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« L’Emission politique » est indigne du service public

Christine Angot et François Fillon sur le plateau de L'Emission politique de France 2, 23 mars 2017.

François Fillon scotché sous la barre des 20% dans les sondages, distancé de cinq à sept points d’un strapontin pour le deuxième tour, attendait beaucoup de son passage dans « L’émission politique » de France 2 hier soir. On ne sait s’il aura pu rebondir lors de cette émission. On peut en revanche être certain que la politique y aura beaucoup perdu.

Pire que les tweets de Trump?

Peu importe le sort de François Fillon, en fait. Cela fait des mois que cette émission fait honte à la politique française. Avec ses invités-mystères ridicules, avec ses « Français anonymes » triés sur le volet dont on découvre l’identité ultra-militante les jours suivants, avec son humoriste pas drôle à la fin. Ce jeudi soir, nous avons décroché le pompon : Christine Angot, l’invitée-mystère venue interpeller le candidat. La romancière préférée de Libé est venue faire son esclandre et Pujadas ne pouvait évidemment pas l’ignorer. Pour le spectacle. Pour la « punchline » comme on dit aujourd’hui. Echange consternant. Indigne d’une vieille démocratie comme la nôtre.

Quand Karim Rissouli est venu annoncer le record du nombre de tweets (170 000), David Pujadas pouvait jubiler. C’est pourtant davantage François Fillon et ses accusations portées contre l’Elysée qui avaient suscité cette explosion de commentaires sur les réseaux sociaux que la consternante confrontation avec Christine Angot. Mais peu importe. L’important, c’est de faire du buzz, du tweet. Et de l’audience alors qu’il n’y a pas plus de publicité sur le service public de télévision à cette heure. La prochaine fois, que nous réservera l’émission-phare de la politique 2017 ? Un de mes amis taquins propose Isaac de Bankolé face à Marine Le Pen et Douchka face à Emmanuel Macron.

Un dernier mot sur François Fillon qui s’est montré à la hauteur de l’émission en expliquant avec un culot d’acier qu’il avait créé sa société de conseil au moment où il pensait arrêter la politique, mi-2012, c’est-à-dire pile au moment où il briguait la présidence de l’UMP dans une bagarre dont on se rappelle tous très bien – Copé a dû bien rire. Et qu’il a aussi rendu les costumes sur-mesure à Robert Bourgi dont on se demande bien ce qu’il pourra en faire.

Au moment d’éteindre sa télé, on se demande tout de même si on n’est pas victime d’une caméra cachée géante, si Jean-Paul Rouland et Marcel Béliveau ne sont pas finalement encore de ce monde, et associés pour nous piéger, et vont enfin débarquer pour nous rassurer. On se demande aussi s’il était bien raisonnable de moquer le niveau des élections présidentielles américaines et des tweets de Trump. Jusqu’où ira la décomposition de notre vie politique et de son orchestration médiatique ? Peut-on descendre encore dans l’indignité ? Il faut y croire. Ces gens ne connaissent pas de limites.

Retrouvez tous les articles de David Desgouilles sur son blog Antidote


Le bruit de la douche

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GPA: «Le désir d’enfant ne légitime pas un prétendu droit à l’enfant »

marinaro gpa meres porteuses
http://www.publicdomainpictures.net

Daoud Boughezala. Les assises pour l’abolition de la Gestation pour autrui (GPA) se sont réunies une première fois à Paris le 2 février 2016. En un peu plus d’un an, votre combat a-t-il évolué ?

Francesca Marinaro[1. Eurodéputée communiste de 1984 à 1989, Francesca Marinaro a été élue sénatrice du Parti démocrate en 2008. Engagée au sein de l’association féministe « Se non ora quando Libere », elle a organisé le 21 mars 2017 les deuxièmes assises pour l’abolition de la GPA à Rome.] Oui, depuis la réunion de Paris, nous avons progressé dans la bonne direction. D’une part, au cours de la discussion du rapport annuel sur la situation des droits de l’homme dans le monde, le Parlement européen s’est exprimé contre la GPA en votant des amendements sur le sujet. Une large majorité des députés européens a considéré cette pratique comme une atteinte aux droits des hommes et des femmes. D’autre part, les fortes pressions économiques exercées sur les Etats membres du Conseil de l’Europe pour leur faire légaliser le recours aux mères porteuses ont échoué.

N’agitez-vous pas un chiffon rouge alors qu’aucun des candidats à la présidentielle française n’entend légaliser la GPA ?

Cette première bataille gagnée par les signataires des assises de Paris ne signifie pas que nous avons gagné la guerre. Même dans les pays qui interdisent la GPA comme la France et l’Italie, les gens se rendent dans des Etats où elle est légale (Russie, Ukraine) et y ont recours en violation de leur législation nationale. Cette question doit être abordée par le Conseil de l’Europe dont une majorité de pays s’oppose à la GPA en vertu des principes communs à toutes les conventions de protection des droits de l’homme, de la femme et des enfants. Pour ne citer que la Convention de protection des droits de l’enfant, son paragraphe 7 attribue explicitement la maternité de l’enfant à la femme qui l’a porté et mis au monde et précise que cette filiation doit être reconnue dans tous les actes administratifs relatifs à la naissance. Or, nos juridictions saisies sur ces questions ont souvent tendance à oublier la mère porteuse au nom de « l’intérêt majeur de l’enfant ». Mais l’intérêt de l’enfant est de connaître sa mère ! Il faudrait reconnaître la dignité de la femme, sans laquelle on ne saurait reconnaître pleinement la dignité de l’enfant.

Pendant les débats sur le mariage et l’adoption « pour tous » en 2013, certaines associations homosexuelles ont fait valoir leur droit à l’enfant. Que pensez-vous de cet argument égalitariste ?

Cette problématique ne concerne pas seulement les homosexuels. La majorité des gens qui ont recours à la GPA sont hétérosexuels. D’une manière générale, le concept de droit subjectif est en train de dévier au point de changer de nature. Le droit ne doit pas répondre à un désir. Ici, le prétendu droit à l’enfant répond au désir d’enfant, ce qui est assez dangereux. Se concentrer sur le seul désir peut amener très loin, d’autant que c’est quelque chose de changeant et d’évolutif par nature qui ne saurait légitimer un prétendu droit à l’enfant. Aujourd’hui, on voit une production énorme de droits potentiellement très dangereuse pour le bien commun. Produire une telle quantité de législation sur les droits individuels s’avère préjudiciable à la liberté de chacun. Paradoxalement, l’inflation des droits limite la liberté ! La demande d’enfants ne concerne qu’une minorité d’individus et fait fi de l’intérêt commun. Pour mériter d’être reconnu, un droit doit tenir compte des autres. Aujourd’hui, le dévoiement individualiste du droit profite de l’évolution des nouvelles technologies pour mettre sur le marché la reproduction humaine. C’est un fait nouveau dans l’histoire. S’instaure ainsi une nouvelle division du travail s’instaure entre pays producteurs et pays consommateurs de mères porteuses.

Justement, la ténébreuse affaire Paradiso et Campanelli a défrayé la chronique politico-judiciaire en Italie, cette histoire d’un couple transalpin stérile qui a payé une agence de mères porteuses en Russie près de 50 000 euros. Si, en février 2011, leur enfant a été enregistré dans le registre d’état civil de Moscou, à leur retour en Italie, la justice les a poursuivis pour recours illégal à la GPA. Mais coup de théâtre : un test ADN établit que Campanelli n’est pas le père de l’enfant, l’agence russe ayant utilisé le sperme d’un autre donneur. Résultat : les services sociaux retirent au couple la garde de l’enfant et le font adopter par une autre famille italienne en 2013. Saisie, la Cour européenne des droits de l’homme a d’abord donné raison au couple Paradiso et Campanelli avant de se raviser en janvier 2017. Comment expliquez-vous ce revirement ?

Dans cette histoire, il y a eu une sorte de vol de l’enfant et un abus au niveau de ses documents d’état civil. C’est là-dessus que les cours italiennes puis la CEDH se sont prononcées. Cette violation de toutes les règles sur l’adoption a été soulignée par toutes les juridictions italiennes. Il existe un mouvement d’opinion transnational, de plus en plus organisé, contre la GPA. Par le passé, lorsque la CDEH condamnait la France pour son refus d’inscrire les enfants nés de GPA à l’étranger sur ses registres d’état civil, le juge européen ne prenait pas en compte tous les aspects de la question. Or, le problème de la GPA doit être soulevé sur deux plans : l’utilisation du corps de la femme et le droit de l’enfant à connaître la mère qui l’a mise au monde. Ce dernier enjeu apparaît encore de manière très floue dans les arrêts de la CEDH. Soumise à d’intenses pressions, celle-ci devrait approfondir sa réflexion sur les différentes implications de la GPA, qui ne remet pas seulement en cause la dignité de la femme et de l’enfant. C’est un véritable enjeu de vivre-ensemble entre hommes et femmes, qui se joue aussi entre Etats. Suivant l’adage, ma liberté s’arrête là où commence celle des autres !

Education: la grande peur d’un député socialiste

Patrick Bloche quitte le plateau de CNews.

Hier matin, sur C News, j’en ai croisé un beau. Un très beau. Un qui tournera longtemps, longtemps, longtemps, après qu’on les aura tous mis sur orbite.

Il s’appelle Patrick Bloche. Il est député de Paris (il n’a d’ailleurs rien fait d’autre dans sa vie, apparemment, que de la politique), et président de la Commission des Affaires culturelles et de l’Education à l’Assemblée. Il est arrivé en retard sur le plateau, de façon à ne pas avoir à saluer quiconque, et il a commencé à aboyer. « Je suis allé dans des collèges, ce n’est pas du tout ce que vous dites », m’a-t-il lancé. Ah oui ? Dans le XIème arrondissement, dont il est l’élu ?


L’Heure des Pros du 22/03/2017 par CNEWS

Il soutient Benoît Hamon, dont la courbe vient de croiser celle de Jean-Luc Mélenchon et ne remontera pas de si tôt. Et il pense que les réformes de Najat Vallaud-Belkacem sont une chance pour les petits Français. Les déshérités surtout, qui le seront chaque jour davantage.

Il pense aussi (je m’en veux quand même à galvauder ainsi le verbe penser) que si 40% des élèves entrant en Sixième ne savent pas orthographier correctement « le soir tombait », c’est la faute au gouvernement précédent. 2007-2012, le quinquennat maudit.

En revanche, depuis 2012…

Enfin Hollande vint.

Et Najat est son prophète.

Pascal Praud, qui animait l’émission et qui avait déjà eu l’occasion de dire tout le bien qu’il pense du « prédicat », n’en est pas revenu. Voilà que ce mister Bloche tempêtait et hurlait, l’accusant d’être partisan parce qu’il énonçait des vérités d’évidence sur les réformes en cours et l’état orthographique des collégiens — des constats que n’importe quel journaliste de terrain peut faire chaque jour. Mais évidemment, il y aussi le journalisme façon le Monde ou Libé.

En fait, toute vérité non conforme à la doxa gouvernementale, toute tissée de mensonges, est réputée mensongère. Orwell a très bien expliqué que sous le règne de Big Brother, l’Ignorance, c’est la force. Et que 2 + 2 = 5. La démocrature, c’est quand le déni de réalité devient une façon de gouverner.

Ainsi, COD et COI sont…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

La fabrique du crétin: La mort programmée de l'école

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Tableau noir

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1984

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Royaume-Uni: So British, la charia?

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Tower Hamlets, Londres, 24 avril 2016. Plus de la moitié de la population de ce borough londonien est musulmane. Photo: Q. SAKAMAKI/REDUX-REA

>> Cet article a été publié dans le numéro de Causeur du mois de juin 2016.

Soucieux d’expier les brutalités de la colonisation, le Royaume-Uni découvre aujourd’hui que, dans sa quête d’une société multiculturelle idéale, il est devenu le terrain de prédilection de l’entrisme islamiste.

Mais tandis que les travaillistes sont enlisés dans leurs affaires d’antisémitisme, chez les Tories, depuis un an, on joue la carte du sursaut national face à la menace islamiste, et les mea culpa de l’establishment sont de mise.

Peu après l’assassinat, revendiqué par l’EI, de 30 touristes britanniques en Tunisie le 26 juin 2015, David Cameron dénonce « le poison de l’islamisme radical ». Il reconnaît publiquement que les autorités n’avaient pas pris la pleine mesure de la situation et annonce, dans la foulée, la mise au point d’une stratégie nationale pour combattre l’extrémisme (Counter-Extremism Srategy).

« Le politiquement correct institutionnalisé et la peur d’être taxé de racisme »

Dans un discours mémorable du 20 juillet 2015, le Premier ministre pointe la municipalité de Tower Hamlets : « Dans une atmosphère où les responsables craignaient de prendre les mesures qui s’imposaient de peur d’être accusés de racisme […] la corruption au niveau politique avait atteint des proportions épiques et les électeurs étaient soumis à des intimidations. » L’ancien maire travailliste Lutfur Rahman, un Britannique d’origine bangladaise, avait été contraint de démissionner à la suite d’une enquête ayant révélé, en plus de ses pratiques corrompues et de ses connivences avec la pègre, qu’il avait été élu grâce à l’aide financière du Forum islamique de l’Europe (Islamic Forum of Europe, IFE), une organisation fondamentaliste affichant ouvertement son objectif de création d’un État islamique au Royaume-Uni.

Déjà, en 2014, on avait appris qu’à Rotherham, ville connue pour être sous l’emprise conjointe de groupes criminels et d’extrémistes islamistes, un gang d’origine pakistanaise avait perpétré, entre 1997 et 2013, des abus sexuels et des viols sur plus de 1 400 enfants, avec la complicité des services de police et de nombreux politiciens (1300 personnes sont mises en cause). La ministre de l’Intérieur Theresa May déplorait alors que « le politiquement correct institutionnalisé et la peur d’être taxé de racisme aient contribué à couvrir ces crimes pendant de si longues années ».

De même, Cameron se dit aujourd’hui « dégoûté » par les mutilations sexuelles des femmes – en particulier l’excision –, imposées par des familles musulmanes à 4 000 fillettes et femmes sur le territoire national en 2014. Une loi de 1985 interdit ces pratiques, mais personne n’a jamais été poursuivi pour de tels faits. Le Premier ministre est également préoccupé par les crimes d’honneur et les violences perpétrées sur les femmes au nom de la charia. Entre 2010 et 2015, les autorités britanniques ont eu connaissance de 11 000 cas !

Cette apparente prise de conscience remettra peut-être à l’ordre du jour une proposition de loi déposée à deux reprises, en 2012 et 2014, à la Chambre des lords, par la baronne Caroline Cox, pour assurer la suprématie du droit britannique sur la loi islamique. On peut espérer également que la campagne « Une loi unique pour tous » (« One Law for All »), en faveur de l’abolition de la centaine de cours de justice islamiques qui fonctionnent actuellement au Royaume-Uni, soit un jour relancée. En 2014, une circulaire du barreau (la Law Society) communiquait à tous les avocats du pays des recommandations qui leur permettraient de rédiger « des testaments compatibles avec la charia », selon lesquelles, par exemple, la femme n’a droit qu’à la moitié des parts prévues pour un homme (sic).

