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Amine El Khatmi, victime du racisme… antilaïque

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Amine El Khatmi

Non je ne me tairai plus est un témoignage saisissant. Retour sur les faits à l’origine de ce livre. Des paroles et des actes, 21 janvier 2016. Sous-titre : Les deux France. Pujadas convie Daniel Cohn-Bendit et Alain Finkielkraut à débattre autour des drames de l’année 2015. À la 42e minute, l’animateur donne la parole à une troisième France : Wiam Berhouma, jeune femme de 26 ans, professeur d’anglais dans un collège et de « confession musulmane ». Selon Pujadas, elle veut s’adresser à Finkielkraut. L’animateur insiste sur le fait que Wiam Berhouma ne serait « encartée dans aucun parti ».

Raciste, la société française?

Devant son écran, Amine El Khatmi n’en croit pas ses oreilles. Wiam Berhouma déroule calmement sa haine de la République et parle d’islamophobie en tant que « racisme d’État ». La cible ? Finkielkraut et ceux qui, selon elle, favoriseraient une libération de « la parole raciste », laquelle serait « largement partagée par une grande partie de la société française ». El Khatmi bout : la société française en « grande partie » raciste ? L’élu socialiste est épouvanté par le discours de haine de Wiam Berhouma, invitée par un Pujadas ne pouvant ignorer ses sympathies affichées pour le Parti des Indigènes de la République, le PIR — acronyme réaliste.


Des paroles et des actes – 21/06/2016 – Wiam… par rinmedia

Lynchage 2.0 du « collabeur »…

Bien décidé à répondre à Wiam Berhouma, Amine El Khatmi donne illico de sa personne sur les réseaux sociaux. Sur Twitter et Facebook, l’élu socialiste, musulman, originaire du Maroc, issu des quartiers populaires d’Avignon, exprime son opposition frontale à ce discours antirépublicain.  Aussitôt, la haine se déchaîne. Contre lui. Une haine d’autant plus violente que justement il est socialiste, musulman, fils d’immigrés marocains et de milieu populaire. El Khatmi découvre l’égarement intolérant et totalitaire d’un certain « antiracisme ». Les mêmes discours racistes mais inversés. Le même antisémitisme parfois. Et la haine de la République, de la France, du « petit blanc ». Il devient une cible : « arabe de service », « collabeur », « esclave » de « maîtres » blancs ou français forcément islamophobes. L’adresse de sa mère est diffusée.

Malaise au Parti socialiste

Face à ce lynchage en règle, l’élu socialiste compte sur le soutien des plus haute sphères de son parti, à commencer par Cambadélis. Silence radio. Amine El Khatmi a pourtant un vrai parcours au sein du parti socialiste. Il en est toujours membre, élu. Il a contribué de près à la campagne de Ségolène Royal, défend encore certaines de ses idées dans la 2e partie de Non je ne me tairai plus, en même temps que des propositions personnelles ou des idées du « Printemps Républicain » dont il est un des co-fondateurs. Il parle aussi du financement des mosquées et de la question du voile. Pourtant, les patrons du PS se font discrets. Un tweet de soutien lâché du bout du clic. L’élu d’Avignon n’est pas seulement confronté à un communautarisme anti-universaliste. Il subit aussi les atermoiements de son parti : ces mouvances sont des alliés objectifs dans la quête terranovienne d’un nouvel électorat de gauche. Tout sauf désespérer les prétendus Indigènes de la république qui, selon Amine El Khatmi, « réduisent le monde à des oppositions binaires » n’ayant « rien à envier aux identitaires d’extrême droite qui leur font face et qui rêvent d’une France entièrement blanche et chrétienne »

Que reste-t-il du bien commun ?

La haine de la République française se diffuse ainsi en mettant à profit l’accusation d’islamophobie, nouveau point Godwin de ce que l’on peine à qualifier de débat d’idées. Une haine que l’on croise au hasard des médias et des reportages. Ainsi le dimanche 19 mars 2017 sur France Inter, dans le journal de 19 heures, quand à l’occasion d’un reportage sur La Marche de « Mémoires et Partages » l’un des organisateurs peut déclarer sans contradiction qu’il faut « en finir » avec l’idée fausse d’une « France judéo-chrétienne blanche qui n’a jamais existée ». L’affirmation n’est pas questionnée. Le journaliste vient d’impulser l’entretien par cette phrase : « Il faut dire à ceux qui le nieraient aujourd’hui que la France est bien multiculturelle ». Peu importe qu’ils aient ou non raison quant à leur vision du monde. Par contre, il est significatif que cette conception, à l’instar de celles qui se déchaînent sur quiconque ose un discours critique à propos de l’Islam, soit dogmatique. Pire encore que les donneurs de leçons, sont ceux qui prétendent détenir « la » vérité. La leur, évidemment. Ces « vérités » là sont toujours totalisantes et contraires au bien commun.

