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« Les djihadistes méritent la peine de mort civile »

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Yves Michaud. Photo: Hannah Assouline.

Causeur. Vous n’y allez pas de main morte dans votre dernier livre, Citoyenneté et loyauté (Kero, 2017) : déchéance de la nationalité infligée à tous les terroristes, prestation solennelle de serment républicain, peine de mort civile, etc. Votre fermeté nous réjouit mais, a-t-on juridiquement le droit de créer des apatrides ?

Yves Michaud. Evidemment ! La France a certes signé mais jamais ratifié la Convention de New York de 1961 sur la réduction des cas d’apatridie. Le statut d’apatride est protecteur, mais il fait de vous un étranger, avec les droits d’un étranger, sans accès à la Sécurité sociale ni aux droits sociaux, un peu comme moi quand je vis en Espagne. Evidemment aussi, un apatride a des droits de résidence et de voyage mais il lui faut demander des documents de circulation spéciaux chaque fois renouvelables qui permettent sa surveillance. Aujourd’hui, certains continuent à toucher le RSA alors qu’ils sont à Raqqa ! Je ne vois pas non plus pourquoi aussi Salah Abdeslam garderait tous les bénéfices de la citoyenneté française comme l’aide juridictionnelle. Qu’il demande au Qatar ou au CCIF de lui payer un avocat …

Ne reconnaissez-vous pas un minimum de droits de l’homme, un noyau inaliénable assuré même aux pires spécimens de l’humanité ? Même les criminels de guerre nazis n’ont pas payé les honoraires de leurs avocats à Nuremberg…     

Si c’est juste une question d’avocats… Rappelons quand même que quelques-uns de ces criminels ont été pendus à la suite du procès de Nuremberg.

De la « mort civile » à l’exécution physique, il y a un pas que vous franchissez allègrement. La peine de mort serait-elle la seule méthode de déradicalisation imparable à vos yeux ?

Je n’ai jamais été un adversaire de principe de la peine de mort parce que je considère un certain nombre de crimes comme absolument impardonnables. Que je sache, personne n’a jamais reproché à Israël d’avoir pendu Eichmann et dispersé ses cendres. Toute une tradition philosophique honorable estime qu’un individu ayant renoncé à son humanité peut mériter cette peine. Cela dit, je suis opposé à la peine de mort à cause des risques d’erreur judiciaire. Je suis donc partisan de la perpétuité réelle et d’une peine de « mort civile « . Les prisons ne sont pas uniquement faites pour réhabiliter les gens, mais aussi pour les mettre hors d’état de nuire. Youssouf Fofana [Ndlr : « Chef du gang des Barbares » qui a séquestré et assassiné Ilan Halimi en janvier 2006.] ne devrait jamais sortir de prison et ne plus être citoyen non plus.

Passons des citoyens perdus pour la France aux jeunes pousses de la nation. En quoi consiste votre projet de service civique ?

Ce service de trois mois se concentrerait sur la transmission des principes de la République et l’évaluation d’un certain nombre compétences scolaires tels que la capacité linguistique. D’une manière générale, il s’agit de faire comprendre les enjeux d’une adhésion sérieuse à la République, en indiquant les sanctions en cas d’écart. Je préconise d’autres mesures en ce sens, comme le paiement de l’impôt par tous les citoyens afin qu’ils soient conscients d’appartenir à une société qui donne un certain nombre d’avantages. Ce me semble être une proposition de Mélenchon.

Mélenchon a partiellement révisé  ses positions en matière d’immigration, passant de l’angélisme à un républicanisme plus affirmé. De votre côté, vous ne prenez pas de gants pour contester la sacrosainte « tradition d’accueil » de la République…

La tradition d’accueil est indiscutable et elle fait partie du droit international depuis qu’il y a un  » droit des gens « . Mais les choses se présentent très différemment quand nous sommes en présence de vagues migratoires massive. Tant que le Moyen-Orient et l’Afrique subsaharienne seront déstabilisés et miséreux, les vagues de migration continueront. Du coup, se posent plusieurs questions : dans quelle mesure les migrants sont-ils destinés à devenir citoyens ? Et s’ils ne sont pas citoyens, à quel titre sont-ils là ? Sont-ils des touristes, des mendiants, des vagabonds, des assistés ? On n’est plus du tout à la même échelle que lors des précédentes vagues de migrations. Derrière les migrations de masse, il y a d’ailleurs un tourisme très low cost et organisé : 1 200 000 personnes ne se déplacent pas d’Est en Ouest par l’opération du Saint Esprit !

Autre source d’immigration massive, en quelque sorte par auto-engendrement : le regroupement familial (66 000 arrivées en 2015). Souhaitez-vous le remettre en cause ?

Je ne comprends pas qu’on vive sur des slogans et des tabous en dépit du changement des conditions dans lesquels certains principes (aide médicale aux étrangers, droit d’asile, accueil des migrants…) ont été énoncés dans le passé. A sa création sous Giscard, le regroupement familial devait soulager les conditions d’existence et favoriser l’intégration des émigrés des ex-colonies qu’on avait fait venir pour des raisons économiques. Or, dès lors qu’on n’importe plus de la main d’œuvre immigrée, mais qu’on se trouve en face de migrants, pourquoi le regroupement familial devrait-il rester sacré ?

Peut-être parce que notre Etat de droit, Conseil Constitutionnel, en tête, nous y contraint. Au nom de quoi peut-on empêcher un citoyen français d’épouser un étranger et de vivre avec lui en France ?   

Le mariage n’est pas à proprement parler un regroupement familial. L’Etat de droit a dérivé depuis que les politiques se sont déchargés de beaucoup de choix sur des magistrats professionnels dont on ne connaît pas trop les conditions de nomination.  C’est vrai pour le Conseil Constitutionnel, qui a une composition partisane inacceptable, mais aussi pour la Cour Européenne des Droits de l’Homme, la Cour Européenne de Justice et la Cour pénale internationale. Je demande un toilettage de l’Etat de droit pour restaurer un contrôle des citoyens sur leurs magistrats, y compris et surtout au niveau des instances internationales. Je pose juste la question : qui sait comment sont nommés et à quels titres les 47 magistrats de la Cour Européenne des droits de l’homme ?

Vous nous posez une colle ! Et l’indépendance de la justice, parbleu ?

La séparation des pouvoirs, c’est avant tout la distinction de l’exécutif et du législatif, pas l’indépendance de la justice ! C’est ce qui fait la différence selon Montesquieu entre l’Empire ottoman et une République. Montesquieu avait, en revanche, la plus grande réserve quant à l’indépendance absolue de la magistrature : il était magistrat et savait très bien à quel point les magistrats savent faire leurs affaires eux-mêmes.

Certes, nous vous suivrons sur ce point. Mais alors que la France vit une crise généralisée (économique, morale, identitaire), vous ramenez notre désarroi à une simple crise de la citoyenneté. Pourquoi ?

Sans sous-estimer aucun des aspects de cette crise multiforme, j’essaie d’identifier son noyau, dont la clé est le consensus des citoyens pour vivre ensemble et participer à la même communauté politique. Si ce noyau se défait, tous les autres aspects de la crise s’enchaînent sans remède possible. La question du corps politique, qu’on l’appelle Cité, Civitas (la « polis » grecque), République ou « commonwealth », est philosophiquement et ontologiquement première par rapport aux autres.  Sans accord de consensus sur le corps politique, il ne peut y avoir ni démocratie, ni juste répartition juste des richesses, ni quelque accord que ce soit sur la politique économique, fiscale, éducative, etc.

Autrement dit, vous tâchez de renouer le contrat social…

Mon livre est d’une certaine manière un contrat social. Quelle que soit leur diversité, toutes les doctrines du contrat social, de Hobbes à Rousseau en passant par Althusius, Spinoza et Locke, posent la même question : comment une communauté politique suscite et jouit de l’adhésion de ses citoyens ? Pratiquement toutes les révolutions, comme 1789, naissent d’une crise profonde de la communauté politique comme celle que nous traversons aujourd’hui. Ses symptômes vont des incivismes bénins (ne pas se sentir engagé par ses obligations politiques, s’abstenir aux élections) aux incivismes gravissimes que sont les fraudes fiscales organisées ou les actes terroristes. Ceux qui les commettent s’excluent eux-mêmes de la communauté politique. Je trouve extrêmement significatif que les djihadistes, avant de passer à l’acte, prêtent allégeance à l’État islamique et que beaucoup de fraudeurs fiscaux, y compris  » légaux « , soient en réalité des apatrides vivant confortablement au Luxembourg ou en Belgique. Ça veut tout simplement dire qu’ils renoncent à ou dénoncent leur citoyenneté républicaine.

La crise de la communauté politique vire donc à la crise de l’appartenance nationale !

Non. À la différence d’Alain Finkielkraut, Pierre Manent et beaucoup d’autres, je pense que la référence à l’identité nationale comme base de la citoyenneté est aujourd’hui périmée. Pendant très longtemps, la citoyenneté n’a pas été liée à la nation et à la nationalité. La Révolution française a reposé sur le volontarisme politique, c’est-à-dire que la communauté politique repose sur l’adhésion volontaire et consciente des citoyens quelle que soit leur nation d’origine. Certes, on a ensuite traversé un très long épisode, de la fin du XVIIIe siècle jusqu’à une grande partie du XXe siècle, où citoyenneté et nation se confondent. De nos jours, le mélange des populations, les migrations, et l’héritage postcolonial rendent quasiment impossible de reconstruire de gré ou de force une identité nationale dans notre société plurielle. Aussi, je préfère construire une identité uniquement civique. Demander l’adhésion des citoyens à un certain nombre de principes généraux se révèle beaucoup plus facile que d’obtenir leur croyance en un récit national uniforme. Un français d’origine malienne peut prêter serment à la République mais on ne va pas lui demander de jouer à Astérix !

Pourtant, Ernest Renan postule que la nation, ce « plébiscite de tous les jours » s’appuie aussi sur un héritage commun…

Je ne rejette pas l’héritage commun – mais c’est celui de tous les pays démocratiques européens : la croyance dans les principes de liberté, d’égalité et de solidarité face aux accidents de la vie. A mon sens, ces piliers suffisent à reconstruire la communauté. Si un Bachi-Bouzouk veut vivre dans la tradition républicaine de la Révolution, il en a tout à fait le droit –mais aussi les obligations.

Vous donnez le sentiment de négliger toute une dimension a-rationnelle de l’homme. Mais le citoyen n’est pas un individu hors-sol, tout citoyen a besoin d’un ancrage identitaire. N’avez-vous pas tendance à dégager tout ce qui n’entre pas dans votre schéma rationaliste ?

C’est un argument que j’avais envisagé sérieusement dans mon essai sur le mérite[1. Qu’est-ce que le mérite ? (Folio, 2011).] lorsque j’analysais les principes de justice de John Rawls. A l’époque où j’avais écrit ce livre en 2009, je pensais que Rawls et les kantiens ne tenaient pas assez compte de l’épaisseur humaine, de la dimension culturelle, des passions, des émotions, etc. Mais dans nos sociétés composites, si on prend en compte toute cette dimension affective, on tombe sur deux écueils : le communautarisme ou le dissensus absolu. Hélas, je ne peux trouver aucun terrain d’entente affectif avec quelqu’un qui croit en la toute-puissance de Dieu. La seule chose que je lui demande, c’est de garder sa croyance en Dieu pour lui mais d’admettre en tant que citoyen des principes tels que la liberté de religion et la liberté d’apostasie.