Finance islamique

Il est cependant peu probable que le Premier ministre conservateur renonce à son ambition de faire de Londres la première place financière islamique parmi les pays non musulmans. En 2013, il considérait que la City devait être en mesure de rivaliser avec Dubai en tant que centre financier charia-compatible.

À cette fin, lors de la neuvième réunion du Forum économique islamique mondial – le « Davos musulman » – à Londres, en mars 2013, il lançait (comme avait voulu le faire, dès 2009, en France, Christine Lagarde) une obligation publique islamique (sukuk) pour un montant de 200 millions de livres sterling. La Bourse de Londres a mis au point un index financier pour le marché islamique (Islamic Market Index). Et il y a trois ans, plus d’une vingtaine de banques telles que l’Islamic Bank of Britain offraient déjà des produits financiers « islamiquement corrects ». Côté travailliste, le Daily Mail a révélé, en 2016, que l’ancien Premier ministre Tony Blair avait gagné, pendant des années, plusieurs dizaines de millions de livres sterling grâce aux pétromonarchies du Golfe, en usant de son statut d’envoyé spécial pour le Moyen-Orient.

À l’assaut de l’enseignement

Depuis les réformes radicales de Tony Blair dans l’Éducation nationale, des établissements scolaires peuvent être complètement autonomes à l’égard des pouvoirs publics. Leur fonctionnement, leurs méthodes et leurs programmes sont aux mains de « conseils des gouverneurs », formés par des parents d’élèves, des enseignants et des organisations caritatives. En 2010, les autorités ont découvert que, grâce à cette faille majeure, une quarantaine d’écoles coraniques appartenant au réseau des Clubs et écoles des étudiants saoudiens au Royaume-Uni et en Irlande enseignaient aux élèves du primaire le programme scolaire en vigueur en Arabie saoudite, antisémitisme et homophobie inclus. Puis, en 2014, le scandale dit du « cheval de Troie », à Birmingham, montrait l’existence d’une véritable stratégie d’islamisation des établissements scolaires comptant une majorité d’élèves musulmans.

Le prosélytisme islamique dans les universités – y compris les plus prestigieuses – est également inquiétant. Les associations universitaires musulmanes (islamic societies), financées par l’Arabie saoudite œuvrant sous la houlette de leur fédération nationale, travaillent à propager les idées de califat et de rejet de la démocratie – ainsi qu’à ostraciser les étudiantes. Plus grave, ces associations tentent d’avoir la mainmise sur les départements dédiés à la recherche sur le Moyen-Orient et la Méditerranée, et d’en écarter toute recherche sur Israël. Ce faisant, elles s’assurent que les diplômés contribueront, à long terme, à l’élaboration d’une politique étrangère qui leur sera favorable.

Sans surprise, les associations musulmanes ont violemment réagi à ces révélations, en évoquant une chasse aux sorcières et en agitant le spectre de l’islamophobie.

Déjà en 2006, dans son ouvrage-phare Londonistan[1. Melanie Phillips, Londonistan – How Britain has created a terror state within, Gibson Square, Londres, 2006.], la journaliste Melanie Phillips considérait que rien ne semblait pouvoir détourner le cours de « la marche somnambulique » des Britanniques vers une islamisation certaine du pays. On pense à George Orwell, qui écrivait en 1944 dans sa « London Letter » : « Pour évaluer à sa juste mesure le danger du fascisme, la gauche aurait dû reconnaître ses propres défauts, ce qui se serait avéré trop douloureux. C’est ainsi que l’ensemble du phénomène fut ignoré ou mal interprété, avec des effets désastreux. » Nul ne sait, pour l’heure, si les Britanniques auront la force morale nécessaire pour sauver leur société d’un désastre annoncé.

Justice: l’impartialité ne se proclame pas, elle se prouve

Bruno Le Roux et Emmanuel Macron discutent à l'Assemblée nationale, janvier 2015. SIPA. 00703006_000015

Bruno Le Roux vient de se faire épingler pour des faits qu’au groupe socialiste à l’Assemblée tout le monde connaissait parce que droite ou gauche, beaucoup de parlementaires faisaient à peu près la même chose. Démission express du ministre de l’Intérieur et ouverture au bout de 24 heures d’une enquête préliminaire par le Parquet national financier (PNF).

Le Roux tombe, Fillon prend

« Coup dur pour Fillon » proclament alors sans barguigner les gazettes, parce que l’attitude « exemplaire » de Bruno Le Roux démissionnant, et l’ouverture d’une enquête préliminaire du PNF démontreraient que la gauche « fait le ménage chez elle » et que le PNF est magnifiquement impartial. On se permettra de remarquer que le PNF a quand même attendu 24 heures pour ouvrir une enquête préliminaire pour les emplois des enfants Le Roux, sachant qu’il ne pouvait pas faire autrement sans se déshonorer.  Et l’après-midi même, histoire de revenir aux bonnes habitudes, violation du secret de l’instruction, pour annoncer à grand son de trompe « l’élargissement » de l’instruction Fillon à des incriminations ronflantes.

C’est qu’il y avait eu en début de semaine le débat télévisé des cinq « principaux candidats » à l’élection présidentielle. Duquel émergent deux constats : tout d’abord François Fillon connaît son affaire et donne l’impression de la stature, Emmanuel Macron ensuite, nous a fait une interprétation d’Agnan, le premier de classe à lunettes du Petit Nicolas. Ce qui n’a pas échappé à la presse étrangère qui fait des lanières de notre télévangéliste. Le combat pour la deuxième place, seule disponible, faisant rage, la presse française qui elle soutient Macron bec et ongles, a vu le danger et relancé l’offensive. À base de révélations métronomiques et d’incantations sur l’indépendance de la justice. Indépendante, peut-être, mais impartiale c’est quand même une autre histoire.

Concernant Fillon, il faut rappeler que l’enquête préliminaire a été ouverte à 11 heures le mercredi de la sortie du Canard enchaîné faisant état des emplois de Pénélope Fillon. Ce qui veut dire environ une heure après la prise de connaissance de l’information, compte tenu des horaires de travail généralement pratiqués. Premières perquisitions le lendemain, à l’Assemblée nationale, séparation des pouvoirs, connait pas. Premières auditions le vendredi, poursuivies au début de la semaine et transmission toutes affaires cessantes au journal Le Monde des procès-verbaux soumis au secret de l’enquête. Toutes choses qui établissent que le dossier était prêt déjà depuis un moment. Il y a semble-t-il quelques horreurs procédurales dans le dossier, la Cour de cassation aura à l’apprécier d’ici deux ou trois ans…

Ce talentueux Monsieur Macron…

Autre aspect judiciaire de la contre-offensive de la semaine, « l’élargissement de l’instruction » Fillon à tout un tas d’incriminations épouvantables. « Escroquerie aggravée, faux et usage de faux ». Aggravée hein, l’escroquerie, faut pas croire, en attendant « la bande organisée ». Pour le buzz c’est excellent. On se rappelle celles qui avaient concerné DSK et Éric Woerth, tout aussi ronflantes avec pourtant le résultat final que l’on connaît. Il existe une évidente connivence entre le PNF et certains magistrats du pôle financier qui peuvent ainsi solliciter des réquisitoires supplétifs qui leurs sont accordés dans les 10 minutes. L’information arrivant dans les rédactions amies dans le même temps.

Alors que jusqu’à présent le même PNF refuse obstinément d’enquêter sur une collection de faits troublants concernant Emmanuel Macron. Sur la question du délit de favoritisme commis par Business France, reconnu par l’agence, et signalé comme tel par l’Inspection générale des Finances (!), il aurait peut-être été intéressant de savoir quel  avait été le rôle de la hiérarchie et en particulier de Macron dans le choix de ne pas soumettre l’achat de la prestation de 400 000 € à une mise en concurrence. Il y a pire, il faudrait peut-être enquêter aussi pour savoir si cette dépense relevait bien des attributions du ministre, ou si c’était plutôt une opération de promotion du futur candidat. Dans ce cas-là,  non seulement délit de favoritisme, mais également ce que l’on appelle un « don interdit » de personnes publiques. Il a fallu une rébellion du parquet du Tribunal de grande instance (TGI) de Paris qui lui, a décidé de lancer une enquête. Cela fait un peu désordre non ?

Il y a ensuite toutes les histoires de patrimoine évaporé, de déclarations approximatives à la Haute autorité pour la transparence et au fisc pour l’ISF, d’utilisation abusive de frais de bouche au ministère, de financement obscur de la campagne, toutes choses qu’il serait pourtant intéressant d’éclaircir. Peut-être d’ailleurs pour mettre Emmanuel Macron hors de cause. Mais là aussi silence obstiné du PNF, pour lequel la célérité n’est applicable qu’à François Fillon.

Trois affaires étranges…

Mais, hors de la mansuétude pour le télévangéliste, il y a d’autres choses qui amènent à légèrement lever les sourcils lorsqu’on parle de l’impartialité du parquet en général et du PNF en  particulier, ce sont trois affaires étranges :

– L’affaire Lamdaoui, factotum de François Hollande pendant sa traversée du désert et après, impliqué dans d’obscures affaires d’escroqueries. Celles-ci auraient justifié une instruction, mais le parquet l’a jugée inutile. Citation directe en correctionnelle sous la seule responsabilité de celui-ci, ou le tribunal n’a pu que constater que la procédure était complètement vérolée et l’a donc annulée. Quelle surprise ! Et depuis, ça continue… même Libération trouve ça curieux.

– L’affaire Arif ensuite. Kader Arif, alors ministre des anciens combattants, a été mis en examen il y a bientôt trois ans. Flottait autour de lui et de ses frères un parfum d’arrangements à propos du financement de la campagne électorale de 2012 de François Hollande. Pas comme pour Bygmalion quand même ? On ne saura pas, pour l’instant c’est le château de la Belle au bois dormant.

– L’affaire Plenel, enfin. Le Canard enchaîné toujours lui, avait raconté dans une de ses éditions, les démarches entreprises par des membres du cabinet de François Hollande à l’Élysée auprès du ministère du Budget pour faire sauter le redressement 4 millions d’euros infligé à Mediapart. Ces pressions stupéfiantes caractérisaient un « trafic d’influence » et une tentative de « concussion », infractions graves issues du chapitre des «atteintes à la probité» du Code Pénal. Il fallut circuler, il n’y avait rien à voir.

Emmanuel Macron, produit lancé comme une lessive a repris à son compte la publicité OMO brocardée en son temps par Coluche : « OMO lave plus blanc que blanc ». Au débat sur TF1 le télévangéliste nous a asséné qu’avec lui « la justice serait plus indépendante qu’indépendante ». Cela n’est pas très rassurant lorsque l’on voit les largesses dont il semble bénéficier alors que ses adversaires font l’objet de bombardements incessants. Indépendance, indépendance, indépendance l’invocation permanente de ce mantra ne rime à rien. Ce qui compte c’est que la justice soit impartiale. C’est son devoir essentiel. Et cette impartialité, elle ne s’affirme pas, elle se prouve. Pour l’instant, désolé mais on est loin du compte.

Une scientifique s’alarme de l’arrivée du voile à l’université

religion islam science
Chercheuse iranienne. Sipa. Numéro de reportage : AP21826745_000005.

Les laboratoires de recherche académiques sont de plus en plus souvent sollicités pour accueillir des stagiaires souhaitant porter le voile islamique dans le cadre d’activités de recherche. Pour ces laboratoires souvent composés d’une majorité de femmes ayant un niveau d’éducation privilégié, ce choix, par des femmes bénéficiant elles aussi d’un niveau d’éducation inhabituel pose problème et soulève de vifs débats. En effet, alors que le port du voile islamique est longtemps resté cantonné à certains milieux socio-culturels et économiques, il se répand aujourd’hui sur les bancs des universités.

Le voile, insulte à la féminitude

Ce qui était acceptable de la part de femmes n’ayant pas encore eu l’opportunité de bénéficier d’une éducation, qui procure, par l’apprentissage des savoirs, le sens et le goût des libertés, devient problématique lorsqu’il s’agit de femmes qui sollicitent une formation à la recherche et par la recherche, dans un lieu de transmission du savoir. Au delà de ce qu’il représente sur le plan religieux – ce que nous sommes tout à fait capables de tolérer comme tout autre signe religieux – le voile qui nous est ainsi imposé, est une insulte à notre féminitude. Le statut de la femme en France et dans la majorité des pays occidentaux s’est lentement amélioré au cours du siècle dernier, même si de larges zones d’ombre perdurent et, que de grands progrès restent à faire. Le port du voile est la négation des luttes et des souffrances de millions de femmes, une injure inacceptable envers celles qui ont payé de leur vie et donc un retour en arrière que nous ne pouvons accepter. Il est aussi d’autant moins acceptable qu’il est parfois arboré avec fierté par d’autres femmes. Je suis femme, athée et chercheure.

>> A lire aussi: Pour Benoît Hamon, le voile et la minijupe c’est pareil!

En tant que femme, je ne peux accepter le consentement des femmes à leur domination par des hommes, et leur soumission. « Car la force la plus forte de l’homme n’est pas dans l’exercice de la violence, mais dans le consentement des femmes à leur domination, et ce  consentement ne peut exister sans qu’il y ait partage par les 2 sexes des mêmes représentations qui légitiment la domination masculine ». …. Violence et consentement sont les éléments majeurs de la domination masculine (M. Godelier, 1982).

L’exigence laïque doit s’imposer

En tant qu’athée, je ne vois pas comment et pourquoi Dieu pourrait imposer cela à la femme, puisque, comme le pensent plus du quart des individus dans notre société, son existence ne peut être prouvée. Ses « dires » ne sont que la simple insufflation du bien-fondé de cette soumission à quelques prophètes (oh combien adhérents… puisqu’hommes eux mêmes !), par des hommes, en chair et en os, qui ont œuvré intentionnellement et collectivement pour reproduire et amplifier cet avantage. Et beaucoup persistent ! Selon P. Sastre, cette domination masculine n’existerait pas. « Ce qui existe, c’est une histoire évolutive conflictuelle qui aura poussé les deux sexes à développer des stratégies reproductives distinctes et où en fin de compte les femmes sont loin d’être perdantes » (P. Sastre, 2015). Quoi qu’il en soit, l’exigence laïque, loin de l’accusation qui lui est faite d’être une nouvelle forme d’intégrisme anti-religieux, doit imposer à tous, religieux et athées, hommes et femmes, respect mutuel et neutralité, et bannir toute hiérarchisation. Elle doit aussi tenir compte des convictions des uns et des autres pour mieux aménager le temps, l’espace et les limites de l’équilibre droits/devoirs, qu’il s’agisse de juifs, de protestants, de catholiques ou de musulmans mais aussi des athées !

En tant que chercheure, j’estime que la recherche n’est pas faite pour celles et ceux qui ne remettent rien en question. « On ne fait pas avancer la connaissance sans, dans un premier temps, accroître l’inconnaissance, élargir les zones d’ombre, d’indétermination ; pour avancer, il faut d’abord renoncer à certaines évidence ; ces évidences procurent le sentiment confortable que procurent toutes les certitudes ; mais elles nous empêchent de poser les questions, ce qui est, sinon la seule, au moins la plus sûre façon de parvenir à des réponses » (C. Delphy, 1991). Cela s’applique tout autant aux hommes et aux femmes « apprentis-chercheurs » pour ce qui concerne la recherche scientifique qu’aux femmes « éduquées », en ce qui concerne la domination des hommes et son symbole, le voile.

