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La morale n’a rien à voir avec la politique

Bruno Le Roux a démissionné de son poste de ministre de l'Intérieur. Photo: janvier 2015. SIPA. 00703389_000026

Les solides élans de vertu de la France contemporaine me sidèrent un peu. On veut, paraît-il, des hommes politiques intègres. Curieux discours, qui met en avant certaines qualités qui ne sont pas essentiellement politiques, mais morales. Mais qu’est-ce que la morale a à faire avec la politique ? Relisez Machiavel, relisez Gabriel Naudé, puis posez-vous la question : qu’est-ce qui est prioritaire, en politique ? Celui qui a acheté le veston, ou les qualités de l’homme à l’intérieur du veston ? Je ne doute pas que le Canard enchaîné, qui dispose manifestement d’un dossier très complet tombé du ciel, ait encore sous le coude la facture insensée du fournisseur des caleçons de Fillon — il a eu jadis celle des chaussettes cardinalices de Balladur. Et alors ? On distille des sous-entendus sur les mœurs de tel autre — mais qu’en avez-vous à faire ? On sort des histoires sur le chauffeur de l’un et le garde du corps de l’autre — et puis ?

Plutôt que d’exiger un politique « propre » — une exigence portée par nombre d’électeurs qui ne le sont guère —, je préférerais que l’on exigeât (c’est chouette, l’imparfait du subjonctif, ça vous fait immédiatement passer pour un réactionnaire aux yeux des imbéciles) des hommes politiques compétents — prioritairement. Des hommes d’Etat, y compris de sexe féminin, à l’aventure.

Mais ça, évidemment, c’est plus rare. Chez les politiques comme chez leurs électeurs.

J’ai un peu travaillé sur le XVIIème siècle, particulièrement sur les années 1648-1658, autour de la Fronde et de la Guerre de Trente ans. Et j’en ai tiré une grande admiration pour les politiques de l’époque — Retz, conspirateur-né qui avait distribué des dizaines de milliers d’écus d’aumônes pour soulever le peuple des gueux, Condé, « né capitaine », qui n’hésita jamais à trahir son royal cousin et à diriger contre lui les armées de l’ennemi espagnol, et surtout Mazarin, qui sut résister à la Fronde, et signer les traités de Westphalie et la Paix des Pyrénées. C’est lui, juste derrière Louis XIV dont il contrôle l’embrassade avec son homologue espagnol, Philippe IV.

Mettons les événements en balance. Mazarin était d’une origine obscure, il n’avait pas un sou vaillant quand il arriva à Rome, il coucha avec qui il fallait — hommes et femmes, disent les pamphlétaires de l’époque —, il fit même semblant d’entrer dans les ordres (tout en s’en gardant bien, lui qui avait des choses de la religion une vision essentiellement utilitaire, ce qui lui permit d’être nommé cardinal à 39 ans, et peut-être après d’épouser la Reine de France, Anne d’Autriche), il s’affecta à lui-même les revenus de 21 des plus grosses abbayes de France, et mourut en laissant une énorme fortune (il était probablement l’homme le plus riche de France, peut-être d’Europe) acquise par des procédés absolument délictueux, même selon les normes de l’époque. Et alors ?

Il avait acquis à la France…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

Bréviaire des politiciens

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Le Prince

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La fabrique du crétin: La mort programmée de l'école

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Débat présidentiel: un bon téléfilm du lundi soir

Les cinq candidats à la présidentielle choisis par TF1 pour débattre sur son plateau, lundi 20 mars 2017. SIPA. 00798839_000001

Il en fallait du courage pour aller jusqu’au bout du premier débat de l’élection présidentielle 2017. Trois heures vingt au compteur, un lundi soir en plus ! C’est presque aussi long que Lawrence d’Arabie ou Ben Hur, et même si ce n’est pas bien de s’attaquer au physique, les oreilles décollées de Benoit Hamon, le gueuloir de Marine Le Pen, les poses de jeune premier de Manu Macron ou les mimiques de papa ours de Mélenchon, ça ne vaut ni Charlton Heston, ni le regard limpide de Peter O’Toole en Technicolor. Même Fillon ne fait pas le poids avec ses costards à 15 000 €. C’est bien d’ailleurs la première fois qu’on fait ce coup-là au citoyen et téléspectateur lambda : lui sortir un débat-fleuve de premier tour entre cinq candidats, c’est du (presque) jamais vu en Ve République.

Après les primaires qui sortent les ténors de LR et du PS, les juges qui se mettent en campagne et obligent François Fillon à changer de costume et de slogan, il va falloir arrêter un peu les innovations sinon on se demande ce qui restera à Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon pour nous surprendre avec leur changement de République. Depuis quelques mois on a l’impression d’avoir changé trois fois de président et mangé quatre Républiques au petit-déjeuner. On est blasé vous comprenez ? Pourquoi ne pas embaucher les gardes du corps comme assistants parlementaires et Jean-Marc Ayrault comme ministre des Affaires étrangères tant qu’on y est ? Ca devient n’importe quoi là : un débat de de trois heures en semaine ! Comme dirait l’autre, il y a des gens qui bossent. Et quand je pense que les six autres voulaient aussi en être, on aurait aussi bien pu organiser une nocturne et bruncher à sept heures du matin. Ils prennent les électeurs pour qui ces gens ? Des rentiers qui n’ont que ça à faire ?

Mélenchon fait le spectacle

Bon, visiblement, soit l’électorat compte beaucoup d’oisifs, soit les gens aiment se faire du mal ou sont vraiment – au choix – terrifiés ou chauffés à blanc par cette élection. 9,8 millions de téléspectateurs auraient suivi le débat selon France Info avec un pic à 11,3 millions et 47% de part d’audience, écrasant au passage le débat de la primaire de droite (deux fois moins), le débat de la primaire de gauche (trois fois moins), Cyril Hanouna, Une flic entre deux feux (la série TV de la 2), Super Nanny, Wolfgang Amadeus Mozart sur France 5 et Alain Delon sur Arte. Tout ça pour entendre Emmanuel Macron et Marine Le Pen déterrer le burkini de guerre, Jean-Luc Mélenchon demander à cette dernière si elle comptait abroger le Concordat, Benoit Hamon parler de vote utile et François Fillon compter les milliards distribués par ses camarades, tout à leurs promesses. Cela valait-il vraiment le coup de snober Amadeus ou Mort d’un pourri pour assister à ça ? Oui, et pour de nombreuses raisons.

>> A lire aussi: Débat présidentiel: beaucoup de bruit pour presque rien

D’abord, pour Jean-Luc Mélenchon, assurément le roi de la répartie ce soir-là. La présence du leader de la France Insoumise chez TF1, tout comme celle de la chef de file du Front national sur un même plateau télé constituait en soi un puissant argument. La dernière fois que ces deux-là avaient vraiment croisé le fer, l’entretien s’était révélé saignant. En 2012, dans l’émission Des paroles et des actes de David Pujadas, Marine Le Pen avait quand même fini par bouder et refuser de débattre avec le candidat du Front de gauche, faisant mine de lire ses notes et le journal, affectant d’ignorer un Jean-Luc Mélenchon déchaîné. Mais à l’époque, le Front de Gauche pouvait encore prétendre jouer dans la même cour que le Front national, encore sous le coup de sa formidable gamelle du premier tour des élections de 2007. En 2017, les sondages entonnent une autre chanson et Mélenchon a d’autres cibles. Il y a les ennemis idéologiques et les adversaires d’appareil. Et Mélenchon ne pouvait que se réjouir de voir Emmanuel Macron et Benoit Hamon s’empoigner en direct sur le plateau de TF1. Mélenchon et Hamon ont des parcours étrangement liés. Pour tous deux, le Congrès de Reims en 2008 a signifié la rupture, vécue et assumée de manière différente puisque Mélenchon a quitté le PS à cette occasion, après l’arrivée en tête de la motion Royal, pour créer un nouveau mouvement « sans concession face à la droite », tandis que Benoit Hamon, homme d’appareil et apparatchik de second rang, commençait à ce moment à se tailler le costume de « rassembleur des frondeurs » qu’il endossera sous le gouvernement Hollande avant de devenir le champion surprise de la gauche[1. Pour en savoir plus sur les très riches heures du congrès de Reims, on recommandera chaudement la lecture de Hold-ups, arnaques et trahisons,signé des journalistes d’Europe 1 Antonin André et Karim Rissouli]. Au terme d’un cycle politique riche en retournements et en paradoxes, un Mélenchon plus insoumis que jamais qui a mis ses alliés communistes dos au mur et un Hamon lâché par ses ex-camarades du PS se retrouvent en position de se disputer le leadership d’une extrême-gauche recomposée.

C’est Machiavel qu’on assassine!

De son exil idéologique, Hamon, dénoncé comme trop clivant par ses ex-camarades, désormais pour partie aspirants-macroniens, regarde avec aigreur le nouvel astre briller au-dessus des cendres du défunt PS. Alors, Hamon, qui s’était déjà fait voler en 2008 son combat contre Royal par Aubry, tente encore durant le débat, de se hisser au niveau de son nouvel adversaire. Las ! Durant tout le débat, Hamon aura beau tenter d’écorner la belle image lisse d’Emmanuel Macron, de proposer un « futur désirable » et de défendre son revenu universel, dont il ne reste déjà plus grand-chose dans son programme, on le sent tout du long ravalé au rang de second couteau. Tout juste bon à traiter Marine Le Pen de « droguée des faits divers » – ce qui est assez drôle -, à dénoncer un « débat politique nauséabond » et à dérouler l’insipide rhétorique d’un réformisme bien-pensant, il ne parvient pas à exister face à un Mélenchon qui en fait des tonnes dans l’utopisme tonnant. Ce dernier ricane franchement quand Macron et Hamon se font reprendre par Gilles Bouleau à l’issue d’une longue passe d’arme. « C’est un débat à cinq », leur rappelle le journaliste. « Mais il faut bien qu’il y ait un débat au PS », ajoute, perfide, Mélenchon en arrière-plan.

En face du pauvre Hamon et du tonitruant Mélenchon, Marine Le Pen se démène elle aussi, comme une diablesse, pour taper à la fois sur Fillon et sur Macron, et faire contrepoids à Mélenchon. Mais si les arguments de ce dernier apparaissent souvent aussi généreux que surréalistes, il réussit cependant à conserver pour lui l’avantage d’une rhétorique flamboyante, à défaut d’être vraiment convaincant. Marine Le Pen, elle, donne l’impression de manier, toujours avec la même dextérité de camionneur chevronné, le même rouleau compresseur sur les mêmes sentiers battus. C’est la fêlure dans la carapace du démagogue qui apparaît : celui qui s’appuie sur des vérités pour s’élancer vers l’abstraction séduisante voit sa course s’achever dans le domaine du ressassé et du slogan. Marine Le Pen tance, répète, réaffirme, mais ce que son discours recèle de vérité se mue en obsessions qui oblitèrent progressivement tout ce que, de son projet futur, l’on pourrait demander que la candidate expose.

Pendant ce temps, François Fillon calcule les dépenses de ses adversaires pour la Défense, l’Ecole, contre le chômage, pour la relance, la croissance, la consommation des ménages. Celui que les journaux et la justice questionnent depuis deux mois sur le salaire de son épouse et de ses enfants, et le prix de ses costumes, n’en peut plus d’entendre les autres candidats promettre, promettre et promettre encore. Emmanuel Macron, lui, est d’accord, la plupart du temps, avec tout le monde. Quand on l’attaque, il fait le dos rond, sourit finement, répète « c’est pour moi ça ! », en mettant les rieurs de son côté. Le reste du temps, il acquiesce, abonde, « un coup à gauche, un coup à droite », comme lui reproche Mélenchon. Le rusé Macron a, paraît-il, étudié Machiavel. Il doit donc sûrement avoir en tête le début du chapitre XVIII du Prince : « Chacun comprend combien il est louable pour un prince d’être fidèle à sa parole et d’agir toujours franchement et sans artifice. De notre temps, néanmoins, nous avons vu de grandes choses exécutées par des princes qui faisaient peu de cas de cette fidélité et qui savaient en imposer aux hommes par la ruse. Nous avons vu ces princes l’emporter enfin sur ceux qui prenaient la loyauté pour base de toute leur conduite. » Emmanuel Macron pourrait se souvenir que si Machiavel conseille d’être quelquefois renard, il recommande aussi de savoir être lion et qu’il faut également savoir « déguiser cette nature de renard », ce que Macron, apparemment n’a pas su faire, paraissant si constamment souple, aimable et calculateur qu’il en devenait presque grossier dans ses manières si rondes.

