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François Bayrou, une trahison de lui-même

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François Bayrou et Emmanuel Macron au sommet du col du Tourmalet pendant le Tour de France, juillet 2016. SIPA. 00775337_000003

Il est certes moins douloureux d’être déçu par quelqu’un qui a été un adversaire politique et idéologique que par quelqu’un dont vous vous sentez proche. Pourtant, François Bayrou m’a profondément déçu hier après-midi. Car, au risque de provoquer ici et là quelques quolibets, j’avais conservé pour cet homme une estime et un respect malgré tous les désaccords qui nous opposaient, en premier lieu sur la reine des batailles, celle de l’Europe. Cet homme, l’un des rares de notre vie politique à écrire encore, d’une belle plume, ses livres lui-même, a toujours montré un enracinement. Il est l’un des rares à inscrire son engagement politique dans l’histoire et la géographie de notre pays. A en connaître et en respecter sa culture et sa langue. C’est d’ailleurs au nom de cet enracinement qu’il a été le procureur le plus impitoyable de la candidature d’Emmanuel Macron, cet « hologramme » serviteur des plus gros intérêts financiers, selon ses propres mots. Il posait évidemment le bon diagnostic sur cette candidature hors-sol qui s’assumait, précisant, le front même pas rosi, que la culture française n’existait pas.

Au service de la finance et de Pierre Bergé

Ce ralliement, que François Bayrou travestit, sans doute pour s’en convaincre lui-même, en « alliance », est une trahison. Pas la trahison d’un camp, d’un secteur de l’électorat ou même d’idées, la dernière étant bien plus importante que les deux premiers. Il s’agit d’une trahison de lui-même, la plus grave. Parce qu’au fond de lui, François Bayrou sait très bien qu’Emmanuel Macron élu, il ne sera pas celui, qui, par miracle, deviendra l’adversaire déterminé des intérêts financiers et des « puissances de l’argent », puisqu’il en est précisément le serviteur zélé. Sous le Second Empire, on aurait même parlé de candidat officiel. Parce qu’au fond de lui, François Bayrou savait qu’il y avait un chemin – certes escarpé mais il connaît bien la montagne – pour une campagne justement dirigée contre les candidats liés à ces intérêts : Emmanuel Macron comme François Fillon, dont les liaisons dangereuses avec un célèbre assureur résonnaient tant avec le projet de réforme de la sécurité sociale. Que le candidat de la sagesse contre toutes les aventures, c’était lui, et que dans une campagne plus incertaine que jamais, les 40% d’indécis pouvaient finalement faire la différence.

Alors certes, il n’avait peut-être pas les moyens financiers, il ne pouvait peut-être pas prendre le risque d’être ruiné et de terminer sa carrière en dessous du seuil fatidique et symbolique des 5%. Mais à choisir, finalement, entre Fillon et Macron, n’était-il pas plus proche, par bien des égards, du Sarthois ? N’avait-il pas porté en 2012 le même projet que le candidat LR d’aujourd’hui, obsédé par le poids de la dette et de la remise en ordre des finances publiques ? N’avait-il pas plaidé à l’époque pour le même projet – sang et larmes compris ?

Au bonheur de la dame

Ce ralliement à la caricature du marketing électoral est bien piteux, François Bayrou. Vous voilà désormais avec Jacques Attali, l’homme qui peste contre l’enracinement, Pierre Bergé, l’homme qui explique qu’on peut bien prêter son utérus puisque les ouvriers prêtent leurs bras, et Patrick Drahi qui symbolise aujourd’hui la mainmise du fric sur les médias. Vous voilà condamné à subir une recomposition low-cost, et prendre le risque d’offrir à Marine Le Pen l’adversaire dont elle rêve nuit et jour.

Cette recomposition dont nous avons rêvé chacun de notre côté autour des questions centrales de l’Europe et de la mondialisation, la recomposition autour de Bayrou et Chevènement ou entre Bayrou et Guaino, oui bien sûr, cela aurait eu de la gueule, de la culture de l’érudition. Cela sentait bon la France éternelle. Mais entre Le Pen et Macron ! Vous rendez-vous compte, François Bayrou, de la défaite que vous actez ? J’en suis certain, en fait. Charles Péguy, que vous vénérez, aurait vomi le progressisme d’En Marche : cette phrase, vous l’avez confiée très récemment à une de mes consoeurs. Il y a quelques semaines, nous étions ensemble au cimetière Montparnasse pour dire adieu à William Abitbol. Vous y étiez même la seule personnalité politique de notre pays et j’avais été touché que vous fassiez le déplacement depuis Pau entre Noël et Saint-Sylvestre pour les obsèques de cet homme aux idées aux antipodes des vôtres. C’est sans doute pour cette raison que je ne voulais pas croire à ce piteux ralliement d’hier, mes sentiments l’emportant sur ma froide observation de la vie politique. Finalement, l’observateur de la vie politique peut, lui aussi, avoir ses faiblesses.

 

Retrouvez tous les articles de David Desgouilles sur son blog Antidote

Bondy blog, territoire perdu du journalisme

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bondy blog devecchio antiracisme banlieues
Benoît Hamon reçu par la rédaction du Bondy Blog (2014). Sipa. Numéro de reportage : 00697162_000013.

Daoud Boughezala. Vous avez côtoyé Mehdi Meklat au sein de la rédaction du Bondy blog. Quel bilan tirez-vous de cette entreprise lancée après les émeutes de 2005 ?

Alexandre Devecchio. J’ai intégré le Bondy Blog en 2008 en même temps que la « prépa égalité des chances ». Cette prépa, entièrement gratuite et réservée aux élèves boursiers, est née de la volonté du Bondy Blog et de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille (ESJ Lille) d’ « ouvrir » davantage les grandes écoles de journalisme.  Ces dernières sont extrêmement coûteuses et représentaient un rêve inaccessible pour le fils de camelot que je suis. Je garde un très bon souvenir de cette expérience, qui m’a permis d’entrer au Centre de formation des journalistes de Paris (CFJ), et reste infiniment reconnaissant au Bondy blog pour cela.  Contrairement aux conventions d’éducation prioritaire (CEP) de Sciences Po, il  ne s’agissait pas d’un dispositif de discrimination positive ou d’un système de quotas. Banlieusards ou provinciaux, nous avons bénéficié d’un accompagnement scolaire et d’aides financières puis passé les concours de manière anonyme. Dans l’ensemble, l’ambiance était bon enfant : le soir et le week-end nous sortions boire des verres dans le vieux Lille. Certains prenaient de la bière du Nord, d’autres du Coca. Bref, la France périphérique des « petit blancs » et la France des banlieues vivaient ensemble dans une vraie mixité.

N’idéalisez-vous pas quelque peu le passé ?

Pas du tout. Dans cette bonne ambiance générale, certaines fractures affleuraient déjà. Une minorité d’étudiantes, qui étaient à l’époque apprenties journalistes au Bondy blog et qui aujourd’hui sont proches ou membres de la direction du site, faisait bande à part. Elles revendiquaient sans cesse leur « identité arabe » et se montraient parfois verbalement agressives à l’égard des autres élèves qu’elles semblaient considérer au choix comme des racistes en puissance ou des « collabeurs ».

Cette sécession culturelle rampante fait-elle du Bondy blog un territoire perdu du journalisme ? Gilles Kepel le dit acquis à l’idéologie des Frères musulmans

Le Bondy blog a le mérite de donner la parole sans filtre aux habitants des banlieues. Le site reflète donc assez fidèlement l’état d’esprit qui règne dans ces quartiers dit sensibles. L’évolution de la ligne éditoriale du Bondy blog depuis les émeutes de 2005 traduit l’évolution des mentalités dans ces quartiers ces dix dernières années, notamment la montée en puissance des revendications identitaires qui ont désormais pris le pas sur les revendications sociales et politiques. Lorsque j’écrivais au Bondy blog, le discours victimaire et communautaire était déjà dominant.  La majorité des blogueurs en faisait des tonnes sur les « discriminations » dont seraient victimes « les musulmans » et  relativisaient, voire niaient, toute  les autres dérives pourtant  omniprésentes en banlieues : pratiques mafieuses, sexisme, communautarisme, antisémitisme, homophobie, racisme anti-blanc.  La défense de la laïcité et la critique des « accommodements raisonnables » étaient perçues comme « islamophobes » par une partie des blogueurs tandis que la question du halal pouvait revenir de manière obsessionnelle.

A l’époque, ces tabous ne vous ont pas empêché d’y écrire, sans que vos petits camarades ne vous bâillonnent ni ne vous condamnent au bûcher !

Il était encore  possible de faire entendre une autre voix. Ce ne serait sans doute plus le cas aujourd’hui. La vague d’attentats des années 2015-2016 est passée par là et le discours islamo-gauchiste est devenu quasi hégémonique en banlieue. En témoigne notamment le succès grandissant des meetings des Indigènes de la République.  Il faut aussi souligner le changement générationnel à la tête du site. Il y a d’abord eu le départ d’Antoine Menusier, rédacteur en chef du site de 2007 à 2011, qui défendait une ligne laïque et anti-communautariste. Puis en mai 2016, celui de Nordine Nabili, membre fondateur et président du Bondy blog depuis dix ans. En mai 2016, Nordine Nabili, qui dirigeait le Bondy blog depuis dix ans, a passé la main. Nordine, pour qui j’ai une vraie tendresse, est ce qu’on appelle un « beurgeois ». Il appartient à la génération morale des années 80. Cette génération a fait de l’antiracisme et de la défense du multiculturalisme son fonds de commerce, mais n’en est pas moins le produit d’une intégration sociale et culturelle parfaitement réussie. Pour cette génération, l’islam n’était pas une question. La génération de Mehdi Meklat, qui est désormais aux manettes du site, est plus identitaire. C’est la jeunesse des émeutes de 2005 : celle de la désintégration culturelle et de la réislamisation.

Mehdi Meklat s’abrite derrière une licence artistique pour justifier ses tweets homophobes et antisémites lancés sous le pseudo de Marcelin Deschamps pour, prétend-il, « questionner la notion d’excès » (sic).  Que pensez-vous du choix de ses cibles (Charlie Hebdo, Caroline Fourest, Alain Finkielkraut…) et de sa rhétorique « anti-islamophobe » ?

Ses propos révèlent la dérive communautariste et identitaire que je viens de décrire. Medhi Meklat, qui a lancé les «éditions du Grand remplacement » utilise d’ailleurs exactement le même vocabulaire que les mouvances identitaires classées à l’extrême droite. Cette dérive dépasse malheureusement le cas du Bondy Blog et de Mehdi Meklat et tend à se banaliser en banlieue. « Nous partagions peut-être parfois une certaine colère » explique Medhi Meklat à propos de son « double numérique », Marcelin Deschamps. Ses tweets expriment la frustration et le ressentiment d’une jeunesse nourrie au lait de la victimisation et de la repentance. Dans mon livre,  Les Nouveaux enfants du siècle (Le Cerf, 2016), je qualifie cette jeunesse des cités de « génération Dieudonné ».

Avant de tourner casaque, Dieudonné était un parangon d’antiracisme célébré par tout ce que l’intelligentsia des années 1990 comptait de grandes consciences. Son cas vous rappelle-t-il le phénomène Mehdi et Badrou, hier encore chouchous des Inrocks, du Monde et de Télérama ?

Dieudonné est en quelque sorte la créature des docteurs Frankenstein de la « gauche morale ». Avant d’expliquer que « les juifs sont des négriers reconvertis dans la banque et la haute finance » et de chanter Shoah nanas, il a d’abord été un « artiste citoyen » engagé dans l’antiracisme militant au point, lors des législatives de 1997, d’être candidat à Dreux contre le FN. Mais s’estimant instrumentalisé et lésé par ses anciens « potes » de SOS, il  va entamer une lente dérive, s’enfermer peu à peu dans un ressentiment qui s’exprime aujourd’hui par un antisémitisme délirant et une farouche haine de la France.

La « génération Dieudonné », tout comme l’ «humoriste» auquel elle doit son nom, est le produit de l’échec de l’antiracisme des années 1980. En troquant le modèle traditionnel d’assimilation contre le système multiculturaliste anglo-saxon, l’égalité contre la diversité et la laïcité contre l’identité, cette idéologie a fait le lit du communautarisme. Dès 1993, le regretté  Paul Yonnet, dans son Voyage au cœur du malaise français, souligne le paradoxe qu’il y a à vouloir éteindre le racisme en exacerbant les identités. Il y voit une forme de discrimination à fronts renversés qui servira à essentialiser les individus en fonction de leur couleur de peau ou de leur origine et à transformer la société française en nouvelle tour de Babel.

Une tour de Babel que célèbre aujourd’hui Emmanuel Macron selon lequel « il n’y a pas de culture française ». Dans ce sillage différentialiste, Claude Askolovitch et Pascale Clark ont volé au secours de Mehdi Meklat. Voyez-vous dans l’antiracisme sélectif de  la « gauche olfactive » (Elisabeth Lévy) un symptôme de désintégration nationale ?

Après trente ans d’antiracisme différentialiste, la France n’a en effet jamais été aussi divisée et fracturée. Déculturée, déracinée, désintégrée, une partie des jeunes de banlieue fait sécession. Cela peut passer par de simples tweets comme dans le cas de Mehdi Meklat. Mais d’autres brûlent des voitures, agressent des juifs ou s’envolent pour la Syrie.

Comme vous, je suis frappé par le deux poids deux mesure de cette gauche antiraciste qui traque inlassablement le moindre « dérapage », la moindre entorse à la novlangue officielle, qui va jusqu’à traîner devant les tribunaux un historien aussi respectable que Georges Bensoussan, n’a pas hésité à porter au pinacle Mehdi Meklat dont les tweets ferait passer Jean-Marie Le Pen pour un social-démocrate. 

Il faut voir dans cette attitude une forme de snobisme, voire de condescendance néo-coloniale. Pour une partie de l’intelligentsia de gauche, Mehdi Meklat est une sorte d’ « animal de foire » qu’il convient d’encenser  pour se donner bonne conscience, « avoir l’air cool et subversif ». Cette complaisance est peut-être aussi liée à l’évolution idéologique de la gauche ainsi qu’à sa nouvelle stratégie électorale.

La fameuse « préférence immigrée » que notre ami  Hervé Algarrondo dénonce depuis des années…

Après le tournant de la rigueur de 1983 et la conversion au néo-libéralisme de François Mitterrand, l’antiracisme institutionnel a bel et bien constitué une idéologie de substitution pour le PS. En 2012, la fameuse note de Terra Nova a théorisé l’abandon des classes populaire au profit des « minorités ». Peu à peu, l’affrontement des ethnies a remplacé la lutte des classes,  le musulman » le prolétaire, et le mâle blanc occidental le capitaliste. Cette dialectique manichéenne a contribué à accentuer fortement les fractures françaises et à fragiliser la cohésion nationale. Elle a notamment nourri la paranoïa des jeunes de banlieue en offrant une explication simpliste à leurs difficultés d’intégration et en  les enfermant dans leur identité particulière, voire dans une appartenance ethno-culturelle fantasmée. De ce point de vue, bien que je n’aie jamais été proche de lui, ni de ses idées,  j’éprouve une certaine tristesse pour Mehdi Meklat. Ses tweets expriment d’abord un profond malaise identitaire qui confine à la schizophrénie. Et s’il faut condamner quelqu’un dans cette affaire, ce sont ceux qui l’ont nourri, instrumentalisé, exacerbé.