En tant que rousseauiste, vous exprimez parfois une conception plus épaisse de la citoyenneté qui frise parfois la religion civile. Ainsi, vous regrettez certaines pratiques anciennes de bannissement des citoyens ayant trahi la communauté…

Rousseau prône une religion civile qui est la religion de l’adhésion au contrat social. L’auteur de l’Emile croit que l’homme étant fondamentalement un animal religieux, il a besoin de cette religion. Là-dessus, j’ai un point de vue plutôt voltairien qui consiste à voir dans l’homme un animal utilitariste qui sait calculer ses intérêts. L’appartenance à une communauté politique qui vous assure un certain nombre de droits se mérite et implique une certaine loyauté – et elle a des avantages bien nets. Dès lors qu’il se montre déloyal, il est tout à fait légitime de priver un citoyen des avantages de la communauté par un système de sanctions graduelles. Et je ne pense pas qu’aux terroristes, mais aussi aux exilés fiscaux.

Qu'est-ce que le mérite ?

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CONTRE LA BIENVEILLANCE

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Citoyenneté et loyauté

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Ce que nous dit l’affaire Mehdi Meklat

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Le plus grave dans l’affaire concernant ce chroniqueur du Bondy Blog, Mehdi Meklat, qui a librement tenu pendant des années sur son fil Twitter (sous le pseudo de Marcelin Deschamps avant de revenir à son nom) des propos antisémites, homophobes, sexistes, insultants à l’égard de telle ou telle personnalité… dont certains tombent clairement sous le coup de la loi, c’est la responsabilité des médias qui l’ont embauché, soutenu, promu, encensé…

De deux choses l’une, soit ces médias (Mediapart, Libération, Télérama, Le Monde, Les InrocksFrance 2, France Inter…) ne savaient pas qui était Mehdi Meklat, et alors leur crédibilité est profondément mise en cause, soit ils le savaient mais ont fait comme si de rien n’était, ce qui pose des questions sur leurs intentions et sur la manière dont ils conçoivent leur rôle dans la restitution de ce qui est à l’oeuvre dans la société française.

D’autant, circonstance aggravante, que l’on peut constater ici le gouffre béant du deux poids deux mesures de donneurs de leçon professionnels en matière d’antiracisme et de lutte contre les discriminations. Car un jeune affilié au FN, par exemple, qui aurait commis ce genre de tweets aurait été instantanément, et à fort juste titre, cloué au pilori par ces médias, et se serait certainement retrouvé devant la justice.

On a même vu récemment en “une” des Inrocks, l’ancienne ministre de la justice, si sensible aux discriminations, poser fièrement à côté de l’auteur de ces tweets antisémites, homophobes, sexistes, injurieux… à l’occasion de la promotion de la sortie de son dernier livre, écrit avec son compère du Bondy Blog !

Les tentatives de défausse ou de défense produites aujourd’hui, entre l’excuse par l’humour et celle par le “jeu de rôle” sous anonymat, ne seraient que pathétiques si elles ne témoignaient pas de l’impunité ressentie par leurs auteurs, qu’il s’agisse de Mehdi Meklat ou de ceux qui l’ont soutenu. On notera d’ailleurs que sous le pseudonyme Marcelin Deschamps, Mehdi Meklat ne s’en prenait jamais (sous prétexte d’humour) qu’à certaines catégories de personnes, jamais à d’autres. Le parallèle tenté par certains de ses défenseurs avec l’humour parfois très limite de Charlie Hebdo ne tenant donc pas ici, car Charlie s’en prend à tout le monde, sans exception.

Des leçons doivent bien évidemment être tirées de cette affaire. La première, positive, étant que ces médias, qui ont joué consciemment ou inconsciemment le jeu de ce personnage comme ils le font volontiers avec d’autres entrepreneurs identitaires du même acabit présents tous les jours sur leurs antennes et dans leurs colonnes, auront désormais beaucoup plus de difficulté à venir nous faire la morale et nous expliquer qu’ils luttent de toutes leurs forces contre les discriminations et les stigmatisations. C’est à ces médias de tirer les enseignements de leurs erreurs en la matière ces dernières années, en donnant la parole, par exemple, à tous ceux qui combattent contre ces dérives identitaires, celles dont on a eu, cette fois, sous les yeux, une éclatante preuve de ce qu’elles peuvent produire.

Communiqué de Christiane Taubira publié sur Facebook ce lundi 20 février à 15 heures :

« Il y a beaucoup d’évidences dans cette affaire de tweets de Mehdi Meklat. A dire vrai, il n’y a même que cela. La première, c’est que les Inrocks n’auraient pas pris le risque de se compromettre. C’est un journal qui aime débattre, et même quereller les goûts artistiques, pas se salir. La deuxième, c’est qu’il ne leur serait pas venu à l’idée de me proposer cette rencontre s’ils avaient eu la moindre connaissance même d’un seul de ces tweets, car ils savent que sur ces sujets, il n’y a pas d’espace pour des débats. Ils savent aussi que rien ni dans mes propos, ni dans mon attitude, ni dans mes écrits, et ma vie est déjà longue, n’offre le plus mince interstice pour supposer l’ombre d’une complaisance sur de telles abjections. La troisième évidence c’est que ces propos creusent une consternation aussi vertigineuse qu’un cratère atomique. La quatrième c’est qu’il n’y a qu’une issue : la vérité et le cheminement. Et si c’était un jeu, il est trop pestilentiel et trop dangereux pour ne pas faire l’objet d’un examen rigoureux. J’ai rencontré Mehdi Meklat pour cet entretien, j’avais lu leurs deux livres. Je maintiens qu’ils sont bien écrits. Il y a quelque chose à purger. Il ne peut résider dans un même esprit la beauté et la profondeur d’une telle littérature et la hideur de telles pensées. Il faut purger, curer, cureter. Cela se fait plus aisément lorsqu’on n’est qu’au début d’une vie où il y a tant à faire.

Une chose à retenir : l’anonymat ne préserve jamais éternellement, et c’est une bonne nouvelle. Les réseaux sociaux ne sont pas un bunker. Pas durablement. »

Extraits de l’édito du directeur des Inrocks Pierre Siankowski publié le 20 février à 15h58, on peut en consulter l’intégralité sur les Inrocks.fr :

« N’y allons pas par quatre chemins, ne cherchons pas d’excuse : dans leur lecture pure et dure, et qu’ils aient été publiés sous un autre nom que le sien, ces tweets sont abominables, abjects, et certains pris comme tels sont tout simplement antisémites, racistes et homophobes. Rien à dire là-dessus. C’est extrêmement grave et choquant et on ne peut que condamner ces propos.

Avais-je, avions-nous, aux Inrockuptibles, connaissance de tout cela avant de donner la parole à Mehdi Meklat ? Aucun journal, aucun journaliste ne peut éplucher de A à Z les tweets de celui ou ceux sur qui il produit un sujet. Depuis le 17 février, certains – parfois entre deux insultes, et a posteriori – me demandent, comme à beaucoup d’autres directeurs de rédactions, de chaînes de radio ou de télévision qui ont donné la parole à Mehdi, comment j’ai pu tolérer sa présence dans les pages du journal. D’autres accusent carrément Les Inrockuptibles – à grand renfort de captures d’écran des tweets incriminés – d’avoir fait preuve de complaisance, voire d’une forme de complicité à l’égard de ces propos tenus par Mehdi Meklat. On s’étonne que ceux qui sont aujourd’hui si sûrs de leur jugement ne se soient pas exprimés avant puisqu’ils “savaient”, semble-t-il.

Que les choses soient très claires : jamais Les Inrockuptibles n’ont, tout au long de leur histoire, toléré au sein de leurs colonnes de propos antisémites, racistes ou homophobes. Depuis leur création, Les Inrockuptibles ont toujours combattu, avec détermination et engagement, l’antisémitisme, le racisme et l’homophobie. Nous n’avons à recevoir de leçons de personne, sur les réseaux sociaux comme ailleurs. Les Inrockuptibles ont encore moins à s’excuser, a posteriori, d’avoir publié des textes ou des propos de Mehdi Meklat antérieurs à la polémique qui entoure ses tweets. Relisez attentivement ces textes, ils sont tout simplement l’inverse de ce qui a été retrouvé sur son Twitter. Ce sont des textes beaux et puissants.

Les excuses qu’on attend de Mehdi Meklat à la suite de cette histoire se doivent de l’être tout autant. Justes aussi. Elles doivent explorer et éclaircir la part d’ombre qui sous-tend ses tweets honteux. Nombreux sont ceux, dont moi, dont ce journal, qui ont accordé leur confiance à Mehdi Meklat. C’est au nom de cette confiance que vient notre envie profonde de le voir se sortir dignement – c’est-à-dire sans nier ses fautes – de cette situation qui l’accable pour le moment. Le pardon existe. Il suffit de le demander, sincèrement. Tu en es plus que capable, Mehdi. »

 

Mélenchon, Hamon, Jadot: l’union des trois n’aura pas lieu

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melenchon hamon jaudit gauche
Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, Paris, 2010. Sipa. Numéro de reportage : 00592325_000014.

Pour l’instant, une alliance entre Mélenchon et Hamon, c’est non. L’un, Mélenchon, refuse de s’atteler à un « corbillard », comprendre le Parti socialiste. L’autre, Hamon, plus patient, est néanmoins obligé de la jouer serrer entre les reliquats encombrants du vallsisme et un bilan de quinquennat qu’il faut absolument renier sans trop le montrer. Hamon est même allé au Portugal ce week-end, pour nous rappeler qu’il s’agit  non seulement du pays le plus charmant d’Europe mais qu’il est aussi le siège de l’unique expérience de gauche plurielle en Europe depuis fin 2015, une expérience qui marche avec un Premier ministre socialiste qui a préféré trouver sa majorité avec la vraie gauche de gauche plutôt qu’avec les libéraux sortants et sortis.

Rien de non-négociable

Las, Mélenchon, tout à une vision messianique de sa personne, occupe une après-midi sur sa chaîne YouTube pour expliquer son programme et le chiffrer avec pas mal d’économistes sérieux (Généreux, Liêm Hoang-Ngoc) qu’on entend jamais sur BFM ou Inter car ils ne sont pas de stricte orthodoxie libérale comme Seux ou Doze. Il a raison de le faire, d’ailleurs, ça nous change de Macron qui ne chiffre rien parce qu’il n’a rien n’a chiffrer, n’ayant pas de programme sinon de viser la niche très restreinte, on le reconnaîtra,  des anticolonialistes anti-mariage pour tous.

Il a raison, Mélenchon de chiffrer son programme, mais il a tort quand il le fait contre Hamon alors qu’en matière de programme, encore une fois, il n’y a rien qui ne soit pas négociable dans la mesure où les deux proposent de sortir de la logique austéritaire, ordolibérale, et pensent que la croissance classique ne reviendra pas, qu’il s’y substituera une transition écologique qui créera des emplois même si tout cela ne doit pas empêcher de constater que le travail s’en va, et que ce n’est pas plus mal, l’homme n’étant pas fait pour travailler mais pour aider, créer, aimer, bref s’émanciper dans un temps libéré que la productivité induite par le mode de production capitaliste n’a jamais, ou si peu, redistribué. On pourra relire l’indémodable Droit à la Paresse de Lafargue, sur ce problème qui ne date pas d’hier.

Mais bon, apparemment, comme l’a remarqué Hamon, les logiques d’appareil sont les plus fortes, ce qui prouve bien que la France Insoumise, qui n’est pas sans ressemblance dans le côté télé-évangéliste avec En Marche de Macron, est un appareil comme un autre.

Un peu tard dans la saison

C’est bien dommage que l’union des trois (Hamon, Mélenchon, Jadot) n’ait pas lieu ou alors aurait lieu après la victoire de Marine Le Pen à la présidentielle, au moment des législatives. Il sera un peu tard dans la saison, à vrai dire, puisque comme Hamon l’a également fait remarquer, ce que les électeurs de gauche réclament, c’est une union avant, et pas après les présidentielles, quand tout le monde, dans les circonscriptions criera au sauve-qui-peut. C’est d’autant plus désespérant que ce comportement est induit par la logique de la Vème république et que Hamon comme Mélenchon et ses partenaires, veulent d’une VIème. En cas de victoire après les législatives, pour les deux, l’idée serait celle d’une assemblée s’érigeant en constituante et proposant la nouvelle république par référendum, bref que le président élu se chargerait de piloter le changement, guère plus, avant de voir ses prérogatives régaliennes singulièrement restreintes.