Mais, après tout, le reproche pouvait, lundi soir, s’adresser à tous les candidats qui semblaient avoir adopté cette autre maxime machiavélienne : « les hommes, en général, jugent plus par leurs yeux que par leurs mains, tous étant à portée de voir, et peu de toucher. Tout le monde voit ce que vous paraissez ; peu connaissent à fond ce que vous êtes, et ce petit nombre n’osera point s’élever contre l’opinion de la majorité, soutenue encore par la majesté du pouvoir souverain. » L’opinion, comme chacun sait, ça se travaille. Chacun des candidats s’y applique avec ferveur et comme dit, encore une fois, Machiavel : « un trompeur saura trouver toujours quelqu’un qui se laisse tromper. » Mais la politique n’est pas seulement la conquête du pouvoir, elle en est ensuite l’exercice. Et le débat de lundi ne laissait deviner aucun homme ou aucune femme qui semble vraiment en mesure de s’acquitter de cette tâche. Le plus difficile dans l’art de gouverner est peut-être de savoir décevoir après avoir tant voulu séduire.

Euro: faut-il vraiment avoir peur d’en sortir?

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Sipa. Numéro de reportage : 00632080_000003.

Les grandes fortunes financières veulent absolument faire élire Emmanuel Macron à la présidence de la République française, celui-ci leur ayant donné de nombreux gages depuis son parcours à la Banque Rothschild puis à l’Élysée, notamment en permettant le passage d’Alsthom-Energie entre les mains de l’américain General Electric, puis le rachat de SFR par le magnat Franco-israélien  Patrick Drahi (lequel abrite sa fortune dans les paradis fiscaux). Après avoir plombé la candidature de François Fillon par des méthodes plus anti-démocratiques les unes que les autres, la haute finance s’affole à l’idée que la présidence pourrait échoir à Marine Le Pen. C’est dans ce contexte qu’il faut lire l’article qu’a publié Le Figaro le 9 marssur le « scénario noir » que constituerait pour la France la sortie de l’euro. On tente ainsi d’effrayer les électeurs avec un titre en première page et une série d’arguments présentés, dans les trois pages suivantes, par des auteurs inconnus mais se référant à des opinions émises par les financiers.

Le fiasco de la monnaie unique

On feint d’ignorer délibérément les conséquences qu’a eues l’entrée de la France dans l’euro. On peut les estimer en nous comparant aux principaux pays industrialisés qui disposent de leur souveraineté monétaire (États-Unis, Grande Bretagne, Suède). Sur la période 2000-2015, la France accuse un retard de croissance cumulé compris entre 11 % et 16 % de son PIB, soit une perte sèche comprise entre 236 et 344 milliards €, soit encore une perte de prélèvements obligatoires de 106 à 155 milliards €. À ce manque à gagner s’ajoutent le coût du chômage, celui de la lutte contre la pauvreté et la situation des systèmes de retraite, très sensibles au taux de croissance de l’économie.

Dès décembre 2011, un collectif de douze économistes français de renom avait demandé un démontage concerté de l’euro. Tous les économistes compétents, notamment de nombreux prix Nobel,  admettent l’échec patent de la monnaie unique. Ceux qui voudraient la garder reconnaissent que la seule solution serait de construire une « Europe fédérale des transferts », où les plus riches des pays paieraient éternellement pour les plus pauvres. Si cette solution semble viable économiquement, elle ne l’est pas politiquement, car les peuples européens n’en veulent pas, à commencer par les Allemands qui seraient les premiers concernés.

Pour tenter de sauver l’euro, le président de la BCE, Mario Draghi, a abandonné la politique de son prédécesseur fin 2014. La dépréciation de cette monnaie a été obtenue grâce à une création monétaire excessive et des taux d’intérêt quasi-nuls, selon la méthode américaine (Quantitative Easing), ce qui engendre désormais une inflation des actifs, une diminution des investissements dans l’économie et le gonflement de bulles spéculatives, lourdes de menaces. Si cette dépréciation semble favorable pour la compétitivité vis-à-vis du reste du monde, elle n’a rien changé aux deux disparités structurelles entre les pays de la zone euro : d’une part la divergence chronique des rythmes d’évolution des prix intérieurs, qui reflète la diversité socio-culturelle des pays de cette zone; d’autre part la différence d’efficacité des systèmes productifs et des spécialisations sectorielles, qui persiste toujours entre les économies concernées. Par rapport à l’Allemagne, les experts du FMI estiment ainsi que la France a désormais un écart de compétitivité de 20 %.

Pour sortir du piège de l’euro, la bonne solution serait de renégocier un nouveau Traité européen, de façon à revenir à une monnaie commune, c’est-à-dire à une unité de compte équivalente à l’ancien écu (solution qui prévalait avant l’euro). Par rapport à celle-ci, les taux de change des monnaies nationales pourraient être stabilisés en termes réels, c’est-à-dire en tenant compte de la divergence inévitable des rythmes d’inflation. La dette souveraine de l’État français, émise pour 97 % en droit français, serait convertie en notre nouvelle monnaie nationale, selon le principe de la lex monetae, puisqu’en vertu du droit international, chaque pays a droit à sa souveraineté monétaire.

Au lieu de recourir à la finance internationale, tout nouveau déficit budgétaire serait financé monétairement sans aucune inflation, par la mise à disposition des ressources résultant de l’augmentation souhaitée de la masse monétaire en circulation. Ce serait la seule voie d’injection monétaire, la source bancaire étant tarie du fait de la réforme monétaire préconisée par Maurice Allais. Pour être crédible, et afin d’éviter toute dérive démagogique, le principe d’indépendance de la Banque de France serait affiché clairement, dans le cadre d’un mandat assurant une croissance raisonnable de l’offre de monnaie (taux annuel de l’ordre de 4% à 5%, correspondant à l’augmentation du volume de production et d’une hausse modérée des prix).

Un euro pour un nouveau franc

Contrairement aux arguments fallacieux présentés par les tenants de la haute finance, la sortie de l’euro est tout à fait réalisable, ne présentant pas une grande complexité. Dans le cas de la France, il se fera en remplaçant l’euro par un franc nouveau, en échangeant un euro existant contre une unité de cette nouvelle monnaie (un pour un). L’abandon de l’euro aurait certes pour effet de compliquer les formalités des touristes, comme lorsqu’ils vont au Royaume-Uni, mais les changements seront purement formels à l’intérieur de notre pays. Pour les avoirs bancaires, la conversion sera instantanée. Pour les billets, l’échange des billets actuels contre les nouvelles coupures se fera à un coût raisonnable, qu’il nous faudra négocier avec la BCE. Pour les pièces, l’échange pourra se faire rapidement, les pièces actuelles en euros étant gardées provisoirement avant l’échange.

À l’intérieur de l’économie française, les prix des biens, des services et des salaires seront automatiquement convertis selon le taux retenu (un franc nouveau pour un euro). Le même taux de conversion sera appliqué aux actifs intérieurs, qu’il s’agisse des actifs immobiliers, des créances sur l’économie française ou des actions des entreprises de droit français. L’État assurera une garantie publique afin que tous les contrats soient respectés. Les dettes privées internationales des entreprises, portant sur des contrats commerciaux et exprimées en euros, seront, quant à elles, converties en nouvel écu, la monnaie commune. En outre, une étude récente de Cédric Durand et Sébastien Villemot montre que, pour les pays qui feront l’expérience post-euro d’une dévaluation – dont la France -, il n’y a pas de risque bilanciel  (à l’exception de l’Espagne). Ces économistes de l’OFCE proposent ainsi d’abandonner l’euro pour sauver l’Europe.

Effectivement, la négociation avec nos partenaires ne signifie pas que la France veuille sortir de l’Europe. Ne confondons en aucune façon celle-ci avec l’Union européenne. Ce monstre bureaucratique, régi par une Commission dépourvue de toute légitimité démocratique, et appuyé par un « gouvernement des juges », a prouvé sa nocivité, tant pour l’économie que pour la politique migratoire. Un Traité alternatif existe, rédigé sous la direction de Michel Robatel, Président d’honneur de POMONE, et repris aujourd’hui par les partis politiques DLF, MRC et FN. C’est pourquoi il faut le proposer, afin de remplacer cette Union européenne en perdition par une Confédération d’États européens souverains, c’est-à-dire une grande Europe des patries, de l’Atlantique

Débat présidentiel: beaucoup de bruit pour presque rien

François Fillon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon et Marine Le Pen sur le plateau de TF1 lors du premier débat de la présidentielle, mars 2017. SIPA. AP22029732_000025

Le pugilat annoncé a eu lieu. Hier soir, sur TF1, face à deux journalistes insipides (Anne-Claire Coudray et Gilles Bouleau, pour ne pas les nommer), le club des cinq mieux placés dans les sondages a donc débattu. Mention spéciale à François Fillon et Emmanuel Macron pour leur petite larme liminaire versée en vibrant hommage aux six autres candidats absents du plateau. Leur lamento légèrement hypocrite avait un vague parfum de Cérémonie des Gérard, séquence nostalgie, lorsque toute la profession verse des larmes de crocodile pour rendre hommage aux acteurs défunts. S’ils avaient vraiment à cœur d’organiser un débat contradictoire entre les onze prétendants au fauteuil élyséen, que n’ont-ils boycotté ce format antidémocratique ? C’est bien simple, sans Fillon ou Macron, l’émission aurait été annulée et le pluralisme sauf. Mais à l’impossible, nul présidentiable n’est tenu…

Pugilat cacophonique

Passons. Comme on pouvait s’y attendre, la disputatio à cinq a viré au combat de catch de trois heures et demie, avec les rituelles prises contrôlées et indignation forcées. Chacun occupait son emploi jusqu’à la caricature, tels des comédiens du cours Simon : Fillon en ordolibéral austère, Mélenchon en candidat des petits, Macron en champion du « renouveau », Le Pen en porte-parole des sans-grade assoiffés de frontières. Dans un premier temps, l’ancien Premier ministre empêtré dans une guerre des nerfs avec le parquet financier, a paru au-dessus de la mêlée, prenant bien soin de ne pas interrompre ses adversaires et d’éviter le combat de chiffonniers. Difficile lorsque la purge néolibérale qu’il annonce se voit brocardée, notamment par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, l’une dénonçant une prétendue « privatisation de la Sécurité sociale », l’autre dévoilant au plus grand nombre le projet LR de libéralisation totale du temps de travail (« Vous ne pouvez pas au-delà de 48 heures par semaine, c’est la durée maximale légale en Europe », a-t-il fait valoir avec raison).


Le Grand Débat: si vous l’avez raté par LEXPRESS

Aux côtés d’un Macron fin équilibriste, au point de souvent friser le sophisme (une cuiller pour la droite libérale, une cuiller pour la gauche de l’assistanat ; un coup contre le Revenu Social des Indépendants (RSI) qui ratiboise les petits commerçants ; un coup contre leur retour dans le régime général des impôts, une fois républicain laïque intransigeant, une autre adepte du multiculturalisme sans l’aimer), Mélenchon a brillé d’éloquence. Quoi qu’on pense de sa VIe République constituante, de son droit opposable à l’emploi, de sa Sécu qui rase gratis, de son écologisme planificateur, de son angélisme sécuritaire, et j’en passe son amour de la belle langue, doublé d’un lyrisme rappelant les très riches heures du socialisme français, laisse admiratif. En face, le réformisme petit bras d’un Benoît Hamon fait pâle figure : le revenu universel dès 2018 (dans quelles limites ? avec quel argent ?), la défense de la veuve voilée et de l’orphelin, c’est un peu court jeune homme…

D’étonnants rapprochements se sont opérés au cours des échanges souvent cacophoniques. Aux dialogues désaccordés entre Hamon et Macron (parfaitement ironique dans son rôle de méchant banquier fier de son parcours…) qui leur ont valu les sarcasmes d’un Mélenchon (« c’est bien qu’il y ait un débat au PS ! ») ont succédé de profondes convergences économiques entre Macron et Fillon. Dans le domaine international, survolé en quelques minutes à la fin de l’émission, ce sont plutôt Fillon et Mélenchon qui communient d’une même voix raisonnablement pro-russe alors qu’Hamon a, dans une sortie aussi courageuse qu’inattendue, durement critiqué l’Arabie Saoudite et le Qatar pour leur œuvre prosélyte en faveur du salafisme. L’ennui, c’est que le candidat du PS se refuse à toute alliance, fût-elle pragmatique, avec la Russie ou l’Iran. De son purisme diplomatique, pourrait donc sortir une France seule, un comble pour ce pourfendeur du « nationalisme » trumpo-mariniste !

Mélenchon au-dessus du lot?