La gauche et la préférence immigrée

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Mehdi Meklat: reviens, Marcelin, reviens!

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Je ne veux pas hurler avec les loups. Ces derniers jours ta sépulture tweetienne est encerclée de mauvais esprits qui font ton procès par-delà ta mort, symbolique certes mais bien réelle puisque tu es réduit au silence, pauvre minable Marcelin Duchamp [Ndlr : pseudonyme sous lequel Mehdi Meklat publiait les tweets incriminés.]. Et on s’acharne sur ton cadavre. Tu nous as quittés si brutalement, d’un jour à l’autre, avalé par celui qui t’avait enfanté. Et tu es devenu Mehdi Meklat, ce père anthropophage.

Marcelin, sale franchouillard raciste

Mais toi pauvre Marcelin, te voilà aujourd’hui privé de parole, mort et enterré comme dit Mehdi (Télérama, 21/02/2017), dans l’impossibilité de nous expliquer le fond de ton abominable pensée, mêlant l’obscénité, la pornographie, la haine pure et brutale. Alors Mehdi fait tout ce qu’il peut pour t’enfoncer, te faire porter le chapeau, lui qui porte de belles casquettes US, fashion et colorées. Toi tu devais sans doute porter le béret du sale franchouillard raciste que tu étais, n’est-ce pas Marcelin ?

Moi j’aurais simplement voulu te poser quelques questions mais comme tu es mort… Depuis les cieux tweetiens d’où tu nous regardes, tu dois être outré d’entendre Mehdi expliquer que tu n’as pas existé, que tu étais un personnage de fiction excessif (sic). Tu dois te sentir trahi pauvre Marcelin car tu n’as pas ménagé ta peine, pendant des années de tweets, pour être l’incarnation de la « bête immonde ». Il faut le comprendre Mehdi, il a un job, et avec les taux de chômage en banlieue quand on a un job lucratif, faut s’accrocher, tu ne connais pas ça toi, l’adversité du jeune de banlieue, Marcelin Deschamps le sale gaulois. Il a un train de vie à assurer maintenant qu’il fréquente le beau monde, il a sa réputation de « talent des cités » à conserver.

Mehdi, victime du racisme?!

Ton père spirituel souffre. A cause de toi, on veut le catégoriser comme raciste, antisémite, homophobe parce que c’est facile : qu’il est jeune, qu’il a grandi en banlieue et qu’il est arabe (Télérama, 21/02/2017). Tiens… Mehdi avoue qu’il est facile, presque logique, d’attribuer ces affreuses caractéristiques (dont l’expression relève du pénal) à un jeune ‘arabe’ de banlieue (c’est lui qui se désigne ainsi, pas moi car je n’ai pas l’habitude d’appeler Arabe un Français dont les parents sont d’origine maghrébine). Étrange de la part de Mehdi cette équation car il nous explique souvent via le Bondy Blog ou Téléramadan, ses deux supports de communication, que les braves gars de banlieue dont il est le représentant, sont incapables d’être elles-mêmes racistes, sexistes et homophobes puisque les principales victimes du racisme.

Marcelin, aurais-tu volontairement martyrisé le corps et l’âme de ce pauvre Mehdi ? Il dit que l’horreur que tu représentais n’était que le reflet de ce que lui vivait, que c’était de l’ordre de l’autodestruction. Soit Mehdi a besoin d’un bon psychiatre, soit il nous prend pour des andouilles. En tous cas, selon lui, tu n’étais qu’un prétexte pour tester la limite et finalement tu auras été au bout de ton expérience. Et puis Mehdi est modeste, c’est ce qui est admirable chez lui. Des tweets obscènes et racistes, Mehdi nous explique finalement que c’était un travail littéraire, artistique.

Et c’est là que ta voix nous manque Marcelin, quand Mehdi nous dit que tes cibles étaient les plus faciles : les femmes, les minorités, les gens qui croient. Il faut que Mehdi – Aladin te fasse ressortir de la lampe, toi son si mauvais génie qui l’a conduit au bord de l’abime, il doit te ressusciter pour te laisser le droit de te défendre. A le lire dans Télérama, on aurait presque les larmes aux yeux de tant de souffrances. Ah les affres de la création ! Flaubert, Hugo, Balzac ont connu ça eux aussi, comme Meklat… à cause de ses tweets. Il ne faut cesser de le dire : le niveau monte.

Marcelin, reviens ! Toi pauvre créature littéraire aspirée il y a des mois par le compte Twitter officiel de Mehdi Meklat. Tu étais un mort-vivant jusqu’à samedi dernier où Mehdi t’a complètement fait disparaître des écrans sous la pression de la fachosphère qui ne comprend rien à l’art. Ce sont tes clones du Parti de la haine, Marcelin, qui ont obligé Mehdi à te tuer définitivement. Chienne de vie ! Reviens, car nous sommes nombreux à nous poser quelques questions, précisément sur une chose : le choix de tes cibles.

Des cibles choisies

Une chose m’échappe dans cette affaire de travail littéraire post-moderne relativiste, si tes cibles étaient les plus faciles pour le raciste blanc immonde que tu étais, pourquoi ne nous abreuvais-tu pas de ta haine anti-arabe ou anti-noire ? Mehdi et ses amis du Bondy Blog et leurs amis du CCIF et leurs amis du PIR (oui, c’est toute une chaîne de bons amis qui ne te veulent pas du bien à toi le « sou-chien ») nous expliquent à longueur de journées que les opprimés, les exclus, les déclassés, les bannis, ce sont les ‘Noirs’ et les ‘Arabes’ reclus dans les ‘quartiers’ où la ‘République raciste et coloniale’ a parqué leurs ascendants, les privant d’avenir.

Point de tweets obscènes sur les ‘Noirs’ (tu aurais dit nègre ou bamboula, j’imagine), pourtant les préjugés sont nombreux, tu avais l’embarras du choix, cible facile comme dit Mehdi : leur agilité simiesque, leur sexualité primitive, leur sens inné de la danse, leur bonhommie infantile. On n’a pas lu de tweet monstrueux de ce genre.

Point de tweets obscènes sur les ‘Arabes’ (tu aurais dit bougnoule ou melon, j’imagine), pourtant il y a de quoi faire : tous voleurs, des violents qui battent leurs femmes, des terroristes en puissance dès le berceau, des fainéants incultes, un tweet « qu’est-ce que c’est que ce travail d’arabe » en passant devant une œuvre à la Fiac, ça nous aurait bien fait rire ! On n’a pas lu de tweet monstrueux de ce genre.

Point de tweets obscènes sur les femmes en hijab ou en jilbab (tu aurais dit les Belphégor d’Allah, j’imagine). Pourtant il paraît que « la femme musulmane » (comprendre la femme voilée dans le vocabulaire des potes du CCIF) est l’objet de toutes les violences, institutionnelles et quotidiennes. Aucune insanité sur ces femmes-là, tandis que tu rêvais de sodomiser Brigitte Bardot ou Anne Gravoin. Bizarre. D’ailleurs si tu étais un gros facho Marcelin, pourquoi en voulais-tu à BB, puisqu’il paraît, selon les amis de Mehdi, que c’est une facho elle aussi ? Pour Anne Gravoin on avait compris, c’était ton obsession antisémite, on y viendra.

Point de tweets obscènes sur tant d’autres objets de la haine des fachos islamophobes. Marcelin, tu dormais ou quoi ? Pas de tweet contre Houria Bouteldja qui aime tellement les Blancs et les Juifs qu’elle leur consacre un  livre et les interdit d’entrée à ses réunions décoloniales, pas de tweet contre Marwan Muhammad qui fustige la République raciste et bavait de haine contre l’époux d’Anne Gravoin , pas de tweet contre Tariq Ramadan, contre al-Baghdadi…. Et j’en passe. Cibles faciles pour un facho pourtant. Dommage, on aurait bien ri… puisque tes tweet, c’était drôle selon Pascale Clark, et si elle le dit sur France Inter, c’est que c’est vrai.

Juifs et homos, une obsession…

Tu as en revanche beaucoup, mais alors beaucoup tweetté contre les juifs et les homosexuels. Et contre Charlie hebdo aussi, mais ça devait être à cause de leurs caricatures du pape Benoit XVI n’est-ce pas, Marcelin ? Beaucoup de tweet, ta constance t’honore, mais elle en dit long sur les tourments de Mehdi qui t’hébergeais à l’époque. Je dois dire que c’est cela qui m’a immédiatement étonnée : pourquoi les juifs et les homosexuels ? Pourquoi de plus en plus de rage et d’inventivité dans l’immonde et rien sur les Arabes, les Noirs, les islamistes, les « vrais » discriminés du camp du Bien, celui de Mehdi?

Je n’ai pas la réponse. C’est toi qui l’as et c’est Mehdi qui la recouvre aujourd’hui de son verbiage pseudo-littéraire qui ne trompe personne, et surtout pas les vrais amoureux de la littérature.

« Au revoir et merci, je me suis bien amusé »  a dit Roman Kacew avant de se suicider. Mais Mehdi Meklat / Marcelin Deschamps n’est ni Romain Gary, ni Emile Ajar. Et pour le Goncourt, ce n’est pas pour demain, quoique, au rythme où vont les choses… Marcelin auras-tu été une personnage de fiction sur Tweeter – qui est à la littérature et à l’art en général, ce que Black M est à la grande musique – ou un Marcelin-Hyde double assumé permettant à Docteur Jekyll-Meklat de dire sinon le fond de sa pensée, du moins de se faire le porte-voix des exclus des banlieues, de tous ces « indigènes » habités par la violence contre les Juifs et les homosexuels. C’est Mehdi qui nous explique aujourd’hui qu’il partageait avec Marcelin cette violence

Nous n’avons plus qu’à demander à Mehdi de te faire revivre pour nous éclairer. Tiens, une idée me vient : et si Mehdi, le futur grand écrivain, nous faisait le coup du buzz-happening littéraire en prenant Marcelin pour sujet de son prochain livre. Mieux : écrit par Marcelin lui-même ! Le Seuil trouvera ça tellement chic et transgressif, Pascale Clark et Claude Askolovitch si brillant et jouissif, Edwy Plenel y verra un pied de nez magistral au parti de la Haine. Comptons sur l’inventivité de Mehdi et le soutien de ceux qui lui veulent du bien. On va enfin rire !

Du (bon) français pour les migrants

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Un migrant étudie dans une école montée par des volontaires à Calais, septembre 2016. SIPA. 00773938_000055

Depuis le « contrat d’intégration républicaine » décrété en 2016 par le gouvernement Hollande, le renouvellement des cartes de séjours ne se fait plus seulement pour des durées de quelques mois ou d’un an, mais pour des périodes de quatre ans. Les étrangers concernés n’ont plus à faire plusieurs heures de queue dans le froid devant les préfectures mais sont reçus sur rendez-vous. En contrepartie, le niveau de français minimal requis pour renouveler sa carte de séjour n’est plus de A1.1 comme auparavant, mais de A1 sur l’échelle de CECR, ces niveaux de maîtrise du français s’échelonnant progressivement sur A1, A2, B1, B2, C1 et C2. Mais que signifie tout ce charabia ? Vous avez raison de vous le demander.

Le niveau de français exigé est trop léger

Petite virée dans le monde du FLE (français langue étrangère). Dans la noble aventure de l’enseignement du français aux non francophones, on raffole de sigles et acronymes en tout genre. Le FLE bien sûr, mais aussi le FOS (français sur objectifs spécifiques), le FLI (français langue d’intégration), ou encore le FOU (français sur objectif universitaire). Et le CECR, donc ? C’est le Cadre européen commun de référence pour les langues. Sorte de Nouveau Testament des pédagogues « interactionnistes » des langues étrangères, ce gros document fut conçu par le Conseil de l’Europe (ou CE) pour « harmoniser l’enseignement des langues étrangères » dans l’Union européenne. Ainsi, au niveau A1, l’« apprenant » est capable de dire s’il est sensible à la poésie des films de Jean-Luc Godard par exemple, ou s’il préfère les coups de savate de Jean-Claude Van Damme, et peut aussi parler de la pluie et du beau temps. On doit au gouvernement Hollande d’avoir commencé à prendre l’intégration des nouveaux venus en main en estimant qu’une meilleure maîtrise du français était plus efficace que ce qui était requis auparavant  – le niveau A1.1, où il fallait essentiellement être capable de réciter son état civil et écrire correctement ses noms et prénoms pour faire renouveler sa carte de séjour. Mais est-ce bien suffisant ?

Un coup d’œil chez nos voisins permet une rapide comparaison. En Belgique, pays plus réputé pour ses bières que pour ses exigences d’intégration envers ses étrangers, aucun niveau de langue n’est exigé, et les cours d’éducation civique pour migrants sont assurés dans leurs langues maternelles. En Allemagne en revanche, où comme chacun sait, on a décidé d’accueillir de nombreux migrants l’année dernière, le niveau d’allemand requis pour une carte de séjour de six mois oscille entre A2 et B1. En Finlande, il est quasiment impossible de décrocher un emploi sans parler un minimum finnois. Et puisqu’on parle de français, allons voir chez nos compères francophones d’Outre-Atlantique dont le modèle multiculturel est parfois critiqué par certains dans ces colonnes et célébré par d’autres ailleurs. Figurez-vous que pour travailler au Québec, le niveau de français requis est fixé à B2, un niveau de français fort correct, qui permet de converser politique et de comprendre l’essentiel des articles de Causeur par exemple. Là-bas on ne plaisante pas.

Pas d’intégration réussie sans une bonne maîtrise de notre langue

Revenons chez nous. Dans le cadre du changement du niveau de français nécessaire au renouvellement des cartes de séjour, le gouvernement a eu la chouette idée, avec l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration), de fixer au sein même de la formation de français un programme de connaissances de la vie civique et républicaine. Ainsi, le nouveau venu devra savoir qu’ici, il est souhaitable qu’une femme travaille, que les parents doivent nourrir et habiller leurs bambins tout le temps de leur scolarité, que l’on a le droit de caricaturer le prophète sans se faire zigouiller, etc. Mais peut-on vraiment saisir les paroles de La Marseillaise, la notion de laïcité, ou l’histoire de la séparation des Eglises et de l’Etat avec un niveau de français grâce auquel l’utilisateur ne peut comprendre, selon le CECR, que « des noms familiers, des mots ainsi que des phrases très simples, par exemple dans des annonces, des affiches ou des catalogues » ? J’en doute. Et plus encore pour décrocher un emploi.