Désespérer l’électeur de gauche  alors que l’addition des voix de Hamon et de Mélenchon sans compter celles des écologistes et des communistes, les qualifie d’emblée pour le second tour, voire les place devant Marine Le Pen, c’est absolument irresponsable. Les pétitions appelant à l’union, sous une forme ou sous une autre, qui fleurissent un peu partout, témoignent pourtant de ce désir à gauche, à la base,  de ne pas voir se jouer le destin du pays dans un tête à tête entre un candidat de droite plombé par les affaires au discours inaudible, une candidate de droite extrême qui a Trump et Poutine pour modèle ou un Lecanuet illuminé et incohérent. On en est pourtant là.

L’affaire Théo, un désir d’autorité?

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Manifestation contre "les violences policières", Paris, février 2017. SIPA. AP22016319_000002

Quasi-unanimité des médias relayant manifestations de « jeunes », tweets et autres Facebook, pour condamner la brutalité policière dont fut victime le dénommé Théo de la part d’un présumé flic violeur.

Ce qui marque les esprits et pousse à la révolte, ce n’est pas tant que Théo fut brutalisé au cours d’un contrôle de police musclé mais de la blessure  à l’anus qui en résultat. Cette dernière ayant été  attribuée à une pénétration par une matraque télescopique. Pénétration tout d’abord qualifiée de viol alors que l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN) parle d’un accident. On attend toujours sur ce point  l’expertise médicale tout comme les autres éléments de l’enquête en cours.

Mais on ne peut s’empêcher de penser que la montée de la vindicte condamnant la police tout entière à partir de ce qui ne pourrait être qu’une  « bavure », si odieuse soit-elle, commise par un fonctionnaire, est une réaction à la blessure anale subie par le jeune Théo. Si ce dernier avait eu un bras cassé, aurait-il à ce point défrayé la chronique? Probablement non.

Je suis ton père

Le scandale provient de la sexualisation de la blessure provoquée par un représentant de l’autorité. Un représentant de l’autorité, sodomisant un « jeune », noir de surcroît. Telle est l’équation qui semble avoir provoqué l’ire des manifestants entraînant la condamnation de toute la police représentant cette autorité. Traduction au niveau du fantasme: un fils violé par un père abusif. Et, ce qui n’est pas anodin, féminisation du fils en question.

La structure de ce fantasme aux effets politiques ressemble donc beaucoup à ce que Freud analyse dans un texte intitulé On bat un enfant. J’en résume l’argumentation en trois phases, les citations de Freud sont entre guillemets:

1- « Mon père bat l’enfant que j’ai pris en haine » (Le frère par exemple)

2- « Mon père me bat » (Source d’une jouissance masochiste inconsciente)

3- « Le batteur n’est jamais le père. Comme dans le premier état, il est soit indéterminé, soit figuré, fait typique, par un substitut du père (l’instituteur par exemple). La personne elle‑même ne figure plus dans ce fantasme ». Et Freud d’insister sur l’érotisation de cette scène inconsciente qui fait retour à l’érotisation première suite à la sollicitation d’une zone érogène (une fessée par exemple).

« Vous voulez un maître, vous l’aurez! »

Lacan, dans son séminaire Le désir et son interprétation, développera que la fonction du fantasme  « est  là, pour occuper cette place, entre le désir du sujet et le désir de l’autre (l’Autre), une certaine fonction qui est une fonction de protection ou de défense ».

Le cas Théo a, semble-t-il, provoqué un retour du refoulé de ce fantasme structurant. Sa projection dans l’espace public dit à quel point est éprouvée comme énigmatique et incertaine la relation au pouvoir  qui ne fonctionne plus comme une métaphore paternelle. Les cris de colère et les insultes dont la police fait régulièrement les frais tendraient paradoxalement à tenter de rétablir cette autorité impuissante à signifier la loi dans sa fonction de « protection et de défense ».

Tout comme Lacan l’avait dit aux étudiants à Vincennes en 68, « Vous voulez un maître, vous l’aurez! »

Fallait-il attendre 2017 pour que cette interpellation finisse par se réaliser dans la méconnaissance d’un désir qui surprendrait bien des acteurs de cette mise à mort des représentants de l’autorité jusqu’à présent plutôt démocratique.

François Fillon ressuscité?

François Fillon face aux médias à Compiègne, février 2017. SIPA. 00793795_000038

François Fillon a annoncé la semaine dernière que contrairement à ce qu’il avait proclamé, il se maintiendrait candidat à la présidentielle même s’il était mis en examen. Aurait-il enfin compris ce qui lui arrive ? Pas complètement, mais il semble faire des progrès. On l’avait vu pendant sa campagne pour les primaires assembler minutieusement un joli tas de verges pour se faire battre. Puis lors du déclenchement au signal du Canard enchaîné de l’opération « emplois fictifs familiaux », se précipiter au-devant du Parquet national financier (PNF), en présentant son cou à celui qui tenait la hache. Ça n’a pas traîné, le déferlement médiatique s’est accentué et le travail des enquêteurs s’est retrouvé dans la presse en temps réel. Il semble en effet qu’existe désormais une nouvelle règle dans le Code de Procédure Pénale, celle de la transmission préalable de toutes les pièces d’un dossier sensible aux duettistes du Monde. Le revirement et la mise en cause, par le candidat LR et ses conseils, des agissements du PNF au regard des règles de procédure, et du principe de la séparation des pouvoirs témoigne du retour d’une certaine sagesse. Mais ses adversaires ont beau jeu de souligner ces palinodies.

La marmite ne désemplit pas

La semaine qui vient de s’écouler a vu la livraison de trois nouveaux fagots destinés à alimenter la marmite. D’abord le Canard balance sur le député des Hauts-de-Seine et porte-parole du candidat de la droite, Thierry Solère, pour un problème fiscal, pschiiit tout le monde s’en fout. Des fuites nous annoncent ensuite la livraison de la synthèse policière des premières investigations au PNF, et le public attend avec gourmandise sa publication dans les colonnes du Monde. Ah non, pas cette fois-ci, ce serait un peu trop voyant, car au stade de l’enquête préliminaire, comme l’a expliqué Éric Dupont-Moretti, les auteurs de la violation du secret de l’enquête et par conséquent de la loi, sont soit les policiers, soit les magistrats du Parquet.


Aulnay : Un policier accusé de viol – C à vous… par C-a-vous

Alors  comment, sans prendre trop de risques, continuer à pousser les feux sous la marmite pleine de glu dans laquelle François Fillon et LR se débattent ? On se passera donc de Plic & Ploc et le troisième fagot sera un communiqué du PNF assez savoureux, dans lequel on lit : «en tant qu’autorité de poursuite il est de mon devoir d’affirmer que les nombreux éléments déjà recueillis, ne permettent pas en l’état un classement sans suite de la procédure ». En français familier : « le dossier de François Fillon est tout pourri, et on a les crocs dans la viande, personne ne doit s’imaginer qu’on va la lâcher. » Et au cas où on aurait eu des doutes, le communiqué d’ajouter : « les investigations vont se poursuivre dans le strict respect des règles qui gouvernent le code de procédure pénale. La seule mission du PNF est d’appliquer la loi fondement du pacte démocratique ». Cela va sans dire, mais dans les circonstances, cela va mieux en le disant n’est-ce pas ?

J’avais écrit il y a un an et demi dans ces colonnes mon étonnement devant la passivité du PNF à propos de la publication dans le Canard d’informations sur les pressions faites par des collaborateurs de l’Élysée sur le ministère du budget pour éviter à Médiapart de rembourser (principal et pénalités se montant à 4 millions d’euros quand même !) ce qu’il devait à l’État après un détournement de TVA. Les qualifications pénales très sérieuses ne manquaient pas, et je posais la question en ces termes : « on ne lit pas le Canard enchaîné au Parquet Financier ? » Eh bien si, nous voilà rassurés, finalement ils s’y sont mis.

Que peut-il se passer désormais?

Cessons d’être taquin, et revenons au chemin de croix de François Fillon, cette incise était simplement destinée à rappeler que l’hypothèse d’une opération organisée à partir de l’Élysée et dont le PNF serait l’un des outils ne mérite pas le qualificatif de fantaisiste.

Que peut-il se passer désormais ? En ce qui concerne la suite de la procédure, le PNF a deux solutions : soit une citation directe devant le tribunal correctionnel de Paris d’un certain nombre de protagonistes, dont bien sûr François et Pénélope Fillon, voire deux de leurs enfants ; soit l’ouverture d’une « information judiciaire » c’est-à-dire la nomination d’un ou plusieurs juges d’instruction du pôle financier chargés de reprendre, dans un cadre différent et contradictoire, les investigations. On peut raisonnablement penser que c’est la deuxième solution qui sera choisie. Refiler la pomme de terre chaude au juge d’instruction présente plusieurs mérites. Tout d’abord mettre le PNF à l’abri des accusations de partialité et d’être intervenu dans la campagne électorale qui fusent des quatre coins de l’échiquier politique. Et ce d’autant plus que c’est bien le juge d’instruction qui a le pouvoir d’appuyer sur le bouton de l’arme nucléaire dans notre démocratie d’opinion dévoyée : la mise en examen qui vaut brevet de culpabilité et passeport pour le lynchage. Et astucieusement, il est probable que le PNF demandera l’ouverture d’une information judiciaire contre personnes dénommées, ce qui rend la mise en examen quasi automatique. Parce que tout le monde oublie que cette mesure est protectrice pour les personnes poursuivies. Elles ont droit dès ce moment à l’assistance d’un avocat, accès au dossier et peuvent demander au juge d’instruction, magistrat du siège qui doit instruire à charge et à décharge, toutes les mesures qu’elles jugent utiles pour leur défense. C’est la raison pour laquelle dès lors qu’existent : « des indices graves et concordants » la mise en examen s’impose légalement. Or le communiqué du PNF malgré sa rédaction alambiquée nous a bien confirmé qu’ils existaient, ces indices graves et concordants. Le juge d’instruction désigné, probablement d’ici quelques jours, n’aura donc pas d’autre choix que de prendre cette mesure sauf à vicier sa procédure.

Je ne connais pas le dossier pénal concernant François Fillon et ses proches, mais de ce que j’ai pu en apprendre par la presse et à partir des connaissances juridiques liées à une longue pratique de ces questions, je dirai sagement que j’en ai connu de meilleurs…

Le problème de François Fillon et de ceux qui l’ont choisi à la primaire est aujourd’hui directement politique. On assiste à une opération pour priver la droite républicaine de son  candidat, ouvrant ainsi un boulevard à Emmanuel Macron au premier tour. Mais ce sont les Républicains eux-mêmes qui se sont mis dans cette nasse, dont il sera difficile de sortir. Et même s’il battait Marine Le Pen au deuxième tour, la légitimité de François Fillon président de la République serait faible.

Seule bonne nouvelle pour LR la semaine dernière, il semble qu’Emmanuel Macron ait traversé le miroir, et soit maintenant persuadé qu’armé de son génie, il est « l’homme du destin » et non pas un produit marketing lancé comme une savonnette par un système qui voit en lui son dernier recours. Comme le lançait Gabin à son fils dans les grandes familles : « un héros ? Non mais il y croit ma parole ! ». Oui oui, il y croit, se veut christique et sa femme le compare à Jeanne d’Arc. La baudruche serait-elle en train de se dégonfler ? Cela nous éviterait un deuxième tour Le Pen/Macron ou la dirigeante frontiste, renforcée par une partie de l’électorat de droite n’aurait pas grand mal à ne faire qu’une bouchée du télévangéliste.

