Natacha Polony, février 2014. SIPA. 00677227_000002

Daoud Boughezala. Quel est le principe d’Orwell.tv que vous lancez avec Jean-Michel Quatrepoint et les autres membres du Comité Orwell ?

Natacha Polony. Orwell.tv est une web TV qui propose de décrypter l’actualité politique, économique, géopolitique, intellectuelle, en faisant apparaître les « infrastructures », pour reprendre un terme marxiste, les logiques économiques et idéologiques sous-jacentes, celles qui expliquent pourquoi, aujourd’hui, quels que soient les votes des peuples, quel que soit le degré de désagrégation des sociétés occidentales, les élites politiques, économiques et médiatiques imposent une incroyable résistance à tout changement réel. Pour 5 euros par mois ou 50 euros sur l’année, les abonnés pourront découvrir chaque jour des contenus nouveaux: éditos, réponses aux questions qu’ils nous adresseront sur le site, rencontres avec des auteurs, des observateurs rares de la sociétés et de ses mécanismes, des gens qui œuvrent à proposer des modèles alternatifs… Orwell.tv est donc un média parfaitement indépendant, sans publicité ni grand groupe industriel derrière lui, qui ne vivra que de ses abonnés, ce qui est une des conditions nécessaires pour porter une parole parfaitement libre.

Le comité Orwell exige le pluralisme médiatique mais semble exclusivement composé de journalistes souverainistes. Organisez-vous un média pluriel ou comptez-vous en faire un outil au service d’un combat politique ?

Tous les contributeurs d’Orwell.tv se retrouvent sur une idée essentielle: nous estimons qu’il n’y a pas de démocratie sans souveraineté, c’est-à-dire sans la possibilité pour les individus d’exercer leur libre-arbitre, et pour le peuple de choisir son destin. Souveraineté des individus et souveraineté du peuple, et pour que ces deux éléments soient possibles, souveraineté de la Nation, ce qui signifie qu’elle ne doit pas être soumis à une ou des puissances extérieures. Cette idée est à la fois évidente pour tous, pour peu qu’on veuille s’y pencher avec un tant soit peu d’honnêteté intellectuelle (qui peut souhaiter la soumission et l’aliénation, et prétendre qu’elles ne vident pas la démocratie de son contenu?) mais elle ne préjuge pas des choix politiques. Nous sommes profondément pluralistes non seulement parce que nous acceptons et suscitons le débat avec tous ceux qui ne partagent pas nos options politiques, mais surtout parce que tout en partageant cette conviction première, nous couvrons à peu près tout le prisme politique. Certains d’entre nous, par exemple, considèrent qu’il faut sortir immédiatement de l’Union Européenne et de l’euro, d’autres estiment que, même si cette construction est bancale et destructrice, il faut pourtant y rester. Certains défendent la décroissance, d’autres sont plus libéraux, d’autres plutôt étatistes, plus portés sur les logiques industrielles. Certains sont jacobins, d’autres sont girondins. Notre combat politique, c’est l’émancipation des citoyens. Et nous entendons apporter notre contribution par nos analyses, nos informations, nos décryptages, les débats que nous susciterons.

Sur Internet, la réinfosphère connaît un certain succès, avec des canaux audiovisuels souvent classés à droite dont TV Libertés est le vaisseau amiral. La mission d’Orwell TV est-elle de faire le pont entre les grands médias tels que Le Figaro et la Toile ?

La mission d’Orwell.tv, c’est de proposer une parole libre. Libre économiquement, libre idéologiquement, hors des sentiers battus et des réflexes convenus. Nous ne considérons pas que le métier de journaliste doit se rapprocher de celui de grand inquisiteur, qu’il consiste à débusquer le Mal et à prescrire le Bien. Allez-y voir: nous serons en accès gratuit pendant une semaine. Vous découvrirez par exemple des analyses économiques sur la politique fiscale de Donald Trump ou sur le rôle de la Chine que vous n’aurez nulle part ailleurs. Parce qu’un média libre est aussi un média qui offre une cohérence intellectuelle, une vision critique de l’actualité. Le mariage entre une éthique journalistique, des compétences dans les domaines que nous traitons et un esprit frondeur, peu enclin à suivre le sens du courant. Nous ne prétendons pas « réinformer » mais analyser, donner à penser, débattre. Nous créons un lien avec nos abonnés en répondant à leur questions, en les informant sur les sujets qui les intéressent, sur les domaines qu’ils veulent voir explorés. Bref, nous voulons retrouver le rôle démocratique des médias.