Je ne souhaite pas que les migrants retournent d’où ils sont venus, surtout s’ils arrivent d’Erythrée, mais puisqu’on a choisi de les accueillir, on doit œuvrer à les intégrer sans faire les choses à moitié. Avec le niveau de français actuellement exigé, beaucoup obtiendront leur attestation de bonne conduite (l’OFII stipule que le seul fait d’avoir été à tous les cours permet d’avoir l’attestation même sans avoir vraiment réussi les examens…) puis retourneront travailler sur leurs chantiers communautarisés entre Serbes, entre Turcs, entre Maghrébins, etc. Où ils n’auront guère l’occasion de papoter en français. Des situations qui ne sont pas tenables tant pour eux que pour le bien du pays. Quatre ans c’est long. On vise l’intégration des nouveaux-venus n’est-ce pas ? Pour que cela marche, ces derniers doivent s’approprier nos valeurs, notre héritage culturel, se sentir chez eux et vivre tous comme nous. Ils doivent donc vraiment maîtriser notre langue, comprendre les péripéties d’Astérix d’abord, puis la presse et les savoureux épisodes du feuilleton Fillon par exemple. Et qui sait plus tard, pourquoi pas comprendre un épais roman d’Emile Zola ?  Dans le jargon du FLE, on considère le niveau A2 comme le niveau « survie ». Le niveau requis actuellement en est encore loin. Mais qui payera les cours ?, me direz vous. L’Etat, bien parti, pourrait s’en charger. Reste à voir si le contribuable – que je suis – serait prêt ou non à partager l’addition.

Mehdi Meklat: des infractions malheureusement prescrites

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mehdi meklat bondy justice

S’il est une chose que l’on peut regretter au sujet de l’antipathique Mehdi Meklat c’est que l’on ne soit pas aperçu plus tôt, au milieu de cette fange que représentent parfois les réseaux sociaux, non seulement de l’existence de ces tweets mais également de l’identité de leur véritable auteur.

Le dernier tweet recensé et porté à la connaissance des heureux « non-followers » – un « délice » homophobe ciblant Caroline Fourest – datant de juillet 2015, la prescription est désormais acquise.

Les autres messages abjects qui ont pu être exhumés de son compte twitter (« Faites entrer Hitler pour tuer les juifs », « je ne sais pas pour vous mais je trouve la phrase « Moi la mort, je l’aime comme vous vous aimez la vie » de Mohammed Merah, troublante de beauté » ou « J’ai envie de commettre un acte homophobe pour qu’on parle de moi ») sont plus anciens encore s’échelonnant de 2011 à 2014.

Pourquoi il s’en tire à bon compte

Leur auteur s’en tire judiciairement à bon compte. En effet, M. Meklat a su faire preuve de suffisamment d’originalité pour que ses « saillies drolatiques » soient constitutives, au choix, d’injures, diffamation ou de provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de de leur appartenance à une religion déterminée ou à raison de leur orientation sexuelle, délits passibles d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende  conformément aux articles 24 alinéa 7 et 8, 32 et 33 de la loi du 29 juillet 1881.

Or, en matière de presse, la prescription est courte. Prescription originellement trimestrielle (à compter de sa publication), elle est portée à 1 an pour les délits susvisés. Saisis par une question prioritaire de constitutionnalité, les Sages de la rue Montpensier ont jugé en 2013 que cette prescription rallongée et dérogatoire à la règle d’ordre public de la prescription trimestrielle était conforme à la constitution.

Quant à une éventuelle apologie du terrorisme prescrite, elle, sous 3 ans, relative au tweet relatif à Merah datant de 2012, il est également trop tard pour s’en saisir.

M. Meklat peut bien faire valoir aujourd’hui une défense minable en prétendant que ces tweets publiés de façon compulsive par un double diabolique ne visaient qu’à provoquer et « perturber un monde trop lisse », il n’aura pas à s’en expliquer devant un tribunal.

Et c’est probablement tant mieux pour lui, parce qu’on a beau être ouvert d’esprit, vouloir comprendre, se forcer même à accepter une sorte d’humour qui ne fait rire que les antisémites, les homophobes et les sexistes, on aura du mal à se convaincre que celui qui se livre plusieurs années durant à ces propos abjects n’en pense, au fond de lui, pas un mot. Le tribunal l’aurait, on l’espère, sévèrement sanctionné.

De ce lamentable « buzz » involontaire, on retiendra une fois de plus que l’antisémitisme, l’homophobie et le sexisme se trouvent bien déposés sur les claviers de certains, à défaut de l’être sur leur langue. Quant à M. Meklat, il sera désormais sous la loupe et n’aura sans doute pas deux fois la même chance.

«Quand on se dit frères, c’est pour s’en prendre à quelqu’un d’autre»

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Gérard Haddad radicalisation psychanalyse "Le Complexe de Caïn"
Gérard Haddad

Propos recueillis par Olivier Prévôt

Causeur. Vous êtes psychanalyste et l’on vous doit déjà de nombreux ouvrages. Le livre que vous publiez ces jours-ci, Le Complexe de Caïn, qui explore la question de la fraternité, apparaît comme un travail théorique directement en lien avec l’actualité, c’est-à-dire le terrorisme.

Gérard Haddad. Les attentats ont effectivement capté mon attention, ma réflexion. Je suis fidèle en cela au commandement lacanien : « Sur le réel de notre temps, il faudrait quand même que les analystes se concentrent. » Et ce livre s’inscrit dans le prolongement du précédent, Dans la main droite de Dieu, où je posais les premiers jalons d’une psychanalyse du fanatisme, en particulier religieux. L’écho qu’a rencontré cet ouvrage, les questions, les débats qu’il a suscités ont ouvert de nouvelles voies. J’avais consacré un chapitre à la fraternité et j’ai senti la nécessité d’approfondir cette question.

Et quel fut l’élément déclencheur ? Le point de départ ?

Quelque chose a commencé à prendre forme il y a quelques années, je crois. J’avais été invité au congrès d’unification des psychiatres tunisiens. C’était inouï pour moi : j’ai perdu la nationalité tunisienne il y a des années, je ne suis pas musulman, je vis à Paris… et on me demandait de prononcer l’intervention de clôture de cette réunion ! Il fallait être à la hauteur de ce geste. Je demeure très attaché à la Tunisie et au monde musulman. C’est là que j’ai grandi, tout de même. Quelque chose a donc surgi en moi. Je l’ai accueilli d’abord, organisé, travaillé ensuite. Et j’ai proposé à mes hôtes une réflexion autour du mythe biblique de Joseph, c’est-à-dire autour de la question de la fraternité, entre conflit et réconciliation.

Au début de votre livre, vous relevez une chose singulière : on a multiplié les appels à la fraternité après les attentats, sans beaucoup s’intéresser au fait que les Kouachi comme les Abdeslam… sont précisément deux couples de frères…

Oui. On présente la fraternité comme la solution. Je prétends qu’elle est le problème. On appréhende spontanément la fraternité comme[access capability= »lire_inedits »] une chose ayant à voir avec la tendresse, la solidarité. Chacun sait d’expérience – il suffit d’avoir un frère ou une sœur – que c’est au minimum plus compliqué. Freud, même s’il a peu développé cette question, a mis en évidence que l’irruption de la fratrie suscite un désir de fratricide. La fraternité ne va pas de soi. Elle se conquiert. Elle s’élabore dans une approche, dans un travail de reconnaissance mutuelle. La présence du frère pose un problème. Et pour le résoudre, il faut commencer par le mettre à plat. La fraternité repose sur le refoulement d’un désir de mort du frère. Si on pose le sentiment de fraternité comme une évidence obligatoire, immédiate, non problématique, on ne fait que mettre de l’huile sur le feu. Et l’agressivité refoulée se déplace, décuplée, vers un autre objet.

On est face à un étrange paradoxe. Les islamistes ne cessent de proclamer l’urgence et la valeur de la fraternité, et infligent au reste du monde ce que l’on sait…

Quand on se dit frères, quand on le proclame avec une certaine énergie, voire de la véhémence, c’est en général pour s’en prendre à quelqu’un d’autre. Mahomet déclare ainsi aux gens de Médine « Nous sommes des frères ! »… Dans la foulée, on fait assassiner 800 juifs de l’oasis. L’affirmation très appuyée de la fraternité intracommunautaire s’accompagne souvent d’un accès d’agressivité contre ceux qui ne font pas partie de cette communauté. Encore une fois, il s’agit du processus de déplacement mis en lumière par Freud.

Les frères Kouachi, c’était un peu « toi et moi contre le monde entier ».

On peut dire les choses comme cela, si vous voulez. Il s’agit d’un cas typique de refoulement de la pulsion fratricide… qui resurgit ailleurs. Mais les frères Kouachi ou les frères Abdeslam font partie d’une montée générale de la violence. Tout le monde sait que le lien social est affaibli. Et le lien social, c’est le lien fraternel.

Et selon vous, en tant que psychanalyste, d’où vient cet affaiblissement ?

Du déclin de la parole du père.

Comment ça ?

Dans ce livre, j’ai dessiné les bases d’une nouvelle topique freudienne où il y aurait, en équilibre et en interaction, deux conflits fondateurs. Le conflit œdipien et le conflit « caïnique ». Du conflit œdipien émerge la loi – la castration symbolique. C’est cette loi qui tempère et tient en bride l’agressivité caïnique ou fraternelle. La fraternité originaire, c’est le fratricide ! Ce qui émerge de l’œdipe, c’est la loi protectrice du père. Quand la loi paternelle décline, Caïn prend le dessus. D’où l’explosion de violence à laquelle nous assistons.

Vous évoquez le « complexe caïnique ». Pourriez-vous le définir précisément ?

Il y a un objet que l’enfant désire. La mère, son attention exclusive. Cet objet, qu’il a perdu, qu’il désire, il s’aperçoit que le frère, lui, le possède. Et donc, pour le récupérer, il faut tuer le frère.

Vous dites aussi « J’ai dessiné… »

Oui, j’ai élaboré quelque chose. Mais Lacan n’était pas loin de cela. Prenez le séminaire sur l’éthique de la psychanalyse. Lacan commente : « Ce qui se rapproche le plus de ce que j’appelle la Loi, ce sont les dix commandements. » Or les dix commandements sont hantés par la question de la rivalité fraternelle. Et quand la Bible prend la peine de dire « Et ton frère vivra avec toi », c’est parce que, justement, cela ne va pas de soi. Ce n’est pas spontanément, ce n’est pas par amour que le frère a le droit de cohabiter. Mais parce que l’Éternel l’ordonne.

Avec ce livre, vous nous proposez une intelligence du phénomène terroriste en rupture avec le discours selon lequel expliquer serait déjà excuser

Je ne veux, bien. évidemment, rien excuser. Mais les échos qui me parviennent des centres de déradicalisation sont effarants. En fait, des milliers de jeunes sont concernés. C’est une terrible maladie. Et nous sommes interpellés en tant que psychanalystes. Pour combattre une maladie, vous devez la connaître. Vous n’imaginez pas un oncologue qui se contenterait de déclarer qu’il est « opposé au cancer ». Il lui faut comprendre le processus. C’est ce que j’essaie de faire.

Finalement, la fraternité, c’est vraiment le problème ?

Non, bien sûr. C’est la solution. Mais à une condition : ne pas oublier qu’à l’origine, la fraternité, c’est le meurtre. Il nous faut construire à partir de là, à partir de cette vérité, et surmonter la pulsion originelle. Mais c’est difficile, et ça prend du temps.

Le Complexe de Caïn, terrorisme, haine de l’autre et rivalité fraternelle, de Gérard Haddad, éditions Premier parallèle, 116 p., 12 €.

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Le complexe de Caïn

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Mehdi Meklat, la haine qui cache la forêt

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mehdi meklat banlieues antisemitisme homophobie
La Haine.

Il n’y a pas d’humour sur Twitter, il n’y a que de la haine. Mehdi Meklat a twitté des milliers de messages haineux qui ont probablement tous simplement alimenté la haine antisémite, homophobe, misogyne. Dénoncer sur Twitter en se faisant passer pour un haineux, c’est tellement con comme idée, et comme défense, enfin Twitter est rempli de tweets haineux, comment ceux-là auraient pu être distingués des autres, et par qui ?
J’en ai lu beaucoup et en regardant les dates on s’aperçoit que l’humour est parfois là en réalité, je ne peux pas être de mauvaise foi, mais la plupart du temps c’est juste de la haine au premier degré, sans aucun indice ni aucune finesse ni aucune technique comique pour permettre de comprendre que c’est du deuxième degré. Je ne sais pas comment Pascale Clark peut soutenir une ordure pareille.

Wesh-wesh antisémites

Je commence à en avoir ma claque de cette France qui n’aime qu’une figure, celle du jeune à casquette antisémite et homophobe et pour laquelle si on n’est pas ça on est ringard.

Je commence à en avoir ma claque des bourgeois qui veulent s’encanailler avec des jeunes de banlieue, qui du fond de leur hôtel particulier à Neuilly ou de leur appart’ bobo du 19e pensent que c’est super le rap et le graff’ et la téci, etc.
Ah oui c’est super quand c’est de l’expression artistique, oui, sans doute. Mais nous les racailles qui font wesh-wesh on se les coltine tous les jours, les agressions homophobes, antisémites, les femmes agressées par des wesh-wesh à casquette c’est pas une blague pour nous c’est pas une caricature. Les jeunes racisés qui ont grandi dans une cité qui deviennent médecin ou avocat, ou même coiffeuse ou livreur, et qui quand ils allument la télé se voient représentés en wesh-wesh dealers en baskets, ça ne les fait pas beaucoup rire non plus.

Les familles d’Ilan Halimi, des enfants assassinés à Toulouse, ça les fait pas beaucoup rire les antisémites à casquettes wesh-wesh viens mon frère viens on va tuer des juifs parce que j’ai le seum ouais gros viens on y va.

Rêveuse bourgeoisie

Vous les bourgeois, c’est sans doute un univers qui vous fascine et vous imaginez sans doute des banlieues comme des endroits où les méchants policiers traquent les gentils jeunes en fonction de leur couleur de peau, en réalité c’est pas ça. Les violences dans ces endroits ne sont pas commises par les policiers et tout le monde le sait, sauf les bourgeois. C’est pas les policiers qui pissent dans l’ascenseur, qui dealent du shit dans le hall, qui fouillent les gens pour voir si c’est pas des flics avant de rentrer dans la cité, qui balancent de l’électro-ménager sur les voitures de l’Etat, qui font des tournantes, des braquages, qui brûlent des bagnoles, c’est pas les policiers qui font ça et tout le monde le sait.

A force de vivre entre bourgeois, vous avez laissé tomber les pauvres gens qui se font extorquer, agresser, humilier, harceler par des groupes de jeunes aveuglés par une sous-culture ultra-violente, livrés à eux-mêmes, rendus psychopathes par la loi de la cité. Vous n’avez aucune conscience de ce que la plupart des français vivent. Vous vous en foutez, vos enfants vont à l’école privée catho, vous habitez des quartiers chic où il n’y a pas de cité parce qu’il n’y a même pas de logement social, vous n’en avez rien à foutre. Quand on habite dans le Marais ou à Neuilly, c’est dur de se représenter comment on vivrait à Grigny. Vous avez décidé de prendre parti pour les voyous contre les policiers.

Plus cool que la racaille? La police!

De dire que tout était de la faute du racisme et donc de ne pas voir que le policiers eux-mêmes étaient issus de milieux populaires, dans le corps des Gardiens de la Paix, et donc de toutes origines. Vous faites semblant de ne pas voir que la Police en tant que groupe de personnes est bien plus ouverte et tolérante que la sous-culture des cités, toutes les religions, les orientations et les identités sexuelles, les opinions politiques (excepté l’anarchisme) y sont représentées, la police est bien plus « cool » que les jeunes voyous psychopathes (minoritaires dans leurs propres quartiers) qui terrorisent tout le monde en hurlant à mort « Charlie , vive Kouachi et Coulibaly », nique la France, la France c’est une salope et je la baise, etc etc etc, enfin ce que vous entendez tous les jours si vous ne vivez ni chez les bourgeois ni dans le trou du cul de la France parmi les vaches et les pesticides.