Le poète assassiné

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Modigliani Max Jacob Cocteau Lina Lachgar
Portrait de Max Jacob, par Modigliani (Wikipédia)

« Aryens ». « Conjoints d’aryens ». « Femmes d’aryens ». « Demi-juifs ». « Quart de juifs »… Au camp de Drancy, en 1944, les personnes internées, après avoir déposé leurs biens précieux à la baraque de fouille, sont envoyées dans leur chambre par plusieurs escaliers – vingt-deux en tout –, triés selon la race. Arrêté par la Gestapo le 24 février à Saint-Benoît-sur-Loire, Max Jacob, soixante-sept ans, arrive à Drancy après avoir passé quatre jours dans la sinistre prison militaire d’Orléans. On lui attribue un lit au quatrième étage, escalier 19 ; puis, presque aussitôt, il reçoit une étiquette verte. Elle signifie qu’il sera du prochain convoi pour la Pologne.

« Les enfants se moquent de mon étoile jaune »

« On le jeta dans une des chambres glaciales réservées aux déportables, raconte Julien J. London, et ce changement lui fut fatal ». Max Jacob est en effet malade ; il respire mal et vomit. A l’infirmerie, les médecins diagnostiquent une pneumonie. L’écrivain Yanette Delétang-Tardif, internée à ses côtés, se souvient : « Il ne parlait presque pas. Il ne demandait rien. Il ne souffrait pas. Il était si loin de nous qu’il n’avait rien à dire. Il priait ». Max Jacob meurt le 5 mars, deux jours avant le départ du convoi n°69 qui conduit 1501 personnes à Auschwitz. Ses amis, dont plusieurs ont tout tenté pour le libérer, n’apprennent sa disparition qu’après plusieurs jours. Eluard, Mauriac, Reverdy, Cocteau, Paulhan, Queneau ou Picasso se presseront le 21 mars à l’église Saint-Roch de Paris, pour une messe à sa mémoire.

Lectrice passionnée de Max Jacob à qui elle a consacré deux récits (Les Pantoufles de Max Jacob en 2001 et Max Jacob et Mademoiselle Infrarouge en 2012), Lina Lachgar a recueilli dans Arrestation et mort de Max Jacob de nombreux témoignages et récits sur les dernières semaines du poète. Elle les restitue tels quels, sans commentaires ni « littérature », sauf une courte introduction pour rappeler l’admiration qu’elle lui voue et la place qu’il occupe dans la littérature moderne. Entre le 4 janvier 1944, date de l’arrestation de la sœur cadette de Max Jacob, et le printemps 1949, date du transfert de la dépouille de ce dernier à Saint-Benoît, elle reprend ainsi tous les événements, note les menus détails, confronte les récits ; elle corrige au passage certaines légendes infondées, en particulier sur Cocteau, accusé parfois de n’avoir pas assez fait.

La polémique à ce sujet avait rebondi en 2011, lors de la diffusion sur Arte du téléfilm de Gabriel Aghion, Monsieur Max, d’après un scénario de Dan Franck fort hostile à Cocteau. « N’en déplaise à certains, note Lina Lachgar, ce fut bien ce dernier qui “mobilisa les énergies” pour sauver Max Jacob », notamment à travers sa lettre au diplomate allemand von Bose pour qu’il intercède en faveur du poète. Précis, sobre, riche en photographies et documents (fiche d’identité, constat de décès, jusqu’à l’étoile jaune que portait Max Jacob en 1942), ce poignant petit livre-dossier, paru en 2004 pour le soixantième anniversaire de la mort du poète, est aujourd’hui réédité. Bien des éléments qu’il rapporte vaudraient d’être cités. Contentons-nous d’une phrase, l’une des dernières du poète, presque mort déjà : « Je suis avec Dieu ».

Arrestation et mort de Max Jacob de Lina Lachgar (La Différence, 142 p., 15 €)

Arrestation et mort de Max Jacob

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Gladiator, c’est maintenant

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Russel Crowe dans "Gladiator" de Ridley Scott, 2000.

Finalement, cela devait arriver. L’interdit chrétien sur les combats de gladiateurs ne pouvait pas tenir dans un monde où le divertissement est roi. On a ainsi appris qu’une émission russe de téléréalité s’apprêtait en juillet 2017 à lâcher 15 hommes et 15 femmes pour neuf mois en pleine taïga, avec pour seul objectif de survivre. Ce qui a pu inquiéter à raison certains, c’est que le créateur de l’émission, le milliardaire Yevgeny Pyatkovsky, déclare qu’il « refusera toute réclamation des participants, même s’ils devaient être tués ou violés ». Bref, de manière hypocrite et implicite, il est indiqué que tout sera permis, et d’ailleurs les candidats pressentis ont signé un engagement en ce sens.

Si la comparaison qui vient tout de suite à l’esprit est celle de la saga cinématographique de Hunger Games, inspirée des romans pour ados de Suzanne Collins, on songe aussi à la nouvelle d’un maître de la SF, Robert Sheckley, intitulée Le Prix du danger (1958), et qui a aussi donné un[access capability= »lire_inedits »] film de Boisset : « Raeder signa un papier dégageant la JBC de toute responsabilité au cas où il perdrait sa vie, ses membres ou sa raison au cours de l’émission. Et il signa un autre formulaire, selon lequel il exerçait ses droits reconnus par la loi sur le suicide librement consenti. »

Néanmoins, ce qui intéresse ici, c’est de savoir pourquoi il y aura des spectateurs pour goûter à ce jeu. Le mystère reste entier. Il l’était déjà pour saint Augustin, dans Les Confessions, parlant de la métamorphose d’un ami cultivé, Alypius, pourtant futur évêque : « Il se laissa entraîner de façon surprenante par un incroyable désir d’assister aux spectacles de gladiateurs. À la vue de ce sang, il en but en même temps la férocité. Il trouvait du plaisir à ces combats criminels et s’enivrait de voluptés sanglantes. » Et Augustin de conclure, avec une perplexité effrayée qui est toujours la nôtre : « Déjà il n’était plus le même qu’à son arrivée, mais un parmi la populace vers laquelle il était venu, et le vrai complice de ceux par qui il avait été entraîné. Que dire de plus ? »

Hunger Games - Tome 1

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Le Prix du danger: Et autres nouvelles

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France 1900, année zéro?

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Belle Epoque Dominique Kalifa Mythes Réalités
L'Exposition universelle, 1900

L’histoire est joueuse, taquine même. Au fil des années, elle distord le temps, le réinterprète à l’infini. La nostalgie, le bien le mieux partagé par les peuples malheureux, s’amuse à réécrire le passé, lui donnant un éclat, une lumière ou un voile d’ombre selon son humeur du moment. La vérité n’est qu’une illusion de la réalité. Les Hommes se nourrissent d’images souvent fausses. Peu importe que nos constructions soient de fragiles châteaux ou d’incertaines habitations. On sait que les fondations, surtout imaginaires, s’avèrent, à la longue, de résistantes forteresses. Elles protègent, elles rassurent, elles soutiennent quand les catastrophes nous tombent sur la tête. C’est pourquoi, en France, on préférera toujours les enchanteurs, les romances, les chimères aux froides statistiques et chronologies figées dans le marbre. Prenez le terme générique, sorte de besace à souvenirs dite Belle Époque, un fourre-tout joyeux et vous voyez déjà débouler toute la mythologie du début du siècle dernier.

Quand Paris était la capitale du monde

Ils sont tous là, dans un Paris qui lève la jambe, à danser sur l’autel de la modernité. La République triomphante et les arts majeurs tiennent le haut du pavé. Quelle belle époque assurément, l’Expo Universelle guide le progrès, une monnaie solide rassure les rentiers, la fée électricité illumine l’avenir, l’Art nouveau se propage dans les couloirs du métro, Apollinaire, Diaghilev, Sarah Bernhardt, Toulouse-Lautrec et consorts font de la capitale, le phare du monde. Créer en dehors de Paris serait une hérésie. Ça se passe là et nulle part ailleurs ! Ce tableau flamboyant éclairé par une lampe Tiffany a des airs de French cancan, piquant, canaille et entraînant. Cette époque insouciante et frivole met des papillons dans le ventre pour de nombreuses générations suivantes.

L’historien Dominique Kalifa, professeur à la Sorbonne, tente de démêler le vrai du faux, dans son dernier essai La véritable histoire de la « Belle Époque » aux éditions Fayard. Un document très plaisant à lire, nuancé dans son propos et subtil dans son approche intellectuelle où les multiples références aux films, livres, spectacles donnent de la chair à son propos. A travers des romans, des chansons populaires ou des pièces radiophoniques, Kalifa prend véritablement le pouls de notre Nation. Il démontre notre inlassable capacité à recycler les moments de bonheur, fussent-ils éphémères ou inventés. Cette supposée « belle époque » qu’il prend soin d’encadrer entre guillemets est difficile à situer, ses étudiants en ont fait l’expérience en interrogeant des passants dans la rue. Pour certains, elle se situerait dans les années folles, pour d’autres, elle s’inscrit dans les Trente Glorieuses. Chacun place le curseur à son bon vouloir. Le lamento du « C’était mieux avant ! » n’est pas nouveau. Notre aptitude à s’appuyer sur l’histoire, béquille psychologique de l’âme, est un trait saillant de notre identité. L’expression Belle Époque arrive, en fait, assez tardivement, précisément sous l’Occupation allemande dans une émission de Radio-Paris puis dans une revue à Bobino. La Belle Otero n’avait pas conscience de vivre dans une époque formidable. Quarante ans plus tard, les Parisiens, plongés dans une longue nuit, se souviennent avec émotion de leur jeunesse, des airs d’alors et de ce paradis perdu.

« Les vrais paradis sont les paradis qu’on a perdus »

Dans une France à terre, il s’agit donc de se remémorer le bon vieux temps, de trouver un refuge douillet et croquer une Madeleine de Proust pour oublier le triste quotidien. L’idée qu’en 1900, la vie était plus douce, fait son chemin dans les têtes. Au lendemain de la guerre, « l’esprit de la « Belle Époque » ne tarde pas à se ré-acclimater au contexte de la Libération » analyse l’auteur. La persistance de cette expression, cette éternelle chronique des jours heureux, perdure. La réouverture du Moulin-Rouge en 1951 contribue à sa diffusion sourde comme le décor immuable du restaurant Maxim’s. Entre 1943 et 1968, Kalifa a recensé plus d’une soixantaine de films consacrés à la Belle Époque. Parmi lesquels, Paris 1900 de Nicole Védrès, Le Plaisir de Max Ophüls, Casque d’or de Jacques Becker, Les Grandes manœuvres de René Clair, La famille Fenouillard de Yves Robert, Le Voleur de Louis Malle ou Jules et Jim de François Truffaut. Rêveurs impénitents, les Français vivent par procuration. Ils cherchent perpétuellement dans leur histoire des sources d’émerveillement ou de dégoût. Alors même si la belle époque n’était pas aussi belle, qu’elle véhiculait son lot d’injustices et d’incertitudes, elle sonne comme Le Sacre du printemps.

La véritable histoire de la « Belle Époque » de Dominique Kalifa – Editions Fayard Histoire

La véritable histoire de la Belle Époque

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« Les djihadistes méritent la peine de mort civile »

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yves michaud rousseau islam
Yves Michaud. Photo: Hannah Assouline.
yves michaud rousseau islam
Yves Michaud. Photo: Hannah Assouline.

Causeur. Vous n’y allez pas de main morte dans votre dernier livre, Citoyenneté et loyauté (Kero, 2017) : déchéance de la nationalité infligée à tous les terroristes, prestation solennelle de serment républicain, peine de mort civile, etc. Votre fermeté nous réjouit mais, a-t-on juridiquement le droit de créer des apatrides ?