Non, je ne me tairai plus

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Alain de Benoist: pourquoi le populisme est populaire

Alain de Benoist, 2013. SIPA. 00657041_000023

Voilà deux mois que j’ai sur ma table le Moment populiste, d’Alain de Benoist (Pierre Guillaume de Roux Editeur). Deux mois que j’attends le bon moment de parler d’un livre intensément érudit et qui explore toutes les facettes d’un mot qui pue un peu aux narines des crétins — sauf qu’il rentre justement en grâce ces temps-ci.

Populisme : le terme pour ma génération a été longtemps associé à « poujadisme » (certification vintage Pierre Poujade 1953-1958, avec résurgence Gérard Nicoud et CIDUNATI, 1969), et ne concernait guère que les revendications des petits commerçants — à ceci près que l’Union Fraternité Française, qui obtint 52 députés en 1956 (dont Jean-Marie Le Pen, réélu en 1958) dépassa rapidement la stricte défense des Beurre-Œufs-Fromages.

L’avènement d’un populisme new style

Puis vint Georges Marchais, maillon indispensable pour comprendre comment un mot longtemps associé à l’extrême-droite a glissé peu à peu sur l’arc politique, au point d’être aujourd’hui l’œil du cyclone à partir duquel se définissent les politiques. À partir duquel s’est construite, surtout, « l’extraordinaire défiance de couches de la population toujours plus larges envers les « partis de gouvernement » et la classe politique en général, au profit de mouvements d’un type nouveau » : c’est l’attaque du livre d’Alain de Benoist — et j’aimerais beaucoup qu’on lui fasse grâce des étiquettes a priori, dans une France qui justement, comme il l’analyse fort bien, s’ébroue hors du marigot gauche-droite.

Ce que des journalistes paresseux ont nommé le « trumpisme » (croient-ils vraiment que le peuple américain qui a voté pour le faux blond le plus célèbre au monde croit en ses vertus ?) n’est en fait que la mesure du « fossé séparant le peuple de la classe politique installée ». Inutile donc d’« accumuler les points Godwin » en criant au retour des années 1930 dès qu’un mouvement politique parle au peuple : en fait, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon en passant par Nicolas Dupont-Aignan et tout ce qu’il reste du chevènementisme, ce sont moins les politiques qui parlent au peuple que le peuple qui parle aux politiques. Et qui même lui crie aux oreilles.

A émergé il y a une dizaine d’années un populisme new style. Alain de Benoist évoque la victoire du « non » au référendum de 2005, le référendum confisqué par les pseudo-élites qui nous gouvernent, droite et gauche mêlées — bien la preuve qu’il n’y a plus de droite ni de gauche quand il s’agit de défendre les avantages acquis de l’oligarchie au pouvoir. Je pencherais plutôt pour les élections de 2002, où entre les 16,86% de Jean-Marie Le Pen (ajoutons-y les 2,34% de Bruno Mégret et sans doute les 4,23% de Jean Saint-Josse) et les 5,33% de Jean-Pierre Chevènement de l’autre côté de l’arc électoral, cela fait quand même près de 30% de voix qui ne se portaient pas sur les deux partis traditionnels qui monopolisent depuis quarante ans les chaises musicales au sommet de la République.

Une absence d’alternative

Mais je comprends le raisonnement d’Alain de Benoist : l’élection de 2005 était la preuve par neuf qu’une seconde oligarchie, européenne celle-là, se superposait à la vieille oligarchie française. De surcroît, le cumul des mandats étant ce qu’il est, c’était pour ainsi dire la même classe politique de l’UMPS qui se partageait les dépouilles électorales, à Bruxelles comme à Paris. « La droite a abandonné la nation, la gauche a abandonné le peuple », dit très bien notre philosophecitant Pierre Manent. Que la Gauche ne soit plus représentée que par un quarteron de bobos parisiens — qu’elle ait à ce point rompu avec le peuple (et la candidature de Jospin en 2002 est emblématique de cette scission) est une évidence. Que la Droite se soit européanisée, mondialisée, et ait renié le bonapartisme jacobin qui caractérisait la politique gaulliste est une autre évidence.