En tant qu’enseignant universitaire, face au devoir de réserve absolu auquel nous soumet la loi, puisque nous ne devons porter aucun signe et, alors qu’à l’inverse, on nous demande de tolérer les signes religieux chez les étudiants tant qu’ils ne perturbent pas l’ordre, on peut s’interroger sur les limites de l’acceptable. En effet, le voile, porteur de symboles qui dépassent largement le strict religieux est perçu comme une insulte, une injure pour une majorité de femmes.

Les voies du dialogue

Interrogeons-nous comme Régis Debray, sur le type de neutralité qui pourrait être envisageable dans les sphères de la transmission du savoir et de l’acquisition des libertés : « Un élève peut exprimer ses convictions par la parole, dans ses devoirs écrits ou ses réponses orales (si elles ne sont pas injurieuses pour d’autres), mais on ne peut imposer aux autres le spectacle d’une affiliation à l’état brut, sans léser le postulat d’égalité entre fille et garçon, blond ou brun, malingre et malabar, fidèle et athée, etc…Le domicile est inviolable, et la police elle-même ne peut y perquisitionner qu’à certaines heures et conditions. A l’inverse, le domestique n’a pas à pénétrer dans le seul des espaces publics qui, pour remplir sa mission propre, doit tenir l’intime en respect. Nous enlevons nos chaussures quand nous entrons dans une mosquée, et l’on ne se convertit pas à l’islam pour autant. Demander à des pratiquants d’enlever couvre-chefs et ornements à la porte des établissements – et à fortiori des classes – ce n’est pas leur imposer de renoncer à ce qu’ils sont, et encore moins de se convertir à un credo qui n’est pas le leur. C’est leur demander de respecter la nature singulière conférée par notre histoire à un lieu où n’importe qui ne peut entrer n’importe comment et de plain pied » (Régis Debray, 2004). Je ne vois pas pourquoi cela ne pourrait s’appliquer à des laboratoires de recherche académique.

Quoi qu’il en soit, et au-delà des motifs profonds de ce refuge dans une identité communautaire qui peut afficher, de manière provocatrice, des convictions que nous ne partageons pas, le dialogue s’impose. Les filles, les femmes sont plus souvent l’objets des études et les cibles des discours portant sur le sujet et certaines y sont sensibles voire militantes (« Ni putes, ni soumises »).

En revanche les hommes – bien que certains changent aussi – demeurent le plus souvent indifférents, effacés voire franchement hostiles à ces mouvements qui attaquent des privilèges biologiquement injustifiés et surannés (D. Welzer-Lang, 2004 ; C. Junien, A. Gabory, et L. Attig, 2012 ; C. Junien 1017). Pourront-ils tenir longtemps, en porte-à-faux, à contre-courant, dans une société qui affiche et pratique l’inverse de ces préceptes ? Ils ne peuvent continuer à imposer ce patriarcat voire un certain « viriarcat » qu’en dehors de la loi et par différents types de contraintes voire de violences idéelles et factuelles envers les femmes. Contrairement à ce que beaucoup de ces garçons pensent, et dans le contexte d’égalité des sexes vers laquelle nous tendons, ces hommes s’enferment dans une virilité obligatoire et dépassée qui devient leur prison. « Paradoxalement, l’homme reproduit en lui toutes les valeurs patriarcales jusqu’à incarner la puissance même qui l’opprime : il est dans la situation ridicule d’être à la fois garant et victime du système » (G. Fournier et E. Reynaud, 1978 ; E. Reynaud, 1981).

Or il existe des alternatives aux archétypes masculins désuets. Il est possible de vivre autrement ses expériences d’hommes et le rapport aux femmes, tout en gardant sa dignité et ses convictions religieuses.

La domination masculine n'existe pas

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Israël: quand Le Monde oublie d’informer

Richard Falk, mars 2014. SIPA. AP21543304_000003

Je l’ai écrit mille fois: en matière d’information, la première désinformation, c’est l’occultation. Ou le mensonge par omission.

Peu de risques d’être confondu. Sauf lorsqu’on exagère. Et Benjamin Barthe du journal Le Monde, qui fut, il y a longtemps, un journal sérieux, avant qu’il n’exagère, a exagéré. B.B. a publié le 17 mars à 23h53 un article intitulé : « Sous la pression, l’ONU enterre le rapport accusant Israël d’apartheid ». À sa lecture, on sent bien que Benjamin n’est pas heurté par l’incongruité juridique manifeste du rapport. Et rien qu’à lire le titre, on comprend également que n’étaient les menaces de Trump et de Netanyahou, l’ONU aurait dû publier ce rapport objectif comme il en a publié tant d’autres pour flétrir Israël. Voilà ce qui doit heurter. Les lecteurs égarés du journal l’ont d’ailleurs signifié vertement dans leurs commentaires en condamnant l’infâme censure ainsi exercée.

Le sulfureux monsieur Falk

Mais trêve de persiflage. Venons-en aux faits ou plutôt à ceux qui sont soigneusement dissimulés. Selon B. Barthe, Richard Falk et Virginia Tilley, les deux auteurs du rapport de cette sous-commission économique régionale onusienne[1. Les états membres de cette Commission économique et sociale régionale pour l’Asie occidentale éprise de droit sont des dictatures arabo-islamiques. Pour l’anecdote, on citera le cas de la Mauritanie qui tolère encore actuellement l’esclavagisme par les Maures de membres de sa population noire défavorisée. Certains militants anti-esclavagistes ont été emprisonnés pour avoir protesté. Mais ni l’ONU de M. Falk, ni Le Monde de M. Barth ne sont très friands de ce genre d’anecdotes.] qui a pris sans qu’on lui demande l’initiative de rapporter, seraient « des spécialistes du droit international ». Rien de plus. Certes, le fait que ces deux éminences préconisent dans leur rapport de s’en remettre aux boycotteurs antisionistes du BDS laissent à penser que nous n’avons pas seulement affaire à de purs esprits scientifiques. Mais un journaliste aspirant à la crédibilité minimale aurait dû se faire devoir d’édifier son lecteur sur le cas exceptionnellement extravagant de Richard Falk qui avait à de très nombreuses  et scandaleuses reprises défrayé la chronique.

Histoire de mettre en perspective le rapport et expliquer son funeste destin. Pour faire bref, et pallier la carence cruelle du journaliste oublieux, je rappellerai donc, qu’entre autres titres de gloire, ce « spécialiste du droit international » a :

– blâmé les États-Unis pour l’attaque du 11 septembre 2001.

– fait le lien entre l’attentat  du marathon de Boston et la politique des États-Unis au Proche-Orient.

– comparé les Israéliens aux nazis.

– critiqué ceux qui considéraient l’ayatollah Khomeiny comme un réactionnaire fanatique.

Et Decodex dans tout ça?

Les lecteurs du journal Algemeiner ont eu plus de chance que ceux du Monde, puisqu’un article du 17 mars intitulé « Falk aurait dû être discrédité depuis une décennie » leur a révélé ce qui précède et qui a été occulté aux lecteurs français.
Ajoutons, pour faire bonne mesure, qu’en 2011, le Premier ministre britannique David Cameron avait condamné « vigoureusement » le juriste pour la publication d’un dessin antisémite. Qu’en 2012, le Foreign office avait à son tour condamné l’homme pour l’évocation d’un ouvrage considérant « qu’après tout, Hitler avait raison ».

Wikileaks a également révélé l’existence d’un câble, daté du  16 février 2010, qui le qualifiait, selon l’Autorité palestinienne, de « partisan du Hamas ». Même Ban Ki-moon avait été contraint, en mai 2014, de condamner la haine pathologique de Falk envers Israël et de la pousser vers la sortie. Ce dernier avait déclaré, entre dizaines d’autres insanités, que « les sionistes [étaient] les ennemis de l’humanité ».

Si les lecteurs du Monde avaient été informés comme ceux de l’Algemeiner, ils auraient compris immédiatement pourquoi un « spécialiste du droit international » en était venu à expliquer qu’il fait nuit à midi. Au lieu de cela, on leur a fait croire sciemment que deux universitaires sérieux s’étaient vus faire taire pour avoir voulu remplir leur impérieux devoir.

Triste ironie de l’histoire, Le Monde du 18 mars intitulait fièrement un article : « Decodex : à l’heure de la post-vérité, se battre pour les faits »

Il y a pire que la post-vérité, c’est la sous-vérité.

Pauvre monde.

Macron, Fillon, Le Pen: qui osera unifier nos régimes de retraite?

Marine Le Pen, Emmanuel Macron et François Fillon. Photos: mars 2017. SIPA. AP22029732_000018 / AP22029732_000017 / AP22029732_000016

Le gouvernement a claironné le 15 mars des résultats encourageants pour le régime général de la Sécurité sociale, et tout particulièrement pour sa branche retraite. L’Agirc-Arrco, de son côté, fait état d’une diminution de son déficit. Alors, tout va bien, inutile de se faire du souci ? Seuls les Candides iront dans ce sens, comme l’anti-héros de Voltaire pour lequel « tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ». En réalité, le système français de retraites par répartition, qui ne se limite pas aux régimes des salariés du secteur privé, est soutenu à bout de bras par l’État, dont il contribue beaucoup à creuser le déficit.

Jusqu’ici, un travail « ni fait, ni à faire »

Près de 14 % du PIB consacré au paiement des pensions : le fonctionnement du système de retraites français n’est pas un problème à prendre à la légère. Les pouvoirs publics ne cessent d’ailleurs de légiférer à son sujet, que ce soit chaque année par la loi de financement de la sécurité sociale, ou à intervalles plus espacés (1982, 1993, 2003, 2010, 2014) sous forme de lois retraite spécifiques. Mais cette accumulation de textes devrait nous mettre la puce à l’oreille : s’il faut sans arrêt revenir sur la question, ne serait-ce pas parce que, chaque fois que le Gouvernement et le Parlement la traitent, le travail n’est « ni fait, ni à faire » ?

Remarquons d’abord que les pouvoirs publics se croient obligés de jouer le rôle de gestionnaire : ils appellent « réforme » le maniement des paramètres de réglage du système que sont l’âge de la retraite ou la durée d’assurance nécessaire pour avoir droit au taux plein à cet âge. Les partenaires sociaux, qui gèrent les régimes complémentaires, sont plus modestes : pour eux, fixer le prix d’achat du point et sa valeur de service est une opération de pilotage qu’il est normal d’accomplir chaque année sans qu’il y ait besoin de faire appel au législateur. Voilà un exemple dont les pouvoirs publics pourraient s’inspirer : laisser à un directeur des retraites et à son comité de direction le soin d’effectuer – sur proposition des actuaires – les réglages paramétriques nécessaires pour préserver l’équilibre financier.

>> A lire aussi: Comment unifier nos 36 régimes de retraites? La solution la plus radicale est la meilleure

En contrepartie, le Parlement devrait enfin aborder ce qui est vraiment de sa responsabilité : les réformes structurelles. La France compte trois douzaines de régimes de retraite par répartition, les uns dits « de base » et les autres complémentaires, les uns gérés par l’État et les autres par les partenaires sociaux, alors qu’aucune catégorie socioprofessionnelle ne possède la stabilité démographique requise pour le fonctionnement durable des retraites. Le nombre des exploitants agricoles a été divisé par un facteur de l’ordre de 10 entre la Libération et aujourd’hui : comment leur régime pourrait-il fonctionner de manière autonome ? Et la compensation démographique, qui transfère des sommes des régimes où la proportion de cotisants par rapport aux retraités est la plus forte, vers ceux où elle est plus faible, est très insuffisante, notamment parce que les régimes complémentaires n’y participent pas. Par exemple, le petit régime spécial des ouvriers de l’État, qui compte  à peu près 100 000 pensionnés pour 30 000 cotisants, ne comble son déficit qu’à hauteur de 5 % par la compensation démographique, si bien que le Trésor public doit apporter 95 %. Il est grand temps de prendre le taureau par les cornes et de procéder à l’unification des régimes.

3 milliards d’euros d’économie par an!

Cette fusion de tous les régimes en un seul peut être réalisée en un quinquennat, à condition de ne pas perdre une minute : nous l’avons démontré dans notre dernier ouvrage, La retraite en liberté. Bien entendu, le régime unique, disons France retraites, fonctionnera par points, comme l’Arrco-Agirc, car comptabiliser les droits à pension sous forme de points facilite grandement la vie des assurés sociaux : ils savent en permanence exactement où ils en sont de la préparation de leur retraite, et il leur est loisible, quand ils prennent de l’âge, de liquider une partie de leurs points, choisie par eux en toute liberté, pour pouvoir commencer à « lever le pied » professionnellement. La technique des points rend également la gestion beaucoup plus facile. Et puis, cerise sur le gâteau, un régime unique fonctionnant en points coûtera beaucoup moins cher en frais de gestion : l’économie annuelle sera de l’ordre de 3 Md€.

Parmi les candidats à la présidence de la République, il y en a un (Macron) qui indique vouloir instaurer un régime unique, calqué sur celui qui existe en Suède ; espérons qu’il expliquera comment il compte s’y prendre. Un autre (Fillon) paraît y songer, mais de façon plus lointaine. Quant au troisième (Marine Le Pen), son programme en matière de retraite est centré sur sa volonté affichée de revenir sur les modifications paramétriques antérieures (relèvements de l’âge de la retraite et allongement de la durée de cotisation), ce qui est irréaliste.

Il est heureux que l’idée d’unifier nos trois douzaines de régimes en un seul fasse quelques progrès : la loi retraite 2010 comportait un article ordonnant que le passage à un régime unique, fonctionnant en points, soit étudié ; or cette disposition légale n’a pas respectée, ni durant la présidence Sarkozy, ni durant la présidence Hollande. Dans l’état actuel des choses, seul mon ouvrage indique clairement un chemin menant à ce but. Les candidats devraient au moins s’engager à faire rondement mener les études détaillées nécessaires pour lancer une telle réforme.

« Nous ne préparons pas nos retraites par nos cotisations vieillesse, mais par nos enfants »

Un autre aspect de la réforme, indispensable mais ignoré – sauf erreur de ma part – de tous les candidats, a été indiqué, il y a 40 ans, par Alfred Sauvy, sans que ce grand économiste et démographe ait été entendu. Ce qu’a dit Sauvy est une vérité toute simple : « nous ne préparons pas nos retraites par nos cotisations vieillesse, mais par nos enfants ». Ces cotisations étant immédiatement transmises aux retraités actuels, ce n’est pas grâce à elles que les cotisants auront un jour une pension, c’est grâce aux enfants et aux jeunes actuels, qui deviendront à leur tour cotisants.

La retraite par répartition fonctionne donc de la façon suivante : les adultes investissent dans la jeunesse, et ensuite ces jeunes, devenus actifs, renvoient l’ascenseur en versant une sorte de dividende (les cotisations vieillesse) à ceux qui ont antérieurement investi dans leur « capital humain », comme on dit en économie. La formule juridique qui proportionne les droits à pension future aux cotisations vieillesse actuelles est une erreur économique grossière. Cette absurdité qui gangrène notre législation est à l’origine d’une partie importante des problèmes que la retraite par répartition pose de façon récurrente.