Des déclarations de Miss France (« Je serai le président de la paix ») indignes de l’intelligence mélenchonienne, on ne tirera pas grand enseignement. La péroraison de Marine Le Pen, présidente de « l’ordre » (comprendre : en lieu et place de la chienlit actuelle), témoigne d’une inquiétante absence de vision pour la France, au-delà du refus de l’utopie sans-frontiériste et néo-libérale dans laquelle voudrait nos emmener certains de ses opposants. Aucune perspective de long terme tracée, des questions aussi essentielles que le défi écologique et la révolution transhumaniste peu ou pas abordées, voilà qui fit bailler le spectateur somnolent que j’étais devenu hier à minuit passé.

In fine, Mélenchon aura peut-être tiré son épingle du jeu, malgré sa phraséologie marxiste hors d’âge et son immigrationnisme très impopulaire. Idem pour Macron, dont le costume de jeune premier frais émoulu d’une école de commerce habille ce VRP de la mondialisation heureuse. En-deçà, une Marine Le Pen très IIIe République n’aura su se défaire de ses mauvaises manières ni crever le plafond de verre de la crédibilité. Il ne suffit pas de répéter ad libitum quelque slogans (« patriotisme économique », « priorité aux entreprises françaises ») pour répondre aux interrogations sur son programme. Quant à François Fillon, malgré quelques envolées gaulliennes, sa politique de sape sociale risque de lui coûter électoralement bien plus cher quele harcèlement judiciaire qu’il subit depuis des mois.

En somme, tout concourt à donner raison à Belinda Cannone, dont le constat désabusé ne cesse de me hanter : ainsi que l’énonce cette grande féministe dans La bêtise s’améliore,  on ne débat plus sur des contenus, mais sur des postures… Contre toute attente, et si les vrais gagnants de la soirée étaient les six candidats privés de débat ?

La bêtise s'améliore

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Enquête de C8 sur le FN: circulez, y a rien à voir!

Marine Le Pen en Allemagne, janvier 2017. SIPA. AP22010708_000001

Je suis obéissante. Face aux représentants du FN qui critiquaient la démarche consistant à envoyer un infiltré dans la section niçoise du FNJ (Front national de la Jeunesse), les journalistes nous encourageaient à nous faire notre propre opinion en regardant le reportage en question. C’est ce que j’ai fait. Quatre fois de suite et en prenant des notes.

C’est dingue : ces jeunes journalistes bizuts qui se tapent les reportages en infiltration ont tous la même voix. Si vous en avez le courage, repassez-vous « J’ai infiltré une section du Front national », vous verrez. Il y avait aussi « A l’extrême-droite du Père », absolument jubilatoire (les deux sont dans mon bouquin). Et c’est encore la même voix, alors que ce n’est pas le même bonhomme. Non seulement, il y a une langue des médias mais c’est à se demander s’il n’y a pas une voix des médias. Je ne ferai pas de commentaire sur le ton : je vous laisse apprécier en regardant le dernier petit bijou de C8, « Le FN à la conquête des jeunes, enquête d’un infiltré ».


Le FN à la conquête des jeunes, enquête d’un… par C8TV

Ce reportage est présenté comme une « enquête », donc on devrait apprendre des choses. On n’apprendra rien. On pourra juste jouir du frisson de l’interdit que suscite toujours le principe de la caméra cachée. Mais…

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux.

Débat: le bingo des éléments de langage

Livres sur certains des candidats à la présidentielle 2017. SIPA. 00795068_000002

« – C’est nauséabond, Madame Le Pen ! »

« – C’est mon opinion et je la partage. »

« – Taisez-vous Elkabbach ! »

« – Excusez-moi de vous interrompre Monsieur Juppé, mais… »

« – Vous n’avez pas le monopole du cœur. Moi aussi j’ai un cœur, il bat à son rythme. »

« – Votre programme Monsieur Macron ? Mais quel programme ? »

« – Je suis persécuté par la presse, c’est bien simple je suis la mascotte des tortionnaires… »

« – Moi je peux me regarder dans la glace quand je me rase. »

« – Je propose un plan en 5 ans contre le chômage. »

« – La préoccupation principale des français… »

« – Comme le suggérait Monsieur Attali… »

« – Pas d’amalgame… »

« – Nous ferons entrer la société civile au gouvernement. »

« – Vous ne pouvez pas dire ça, des gens sont morts… »

« – Je propose d’interdire l’embauche des conjoints au poste d’assistant parlementaire. »


Primaire de la gauche : les moments les plus drôles du troisième débat

« – Comme l’a prouvé encore l’attaque de ce week-end à Orly… »

« – Écoutez Monsieur Mélenchon… ou peut-être s’agit-il de votre hologramme ?! »

« – Parlons de la dette… »

« – Moi je suis à l’écoute des français… »

« – UMPS »

« – J’ai fait ce choix en conscience »

« – Je supprimerai les 35h »

« – Je ne crois qu’au travail »

« – C’est de la démagogie ! »

« – Depuis le début de la campagne je sillonne les territoires… »

« – Comme disait Mendes-France… »

« – Je suis Gaulliste ! »

« – Islamo-gauchistes laxistes complices »

« – Nouveau paradigme »

« – Il faut changer de logiciel politique ! »

« – J’ai une pensée pour Chuck Berry »

« – Et alors ? »

Natacha Polony: « La mission d’Orwell.tv est de proposer une parole libre »

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Natacha Polony, février 2014. SIPA. 00677227_000002

Daoud Boughezala. Quel est le principe d’Orwell.tv que vous lancez avec Jean-Michel Quatrepoint et les autres membres du Comité Orwell ?

Natacha Polony. Orwell.tv est une web TV qui propose de décrypter l’actualité politique, économique, géopolitique, intellectuelle, en faisant apparaître les « infrastructures », pour reprendre un terme marxiste, les logiques économiques et idéologiques sous-jacentes, celles qui expliquent pourquoi, aujourd’hui, quels que soient les votes des peuples, quel que soit le degré de désagrégation des sociétés occidentales, les élites politiques, économiques et médiatiques imposent une incroyable résistance à tout changement réel. Pour 5 euros par mois ou 50 euros sur l’année, les abonnés pourront découvrir chaque jour des contenus nouveaux: éditos, réponses aux questions qu’ils nous adresseront sur le site, rencontres avec des auteurs, des observateurs rares de la sociétés et de ses mécanismes, des gens qui œuvrent à proposer des modèles alternatifs… Orwell.tv est donc un média parfaitement indépendant, sans publicité ni grand groupe industriel derrière lui, qui ne vivra que de ses abonnés, ce qui est une des conditions nécessaires pour porter une parole parfaitement libre.

Le comité Orwell exige le pluralisme médiatique mais semble exclusivement composé de journalistes souverainistes. Organisez-vous un média pluriel ou comptez-vous en faire un outil au service d’un combat politique ?

Tous les contributeurs d’Orwell.tv se retrouvent sur une idée essentielle: nous estimons qu’il n’y a pas de démocratie sans souveraineté, c’est-à-dire sans la possibilité pour les individus d’exercer leur libre-arbitre, et pour le peuple de choisir son destin. Souveraineté des individus et souveraineté du peuple, et pour que ces deux éléments soient possibles, souveraineté de la Nation, ce qui signifie qu’elle ne doit pas être soumis à une ou des puissances extérieures. Cette idée est à la fois évidente pour tous, pour peu qu’on veuille s’y pencher avec un tant soit peu d’honnêteté intellectuelle (qui peut souhaiter la soumission et l’aliénation, et prétendre qu’elles ne vident pas la démocratie de son contenu?) mais elle ne préjuge pas des choix politiques. Nous sommes profondément pluralistes non seulement parce que nous acceptons et suscitons le débat avec tous ceux qui ne partagent pas nos options politiques, mais surtout parce que tout en partageant cette conviction première, nous couvrons à peu près tout le prisme politique. Certains d’entre nous, par exemple, considèrent qu’il faut sortir immédiatement de l’Union Européenne et de l’euro, d’autres estiment que, même si cette construction est bancale et destructrice, il faut pourtant y rester. Certains défendent la décroissance, d’autres sont plus libéraux, d’autres plutôt étatistes, plus portés sur les logiques industrielles. Certains sont jacobins, d’autres sont girondins. Notre combat politique, c’est l’émancipation des citoyens. Et nous entendons apporter notre contribution par nos analyses, nos informations, nos décryptages, les débats que nous susciterons.

Sur Internet, la réinfosphère connaît un certain succès, avec des canaux audiovisuels souvent classés à droite dont TV Libertés est le vaisseau amiral. La mission d’Orwell TV est-elle de faire le pont entre les grands médias tels que Le Figaro et la Toile ?

La mission d’Orwell.tv, c’est de proposer une parole libre. Libre économiquement, libre idéologiquement, hors des sentiers battus et des réflexes convenus. Nous ne considérons pas que le métier de journaliste doit se rapprocher de celui de grand inquisiteur, qu’il consiste à débusquer le Mal et à prescrire le Bien. Allez-y voir: nous serons en accès gratuit pendant une semaine. Vous découvrirez par exemple des analyses économiques sur la politique fiscale de Donald Trump ou sur le rôle de la Chine que vous n’aurez nulle part ailleurs. Parce qu’un média libre est aussi un média qui offre une cohérence intellectuelle, une vision critique de l’actualité. Le mariage entre une éthique journalistique, des compétences dans les domaines que nous traitons et un esprit frondeur, peu enclin à suivre le sens du courant. Nous ne prétendons pas « réinformer » mais analyser, donner à penser, débattre. Nous créons un lien avec nos abonnés en répondant à leur questions, en les informant sur les sujets qui les intéressent, sur les domaines qu’ils veulent voir explorés. Bref, nous voulons retrouver le rôle démocratique des médias.

Pour Benoît Hamon, le voile et la minijupe c’est pareil!

Benoît Hamon en meeting à Paris, mars 2017. SIPA. AP22029538_000004

Le député de Trappes vient, avec précision, de développer sa conception de la laïcité. « Si les filles peuvent se rendre au lycée en minijupe, cela doit être également permis aux filles portant le voile », a-t-il déclaré, vendredi, sur RTL. Et il a ponctué cette phrase d’un définitif : « c’est ça la laïcité ! ». Oh oui Benoit Hamon c’est bien ça la laïcité !

Mais pas n’importe laquelle. Pas la laïcité à la française, vieillotte, réactionnaire, et fermée aux vents libérateurs qui soufflent de l’Orient. La laïcité telle qu’on l’enseigne dans les madrassas du Yémen… La laïcité telle qu’on la pratique au Soudan… La laïcité telle qu’on la conçoit en Arabie Saoudite… Une laïcité sans minijupe quand même.

Sainte-Laïcité, priez pour nous!

Le député de Trappes est un homme ouvert. Adepte du vivre-ensemble. Et adorateur farouche du « pas d’amalgame ». La sainte qu’il vénère c’est Sainte-Laïcité. Cette sainte est celle qu’il nous faut, que nous devons aimer pour que la France demeure en paix. Sainte-Laïcité tient la main d’une fille voilée et, protectrice, donne l’autre à une fille en minijupe. Le voile est une APD (Arme de pudeur massive). La minijupe est une ASD (Arme de séduction massive). Elles sont donc faites pour former un couple harmonieux.

>> A lire aussi: Voile et minijupe: un peu de pudeur Esther Benbassa! – Par Elisabeth Lévy

Avec le député de Trappes c’est le bonheur et la joie pour toutes. Le voile avec la minijupe… Le niqab avec le porte-jarretelles. La burqa avec le string… Le burkini avec le bikini… Il n’est pas beau ce mélange ? Il faudrait être aveugle pour ne pas voir les merveilleux effets de ce métissage désiré par Benoit Hamon.

On ne fera pas l’injure au député de Trappes d’insinuer qu’il ignore les noms des pays où la minijupe et le bikini sont interdits sous peine de fouet et parfois de lapidation. Mais Benoit Hamon fait campagne pour être le président de la République française. Pas celui du Soudan, du Pakistan ou du Yémen. Et en vrai républicain, il n’aspire pas du tout à devenir roi d’Arabie Saoudite. Il est Français Hamon, Français de chez Français…

Trappes, le califat de la djellaba

Pour la France, lui l’homme de terrain, il a un modèle : Trappes, la ville dont il est le député. C’est pour cette ville, dont plus de 70% des habitants se déclarent de confession musulmane, qu’il avait essayé de faire voter une résolution reconnaissant la Palestine comme Etat. « La résolution-Trappes » avait alors lâché, méprisant, Manuel Valls. Depuis Hamon le hait et Valls le lui rend bien.

A Trappes, les rues sont noires de burqas et blanches de djellabas. C’est pourquoi aucun identitaire islamophobe ne s’y aventure. Les filles en minijupe non plus. Va donc savoir pourquoi ? Mais ça va changer ! Car au nom de sa conception de la laïcité, Benoit Hamon les escortera. Et il interviendra fermement quand on les traitera de « sales putes » ! Et puis – qui sait ? – on verra peut-être grâce à lui dans les rues de la ville des filles voilées portant la minijupe ? Ce serait ça la laïcité selon le député de Trappes.

