Zemmour est arrivé… sans se presser, sans cheval ni grand chapeau, mais muni de son dernier livre Un quinquennat pour rien (Albain Michel, 2016) chez Causeur.  Accueilli en grande pompe (et en escarpins) par notre chère Elisabeth Lévy, le journaliste du Figaro a eu maille à partir avec la rédaction de votre magazine préféré.

Partager un début de diagnostic – « Sur le présent, Eric Zemmour a malheureusement raison : l’assimilation n’est plus qu’un souvenir, l’intégration régresse et on découvre que s’est créée en France une contre-société musulmane hostile à la société française et à son mode de vie. » dixit notre grande prêtresse – n’exonère pas en effet d’un examen critique du zemmourisme. C’est même un exercice salutaire que de discuter l’ « essentialisme » revendiqué du héraut de la France réac, pour lequel notre ennemi a un nom, un visage mais mille et une adresses : l’islam. Volontiers plus assimilationniste, féministe et progressiste que notre cousin gaulois, Elisabeth Lévy mène le bal d’un entretien de sept pages durant lequel nous avons passé en revue nos points de désaccord cordiaux, non sans rire, dans le plus pur (mauvais) esprit français.

L’enquête de Régis Soubrouillard apporte un peu d’eau au moulin zemmourien : petit scoop, le gouvernement naturalise des étrangers à tout-va, espérant sans doute recueillir les dividendes électoraux de ses largesses. C’est bien simple : à ce rythme-là, le nombre des naturalisations aura grimpé de 45% à la fin de l’année !

Rien de bien réjouissant pour les classes populaires, que le géographe Christophe Guilluy, interviewé dans nos colonnes, ne cesse d’ausculter à longueur d’essais. Son dernier opus Le Crépuscule de la France d’en haut (Flammarion, 2016) ébauche en creux le portrait d’un pays réel méprisé par ses élites cosmopolites, ouvertes sur le monde, et immigrationnistes car tirant partie de la mondialisation. Singulièrement, on n’a jamais autant parlé de « vivre-ensemble » alors que la mixité ethnique n’est plus qu’un vague souvenir…  Et ce n’est pas mon ami Pierric Guittaut, polardeux de son état, qui me démentira : d’après l’auteur D’ombres et de flammes, spécialiste ès banlieues et chasse berrichonne, l’heure de la guerre civile approche. Sans arriver à de telles extrémités, j’ai tiré de mon reportage à Aubervilliers un petit portrait des haines françaises, où immigrés asiatiques, maghrébins et africains cohabitent tant bien que mal, sur fond d’insécurité et d’islamisation croissantes.

Embarquement immédiat directions Bratislava, Ankara et Washington. Côté actualités, Luc Rosenzweig dévoile les faux semblants du dernier sommet européen où le couple franco-allemand a mis en scène son entente factice ; cependant que la Républicaine Claire Berlinski s’afflige de l’amateurisme d’un Trump, véritable dynamiteur de son parti. À l’autre bout du monde, le gouvernement Erdogan multiplie les arrestations consécutives au coup d’Etat du 15 juillet, incriminant la confrérie Gülen. Une conjuration catilinaire ou une tête de turque ? L’expert Bayram Balci vous le dira.

Sur la carte des entremets, le grand acteur et metteur en scène Daniel Mesguich expose brillamment sa vision de la gauche, du théâtre populaire et exigeant, dans la lignée de son maître Antoine Vitez. Dans un autre registre, notre « ennemi » autoproclamé Karim Dridi nous dit ses quatre vérités autour de son film Chouf et des banlieues. Sectaires s’abstenir ! Sur le zinc, Jérôme Leroy nous fait  enfin trinquer avec Robert Giraud, auteur aux « deux passions jumelles : le vin et l’argot, les bistrots et la langue verte, le jaja et la jactance ».  Vaste programme !

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Daoud Boughezala
est rédacteur en chef de Causeur.