Yves Michaud. Evidemment ! La France a certes signé mais jamais ratifié la Convention de New York de 1961 sur la réduction des cas d’apatridie. Le statut d’apatride est protecteur, mais il fait de vous un étranger, avec les droits d’un étranger, sans accès à la Sécurité sociale ni aux droits sociaux, un peu comme moi quand je vis en Espagne. Evidemment aussi, un apatride a des droits de résidence et de voyage mais il lui faut demander des documents de circulation spéciaux chaque fois renouvelables qui permettent sa surveillance. Aujourd’hui, certains continuent à toucher le RSA alors qu’ils sont à Raqqa ! Je ne vois pas non plus pourquoi aussi Salah Abdeslam garderait tous les bénéfices de la citoyenneté française comme l’aide juridictionnelle. Qu’il demande au Qatar ou au CCIF de lui payer un avocat …

Ne reconnaissez-vous pas un minimum de droits de l’homme, un noyau inaliénable assuré même aux pires spécimens de l’humanité ? Même les criminels de guerre nazis n’ont pas payé les honoraires de leurs avocats à Nuremberg…     

Si c’est juste une question d’avocats… Rappelons quand même que quelques-uns de ces criminels ont été pendus à la suite du procès de Nuremberg.

De la « mort civile » à l’exécution physique, il y a un pas que vous franchissez allègrement. La peine de mort serait-elle la seule méthode de déradicalisation imparable à vos yeux ?

Je n’ai jamais été un adversaire de principe de la peine de mort parce que je considère un certain nombre de crimes comme absolument impardonnables. Que je sache, personne n’a jamais reproché à Israël d’avoir pendu Eichmann et dispersé ses cendres. Toute une tradition philosophique honorable estime qu’un individu ayant renoncé à son humanité peut mériter cette peine. Cela dit, je suis opposé à la peine de mort à cause des risques d’erreur judiciaire. Je suis donc partisan de la perpétuité réelle et d’une peine de « mort civile « . Les prisons ne sont pas uniquement faites pour réhabiliter les gens, mais aussi pour les mettre hors d’état de nuire. Youssouf Fofana [Ndlr : « Chef du gang des Barbares » qui a séquestré et assassiné Ilan Halimi en janvier 2006.] ne devrait jamais sortir de prison et ne plus être citoyen non plus.

Passons des citoyens perdus pour la France aux jeunes pousses de la nation. En quoi consiste votre projet de service civique ?

Ce service de trois mois se concentrerait sur la transmission des principes de la République et l’évaluation d’un certain nombre compétences scolaires tels que la capacité linguistique. D’une manière générale, il s’agit de faire comprendre les enjeux d’une adhésion sérieuse à la République, en indiquant les sanctions en cas d’écart. Je préconise d’autres mesures en ce sens, comme le paiement de l’impôt par tous les citoyens afin qu’ils soient conscients d’appartenir à une société qui donne un certain nombre d’avantages. Ce me semble être une proposition de Mélenchon.

Mélenchon a partiellement révisé  ses positions en matière d’immigration, passant de l’angélisme à un républicanisme plus affirmé. De votre côté, vous ne prenez pas de gants pour contester la sacrosainte « tradition d’accueil » de la République…

La tradition d’accueil est indiscutable et elle fait partie du droit international depuis qu’il y a un  » droit des gens « . Mais les choses se présentent très différemment quand nous sommes en présence de vagues migratoires massive. Tant que le Moyen-Orient et l’Afrique subsaharienne seront déstabilisés et miséreux, les vagues de migration continueront. Du coup, se posent plusieurs questions : dans quelle mesure les migrants sont-ils destinés à devenir citoyens ? Et s’ils ne sont pas citoyens, à quel titre sont-ils là ? Sont-ils des touristes, des mendiants, des vagabonds, des assistés ? On n’est plus du tout à la même échelle que lors des précédentes vagues de migrations. Derrière les migrations de masse, il y a d’ailleurs un tourisme très low cost et organisé : 1 200 000 personnes ne se déplacent pas d’Est en Ouest par l’opération du Saint Esprit !

Autre source d’immigration massive, en quelque sorte par auto-engendrement : le regroupement familial (66 000 arrivées en 2015). Souhaitez-vous le remettre en cause ?

Je ne comprends pas qu’on vive sur des slogans et des tabous en dépit du changement des conditions dans lesquels certains principes (aide médicale aux étrangers, droit d’asile, accueil des migrants…) ont été énoncés dans le passé. A sa création sous Giscard, le regroupement familial devait soulager les conditions d’existence et favoriser l’intégration des émigrés des ex-colonies qu’on avait fait venir pour des raisons économiques. Or, dès lors qu’on n’importe plus de la main d’œuvre immigrée, mais qu’on se trouve en face de migrants, pourquoi le regroupement familial devrait-il rester sacré ?

Peut-être parce que notre Etat de droit, Conseil Constitutionnel, en tête, nous y contraint. Au nom de quoi peut-on empêcher un citoyen français d’épouser un étranger et de vivre avec lui en France ?   

Le mariage n’est pas à proprement parler un regroupement familial. L’Etat de droit a dérivé depuis que les politiques se sont déchargés de beaucoup de choix sur des magistrats professionnels dont on ne connaît pas trop les conditions de nomination.  C’est vrai pour le Conseil Constitutionnel, qui a une composition partisane inacceptable, mais aussi pour la Cour Européenne des Droits de l’Homme, la Cour Européenne de Justice et la Cour pénale internationale. Je demande un toilettage de l’Etat de droit pour restaurer un contrôle des citoyens sur leurs magistrats, y compris et surtout au niveau des instances internationales. Je pose juste la question : qui sait comment sont nommés et à quels titres les 47 magistrats de la Cour Européenne des droits de l’homme ?

Vous nous posez une colle ! Et l’indépendance de la justice, parbleu ?

La séparation des pouvoirs, c’est avant tout la distinction de l’exécutif et du législatif, pas l’indépendance de la justice ! C’est ce qui fait la différence selon Montesquieu entre l’Empire ottoman et une République. Montesquieu avait, en revanche, la plus grande réserve quant à l’indépendance absolue de la magistrature : il était magistrat et savait très bien à quel point les magistrats savent faire leurs affaires eux-mêmes.

Certes, nous vous suivrons sur ce point. Mais alors que la France vit une crise généralisée (économique, morale, identitaire), vous ramenez notre désarroi à une simple crise de la citoyenneté. Pourquoi ?

Sans sous-estimer aucun des aspects de cette crise multiforme, j’essaie d’identifier son noyau, dont la clé est le consensus des citoyens pour vivre ensemble et participer à la même communauté politique. Si ce noyau se défait, tous les autres aspects de la crise s’enchaînent sans remède possible. La question du corps politique, qu’on l’appelle Cité, Civitas (la « polis » grecque), République ou « commonwealth », est philosophiquement et ontologiquement première par rapport aux autres.  Sans accord de consensus sur le corps politique, il ne peut y avoir ni démocratie, ni juste répartition juste des richesses, ni quelque accord que ce soit sur la politique économique, fiscale, éducative, etc.

Autrement dit, vous tâchez de renouer le contrat social…

Mon livre est d’une certaine manière un contrat social. Quelle que soit leur diversité, toutes les doctrines du contrat social, de Hobbes à Rousseau en passant par Althusius, Spinoza et Locke, posent la même question : comment une communauté politique suscite et jouit de l’adhésion de ses citoyens ? Pratiquement toutes les révolutions, comme 1789, naissent d’une crise profonde de la communauté politique comme celle que nous traversons aujourd’hui. Ses symptômes vont des incivismes bénins (ne pas se sentir engagé par ses obligations politiques, s’abstenir aux élections) aux incivismes gravissimes que sont les fraudes fiscales organisées ou les actes terroristes. Ceux qui les commettent s’excluent eux-mêmes de la communauté politique. Je trouve extrêmement significatif que les djihadistes, avant de passer à l’acte, prêtent allégeance à l’État islamique et que beaucoup de fraudeurs fiscaux, y compris  » légaux « , soient en réalité des apatrides vivant confortablement au Luxembourg ou en Belgique. Ça veut tout simplement dire qu’ils renoncent à ou dénoncent leur citoyenneté républicaine.

La crise de la communauté politique vire donc à la crise de l’appartenance nationale !

Non. À la différence d’Alain Finkielkraut, Pierre Manent et beaucoup d’autres, je pense que la référence à l’identité nationale comme base de la citoyenneté est aujourd’hui périmée. Pendant très longtemps, la citoyenneté n’a pas été liée à la nation et à la nationalité. La Révolution française a reposé sur le volontarisme politique, c’est-à-dire que la communauté politique repose sur l’adhésion volontaire et consciente des citoyens quelle que soit leur nation d’origine. Certes, on a ensuite traversé un très long épisode, de la fin du XVIIIe siècle jusqu’à une grande partie du XXe siècle, où citoyenneté et nation se confondent. De nos jours, le mélange des populations, les migrations, et l’héritage postcolonial rendent quasiment impossible de reconstruire de gré ou de force une identité nationale dans notre société plurielle. Aussi, je préfère construire une identité uniquement civique. Demander l’adhésion des citoyens à un certain nombre de principes généraux se révèle beaucoup plus facile que d’obtenir leur croyance en un récit national uniforme. Un français d’origine malienne peut prêter serment à la République mais on ne va pas lui demander de jouer à Astérix !

Pourtant, Ernest Renan postule que la nation, ce « plébiscite de tous les jours » s’appuie aussi sur un héritage commun…

Je ne rejette pas l’héritage commun – mais c’est celui de tous les pays démocratiques européens : la croyance dans les principes de liberté, d’égalité et de solidarité face aux accidents de la vie. A mon sens, ces piliers suffisent à reconstruire la communauté. Si un Bachi-Bouzouk veut vivre dans la tradition républicaine de la Révolution, il en a tout à fait le droit –mais aussi les obligations.

Vous donnez le sentiment de négliger toute une dimension a-rationnelle de l’homme. Mais le citoyen n’est pas un individu hors-sol, tout citoyen a besoin d’un ancrage identitaire. N’avez-vous pas tendance à dégager tout ce qui n’entre pas dans votre schéma rationaliste ?

C’est un argument que j’avais envisagé sérieusement dans mon essai sur le mérite[1. Qu’est-ce que le mérite ? (Folio, 2011).] lorsque j’analysais les principes de justice de John Rawls. A l’époque où j’avais écrit ce livre en 2009, je pensais que Rawls et les kantiens ne tenaient pas assez compte de l’épaisseur humaine, de la dimension culturelle, des passions, des émotions, etc. Mais dans nos sociétés composites, si on prend en compte toute cette dimension affective, on tombe sur deux écueils : le communautarisme ou le dissensus absolu. Hélas, je ne peux trouver aucun terrain d’entente affectif avec quelqu’un qui croit en la toute-puissance de Dieu. La seule chose que je lui demande, c’est de garder sa croyance en Dieu pour lui mais d’admettre en tant que citoyen des principes tels que la liberté de religion et la liberté d’apostasie.

En tant que rousseauiste, vous exprimez parfois une conception plus épaisse de la citoyenneté qui frise parfois la religion civile. Ainsi, vous regrettez certaines pratiques anciennes de bannissement des citoyens ayant trahi la communauté…

Rousseau prône une religion civile qui est la religion de l’adhésion au contrat social. L’auteur de l’Emile croit que l’homme étant fondamentalement un animal religieux, il a besoin de cette religion. Là-dessus, j’ai un point de vue plutôt voltairien qui consiste à voir dans l’homme un animal utilitariste qui sait calculer ses intérêts. L’appartenance à une communauté politique qui vous assure un certain nombre de droits se mérite et implique une certaine loyauté – et elle a des avantages bien nets. Dès lors qu’il se montre déloyal, il est tout à fait légitime de priver un citoyen des avantages de la communauté par un système de sanctions graduelles. Et je ne pense pas qu’aux terroristes, mais aussi aux exilés fiscaux.