Philippot chez Ruquier: de Charybde en Célarié

philippot celarie ruquier moix fn

Samedi soir, la convocation de Florian Philippot sur le plateau d’« On n’est pas couché » tenait tantôt de la garde à vue, tantôt du procès pour crime contre l’humanité.

Florian Philippot – On n’est pas couché 18 mars… par onpc

Concédant que le numéro du Front national n’était ni raciste, ni homophobe (!), les accusateurs publics Ruquier, Burgraff et Moix se sont consolés en faisant assaut de reduction ad hitlerum en direction de « la base » du FN, prétendument nazie.

Dérapages antiracistes

L’amalgame entre Philippot et Goering, un comble pour un mouvement dont le programme économique voudrait faire la nique à l’Allemagne ! Passé à la question, le vice-président du Front national a dû renchérir sur le terrain vivre-ensembliste, compensant à qui mieux-mieux les sorties négationnistes d’un cadre niçois par des dérapages antiracistes. Valls ? Un facho invétéré obsédé par la race, étant entendu qu’évoquer les « blancs, les whites, les blancos » aurait dû le priver de toute carrière politique et lui valoir un exil au bagne de Cayenne. La France ? Une idée déconnectée de tout substrat ethno-culturel. A ce tarif-là, De Gaulle, thuriféraire d’un pays de « race blanche, de culture gréco-latine et de religion chrétienne » où les minorités devraient rester des minorités, serait un Günther en puissance. L’immigration ? Un fléau purement économique qui pèse sur le pouvoir d’achat du travailleur français. Jean Raspail, l’auteur du Camp des saints ? Un infréquentable que Marine Le Pen – ou plutôt son père – a sans doute lu d’un œil distrait.

Son marxisme culturel ne le sauve pas

Mais ces accents de Georges Marchais new look n’ont pas suffi à tempérer les ardeurs du Comité de salut public cathodique. Atteint par la fièvre du samedi soir, le trio de l’émission s’est pris pour le tribunal de Nuremberg, à ceci près que les dignitaires nazis avaient droit à un avocat et pouvaient répondre aux questions des magistrats sans être coupés. Las, Philippot, auteur d’une prestation très moyenne, a à peine pu esquisser son programme, occupé qu’il était à répondre à l’offensive groupée des animateurs et du tandem d’invitées Isabelle Mergaut/Clémentine Célarié. Les deux saltimbanques, drapées dans leur indignation, ont  eu des haut-le-cœur à la seule vue du pauvre Philippot, en rien disculpé par son marxisme culturel. Tandis que Mergaut se targuait de faire apprendre l’arabe à sa fille noire (sic), Célarié a carrément refusé de serrer la main du méchant frontiste avant de déclarer avoir craché dans son verre.

N’ayant pas la vocation d’un inquisiteur, je ne lui intenterai aucun mauvais procès, quoique l’actrice quasi-sexagénaire répugne peut-être à effleurer des homosexuels séronégatifs.

La scène de samedi a finalement donné raison à Manuel Valls : dans notre bel et grand pays régi par l’égalité, il est bien deux gauches irréconciliables…

Le Camp des Saints ; précédé de Big Other

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«En 2017 ou en 2022, la France périphérique fera basculer la présidentielle»

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Dole, 2014. Photo: Albert Ziri.

Daoud Boughezala. Votre diagnostic des « fractures françaises » et de l’abandon de la France périphérique (rurale et péri-urbaine) infuse le débat public ces dernières années. Avez-vous l’impression d’influencer les discours des candidats à l’élection présidentielle ?

Christophe Guilluy. Les candidats ont compris que la France périphérique existait, c’est pourquoi leurs diagnostics sont assez proches. Mais ils ont la plus grande difficulté à remettre en cause leur modèle économique, aussi ne dépassent-ils pas le stade du constat. Un parti et un discours politiques s’adressent d’abord à un électorat. Or, l’électorat de la France périphérique se trouve ailleurs que dans les grands partis de gouvernement, ce qui complique un peu les choses. François Fillon a compris que son socle électoral libéral-conservateur ne suffisait pas et qu’il devait aussi parler à cette France populaire périphérique. Au PS, certains cadres m’ont contacté pendant la primaire car ils ont compris que quelque chose se jouait dans ces territoires. Mais ces élus lucides sont enfermés dans leur électorat, ce qui n’aide pas ces thématiques à émerger. En réalité, aucune thématique n’a émergé dans la campagne présidentielle. Une fois l’affaire Fillon retombée, le débat portera sur un autre sujet monothématique :  quel niveau le Front national atteindra. Cela permet de ne pas parler de l’essentiel.

Justement, quel est l’essentiel à vos yeux ?

Le Front national n’est que la fin d’une longue histoire de mise à l’écart de ce qu’on appelait hier la classe moyenne et aujourd’hui les classes populaires. Ces dernières soulèvent des problèmes aussi essentiels que le choix du modèle économique mondialisé, le multiculturalisme, les flux migratoires. Passer son temps à se demander si Marine Le Pen peut atteindre 30%, 35%, 45% voire être élue permet de faire l’impasse sur le fond. Si rien n’est fait, Marine Le Pen ou un autre candidat contestant le modèle dominant sous une autre étiquette gagnera en 2022, si ce n’est en 2017. On est à un moment de basculement. Il suffit de prolonger les courbes et les dynamiques en cours pour comprendre que si cela ne se fait pas maintenant, cela arrivera plus tard. De deux choses l’une : soit on décide de se rendre sur ces territoires délaissés et de prendre au sérieux le diagnostic des habitants, soit on reste dans une logique de citadelle qui consiste à serrer les fesses pour préserver l’essentiel et essayer de passer encore un tour.

N’est-il pas légitime de s’inquiéter de la montée des « populismes » ?

Rien ne sert de s’alarmer sans comprendre les causes des phénomènes qu’on combat. Le FN n’est qu’un indicateur. De la même manière, après le Brexit et l’élection de Trump, le monde d’en haut a exprimé son angoisse. Mais les racines du Brexit sont à chercher dans le thatchérisme qui a désindustrialisé le Royaume-Uni. Et les racines de la victoire de Trump se trouvent dans les années 1980 et 1990, époque de dérégulation et de financiarisation de l’économie sous Reagan et Clinton. Sur le temps long, l’émergence du Front national correspond bien sûr à l’installation d’une immigration de masse mais aussi à la désindustrialisation de la France engagée à la fin des années 1970.

En cas de second tour entre Marine Le Pen d’un côté et François Fillon ou Emmanuel Macron de l’autre,  les sondages annoncent la victoire des gagnants de la mondialisation, pourtant minoritaires dans le pays…

C’est systémique. Jusqu’à une certaine mesure, la diabolisation du FN marche. Car si on prend une à une les grandes thématiques qui structurent l’électorat, comme le rapport à la mondialisation, le capitalisme mondialisé, la financiarisation, l’immigration (70% des Français considèrent qu’il faut arrêter les flux migratoires !), on obtient des majorités écrasantes en faveur du discours du FN. Et pourtant le Front national ne rassemble qu’une minorité d’électeurs. Cela veut bien dire que la diabolisation fonctionne, quoique de plus en plus mal. Si le système en place parvient à faire élire un Macron, il préservera l’essentiel mais en sortira fragilisé : certains sondages donnent Marine Le Pen à 40% voire 45% au second tour, ce qui est considérable par rapport aux 18% de Jean-Marie Le Pen en 2002. La dynamique est de ce côté-là. De ce point de vue, la grande différence entre Marine Le Pen et Donald Trump c’est que celui-ci avait la puissance du Parti républicain derrière lui, ce dont ne dispose pas la présidente du FN.

Pour l’instant, Marine Le Pen se fait systématiquement battre dans les sondages par le champion libéral-libertaire Emmanuel Macron…

N’oublions pas que la France d’en haut agglomère beaucoup de monde, toutes les catégories qui veulent sauver le statu quo ou l’accentuer, autant dire les privilégiés et les bénéficiaires du système économique en place. Ce qui est intéressant chez Macron, c’est qu’il se définit comme un candidat ni de gauche ni de droite. Il arrive d’en haut et en cas de duel avec Marine Le Pen au second tour, on verra un clivage chimiquement pur : le haut contre le bas, les métropoles mondialisées contre la France périphérique, etc. Même si ces sujets-là ne seront à mon avis pas abordés si on a droit à une quinzaine antifasciste entre les deux tours. On voit bien que le clivage droite-gauche est cassé. Mais l’amusant, c’est qu’au moment où ce clivage ne marche plus, on organise des primaires de gauche et de droite dont les vainqueurs (Hamon et Fillon) sont d’ailleurs aujourd’hui dans l’impasse !

Macron serait-il plus lucide ?

J’avais rencontré Emmanuel Macron et lui avais montré mes cartes. Dans son livre Révolution, il cite d’ailleurs La France périphérique plusieurs fois. C’est quelqu’un d’intelligent qui valide mon diagnostic sans bouger de son système idéologique. Selon la bonne vieille logique des systèmes, quand le communisme ne marche plus, il faut plus de communisme, quand le modèle mondialisé ne fait pas société, quand la métropolisation ne marche pas, il faut encore plus de mondialisation et de métropolisation ! Le bateau ne change pas de direction mais tangue sérieusement.

Au-delà du diagnostic et des grandes incantations autour du besoin de frontières et du patriotisme économique, le FN propose-t-il une alternative crédible  pour remédier aux inégalités socio-territoriales ?

Pour le moment, personne n’offre de véritable modèle alternatif. C’est toute la difficulté. Quand je me balade en France, j’entends des élus qui ont des projets de développement locaux mais tout cela est très dispersé et ne fait pas un projet à l’échelle du pays. D’autant que ces élus et ces territoires détiennent de moins en moins de pouvoir politique. A l’image de la Clause Molière contre le travail détaché, c’est par petites touches que le système sera grignoté. Mais n’oublions pas que les élus locaux ne pèsent absolument rien ! Les départements n’ont par exemple plus aucune compétence économique, ce qui fait que la France périphérique a perdu non seulement sa visibilité culturelle mais aussi son pouvoir politique. Changer les choses exige une certaine mobilité intellectuelle car il ne s’agira pas de gommer du jour au lendemain le modèle économique tel qu’il est. On ne va pas supprimer les métropoles et se priver des deux tiers du PIB français ! Dans l’état actuel des choses, l’économie française se passe de la France périphérique, crée suffisamment de richesses et fait un peu de redistribution. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si l’idée du revenu universel arrive aujourd’hui sur le devant de la scène avec Benoît Hamon.

Que voulez-vous dire ?

La question centrale demeure : comment donner du travail à ces millions de Français ? Comment faire société avec cette France rurale et péri-urbaine ? Le revenu universel valide la mise à l’écart de la classe moyenne paupérisée dans les pays développés. A partir de là, reste à gérer politiquement la question pour éviter les révoltes et autres basculements politiques violents. Dans l’esprit des gagnants de la mondialisation, cela risque de se faire à l’ancienne, avec beaucoup de redistribution, des cotations, voire un revenu universel. Mais ils oublient un petit détail : ce gros bloc constitue potentiellement une majorité de Français !  En réalité, les tenants du système n’ont aucun projet pour le développement économique de ces territoires, si ce n’est de prétendre que la prospérité des métropoles arrivera par ruissellement jusqu’aux zones rurales et que le numérique nous fera nous en sortir. Ils ne perçoivent absolument pas la dynamique de désaffiliation politique et culturelle qui s’approfondit dans ces territoires. Ce n’est pas socialement  ni politiquement durable. Si la France d’en haut ne fixe pas comme priorité le sauvetage des classes populaires, le système est condamné. Les métropoles sont devenues les citadelles intellectuelles du monde d’en haut.

… et le FN, le porte-voix de la France d’en bas ?

Le FN, qui est le parti de la sortie de la classe moyenne, a capté les catégories délaissées les unes après les autres. D’abord les ouvriers, premiers touchés par la mondialisation, puis les employés, les paysans et maintenant la petite fonction publique. En face, le monde hyper-intégré se réduit comme peau de chagrin.