Voici donc une donnée dont les candidats qui voudraient envisager une véritable réforme des retraites devraient tenir compte : il n’est pas possible de construire un bon système de retraites par répartition en attribuant les droits à pension en fonction des cotisations vieillesse ; il faut mettre en place une contribution – remplaçant divers impôts, taxes et cotisations – qui financerait toutes les dépenses d’entretien et de formation de nos jeunes, et attribuer les points de France retraites pour partie au prorata des sommes ainsi investies dans la jeunesse, pour partie d’après le nombre des enfants que chacun aura élevé.

Il serait grand temps que François Fillon, Emmanuel Macron et Marine Le Pen réalisent comment fonctionne réellement la retraite par répartition et tiennent compte dans leurs programmes de la vérité économique. Depuis la transformation, en 1941, du système par capitalisation institué en 1930, nos retraites sont soumises à une fiction juridique qui empêche de comprendre leur fonctionnement réel. Le prochain chef de l’État demandera-t-il au Parlement de rétablir la vérité, ou laissera-t-il nos retraites croupir dans le mensonge, voilà un enjeu particulièrement important de cette élection présidentielle et des législatives qui la suivront.


La morale n’a rien à voir avec la politique

Bruno Le Roux a démissionné de son poste de ministre de l'Intérieur. Photo: janvier 2015. SIPA. 00703389_000026

Les solides élans de vertu de la France contemporaine me sidèrent un peu. On veut, paraît-il, des hommes politiques intègres. Curieux discours, qui met en avant certaines qualités qui ne sont pas essentiellement politiques, mais morales. Mais qu’est-ce que la morale a à faire avec la politique ? Relisez Machiavel, relisez Gabriel Naudé, puis posez-vous la question : qu’est-ce qui est prioritaire, en politique ? Celui qui a acheté le veston, ou les qualités de l’homme à l’intérieur du veston ? Je ne doute pas que le Canard enchaîné, qui dispose manifestement d’un dossier très complet tombé du ciel, ait encore sous le coude la facture insensée du fournisseur des caleçons de Fillon — il a eu jadis celle des chaussettes cardinalices de Balladur. Et alors ? On distille des sous-entendus sur les mœurs de tel autre — mais qu’en avez-vous à faire ? On sort des histoires sur le chauffeur de l’un et le garde du corps de l’autre — et puis ?

Plutôt que d’exiger un politique « propre » — une exigence portée par nombre d’électeurs qui ne le sont guère —, je préférerais que l’on exigeât (c’est chouette, l’imparfait du subjonctif, ça vous fait immédiatement passer pour un réactionnaire aux yeux des imbéciles) des hommes politiques compétents — prioritairement. Des hommes d’Etat, y compris de sexe féminin, à l’aventure.

Mais ça, évidemment, c’est plus rare. Chez les politiques comme chez leurs électeurs.

J’ai un peu travaillé sur le XVIIème siècle, particulièrement sur les années 1648-1658, autour de la Fronde et de la Guerre de Trente ans. Et j’en ai tiré une grande admiration pour les politiques de l’époque — Retz, conspirateur-né qui avait distribué des dizaines de milliers d’écus d’aumônes pour soulever le peuple des gueux, Condé, « né capitaine », qui n’hésita jamais à trahir son royal cousin et à diriger contre lui les armées de l’ennemi espagnol, et surtout Mazarin, qui sut résister à la Fronde, et signer les traités de Westphalie et la Paix des Pyrénées. C’est lui, juste derrière Louis XIV dont il contrôle l’embrassade avec son homologue espagnol, Philippe IV.

Mettons les événements en balance. Mazarin était d’une origine obscure, il n’avait pas un sou vaillant quand il arriva à Rome, il coucha avec qui il fallait — hommes et femmes, disent les pamphlétaires de l’époque —, il fit même semblant d’entrer dans les ordres (tout en s’en gardant bien, lui qui avait des choses de la religion une vision essentiellement utilitaire, ce qui lui permit d’être nommé cardinal à 39 ans, et peut-être après d’épouser la Reine de France, Anne d’Autriche), il s’affecta à lui-même les revenus de 21 des plus grosses abbayes de France, et mourut en laissant une énorme fortune (il était probablement l’homme le plus riche de France, peut-être d’Europe) acquise par des procédés absolument délictueux, même selon les normes de l’époque. Et alors ?

Il avait acquis à la France…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.



La fabrique du crétin: La mort programmée de l'école

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Débat présidentiel: un bon téléfilm du lundi soir

Les cinq candidats à la présidentielle choisis par TF1 pour débattre sur son plateau, lundi 20 mars 2017. SIPA. 00798839_000001

Il en fallait du courage pour aller jusqu’au bout du premier débat de l’élection présidentielle 2017. Trois heures vingt au compteur, un lundi soir en plus ! C’est presque aussi long que Lawrence d’Arabie ou Ben Hur, et même si ce n’est pas bien de s’attaquer au physique, les oreilles décollées de Benoit Hamon, le gueuloir de Marine Le Pen, les poses de jeune premier de Manu Macron ou les mimiques de papa ours de Mélenchon, ça ne vaut ni Charlton Heston, ni le regard limpide de Peter O’Toole en Technicolor. Même Fillon ne fait pas le poids avec ses costards à 15 000 €. C’est bien d’ailleurs la première fois qu’on fait ce coup-là au citoyen et téléspectateur lambda : lui sortir un débat-fleuve de premier tour entre cinq candidats, c’est du (presque) jamais vu en Ve République.

Après les primaires qui sortent les ténors de LR et du PS, les juges qui se mettent en campagne et obligent François Fillon à changer de costume et de slogan, il va falloir arrêter un peu les innovations sinon on se demande ce qui restera à Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon pour nous surprendre avec leur changement de République. Depuis quelques mois on a l’impression d’avoir changé trois fois de président et mangé quatre Républiques au petit-déjeuner. On est blasé vous comprenez ? Pourquoi ne pas embaucher les gardes du corps comme assistants parlementaires et Jean-Marc Ayrault comme ministre des Affaires étrangères tant qu’on y est ? Ca devient n’importe quoi là : un débat de de trois heures en semaine ! Comme dirait l’autre, il y a des gens qui bossent. Et quand je pense que les six autres voulaient aussi en être, on aurait aussi bien pu organiser une nocturne et bruncher à sept heures du matin. Ils prennent les électeurs pour qui ces gens ? Des rentiers qui n’ont que ça à faire ?

Mélenchon fait le spectacle

Bon, visiblement, soit l’électorat compte beaucoup d’oisifs, soit les gens aiment se faire du mal ou sont vraiment – au choix – terrifiés ou chauffés à blanc par cette élection. 9,8 millions de téléspectateurs auraient suivi le débat selon France Info avec un pic à 11,3 millions et 47% de part d’audience, écrasant au passage le débat de la primaire de droite (deux fois moins), le débat de la primaire de gauche (trois fois moins), Cyril Hanouna, Une flic entre deux feux (la série TV de la 2), Super Nanny, Wolfgang Amadeus Mozart sur France 5 et Alain Delon sur Arte. Tout ça pour entendre Emmanuel Macron et Marine Le Pen déterrer le burkini de guerre, Jean-Luc Mélenchon demander à cette dernière si elle comptait abroger le Concordat, Benoit Hamon parler de vote utile et François Fillon compter les milliards distribués par ses camarades, tout à leurs promesses. Cela valait-il vraiment le coup de snober Amadeus ou Mort d’un pourri pour assister à ça ? Oui, et pour de nombreuses raisons.

>> A lire aussi: Débat présidentiel: beaucoup de bruit pour presque rien

D’abord, pour Jean-Luc Mélenchon, assurément le roi de la répartie ce soir-là. La présence du leader de la France Insoumise chez TF1, tout comme celle de la chef de file du Front national sur un même plateau télé constituait en soi un puissant argument. La dernière fois que ces deux-là avaient vraiment croisé le fer, l’entretien s’était révélé saignant. En 2012, dans l’émission Des paroles et des actes de David Pujadas, Marine Le Pen avait quand même fini par bouder et refuser de débattre avec le candidat du Front de gauche, faisant mine de lire ses notes et le journal, affectant d’ignorer un Jean-Luc Mélenchon déchaîné. Mais à l’époque, le Front de Gauche pouvait encore prétendre jouer dans la même cour que le Front national, encore sous le coup de sa formidable gamelle du premier tour des élections de 2007. En 2017, les sondages entonnent une autre chanson et Mélenchon a d’autres cibles. Il y a les ennemis idéologiques et les adversaires d’appareil. Et Mélenchon ne pouvait que se réjouir de voir Emmanuel Macron et Benoit Hamon s’empoigner en direct sur le plateau de TF1. Mélenchon et Hamon ont des parcours étrangement liés. Pour tous deux, le Congrès de Reims en 2008 a signifié la rupture, vécue et assumée de manière différente puisque Mélenchon a quitté le PS à cette occasion, après l’arrivée en tête de la motion Royal, pour créer un nouveau mouvement « sans concession face à la droite », tandis que Benoit Hamon, homme d’appareil et apparatchik de second rang, commençait à ce moment à se tailler le costume de « rassembleur des frondeurs » qu’il endossera sous le gouvernement Hollande avant de devenir le champion surprise de la gauche[1. Pour en savoir plus sur les très riches heures du congrès de Reims, on recommandera chaudement la lecture de Hold-ups, arnaques et trahisons,signé des journalistes d’Europe 1 Antonin André et Karim Rissouli]. Au terme d’un cycle politique riche en retournements et en paradoxes, un Mélenchon plus insoumis que jamais qui a mis ses alliés communistes dos au mur et un Hamon lâché par ses ex-camarades du PS se retrouvent en position de se disputer le leadership d’une extrême-gauche recomposée.

C’est Machiavel qu’on assassine!

De son exil idéologique, Hamon, dénoncé comme trop clivant par ses ex-camarades, désormais pour partie aspirants-macroniens, regarde avec aigreur le nouvel astre briller au-dessus des cendres du défunt PS. Alors, Hamon, qui s’était déjà fait voler en 2008 son combat contre Royal par Aubry, tente encore durant le débat, de se hisser au niveau de son nouvel adversaire. Las ! Durant tout le débat, Hamon aura beau tenter d’écorner la belle image lisse d’Emmanuel Macron, de proposer un « futur désirable » et de défendre son revenu universel, dont il ne reste déjà plus grand-chose dans son programme, on le sent tout du long ravalé au rang de second couteau. Tout juste bon à traiter Marine Le Pen de « droguée des faits divers » – ce qui est assez drôle -, à dénoncer un « débat politique nauséabond » et à dérouler l’insipide rhétorique d’un réformisme bien-pensant, il ne parvient pas à exister face à un Mélenchon qui en fait des tonnes dans l’utopisme tonnant. Ce dernier ricane franchement quand Macron et Hamon se font reprendre par Gilles Bouleau à l’issue d’une longue passe d’arme. « C’est un débat à cinq », leur rappelle le journaliste. « Mais il faut bien qu’il y ait un débat au PS », ajoute, perfide, Mélenchon en arrière-plan.

En face du pauvre Hamon et du tonitruant Mélenchon, Marine Le Pen se démène elle aussi, comme une diablesse, pour taper à la fois sur Fillon et sur Macron, et faire contrepoids à Mélenchon. Mais si les arguments de ce dernier apparaissent souvent aussi généreux que surréalistes, il réussit cependant à conserver pour lui l’avantage d’une rhétorique flamboyante, à défaut d’être vraiment convaincant. Marine Le Pen, elle, donne l’impression de manier, toujours avec la même dextérité de camionneur chevronné, le même rouleau compresseur sur les mêmes sentiers battus. C’est la fêlure dans la carapace du démagogue qui apparaît : celui qui s’appuie sur des vérités pour s’élancer vers l’abstraction séduisante voit sa course s’achever dans le domaine du ressassé et du slogan. Marine Le Pen tance, répète, réaffirme, mais ce que son discours recèle de vérité se mue en obsessions qui oblitèrent progressivement tout ce que, de son projet futur, l’on pourrait demander que la candidate expose.

Pendant ce temps, François Fillon calcule les dépenses de ses adversaires pour la Défense, l’Ecole, contre le chômage, pour la relance, la croissance, la consommation des ménages. Celui que les journaux et la justice questionnent depuis deux mois sur le salaire de son épouse et de ses enfants, et le prix de ses costumes, n’en peut plus d’entendre les autres candidats promettre, promettre et promettre encore. Emmanuel Macron, lui, est d’accord, la plupart du temps, avec tout le monde. Quand on l’attaque, il fait le dos rond, sourit finement, répète « c’est pour moi ça ! », en mettant les rieurs de son côté. Le reste du temps, il acquiesce, abonde, « un coup à gauche, un coup à droite », comme lui reproche Mélenchon. Le rusé Macron a, paraît-il, étudié Machiavel. Il doit donc sûrement avoir en tête le début du chapitre XVIII du Prince : « Chacun comprend combien il est louable pour un prince d’être fidèle à sa parole et d’agir toujours franchement et sans artifice. De notre temps, néanmoins, nous avons vu de grandes choses exécutées par des princes qui faisaient peu de cas de cette fidélité et qui savaient en imposer aux hommes par la ruse. Nous avons vu ces princes l’emporter enfin sur ceux qui prenaient la loyauté pour base de toute leur conduite. » Emmanuel Macron pourrait se souvenir que si Machiavel conseille d’être quelquefois renard, il recommande aussi de savoir être lion et qu’il faut également savoir « déguiser cette nature de renard », ce que Macron, apparemment n’a pas su faire, paraissant si constamment souple, aimable et calculateur qu’il en devenait presque grossier dans ses manières si rondes.

Mais, après tout, le reproche pouvait, lundi soir, s’adresser à tous les candidats qui semblaient avoir adopté cette autre maxime machiavélienne : « les hommes, en général, jugent plus par leurs yeux que par leurs mains, tous étant à portée de voir, et peu de toucher. Tout le monde voit ce que vous paraissez ; peu connaissent à fond ce que vous êtes, et ce petit nombre n’osera point s’élever contre l’opinion de la majorité, soutenue encore par la majesté du pouvoir souverain. » L’opinion, comme chacun sait, ça se travaille. Chacun des candidats s’y applique avec ferveur et comme dit, encore une fois, Machiavel : « un trompeur saura trouver toujours quelqu’un qui se laisse tromper. » Mais la politique n’est pas seulement la conquête du pouvoir, elle en est ensuite l’exercice. Et le débat de lundi ne laissait deviner aucun homme ou aucune femme qui semble vraiment en mesure de s’acquitter de cette tâche. Le plus difficile dans l’art de gouverner est peut-être de savoir décevoir après avoir tant voulu séduire.

« L’Emission politique » est indigne du service public

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Christine Angot et François Fillon sur le plateau de L'Emission politique de France 2, 23 mars 2017.
Christine Angot et François Fillon sur le plateau de L'Emission politique de France 2, 23 mars 2017.

François Fillon scotché sous la barre des 20% dans les sondages, distancé de cinq à sept points d’un strapontin pour le deuxième tour, attendait beaucoup de son passage dans « L’émission politique » de France 2 hier soir. On ne sait s’il aura pu rebondir lors de cette émission. On peut en revanche être certain que la politique y aura beaucoup perdu.