Et de citer le célèbre poème de Brecht, « Die Lösung » (« la Solution ») :

« Ne serait-il pas
Plus simple alors pour le gouvernement
De dissoudre le peuple
Et d’en élire un autre ? »

Le populisme moderne est né d’une absence d’alternative. Rien à voir, sinon à la marge, avec le populisme des années de plomb : il ne s’agit pas de revanche (sur le traité de Versailles / les Juifs / les Francs-macs ou que sais-je) mais d’une révolte face à…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

Droite-gauche, c'est fini ! : Le moment populiste

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« Rendre la France aux Français »: pour Aphatie, Mélenchon n’a pas le droit

Jean-Michel Aphatie sur le plateau de France Info, mars 2017.

A la fin du débat de l’autre jour sur TF1, le président du mouvement « la France insoumise » qui, soit dit en passant, s’est montré globalement plus convaincant, plus pédagogue et plus crédible que les autres candidats (ce qui a amené certains commentateurs à considérer qu’il avait « gagné le débat »), s’est exprimé ainsi :

Lundi matin sur France Info, Jean-Michel Aphatie et ses acolytes recevaient Raquel Garrido, la porte-parole de Mélenchon.


Crise en Guyane : Raquel Garrido dénonce l… par franceinfo

D’emblée, elle m’a plu quand, à la question « croyez-vous au cabinet noir? », elle a répondu, « je n’en sais rien, je suis comme tout le monde, je suis comme vous ».

Vous n’en savez rien, dit-elle.

C’est absolument vrai. Pourtant Aphatie et tous ses confrères aimeraient se persuader, et nous persuader, qu’il n’y a pas de cabinet noir. Sans même vérifier. Et là réside le problème : ils ne veulent pas prendre le risque de vérifier parce qu’ils ne veulent pas avoir à constater, le cas échéant, que ce cabinet noir existe. Vérifier signifierait envisager la possibilité qu’il y ait un cabinet noir de l’Élysée. Par suite, cela impliquerait également de s’interroger sur l’instrumentalisation de la presse dans l’utilisation des « affaires » par le pouvoir.

Raquel Garrido me plaît encore lorsqu’elle dénonce l’opacité méthodologique des sondages, sous le regard dubitatif d’un Aphatie qui donne l’impression de ne s’être jamais interrogé sur la question, pas plus que sur l’existence d’un cabinet noir.


Crise en Guyane : Raquel Garrido dénonce l… par franceinfo

Mais le meilleur moment de l’émission est celui-ci :

– J.M. Aphatie: « « Rendre la France aux Français », ça nous a un peu écorché l’oreille, pour tout vous dire. On croyait que ce slogan était à un autre parti. »

– R. Garrido: « Eh bien, il faut pas. Parce que cela renvoie à la notion de souveraineté. Vous avez une extrême droite, en France et en Europe, qui conçoit la souveraineté comme une notion de frontière interétatique, et qui l’accompagne d’une vision de société qui serait des nations ethniques, voilà. Nous, au contraire, nous sommes fidèles à l’idée d’une nation civique. »

– J.M. Aphatie: « Excusez-moi, rendre la France aux Français, ça veut dire que les Français ne sont plus maîtres chez eux, donc c’est la même expression que Marine Le Pen. »


Crise en Guyane : Raquel Garrido dénonce l… par franceinfo

Je pourrais poursuivre la transcription mais je trouve cet extrait particulièrement symptomatique du fonctionnement de l’esprit d’un grand nombre de journalistes.

1. Ils réagissent à des mots, à des formules: certains mots deviennent nauséabonds parce qu’ils ont transité par la bouche d’individus nauséabonds, c’est aussi simple que cela.

2. Ils se fichent royalement des explications et des subtilités. Aphatie n’a que faire de la réponse de Raquel Garrido. Il se doute bien que Mélenchon n’entend pas cette expression dans le même sens que Marine Le Pen mais ce qui importe, pour lui, c’est « vous avez dit les mêmes mots que Le Pen ».

En fait, « La France aux Français » est une…

>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux.

Dimanche 23 avril, 20h: la droite explose

La plupart des sondages ne voient pas François Fillon passer le premier tour de la présidentielle. Mars 2017. SIPA. 00799524_000021

Dimanche 23 avril 2017, 20h00, Rue de Miromesnil, Paris

Assis à son bureau, et accompagné de Michel Gaudin et Brice Hortefeux, Nicolas Sarkozy assistait mi-consterné mi-fataliste à l’annonce par Anne-Claire Coudray et Gilles Bouleau de l’estimation des résultats du premier tour de la présidentielle.