Qu'est-ce que le mérite ?

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CONTRE LA BIENVEILLANCE

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Ce que nous dit l’affaire Mehdi Meklat

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mehdi meklat bondy inrocks antisemitisme
Mehdi Meklat dans l'émission de France 2, "Thé ou café", 11 février 2017

Le plus grave dans l’affaire concernant ce chroniqueur du Bondy Blog, Mehdi Meklat, qui a librement tenu pendant des années sur son fil Twitter (sous le pseudo de Marcelin Deschamps avant de revenir à son nom) des propos antisémites, homophobes, sexistes, insultants à l’égard de telle ou telle personnalité… dont certains tombent clairement sous le coup de la loi, c’est la responsabilité des médias qui l’ont embauché, soutenu, promu, encensé…

De deux choses l’une, soit ces médias (Mediapart, Libération, Télérama, Le Monde, Les InrocksFrance 2, France Inter…) ne savaient pas qui était Mehdi Meklat, et alors leur crédibilité est profondément mise en cause, soit ils le savaient mais ont fait comme si de rien n’était, ce qui pose des questions sur leurs intentions et sur la manière dont ils conçoivent leur rôle dans la restitution de ce qui est à l’oeuvre dans la société française.

D’autant, circonstance aggravante, que l’on peut constater ici le gouffre béant du deux poids deux mesures de donneurs de leçon professionnels en matière d’antiracisme et de lutte contre les discriminations. Car un jeune affilié au FN, par exemple, qui aurait commis ce genre de tweets aurait été instantanément, et à fort juste titre, cloué au pilori par ces médias, et se serait certainement retrouvé devant la justice.

On a même vu récemment en “une” des Inrocks, l’ancienne ministre de la justice, si sensible aux discriminations, poser fièrement à côté de l’auteur de ces tweets antisémites, homophobes, sexistes, injurieux… à l’occasion de la promotion de la sortie de son dernier livre, écrit avec son compère du Bondy Blog !

Les tentatives de défausse ou de défense produites aujourd’hui, entre l’excuse par l’humour et celle par le “jeu de rôle” sous anonymat, ne seraient que pathétiques si elles ne témoignaient pas de l’impunité ressentie par leurs auteurs, qu’il s’agisse de Mehdi Meklat ou de ceux qui l’ont soutenu. On notera d’ailleurs que sous le pseudonyme Marcelin Deschamps, Mehdi Meklat ne s’en prenait jamais (sous prétexte d’humour) qu’à certaines catégories de personnes, jamais à d’autres. Le parallèle tenté par certains de ses défenseurs avec l’humour parfois très limite de Charlie Hebdo ne tenant donc pas ici, car Charlie s’en prend à tout le monde, sans exception.

Des leçons doivent bien évidemment être tirées de cette affaire. La première, positive, étant que ces médias, qui ont joué consciemment ou inconsciemment le jeu de ce personnage comme ils le font volontiers avec d’autres entrepreneurs identitaires du même acabit présents tous les jours sur leurs antennes et dans leurs colonnes, auront désormais beaucoup plus de difficulté à venir nous faire la morale et nous expliquer qu’ils luttent de toutes leurs forces contre les discriminations et les stigmatisations. C’est à ces médias de tirer les enseignements de leurs erreurs en la matière ces dernières années, en donnant la parole, par exemple, à tous ceux qui combattent contre ces dérives identitaires, celles dont on a eu, cette fois, sous les yeux, une éclatante preuve de ce qu’elles peuvent produire.

Communiqué de Christiane Taubira publié sur Facebook ce lundi 20 février à 15 heures :

« Il y a beaucoup d’évidences dans cette affaire de tweets de Mehdi Meklat. A dire vrai, il n’y a même que cela. La première, c’est que les Inrocks n’auraient pas pris le risque de se compromettre. C’est un journal qui aime débattre, et même quereller les goûts artistiques, pas se salir. La deuxième, c’est qu’il ne leur serait pas venu à l’idée de me proposer cette rencontre s’ils avaient eu la moindre connaissance même d’un seul de ces tweets, car ils savent que sur ces sujets, il n’y a pas d’espace pour des débats. Ils savent aussi que rien ni dans mes propos, ni dans mon attitude, ni dans mes écrits, et ma vie est déjà longue, n’offre le plus mince interstice pour supposer l’ombre d’une complaisance sur de telles abjections. La troisième évidence c’est que ces propos creusent une consternation aussi vertigineuse qu’un cratère atomique. La quatrième c’est qu’il n’y a qu’une issue : la vérité et le cheminement. Et si c’était un jeu, il est trop pestilentiel et trop dangereux pour ne pas faire l’objet d’un examen rigoureux. J’ai rencontré Mehdi Meklat pour cet entretien, j’avais lu leurs deux livres. Je maintiens qu’ils sont bien écrits. Il y a quelque chose à purger. Il ne peut résider dans un même esprit la beauté et la profondeur d’une telle littérature et la hideur de telles pensées. Il faut purger, curer, cureter. Cela se fait plus aisément lorsqu’on n’est qu’au début d’une vie où il y a tant à faire.

Une chose à retenir : l’anonymat ne préserve jamais éternellement, et c’est une bonne nouvelle. Les réseaux sociaux ne sont pas un bunker. Pas durablement. »

Extraits de l’édito du directeur des Inrocks Pierre Siankowski publié le 20 février à 15h58, on peut en consulter l’intégralité sur les Inrocks.fr :

« N’y allons pas par quatre chemins, ne cherchons pas d’excuse : dans leur lecture pure et dure, et qu’ils aient été publiés sous un autre nom que le sien, ces tweets sont abominables, abjects, et certains pris comme tels sont tout simplement antisémites, racistes et homophobes. Rien à dire là-dessus. C’est extrêmement grave et choquant et on ne peut que condamner ces propos.

Avais-je, avions-nous, aux Inrockuptibles, connaissance de tout cela avant de donner la parole à Mehdi Meklat ? Aucun journal, aucun journaliste ne peut éplucher de A à Z les tweets de celui ou ceux sur qui il produit un sujet. Depuis le 17 février, certains – parfois entre deux insultes, et a posteriori – me demandent, comme à beaucoup d’autres directeurs de rédactions, de chaînes de radio ou de télévision qui ont donné la parole à Mehdi, comment j’ai pu tolérer sa présence dans les pages du journal. D’autres accusent carrément Les Inrockuptibles – à grand renfort de captures d’écran des tweets incriminés – d’avoir fait preuve de complaisance, voire d’une forme de complicité à l’égard de ces propos tenus par Mehdi Meklat. On s’étonne que ceux qui sont aujourd’hui si sûrs de leur jugement ne se soient pas exprimés avant puisqu’ils “savaient”, semble-t-il.

Que les choses soient très claires : jamais Les Inrockuptibles n’ont, tout au long de leur histoire, toléré au sein de leurs colonnes de propos antisémites, racistes ou homophobes. Depuis leur création, Les Inrockuptibles ont toujours combattu, avec détermination et engagement, l’antisémitisme, le racisme et l’homophobie. Nous n’avons à recevoir de leçons de personne, sur les réseaux sociaux comme ailleurs. Les Inrockuptibles ont encore moins à s’excuser, a posteriori, d’avoir publié des textes ou des propos de Mehdi Meklat antérieurs à la polémique qui entoure ses tweets. Relisez attentivement ces textes, ils sont tout simplement l’inverse de ce qui a été retrouvé sur son Twitter. Ce sont des textes beaux et puissants.

Les excuses qu’on attend de Mehdi Meklat à la suite de cette histoire se doivent de l’être tout autant. Justes aussi. Elles doivent explorer et éclaircir la part d’ombre qui sous-tend ses tweets honteux. Nombreux sont ceux, dont moi, dont ce journal, qui ont accordé leur confiance à Mehdi Meklat. C’est au nom de cette confiance que vient notre envie profonde de le voir se sortir dignement – c’est-à-dire sans nier ses fautes – de cette situation qui l’accable pour le moment. Le pardon existe. Il suffit de le demander, sincèrement. Tu en es plus que capable, Mehdi. »

 

Mélenchon, Hamon, Jadot: l’union des trois n’aura pas lieu

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melenchon hamon jaudit gauche
Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, Paris, 2010. Sipa. Numéro de reportage : 00592325_000014.
melenchon hamon jaudit gauche
Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, Paris, 2010. Sipa. Numéro de reportage : 00592325_000014.

Pour l’instant, une alliance entre Mélenchon et Hamon, c’est non. L’un, Mélenchon, refuse de s’atteler à un « corbillard », comprendre le Parti socialiste. L’autre, Hamon, plus patient, est néanmoins obligé de la jouer serrer entre les reliquats encombrants du vallsisme et un bilan de quinquennat qu’il faut absolument renier sans trop le montrer. Hamon est même allé au Portugal ce week-end, pour nous rappeler qu’il s’agit  non seulement du pays le plus charmant d’Europe mais qu’il est aussi le siège de l’unique expérience de gauche plurielle en Europe depuis fin 2015, une expérience qui marche avec un Premier ministre socialiste qui a préféré trouver sa majorité avec la vraie gauche de gauche plutôt qu’avec les libéraux sortants et sortis.

Rien de non-négociable

Las, Mélenchon, tout à une vision messianique de sa personne, occupe une après-midi sur sa chaîne YouTube pour expliquer son programme et le chiffrer avec pas mal d’économistes sérieux (Généreux, Liêm Hoang-Ngoc) qu’on entend jamais sur BFM ou Inter car ils ne sont pas de stricte orthodoxie libérale comme Seux ou Doze. Il a raison de le faire, d’ailleurs, ça nous change de Macron qui ne chiffre rien parce qu’il n’a rien n’a chiffrer, n’ayant pas de programme sinon de viser la niche très restreinte, on le reconnaîtra,  des anticolonialistes anti-mariage pour tous.

Il a raison, Mélenchon de chiffrer son programme, mais il a tort quand il le fait contre Hamon alors qu’en matière de programme, encore une fois, il n’y a rien qui ne soit pas négociable dans la mesure où les deux proposent de sortir de la logique austéritaire, ordolibérale, et pensent que la croissance classique ne reviendra pas, qu’il s’y substituera une transition écologique qui créera des emplois même si tout cela ne doit pas empêcher de constater que le travail s’en va, et que ce n’est pas plus mal, l’homme n’étant pas fait pour travailler mais pour aider, créer, aimer, bref s’émanciper dans un temps libéré que la productivité induite par le mode de production capitaliste n’a jamais, ou si peu, redistribué. On pourra relire l’indémodable Droit à la Paresse de Lafargue, sur ce problème qui ne date pas d’hier.

Mais bon, apparemment, comme l’a remarqué Hamon, les logiques d’appareil sont les plus fortes, ce qui prouve bien que la France Insoumise, qui n’est pas sans ressemblance dans le côté télé-évangéliste avec En Marche de Macron, est un appareil comme un autre.

Un peu tard dans la saison

C’est bien dommage que l’union des trois (Hamon, Mélenchon, Jadot) n’ait pas lieu ou alors aurait lieu après la victoire de Marine Le Pen à la présidentielle, au moment des législatives. Il sera un peu tard dans la saison, à vrai dire, puisque comme Hamon l’a également fait remarquer, ce que les électeurs de gauche réclament, c’est une union avant, et pas après les présidentielles, quand tout le monde, dans les circonscriptions criera au sauve-qui-peut. C’est d’autant plus désespérant que ce comportement est induit par la logique de la Vème république et que Hamon comme Mélenchon et ses partenaires, veulent d’une VIème. En cas de victoire après les législatives, pour les deux, l’idée serait celle d’une assemblée s’érigeant en constituante et proposant la nouvelle république par référendum, bref que le président élu se chargerait de piloter le changement, guère plus, avant de voir ses prérogatives régaliennes singulièrement restreintes.