Pire que les tweets de Trump?

Peu importe le sort de François Fillon, en fait. Cela fait des mois que cette émission fait honte à la politique française. Avec ses invités-mystères ridicules, avec ses « Français anonymes » triés sur le volet dont on découvre l’identité ultra-militante les jours suivants, avec son humoriste pas drôle à la fin. Ce jeudi soir, nous avons décroché le pompon : Christine Angot, l’invitée-mystère venue interpeller le candidat. La romancière préférée de Libé est venue faire son esclandre et Pujadas ne pouvait évidemment pas l’ignorer. Pour le spectacle. Pour la « punchline » comme on dit aujourd’hui. Echange consternant. Indigne d’une vieille démocratie comme la nôtre.

Quand Karim Rissouli est venu annoncer le record du nombre de tweets (170 000), David Pujadas pouvait jubiler. C’est pourtant davantage François Fillon et ses accusations portées contre l’Elysée qui avaient suscité cette explosion de commentaires sur les réseaux sociaux que la consternante confrontation avec Christine Angot. Mais peu importe. L’important, c’est de faire du buzz, du tweet. Et de l’audience alors qu’il n’y a pas plus de publicité sur le service public de télévision à cette heure. La prochaine fois, que nous réservera l’émission-phare de la politique 2017 ? Un de mes amis taquins propose Isaac de Bankolé face à Marine Le Pen et Douchka face à Emmanuel Macron.

Un dernier mot sur François Fillon qui s’est montré à la hauteur de l’émission en expliquant avec un culot d’acier qu’il avait créé sa société de conseil au moment où il pensait arrêter la politique, mi-2012, c’est-à-dire pile au moment où il briguait la présidence de l’UMP dans une bagarre dont on se rappelle tous très bien – Copé a dû bien rire. Et qu’il a aussi rendu les costumes sur-mesure à Robert Bourgi dont on se demande bien ce qu’il pourra en faire.

Au moment d’éteindre sa télé, on se demande tout de même si on n’est pas victime d’une caméra cachée géante, si Jean-Paul Rouland et Marcel Béliveau ne sont pas finalement encore de ce monde, et associés pour nous piéger, et vont enfin débarquer pour nous rassurer. On se demande aussi s’il était bien raisonnable de moquer le niveau des élections présidentielles américaines et des tweets de Trump. Jusqu’où ira la décomposition de notre vie politique et de son orchestration médiatique ? Peut-on descendre encore dans l’indignité ? Il faut y croire. Ces gens ne connaissent pas de limites.

Retrouvez tous les articles de David Desgouilles sur son blog Antidote


Le bruit de la douche

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GPA: «Le désir d’enfant ne légitime pas un prétendu droit à l’enfant »

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marinaro gpa meres porteuses
http://www.publicdomainpictures.net
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Daoud Boughezala. Les assises pour l’abolition de la Gestation pour autrui (GPA) se sont réunies une première fois à Paris le 2 février 2016. En un peu plus d’un an, votre combat a-t-il évolué ?

Francesca Marinaro[1. Eurodéputée communiste de 1984 à 1989, Francesca Marinaro a été élue sénatrice du Parti démocrate en 2008. Engagée au sein de l’association féministe « Se non ora quando Libere », elle a organisé le 21 mars 2017 les deuxièmes assises pour l’abolition de la GPA à Rome.] Oui, depuis la réunion de Paris, nous avons progressé dans la bonne direction. D’une part, au cours de la discussion du rapport annuel sur la situation des droits de l’homme dans le monde, le Parlement européen s’est exprimé contre la GPA en votant des amendements sur le sujet. Une large majorité des députés européens a considéré cette pratique comme une atteinte aux droits des hommes et des femmes. D’autre part, les fortes pressions économiques exercées sur les Etats membres du Conseil de l’Europe pour leur faire légaliser le recours aux mères porteuses ont échoué.

N’agitez-vous pas un chiffon rouge alors qu’aucun des candidats à la présidentielle française n’entend légaliser la GPA ?

Cette première bataille gagnée par les signataires des assises de Paris ne signifie pas que nous avons gagné la guerre. Même dans les pays qui interdisent la GPA comme la France et l’Italie, les gens se rendent dans des Etats où elle est légale (Russie, Ukraine) et y ont recours en violation de leur législation nationale. Cette question doit être abordée par le Conseil de l’Europe dont une majorité de pays s’oppose à la GPA en vertu des principes communs à toutes les conventions de protection des droits de l’homme, de la femme et des enfants. Pour ne citer que la Convention de protection des droits de l’enfant, son paragraphe 7 attribue explicitement la maternité de l’enfant à la femme qui l’a porté et mis au monde et précise que cette filiation doit être reconnue dans tous les actes administratifs relatifs à la naissance. Or, nos juridictions saisies sur ces questions ont souvent tendance à oublier la mère porteuse au nom de « l’intérêt majeur de l’enfant ». Mais l’intérêt de l’enfant est de connaître sa mère ! Il faudrait reconnaître la dignité de la femme, sans laquelle on ne saurait reconnaître pleinement la dignité de l’enfant.

Pendant les débats sur le mariage et l’adoption « pour tous » en 2013, certaines associations homosexuelles ont fait valoir leur droit à l’enfant. Que pensez-vous de cet argument égalitariste ?

Cette problématique ne concerne pas seulement les homosexuels. La majorité des gens qui ont recours à la GPA sont hétérosexuels. D’une manière générale, le concept de droit subjectif est en train de dévier au point de changer de nature. Le droit ne doit pas répondre à un désir. Ici, le prétendu droit à l’enfant répond au désir d’enfant, ce qui est assez dangereux. Se concentrer sur le seul désir peut amener très loin, d’autant que c’est quelque chose de changeant et d’évolutif par nature qui ne saurait légitimer un prétendu droit à l’enfant. Aujourd’hui, on voit une production énorme de droits potentiellement très dangereuse pour le bien commun. Produire une telle quantité de législation sur les droits individuels s’avère préjudiciable à la liberté de chacun. Paradoxalement, l’inflation des droits limite la liberté ! La demande d’enfants ne concerne qu’une minorité d’individus et fait fi de l’intérêt commun. Pour mériter d’être reconnu, un droit doit tenir compte des autres. Aujourd’hui, le dévoiement individualiste du droit profite de l’évolution des nouvelles technologies pour mettre sur le marché la reproduction humaine. C’est un fait nouveau dans l’histoire. S’instaure ainsi une nouvelle division du travail s’instaure entre pays producteurs et pays consommateurs de mères porteuses.

Justement, la ténébreuse affaire Paradiso et Campanelli a défrayé la chronique politico-judiciaire en Italie, cette histoire d’un couple transalpin stérile qui a payé une agence de mères porteuses en Russie près de 50 000 euros. Si, en février 2011, leur enfant a été enregistré dans le registre d’état civil de Moscou, à leur retour en Italie, la justice les a poursuivis pour recours illégal à la GPA. Mais coup de théâtre : un test ADN établit que Campanelli n’est pas le père de l’enfant, l’agence russe ayant utilisé le sperme d’un autre donneur. Résultat : les services sociaux retirent au couple la garde de l’enfant et le font adopter par une autre famille italienne en 2013. Saisie, la Cour européenne des droits de l’homme a d’abord donné raison au couple Paradiso et Campanelli avant de se raviser en janvier 2017. Comment expliquez-vous ce revirement ?

Dans cette histoire, il y a eu une sorte de vol de l’enfant et un abus au niveau de ses documents d’état civil. C’est là-dessus que les cours italiennes puis la CEDH se sont prononcées. Cette violation de toutes les règles sur l’adoption a été soulignée par toutes les juridictions italiennes. Il existe un mouvement d’opinion transnational, de plus en plus organisé, contre la GPA. Par le passé, lorsque la CDEH condamnait la France pour son refus d’inscrire les enfants nés de GPA à l’étranger sur ses registres d’état civil, le juge européen ne prenait pas en compte tous les aspects de la question. Or, le problème de la GPA doit être soulevé sur deux plans : l’utilisation du corps de la femme et le droit de l’enfant à connaître la mère qui l’a mise au monde. Ce dernier enjeu apparaît encore de manière très floue dans les arrêts de la CEDH. Soumise à d’intenses pressions, celle-ci devrait approfondir sa réflexion sur les différentes implications de la GPA, qui ne remet pas seulement en cause la dignité de la femme et de l’enfant. C’est un véritable enjeu de vivre-ensemble entre hommes et femmes, qui se joue aussi entre Etats. Suivant l’adage, ma liberté s’arrête là où commence celle des autres !

Education: la grande peur d’un député socialiste

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Patrick Bloche quitte le plateau de CNews
Patrick Bloche quitte le plateau de CNews.

Hier matin, sur C News, j’en ai croisé un beau. Un très beau. Un qui tournera longtemps, longtemps, longtemps, après qu’on les aura tous mis sur orbite.

Il s’appelle Patrick Bloche. Il est député de Paris (il n’a d’ailleurs rien fait d’autre dans sa vie, apparemment, que de la politique), et président de la Commission des Affaires culturelles et de l’Education à l’Assemblée. Il est arrivé en retard sur le plateau, de façon à ne pas avoir à saluer quiconque, et il a commencé à aboyer. « Je suis allé dans des collèges, ce n’est pas du tout ce que vous dites », m’a-t-il lancé. Ah oui ? Dans le XIème arrondissement, dont il est l’élu ?


L’Heure des Pros du 22/03/2017 par CNEWS

Il soutient Benoît Hamon, dont la courbe vient de croiser celle de Jean-Luc Mélenchon et ne remontera pas de si tôt. Et il pense que les réformes de Najat Vallaud-Belkacem sont une chance pour les petits Français. Les déshérités surtout, qui le seront chaque jour davantage.

Il pense aussi (je m’en veux quand même à galvauder ainsi le verbe penser) que si 40% des élèves entrant en Sixième ne savent pas orthographier correctement « le soir tombait », c’est la faute au gouvernement précédent. 2007-2012, le quinquennat maudit.

En revanche, depuis 2012…

Enfin Hollande vint.

Et Najat est son prophète.

Pascal Praud, qui animait l’émission et qui avait déjà eu l’occasion de dire tout le bien qu’il pense du « prédicat », n’en est pas revenu. Voilà que ce mister Bloche tempêtait et hurlait, l’accusant d’être partisan parce qu’il énonçait des vérités d’évidence sur les réformes en cours et l’état orthographique des collégiens — des constats que n’importe quel journaliste de terrain peut faire chaque jour. Mais évidemment, il y aussi le journalisme façon le Monde ou Libé.

En fait, toute vérité non conforme à la doxa gouvernementale, toute tissée de mensonges, est réputée mensongère. Orwell a très bien expliqué que sous le règne de Big Brother, l’Ignorance, c’est la force. Et que 2 + 2 = 5. La démocrature, c’est quand le déni de réalité devient une façon de gouverner.

Ainsi, COD et COI sont…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

La fabrique du crétin: La mort programmée de l'école

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Tableau noir

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1984

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Royaume-Uni: So British, la charia?

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Tower Hamlets, Londres, 24 avril 2016. Plus de la moitié de la population de ce borough londonien est musulmane.
Tower Hamlets, Londres, 24 avril 2016. Plus de la moitié de la population de ce borough londonien est musulmane. Photo: Q. SAKAMAKI/REDUX-REA

>> Cet article a été publié dans le numéro de Causeur du mois de juin 2016.

Soucieux d’expier les brutalités de la colonisation, le Royaume-Uni découvre aujourd’hui que, dans sa quête d’une société multiculturelle idéale, il est devenu le terrain de prédilection de l’entrisme islamiste.

Mais tandis que les travaillistes sont enlisés dans leurs affaires d’antisémitisme, chez les Tories, depuis un an, on joue la carte du sursaut national face à la menace islamiste, et les mea culpa de l’establishment sont de mise.

Peu après l’assassinat, revendiqué par l’EI, de 30 touristes britanniques en Tunisie le 26 juin 2015, David Cameron dénonce « le poison de l’islamisme radical ». Il reconnaît publiquement que les autorités n’avaient pas pris la pleine mesure de la situation et annonce, dans la foulée, la mise au point d’une stratégie nationale pour combattre l’extrémisme (Counter-Extremism Srategy).

« Le politiquement correct institutionnalisé et la peur d’être taxé de racisme »

Dans un discours mémorable du 20 juillet 2015, le Premier ministre pointe la municipalité de Tower Hamlets : « Dans une atmosphère où les responsables craignaient de prendre les mesures qui s’imposaient de peur d’être accusés de racisme […] la corruption au niveau politique avait atteint des proportions épiques et les électeurs étaient soumis à des intimidations. » L’ancien maire travailliste Lutfur Rahman, un Britannique d’origine bangladaise, avait été contraint de démissionner à la suite d’une enquête ayant révélé, en plus de ses pratiques corrompues et de ses connivences avec la pègre, qu’il avait été élu grâce à l’aide financière du Forum islamique de l’Europe (Islamic Forum of Europe, IFE), une organisation fondamentaliste affichant ouvertement son objectif de création d’un État islamique au Royaume-Uni.

Déjà, en 2014, on avait appris qu’à Rotherham, ville connue pour être sous l’emprise conjointe de groupes criminels et d’extrémistes islamistes, un gang d’origine pakistanaise avait perpétré, entre 1997 et 2013, des abus sexuels et des viols sur plus de 1 400 enfants, avec la complicité des services de police et de nombreux politiciens (1300 personnes sont mises en cause). La ministre de l’Intérieur Theresa May déplorait alors que « le politiquement correct institutionnalisé et la peur d’être taxé de racisme aient contribué à couvrir ces crimes pendant de si longues années ».

De même, Cameron se dit aujourd’hui « dégoûté » par les mutilations sexuelles des femmes – en particulier l’excision –, imposées par des familles musulmanes à 4 000 fillettes et femmes sur le territoire national en 2014. Une loi de 1985 interdit ces pratiques, mais personne n’a jamais été poursuivi pour de tels faits. Le Premier ministre est également préoccupé par les crimes d’honneur et les violences perpétrées sur les femmes au nom de la charia. Entre 2010 et 2015, les autorités britanniques ont eu connaissance de 11 000 cas !

Cette apparente prise de conscience remettra peut-être à l’ordre du jour une proposition de loi déposée à deux reprises, en 2012 et 2014, à la Chambre des lords, par la baronne Caroline Cox, pour assurer la suprématie du droit britannique sur la loi islamique. On peut espérer également que la campagne « Une loi unique pour tous » (« One Law for All »), en faveur de l’abolition de la centaine de cours de justice islamiques qui fonctionnent actuellement au Royaume-Uni, soit un jour relancée. En 2014, une circulaire du barreau (la Law Society) communiquait à tous les avocats du pays des recommandations qui leur permettraient de rédiger « des testaments compatibles avec la charia », selon lesquelles, par exemple, la femme n’a droit qu’à la moitié des parts prévues pour un homme (sic).

Finance islamique

Il est cependant peu probable que le Premier ministre conservateur renonce à son ambition de faire de Londres la première place financière islamique parmi les pays non musulmans. En 2013, il considérait que la City devait être en mesure de rivaliser avec Dubai en tant que centre financier charia-compatible.