Vous avez décidé de mettre des œillères pour ne pas voir les problèmes qui pourraient venir de potentielles victimes du racisme – comme si le fait d’être victime de quelque chose empêchait d’être auteur de la même chose ou d’autre chose.

Ainsi faisant, vous avez propulsé Le Pen en première place des intentions de vote au premier tour. Ça a pris des années, mais vous avez réussi.

Fillon, Macron: un traitement médiatique en questions

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Emmanuel Macron au Salon des Entrepreneurs à Paris, février 2017. SIPA. AP22008715_000024

La question « Cui bono ? » (tournure en double datif que le concept de prédicat ne permet pas de comprendre, note au CSP) est traditionnellement attribuée à Cicéron, qui la prononça jadis dans sa plaidoirie en faveur de Roscius d’Améria, un pauvre bougre accusé à tort de parricide et risquant par conséquent un châtiment immonde (on enfermait le coupable dans un sac avec divers animaux, dont un serpent, et on jetait ce sac dans le Tibre).

« A qui profite le crime ? »

La victoire de Cicéron, totalement inespérée étant donné que les accusateurs étaient soutenus par un proche du dictateur Sylla, consacra la renommée de celui qui n’était encore qu’un jeune avocat. Mais si ce bon Cicéron lui-même attribue la paternité de cette interrogation à un autre que lui (« Lucius Cassius avait l’habitude de demander : à qui profite le crime ? »), du moins sait-il l’employer à bon escient.

On demande « à qui profite le crime ? » quand on entend démontrer que le coupable ne peut être que celui qui a tiré avantage du forfait. Dans le cas de Roscius, le malheureux avait été exproprié de tous ses biens à la suite d’une machination ourdie par les accusateurs, lesquels espéraient, s’ils gagnaient leur procès, empêcher que le fils pût jamais réclamer les terres immenses de son père.

On a vu ressurgir sur toutes les lèvres et dans maints gros titres la question cicéronienne.

Mais le crime ainsi désigné, quel est-il, en l’occurrence ? Ce n’est pas le véritable délit, dont la responsabilité n’est pas mise en doute : si détournement de fonds publics il y a, à qui a-t-il profité ? A la…

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux.

Le Conseil constitutionnel à la rescousse de la fessée

fessee conseil constitutionnel parents
Image: Flickr.

Le Conseil constitutionnel a invalidé plusieurs articles de la loi Egalité et citoyenneté, dont celui, très polémique, visant l’interdiction de la fessée parentale. Grand bien lui en a pris. On peut certes regretter que l’anticonstitutionnalité ait été fondée non sur le fond mais sur la forme du texte, celui-ci ayant été jugé sans rapport avec la loi. Mais ne boudons pas notre plaisir : les raisons de se réjouir ne sont pas minces.

Minorité agissante

Inutile d’insister sur la monstruosité de la maltraitance enfantine, qui relève fort heureusement du pénal. En revanche, que le drame des enfants battus devienne le motif d’une condamnation uniforme de tous les parents, qui dans leur tâche éducative peuvent être amenés à recourir à la correction physique légère, est une ineptie.

D’une part, c’est une immixtion indue dans la vie privée des familles, faite comme toujours dans ce cas au nom du bien commun. L’Etat décrète la façon unique et convenable d’élever les enfants et entend bien l’imposer aux parents, qui sont tous comme on le sait, des bêtes ignares et brutales à la main leste. Cette intrusion dans ce qui relève de la sphère privée s’apparente à du totalitarisme. Le dispositif ne prévoyait pas de sanction pénale, pour l’instant. Si cela était advenu, cette mesure aurait en outre représenté un détournement du rôle de la loi, destinée à punir la seule marge déviante et non à intervenir dans la vie des gens ordinaires (85% des parents auraient recours à la fessée). Notons au passage que nos politiques n’ont aucun scrupule à légiférer sur les mœurs de leurs concitoyens dès lors qu’il s’agit à leurs yeux d’un enjeu primordial, le port du burkini ne l’étant manifestement pas.

D’autre part, c’est une façon insidieuse de faire avaler plus facilement la pilule du progressisme sociétal, et de permettre l’avènement en douceur de l’Homme nouveau, grâce à une ficelle déjà connue : l’incrimination abusive de la majorité innocente au nom d’une minorité agissante.

Campagnes d’intimidation

Ce n’est pas la première fois que nos gouvernants usent de ce stratagème. On se souvient ainsi de la campagne de lutte contre le « harcèlement sexiste » dans les transports. Il serait souhaitable que les véritables auteurs de ces agressions, essentiellement des bandes de jeunes, qui se livrent à des insultes honteuses pouvant dégénérer en violences physiques, soient désignés et punis comme ils le méritent. A défaut mais à dessein, le ministère a échafaudé une véritable campagne d’intimidation à l’encontre de toutes les personnes de sexe masculin, qui auraient l’indélicatesse de manifester plus ou moins finement leur intérêt pour le beau sexe à leurs représentantes. Double bénéfice de cette criminalisation indifférenciée du mâle : éviter de stigmatiser la jeunesse des banlieues, et soutenir le progrès social permis par la castration psychologique des hommes, étape indispensable avant d’atteindre l’objectif tant espéré d’une société sans différenciation sexuelle. Dans le cas de la fessée, le progrès sociétal escompté est l’abolition de tout rapport hiérarchique entre parents et enfants, dans une logique égalitariste poussée jusqu’à l’absurde, et ardemment voulue par les instances supranationales (Convention internationale des Droits de l’Enfant. Convention des Nations-Unies).

L’interdiction de la fessée est donc une ineptie, mais pas seulement. Last but not least, elle participe à sa manière à notre fragilisation face à la progression de l’islam. C’est un coup de canif porté au dernier bastion de l’autorité dans notre société, l’autorité parentale, bastion déjà très ébranlé par les théories permissives de mai 1968. Or comment ne pas mettre en parallèle notre déconstruction progressive de toute forme d’autorité, et l’avancée rampante de l’islam, incarnation de l’obéissance s’il en est, dans nos sociétés ?

Quel peut bien être le degré de notre aveuglement, qui nous empêche de voir que plus nous nous dépouillons de tout corset de contrainte, plus un autre dispositif, autrement plus autoritaire et totalitaire, viendra à coup sûr occuper l’espace que nous aurons volontairement vidé ? Notre nature humaine est ainsi faite que, constamment tiraillée entre sa part de lumière et sa part d’ombre, ou dans des termes plus profanes, entre son côté clair et son côté obscur, elle éprouve un impérieux besoin de limites, de bornes, de normes.

Est-il interdit d’interdire?

Avec l’article initial, nous œuvrions certes à enrichir notre arsenal répressif. Mais ce sont des lois qui viennent précisément à l’encontre de toute forme de coercition. En somme, une nouvelle loi contre la loi naturelle, celle qui veut que les parents détiennent une autorité sur leurs enfants. « Il est interdit d’interdire » est plus que jamais d’actualité. Si l’effacement de toute trace d’autorité au nom de la liberté de chacun semble une idée séduisante, il est à terme incompatible avec notre essence humaine.

L’interdiction de la correction physique légère des enfants est une illustration, parmi d’autres mais avec une haute portée symbolique, de la manière dont nous abandonnons petit à petit notre corset historique, et ce faisant, laissons la place à un autre, en l’occurrence issu d’une autre culture, et en l’occurrence défendu avec ardeur par ses partisans. A toujours vouloir toujours moins de contraintes, nous n’en récolterons que davantage. Moins de fessée, pour plus d’islam.

En votant l’article contre les violences éducatives, la France cédait à une injonction du Conseil de l’Europe. Mais les sages de la rue de Montpensier en ont décidé autrement. Sans le vouloir, ils viennent d’offrir un sursis inespéré à l’autorité parentale. Pour combien de temps encore ?

Wall Street, y a un loup!

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Loup de Wall street bourse américaine Obama Donald Trump
Leonardo DiCaprio dans "Le Loup de Wall street" de Martin Scorsese (Sipa : 00664339_000005)

Alors qu’Obama cédait le pouvoir à l’improbable Trump, les médias dressaient le bilan économique et social du président sortant. Le point le plus positif, c’était l’accroissement de la richesse par tête : celle-ci est de moitié supérieure à son pic atteint en 2008 avant le séisme financier ! Mais c’est là une énigme. Car les prix immobiliers sont, eux, à peine supérieurs à leur précédent sommet.

Reste le prix des actions cotées en bourse. Le S & P 500 dépasse la cote de 2 200. Elle était à 1 400 à l’été 2008. Or le S & P (équivalent de notre CAC 40) est l’indice le plus représentatif de la bourse américaine. Il regroupe les 500 plus importantes sociétés, autant dire le plus gros de l’économie quand on sait que ces sociétés sont aussi des clientes et des fournisseurs d’autres sociétés. Nous ne devrions pas chercher plus loin la clef de l’énigme.

Mais autant la réponse est formellement juste, autant elle soulève d’autres interrogations. Car l’accroissement de quelque 60 % de la cotation boursière accompagne une hausse de 11,5 % du PIB et une hausse modeste de 4 % de la production par tête tandis que l’évolution des profits déçoit les attentes. De là à voir dans la montée de la bourse un phénomène d’anticipation ou un phénomène d’exubérance irrationnelle, il n’y a qu’un pas. Un pas qu’il ne faut surtout pas franchir. Le gonflement boursier est le résultat d’un dopage mécanique, sous la forme de rachats d’actions – buybacks – décidés par les directions d’entreprises sous la pression quotidienne de leurs grands actionnaires.

Une grande innovation financière

Si nous devions décerner le grand prix de l’innovation financière de ces quarante dernière années, nous aurions l’embarras du choix : la titrisation qui permet aux banquiers-prêteurs de revendre leurs risques douteux sur[access capability= »lire_inedits »] le marché, les CDO qui permettent de mélanger les bons et les mauvais prêts, les CDS qui permettent de s’assurer contre l’insolvabilité des créanciers, le Quantitative Easing qui a permis de retirer des milliers de milliards de dollars, d’euros et de livres sterling, d’emprunts circulant sur le marché du crédit. Mais, en l’an de grâce 2017, ce sont les rachats d’actions qui mériteraient peut-être la palme d’or. On n’en parle pour ainsi dire pas, en dehors des médias économiques spécialisés comme le Financial Times et The Wall Street Journal. Le phénomène, massif dans son ampleur[1. Leur montant total s’est élevé à 1 000 milliards de dollars en 2015, soit près de 5 points du PIB américain et la moitié environ du montant des investissements productifs des entreprises américaines, cotées et non cotées.], est pourtant central dans l’expérience néolibérale.

De quoi s’agit-il ? Les entreprises cotées ont désormais la faculté, dans l’ensemble du monde occidental, d’utiliser leurs profits non pas pour investir ou embaucher mais pour racheter une fraction de leur capital à leurs actionnaires, ce qui fait automatiquement monter les cours. On l’aura compris, ce sont les fonds de placement qui sont essentiellement visés. Donnons deux exemples récents. HP d’abord, le producteur informatique qui a succédé à Hewlett-Packard : HP a annoncé en même temps la suppression de 3 000 postes de travail sur trois ans et un rachat d’actions à hauteur de trois milliards de dollars. Boeing ensuite, qui « dégraisse le mammouth » chaque année qui passe : Boeing va procéder à un rachat d’actions de 14 milliards de dollars, supérieur aux frais de développement du dernier-né de la firme, le 777X[2. Estimés à près de 9 milliards de dollars sur la période 2014-2020. Le Boeing 777X ne coûtera cependant rien à son constructeur, qui a reçu une subvention de 8,7 milliards de dollars de l’État de Washington.].

Dans ces conditions, le fameux théorème de Schmidt[3. Nous parlons de l’ancien chancelier Helmut Schmidt.] – les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain – relève de la galéjade. La vérité de la bourse contemporaine se décline par un nouvel axiome : les profits d’aujourd’hui sont les rachats d’actions d’aujourd’hui et la richesse des actionnaires d’aujourd’hui.

Appauvrissement des entreprises, enrichissement des actionnaires

Aux yeux d’un libéral classique, le rachat des actions s’apparente à une décapitalisation. L’entreprise verse du cash pour sortir des actions du marché boursier. Ces actions sont ensuite inscrites dans un compte spécial de l’entreprise et neutralisées afin d’interdire aux dirigeants d’exercer les droits de vote rattachés aux actions ! Mais le tour de passe-passe, car c’en est un, enrichit les actionnaires. Pour eux, c’est un accroissement du capital comptable inscrit dans leurs bilans. Si Marx revenait parmi nous, il serait désemparé devant un phénomène d’accumulation du capital, qui n’a plus son siège dans la « fabrique »[4. L’analyse marxiste ignore la notion d’entreprise.] mais dans le gousset des actionnaires, et serait forcé de réviser son analyse pour admettre la réalité d’un capital comptable et non plus constitué de biens physiques.

Les « buybacks » doivent être considérés comme la réalité la plus saillante d’une expérience néolibérale menée au nom de la « free enterprise » pour mieux la subordonner aux exigences d’actionnaires irresponsables. Mais ils ont le singulier mérite de camoufler que le ratio chéri de la bourse – le rapport du prix de l’action aux profits de l’entreprise – ne veut plus rien dire !

La chose est des plus simples. Partons du principe que les sociétés cotées ont racheté, au fil des ans, le tiers de leurs actions antérieurement émises – estimation raisonnable en l’absence de statistiques officielles. Le «price earnings ratio » s’en réduit mécaniquement d’un tiers ! Comme ce ratio se situe aujourd’hui à 21 sur le marché new -yorkais, on voit qu’il atteindrait, sans le dopage des rachats, un chiffre égal ou supérieur à 30, synonyme de krach boursier…

La finance, c’est mon ennemie

Interdits par les codes de commerce, les rachats d’actions ont été peu à peu autorisés des deux côtés de l’Atlantique. En France, le feu vert a été donné dans une loi présentée en 1998 par Dominique Strauss-Kahn, ministre de Lionel Jospin qui, reconnaissons-le, ne s’est jamais proclamé l’ennemi de la finance[5. Les sociétés peuvent racheter 10 % de leurs actions dans l’année, puis encore 10 % deux ans plus tard et ainsi de suite.]. Une finance qui n’a pas eu de serviteurs plus zélés, voire plus stylés, que dans les sérails de la gauche.