Désespérer l’électeur de gauche  alors que l’addition des voix de Hamon et de Mélenchon sans compter celles des écologistes et des communistes, les qualifie d’emblée pour le second tour, voire les place devant Marine Le Pen, c’est absolument irresponsable. Les pétitions appelant à l’union, sous une forme ou sous une autre, qui fleurissent un peu partout, témoignent pourtant de ce désir à gauche, à la base,  de ne pas voir se jouer le destin du pays dans un tête à tête entre un candidat de droite plombé par les affaires au discours inaudible, une candidate de droite extrême qui a Trump et Poutine pour modèle ou un Lecanuet illuminé et incohérent. On en est pourtant là.

L’affaire Théo, un désir d’autorité?

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Manifestation contre "les violences policières", Paris, février 2017. SIPA. AP22016319_000002
Manifestation contre "les violences policières", Paris, février 2017. SIPA. AP22016319_000002

Quasi-unanimité des médias relayant manifestations de « jeunes », tweets et autres Facebook, pour condamner la brutalité policière dont fut victime le dénommé Théo de la part d’un présumé flic violeur.

Ce qui marque les esprits et pousse à la révolte, ce n’est pas tant que Théo fut brutalisé au cours d’un contrôle de police musclé mais de la blessure  à l’anus qui en résultat. Cette dernière ayant été  attribuée à une pénétration par une matraque télescopique. Pénétration tout d’abord qualifiée de viol alors que l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN) parle d’un accident. On attend toujours sur ce point  l’expertise médicale tout comme les autres éléments de l’enquête en cours.

Mais on ne peut s’empêcher de penser que la montée de la vindicte condamnant la police tout entière à partir de ce qui ne pourrait être qu’une  « bavure », si odieuse soit-elle, commise par un fonctionnaire, est une réaction à la blessure anale subie par le jeune Théo. Si ce dernier avait eu un bras cassé, aurait-il à ce point défrayé la chronique? Probablement non.

Je suis ton père

Le scandale provient de la sexualisation de la blessure provoquée par un représentant de l’autorité. Un représentant de l’autorité, sodomisant un « jeune », noir de surcroît. Telle est l’équation qui semble avoir provoqué l’ire des manifestants entraînant la condamnation de toute la police représentant cette autorité. Traduction au niveau du fantasme: un fils violé par un père abusif. Et, ce qui n’est pas anodin, féminisation du fils en question.

La structure de ce fantasme aux effets politiques ressemble donc beaucoup à ce que Freud analyse dans un texte intitulé On bat un enfant. J’en résume l’argumentation en trois phases, les citations de Freud sont entre guillemets:

1- « Mon père bat l’enfant que j’ai pris en haine » (Le frère par exemple)

2- « Mon père me bat » (Source d’une jouissance masochiste inconsciente)

3- « Le batteur n’est jamais le père. Comme dans le premier état, il est soit indéterminé, soit figuré, fait typique, par un substitut du père (l’instituteur par exemple). La personne elle‑même ne figure plus dans ce fantasme ». Et Freud d’insister sur l’érotisation de cette scène inconsciente qui fait retour à l’érotisation première suite à la sollicitation d’une zone érogène (une fessée par exemple).

« Vous voulez un maître, vous l’aurez! »

Lacan, dans son séminaire Le désir et son interprétation, développera que la fonction du fantasme  « est  là, pour occuper cette place, entre le désir du sujet et le désir de l’autre (l’Autre), une certaine fonction qui est une fonction de protection ou de défense ».

Le cas Théo a, semble-t-il, provoqué un retour du refoulé de ce fantasme structurant. Sa projection dans l’espace public dit à quel point est éprouvée comme énigmatique et incertaine la relation au pouvoir  qui ne fonctionne plus comme une métaphore paternelle. Les cris de colère et les insultes dont la police fait régulièrement les frais tendraient paradoxalement à tenter de rétablir cette autorité impuissante à signifier la loi dans sa fonction de « protection et de défense ».

Tout comme Lacan l’avait dit aux étudiants à Vincennes en 68, « Vous voulez un maître, vous l’aurez! »

Fallait-il attendre 2017 pour que cette interpellation finisse par se réaliser dans la méconnaissance d’un désir qui surprendrait bien des acteurs de cette mise à mort des représentants de l’autorité jusqu’à présent plutôt démocratique.

François Fillon ressuscité?

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François Fillon face aux médias à Compiègne, février 2017. SIPA. 00793795_000038
François Fillon face aux médias à Compiègne, février 2017. SIPA. 00793795_000038

François Fillon a annoncé la semaine dernière que contrairement à ce qu’il avait proclamé, il se maintiendrait candidat à la présidentielle même s’il était mis en examen. Aurait-il enfin compris ce qui lui arrive ? Pas complètement, mais il semble faire des progrès. On l’avait vu pendant sa campagne pour les primaires assembler minutieusement un joli tas de verges pour se faire battre. Puis lors du déclenchement au signal du Canard enchaîné de l’opération « emplois fictifs familiaux », se précipiter au-devant du Parquet national financier (PNF), en présentant son cou à celui qui tenait la hache. Ça n’a pas traîné, le déferlement médiatique s’est accentué et le travail des enquêteurs s’est retrouvé dans la presse en temps réel. Il semble en effet qu’existe désormais une nouvelle règle dans le Code de Procédure Pénale, celle de la transmission préalable de toutes les pièces d’un dossier sensible aux duettistes du Monde. Le revirement et la mise en cause, par le candidat LR et ses conseils, des agissements du PNF au regard des règles de procédure, et du principe de la séparation des pouvoirs témoigne du retour d’une certaine sagesse. Mais ses adversaires ont beau jeu de souligner ces palinodies.

La marmite ne désemplit pas

La semaine qui vient de s’écouler a vu la livraison de trois nouveaux fagots destinés à alimenter la marmite. D’abord le Canard balance sur le député des Hauts-de-Seine et porte-parole du candidat de la droite, Thierry Solère, pour un problème fiscal, pschiiit tout le monde s’en fout. Des fuites nous annoncent ensuite la livraison de la synthèse policière des premières investigations au PNF, et le public attend avec gourmandise sa publication dans les colonnes du Monde. Ah non, pas cette fois-ci, ce serait un peu trop voyant, car au stade de l’enquête préliminaire, comme l’a expliqué Éric Dupont-Moretti, les auteurs de la violation du secret de l’enquête et par conséquent de la loi, sont soit les policiers, soit les magistrats du Parquet.


Aulnay : Un policier accusé de viol – C à vous… par C-a-vous

Alors  comment, sans prendre trop de risques, continuer à pousser les feux sous la marmite pleine de glu dans laquelle François Fillon et LR se débattent ? On se passera donc de Plic & Ploc et le troisième fagot sera un communiqué du PNF assez savoureux, dans lequel on lit : «en tant qu’autorité de poursuite il est de mon devoir d’affirmer que les nombreux éléments déjà recueillis, ne permettent pas en l’état un classement sans suite de la procédure ». En français familier : « le dossier de François Fillon est tout pourri, et on a les crocs dans la viande, personne ne doit s’imaginer qu’on va la lâcher. » Et au cas où on aurait eu des doutes, le communiqué d’ajouter : « les investigations vont se poursuivre dans le strict respect des règles qui gouvernent le code de procédure pénale. La seule mission du PNF est d’appliquer la loi fondement du pacte démocratique ». Cela va sans dire, mais dans les circonstances, cela va mieux en le disant n’est-ce pas ?

J’avais écrit il y a un an et demi dans ces colonnes mon étonnement devant la passivité du PNF à propos de la publication dans le Canard d’informations sur les pressions faites par des collaborateurs de l’Élysée sur le ministère du budget pour éviter à Médiapart de rembourser (principal et pénalités se montant à 4 millions d’euros quand même !) ce qu’il devait à l’État après un détournement de TVA. Les qualifications pénales très sérieuses ne manquaient pas, et je posais la question en ces termes : « on ne lit pas le Canard enchaîné au Parquet Financier ? » Eh bien si, nous voilà rassurés, finalement ils s’y sont mis.

Que peut-il se passer désormais?

Cessons d’être taquin, et revenons au chemin de croix de François Fillon, cette incise était simplement destinée à rappeler que l’hypothèse d’une opération organisée à partir de l’Élysée et dont le PNF serait l’un des outils ne mérite pas le qualificatif de fantaisiste.

Que peut-il se passer désormais ? En ce qui concerne la suite de la procédure, le PNF a deux solutions : soit une citation directe devant le tribunal correctionnel de Paris d’un certain nombre de protagonistes, dont bien sûr François et Pénélope Fillon, voire deux de leurs enfants ; soit l’ouverture d’une « information judiciaire » c’est-à-dire la nomination d’un ou plusieurs juges d’instruction du pôle financier chargés de reprendre, dans un cadre différent et contradictoire, les investigations. On peut raisonnablement penser que c’est la deuxième solution qui sera choisie. Refiler la pomme de terre chaude au juge d’instruction présente plusieurs mérites. Tout d’abord mettre le PNF à l’abri des accusations de partialité et d’être intervenu dans la campagne électorale qui fusent des quatre coins de l’échiquier politique. Et ce d’autant plus que c’est bien le juge d’instruction qui a le pouvoir d’appuyer sur le bouton de l’arme nucléaire dans notre démocratie d’opinion dévoyée : la mise en examen qui vaut brevet de culpabilité et passeport pour le lynchage. Et astucieusement, il est probable que le PNF demandera l’ouverture d’une information judiciaire contre personnes dénommées, ce qui rend la mise en examen quasi automatique. Parce que tout le monde oublie que cette mesure est protectrice pour les personnes poursuivies. Elles ont droit dès ce moment à l’assistance d’un avocat, accès au dossier et peuvent demander au juge d’instruction, magistrat du siège qui doit instruire à charge et à décharge, toutes les mesures qu’elles jugent utiles pour leur défense. C’est la raison pour laquelle dès lors qu’existent : « des indices graves et concordants » la mise en examen s’impose légalement. Or le communiqué du PNF malgré sa rédaction alambiquée nous a bien confirmé qu’ils existaient, ces indices graves et concordants. Le juge d’instruction désigné, probablement d’ici quelques jours, n’aura donc pas d’autre choix que de prendre cette mesure sauf à vicier sa procédure.

Je ne connais pas le dossier pénal concernant François Fillon et ses proches, mais de ce que j’ai pu en apprendre par la presse et à partir des connaissances juridiques liées à une longue pratique de ces questions, je dirai sagement que j’en ai connu de meilleurs…

Le problème de François Fillon et de ceux qui l’ont choisi à la primaire est aujourd’hui directement politique. On assiste à une opération pour priver la droite républicaine de son  candidat, ouvrant ainsi un boulevard à Emmanuel Macron au premier tour. Mais ce sont les Républicains eux-mêmes qui se sont mis dans cette nasse, dont il sera difficile de sortir. Et même s’il battait Marine Le Pen au deuxième tour, la légitimité de François Fillon président de la République serait faible.

Seule bonne nouvelle pour LR la semaine dernière, il semble qu’Emmanuel Macron ait traversé le miroir, et soit maintenant persuadé qu’armé de son génie, il est « l’homme du destin » et non pas un produit marketing lancé comme une savonnette par un système qui voit en lui son dernier recours. Comme le lançait Gabin à son fils dans les grandes familles : « un héros ? Non mais il y croit ma parole ! ». Oui oui, il y croit, se veut christique et sa femme le compare à Jeanne d’Arc. La baudruche serait-elle en train de se dégonfler ? Cela nous éviterait un deuxième tour Le Pen/Macron ou la dirigeante frontiste, renforcée par une partie de l’électorat de droite n’aurait pas grand mal à ne faire qu’une bouchée du télévangéliste.