À cette fin, lors de la neuvième réunion du Forum économique islamique mondial – le « Davos musulman » – à Londres, en mars 2013, il lançait (comme avait voulu le faire, dès 2009, en France, Christine Lagarde) une obligation publique islamique (sukuk) pour un montant de 200 millions de livres sterling. La Bourse de Londres a mis au point un index financier pour le marché islamique (Islamic Market Index). Et il y a trois ans, plus d’une vingtaine de banques telles que l’Islamic Bank of Britain offraient déjà des produits financiers « islamiquement corrects ». Côté travailliste, le Daily Mail a révélé, en 2016, que l’ancien Premier ministre Tony Blair avait gagné, pendant des années, plusieurs dizaines de millions de livres sterling grâce aux pétromonarchies du Golfe, en usant de son statut d’envoyé spécial pour le Moyen-Orient.

À l’assaut de l’enseignement

Depuis les réformes radicales de Tony Blair dans l’Éducation nationale, des établissements scolaires peuvent être complètement autonomes à l’égard des pouvoirs publics. Leur fonctionnement, leurs méthodes et leurs programmes sont aux mains de « conseils des gouverneurs », formés par des parents d’élèves, des enseignants et des organisations caritatives. En 2010, les autorités ont découvert que, grâce à cette faille majeure, une quarantaine d’écoles coraniques appartenant au réseau des Clubs et écoles des étudiants saoudiens au Royaume-Uni et en Irlande enseignaient aux élèves du primaire le programme scolaire en vigueur en Arabie saoudite, antisémitisme et homophobie inclus. Puis, en 2014, le scandale dit du « cheval de Troie », à Birmingham, montrait l’existence d’une véritable stratégie d’islamisation des établissements scolaires comptant une majorité d’élèves musulmans.

Le prosélytisme islamique dans les universités – y compris les plus prestigieuses – est également inquiétant. Les associations universitaires musulmanes (islamic societies), financées par l’Arabie saoudite œuvrant sous la houlette de leur fédération nationale, travaillent à propager les idées de califat et de rejet de la démocratie – ainsi qu’à ostraciser les étudiantes. Plus grave, ces associations tentent d’avoir la mainmise sur les départements dédiés à la recherche sur le Moyen-Orient et la Méditerranée, et d’en écarter toute recherche sur Israël. Ce faisant, elles s’assurent que les diplômés contribueront, à long terme, à l’élaboration d’une politique étrangère qui leur sera favorable.

Sans surprise, les associations musulmanes ont violemment réagi à ces révélations, en évoquant une chasse aux sorcières et en agitant le spectre de l’islamophobie.

Déjà en 2006, dans son ouvrage-phare Londonistan[1. Melanie Phillips, Londonistan – How Britain has created a terror state within, Gibson Square, Londres, 2006.], la journaliste Melanie Phillips considérait que rien ne semblait pouvoir détourner le cours de « la marche somnambulique » des Britanniques vers une islamisation certaine du pays. On pense à George Orwell, qui écrivait en 1944 dans sa « London Letter » : « Pour évaluer à sa juste mesure le danger du fascisme, la gauche aurait dû reconnaître ses propres défauts, ce qui se serait avéré trop douloureux. C’est ainsi que l’ensemble du phénomène fut ignoré ou mal interprété, avec des effets désastreux. » Nul ne sait, pour l’heure, si les Britanniques auront la force morale nécessaire pour sauver leur société d’un désastre annoncé.

Justice: l’impartialité ne se proclame pas, elle se prouve

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Bruno Le Roux et Emmanuel Macron discutent à l'Assemblée nationale, janvier 2015. SIPA. 00703006_000015
Bruno Le Roux et Emmanuel Macron discutent à l'Assemblée nationale, janvier 2015. SIPA. 00703006_000015

Bruno Le Roux vient de se faire épingler pour des faits qu’au groupe socialiste à l’Assemblée tout le monde connaissait parce que droite ou gauche, beaucoup de parlementaires faisaient à peu près la même chose. Démission express du ministre de l’Intérieur et ouverture au bout de 24 heures d’une enquête préliminaire par le Parquet national financier (PNF).

Le Roux tombe, Fillon prend

« Coup dur pour Fillon » proclament alors sans barguigner les gazettes, parce que l’attitude « exemplaire » de Bruno Le Roux démissionnant, et l’ouverture d’une enquête préliminaire du PNF démontreraient que la gauche « fait le ménage chez elle » et que le PNF est magnifiquement impartial. On se permettra de remarquer que le PNF a quand même attendu 24 heures pour ouvrir une enquête préliminaire pour les emplois des enfants Le Roux, sachant qu’il ne pouvait pas faire autrement sans se déshonorer.  Et l’après-midi même, histoire de revenir aux bonnes habitudes, violation du secret de l’instruction, pour annoncer à grand son de trompe « l’élargissement » de l’instruction Fillon à des incriminations ronflantes.

C’est qu’il y avait eu en début de semaine le débat télévisé des cinq « principaux candidats » à l’élection présidentielle. Duquel émergent deux constats : tout d’abord François Fillon connaît son affaire et donne l’impression de la stature, Emmanuel Macron ensuite, nous a fait une interprétation d’Agnan, le premier de classe à lunettes du Petit Nicolas. Ce qui n’a pas échappé à la presse étrangère qui fait des lanières de notre télévangéliste. Le combat pour la deuxième place, seule disponible, faisant rage, la presse française qui elle soutient Macron bec et ongles, a vu le danger et relancé l’offensive. À base de révélations métronomiques et d’incantations sur l’indépendance de la justice. Indépendante, peut-être, mais impartiale c’est quand même une autre histoire.

Concernant Fillon, il faut rappeler que l’enquête préliminaire a été ouverte à 11 heures le mercredi de la sortie du Canard enchaîné faisant état des emplois de Pénélope Fillon. Ce qui veut dire environ une heure après la prise de connaissance de l’information, compte tenu des horaires de travail généralement pratiqués. Premières perquisitions le lendemain, à l’Assemblée nationale, séparation des pouvoirs, connait pas. Premières auditions le vendredi, poursuivies au début de la semaine et transmission toutes affaires cessantes au journal Le Monde des procès-verbaux soumis au secret de l’enquête. Toutes choses qui établissent que le dossier était prêt déjà depuis un moment. Il y a semble-t-il quelques horreurs procédurales dans le dossier, la Cour de cassation aura à l’apprécier d’ici deux ou trois ans…

Ce talentueux Monsieur Macron…

Autre aspect judiciaire de la contre-offensive de la semaine, « l’élargissement de l’instruction » Fillon à tout un tas d’incriminations épouvantables. « Escroquerie aggravée, faux et usage de faux ». Aggravée hein, l’escroquerie, faut pas croire, en attendant « la bande organisée ». Pour le buzz c’est excellent. On se rappelle celles qui avaient concerné DSK et Éric Woerth, tout aussi ronflantes avec pourtant le résultat final que l’on connaît. Il existe une évidente connivence entre le PNF et certains magistrats du pôle financier qui peuvent ainsi solliciter des réquisitoires supplétifs qui leurs sont accordés dans les 10 minutes. L’information arrivant dans les rédactions amies dans le même temps.

Alors que jusqu’à présent le même PNF refuse obstinément d’enquêter sur une collection de faits troublants concernant Emmanuel Macron. Sur la question du délit de favoritisme commis par Business France, reconnu par l’agence, et signalé comme tel par l’Inspection générale des Finances (!), il aurait peut-être été intéressant de savoir quel  avait été le rôle de la hiérarchie et en particulier de Macron dans le choix de ne pas soumettre l’achat de la prestation de 400 000 € à une mise en concurrence. Il y a pire, il faudrait peut-être enquêter aussi pour savoir si cette dépense relevait bien des attributions du ministre, ou si c’était plutôt une opération de promotion du futur candidat. Dans ce cas-là,  non seulement délit de favoritisme, mais également ce que l’on appelle un « don interdit » de personnes publiques. Il a fallu une rébellion du parquet du Tribunal de grande instance (TGI) de Paris qui lui, a décidé de lancer une enquête. Cela fait un peu désordre non ?

Il y a ensuite toutes les histoires de patrimoine évaporé, de déclarations approximatives à la Haute autorité pour la transparence et au fisc pour l’ISF, d’utilisation abusive de frais de bouche au ministère, de financement obscur de la campagne, toutes choses qu’il serait pourtant intéressant d’éclaircir. Peut-être d’ailleurs pour mettre Emmanuel Macron hors de cause. Mais là aussi silence obstiné du PNF, pour lequel la célérité n’est applicable qu’à François Fillon.

Trois affaires étranges…

Mais, hors de la mansuétude pour le télévangéliste, il y a d’autres choses qui amènent à légèrement lever les sourcils lorsqu’on parle de l’impartialité du parquet en général et du PNF en  particulier, ce sont trois affaires étranges :

– L’affaire Lamdaoui, factotum de François Hollande pendant sa traversée du désert et après, impliqué dans d’obscures affaires d’escroqueries. Celles-ci auraient justifié une instruction, mais le parquet l’a jugée inutile. Citation directe en correctionnelle sous la seule responsabilité de celui-ci, ou le tribunal n’a pu que constater que la procédure était complètement vérolée et l’a donc annulée. Quelle surprise ! Et depuis, ça continue… même Libération trouve ça curieux.

– L’affaire Arif ensuite. Kader Arif, alors ministre des anciens combattants, a été mis en examen il y a bientôt trois ans. Flottait autour de lui et de ses frères un parfum d’arrangements à propos du financement de la campagne électorale de 2012 de François Hollande. Pas comme pour Bygmalion quand même ? On ne saura pas, pour l’instant c’est le château de la Belle au bois dormant.

– L’affaire Plenel, enfin. Le Canard enchaîné toujours lui, avait raconté dans une de ses éditions, les démarches entreprises par des membres du cabinet de François Hollande à l’Élysée auprès du ministère du Budget pour faire sauter le redressement 4 millions d’euros infligé à Mediapart. Ces pressions stupéfiantes caractérisaient un « trafic d’influence » et une tentative de « concussion », infractions graves issues du chapitre des «atteintes à la probité» du Code Pénal. Il fallut circuler, il n’y avait rien à voir.

Emmanuel Macron, produit lancé comme une lessive a repris à son compte la publicité OMO brocardée en son temps par Coluche : « OMO lave plus blanc que blanc ». Au débat sur TF1 le télévangéliste nous a asséné qu’avec lui « la justice serait plus indépendante qu’indépendante ». Cela n’est pas très rassurant lorsque l’on voit les largesses dont il semble bénéficier alors que ses adversaires font l’objet de bombardements incessants. Indépendance, indépendance, indépendance l’invocation permanente de ce mantra ne rime à rien. Ce qui compte c’est que la justice soit impartiale. C’est son devoir essentiel. Et cette impartialité, elle ne s’affirme pas, elle se prouve. Pour l’instant, désolé mais on est loin du compte.

Une scientifique s’alarme de l’arrivée du voile à l’université

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religion islam science
Chercheuse iranienne. Sipa. Numéro de reportage : AP21826745_000005.
religion islam science
Chercheuse iranienne. Sipa. Numéro de reportage : AP21826745_000005.

Les laboratoires de recherche académiques sont de plus en plus souvent sollicités pour accueillir des stagiaires souhaitant porter le voile islamique dans le cadre d’activités de recherche. Pour ces laboratoires souvent composés d’une majorité de femmes ayant un niveau d’éducation privilégié, ce choix, par des femmes bénéficiant elles aussi d’un niveau d’éducation inhabituel pose problème et soulève de vifs débats. En effet, alors que le port du voile islamique est longtemps resté cantonné à certains milieux socio-culturels et économiques, il se répand aujourd’hui sur les bancs des universités.

Le voile, insulte à la féminitude

Ce qui était acceptable de la part de femmes n’ayant pas encore eu l’opportunité de bénéficier d’une éducation, qui procure, par l’apprentissage des savoirs, le sens et le goût des libertés, devient problématique lorsqu’il s’agit de femmes qui sollicitent une formation à la recherche et par la recherche, dans un lieu de transmission du savoir. Au delà de ce qu’il représente sur le plan religieux – ce que nous sommes tout à fait capables de tolérer comme tout autre signe religieux – le voile qui nous est ainsi imposé, est une insulte à notre féminitude. Le statut de la femme en France et dans la majorité des pays occidentaux s’est lentement amélioré au cours du siècle dernier, même si de larges zones d’ombre perdurent et, que de grands progrès restent à faire. Le port du voile est la négation des luttes et des souffrances de millions de femmes, une injure inacceptable envers celles qui ont payé de leur vie et donc un retour en arrière que nous ne pouvons accepter. Il est aussi d’autant moins acceptable qu’il est parfois arboré avec fierté par d’autres femmes. Je suis femme, athée et chercheure.

>> A lire aussi: Pour Benoît Hamon, le voile et la minijupe c’est pareil!

En tant que femme, je ne peux accepter le consentement des femmes à leur domination par des hommes, et leur soumission. « Car la force la plus forte de l’homme n’est pas dans l’exercice de la violence, mais dans le consentement des femmes à leur domination, et ce  consentement ne peut exister sans qu’il y ait partage par les 2 sexes des mêmes représentations qui légitiment la domination masculine ». …. Violence et consentement sont les éléments majeurs de la domination masculine (M. Godelier, 1982).

L’exigence laïque doit s’imposer

En tant qu’athée, je ne vois pas comment et pourquoi Dieu pourrait imposer cela à la femme, puisque, comme le pensent plus du quart des individus dans notre société, son existence ne peut être prouvée. Ses « dires » ne sont que la simple insufflation du bien-fondé de cette soumission à quelques prophètes (oh combien adhérents… puisqu’hommes eux mêmes !), par des hommes, en chair et en os, qui ont œuvré intentionnellement et collectivement pour reproduire et amplifier cet avantage. Et beaucoup persistent ! Selon P. Sastre, cette domination masculine n’existerait pas. « Ce qui existe, c’est une histoire évolutive conflictuelle qui aura poussé les deux sexes à développer des stratégies reproductives distinctes et où en fin de compte les femmes sont loin d’être perdantes » (P. Sastre, 2015). Quoi qu’il en soit, l’exigence laïque, loin de l’accusation qui lui est faite d’être une nouvelle forme d’intégrisme anti-religieux, doit imposer à tous, religieux et athées, hommes et femmes, respect mutuel et neutralité, et bannir toute hiérarchisation. Elle doit aussi tenir compte des convictions des uns et des autres pour mieux aménager le temps, l’espace et les limites de l’équilibre droits/devoirs, qu’il s’agisse de juifs, de protestants, de catholiques ou de musulmans mais aussi des athées !

En tant que chercheure, j’estime que la recherche n’est pas faite pour celles et ceux qui ne remettent rien en question. « On ne fait pas avancer la connaissance sans, dans un premier temps, accroître l’inconnaissance, élargir les zones d’ombre, d’indétermination ; pour avancer, il faut d’abord renoncer à certaines évidence ; ces évidences procurent le sentiment confortable que procurent toutes les certitudes ; mais elles nous empêchent de poser les questions, ce qui est, sinon la seule, au moins la plus sûre façon de parvenir à des réponses » (C. Delphy, 1991). Cela s’applique tout autant aux hommes et aux femmes « apprentis-chercheurs » pour ce qui concerne la recherche scientifique qu’aux femmes « éduquées », en ce qui concerne la domination des hommes et son symbole, le voile.