Dans l’éventail des candidats à la présidence, se trouvera-t-il une personne assez courageuse pour affronter la finance prédatrice autrement qu’en paroles ? Je forme le vœu d’une année 2017 qui déplace enfin les lignes de la politique nationale.[/access]

L'Avenir du capitalisme

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La trahison des économistes

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François Bayrou, une trahison de lui-même

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François Bayrou et Emmanuel Macron au sommet du col du Tourmalet pendant le Tour de France, juillet 2016. SIPA. 00775337_000003
François Bayrou et Emmanuel Macron au sommet du col du Tourmalet pendant le Tour de France, juillet 2016. SIPA. 00775337_000003

Il est certes moins douloureux d’être déçu par quelqu’un qui a été un adversaire politique et idéologique que par quelqu’un dont vous vous sentez proche. Pourtant, François Bayrou m’a profondément déçu hier après-midi. Car, au risque de provoquer ici et là quelques quolibets, j’avais conservé pour cet homme une estime et un respect malgré tous les désaccords qui nous opposaient, en premier lieu sur la reine des batailles, celle de l’Europe. Cet homme, l’un des rares de notre vie politique à écrire encore, d’une belle plume, ses livres lui-même, a toujours montré un enracinement. Il est l’un des rares à inscrire son engagement politique dans l’histoire et la géographie de notre pays. A en connaître et en respecter sa culture et sa langue. C’est d’ailleurs au nom de cet enracinement qu’il a été le procureur le plus impitoyable de la candidature d’Emmanuel Macron, cet « hologramme » serviteur des plus gros intérêts financiers, selon ses propres mots. Il posait évidemment le bon diagnostic sur cette candidature hors-sol qui s’assumait, précisant, le front même pas rosi, que la culture française n’existait pas.

Au service de la finance et de Pierre Bergé

Ce ralliement, que François Bayrou travestit, sans doute pour s’en convaincre lui-même, en « alliance », est une trahison. Pas la trahison d’un camp, d’un secteur de l’électorat ou même d’idées, la dernière étant bien plus importante que les deux premiers. Il s’agit d’une trahison de lui-même, la plus grave. Parce qu’au fond de lui, François Bayrou sait très bien qu’Emmanuel Macron élu, il ne sera pas celui, qui, par miracle, deviendra l’adversaire déterminé des intérêts financiers et des « puissances de l’argent », puisqu’il en est précisément le serviteur zélé. Sous le Second Empire, on aurait même parlé de candidat officiel. Parce qu’au fond de lui, François Bayrou savait qu’il y avait un chemin – certes escarpé mais il connaît bien la montagne – pour une campagne justement dirigée contre les candidats liés à ces intérêts : Emmanuel Macron comme François Fillon, dont les liaisons dangereuses avec un célèbre assureur résonnaient tant avec le projet de réforme de la sécurité sociale. Que le candidat de la sagesse contre toutes les aventures, c’était lui, et que dans une campagne plus incertaine que jamais, les 40% d’indécis pouvaient finalement faire la différence.

Alors certes, il n’avait peut-être pas les moyens financiers, il ne pouvait peut-être pas prendre le risque d’être ruiné et de terminer sa carrière en dessous du seuil fatidique et symbolique des 5%. Mais à choisir, finalement, entre Fillon et Macron, n’était-il pas plus proche, par bien des égards, du Sarthois ? N’avait-il pas porté en 2012 le même projet que le candidat LR d’aujourd’hui, obsédé par le poids de la dette et de la remise en ordre des finances publiques ? N’avait-il pas plaidé à l’époque pour le même projet – sang et larmes compris ?

Au bonheur de la dame

Ce ralliement à la caricature du marketing électoral est bien piteux, François Bayrou. Vous voilà désormais avec Jacques Attali, l’homme qui peste contre l’enracinement, Pierre Bergé, l’homme qui explique qu’on peut bien prêter son utérus puisque les ouvriers prêtent leurs bras, et Patrick Drahi qui symbolise aujourd’hui la mainmise du fric sur les médias. Vous voilà condamné à subir une recomposition low-cost, et prendre le risque d’offrir à Marine Le Pen l’adversaire dont elle rêve nuit et jour.

Cette recomposition dont nous avons rêvé chacun de notre côté autour des questions centrales de l’Europe et de la mondialisation, la recomposition autour de Bayrou et Chevènement ou entre Bayrou et Guaino, oui bien sûr, cela aurait eu de la gueule, de la culture de l’érudition. Cela sentait bon la France éternelle. Mais entre Le Pen et Macron ! Vous rendez-vous compte, François Bayrou, de la défaite que vous actez ? J’en suis certain, en fait. Charles Péguy, que vous vénérez, aurait vomi le progressisme d’En Marche : cette phrase, vous l’avez confiée très récemment à une de mes consoeurs. Il y a quelques semaines, nous étions ensemble au cimetière Montparnasse pour dire adieu à William Abitbol. Vous y étiez même la seule personnalité politique de notre pays et j’avais été touché que vous fassiez le déplacement depuis Pau entre Noël et Saint-Sylvestre pour les obsèques de cet homme aux idées aux antipodes des vôtres. C’est sans doute pour cette raison que je ne voulais pas croire à ce piteux ralliement d’hier, mes sentiments l’emportant sur ma froide observation de la vie politique. Finalement, l’observateur de la vie politique peut, lui aussi, avoir ses faiblesses.

 

Retrouvez tous les articles de David Desgouilles sur son blog Antidote

Bondy blog, territoire perdu du journalisme

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bondy blog devecchio antiracisme banlieues
Benoît Hamon reçu par la rédaction du Bondy Blog (2014). Sipa. Numéro de reportage : 00697162_000013.
bondy blog devecchio antiracisme banlieues
Benoît Hamon reçu par la rédaction du Bondy Blog (2014). Sipa. Numéro de reportage : 00697162_000013.

Daoud Boughezala. Vous avez côtoyé Mehdi Meklat au sein de la rédaction du Bondy blog. Quel bilan tirez-vous de cette entreprise lancée après les émeutes de 2005 ?

Alexandre Devecchio. J’ai intégré le Bondy Blog en 2008 en même temps que la « prépa égalité des chances ». Cette prépa, entièrement gratuite et réservée aux élèves boursiers, est née de la volonté du Bondy Blog et de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille (ESJ Lille) d’ « ouvrir » davantage les grandes écoles de journalisme.  Ces dernières sont extrêmement coûteuses et représentaient un rêve inaccessible pour le fils de camelot que je suis. Je garde un très bon souvenir de cette expérience, qui m’a permis d’entrer au Centre de formation des journalistes de Paris (CFJ), et reste infiniment reconnaissant au Bondy blog pour cela.  Contrairement aux conventions d’éducation prioritaire (CEP) de Sciences Po, il  ne s’agissait pas d’un dispositif de discrimination positive ou d’un système de quotas. Banlieusards ou provinciaux, nous avons bénéficié d’un accompagnement scolaire et d’aides financières puis passé les concours de manière anonyme. Dans l’ensemble, l’ambiance était bon enfant : le soir et le week-end nous sortions boire des verres dans le vieux Lille. Certains prenaient de la bière du Nord, d’autres du Coca. Bref, la France périphérique des « petit blancs » et la France des banlieues vivaient ensemble dans une vraie mixité.

N’idéalisez-vous pas quelque peu le passé ?

Pas du tout. Dans cette bonne ambiance générale, certaines fractures affleuraient déjà. Une minorité d’étudiantes, qui étaient à l’époque apprenties journalistes au Bondy blog et qui aujourd’hui sont proches ou membres de la direction du site, faisait bande à part. Elles revendiquaient sans cesse leur « identité arabe » et se montraient parfois verbalement agressives à l’égard des autres élèves qu’elles semblaient considérer au choix comme des racistes en puissance ou des « collabeurs ».

Cette sécession culturelle rampante fait-elle du Bondy blog un territoire perdu du journalisme ? Gilles Kepel le dit acquis à l’idéologie des Frères musulmans

Le Bondy blog a le mérite de donner la parole sans filtre aux habitants des banlieues. Le site reflète donc assez fidèlement l’état d’esprit qui règne dans ces quartiers dit sensibles. L’évolution de la ligne éditoriale du Bondy blog depuis les émeutes de 2005 traduit l’évolution des mentalités dans ces quartiers ces dix dernières années, notamment la montée en puissance des revendications identitaires qui ont désormais pris le pas sur les revendications sociales et politiques. Lorsque j’écrivais au Bondy blog, le discours victimaire et communautaire était déjà dominant.  La majorité des blogueurs en faisait des tonnes sur les « discriminations » dont seraient victimes « les musulmans » et  relativisaient, voire niaient, toute  les autres dérives pourtant  omniprésentes en banlieues : pratiques mafieuses, sexisme, communautarisme, antisémitisme, homophobie, racisme anti-blanc.  La défense de la laïcité et la critique des « accommodements raisonnables » étaient perçues comme « islamophobes » par une partie des blogueurs tandis que la question du halal pouvait revenir de manière obsessionnelle.

A l’époque, ces tabous ne vous ont pas empêché d’y écrire, sans que vos petits camarades ne vous bâillonnent ni ne vous condamnent au bûcher !

Il était encore  possible de faire entendre une autre voix. Ce ne serait sans doute plus le cas aujourd’hui. La vague d’attentats des années 2015-2016 est passée par là et le discours islamo-gauchiste est devenu quasi hégémonique en banlieue. En témoigne notamment le succès grandissant des meetings des Indigènes de la République.  Il faut aussi souligner le changement générationnel à la tête du site. Il y a d’abord eu le départ d’Antoine Menusier, rédacteur en chef du site de 2007 à 2011, qui défendait une ligne laïque et anti-communautariste. Puis en mai 2016, celui de Nordine Nabili, membre fondateur et président du Bondy blog depuis dix ans. En mai 2016, Nordine Nabili, qui dirigeait le Bondy blog depuis dix ans, a passé la main. Nordine, pour qui j’ai une vraie tendresse, est ce qu’on appelle un « beurgeois ». Il appartient à la génération morale des années 80. Cette génération a fait de l’antiracisme et de la défense du multiculturalisme son fonds de commerce, mais n’en est pas moins le produit d’une intégration sociale et culturelle parfaitement réussie. Pour cette génération, l’islam n’était pas une question. La génération de Mehdi Meklat, qui est désormais aux manettes du site, est plus identitaire. C’est la jeunesse des émeutes de 2005 : celle de la désintégration culturelle et de la réislamisation.

Mehdi Meklat s’abrite derrière une licence artistique pour justifier ses tweets homophobes et antisémites lancés sous le pseudo de Marcelin Deschamps pour, prétend-il, « questionner la notion d’excès » (sic).  Que pensez-vous du choix de ses cibles (Charlie Hebdo, Caroline Fourest, Alain Finkielkraut…) et de sa rhétorique « anti-islamophobe » ?

Ses propos révèlent la dérive communautariste et identitaire que je viens de décrire. Medhi Meklat, qui a lancé les «éditions du Grand remplacement » utilise d’ailleurs exactement le même vocabulaire que les mouvances identitaires classées à l’extrême droite. Cette dérive dépasse malheureusement le cas du Bondy Blog et de Mehdi Meklat et tend à se banaliser en banlieue. « Nous partagions peut-être parfois une certaine colère » explique Medhi Meklat à propos de son « double numérique », Marcelin Deschamps. Ses tweets expriment la frustration et le ressentiment d’une jeunesse nourrie au lait de la victimisation et de la repentance. Dans mon livre,  Les Nouveaux enfants du siècle (Le Cerf, 2016), je qualifie cette jeunesse des cités de « génération Dieudonné ».

Avant de tourner casaque, Dieudonné était un parangon d’antiracisme célébré par tout ce que l’intelligentsia des années 1990 comptait de grandes consciences. Son cas vous rappelle-t-il le phénomène Mehdi et Badrou, hier encore chouchous des Inrocks, du Monde et de Télérama ?

Dieudonné est en quelque sorte la créature des docteurs Frankenstein de la « gauche morale ». Avant d’expliquer que « les juifs sont des négriers reconvertis dans la banque et la haute finance » et de chanter Shoah nanas, il a d’abord été un « artiste citoyen » engagé dans l’antiracisme militant au point, lors des législatives de 1997, d’être candidat à Dreux contre le FN. Mais s’estimant instrumentalisé et lésé par ses anciens « potes » de SOS, il  va entamer une lente dérive, s’enfermer peu à peu dans un ressentiment qui s’exprime aujourd’hui par un antisémitisme délirant et une farouche haine de la France.

La « génération Dieudonné », tout comme l’ «humoriste» auquel elle doit son nom, est le produit de l’échec de l’antiracisme des années 1980. En troquant le modèle traditionnel d’assimilation contre le système multiculturaliste anglo-saxon, l’égalité contre la diversité et la laïcité contre l’identité, cette idéologie a fait le lit du communautarisme. Dès 1993, le regretté  Paul Yonnet, dans son Voyage au cœur du malaise français, souligne le paradoxe qu’il y a à vouloir éteindre le racisme en exacerbant les identités. Il y voit une forme de discrimination à fronts renversés qui servira à essentialiser les individus en fonction de leur couleur de peau ou de leur origine et à transformer la société française en nouvelle tour de Babel.

Une tour de Babel que célèbre aujourd’hui Emmanuel Macron selon lequel « il n’y a pas de culture française ». Dans ce sillage différentialiste, Claude Askolovitch et Pascale Clark ont volé au secours de Mehdi Meklat. Voyez-vous dans l’antiracisme sélectif de  la « gauche olfactive » (Elisabeth Lévy) un symptôme de désintégration nationale ?

Après trente ans d’antiracisme différentialiste, la France n’a en effet jamais été aussi divisée et fracturée. Déculturée, déracinée, désintégrée, une partie des jeunes de banlieue fait sécession. Cela peut passer par de simples tweets comme dans le cas de Mehdi Meklat. Mais d’autres brûlent des voitures, agressent des juifs ou s’envolent pour la Syrie.

Comme vous, je suis frappé par le deux poids deux mesure de cette gauche antiraciste qui traque inlassablement le moindre « dérapage », la moindre entorse à la novlangue officielle, qui va jusqu’à traîner devant les tribunaux un historien aussi respectable que Georges Bensoussan, n’a pas hésité à porter au pinacle Mehdi Meklat dont les tweets ferait passer Jean-Marie Le Pen pour un social-démocrate. 

Il faut voir dans cette attitude une forme de snobisme, voire de condescendance néo-coloniale. Pour une partie de l’intelligentsia de gauche, Mehdi Meklat est une sorte d’ « animal de foire » qu’il convient d’encenser  pour se donner bonne conscience, « avoir l’air cool et subversif ». Cette complaisance est peut-être aussi liée à l’évolution idéologique de la gauche ainsi qu’à sa nouvelle stratégie électorale.

La fameuse « préférence immigrée » que notre ami  Hervé Algarrondo dénonce depuis des années…

Après le tournant de la rigueur de 1983 et la conversion au néo-libéralisme de François Mitterrand, l’antiracisme institutionnel a bel et bien constitué une idéologie de substitution pour le PS. En 2012, la fameuse note de Terra Nova a théorisé l’abandon des classes populaire au profit des « minorités ». Peu à peu, l’affrontement des ethnies a remplacé la lutte des classes,  le musulman » le prolétaire, et le mâle blanc occidental le capitaliste. Cette dialectique manichéenne a contribué à accentuer fortement les fractures françaises et à fragiliser la cohésion nationale. Elle a notamment nourri la paranoïa des jeunes de banlieue en offrant une explication simpliste à leurs difficultés d’intégration et en  les enfermant dans leur identité particulière, voire dans une appartenance ethno-culturelle fantasmée. De ce point de vue, bien que je n’aie jamais été proche de lui, ni de ses idées,  j’éprouve une certaine tristesse pour Mehdi Meklat. Ses tweets expriment d’abord un profond malaise identitaire qui confine à la schizophrénie. Et s’il faut condamner quelqu’un dans cette affaire, ce sont ceux qui l’ont nourri, instrumentalisé, exacerbé.

Les nouveaux enfants du siècle

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Mehdi Meklat: reviens, Marcelin, reviens!