La morale n’a rien à voir avec la politique

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Bruno Le Roux a démissionné de son poste de ministre de l'Intérieur. Photo: janvier 2015. SIPA. 00703389_000026
Bruno Le Roux a démissionné de son poste de ministre de l'Intérieur. Photo: janvier 2015. SIPA. 00703389_000026

Les solides élans de vertu de la France contemporaine me sidèrent un peu. On veut, paraît-il, des hommes politiques intègres. Curieux discours, qui met en avant certaines qualités qui ne sont pas essentiellement politiques, mais morales. Mais qu’est-ce que la morale a à faire avec la politique ? Relisez Machiavel, relisez Gabriel Naudé, puis posez-vous la question : qu’est-ce qui est prioritaire, en politique ? Celui qui a acheté le veston, ou les qualités de l’homme à l’intérieur du veston ? Je ne doute pas que le Canard enchaîné, qui dispose manifestement d’un dossier très complet tombé du ciel, ait encore sous le coude la facture insensée du fournisseur des caleçons de Fillon — il a eu jadis celle des chaussettes cardinalices de Balladur. Et alors ? On distille des sous-entendus sur les mœurs de tel autre — mais qu’en avez-vous à faire ? On sort des histoires sur le chauffeur de l’un et le garde du corps de l’autre — et puis ?

Plutôt que d’exiger un politique « propre » — une exigence portée par nombre d’électeurs qui ne le sont guère —, je préférerais que l’on exigeât (c’est chouette, l’imparfait du subjonctif, ça vous fait immédiatement passer pour un réactionnaire aux yeux des imbéciles) des hommes politiques compétents — prioritairement. Des hommes d’Etat, y compris de sexe féminin, à l’aventure.

Mais ça, évidemment, c’est plus rare. Chez les politiques comme chez leurs électeurs.

J’ai un peu travaillé sur le XVIIème siècle, particulièrement sur les années 1648-1658, autour de la Fronde et de la Guerre de Trente ans. Et j’en ai tiré une grande admiration pour les politiques de l’époque — Retz, conspirateur-né qui avait distribué des dizaines de milliers d’écus d’aumônes pour soulever le peuple des gueux, Condé, « né capitaine », qui n’hésita jamais à trahir son royal cousin et à diriger contre lui les armées de l’ennemi espagnol, et surtout Mazarin, qui sut résister à la Fronde, et signer les traités de Westphalie et la Paix des Pyrénées. C’est lui, juste derrière Louis XIV dont il contrôle l’embrassade avec son homologue espagnol, Philippe IV.

Mettons les événements en balance. Mazarin était d’une origine obscure, il n’avait pas un sou vaillant quand il arriva à Rome, il coucha avec qui il fallait — hommes et femmes, disent les pamphlétaires de l’époque —, il fit même semblant d’entrer dans les ordres (tout en s’en gardant bien, lui qui avait des choses de la religion une vision essentiellement utilitaire, ce qui lui permit d’être nommé cardinal à 39 ans, et peut-être après d’épouser la Reine de France, Anne d’Autriche), il s’affecta à lui-même les revenus de 21 des plus grosses abbayes de France, et mourut en laissant une énorme fortune (il était probablement l’homme le plus riche de France, peut-être d’Europe) acquise par des procédés absolument délictueux, même selon les normes de l’époque. Et alors ?

Il avait acquis à la France…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

Bréviaire des politiciens

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La fabrique du crétin: La mort programmée de l'école

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Débat présidentiel: un bon téléfilm du lundi soir

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Les cinq candidats à la présidentielle choisis par TF1 pour débattre sur son plateau, lundi 20 mars 2017. SIPA. 00798839_000001
Les cinq candidats à la présidentielle choisis par TF1 pour débattre sur son plateau, lundi 20 mars 2017. SIPA. 00798839_000001

Il en fallait du courage pour aller jusqu’au bout du premier débat de l’élection présidentielle 2017. Trois heures vingt au compteur, un lundi soir en plus ! C’est presque aussi long que Lawrence d’Arabie ou Ben Hur, et même si ce n’est pas bien de s’attaquer au physique, les oreilles décollées de Benoit Hamon, le gueuloir de Marine Le Pen, les poses de jeune premier de Manu Macron ou les mimiques de papa ours de Mélenchon, ça ne vaut ni Charlton Heston, ni le regard limpide de Peter O’Toole en Technicolor. Même Fillon ne fait pas le poids avec ses costards à 15 000 €. C’est bien d’ailleurs la première fois qu’on fait ce coup-là au citoyen et téléspectateur lambda : lui sortir un débat-fleuve de premier tour entre cinq candidats, c’est du (presque) jamais vu en Ve République.

Après les primaires qui sortent les ténors de LR et du PS, les juges qui se mettent en campagne et obligent François Fillon à changer de costume et de slogan, il va falloir arrêter un peu les innovations sinon on se demande ce qui restera à Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon pour nous surprendre avec leur changement de République. Depuis quelques mois on a l’impression d’avoir changé trois fois de président et mangé quatre Républiques au petit-déjeuner. On est blasé vous comprenez ? Pourquoi ne pas embaucher les gardes du corps comme assistants parlementaires et Jean-Marc Ayrault comme ministre des Affaires étrangères tant qu’on y est ? Ca devient n’importe quoi là : un débat de de trois heures en semaine ! Comme dirait l’autre, il y a des gens qui bossent. Et quand je pense que les six autres voulaient aussi en être, on aurait aussi bien pu organiser une nocturne et bruncher à sept heures du matin. Ils prennent les électeurs pour qui ces gens ? Des rentiers qui n’ont que ça à faire ?

Mélenchon fait le spectacle

Bon, visiblement, soit l’électorat compte beaucoup d’oisifs, soit les gens aiment se faire du mal ou sont vraiment – au choix – terrifiés ou chauffés à blanc par cette élection. 9,8 millions de téléspectateurs auraient suivi le débat selon France Info avec un pic à 11,3 millions et 47% de part d’audience, écrasant au passage le débat de la primaire de droite (deux fois moins), le débat de la primaire de gauche (trois fois moins), Cyril Hanouna, Une flic entre deux feux (la série TV de la 2), Super Nanny, Wolfgang Amadeus Mozart sur France 5 et Alain Delon sur Arte. Tout ça pour entendre Emmanuel Macron et Marine Le Pen déterrer le burkini de guerre, Jean-Luc Mélenchon demander à cette dernière si elle comptait abroger le Concordat, Benoit Hamon parler de vote utile et François Fillon compter les milliards distribués par ses camarades, tout à leurs promesses. Cela valait-il vraiment le coup de snober Amadeus ou Mort d’un pourri pour assister à ça ? Oui, et pour de nombreuses raisons.

>> A lire aussi: Débat présidentiel: beaucoup de bruit pour presque rien

D’abord, pour Jean-Luc Mélenchon, assurément le roi de la répartie ce soir-là. La présence du leader de la France Insoumise chez TF1, tout comme celle de la chef de file du Front national sur un même plateau télé constituait en soi un puissant argument. La dernière fois que ces deux-là avaient vraiment croisé le fer, l’entretien s’était révélé saignant. En 2012, dans l’émission Des paroles et des actes de David Pujadas, Marine Le Pen avait quand même fini par bouder et refuser de débattre avec le candidat du Front de gauche, faisant mine de lire ses notes et le journal, affectant d’ignorer un Jean-Luc Mélenchon déchaîné. Mais à l’époque, le Front de Gauche pouvait encore prétendre jouer dans la même cour que le Front national, encore sous le coup de sa formidable gamelle du premier tour des élections de 2007. En 2017, les sondages entonnent une autre chanson et Mélenchon a d’autres cibles. Il y a les ennemis idéologiques et les adversaires d’appareil. Et Mélenchon ne pouvait que se réjouir de voir Emmanuel Macron et Benoit Hamon s’empoigner en direct sur le plateau de TF1. Mélenchon et Hamon ont des parcours étrangement liés. Pour tous deux, le Congrès de Reims en 2008 a signifié la rupture, vécue et assumée de manière différente puisque Mélenchon a quitté le PS à cette occasion, après l’arrivée en tête de la motion Royal, pour créer un nouveau mouvement « sans concession face à la droite », tandis que Benoit Hamon, homme d’appareil et apparatchik de second rang, commençait à ce moment à se tailler le costume de « rassembleur des frondeurs » qu’il endossera sous le gouvernement Hollande avant de devenir le champion surprise de la gauche[1. Pour en savoir plus sur les très riches heures du congrès de Reims, on recommandera chaudement la lecture de Hold-ups, arnaques et trahisons,signé des journalistes d’Europe 1 Antonin André et Karim Rissouli]. Au terme d’un cycle politique riche en retournements et en paradoxes, un Mélenchon plus insoumis que jamais qui a mis ses alliés communistes dos au mur et un Hamon lâché par ses ex-camarades du PS se retrouvent en position de se disputer le leadership d’une extrême-gauche recomposée.

C’est Machiavel qu’on assassine!

De son exil idéologique, Hamon, dénoncé comme trop clivant par ses ex-camarades, désormais pour partie aspirants-macroniens, regarde avec aigreur le nouvel astre briller au-dessus des cendres du défunt PS. Alors, Hamon, qui s’était déjà fait voler en 2008 son combat contre Royal par Aubry, tente encore durant le débat, de se hisser au niveau de son nouvel adversaire. Las ! Durant tout le débat, Hamon aura beau tenter d’écorner la belle image lisse d’Emmanuel Macron, de proposer un « futur désirable » et de défendre son revenu universel, dont il ne reste déjà plus grand-chose dans son programme, on le sent tout du long ravalé au rang de second couteau. Tout juste bon à traiter Marine Le Pen de « droguée des faits divers » – ce qui est assez drôle -, à dénoncer un « débat politique nauséabond » et à dérouler l’insipide rhétorique d’un réformisme bien-pensant, il ne parvient pas à exister face à un Mélenchon qui en fait des tonnes dans l’utopisme tonnant. Ce dernier ricane franchement quand Macron et Hamon se font reprendre par Gilles Bouleau à l’issue d’une longue passe d’arme. « C’est un débat à cinq », leur rappelle le journaliste. « Mais il faut bien qu’il y ait un débat au PS », ajoute, perfide, Mélenchon en arrière-plan.

En face du pauvre Hamon et du tonitruant Mélenchon, Marine Le Pen se démène elle aussi, comme une diablesse, pour taper à la fois sur Fillon et sur Macron, et faire contrepoids à Mélenchon. Mais si les arguments de ce dernier apparaissent souvent aussi généreux que surréalistes, il réussit cependant à conserver pour lui l’avantage d’une rhétorique flamboyante, à défaut d’être vraiment convaincant. Marine Le Pen, elle, donne l’impression de manier, toujours avec la même dextérité de camionneur chevronné, le même rouleau compresseur sur les mêmes sentiers battus. C’est la fêlure dans la carapace du démagogue qui apparaît : celui qui s’appuie sur des vérités pour s’élancer vers l’abstraction séduisante voit sa course s’achever dans le domaine du ressassé et du slogan. Marine Le Pen tance, répète, réaffirme, mais ce que son discours recèle de vérité se mue en obsessions qui oblitèrent progressivement tout ce que, de son projet futur, l’on pourrait demander que la candidate expose.

Pendant ce temps, François Fillon calcule les dépenses de ses adversaires pour la Défense, l’Ecole, contre le chômage, pour la relance, la croissance, la consommation des ménages. Celui que les journaux et la justice questionnent depuis deux mois sur le salaire de son épouse et de ses enfants, et le prix de ses costumes, n’en peut plus d’entendre les autres candidats promettre, promettre et promettre encore. Emmanuel Macron, lui, est d’accord, la plupart du temps, avec tout le monde. Quand on l’attaque, il fait le dos rond, sourit finement, répète « c’est pour moi ça ! », en mettant les rieurs de son côté. Le reste du temps, il acquiesce, abonde, « un coup à gauche, un coup à droite », comme lui reproche Mélenchon. Le rusé Macron a, paraît-il, étudié Machiavel. Il doit donc sûrement avoir en tête le début du chapitre XVIII du Prince : « Chacun comprend combien il est louable pour un prince d’être fidèle à sa parole et d’agir toujours franchement et sans artifice. De notre temps, néanmoins, nous avons vu de grandes choses exécutées par des princes qui faisaient peu de cas de cette fidélité et qui savaient en imposer aux hommes par la ruse. Nous avons vu ces princes l’emporter enfin sur ceux qui prenaient la loyauté pour base de toute leur conduite. » Emmanuel Macron pourrait se souvenir que si Machiavel conseille d’être quelquefois renard, il recommande aussi de savoir être lion et qu’il faut également savoir « déguiser cette nature de renard », ce que Macron, apparemment n’a pas su faire, paraissant si constamment souple, aimable et calculateur qu’il en devenait presque grossier dans ses manières si rondes.