En tant qu’enseignant universitaire, face au devoir de réserve absolu auquel nous soumet la loi, puisque nous ne devons porter aucun signe et, alors qu’à l’inverse, on nous demande de tolérer les signes religieux chez les étudiants tant qu’ils ne perturbent pas l’ordre, on peut s’interroger sur les limites de l’acceptable. En effet, le voile, porteur de symboles qui dépassent largement le strict religieux est perçu comme une insulte, une injure pour une majorité de femmes.

Les voies du dialogue

Interrogeons-nous comme Régis Debray, sur le type de neutralité qui pourrait être envisageable dans les sphères de la transmission du savoir et de l’acquisition des libertés : « Un élève peut exprimer ses convictions par la parole, dans ses devoirs écrits ou ses réponses orales (si elles ne sont pas injurieuses pour d’autres), mais on ne peut imposer aux autres le spectacle d’une affiliation à l’état brut, sans léser le postulat d’égalité entre fille et garçon, blond ou brun, malingre et malabar, fidèle et athée, etc…Le domicile est inviolable, et la police elle-même ne peut y perquisitionner qu’à certaines heures et conditions. A l’inverse, le domestique n’a pas à pénétrer dans le seul des espaces publics qui, pour remplir sa mission propre, doit tenir l’intime en respect. Nous enlevons nos chaussures quand nous entrons dans une mosquée, et l’on ne se convertit pas à l’islam pour autant. Demander à des pratiquants d’enlever couvre-chefs et ornements à la porte des établissements – et à fortiori des classes – ce n’est pas leur imposer de renoncer à ce qu’ils sont, et encore moins de se convertir à un credo qui n’est pas le leur. C’est leur demander de respecter la nature singulière conférée par notre histoire à un lieu où n’importe qui ne peut entrer n’importe comment et de plain pied » (Régis Debray, 2004). Je ne vois pas pourquoi cela ne pourrait s’appliquer à des laboratoires de recherche académique.

Quoi qu’il en soit, et au-delà des motifs profonds de ce refuge dans une identité communautaire qui peut afficher, de manière provocatrice, des convictions que nous ne partageons pas, le dialogue s’impose. Les filles, les femmes sont plus souvent l’objets des études et les cibles des discours portant sur le sujet et certaines y sont sensibles voire militantes (« Ni putes, ni soumises »).

En revanche les hommes – bien que certains changent aussi – demeurent le plus souvent indifférents, effacés voire franchement hostiles à ces mouvements qui attaquent des privilèges biologiquement injustifiés et surannés (D. Welzer-Lang, 2004 ; C. Junien, A. Gabory, et L. Attig, 2012 ; C. Junien 1017). Pourront-ils tenir longtemps, en porte-à-faux, à contre-courant, dans une société qui affiche et pratique l’inverse de ces préceptes ? Ils ne peuvent continuer à imposer ce patriarcat voire un certain « viriarcat » qu’en dehors de la loi et par différents types de contraintes voire de violences idéelles et factuelles envers les femmes. Contrairement à ce que beaucoup de ces garçons pensent, et dans le contexte d’égalité des sexes vers laquelle nous tendons, ces hommes s’enferment dans une virilité obligatoire et dépassée qui devient leur prison. « Paradoxalement, l’homme reproduit en lui toutes les valeurs patriarcales jusqu’à incarner la puissance même qui l’opprime : il est dans la situation ridicule d’être à la fois garant et victime du système » (G. Fournier et E. Reynaud, 1978 ; E. Reynaud, 1981).

Or il existe des alternatives aux archétypes masculins désuets. Il est possible de vivre autrement ses expériences d’hommes et le rapport aux femmes, tout en gardant sa dignité et ses convictions religieuses.

La domination masculine n'existe pas

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Israël: quand Le Monde oublie d’informer

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Richard Falk, mars 2014. SIPA. AP21543304_000003
Richard Falk, mars 2014. SIPA. AP21543304_000003

Je l’ai écrit mille fois: en matière d’information, la première désinformation, c’est l’occultation. Ou le mensonge par omission.

Peu de risques d’être confondu. Sauf lorsqu’on exagère. Et Benjamin Barthe du journal Le Monde, qui fut, il y a longtemps, un journal sérieux, avant qu’il n’exagère, a exagéré. B.B. a publié le 17 mars à 23h53 un article intitulé : « Sous la pression, l’ONU enterre le rapport accusant Israël d’apartheid ». À sa lecture, on sent bien que Benjamin n’est pas heurté par l’incongruité juridique manifeste du rapport. Et rien qu’à lire le titre, on comprend également que n’étaient les menaces de Trump et de Netanyahou, l’ONU aurait dû publier ce rapport objectif comme il en a publié tant d’autres pour flétrir Israël. Voilà ce qui doit heurter. Les lecteurs égarés du journal l’ont d’ailleurs signifié vertement dans leurs commentaires en condamnant l’infâme censure ainsi exercée.

Le sulfureux monsieur Falk

Mais trêve de persiflage. Venons-en aux faits ou plutôt à ceux qui sont soigneusement dissimulés. Selon B. Barthe, Richard Falk et Virginia Tilley, les deux auteurs du rapport de cette sous-commission économique régionale onusienne[1. Les états membres de cette Commission économique et sociale régionale pour l’Asie occidentale éprise de droit sont des dictatures arabo-islamiques. Pour l’anecdote, on citera le cas de la Mauritanie qui tolère encore actuellement l’esclavagisme par les Maures de membres de sa population noire défavorisée. Certains militants anti-esclavagistes ont été emprisonnés pour avoir protesté. Mais ni l’ONU de M. Falk, ni Le Monde de M. Barth ne sont très friands de ce genre d’anecdotes.] qui a pris sans qu’on lui demande l’initiative de rapporter, seraient « des spécialistes du droit international ». Rien de plus. Certes, le fait que ces deux éminences préconisent dans leur rapport de s’en remettre aux boycotteurs antisionistes du BDS laissent à penser que nous n’avons pas seulement affaire à de purs esprits scientifiques. Mais un journaliste aspirant à la crédibilité minimale aurait dû se faire devoir d’édifier son lecteur sur le cas exceptionnellement extravagant de Richard Falk qui avait à de très nombreuses  et scandaleuses reprises défrayé la chronique.

Histoire de mettre en perspective le rapport et expliquer son funeste destin. Pour faire bref, et pallier la carence cruelle du journaliste oublieux, je rappellerai donc, qu’entre autres titres de gloire, ce « spécialiste du droit international » a :

– blâmé les États-Unis pour l’attaque du 11 septembre 2001.

– fait le lien entre l’attentat  du marathon de Boston et la politique des États-Unis au Proche-Orient.

– comparé les Israéliens aux nazis.

– critiqué ceux qui considéraient l’ayatollah Khomeiny comme un réactionnaire fanatique.

Et Decodex dans tout ça?

Les lecteurs du journal Algemeiner ont eu plus de chance que ceux du Monde, puisqu’un article du 17 mars intitulé « Falk aurait dû être discrédité depuis une décennie » leur a révélé ce qui précède et qui a été occulté aux lecteurs français.
Ajoutons, pour faire bonne mesure, qu’en 2011, le Premier ministre britannique David Cameron avait condamné « vigoureusement » le juriste pour la publication d’un dessin antisémite. Qu’en 2012, le Foreign office avait à son tour condamné l’homme pour l’évocation d’un ouvrage considérant « qu’après tout, Hitler avait raison ».

Wikileaks a également révélé l’existence d’un câble, daté du  16 février 2010, qui le qualifiait, selon l’Autorité palestinienne, de « partisan du Hamas ». Même Ban Ki-moon avait été contraint, en mai 2014, de condamner la haine pathologique de Falk envers Israël et de la pousser vers la sortie. Ce dernier avait déclaré, entre dizaines d’autres insanités, que « les sionistes [étaient] les ennemis de l’humanité ».

Si les lecteurs du Monde avaient été informés comme ceux de l’Algemeiner, ils auraient compris immédiatement pourquoi un « spécialiste du droit international » en était venu à expliquer qu’il fait nuit à midi. Au lieu de cela, on leur a fait croire sciemment que deux universitaires sérieux s’étaient vus faire taire pour avoir voulu remplir leur impérieux devoir.

Triste ironie de l’histoire, Le Monde du 18 mars intitulait fièrement un article : « Decodex : à l’heure de la post-vérité, se battre pour les faits »

Il y a pire que la post-vérité, c’est la sous-vérité.

Pauvre monde.

Macron, Fillon, Le Pen: qui osera unifier nos régimes de retraite?

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Marine Le Pen, Emmanuel Macron et François Fillon. Photos: mars 2017. SIPA. AP22029732_000018 / AP22029732_000017 / AP22029732_000016
Marine Le Pen, Emmanuel Macron et François Fillon. Photos: mars 2017. SIPA. AP22029732_000018 / AP22029732_000017 / AP22029732_000016

Le gouvernement a claironné le 15 mars des résultats encourageants pour le régime général de la Sécurité sociale, et tout particulièrement pour sa branche retraite. L’Agirc-Arrco, de son côté, fait état d’une diminution de son déficit. Alors, tout va bien, inutile de se faire du souci ? Seuls les Candides iront dans ce sens, comme l’anti-héros de Voltaire pour lequel « tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ». En réalité, le système français de retraites par répartition, qui ne se limite pas aux régimes des salariés du secteur privé, est soutenu à bout de bras par l’État, dont il contribue beaucoup à creuser le déficit.

Jusqu’ici, un travail « ni fait, ni à faire »

Près de 14 % du PIB consacré au paiement des pensions : le fonctionnement du système de retraites français n’est pas un problème à prendre à la légère. Les pouvoirs publics ne cessent d’ailleurs de légiférer à son sujet, que ce soit chaque année par la loi de financement de la sécurité sociale, ou à intervalles plus espacés (1982, 1993, 2003, 2010, 2014) sous forme de lois retraite spécifiques. Mais cette accumulation de textes devrait nous mettre la puce à l’oreille : s’il faut sans arrêt revenir sur la question, ne serait-ce pas parce que, chaque fois que le Gouvernement et le Parlement la traitent, le travail n’est « ni fait, ni à faire » ?

Remarquons d’abord que les pouvoirs publics se croient obligés de jouer le rôle de gestionnaire : ils appellent « réforme » le maniement des paramètres de réglage du système que sont l’âge de la retraite ou la durée d’assurance nécessaire pour avoir droit au taux plein à cet âge. Les partenaires sociaux, qui gèrent les régimes complémentaires, sont plus modestes : pour eux, fixer le prix d’achat du point et sa valeur de service est une opération de pilotage qu’il est normal d’accomplir chaque année sans qu’il y ait besoin de faire appel au législateur. Voilà un exemple dont les pouvoirs publics pourraient s’inspirer : laisser à un directeur des retraites et à son comité de direction le soin d’effectuer – sur proposition des actuaires – les réglages paramétriques nécessaires pour préserver l’équilibre financier.

>> A lire aussi: Comment unifier nos 36 régimes de retraites? La solution la plus radicale est la meilleure

En contrepartie, le Parlement devrait enfin aborder ce qui est vraiment de sa responsabilité : les réformes structurelles. La France compte trois douzaines de régimes de retraite par répartition, les uns dits « de base » et les autres complémentaires, les uns gérés par l’État et les autres par les partenaires sociaux, alors qu’aucune catégorie socioprofessionnelle ne possède la stabilité démographique requise pour le fonctionnement durable des retraites. Le nombre des exploitants agricoles a été divisé par un facteur de l’ordre de 10 entre la Libération et aujourd’hui : comment leur régime pourrait-il fonctionner de manière autonome ? Et la compensation démographique, qui transfère des sommes des régimes où la proportion de cotisants par rapport aux retraités est la plus forte, vers ceux où elle est plus faible, est très insuffisante, notamment parce que les régimes complémentaires n’y participent pas. Par exemple, le petit régime spécial des ouvriers de l’État, qui compte  à peu près 100 000 pensionnés pour 30 000 cotisants, ne comble son déficit qu’à hauteur de 5 % par la compensation démographique, si bien que le Trésor public doit apporter 95 %. Il est grand temps de prendre le taureau par les cornes et de procéder à l’unification des régimes.

3 milliards d’euros d’économie par an!

Cette fusion de tous les régimes en un seul peut être réalisée en un quinquennat, à condition de ne pas perdre une minute : nous l’avons démontré dans notre dernier ouvrage, La retraite en liberté. Bien entendu, le régime unique, disons France retraites, fonctionnera par points, comme l’Arrco-Agirc, car comptabiliser les droits à pension sous forme de points facilite grandement la vie des assurés sociaux : ils savent en permanence exactement où ils en sont de la préparation de leur retraite, et il leur est loisible, quand ils prennent de l’âge, de liquider une partie de leurs points, choisie par eux en toute liberté, pour pouvoir commencer à « lever le pied » professionnellement. La technique des points rend également la gestion beaucoup plus facile. Et puis, cerise sur le gâteau, un régime unique fonctionnant en points coûtera beaucoup moins cher en frais de gestion : l’économie annuelle sera de l’ordre de 3 Md€.

Parmi les candidats à la présidence de la République, il y en a un (Macron) qui indique vouloir instaurer un régime unique, calqué sur celui qui existe en Suède ; espérons qu’il expliquera comment il compte s’y prendre. Un autre (Fillon) paraît y songer, mais de façon plus lointaine. Quant au troisième (Marine Le Pen), son programme en matière de retraite est centré sur sa volonté affichée de revenir sur les modifications paramétriques antérieures (relèvements de l’âge de la retraite et allongement de la durée de cotisation), ce qui est irréaliste.

Il est heureux que l’idée d’unifier nos trois douzaines de régimes en un seul fasse quelques progrès : la loi retraite 2010 comportait un article ordonnant que le passage à un régime unique, fonctionnant en points, soit étudié ; or cette disposition légale n’a pas respectée, ni durant la présidence Sarkozy, ni durant la présidence Hollande. Dans l’état actuel des choses, seul mon ouvrage indique clairement un chemin menant à ce but. Les candidats devraient au moins s’engager à faire rondement mener les études détaillées nécessaires pour lancer une telle réforme.

« Nous ne préparons pas nos retraites par nos cotisations vieillesse, mais par nos enfants »

Un autre aspect de la réforme, indispensable mais ignoré – sauf erreur de ma part – de tous les candidats, a été indiqué, il y a 40 ans, par Alfred Sauvy, sans que ce grand économiste et démographe ait été entendu. Ce qu’a dit Sauvy est une vérité toute simple : « nous ne préparons pas nos retraites par nos cotisations vieillesse, mais par nos enfants ». Ces cotisations étant immédiatement transmises aux retraités actuels, ce n’est pas grâce à elles que les cotisants auront un jour une pension, c’est grâce aux enfants et aux jeunes actuels, qui deviendront à leur tour cotisants.