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mehdi meklat marcellin duchamp bondy

mehdi meklat marcellin duchamp bondy

Je ne veux pas hurler avec les loups. Ces derniers jours ta sépulture tweetienne est encerclée de mauvais esprits qui font ton procès par-delà ta mort, symbolique certes mais bien réelle puisque tu es réduit au silence, pauvre minable Marcelin Duchamp [Ndlr : pseudonyme sous lequel Mehdi Meklat publiait les tweets incriminés.]. Et on s’acharne sur ton cadavre. Tu nous as quittés si brutalement, d’un jour à l’autre, avalé par celui qui t’avait enfanté. Et tu es devenu Mehdi Meklat, ce père anthropophage.

Marcelin, sale franchouillard raciste

Mais toi pauvre Marcelin, te voilà aujourd’hui privé de parole, mort et enterré comme dit Mehdi (Télérama, 21/02/2017), dans l’impossibilité de nous expliquer le fond de ton abominable pensée, mêlant l’obscénité, la pornographie, la haine pure et brutale. Alors Mehdi fait tout ce qu’il peut pour t’enfoncer, te faire porter le chapeau, lui qui porte de belles casquettes US, fashion et colorées. Toi tu devais sans doute porter le béret du sale franchouillard raciste que tu étais, n’est-ce pas Marcelin ?

Moi j’aurais simplement voulu te poser quelques questions mais comme tu es mort… Depuis les cieux tweetiens d’où tu nous regardes, tu dois être outré d’entendre Mehdi expliquer que tu n’as pas existé, que tu étais un personnage de fiction excessif (sic). Tu dois te sentir trahi pauvre Marcelin car tu n’as pas ménagé ta peine, pendant des années de tweets, pour être l’incarnation de la « bête immonde ». Il faut le comprendre Mehdi, il a un job, et avec les taux de chômage en banlieue quand on a un job lucratif, faut s’accrocher, tu ne connais pas ça toi, l’adversité du jeune de banlieue, Marcelin Deschamps le sale gaulois. Il a un train de vie à assurer maintenant qu’il fréquente le beau monde, il a sa réputation de « talent des cités » à conserver.

Mehdi, victime du racisme?!

Ton père spirituel souffre. A cause de toi, on veut le catégoriser comme raciste, antisémite, homophobe parce que c’est facile : qu’il est jeune, qu’il a grandi en banlieue et qu’il est arabe (Télérama, 21/02/2017). Tiens… Mehdi avoue qu’il est facile, presque logique, d’attribuer ces affreuses caractéristiques (dont l’expression relève du pénal) à un jeune ‘arabe’ de banlieue (c’est lui qui se désigne ainsi, pas moi car je n’ai pas l’habitude d’appeler Arabe un Français dont les parents sont d’origine maghrébine). Étrange de la part de Mehdi cette équation car il nous explique souvent via le Bondy Blog ou Téléramadan, ses deux supports de communication, que les braves gars de banlieue dont il est le représentant, sont incapables d’être elles-mêmes racistes, sexistes et homophobes puisque les principales victimes du racisme.

Marcelin, aurais-tu volontairement martyrisé le corps et l’âme de ce pauvre Mehdi ? Il dit que l’horreur que tu représentais n’était que le reflet de ce que lui vivait, que c’était de l’ordre de l’autodestruction. Soit Mehdi a besoin d’un bon psychiatre, soit il nous prend pour des andouilles. En tous cas, selon lui, tu n’étais qu’un prétexte pour tester la limite et finalement tu auras été au bout de ton expérience. Et puis Mehdi est modeste, c’est ce qui est admirable chez lui. Des tweets obscènes et racistes, Mehdi nous explique finalement que c’était un travail littéraire, artistique.

Et c’est là que ta voix nous manque Marcelin, quand Mehdi nous dit que tes cibles étaient les plus faciles : les femmes, les minorités, les gens qui croient. Il faut que Mehdi – Aladin te fasse ressortir de la lampe, toi son si mauvais génie qui l’a conduit au bord de l’abime, il doit te ressusciter pour te laisser le droit de te défendre. A le lire dans Télérama, on aurait presque les larmes aux yeux de tant de souffrances. Ah les affres de la création ! Flaubert, Hugo, Balzac ont connu ça eux aussi, comme Meklat… à cause de ses tweets. Il ne faut cesser de le dire : le niveau monte.

Marcelin, reviens ! Toi pauvre créature littéraire aspirée il y a des mois par le compte Twitter officiel de Mehdi Meklat. Tu étais un mort-vivant jusqu’à samedi dernier où Mehdi t’a complètement fait disparaître des écrans sous la pression de la fachosphère qui ne comprend rien à l’art. Ce sont tes clones du Parti de la haine, Marcelin, qui ont obligé Mehdi à te tuer définitivement. Chienne de vie ! Reviens, car nous sommes nombreux à nous poser quelques questions, précisément sur une chose : le choix de tes cibles.

Des cibles choisies

Une chose m’échappe dans cette affaire de travail littéraire post-moderne relativiste, si tes cibles étaient les plus faciles pour le raciste blanc immonde que tu étais, pourquoi ne nous abreuvais-tu pas de ta haine anti-arabe ou anti-noire ? Mehdi et ses amis du Bondy Blog et leurs amis du CCIF et leurs amis du PIR (oui, c’est toute une chaîne de bons amis qui ne te veulent pas du bien à toi le « sou-chien ») nous expliquent à longueur de journées que les opprimés, les exclus, les déclassés, les bannis, ce sont les ‘Noirs’ et les ‘Arabes’ reclus dans les ‘quartiers’ où la ‘République raciste et coloniale’ a parqué leurs ascendants, les privant d’avenir.

Point de tweets obscènes sur les ‘Noirs’ (tu aurais dit nègre ou bamboula, j’imagine), pourtant les préjugés sont nombreux, tu avais l’embarras du choix, cible facile comme dit Mehdi : leur agilité simiesque, leur sexualité primitive, leur sens inné de la danse, leur bonhommie infantile. On n’a pas lu de tweet monstrueux de ce genre.

Point de tweets obscènes sur les ‘Arabes’ (tu aurais dit bougnoule ou melon, j’imagine), pourtant il y a de quoi faire : tous voleurs, des violents qui battent leurs femmes, des terroristes en puissance dès le berceau, des fainéants incultes, un tweet « qu’est-ce que c’est que ce travail d’arabe » en passant devant une œuvre à la Fiac, ça nous aurait bien fait rire ! On n’a pas lu de tweet monstrueux de ce genre.

Point de tweets obscènes sur les femmes en hijab ou en jilbab (tu aurais dit les Belphégor d’Allah, j’imagine). Pourtant il paraît que « la femme musulmane » (comprendre la femme voilée dans le vocabulaire des potes du CCIF) est l’objet de toutes les violences, institutionnelles et quotidiennes. Aucune insanité sur ces femmes-là, tandis que tu rêvais de sodomiser Brigitte Bardot ou Anne Gravoin. Bizarre. D’ailleurs si tu étais un gros facho Marcelin, pourquoi en voulais-tu à BB, puisqu’il paraît, selon les amis de Mehdi, que c’est une facho elle aussi ? Pour Anne Gravoin on avait compris, c’était ton obsession antisémite, on y viendra.

Point de tweets obscènes sur tant d’autres objets de la haine des fachos islamophobes. Marcelin, tu dormais ou quoi ? Pas de tweet contre Houria Bouteldja qui aime tellement les Blancs et les Juifs qu’elle leur consacre un  livre et les interdit d’entrée à ses réunions décoloniales, pas de tweet contre Marwan Muhammad qui fustige la République raciste et bavait de haine contre l’époux d’Anne Gravoin , pas de tweet contre Tariq Ramadan, contre al-Baghdadi…. Et j’en passe. Cibles faciles pour un facho pourtant. Dommage, on aurait bien ri… puisque tes tweet, c’était drôle selon Pascale Clark, et si elle le dit sur France Inter, c’est que c’est vrai.

Juifs et homos, une obsession…

Tu as en revanche beaucoup, mais alors beaucoup tweetté contre les juifs et les homosexuels. Et contre Charlie hebdo aussi, mais ça devait être à cause de leurs caricatures du pape Benoit XVI n’est-ce pas, Marcelin ? Beaucoup de tweet, ta constance t’honore, mais elle en dit long sur les tourments de Mehdi qui t’hébergeais à l’époque. Je dois dire que c’est cela qui m’a immédiatement étonnée : pourquoi les juifs et les homosexuels ? Pourquoi de plus en plus de rage et d’inventivité dans l’immonde et rien sur les Arabes, les Noirs, les islamistes, les « vrais » discriminés du camp du Bien, celui de Mehdi?

Je n’ai pas la réponse. C’est toi qui l’as et c’est Mehdi qui la recouvre aujourd’hui de son verbiage pseudo-littéraire qui ne trompe personne, et surtout pas les vrais amoureux de la littérature.

« Au revoir et merci, je me suis bien amusé »  a dit Roman Kacew avant de se suicider. Mais Mehdi Meklat / Marcelin Deschamps n’est ni Romain Gary, ni Emile Ajar. Et pour le Goncourt, ce n’est pas pour demain, quoique, au rythme où vont les choses… Marcelin auras-tu été une personnage de fiction sur Tweeter – qui est à la littérature et à l’art en général, ce que Black M est à la grande musique – ou un Marcelin-Hyde double assumé permettant à Docteur Jekyll-Meklat de dire sinon le fond de sa pensée, du moins de se faire le porte-voix des exclus des banlieues, de tous ces « indigènes » habités par la violence contre les Juifs et les homosexuels. C’est Mehdi qui nous explique aujourd’hui qu’il partageait avec Marcelin cette violence

Nous n’avons plus qu’à demander à Mehdi de te faire revivre pour nous éclairer. Tiens, une idée me vient : et si Mehdi, le futur grand écrivain, nous faisait le coup du buzz-happening littéraire en prenant Marcelin pour sujet de son prochain livre. Mieux : écrit par Marcelin lui-même ! Le Seuil trouvera ça tellement chic et transgressif, Pascale Clark et Claude Askolovitch si brillant et jouissif, Edwy Plenel y verra un pied de nez magistral au parti de la Haine. Comptons sur l’inventivité de Mehdi et le soutien de ceux qui lui veulent du bien. On va enfin rire !

Du (bon) français pour les migrants

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Un migrant étudie dans une école montée par des volontaires à Calais, septembre 2016. SIPA. 00773938_000055
Un migrant étudie dans une école montée par des volontaires à Calais, septembre 2016. SIPA. 00773938_000055

Depuis le « contrat d’intégration républicaine » décrété en 2016 par le gouvernement Hollande, le renouvellement des cartes de séjours ne se fait plus seulement pour des durées de quelques mois ou d’un an, mais pour des périodes de quatre ans. Les étrangers concernés n’ont plus à faire plusieurs heures de queue dans le froid devant les préfectures mais sont reçus sur rendez-vous. En contrepartie, le niveau de français minimal requis pour renouveler sa carte de séjour n’est plus de A1.1 comme auparavant, mais de A1 sur l’échelle de CECR, ces niveaux de maîtrise du français s’échelonnant progressivement sur A1, A2, B1, B2, C1 et C2. Mais que signifie tout ce charabia ? Vous avez raison de vous le demander.

Le niveau de français exigé est trop léger

Petite virée dans le monde du FLE (français langue étrangère). Dans la noble aventure de l’enseignement du français aux non francophones, on raffole de sigles et acronymes en tout genre. Le FLE bien sûr, mais aussi le FOS (français sur objectifs spécifiques), le FLI (français langue d’intégration), ou encore le FOU (français sur objectif universitaire). Et le CECR, donc ? C’est le Cadre européen commun de référence pour les langues. Sorte de Nouveau Testament des pédagogues « interactionnistes » des langues étrangères, ce gros document fut conçu par le Conseil de l’Europe (ou CE) pour « harmoniser l’enseignement des langues étrangères » dans l’Union européenne. Ainsi, au niveau A1, l’« apprenant » est capable de dire s’il est sensible à la poésie des films de Jean-Luc Godard par exemple, ou s’il préfère les coups de savate de Jean-Claude Van Damme, et peut aussi parler de la pluie et du beau temps. On doit au gouvernement Hollande d’avoir commencé à prendre l’intégration des nouveaux venus en main en estimant qu’une meilleure maîtrise du français était plus efficace que ce qui était requis auparavant  – le niveau A1.1, où il fallait essentiellement être capable de réciter son état civil et écrire correctement ses noms et prénoms pour faire renouveler sa carte de séjour. Mais est-ce bien suffisant ?

Un coup d’œil chez nos voisins permet une rapide comparaison. En Belgique, pays plus réputé pour ses bières que pour ses exigences d’intégration envers ses étrangers, aucun niveau de langue n’est exigé, et les cours d’éducation civique pour migrants sont assurés dans leurs langues maternelles. En Allemagne en revanche, où comme chacun sait, on a décidé d’accueillir de nombreux migrants l’année dernière, le niveau d’allemand requis pour une carte de séjour de six mois oscille entre A2 et B1. En Finlande, il est quasiment impossible de décrocher un emploi sans parler un minimum finnois. Et puisqu’on parle de français, allons voir chez nos compères francophones d’Outre-Atlantique dont le modèle multiculturel est parfois critiqué par certains dans ces colonnes et célébré par d’autres ailleurs. Figurez-vous que pour travailler au Québec, le niveau de français requis est fixé à B2, un niveau de français fort correct, qui permet de converser politique et de comprendre l’essentiel des articles de Causeur par exemple. Là-bas on ne plaisante pas.

Pas d’intégration réussie sans une bonne maîtrise de notre langue

Revenons chez nous. Dans le cadre du changement du niveau de français nécessaire au renouvellement des cartes de séjour, le gouvernement a eu la chouette idée, avec l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration), de fixer au sein même de la formation de français un programme de connaissances de la vie civique et républicaine. Ainsi, le nouveau venu devra savoir qu’ici, il est souhaitable qu’une femme travaille, que les parents doivent nourrir et habiller leurs bambins tout le temps de leur scolarité, que l’on a le droit de caricaturer le prophète sans se faire zigouiller, etc. Mais peut-on vraiment saisir les paroles de La Marseillaise, la notion de laïcité, ou l’histoire de la séparation des Eglises et de l’Etat avec un niveau de français grâce auquel l’utilisateur ne peut comprendre, selon le CECR, que « des noms familiers, des mots ainsi que des phrases très simples, par exemple dans des annonces, des affiches ou des catalogues » ? J’en doute. Et plus encore pour décrocher un emploi.