Le poète assassiné

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Modigliani Max Jacob Cocteau Lina Lachgar
Portrait de Max Jacob, par Modigliani (Wikipédia)
Modigliani Max Jacob Cocteau Lina Lachgar
Portrait de Max Jacob, par Modigliani (Wikipédia)

« Aryens ». « Conjoints d’aryens ». « Femmes d’aryens ». « Demi-juifs ». « Quart de juifs »… Au camp de Drancy, en 1944, les personnes internées, après avoir déposé leurs biens précieux à la baraque de fouille, sont envoyées dans leur chambre par plusieurs escaliers – vingt-deux en tout –, triés selon la race. Arrêté par la Gestapo le 24 février à Saint-Benoît-sur-Loire, Max Jacob, soixante-sept ans, arrive à Drancy après avoir passé quatre jours dans la sinistre prison militaire d’Orléans. On lui attribue un lit au quatrième étage, escalier 19 ; puis, presque aussitôt, il reçoit une étiquette verte. Elle signifie qu’il sera du prochain convoi pour la Pologne.

« Les enfants se moquent de mon étoile jaune »

« On le jeta dans une des chambres glaciales réservées aux déportables, raconte Julien J. London, et ce changement lui fut fatal ». Max Jacob est en effet malade ; il respire mal et vomit. A l’infirmerie, les médecins diagnostiquent une pneumonie. L’écrivain Yanette Delétang-Tardif, internée à ses côtés, se souvient : « Il ne parlait presque pas. Il ne demandait rien. Il ne souffrait pas. Il était si loin de nous qu’il n’avait rien à dire. Il priait ». Max Jacob meurt le 5 mars, deux jours avant le départ du convoi n°69 qui conduit 1501 personnes à Auschwitz. Ses amis, dont plusieurs ont tout tenté pour le libérer, n’apprennent sa disparition qu’après plusieurs jours. Eluard, Mauriac, Reverdy, Cocteau, Paulhan, Queneau ou Picasso se presseront le 21 mars à l’église Saint-Roch de Paris, pour une messe à sa mémoire.

Lectrice passionnée de Max Jacob à qui elle a consacré deux récits (Les Pantoufles de Max Jacob en 2001 et Max Jacob et Mademoiselle Infrarouge en 2012), Lina Lachgar a recueilli dans Arrestation et mort de Max Jacob de nombreux témoignages et récits sur les dernières semaines du poète. Elle les restitue tels quels, sans commentaires ni « littérature », sauf une courte introduction pour rappeler l’admiration qu’elle lui voue et la place qu’il occupe dans la littérature moderne. Entre le 4 janvier 1944, date de l’arrestation de la sœur cadette de Max Jacob, et le printemps 1949, date du transfert de la dépouille de ce dernier à Saint-Benoît, elle reprend ainsi tous les événements, note les menus détails, confronte les récits ; elle corrige au passage certaines légendes infondées, en particulier sur Cocteau, accusé parfois de n’avoir pas assez fait.

La polémique à ce sujet avait rebondi en 2011, lors de la diffusion sur Arte du téléfilm de Gabriel Aghion, Monsieur Max, d’après un scénario de Dan Franck fort hostile à Cocteau. « N’en déplaise à certains, note Lina Lachgar, ce fut bien ce dernier qui “mobilisa les énergies” pour sauver Max Jacob », notamment à travers sa lettre au diplomate allemand von Bose pour qu’il intercède en faveur du poète. Précis, sobre, riche en photographies et documents (fiche d’identité, constat de décès, jusqu’à l’étoile jaune que portait Max Jacob en 1942), ce poignant petit livre-dossier, paru en 2004 pour le soixantième anniversaire de la mort du poète, est aujourd’hui réédité. Bien des éléments qu’il rapporte vaudraient d’être cités. Contentons-nous d’une phrase, l’une des dernières du poète, presque mort déjà : « Je suis avec Dieu ».

Arrestation et mort de Max Jacob de Lina Lachgar (La Différence, 142 p., 15 €)

Arrestation et mort de Max Jacob

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Gladiator, c’est maintenant

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Russel Crowe dans "Gladiator" de Ridley Scott, 2000.
Russel Crowe dans "Gladiator" de Ridley Scott, 2000.

Finalement, cela devait arriver. L’interdit chrétien sur les combats de gladiateurs ne pouvait pas tenir dans un monde où le divertissement est roi. On a ainsi appris qu’une émission russe de téléréalité s’apprêtait en juillet 2017 à lâcher 15 hommes et 15 femmes pour neuf mois en pleine taïga, avec pour seul objectif de survivre. Ce qui a pu inquiéter à raison certains, c’est que le créateur de l’émission, le milliardaire Yevgeny Pyatkovsky, déclare qu’il « refusera toute réclamation des participants, même s’ils devaient être tués ou violés ». Bref, de manière hypocrite et implicite, il est indiqué que tout sera permis, et d’ailleurs les candidats pressentis ont signé un engagement en ce sens.

Si la comparaison qui vient tout de suite à l’esprit est celle de la saga cinématographique de Hunger Games, inspirée des romans pour ados de Suzanne Collins, on songe aussi à la nouvelle d’un maître de la SF, Robert Sheckley, intitulée Le Prix du danger (1958), et qui a aussi donné un[access capability= »lire_inedits »] film de Boisset : « Raeder signa un papier dégageant la JBC de toute responsabilité au cas où il perdrait sa vie, ses membres ou sa raison au cours de l’émission. Et il signa un autre formulaire, selon lequel il exerçait ses droits reconnus par la loi sur le suicide librement consenti. »

Néanmoins, ce qui intéresse ici, c’est de savoir pourquoi il y aura des spectateurs pour goûter à ce jeu. Le mystère reste entier. Il l’était déjà pour saint Augustin, dans Les Confessions, parlant de la métamorphose d’un ami cultivé, Alypius, pourtant futur évêque : « Il se laissa entraîner de façon surprenante par un incroyable désir d’assister aux spectacles de gladiateurs. À la vue de ce sang, il en but en même temps la férocité. Il trouvait du plaisir à ces combats criminels et s’enivrait de voluptés sanglantes. » Et Augustin de conclure, avec une perplexité effrayée qui est toujours la nôtre : « Déjà il n’était plus le même qu’à son arrivée, mais un parmi la populace vers laquelle il était venu, et le vrai complice de ceux par qui il avait été entraîné. Que dire de plus ? »

Hunger Games - Tome 1

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Le Prix du danger: Et autres nouvelles

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France 1900, année zéro?

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Belle Epoque Dominique Kalifa Mythes Réalités
L'Exposition universelle, 1900
Belle Epoque Dominique Kalifa Mythes Réalités
L'Exposition universelle, 1900

L’histoire est joueuse, taquine même. Au fil des années, elle distord le temps, le réinterprète à l’infini. La nostalgie, le bien le mieux partagé par les peuples malheureux, s’amuse à réécrire le passé, lui donnant un éclat, une lumière ou un voile d’ombre selon son humeur du moment. La vérité n’est qu’une illusion de la réalité. Les Hommes se nourrissent d’images souvent fausses. Peu importe que nos constructions soient de fragiles châteaux ou d’incertaines habitations. On sait que les fondations, surtout imaginaires, s’avèrent, à la longue, de résistantes forteresses. Elles protègent, elles rassurent, elles soutiennent quand les catastrophes nous tombent sur la tête. C’est pourquoi, en France, on préférera toujours les enchanteurs, les romances, les chimères aux froides statistiques et chronologies figées dans le marbre. Prenez le terme générique, sorte de besace à souvenirs dite Belle Époque, un fourre-tout joyeux et vous voyez déjà débouler toute la mythologie du début du siècle dernier.

Quand Paris était la capitale du monde

Ils sont tous là, dans un Paris qui lève la jambe, à danser sur l’autel de la modernité. La République triomphante et les arts majeurs tiennent le haut du pavé. Quelle belle époque assurément, l’Expo Universelle guide le progrès, une monnaie solide rassure les rentiers, la fée électricité illumine l’avenir, l’Art nouveau se propage dans les couloirs du métro, Apollinaire, Diaghilev, Sarah Bernhardt, Toulouse-Lautrec et consorts font de la capitale, le phare du monde. Créer en dehors de Paris serait une hérésie. Ça se passe là et nulle part ailleurs ! Ce tableau flamboyant éclairé par une lampe Tiffany a des airs de French cancan, piquant, canaille et entraînant. Cette époque insouciante et frivole met des papillons dans le ventre pour de nombreuses générations suivantes.

L’historien Dominique Kalifa, professeur à la Sorbonne, tente de démêler le vrai du faux, dans son dernier essai La véritable histoire de la « Belle Époque » aux éditions Fayard. Un document très plaisant à lire, nuancé dans son propos et subtil dans son approche intellectuelle où les multiples références aux films, livres, spectacles donnent de la chair à son propos. A travers des romans, des chansons populaires ou des pièces radiophoniques, Kalifa prend véritablement le pouls de notre Nation. Il démontre notre inlassable capacité à recycler les moments de bonheur, fussent-ils éphémères ou inventés. Cette supposée « belle époque » qu’il prend soin d’encadrer entre guillemets est difficile à situer, ses étudiants en ont fait l’expérience en interrogeant des passants dans la rue. Pour certains, elle se situerait dans les années folles, pour d’autres, elle s’inscrit dans les Trente Glorieuses. Chacun place le curseur à son bon vouloir. Le lamento du « C’était mieux avant ! » n’est pas nouveau. Notre aptitude à s’appuyer sur l’histoire, béquille psychologique de l’âme, est un trait saillant de notre identité. L’expression Belle Époque arrive, en fait, assez tardivement, précisément sous l’Occupation allemande dans une émission de Radio-Paris puis dans une revue à Bobino. La Belle Otero n’avait pas conscience de vivre dans une époque formidable. Quarante ans plus tard, les Parisiens, plongés dans une longue nuit, se souviennent avec émotion de leur jeunesse, des airs d’alors et de ce paradis perdu.

« Les vrais paradis sont les paradis qu’on a perdus »

Dans une France à terre, il s’agit donc de se remémorer le bon vieux temps, de trouver un refuge douillet et croquer une Madeleine de Proust pour oublier le triste quotidien. L’idée qu’en 1900, la vie était plus douce, fait son chemin dans les têtes. Au lendemain de la guerre, « l’esprit de la « Belle Époque » ne tarde pas à se ré-acclimater au contexte de la Libération » analyse l’auteur. La persistance de cette expression, cette éternelle chronique des jours heureux, perdure. La réouverture du Moulin-Rouge en 1951 contribue à sa diffusion sourde comme le décor immuable du restaurant Maxim’s. Entre 1943 et 1968, Kalifa a recensé plus d’une soixantaine de films consacrés à la Belle Époque. Parmi lesquels, Paris 1900 de Nicole Védrès, Le Plaisir de Max Ophüls, Casque d’or de Jacques Becker, Les Grandes manœuvres de René Clair, La famille Fenouillard de Yves Robert, Le Voleur de Louis Malle ou Jules et Jim de François Truffaut. Rêveurs impénitents, les Français vivent par procuration. Ils cherchent perpétuellement dans leur histoire des sources d’émerveillement ou de dégoût. Alors même si la belle époque n’était pas aussi belle, qu’elle véhiculait son lot d’injustices et d’incertitudes, elle sonne comme Le Sacre du printemps.

La véritable histoire de la « Belle Époque » de Dominique Kalifa – Editions Fayard Histoire

La véritable histoire de la Belle Époque

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