Mais, après tout, le reproche pouvait, lundi soir, s’adresser à tous les candidats qui semblaient avoir adopté cette autre maxime machiavélienne : « les hommes, en général, jugent plus par leurs yeux que par leurs mains, tous étant à portée de voir, et peu de toucher. Tout le monde voit ce que vous paraissez ; peu connaissent à fond ce que vous êtes, et ce petit nombre n’osera point s’élever contre l’opinion de la majorité, soutenue encore par la majesté du pouvoir souverain. » L’opinion, comme chacun sait, ça se travaille. Chacun des candidats s’y applique avec ferveur et comme dit, encore une fois, Machiavel : « un trompeur saura trouver toujours quelqu’un qui se laisse tromper. » Mais la politique n’est pas seulement la conquête du pouvoir, elle en est ensuite l’exercice. Et le débat de lundi ne laissait deviner aucun homme ou aucune femme qui semble vraiment en mesure de s’acquitter de cette tâche. Le plus difficile dans l’art de gouverner est peut-être de savoir décevoir après avoir tant voulu séduire.

Euro: faut-il vraiment avoir peur d’en sortir?

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Sipa. Numéro de reportage : 00632080_000003.
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Sipa. Numéro de reportage : 00632080_000003.

Les grandes fortunes financières veulent absolument faire élire Emmanuel Macron à la présidence de la République française, celui-ci leur ayant donné de nombreux gages depuis son parcours à la Banque Rothschild puis à l’Élysée, notamment en permettant le passage d’Alsthom-Energie entre les mains de l’américain General Electric, puis le rachat de SFR par le magnat Franco-israélien  Patrick Drahi (lequel abrite sa fortune dans les paradis fiscaux). Après avoir plombé la candidature de François Fillon par des méthodes plus anti-démocratiques les unes que les autres, la haute finance s’affole à l’idée que la présidence pourrait échoir à Marine Le Pen. C’est dans ce contexte qu’il faut lire l’article qu’a publié Le Figaro le 9 marssur le « scénario noir » que constituerait pour la France la sortie de l’euro. On tente ainsi d’effrayer les électeurs avec un titre en première page et une série d’arguments présentés, dans les trois pages suivantes, par des auteurs inconnus mais se référant à des opinions émises par les financiers.

Le fiasco de la monnaie unique

On feint d’ignorer délibérément les conséquences qu’a eues l’entrée de la France dans l’euro. On peut les estimer en nous comparant aux principaux pays industrialisés qui disposent de leur souveraineté monétaire (États-Unis, Grande Bretagne, Suède). Sur la période 2000-2015, la France accuse un retard de croissance cumulé compris entre 11 % et 16 % de son PIB, soit une perte sèche comprise entre 236 et 344 milliards €, soit encore une perte de prélèvements obligatoires de 106 à 155 milliards €. À ce manque à gagner s’ajoutent le coût du chômage, celui de la lutte contre la pauvreté et la situation des systèmes de retraite, très sensibles au taux de croissance de l’économie.

Dès décembre 2011, un collectif de douze économistes français de renom avait demandé un démontage concerté de l’euro. Tous les économistes compétents, notamment de nombreux prix Nobel,  admettent l’échec patent de la monnaie unique. Ceux qui voudraient la garder reconnaissent que la seule solution serait de construire une « Europe fédérale des transferts », où les plus riches des pays paieraient éternellement pour les plus pauvres. Si cette solution semble viable économiquement, elle ne l’est pas politiquement, car les peuples européens n’en veulent pas, à commencer par les Allemands qui seraient les premiers concernés.

Pour tenter de sauver l’euro, le président de la BCE, Mario Draghi, a abandonné la politique de son prédécesseur fin 2014. La dépréciation de cette monnaie a été obtenue grâce à une création monétaire excessive et des taux d’intérêt quasi-nuls, selon la méthode américaine (Quantitative Easing), ce qui engendre désormais une inflation des actifs, une diminution des investissements dans l’économie et le gonflement de bulles spéculatives, lourdes de menaces. Si cette dépréciation semble favorable pour la compétitivité vis-à-vis du reste du monde, elle n’a rien changé aux deux disparités structurelles entre les pays de la zone euro : d’une part la divergence chronique des rythmes d’évolution des prix intérieurs, qui reflète la diversité socio-culturelle des pays de cette zone; d’autre part la différence d’efficacité des systèmes productifs et des spécialisations sectorielles, qui persiste toujours entre les économies concernées. Par rapport à l’Allemagne, les experts du FMI estiment ainsi que la France a désormais un écart de compétitivité de 20 %.

Pour sortir du piège de l’euro, la bonne solution serait de renégocier un nouveau Traité européen, de façon à revenir à une monnaie commune, c’est-à-dire à une unité de compte équivalente à l’ancien écu (solution qui prévalait avant l’euro). Par rapport à celle-ci, les taux de change des monnaies nationales pourraient être stabilisés en termes réels, c’est-à-dire en tenant compte de la divergence inévitable des rythmes d’inflation. La dette souveraine de l’État français, émise pour 97 % en droit français, serait convertie en notre nouvelle monnaie nationale, selon le principe de la lex monetae, puisqu’en vertu du droit international, chaque pays a droit à sa souveraineté monétaire.

Au lieu de recourir à la finance internationale, tout nouveau déficit budgétaire serait financé monétairement sans aucune inflation, par la mise à disposition des ressources résultant de l’augmentation souhaitée de la masse monétaire en circulation. Ce serait la seule voie d’injection monétaire, la source bancaire étant tarie du fait de la réforme monétaire préconisée par Maurice Allais. Pour être crédible, et afin d’éviter toute dérive démagogique, le principe d’indépendance de la Banque de France serait affiché clairement, dans le cadre d’un mandat assurant une croissance raisonnable de l’offre de monnaie (taux annuel de l’ordre de 4% à 5%, correspondant à l’augmentation du volume de production et d’une hausse modérée des prix).

Un euro pour un nouveau franc

Contrairement aux arguments fallacieux présentés par les tenants de la haute finance, la sortie de l’euro est tout à fait réalisable, ne présentant pas une grande complexité. Dans le cas de la France, il se fera en remplaçant l’euro par un franc nouveau, en échangeant un euro existant contre une unité de cette nouvelle monnaie (un pour un). L’abandon de l’euro aurait certes pour effet de compliquer les formalités des touristes, comme lorsqu’ils vont au Royaume-Uni, mais les changements seront purement formels à l’intérieur de notre pays. Pour les avoirs bancaires, la conversion sera instantanée. Pour les billets, l’échange des billets actuels contre les nouvelles coupures se fera à un coût raisonnable, qu’il nous faudra négocier avec la BCE. Pour les pièces, l’échange pourra se faire rapidement, les pièces actuelles en euros étant gardées provisoirement avant l’échange.

À l’intérieur de l’économie française, les prix des biens, des services et des salaires seront automatiquement convertis selon le taux retenu (un franc nouveau pour un euro). Le même taux de conversion sera appliqué aux actifs intérieurs, qu’il s’agisse des actifs immobiliers, des créances sur l’économie française ou des actions des entreprises de droit français. L’État assurera une garantie publique afin que tous les contrats soient respectés. Les dettes privées internationales des entreprises, portant sur des contrats commerciaux et exprimées en euros, seront, quant à elles, converties en nouvel écu, la monnaie commune. En outre, une étude récente de Cédric Durand et Sébastien Villemot montre que, pour les pays qui feront l’expérience post-euro d’une dévaluation – dont la France -, il n’y a pas de risque bilanciel  (à l’exception de l’Espagne). Ces économistes de l’OFCE proposent ainsi d’abandonner l’euro pour sauver l’Europe.

Effectivement, la négociation avec nos partenaires ne signifie pas que la France veuille sortir de l’Europe. Ne confondons en aucune façon celle-ci avec l’Union européenne. Ce monstre bureaucratique, régi par une Commission dépourvue de toute légitimité démocratique, et appuyé par un « gouvernement des juges », a prouvé sa nocivité, tant pour l’économie que pour la politique migratoire. Un Traité alternatif existe, rédigé sous la direction de Michel Robatel, Président d’honneur de POMONE, et repris aujourd’hui par les partis politiques DLF, MRC et FN. C’est pourquoi il faut le proposer, afin de remplacer cette Union européenne en perdition par une Confédération d’États européens souverains, c’est-à-dire une grande Europe des patries, de l’Atlantique

Débat présidentiel: beaucoup de bruit pour presque rien

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François Fillon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon et Marine Le Pen sur le plateau de TF1 lors du premier débat de la présidentielle, mars 2017. SIPA. AP22029732_000025
François Fillon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon et Marine Le Pen sur le plateau de TF1 lors du premier débat de la présidentielle, mars 2017. SIPA. AP22029732_000025

Le pugilat annoncé a eu lieu. Hier soir, sur TF1, face à deux journalistes insipides (Anne-Claire Coudray et Gilles Bouleau, pour ne pas les nommer), le club des cinq mieux placés dans les sondages a donc débattu. Mention spéciale à François Fillon et Emmanuel Macron pour leur petite larme liminaire versée en vibrant hommage aux six autres candidats absents du plateau. Leur lamento légèrement hypocrite avait un vague parfum de Cérémonie des Gérard, séquence nostalgie, lorsque toute la profession verse des larmes de crocodile pour rendre hommage aux acteurs défunts. S’ils avaient vraiment à cœur d’organiser un débat contradictoire entre les onze prétendants au fauteuil élyséen, que n’ont-ils boycotté ce format antidémocratique ? C’est bien simple, sans Fillon ou Macron, l’émission aurait été annulée et le pluralisme sauf. Mais à l’impossible, nul présidentiable n’est tenu…

Pugilat cacophonique

Passons. Comme on pouvait s’y attendre, la disputatio à cinq a viré au combat de catch de trois heures et demie, avec les rituelles prises contrôlées et indignation forcées. Chacun occupait son emploi jusqu’à la caricature, tels des comédiens du cours Simon : Fillon en ordolibéral austère, Mélenchon en candidat des petits, Macron en champion du « renouveau », Le Pen en porte-parole des sans-grade assoiffés de frontières. Dans un premier temps, l’ancien Premier ministre empêtré dans une guerre des nerfs avec le parquet financier, a paru au-dessus de la mêlée, prenant bien soin de ne pas interrompre ses adversaires et d’éviter le combat de chiffonniers. Difficile lorsque la purge néolibérale qu’il annonce se voit brocardée, notamment par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, l’une dénonçant une prétendue « privatisation de la Sécurité sociale », l’autre dévoilant au plus grand nombre le projet LR de libéralisation totale du temps de travail (« Vous ne pouvez pas au-delà de 48 heures par semaine, c’est la durée maximale légale en Europe », a-t-il fait valoir avec raison).


Le Grand Débat: si vous l’avez raté par LEXPRESS

Aux côtés d’un Macron fin équilibriste, au point de souvent friser le sophisme (une cuiller pour la droite libérale, une cuiller pour la gauche de l’assistanat ; un coup contre le Revenu Social des Indépendants (RSI) qui ratiboise les petits commerçants ; un coup contre leur retour dans le régime général des impôts, une fois républicain laïque intransigeant, une autre adepte du multiculturalisme sans l’aimer), Mélenchon a brillé d’éloquence. Quoi qu’on pense de sa VIe République constituante, de son droit opposable à l’emploi, de sa Sécu qui rase gratis, de son écologisme planificateur, de son angélisme sécuritaire, et j’en passe son amour de la belle langue, doublé d’un lyrisme rappelant les très riches heures du socialisme français, laisse admiratif. En face, le réformisme petit bras d’un Benoît Hamon fait pâle figure : le revenu universel dès 2018 (dans quelles limites ? avec quel argent ?), la défense de la veuve voilée et de l’orphelin, c’est un peu court jeune homme…

D’étonnants rapprochements se sont opérés au cours des échanges souvent cacophoniques. Aux dialogues désaccordés entre Hamon et Macron (parfaitement ironique dans son rôle de méchant banquier fier de son parcours…) qui leur ont valu les sarcasmes d’un Mélenchon (« c’est bien qu’il y ait un débat au PS ! ») ont succédé de profondes convergences économiques entre Macron et Fillon. Dans le domaine international, survolé en quelques minutes à la fin de l’émission, ce sont plutôt Fillon et Mélenchon qui communient d’une même voix raisonnablement pro-russe alors qu’Hamon a, dans une sortie aussi courageuse qu’inattendue, durement critiqué l’Arabie Saoudite et le Qatar pour leur œuvre prosélyte en faveur du salafisme. L’ennui, c’est que le candidat du PS se refuse à toute alliance, fût-elle pragmatique, avec la Russie ou l’Iran. De son purisme diplomatique, pourrait donc sortir une France seule, un comble pour ce pourfendeur du « nationalisme » trumpo-mariniste !

Mélenchon au-dessus du lot?