Je ne souhaite pas que les migrants retournent d’où ils sont venus, surtout s’ils arrivent d’Erythrée, mais puisqu’on a choisi de les accueillir, on doit œuvrer à les intégrer sans faire les choses à moitié. Avec le niveau de français actuellement exigé, beaucoup obtiendront leur attestation de bonne conduite (l’OFII stipule que le seul fait d’avoir été à tous les cours permet d’avoir l’attestation même sans avoir vraiment réussi les examens…) puis retourneront travailler sur leurs chantiers communautarisés entre Serbes, entre Turcs, entre Maghrébins, etc. Où ils n’auront guère l’occasion de papoter en français. Des situations qui ne sont pas tenables tant pour eux que pour le bien du pays. Quatre ans c’est long. On vise l’intégration des nouveaux-venus n’est-ce pas ? Pour que cela marche, ces derniers doivent s’approprier nos valeurs, notre héritage culturel, se sentir chez eux et vivre tous comme nous. Ils doivent donc vraiment maîtriser notre langue, comprendre les péripéties d’Astérix d’abord, puis la presse et les savoureux épisodes du feuilleton Fillon par exemple. Et qui sait plus tard, pourquoi pas comprendre un épais roman d’Emile Zola ?  Dans le jargon du FLE, on considère le niveau A2 comme le niveau « survie ». Le niveau requis actuellement en est encore loin. Mais qui payera les cours ?, me direz vous. L’Etat, bien parti, pourrait s’en charger. Reste à voir si le contribuable – que je suis – serait prêt ou non à partager l’addition.

Mehdi Meklat: des infractions malheureusement prescrites

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mehdi meklat bondy justice

mehdi meklat bondy justice

S’il est une chose que l’on peut regretter au sujet de l’antipathique Mehdi Meklat c’est que l’on ne soit pas aperçu plus tôt, au milieu de cette fange que représentent parfois les réseaux sociaux, non seulement de l’existence de ces tweets mais également de l’identité de leur véritable auteur.

Le dernier tweet recensé et porté à la connaissance des heureux « non-followers » – un « délice » homophobe ciblant Caroline Fourest – datant de juillet 2015, la prescription est désormais acquise.

Les autres messages abjects qui ont pu être exhumés de son compte twitter (« Faites entrer Hitler pour tuer les juifs », « je ne sais pas pour vous mais je trouve la phrase « Moi la mort, je l’aime comme vous vous aimez la vie » de Mohammed Merah, troublante de beauté » ou « J’ai envie de commettre un acte homophobe pour qu’on parle de moi ») sont plus anciens encore s’échelonnant de 2011 à 2014.

Pourquoi il s’en tire à bon compte

Leur auteur s’en tire judiciairement à bon compte. En effet, M. Meklat a su faire preuve de suffisamment d’originalité pour que ses « saillies drolatiques » soient constitutives, au choix, d’injures, diffamation ou de provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de de leur appartenance à une religion déterminée ou à raison de leur orientation sexuelle, délits passibles d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende  conformément aux articles 24 alinéa 7 et 8, 32 et 33 de la loi du 29 juillet 1881.

Or, en matière de presse, la prescription est courte. Prescription originellement trimestrielle (à compter de sa publication), elle est portée à 1 an pour les délits susvisés. Saisis par une question prioritaire de constitutionnalité, les Sages de la rue Montpensier ont jugé en 2013 que cette prescription rallongée et dérogatoire à la règle d’ordre public de la prescription trimestrielle était conforme à la constitution.

Quant à une éventuelle apologie du terrorisme prescrite, elle, sous 3 ans, relative au tweet relatif à Merah datant de 2012, il est également trop tard pour s’en saisir.

M. Meklat peut bien faire valoir aujourd’hui une défense minable en prétendant que ces tweets publiés de façon compulsive par un double diabolique ne visaient qu’à provoquer et « perturber un monde trop lisse », il n’aura pas à s’en expliquer devant un tribunal.

Et c’est probablement tant mieux pour lui, parce qu’on a beau être ouvert d’esprit, vouloir comprendre, se forcer même à accepter une sorte d’humour qui ne fait rire que les antisémites, les homophobes et les sexistes, on aura du mal à se convaincre que celui qui se livre plusieurs années durant à ces propos abjects n’en pense, au fond de lui, pas un mot. Le tribunal l’aurait, on l’espère, sévèrement sanctionné.

De ce lamentable « buzz » involontaire, on retiendra une fois de plus que l’antisémitisme, l’homophobie et le sexisme se trouvent bien déposés sur les claviers de certains, à défaut de l’être sur leur langue. Quant à M. Meklat, il sera désormais sous la loupe et n’aura sans doute pas deux fois la même chance.

«Quand on se dit frères, c’est pour s’en prendre à quelqu’un d’autre»

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Gérard Haddad radicalisation psychanalyse
Gérard Haddad
Gérard Haddad radicalisation psychanalyse "Le Complexe de Caïn"
Gérard Haddad

Propos recueillis par Olivier Prévôt

Causeur. Vous êtes psychanalyste et l’on vous doit déjà de nombreux ouvrages. Le livre que vous publiez ces jours-ci, Le Complexe de Caïn, qui explore la question de la fraternité, apparaît comme un travail théorique directement en lien avec l’actualité, c’est-à-dire le terrorisme.

Gérard Haddad. Les attentats ont effectivement capté mon attention, ma réflexion. Je suis fidèle en cela au commandement lacanien : « Sur le réel de notre temps, il faudrait quand même que les analystes se concentrent. » Et ce livre s’inscrit dans le prolongement du précédent, Dans la main droite de Dieu, où je posais les premiers jalons d’une psychanalyse du fanatisme, en particulier religieux. L’écho qu’a rencontré cet ouvrage, les questions, les débats qu’il a suscités ont ouvert de nouvelles voies. J’avais consacré un chapitre à la fraternité et j’ai senti la nécessité d’approfondir cette question.

Et quel fut l’élément déclencheur ? Le point de départ ?

Quelque chose a commencé à prendre forme il y a quelques années, je crois. J’avais été invité au congrès d’unification des psychiatres tunisiens. C’était inouï pour moi : j’ai perdu la nationalité tunisienne il y a des années, je ne suis pas musulman, je vis à Paris… et on me demandait de prononcer l’intervention de clôture de cette réunion ! Il fallait être à la hauteur de ce geste. Je demeure très attaché à la Tunisie et au monde musulman. C’est là que j’ai grandi, tout de même. Quelque chose a donc surgi en moi. Je l’ai accueilli d’abord, organisé, travaillé ensuite. Et j’ai proposé à mes hôtes une réflexion autour du mythe biblique de Joseph, c’est-à-dire autour de la question de la fraternité, entre conflit et réconciliation.

Au début de votre livre, vous relevez une chose singulière : on a multiplié les appels à la fraternité après les attentats, sans beaucoup s’intéresser au fait que les Kouachi comme les Abdeslam… sont précisément deux couples de frères…

Oui. On présente la fraternité comme la solution. Je prétends qu’elle est le problème. On appréhende spontanément la fraternité comme[access capability= »lire_inedits »] une chose ayant à voir avec la tendresse, la solidarité. Chacun sait d’expérience – il suffit d’avoir un frère ou une sœur – que c’est au minimum plus compliqué. Freud, même s’il a peu développé cette question, a mis en évidence que l’irruption de la fratrie suscite un désir de fratricide. La fraternité ne va pas de soi. Elle se conquiert. Elle s’élabore dans une approche, dans un travail de reconnaissance mutuelle. La présence du frère pose un problème. Et pour le résoudre, il faut commencer par le mettre à plat. La fraternité repose sur le refoulement d’un désir de mort du frère. Si on pose le sentiment de fraternité comme une évidence obligatoire, immédiate, non problématique, on ne fait que mettre de l’huile sur le feu. Et l’agressivité refoulée se déplace, décuplée, vers un autre objet.

On est face à un étrange paradoxe. Les islamistes ne cessent de proclamer l’urgence et la valeur de la fraternité, et infligent au reste du monde ce que l’on sait…

Quand on se dit frères, quand on le proclame avec une certaine énergie, voire de la véhémence, c’est en général pour s’en prendre à quelqu’un d’autre. Mahomet déclare ainsi aux gens de Médine « Nous sommes des frères ! »… Dans la foulée, on fait assassiner 800 juifs de l’oasis. L’affirmation très appuyée de la fraternité intracommunautaire s’accompagne souvent d’un accès d’agressivité contre ceux qui ne font pas partie de cette communauté. Encore une fois, il s’agit du processus de déplacement mis en lumière par Freud.

Les frères Kouachi, c’était un peu « toi et moi contre le monde entier ».

On peut dire les choses comme cela, si vous voulez. Il s’agit d’un cas typique de refoulement de la pulsion fratricide… qui resurgit ailleurs. Mais les frères Kouachi ou les frères Abdeslam font partie d’une montée générale de la violence. Tout le monde sait que le lien social est affaibli. Et le lien social, c’est le lien fraternel.

Et selon vous, en tant que psychanalyste, d’où vient cet affaiblissement ?

Du déclin de la parole du père.

Comment ça ?

Dans ce livre, j’ai dessiné les bases d’une nouvelle topique freudienne où il y aurait, en équilibre et en interaction, deux conflits fondateurs. Le conflit œdipien et le conflit « caïnique ». Du conflit œdipien émerge la loi – la castration symbolique. C’est cette loi qui tempère et tient en bride l’agressivité caïnique ou fraternelle. La fraternité originaire, c’est le fratricide ! Ce qui émerge de l’œdipe, c’est la loi protectrice du père. Quand la loi paternelle décline, Caïn prend le dessus. D’où l’explosion de violence à laquelle nous assistons.

Vous évoquez le « complexe caïnique ». Pourriez-vous le définir précisément ?

Il y a un objet que l’enfant désire. La mère, son attention exclusive. Cet objet, qu’il a perdu, qu’il désire, il s’aperçoit que le frère, lui, le possède. Et donc, pour le récupérer, il faut tuer le frère.

Vous dites aussi « J’ai dessiné… »

Oui, j’ai élaboré quelque chose. Mais Lacan n’était pas loin de cela. Prenez le séminaire sur l’éthique de la psychanalyse. Lacan commente : « Ce qui se rapproche le plus de ce que j’appelle la Loi, ce sont les dix commandements. » Or les dix commandements sont hantés par la question de la rivalité fraternelle. Et quand la Bible prend la peine de dire « Et ton frère vivra avec toi », c’est parce que, justement, cela ne va pas de soi. Ce n’est pas spontanément, ce n’est pas par amour que le frère a le droit de cohabiter. Mais parce que l’Éternel l’ordonne.

Avec ce livre, vous nous proposez une intelligence du phénomène terroriste en rupture avec le discours selon lequel expliquer serait déjà excuser

Je ne veux, bien. évidemment, rien excuser. Mais les échos qui me parviennent des centres de déradicalisation sont effarants. En fait, des milliers de jeunes sont concernés. C’est une terrible maladie. Et nous sommes interpellés en tant que psychanalystes. Pour combattre une maladie, vous devez la connaître. Vous n’imaginez pas un oncologue qui se contenterait de déclarer qu’il est « opposé au cancer ». Il lui faut comprendre le processus. C’est ce que j’essaie de faire.

Finalement, la fraternité, c’est vraiment le problème ?

Non, bien sûr. C’est la solution. Mais à une condition : ne pas oublier qu’à l’origine, la fraternité, c’est le meurtre. Il nous faut construire à partir de là, à partir de cette vérité, et surmonter la pulsion originelle. Mais c’est difficile, et ça prend du temps.

Le Complexe de Caïn, terrorisme, haine de l’autre et rivalité fraternelle, de Gérard Haddad, éditions Premier parallèle, 116 p., 12 €.

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Le complexe de Caïn

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Mehdi Meklat, la haine qui cache la forêt

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mehdi meklat banlieues antisemitisme homophobie
La Haine.
mehdi meklat banlieues antisemitisme homophobie
La Haine.

Il n’y a pas d’humour sur Twitter, il n’y a que de la haine. Mehdi Meklat a twitté des milliers de messages haineux qui ont probablement tous simplement alimenté la haine antisémite, homophobe, misogyne. Dénoncer sur Twitter en se faisant passer pour un haineux, c’est tellement con comme idée, et comme défense, enfin Twitter est rempli de tweets haineux, comment ceux-là auraient pu être distingués des autres, et par qui ?
J’en ai lu beaucoup et en regardant les dates on s’aperçoit que l’humour est parfois là en réalité, je ne peux pas être de mauvaise foi, mais la plupart du temps c’est juste de la haine au premier degré, sans aucun indice ni aucune finesse ni aucune technique comique pour permettre de comprendre que c’est du deuxième degré. Je ne sais pas comment Pascale Clark peut soutenir une ordure pareille.

Wesh-wesh antisémites

Je commence à en avoir ma claque de cette France qui n’aime qu’une figure, celle du jeune à casquette antisémite et homophobe et pour laquelle si on n’est pas ça on est ringard.

Je commence à en avoir ma claque des bourgeois qui veulent s’encanailler avec des jeunes de banlieue, qui du fond de leur hôtel particulier à Neuilly ou de leur appart’ bobo du 19e pensent que c’est super le rap et le graff’ et la téci, etc.
Ah oui c’est super quand c’est de l’expression artistique, oui, sans doute. Mais nous les racailles qui font wesh-wesh on se les coltine tous les jours, les agressions homophobes, antisémites, les femmes agressées par des wesh-wesh à casquette c’est pas une blague pour nous c’est pas une caricature. Les jeunes racisés qui ont grandi dans une cité qui deviennent médecin ou avocat, ou même coiffeuse ou livreur, et qui quand ils allument la télé se voient représentés en wesh-wesh dealers en baskets, ça ne les fait pas beaucoup rire non plus.

Les familles d’Ilan Halimi, des enfants assassinés à Toulouse, ça les fait pas beaucoup rire les antisémites à casquettes wesh-wesh viens mon frère viens on va tuer des juifs parce que j’ai le seum ouais gros viens on y va.

Rêveuse bourgeoisie

Vous les bourgeois, c’est sans doute un univers qui vous fascine et vous imaginez sans doute des banlieues comme des endroits où les méchants policiers traquent les gentils jeunes en fonction de leur couleur de peau, en réalité c’est pas ça. Les violences dans ces endroits ne sont pas commises par les policiers et tout le monde le sait, sauf les bourgeois. C’est pas les policiers qui pissent dans l’ascenseur, qui dealent du shit dans le hall, qui fouillent les gens pour voir si c’est pas des flics avant de rentrer dans la cité, qui balancent de l’électro-ménager sur les voitures de l’Etat, qui font des tournantes, des braquages, qui brûlent des bagnoles, c’est pas les policiers qui font ça et tout le monde le sait.

A force de vivre entre bourgeois, vous avez laissé tomber les pauvres gens qui se font extorquer, agresser, humilier, harceler par des groupes de jeunes aveuglés par une sous-culture ultra-violente, livrés à eux-mêmes, rendus psychopathes par la loi de la cité. Vous n’avez aucune conscience de ce que la plupart des français vivent. Vous vous en foutez, vos enfants vont à l’école privée catho, vous habitez des quartiers chic où il n’y a pas de cité parce qu’il n’y a même pas de logement social, vous n’en avez rien à foutre. Quand on habite dans le Marais ou à Neuilly, c’est dur de se représenter comment on vivrait à Grigny. Vous avez décidé de prendre parti pour les voyous contre les policiers.

Plus cool que la racaille? La police!

De dire que tout était de la faute du racisme et donc de ne pas voir que le policiers eux-mêmes étaient issus de milieux populaires, dans le corps des Gardiens de la Paix, et donc de toutes origines. Vous faites semblant de ne pas voir que la Police en tant que groupe de personnes est bien plus ouverte et tolérante que la sous-culture des cités, toutes les religions, les orientations et les identités sexuelles, les opinions politiques (excepté l’anarchisme) y sont représentées, la police est bien plus « cool » que les jeunes voyous psychopathes (minoritaires dans leurs propres quartiers) qui terrorisent tout le monde en hurlant à mort « Charlie , vive Kouachi et Coulibaly », nique la France, la France c’est une salope et je la baise, etc etc etc, enfin ce que vous entendez tous les jours si vous ne vivez ni chez les bourgeois ni dans le trou du cul de la France parmi les vaches et les pesticides.