La retraite par répartition fonctionne donc de la façon suivante : les adultes investissent dans la jeunesse, et ensuite ces jeunes, devenus actifs, renvoient l’ascenseur en versant une sorte de dividende (les cotisations vieillesse) à ceux qui ont antérieurement investi dans leur « capital humain », comme on dit en économie. La formule juridique qui proportionne les droits à pension future aux cotisations vieillesse actuelles est une erreur économique grossière. Cette absurdité qui gangrène notre législation est à l’origine d’une partie importante des problèmes que la retraite par répartition pose de façon récurrente.

Voici donc une donnée dont les candidats qui voudraient envisager une véritable réforme des retraites devraient tenir compte : il n’est pas possible de construire un bon système de retraites par répartition en attribuant les droits à pension en fonction des cotisations vieillesse ; il faut mettre en place une contribution – remplaçant divers impôts, taxes et cotisations – qui financerait toutes les dépenses d’entretien et de formation de nos jeunes, et attribuer les points de France retraites pour partie au prorata des sommes ainsi investies dans la jeunesse, pour partie d’après le nombre des enfants que chacun aura élevé.

Il serait grand temps que François Fillon, Emmanuel Macron et Marine Le Pen réalisent comment fonctionne réellement la retraite par répartition et tiennent compte dans leurs programmes de la vérité économique. Depuis la transformation, en 1941, du système par capitalisation institué en 1930, nos retraites sont soumises à une fiction juridique qui empêche de comprendre leur fonctionnement réel. Le prochain chef de l’État demandera-t-il au Parlement de rétablir la vérité, ou laissera-t-il nos retraites croupir dans le mensonge, voilà un enjeu particulièrement important de cette élection présidentielle et des législatives qui la suivront.


La morale n’a rien à voir avec la politique

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Bruno Le Roux a démissionné de son poste de ministre de l'Intérieur. Photo: janvier 2015. SIPA. 00703389_000026
Bruno Le Roux a démissionné de son poste de ministre de l'Intérieur. Photo: janvier 2015. SIPA. 00703389_000026

Les solides élans de vertu de la France contemporaine me sidèrent un peu. On veut, paraît-il, des hommes politiques intègres. Curieux discours, qui met en avant certaines qualités qui ne sont pas essentiellement politiques, mais morales. Mais qu’est-ce que la morale a à faire avec la politique ? Relisez Machiavel, relisez Gabriel Naudé, puis posez-vous la question : qu’est-ce qui est prioritaire, en politique ? Celui qui a acheté le veston, ou les qualités de l’homme à l’intérieur du veston ? Je ne doute pas que le Canard enchaîné, qui dispose manifestement d’un dossier très complet tombé du ciel, ait encore sous le coude la facture insensée du fournisseur des caleçons de Fillon — il a eu jadis celle des chaussettes cardinalices de Balladur. Et alors ? On distille des sous-entendus sur les mœurs de tel autre — mais qu’en avez-vous à faire ? On sort des histoires sur le chauffeur de l’un et le garde du corps de l’autre — et puis ?

Plutôt que d’exiger un politique « propre » — une exigence portée par nombre d’électeurs qui ne le sont guère —, je préférerais que l’on exigeât (c’est chouette, l’imparfait du subjonctif, ça vous fait immédiatement passer pour un réactionnaire aux yeux des imbéciles) des hommes politiques compétents — prioritairement. Des hommes d’Etat, y compris de sexe féminin, à l’aventure.

Mais ça, évidemment, c’est plus rare. Chez les politiques comme chez leurs électeurs.

J’ai un peu travaillé sur le XVIIème siècle, particulièrement sur les années 1648-1658, autour de la Fronde et de la Guerre de Trente ans. Et j’en ai tiré une grande admiration pour les politiques de l’époque — Retz, conspirateur-né qui avait distribué des dizaines de milliers d’écus d’aumônes pour soulever le peuple des gueux, Condé, « né capitaine », qui n’hésita jamais à trahir son royal cousin et à diriger contre lui les armées de l’ennemi espagnol, et surtout Mazarin, qui sut résister à la Fronde, et signer les traités de Westphalie et la Paix des Pyrénées. C’est lui, juste derrière Louis XIV dont il contrôle l’embrassade avec son homologue espagnol, Philippe IV.

Mettons les événements en balance. Mazarin était d’une origine obscure, il n’avait pas un sou vaillant quand il arriva à Rome, il coucha avec qui il fallait — hommes et femmes, disent les pamphlétaires de l’époque —, il fit même semblant d’entrer dans les ordres (tout en s’en gardant bien, lui qui avait des choses de la religion une vision essentiellement utilitaire, ce qui lui permit d’être nommé cardinal à 39 ans, et peut-être après d’épouser la Reine de France, Anne d’Autriche), il s’affecta à lui-même les revenus de 21 des plus grosses abbayes de France, et mourut en laissant une énorme fortune (il était probablement l’homme le plus riche de France, peut-être d’Europe) acquise par des procédés absolument délictueux, même selon les normes de l’époque. Et alors ?

Il avait acquis à la France…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.



La fabrique du crétin: La mort programmée de l'école

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Débat présidentiel: un bon téléfilm du lundi soir

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Les cinq candidats à la présidentielle choisis par TF1 pour débattre sur son plateau, lundi 20 mars 2017. SIPA. 00798839_000001
Les cinq candidats à la présidentielle choisis par TF1 pour débattre sur son plateau, lundi 20 mars 2017. SIPA. 00798839_000001

Il en fallait du courage pour aller jusqu’au bout du premier débat de l’élection présidentielle 2017. Trois heures vingt au compteur, un lundi soir en plus ! C’est presque aussi long que Lawrence d’Arabie ou Ben Hur, et même si ce n’est pas bien de s’attaquer au physique, les oreilles décollées de Benoit Hamon, le gueuloir de Marine Le Pen, les poses de jeune premier de Manu Macron ou les mimiques de papa ours de Mélenchon, ça ne vaut ni Charlton Heston, ni le regard limpide de Peter O’Toole en Technicolor. Même Fillon ne fait pas le poids avec ses costards à 15 000 €. C’est bien d’ailleurs la première fois qu’on fait ce coup-là au citoyen et téléspectateur lambda : lui sortir un débat-fleuve de premier tour entre cinq candidats, c’est du (presque) jamais vu en Ve République.

Après les primaires qui sortent les ténors de LR et du PS, les juges qui se mettent en campagne et obligent François Fillon à changer de costume et de slogan, il va falloir arrêter un peu les innovations sinon on se demande ce qui restera à Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon pour nous surprendre avec leur changement de République. Depuis quelques mois on a l’impression d’avoir changé trois fois de président et mangé quatre Républiques au petit-déjeuner. On est blasé vous comprenez ? Pourquoi ne pas embaucher les gardes du corps comme assistants parlementaires et Jean-Marc Ayrault comme ministre des Affaires étrangères tant qu’on y est ? Ca devient n’importe quoi là : un débat de de trois heures en semaine ! Comme dirait l’autre, il y a des gens qui bossent. Et quand je pense que les six autres voulaient aussi en être, on aurait aussi bien pu organiser une nocturne et bruncher à sept heures du matin. Ils prennent les électeurs pour qui ces gens ? Des rentiers qui n’ont que ça à faire ?

Mélenchon fait le spectacle

Bon, visiblement, soit l’électorat compte beaucoup d’oisifs, soit les gens aiment se faire du mal ou sont vraiment – au choix – terrifiés ou chauffés à blanc par cette élection. 9,8 millions de téléspectateurs auraient suivi le débat selon France Info avec un pic à 11,3 millions et 47% de part d’audience, écrasant au passage le débat de la primaire de droite (deux fois moins), le débat de la primaire de gauche (trois fois moins), Cyril Hanouna, Une flic entre deux feux (la série TV de la 2), Super Nanny, Wolfgang Amadeus Mozart sur France 5 et Alain Delon sur Arte. Tout ça pour entendre Emmanuel Macron et Marine Le Pen déterrer le burkini de guerre, Jean-Luc Mélenchon demander à cette dernière si elle comptait abroger le Concordat, Benoit Hamon parler de vote utile et François Fillon compter les milliards distribués par ses camarades, tout à leurs promesses. Cela valait-il vraiment le coup de snober Amadeus ou Mort d’un pourri pour assister à ça ? Oui, et pour de nombreuses raisons.

>> A lire aussi: Débat présidentiel: beaucoup de bruit pour presque rien

D’abord, pour Jean-Luc Mélenchon, assurément le roi de la répartie ce soir-là. La présence du leader de la France Insoumise chez TF1, tout comme celle de la chef de file du Front national sur un même plateau télé constituait en soi un puissant argument. La dernière fois que ces deux-là avaient vraiment croisé le fer, l’entretien s’était révélé saignant. En 2012, dans l’émission Des paroles et des actes de David Pujadas, Marine Le Pen avait quand même fini par bouder et refuser de débattre avec le candidat du Front de gauche, faisant mine de lire ses notes et le journal, affectant d’ignorer un Jean-Luc Mélenchon déchaîné. Mais à l’époque, le Front de Gauche pouvait encore prétendre jouer dans la même cour que le Front national, encore sous le coup de sa formidable gamelle du premier tour des élections de 2007. En 2017, les sondages entonnent une autre chanson et Mélenchon a d’autres cibles. Il y a les ennemis idéologiques et les adversaires d’appareil. Et Mélenchon ne pouvait que se réjouir de voir Emmanuel Macron et Benoit Hamon s’empoigner en direct sur le plateau de TF1. Mélenchon et Hamon ont des parcours étrangement liés. Pour tous deux, le Congrès de Reims en 2008 a signifié la rupture, vécue et assumée de manière différente puisque Mélenchon a quitté le PS à cette occasion, après l’arrivée en tête de la motion Royal, pour créer un nouveau mouvement « sans concession face à la droite », tandis que Benoit Hamon, homme d’appareil et apparatchik de second rang, commençait à ce moment à se tailler le costume de « rassembleur des frondeurs » qu’il endossera sous le gouvernement Hollande avant de devenir le champion surprise de la gauche[1. Pour en savoir plus sur les très riches heures du congrès de Reims, on recommandera chaudement la lecture de Hold-ups, arnaques et trahisons,signé des journalistes d’Europe 1 Antonin André et Karim Rissouli]. Au terme d’un cycle politique riche en retournements et en paradoxes, un Mélenchon plus insoumis que jamais qui a mis ses alliés communistes dos au mur et un Hamon lâché par ses ex-camarades du PS se retrouvent en position de se disputer le leadership d’une extrême-gauche recomposée.

C’est Machiavel qu’on assassine!

De son exil idéologique, Hamon, dénoncé comme trop clivant par ses ex-camarades, désormais pour partie aspirants-macroniens, regarde avec aigreur le nouvel astre briller au-dessus des cendres du défunt PS. Alors, Hamon, qui s’était déjà fait voler en 2008 son combat contre Royal par Aubry, tente encore durant le débat, de se hisser au niveau de son nouvel adversaire. Las ! Durant tout le débat, Hamon aura beau tenter d’écorner la belle image lisse d’Emmanuel Macron, de proposer un « futur désirable » et de défendre son revenu universel, dont il ne reste déjà plus grand-chose dans son programme, on le sent tout du long ravalé au rang de second couteau. Tout juste bon à traiter Marine Le Pen de « droguée des faits divers » – ce qui est assez drôle -, à dénoncer un « débat politique nauséabond » et à dérouler l’insipide rhétorique d’un réformisme bien-pensant, il ne parvient pas à exister face à un Mélenchon qui en fait des tonnes dans l’utopisme tonnant. Ce dernier ricane franchement quand Macron et Hamon se font reprendre par Gilles Bouleau à l’issue d’une longue passe d’arme. « C’est un débat à cinq », leur rappelle le journaliste. « Mais il faut bien qu’il y ait un débat au PS », ajoute, perfide, Mélenchon en arrière-plan.

En face du pauvre Hamon et du tonitruant Mélenchon, Marine Le Pen se démène elle aussi, comme une diablesse, pour taper à la fois sur Fillon et sur Macron, et faire contrepoids à Mélenchon. Mais si les arguments de ce dernier apparaissent souvent aussi généreux que surréalistes, il réussit cependant à conserver pour lui l’avantage d’une rhétorique flamboyante, à défaut d’être vraiment convaincant. Marine Le Pen, elle, donne l’impression de manier, toujours avec la même dextérité de camionneur chevronné, le même rouleau compresseur sur les mêmes sentiers battus. C’est la fêlure dans la carapace du démagogue qui apparaît : celui qui s’appuie sur des vérités pour s’élancer vers l’abstraction séduisante voit sa course s’achever dans le domaine du ressassé et du slogan. Marine Le Pen tance, répète, réaffirme, mais ce que son discours recèle de vérité se mue en obsessions qui oblitèrent progressivement tout ce que, de son projet futur, l’on pourrait demander que la candidate expose.

Pendant ce temps, François Fillon calcule les dépenses de ses adversaires pour la Défense, l’Ecole, contre le chômage, pour la relance, la croissance, la consommation des ménages. Celui que les journaux et la justice questionnent depuis deux mois sur le salaire de son épouse et de ses enfants, et le prix de ses costumes, n’en peut plus d’entendre les autres candidats promettre, promettre et promettre encore. Emmanuel Macron, lui, est d’accord, la plupart du temps, avec tout le monde. Quand on l’attaque, il fait le dos rond, sourit finement, répète « c’est pour moi ça ! », en mettant les rieurs de son côté. Le reste du temps, il acquiesce, abonde, « un coup à gauche, un coup à droite », comme lui reproche Mélenchon. Le rusé Macron a, paraît-il, étudié Machiavel. Il doit donc sûrement avoir en tête le début du chapitre XVIII du Prince : « Chacun comprend combien il est louable pour un prince d’être fidèle à sa parole et d’agir toujours franchement et sans artifice. De notre temps, néanmoins, nous avons vu de grandes choses exécutées par des princes qui faisaient peu de cas de cette fidélité et qui savaient en imposer aux hommes par la ruse. Nous avons vu ces princes l’emporter enfin sur ceux qui prenaient la loyauté pour base de toute leur conduite. » Emmanuel Macron pourrait se souvenir que si Machiavel conseille d’être quelquefois renard, il recommande aussi de savoir être lion et qu’il faut également savoir « déguiser cette nature de renard », ce que Macron, apparemment n’a pas su faire, paraissant si constamment souple, aimable et calculateur qu’il en devenait presque grossier dans ses manières si rondes.

Mais, après tout, le reproche pouvait, lundi soir, s’adresser à tous les candidats qui semblaient avoir adopté cette autre maxime machiavélienne : « les hommes, en général, jugent plus par leurs yeux que par leurs mains, tous étant à portée de voir, et peu de toucher. Tout le monde voit ce que vous paraissez ; peu connaissent à fond ce que vous êtes, et ce petit nombre n’osera point s’élever contre l’opinion de la majorité, soutenue encore par la majesté du pouvoir souverain. » L’opinion, comme chacun sait, ça se travaille. Chacun des candidats s’y applique avec ferveur et comme dit, encore une fois, Machiavel : « un trompeur saura trouver toujours quelqu’un qui se laisse tromper. » Mais la politique n’est pas seulement la conquête du pouvoir, elle en est ensuite l’exercice. Et le débat de lundi ne laissait deviner aucun homme ou aucune femme qui semble vraiment en mesure de s’acquitter de cette tâche. Le plus difficile dans l’art de gouverner est peut-être de savoir décevoir après avoir tant voulu séduire.