Des déclarations de Miss France (« Je serai le président de la paix ») indignes de l’intelligence mélenchonienne, on ne tirera pas grand enseignement. La péroraison de Marine Le Pen, présidente de « l’ordre » (comprendre : en lieu et place de la chienlit actuelle), témoigne d’une inquiétante absence de vision pour la France, au-delà du refus de l’utopie sans-frontiériste et néo-libérale dans laquelle voudrait nos emmener certains de ses opposants. Aucune perspective de long terme tracée, des questions aussi essentielles que le défi écologique et la révolution transhumaniste peu ou pas abordées, voilà qui fit bailler le spectateur somnolent que j’étais devenu hier à minuit passé.

In fine, Mélenchon aura peut-être tiré son épingle du jeu, malgré sa phraséologie marxiste hors d’âge et son immigrationnisme très impopulaire. Idem pour Macron, dont le costume de jeune premier frais émoulu d’une école de commerce habille ce VRP de la mondialisation heureuse. En-deçà, une Marine Le Pen très IIIe République n’aura su se défaire de ses mauvaises manières ni crever le plafond de verre de la crédibilité. Il ne suffit pas de répéter ad libitum quelque slogans (« patriotisme économique », « priorité aux entreprises françaises ») pour répondre aux interrogations sur son programme. Quant à François Fillon, malgré quelques envolées gaulliennes, sa politique de sape sociale risque de lui coûter électoralement bien plus cher quele harcèlement judiciaire qu’il subit depuis des mois.

En somme, tout concourt à donner raison à Belinda Cannone, dont le constat désabusé ne cesse de me hanter : ainsi que l’énonce cette grande féministe dans La bêtise s’améliore,  on ne débat plus sur des contenus, mais sur des postures… Contre toute attente, et si les vrais gagnants de la soirée étaient les six candidats privés de débat ?

La bêtise s'améliore

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Enquête de C8 sur le FN: circulez, y a rien à voir!

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Marine Le Pen en Allemagne, janvier 2017. SIPA. AP22010708_000001
Marine Le Pen en Allemagne, janvier 2017. SIPA. AP22010708_000001

Je suis obéissante. Face aux représentants du FN qui critiquaient la démarche consistant à envoyer un infiltré dans la section niçoise du FNJ (Front national de la Jeunesse), les journalistes nous encourageaient à nous faire notre propre opinion en regardant le reportage en question. C’est ce que j’ai fait. Quatre fois de suite et en prenant des notes.

C’est dingue : ces jeunes journalistes bizuts qui se tapent les reportages en infiltration ont tous la même voix. Si vous en avez le courage, repassez-vous « J’ai infiltré une section du Front national », vous verrez. Il y avait aussi « A l’extrême-droite du Père », absolument jubilatoire (les deux sont dans mon bouquin). Et c’est encore la même voix, alors que ce n’est pas le même bonhomme. Non seulement, il y a une langue des médias mais c’est à se demander s’il n’y a pas une voix des médias. Je ne ferai pas de commentaire sur le ton : je vous laisse apprécier en regardant le dernier petit bijou de C8, « Le FN à la conquête des jeunes, enquête d’un infiltré ».


Le FN à la conquête des jeunes, enquête d’un… par C8TV

Ce reportage est présenté comme une « enquête », donc on devrait apprendre des choses. On n’apprendra rien. On pourra juste jouir du frisson de l’interdit que suscite toujours le principe de la caméra cachée. Mais…

Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux.

Débat: le bingo des éléments de langage

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Les livres de certains des candidats à la présidentielle 2017. SIPA. 00795068_000002
Livres sur certains des candidats à la présidentielle 2017. SIPA. 00795068_000002

« – C’est nauséabond, Madame Le Pen ! »

« – C’est mon opinion et je la partage. »

« – Taisez-vous Elkabbach ! »

« – Excusez-moi de vous interrompre Monsieur Juppé, mais… »

« – Vous n’avez pas le monopole du cœur. Moi aussi j’ai un cœur, il bat à son rythme. »

« – Votre programme Monsieur Macron ? Mais quel programme ? »

« – Je suis persécuté par la presse, c’est bien simple je suis la mascotte des tortionnaires… »

« – Moi je peux me regarder dans la glace quand je me rase. »

« – Je propose un plan en 5 ans contre le chômage. »

« – La préoccupation principale des français… »

« – Comme le suggérait Monsieur Attali… »

« – Pas d’amalgame… »

« – Nous ferons entrer la société civile au gouvernement. »

« – Vous ne pouvez pas dire ça, des gens sont morts… »

« – Je propose d’interdire l’embauche des conjoints au poste d’assistant parlementaire. »


Primaire de la gauche : les moments les plus drôles du troisième débat

« – Comme l’a prouvé encore l’attaque de ce week-end à Orly… »

« – Écoutez Monsieur Mélenchon… ou peut-être s’agit-il de votre hologramme ?! »

« – Parlons de la dette… »

« – Moi je suis à l’écoute des français… »

« – UMPS »

« – J’ai fait ce choix en conscience »

« – Je supprimerai les 35h »

« – Je ne crois qu’au travail »

« – C’est de la démagogie ! »

« – Depuis le début de la campagne je sillonne les territoires… »

« – Comme disait Mendes-France… »

« – Je suis Gaulliste ! »

« – Islamo-gauchistes laxistes complices »

« – Nouveau paradigme »

« – Il faut changer de logiciel politique ! »

« – J’ai une pensée pour Chuck Berry »

« – Et alors ? »

Natacha Polony: « La mission d’Orwell.tv est de proposer une parole libre »

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Natacha Polony, février 2014. SIPA. 00677227_000002
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Natacha Polony, février 2014. SIPA. 00677227_000002

Daoud Boughezala. Quel est le principe d’Orwell.tv que vous lancez avec Jean-Michel Quatrepoint et les autres membres du Comité Orwell ?

Natacha Polony. Orwell.tv est une web TV qui propose de décrypter l’actualité politique, économique, géopolitique, intellectuelle, en faisant apparaître les « infrastructures », pour reprendre un terme marxiste, les logiques économiques et idéologiques sous-jacentes, celles qui expliquent pourquoi, aujourd’hui, quels que soient les votes des peuples, quel que soit le degré de désagrégation des sociétés occidentales, les élites politiques, économiques et médiatiques imposent une incroyable résistance à tout changement réel. Pour 5 euros par mois ou 50 euros sur l’année, les abonnés pourront découvrir chaque jour des contenus nouveaux: éditos, réponses aux questions qu’ils nous adresseront sur le site, rencontres avec des auteurs, des observateurs rares de la sociétés et de ses mécanismes, des gens qui œuvrent à proposer des modèles alternatifs… Orwell.tv est donc un média parfaitement indépendant, sans publicité ni grand groupe industriel derrière lui, qui ne vivra que de ses abonnés, ce qui est une des conditions nécessaires pour porter une parole parfaitement libre.

Le comité Orwell exige le pluralisme médiatique mais semble exclusivement composé de journalistes souverainistes. Organisez-vous un média pluriel ou comptez-vous en faire un outil au service d’un combat politique ?

Tous les contributeurs d’Orwell.tv se retrouvent sur une idée essentielle: nous estimons qu’il n’y a pas de démocratie sans souveraineté, c’est-à-dire sans la possibilité pour les individus d’exercer leur libre-arbitre, et pour le peuple de choisir son destin. Souveraineté des individus et souveraineté du peuple, et pour que ces deux éléments soient possibles, souveraineté de la Nation, ce qui signifie qu’elle ne doit pas être soumis à une ou des puissances extérieures. Cette idée est à la fois évidente pour tous, pour peu qu’on veuille s’y pencher avec un tant soit peu d’honnêteté intellectuelle (qui peut souhaiter la soumission et l’aliénation, et prétendre qu’elles ne vident pas la démocratie de son contenu?) mais elle ne préjuge pas des choix politiques. Nous sommes profondément pluralistes non seulement parce que nous acceptons et suscitons le débat avec tous ceux qui ne partagent pas nos options politiques, mais surtout parce que tout en partageant cette conviction première, nous couvrons à peu près tout le prisme politique. Certains d’entre nous, par exemple, considèrent qu’il faut sortir immédiatement de l’Union Européenne et de l’euro, d’autres estiment que, même si cette construction est bancale et destructrice, il faut pourtant y rester. Certains défendent la décroissance, d’autres sont plus libéraux, d’autres plutôt étatistes, plus portés sur les logiques industrielles. Certains sont jacobins, d’autres sont girondins. Notre combat politique, c’est l’émancipation des citoyens. Et nous entendons apporter notre contribution par nos analyses, nos informations, nos décryptages, les débats que nous susciterons.

Sur Internet, la réinfosphère connaît un certain succès, avec des canaux audiovisuels souvent classés à droite dont TV Libertés est le vaisseau amiral. La mission d’Orwell TV est-elle de faire le pont entre les grands médias tels que Le Figaro et la Toile ?

La mission d’Orwell.tv, c’est de proposer une parole libre. Libre économiquement, libre idéologiquement, hors des sentiers battus et des réflexes convenus. Nous ne considérons pas que le métier de journaliste doit se rapprocher de celui de grand inquisiteur, qu’il consiste à débusquer le Mal et à prescrire le Bien. Allez-y voir: nous serons en accès gratuit pendant une semaine. Vous découvrirez par exemple des analyses économiques sur la politique fiscale de Donald Trump ou sur le rôle de la Chine que vous n’aurez nulle part ailleurs. Parce qu’un média libre est aussi un média qui offre une cohérence intellectuelle, une vision critique de l’actualité. Le mariage entre une éthique journalistique, des compétences dans les domaines que nous traitons et un esprit frondeur, peu enclin à suivre le sens du courant. Nous ne prétendons pas « réinformer » mais analyser, donner à penser, débattre. Nous créons un lien avec nos abonnés en répondant à leur questions, en les informant sur les sujets qui les intéressent, sur les domaines qu’ils veulent voir explorés. Bref, nous voulons retrouver le rôle démocratique des médias.

Pour Benoît Hamon, le voile et la minijupe c’est pareil!

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Benoît Hamon en meeting à Paris, mars 2017. SIPA. AP22029538_000004
Benoît Hamon en meeting à Paris, mars 2017. SIPA. AP22029538_000004

Le député de Trappes vient, avec précision, de développer sa conception de la laïcité. « Si les filles peuvent se rendre au lycée en minijupe, cela doit être également permis aux filles portant le voile », a-t-il déclaré, vendredi, sur RTL. Et il a ponctué cette phrase d’un définitif : « c’est ça la laïcité ! ». Oh oui Benoit Hamon c’est bien ça la laïcité !

Mais pas n’importe laquelle. Pas la laïcité à la française, vieillotte, réactionnaire, et fermée aux vents libérateurs qui soufflent de l’Orient. La laïcité telle qu’on l’enseigne dans les madrassas du Yémen… La laïcité telle qu’on la pratique au Soudan… La laïcité telle qu’on la conçoit en Arabie Saoudite… Une laïcité sans minijupe quand même.

Sainte-Laïcité, priez pour nous!

Le député de Trappes est un homme ouvert. Adepte du vivre-ensemble. Et adorateur farouche du « pas d’amalgame ». La sainte qu’il vénère c’est Sainte-Laïcité. Cette sainte est celle qu’il nous faut, que nous devons aimer pour que la France demeure en paix. Sainte-Laïcité tient la main d’une fille voilée et, protectrice, donne l’autre à une fille en minijupe. Le voile est une APD (Arme de pudeur massive). La minijupe est une ASD (Arme de séduction massive). Elles sont donc faites pour former un couple harmonieux.

>> A lire aussi: Voile et minijupe: un peu de pudeur Esther Benbassa! – Par Elisabeth Lévy

Avec le député de Trappes c’est le bonheur et la joie pour toutes. Le voile avec la minijupe… Le niqab avec le porte-jarretelles. La burqa avec le string… Le burkini avec le bikini… Il n’est pas beau ce mélange ? Il faudrait être aveugle pour ne pas voir les merveilleux effets de ce métissage désiré par Benoit Hamon.

On ne fera pas l’injure au député de Trappes d’insinuer qu’il ignore les noms des pays où la minijupe et le bikini sont interdits sous peine de fouet et parfois de lapidation. Mais Benoit Hamon fait campagne pour être le président de la République française. Pas celui du Soudan, du Pakistan ou du Yémen. Et en vrai républicain, il n’aspire pas du tout à devenir roi d’Arabie Saoudite. Il est Français Hamon, Français de chez Français…

Trappes, le califat de la djellaba

Pour la France, lui l’homme de terrain, il a un modèle : Trappes, la ville dont il est le député. C’est pour cette ville, dont plus de 70% des habitants se déclarent de confession musulmane, qu’il avait essayé de faire voter une résolution reconnaissant la Palestine comme Etat. « La résolution-Trappes » avait alors lâché, méprisant, Manuel Valls. Depuis Hamon le hait et Valls le lui rend bien.