Vous avez décidé de mettre des œillères pour ne pas voir les problèmes qui pourraient venir de potentielles victimes du racisme – comme si le fait d’être victime de quelque chose empêchait d’être auteur de la même chose ou d’autre chose.

Ainsi faisant, vous avez propulsé Le Pen en première place des intentions de vote au premier tour. Ça a pris des années, mais vous avez réussi.

Fillon, Macron: un traitement médiatique en questions

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Emmanuel Macron au Salon des Entrepreneurs à Paris, février 2017. SIPA. AP22008715_000024
Emmanuel Macron au Salon des Entrepreneurs à Paris, février 2017. SIPA. AP22008715_000024

La question « Cui bono ? » (tournure en double datif que le concept de prédicat ne permet pas de comprendre, note au CSP) est traditionnellement attribuée à Cicéron, qui la prononça jadis dans sa plaidoirie en faveur de Roscius d’Améria, un pauvre bougre accusé à tort de parricide et risquant par conséquent un châtiment immonde (on enfermait le coupable dans un sac avec divers animaux, dont un serpent, et on jetait ce sac dans le Tibre).

« A qui profite le crime ? »

La victoire de Cicéron, totalement inespérée étant donné que les accusateurs étaient soutenus par un proche du dictateur Sylla, consacra la renommée de celui qui n’était encore qu’un jeune avocat. Mais si ce bon Cicéron lui-même attribue la paternité de cette interrogation à un autre que lui (« Lucius Cassius avait l’habitude de demander : à qui profite le crime ? »), du moins sait-il l’employer à bon escient.

On demande « à qui profite le crime ? » quand on entend démontrer que le coupable ne peut être que celui qui a tiré avantage du forfait. Dans le cas de Roscius, le malheureux avait été exproprié de tous ses biens à la suite d’une machination ourdie par les accusateurs, lesquels espéraient, s’ils gagnaient leur procès, empêcher que le fils pût jamais réclamer les terres immenses de son père.

On a vu ressurgir sur toutes les lèvres et dans maints gros titres la question cicéronienne.

Mais le crime ainsi désigné, quel est-il, en l’occurrence ? Ce n’est pas le véritable délit, dont la responsabilité n’est pas mise en doute : si détournement de fonds publics il y a, à qui a-t-il profité ? A la…

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux.

Le Conseil constitutionnel à la rescousse de la fessée

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fessee conseil constitutionnel parents
Image: Flickr.
fessee conseil constitutionnel parents
Image: Flickr.

Le Conseil constitutionnel a invalidé plusieurs articles de la loi Egalité et citoyenneté, dont celui, très polémique, visant l’interdiction de la fessée parentale. Grand bien lui en a pris. On peut certes regretter que l’anticonstitutionnalité ait été fondée non sur le fond mais sur la forme du texte, celui-ci ayant été jugé sans rapport avec la loi. Mais ne boudons pas notre plaisir : les raisons de se réjouir ne sont pas minces.

Minorité agissante

Inutile d’insister sur la monstruosité de la maltraitance enfantine, qui relève fort heureusement du pénal. En revanche, que le drame des enfants battus devienne le motif d’une condamnation uniforme de tous les parents, qui dans leur tâche éducative peuvent être amenés à recourir à la correction physique légère, est une ineptie.

D’une part, c’est une immixtion indue dans la vie privée des familles, faite comme toujours dans ce cas au nom du bien commun. L’Etat décrète la façon unique et convenable d’élever les enfants et entend bien l’imposer aux parents, qui sont tous comme on le sait, des bêtes ignares et brutales à la main leste. Cette intrusion dans ce qui relève de la sphère privée s’apparente à du totalitarisme. Le dispositif ne prévoyait pas de sanction pénale, pour l’instant. Si cela était advenu, cette mesure aurait en outre représenté un détournement du rôle de la loi, destinée à punir la seule marge déviante et non à intervenir dans la vie des gens ordinaires (85% des parents auraient recours à la fessée). Notons au passage que nos politiques n’ont aucun scrupule à légiférer sur les mœurs de leurs concitoyens dès lors qu’il s’agit à leurs yeux d’un enjeu primordial, le port du burkini ne l’étant manifestement pas.

D’autre part, c’est une façon insidieuse de faire avaler plus facilement la pilule du progressisme sociétal, et de permettre l’avènement en douceur de l’Homme nouveau, grâce à une ficelle déjà connue : l’incrimination abusive de la majorité innocente au nom d’une minorité agissante.

Campagnes d’intimidation

Ce n’est pas la première fois que nos gouvernants usent de ce stratagème. On se souvient ainsi de la campagne de lutte contre le « harcèlement sexiste » dans les transports. Il serait souhaitable que les véritables auteurs de ces agressions, essentiellement des bandes de jeunes, qui se livrent à des insultes honteuses pouvant dégénérer en violences physiques, soient désignés et punis comme ils le méritent. A défaut mais à dessein, le ministère a échafaudé une véritable campagne d’intimidation à l’encontre de toutes les personnes de sexe masculin, qui auraient l’indélicatesse de manifester plus ou moins finement leur intérêt pour le beau sexe à leurs représentantes. Double bénéfice de cette criminalisation indifférenciée du mâle : éviter de stigmatiser la jeunesse des banlieues, et soutenir le progrès social permis par la castration psychologique des hommes, étape indispensable avant d’atteindre l’objectif tant espéré d’une société sans différenciation sexuelle. Dans le cas de la fessée, le progrès sociétal escompté est l’abolition de tout rapport hiérarchique entre parents et enfants, dans une logique égalitariste poussée jusqu’à l’absurde, et ardemment voulue par les instances supranationales (Convention internationale des Droits de l’Enfant. Convention des Nations-Unies).

L’interdiction de la fessée est donc une ineptie, mais pas seulement. Last but not least, elle participe à sa manière à notre fragilisation face à la progression de l’islam. C’est un coup de canif porté au dernier bastion de l’autorité dans notre société, l’autorité parentale, bastion déjà très ébranlé par les théories permissives de mai 1968. Or comment ne pas mettre en parallèle notre déconstruction progressive de toute forme d’autorité, et l’avancée rampante de l’islam, incarnation de l’obéissance s’il en est, dans nos sociétés ?

Quel peut bien être le degré de notre aveuglement, qui nous empêche de voir que plus nous nous dépouillons de tout corset de contrainte, plus un autre dispositif, autrement plus autoritaire et totalitaire, viendra à coup sûr occuper l’espace que nous aurons volontairement vidé ? Notre nature humaine est ainsi faite que, constamment tiraillée entre sa part de lumière et sa part d’ombre, ou dans des termes plus profanes, entre son côté clair et son côté obscur, elle éprouve un impérieux besoin de limites, de bornes, de normes.

Est-il interdit d’interdire?

Avec l’article initial, nous œuvrions certes à enrichir notre arsenal répressif. Mais ce sont des lois qui viennent précisément à l’encontre de toute forme de coercition. En somme, une nouvelle loi contre la loi naturelle, celle qui veut que les parents détiennent une autorité sur leurs enfants. « Il est interdit d’interdire » est plus que jamais d’actualité. Si l’effacement de toute trace d’autorité au nom de la liberté de chacun semble une idée séduisante, il est à terme incompatible avec notre essence humaine.

L’interdiction de la correction physique légère des enfants est une illustration, parmi d’autres mais avec une haute portée symbolique, de la manière dont nous abandonnons petit à petit notre corset historique, et ce faisant, laissons la place à un autre, en l’occurrence issu d’une autre culture, et en l’occurrence défendu avec ardeur par ses partisans. A toujours vouloir toujours moins de contraintes, nous n’en récolterons que davantage. Moins de fessée, pour plus d’islam.

En votant l’article contre les violences éducatives, la France cédait à une injonction du Conseil de l’Europe. Mais les sages de la rue de Montpensier en ont décidé autrement. Sans le vouloir, ils viennent d’offrir un sursis inespéré à l’autorité parentale. Pour combien de temps encore ?

Wall Street, y a un loup!

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Loup de Wall street bourse américaine Obama Donald Trump
Leonardo DiCaprio dans "Le Loup de Wall street" de Martin Scorsese (Sipa : 00664339_000005)
Loup de Wall street bourse américaine Obama Donald Trump
Leonardo DiCaprio dans "Le Loup de Wall street" de Martin Scorsese (Sipa : 00664339_000005)

Alors qu’Obama cédait le pouvoir à l’improbable Trump, les médias dressaient le bilan économique et social du président sortant. Le point le plus positif, c’était l’accroissement de la richesse par tête : celle-ci est de moitié supérieure à son pic atteint en 2008 avant le séisme financier ! Mais c’est là une énigme. Car les prix immobiliers sont, eux, à peine supérieurs à leur précédent sommet.

Reste le prix des actions cotées en bourse. Le S & P 500 dépasse la cote de 2 200. Elle était à 1 400 à l’été 2008. Or le S & P (équivalent de notre CAC 40) est l’indice le plus représentatif de la bourse américaine. Il regroupe les 500 plus importantes sociétés, autant dire le plus gros de l’économie quand on sait que ces sociétés sont aussi des clientes et des fournisseurs d’autres sociétés. Nous ne devrions pas chercher plus loin la clef de l’énigme.

Mais autant la réponse est formellement juste, autant elle soulève d’autres interrogations. Car l’accroissement de quelque 60 % de la cotation boursière accompagne une hausse de 11,5 % du PIB et une hausse modeste de 4 % de la production par tête tandis que l’évolution des profits déçoit les attentes. De là à voir dans la montée de la bourse un phénomène d’anticipation ou un phénomène d’exubérance irrationnelle, il n’y a qu’un pas. Un pas qu’il ne faut surtout pas franchir. Le gonflement boursier est le résultat d’un dopage mécanique, sous la forme de rachats d’actions – buybacks – décidés par les directions d’entreprises sous la pression quotidienne de leurs grands actionnaires.

Une grande innovation financière

Si nous devions décerner le grand prix de l’innovation financière de ces quarante dernière années, nous aurions l’embarras du choix : la titrisation qui permet aux banquiers-prêteurs de revendre leurs risques douteux sur[access capability= »lire_inedits »] le marché, les CDO qui permettent de mélanger les bons et les mauvais prêts, les CDS qui permettent de s’assurer contre l’insolvabilité des créanciers, le Quantitative Easing qui a permis de retirer des milliers de milliards de dollars, d’euros et de livres sterling, d’emprunts circulant sur le marché du crédit. Mais, en l’an de grâce 2017, ce sont les rachats d’actions qui mériteraient peut-être la palme d’or. On n’en parle pour ainsi dire pas, en dehors des médias économiques spécialisés comme le Financial Times et The Wall Street Journal. Le phénomène, massif dans son ampleur[1. Leur montant total s’est élevé à 1 000 milliards de dollars en 2015, soit près de 5 points du PIB américain et la moitié environ du montant des investissements productifs des entreprises américaines, cotées et non cotées.], est pourtant central dans l’expérience néolibérale.

De quoi s’agit-il ? Les entreprises cotées ont désormais la faculté, dans l’ensemble du monde occidental, d’utiliser leurs profits non pas pour investir ou embaucher mais pour racheter une fraction de leur capital à leurs actionnaires, ce qui fait automatiquement monter les cours. On l’aura compris, ce sont les fonds de placement qui sont essentiellement visés. Donnons deux exemples récents. HP d’abord, le producteur informatique qui a succédé à Hewlett-Packard : HP a annoncé en même temps la suppression de 3 000 postes de travail sur trois ans et un rachat d’actions à hauteur de trois milliards de dollars. Boeing ensuite, qui « dégraisse le mammouth » chaque année qui passe : Boeing va procéder à un rachat d’actions de 14 milliards de dollars, supérieur aux frais de développement du dernier-né de la firme, le 777X[2. Estimés à près de 9 milliards de dollars sur la période 2014-2020. Le Boeing 777X ne coûtera cependant rien à son constructeur, qui a reçu une subvention de 8,7 milliards de dollars de l’État de Washington.].

Dans ces conditions, le fameux théorème de Schmidt[3. Nous parlons de l’ancien chancelier Helmut Schmidt.] – les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain – relève de la galéjade. La vérité de la bourse contemporaine se décline par un nouvel axiome : les profits d’aujourd’hui sont les rachats d’actions d’aujourd’hui et la richesse des actionnaires d’aujourd’hui.

Appauvrissement des entreprises, enrichissement des actionnaires

Aux yeux d’un libéral classique, le rachat des actions s’apparente à une décapitalisation. L’entreprise verse du cash pour sortir des actions du marché boursier. Ces actions sont ensuite inscrites dans un compte spécial de l’entreprise et neutralisées afin d’interdire aux dirigeants d’exercer les droits de vote rattachés aux actions ! Mais le tour de passe-passe, car c’en est un, enrichit les actionnaires. Pour eux, c’est un accroissement du capital comptable inscrit dans leurs bilans. Si Marx revenait parmi nous, il serait désemparé devant un phénomène d’accumulation du capital, qui n’a plus son siège dans la « fabrique »[4. L’analyse marxiste ignore la notion d’entreprise.] mais dans le gousset des actionnaires, et serait forcé de réviser son analyse pour admettre la réalité d’un capital comptable et non plus constitué de biens physiques.

Les « buybacks » doivent être considérés comme la réalité la plus saillante d’une expérience néolibérale menée au nom de la « free enterprise » pour mieux la subordonner aux exigences d’actionnaires irresponsables. Mais ils ont le singulier mérite de camoufler que le ratio chéri de la bourse – le rapport du prix de l’action aux profits de l’entreprise – ne veut plus rien dire !

La chose est des plus simples. Partons du principe que les sociétés cotées ont racheté, au fil des ans, le tiers de leurs actions antérieurement émises – estimation raisonnable en l’absence de statistiques officielles. Le «price earnings ratio » s’en réduit mécaniquement d’un tiers ! Comme ce ratio se situe aujourd’hui à 21 sur le marché new -yorkais, on voit qu’il atteindrait, sans le dopage des rachats, un chiffre égal ou supérieur à 30, synonyme de krach boursier…

La finance, c’est mon ennemie

Interdits par les codes de commerce, les rachats d’actions ont été peu à peu autorisés des deux côtés de l’Atlantique. En France, le feu vert a été donné dans une loi présentée en 1998 par Dominique Strauss-Kahn, ministre de Lionel Jospin qui, reconnaissons-le, ne s’est jamais proclamé l’ennemi de la finance[5. Les sociétés peuvent racheter 10 % de leurs actions dans l’année, puis encore 10 % deux ans plus tard et ainsi de suite.]. Une finance qui n’a pas eu de serviteurs plus zélés, voire plus stylés, que dans les sérails de la gauche.

Dans l’éventail des candidats à la présidence, se trouvera-t-il une personne assez courageuse pour affronter la finance prédatrice autrement qu’en paroles ? Je forme le vœu d’une année 2017 qui déplace enfin les lignes de la politique nationale.[/access]

L'Avenir du capitalisme

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La trahison des économistes

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