père ? Où voyez-vous de l’ethnicité dans cette question ? Le devoir d’un scientifique est de cerner la réalité au plus près, bravo à ces mathématiciens à qui le réel ne fait pas peur.
 »Deux parents nés en France » : c’est déjà le cas de beaucoup de descendants d’immigrés dont il faudrait défalquer le nombre de naissances en le soustrayant des 535.302 nouveaux-nés pour avoir une idée du chiffre des naissances chez les blancs de type européen (l’usage du mot  »caucasien », racialement neutre, serait bien pratique, mais la langue française ne l’admet pas, on croirait qu’il s’agit d’une multiplication des Tchétchènes et autres Ossètes dans l’hexagone.) Chez ceux-ci, le pourcentage de naissances par femme doit être de 1,3 ou 1,4, en berne comme chez les Allemandes ou les Italiennes (revoir l’épisode triste et amusant de  »L’île des enfants uniques » dans Journal intime de Nanni Moretti). Dans mon coin de France rurale, je vois beaucoup de jeunes couples avec un seul enfant et beaucoup de seniors dont la famille se termine en queue de poisson. Après le décès des derniers baby-boomers, il y aura beaucoup de jolies maisons vides où l’on pourra loger les migrants.

Le Bras désavoué par la réalité

Une guéguerre oppose deux grands démographes, Michèle Tribalat (une femme de gauche) et Hervé Le Bras à propos des naissances chez les immigrés et leurs descendants. Ces statistiques viennent de prouver que c’est la première qui a raison. Hervé Le Bras apparaît désormais pour ce qu’il est : le porte-parole du Mensonge Officiel sur la démographie. Il nous a expliqué pendant des années que les jeunes couples d’origine immigrée se mettaient tout de suite à la natalité à la française et faisaient environ deux enfants, comme les Français  »de souche ». « Paroles, paroles… » comme chantait Dalida.
Je n’ai pas entendu une seule présentation, un seul commentaire sur les grands médias à propos de la publication avant-hier de ces statistiques sérieuses du très sérieux INSEE. Certes, je n’écoute et ne lis pas tout, mais internet est tout de même un bon moyen de scruter ce qui se dit dans les médias. Là encore, Mensonge Officiel par dissimulation. Quand Jules César est arrivé en Gaule avec la ferme intention de conquérir le pays, il n’était question sur les télévisions gauloises que du risque que le ciel ne tombe sur la tête des habitants de ce malheureux pays. L’Yves Calvi de l’époque arbitrait des débats passionnés sur tombera ou tombera pas et personne ne parlait de Jules et de ses projets menaçants. Vous voyez bien que les Gaulois sont nos ancêtres.

Cette évolution est plus marquée depuis 2011, souligne l’INSEE. Impossible de ne faire un rapprochement avec la politique antinataliste des divers gouvernements de la présidence Hollande. Réduction des allocations familiales, abaissement du quotient familial, abaissement des prestations d’accueil au jeune enfant, tout a été mis sous condition de revenus, c’est-à-dire qu’il s’agissait d’une attaque en règle contre la natalité des classes moyennes, qui sont pour l’essentiel formées de  »caucasiens ». Décidément, ce quinquennat aura été catastrophique sur tous les plans.
Dernière remarque sur cette passionnante statistique : les mathématiciens de l’INSEE ne sont pas des futurologues, mais on peut déduire de leurs chiffres qu’il s’agit là d’une tendance lourde, dont on ne voit pas ce qui pourrait la freiner ou a fortiori l’arrêter. Il y aura forcément une année X du XXIème siècle où ceux qui sont nés en 2015 étant enfants d’un ou de deux parents nés à l’étranger à l’étranger et leurs descendants deviendront plus nombreux que ceux que ceux qui sont nés en 2015 de deux parents nés en France. Durant une année postérieure Y, ils deviendront plus nombreux sur les listes électorales et la loi de la démocratie leur permettra de pouvoir prendre de bonnes décisions, mais aussi de mauvaises comme imposer la charia en France, rattacher le pays au Qatar ou forcer les dernières chrétiennes à porter le voile.
Il s’agit là d’un scénario très logique, trop logique peut-être, les surprises de l’Histoire peuvent bien sûr l’enrayer, ce dont je serai ravi dans ma tombe. Mais j’attends qu’on me démontre que ce scénario n’a aucune chance de se produire, les événements logiques ayant la stupide habitude de se produire plus souvent que les événements illogiques.

Une contre-société patriarcale

Un dernier mot sur les femmes, principales actrices de la natalité. Dès lors que coexistent dans un même pays deux mentalités très différentes chez les femmes elles-mêmes et chez les hommes dans leurs rapports avec elles, il se produit un déséquilibre grave. Dans la France actuelle, l’une des deux classes de femmes proclame  »un enfant si je veux quand je veux » et les hommes n’osent pas protester et réfuter cette assertion tout de même extravagante qui détruit le père et fait du mâle un simple fournisseur de sperme. Les hommes se taisent, ils sont terrorisés par des décennies de lutte acharnée contre le Père, des décennies de divorces impitoyables déclenchés à 80 % par les épouses, des décennies de destruction de toute figure de domination masculine, le juge grave, le professeur autoritaire, le curé sévère et tant d’autres. Le président de la République élu en 2012 est d’ailleurs emblématique de ce refus de toute autorité masculine. Pendant ce temps, dans un autre segment de la population française, c’est :  »autant d’enfants que je le voudrai, moi le père » et  »surtout mets ton voile pour aller au supermarché ». En dépit de ce que disent les têtes creuses, le voile est avant tout la preuve de la soumission des femmes aux hommes, qui décideront seuls du nombre de grossesses que l’épouse subira. J’espère bien que la majorité des familles musulmanes de France ne fonctionne pas sur ce modèle étroitement machiste et patriarcal, mais qu’il en existe une certaine proportion est suffisant pour modifier les statistiques démographiques. Conséquence de cette dualité dans les conditions féminines : une supériorité numérique croissante du second segment de la population sur le premier.

La France a des chances (ou des risques) prouvées et vérifiées désormais par l’INSEE de connaître en une centaine d’années ce que le Kosovo a connu en un millénaire : la lente submersion d’un peuple par un autre peuple plus prolifique. Rappelons que le Kosovo est le berceau de la nation serbe, que tous ses noms de lieu sont d’étymologie serbe, les noms albanais n’en étant que des adaptations. A commencer par Kosovo qui signifie en serbe le champ des merles, lieu d’une célèbre bataille contre les Turcs. Les historiens du futur seront un peu étonnés par la cause de cet effacement du peuple français d’origine : un excès de grandeur d’âme et une naïveté phénoménale. Et puis on en rira, on classera cette disparition dans les histoires de morts ridicules, ainsi que les affectionne les petites séries thématiques qu’on trouve sur les sites d’information de la Toile (les dix stars tombées dans la misère, les dix îles sublimes qu’il faut visiter avant de mourir etc…) On rira de la disparition des anciens Français comme on rit de la mort ridicule de ce Japonais en safari, dévoré par un lion pour lui avoir donné un grand coup de pied pendant sa sieste afin qu’il ait l’air plus vif sur la photo-souvenir.