A Trappes, les rues sont noires de burqas et blanches de djellabas. C’est pourquoi aucun identitaire islamophobe ne s’y aventure. Les filles en minijupe non plus. Va donc savoir pourquoi ? Mais ça va changer ! Car au nom de sa conception de la laïcité, Benoit Hamon les escortera. Et il interviendra fermement quand on les traitera de « sales putes » ! Et puis – qui sait ? – on verra peut-être grâce à lui dans les rues de la ville des filles voilées portant la minijupe ? Ce serait ça la laïcité selon le député de Trappes.

Philippot chez Ruquier: de Charybde en Célarié

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philippot celarie ruquier moix fn

philippot celarie ruquier moix fn

Samedi soir, la convocation de Florian Philippot sur le plateau d’« On n’est pas couché » tenait tantôt de la garde à vue, tantôt du procès pour crime contre l’humanité.

Florian Philippot – On n’est pas couché 18 mars… par onpc

Concédant que le numéro du Front national n’était ni raciste, ni homophobe (!), les accusateurs publics Ruquier, Burgraff et Moix se sont consolés en faisant assaut de reduction ad hitlerum en direction de « la base » du FN, prétendument nazie.

Dérapages antiracistes

L’amalgame entre Philippot et Goering, un comble pour un mouvement dont le programme économique voudrait faire la nique à l’Allemagne ! Passé à la question, le vice-président du Front national a dû renchérir sur le terrain vivre-ensembliste, compensant à qui mieux-mieux les sorties négationnistes d’un cadre niçois par des dérapages antiracistes. Valls ? Un facho invétéré obsédé par la race, étant entendu qu’évoquer les « blancs, les whites, les blancos » aurait dû le priver de toute carrière politique et lui valoir un exil au bagne de Cayenne. La France ? Une idée déconnectée de tout substrat ethno-culturel. A ce tarif-là, De Gaulle, thuriféraire d’un pays de « race blanche, de culture gréco-latine et de religion chrétienne » où les minorités devraient rester des minorités, serait un Günther en puissance. L’immigration ? Un fléau purement économique qui pèse sur le pouvoir d’achat du travailleur français. Jean Raspail, l’auteur du Camp des saints ? Un infréquentable que Marine Le Pen – ou plutôt son père – a sans doute lu d’un œil distrait.

Son marxisme culturel ne le sauve pas

Mais ces accents de Georges Marchais new look n’ont pas suffi à tempérer les ardeurs du Comité de salut public cathodique. Atteint par la fièvre du samedi soir, le trio de l’émission s’est pris pour le tribunal de Nuremberg, à ceci près que les dignitaires nazis avaient droit à un avocat et pouvaient répondre aux questions des magistrats sans être coupés. Las, Philippot, auteur d’une prestation très moyenne, a à peine pu esquisser son programme, occupé qu’il était à répondre à l’offensive groupée des animateurs et du tandem d’invitées Isabelle Mergaut/Clémentine Célarié. Les deux saltimbanques, drapées dans leur indignation, ont  eu des haut-le-cœur à la seule vue du pauvre Philippot, en rien disculpé par son marxisme culturel. Tandis que Mergaut se targuait de faire apprendre l’arabe à sa fille noire (sic), Célarié a carrément refusé de serrer la main du méchant frontiste avant de déclarer avoir craché dans son verre.

N’ayant pas la vocation d’un inquisiteur, je ne lui intenterai aucun mauvais procès, quoique l’actrice quasi-sexagénaire répugne peut-être à effleurer des homosexuels séronégatifs.

La scène de samedi a finalement donné raison à Manuel Valls : dans notre bel et grand pays régi par l’égalité, il est bien deux gauches irréconciliables…

Le Camp des Saints ; précédé de Big Other

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«En 2017 ou en 2022, la France périphérique fera basculer la présidentielle»

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guilluy macron lepen trump
Dole, 2014. Photo; Albert Ziri.
guilluy macron lepen trump
Dole, 2014. Photo: Albert Ziri.

Daoud Boughezala. Votre diagnostic des « fractures françaises » et de l’abandon de la France périphérique (rurale et péri-urbaine) infuse le débat public ces dernières années. Avez-vous l’impression d’influencer les discours des candidats à l’élection présidentielle ?

Christophe Guilluy. Les candidats ont compris que la France périphérique existait, c’est pourquoi leurs diagnostics sont assez proches. Mais ils ont la plus grande difficulté à remettre en cause leur modèle économique, aussi ne dépassent-ils pas le stade du constat. Un parti et un discours politiques s’adressent d’abord à un électorat. Or, l’électorat de la France périphérique se trouve ailleurs que dans les grands partis de gouvernement, ce qui complique un peu les choses. François Fillon a compris que son socle électoral libéral-conservateur ne suffisait pas et qu’il devait aussi parler à cette France populaire périphérique. Au PS, certains cadres m’ont contacté pendant la primaire car ils ont compris que quelque chose se jouait dans ces territoires. Mais ces élus lucides sont enfermés dans leur électorat, ce qui n’aide pas ces thématiques à émerger. En réalité, aucune thématique n’a émergé dans la campagne présidentielle. Une fois l’affaire Fillon retombée, le débat portera sur un autre sujet monothématique :  quel niveau le Front national atteindra. Cela permet de ne pas parler de l’essentiel.

Justement, quel est l’essentiel à vos yeux ?

Le Front national n’est que la fin d’une longue histoire de mise à l’écart de ce qu’on appelait hier la classe moyenne et aujourd’hui les classes populaires. Ces dernières soulèvent des problèmes aussi essentiels que le choix du modèle économique mondialisé, le multiculturalisme, les flux migratoires. Passer son temps à se demander si Marine Le Pen peut atteindre 30%, 35%, 45% voire être élue permet de faire l’impasse sur le fond. Si rien n’est fait, Marine Le Pen ou un autre candidat contestant le modèle dominant sous une autre étiquette gagnera en 2022, si ce n’est en 2017. On est à un moment de basculement. Il suffit de prolonger les courbes et les dynamiques en cours pour comprendre que si cela ne se fait pas maintenant, cela arrivera plus tard. De deux choses l’une : soit on décide de se rendre sur ces territoires délaissés et de prendre au sérieux le diagnostic des habitants, soit on reste dans une logique de citadelle qui consiste à serrer les fesses pour préserver l’essentiel et essayer de passer encore un tour.

N’est-il pas légitime de s’inquiéter de la montée des « populismes » ?

Rien ne sert de s’alarmer sans comprendre les causes des phénomènes qu’on combat. Le FN n’est qu’un indicateur. De la même manière, après le Brexit et l’élection de Trump, le monde d’en haut a exprimé son angoisse. Mais les racines du Brexit sont à chercher dans le thatchérisme qui a désindustrialisé le Royaume-Uni. Et les racines de la victoire de Trump se trouvent dans les années 1980 et 1990, époque de dérégulation et de financiarisation de l’économie sous Reagan et Clinton. Sur le temps long, l’émergence du Front national correspond bien sûr à l’installation d’une immigration de masse mais aussi à la désindustrialisation de la France engagée à la fin des années 1970.

En cas de second tour entre Marine Le Pen d’un côté et François Fillon ou Emmanuel Macron de l’autre,  les sondages annoncent la victoire des gagnants de la mondialisation, pourtant minoritaires dans le pays…

C’est systémique. Jusqu’à une certaine mesure, la diabolisation du FN marche. Car si on prend une à une les grandes thématiques qui structurent l’électorat, comme le rapport à la mondialisation, le capitalisme mondialisé, la financiarisation, l’immigration (70% des Français considèrent qu’il faut arrêter les flux migratoires !), on obtient des majorités écrasantes en faveur du discours du FN. Et pourtant le Front national ne rassemble qu’une minorité d’électeurs. Cela veut bien dire que la diabolisation fonctionne, quoique de plus en plus mal. Si le système en place parvient à faire élire un Macron, il préservera l’essentiel mais en sortira fragilisé : certains sondages donnent Marine Le Pen à 40% voire 45% au second tour, ce qui est considérable par rapport aux 18% de Jean-Marie Le Pen en 2002. La dynamique est de ce côté-là. De ce point de vue, la grande différence entre Marine Le Pen et Donald Trump c’est que celui-ci avait la puissance du Parti républicain derrière lui, ce dont ne dispose pas la présidente du FN.

Pour l’instant, Marine Le Pen se fait systématiquement battre dans les sondages par le champion libéral-libertaire Emmanuel Macron…

N’oublions pas que la France d’en haut agglomère beaucoup de monde, toutes les catégories qui veulent sauver le statu quo ou l’accentuer, autant dire les privilégiés et les bénéficiaires du système économique en place. Ce qui est intéressant chez Macron, c’est qu’il se définit comme un candidat ni de gauche ni de droite. Il arrive d’en haut et en cas de duel avec Marine Le Pen au second tour, on verra un clivage chimiquement pur : le haut contre le bas, les métropoles mondialisées contre la France périphérique, etc. Même si ces sujets-là ne seront à mon avis pas abordés si on a droit à une quinzaine antifasciste entre les deux tours. On voit bien que le clivage droite-gauche est cassé. Mais l’amusant, c’est qu’au moment où ce clivage ne marche plus, on organise des primaires de gauche et de droite dont les vainqueurs (Hamon et Fillon) sont d’ailleurs aujourd’hui dans l’impasse !

Macron serait-il plus lucide ?

J’avais rencontré Emmanuel Macron et lui avais montré mes cartes. Dans son livre Révolution, il cite d’ailleurs La France périphérique plusieurs fois. C’est quelqu’un d’intelligent qui valide mon diagnostic sans bouger de son système idéologique. Selon la bonne vieille logique des systèmes, quand le communisme ne marche plus, il faut plus de communisme, quand le modèle mondialisé ne fait pas société, quand la métropolisation ne marche pas, il faut encore plus de mondialisation et de métropolisation ! Le bateau ne change pas de direction mais tangue sérieusement.

Au-delà du diagnostic et des grandes incantations autour du besoin de frontières et du patriotisme économique, le FN propose-t-il une alternative crédible  pour remédier aux inégalités socio-territoriales ?

Pour le moment, personne n’offre de véritable modèle alternatif. C’est toute la difficulté. Quand je me balade en France, j’entends des élus qui ont des projets de développement locaux mais tout cela est très dispersé et ne fait pas un projet à l’échelle du pays. D’autant que ces élus et ces territoires détiennent de moins en moins de pouvoir politique. A l’image de la Clause Molière contre le travail détaché, c’est par petites touches que le système sera grignoté. Mais n’oublions pas que les élus locaux ne pèsent absolument rien ! Les départements n’ont par exemple plus aucune compétence économique, ce qui fait que la France périphérique a perdu non seulement sa visibilité culturelle mais aussi son pouvoir politique. Changer les choses exige une certaine mobilité intellectuelle car il ne s’agira pas de gommer du jour au lendemain le modèle économique tel qu’il est. On ne va pas supprimer les métropoles et se priver des deux tiers du PIB français ! Dans l’état actuel des choses, l’économie française se passe de la France périphérique, crée suffisamment de richesses et fait un peu de redistribution. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si l’idée du revenu universel arrive aujourd’hui sur le devant de la scène avec Benoît Hamon.

Que voulez-vous dire ?

La question centrale demeure : comment donner du travail à ces millions de Français ? Comment faire société avec cette France rurale et péri-urbaine ? Le revenu universel valide la mise à l’écart de la classe moyenne paupérisée dans les pays développés. A partir de là, reste à gérer politiquement la question pour éviter les révoltes et autres basculements politiques violents. Dans l’esprit des gagnants de la mondialisation, cela risque de se faire à l’ancienne, avec beaucoup de redistribution, des cotations, voire un revenu universel. Mais ils oublient un petit détail : ce gros bloc constitue potentiellement une majorité de Français !  En réalité, les tenants du système n’ont aucun projet pour le développement économique de ces territoires, si ce n’est de prétendre que la prospérité des métropoles arrivera par ruissellement jusqu’aux zones rurales et que le numérique nous fera nous en sortir. Ils ne perçoivent absolument pas la dynamique de désaffiliation politique et culturelle qui s’approfondit dans ces territoires. Ce n’est pas socialement  ni politiquement durable. Si la France d’en haut ne fixe pas comme priorité le sauvetage des classes populaires, le système est condamné. Les métropoles sont devenues les citadelles intellectuelles du monde d’en haut.

… et le FN, le porte-voix de la France d’en bas ?

Le FN, qui est le parti de la sortie de la classe moyenne, a capté les catégories délaissées les unes après les autres. D’abord les ouvriers, premiers touchés par la mondialisation, puis les employés, les paysans et maintenant la petite fonction publique. En face, le monde hyper-intégré se réduit comme peau de chagrin.