Anne-Claire Coudray avait annoncé la couleur, peu avant 20h : si l’institut partenaire de TF1 connaissait  les deux finalistes du second tour, il lui était impossible de déterminer avec certitude leur ordre d’arrivée au premier. De fait, selon les différents instituts, Marine Le Pen et Emmanuel Macron étaient annoncés entre 24 et 25%, avec sans doute un avantage pour la première citée. La même incertitude pesait sur l’ordre d’arrivée entre François Fillon et Jean-Luc Mélenchon (entre 15,5 et 16,5). En revanche, Nicolas Dupont-Aignan (entre 8 et 9) semblait créer la surprise en devançant Benoît Hamon (entre 6,5 et 7,5). Jean Lassalle semblait dépasser le seuil fatidique de 1%, tous les autres candidats étant en deçà de cette limite.

Brice Hortefeux osa une plaisanterie : « Imagine-t-on le général de Gaulle en dessous de 16% ? »

Nicolas Sarkozy explosa : « Jamais je n’aurais dû me laisser embarquer dans cette histoire de primaire ! Quelle connerie ! Regardez où ils sont, les vainqueurs des primaires. L’un à 16, l’autre à 7. Aucun qualifié pour le deuxième tour. On a offert des fausses légitimités démocratiques à des ectoplasmes élus par les gens les plus politisés. »

–          Hortefeux : « Dupont-Gnan-Gnan prend quand même huit points à Fillon. Sans lui, on serait au coude à coude avec les deux autres. La division nous coûte cher. »

–          Sarkozy : « Arrête tes conneries, Brice ! Tout le monde savait qu’il serait candidat. En 2012, Dupont-Aignan était en dessous de 2. Seulement c’est moi en face, pas l’autre. Quand les gens ont vu que Fillon ne pouvait plus être au deuxième tour, ils se sont dit : « foutu pour foutu, autant voter pour un type honnête ». Et puis Dupont-Aignan a aussi grappillé quelques points à Le Pen. Et peut-être même à Macron. Ce type, je l’ai méprisé. J’ai eu tort. Il est d’ailleurs moins méprisable que celui que j’ai eu à Matignon pendant cinq ans. »

–          Gaudin : Cela va partir dans tous les sens. Wauquiez est chaud bouillant pour appeler à voter Le Pen. Morano aussi. NKM est déjà sur le plateau de la 2 pour appeler à voter Macron. La droite va se péter en deux.

–          Hortefeux : Et Fillon n’est plus en état d’appeler à voter quoi que ce soit !

–          Sarkozy : Macron va se faire laminer dans le débat mais va gagner quand même. On aura un président élu plus que jamais par défaut dans un monde dangereux. Il faut dans le même temps appeler à voter pour Macron et lancer la campagne pour les élections législatives qui sont aujourd’hui la seule solution pour l’alternance. Les candidats aux législatives de Macron, de Le Pen et de Dupont-Aignan seront évidemment plus bas que leur chef à la présidentielle. Ce qui signifie que nos candidats Républicains seront bien plus hauts que le score de l’autre nul. Pareil pour les candidats PS. Ils seront plus hauts que le score de Hamon. Cela nuira aux candidats de Macron. Si la bataille des législatives est menée correctement, nous pouvons avoir la majorité et imposer une cohabitation à Macron.

–          Gaudin : Tu veux mettre Baroin sur orbite ?

–          Sarkozy : J’ai déjà désigné Baroin comme mon Premier ministre, puis comme celui de Fillon. Je ne vais pas recommencer en le désignant comme celui de Macron maintenant. Les gens vont finir par trouver ça ridicule. Il n’a pas l’autorité de toute façon. Le seul qui peut mener cette bataille, et empêcher Wauquiez d’aller chez Le Pen, c’est encore moi. Appelle Field. Je dois faire le 20h de France 2 demain. Brice, tu appelles Wauquiez. Et tu lui dis de ma part de la fermer tant que je n’ai pas parlé aux Français.

–          Hortefeux : Morano aussi ?

–          Sarkozy : Bien sûr ! Tes tympans sont moins fragiles que les miens.

 

La suite arrive bientôt…

Retrouvez tous les articles de David Desgouilles sur son blog Antidote

Mélenchon! Il suffit de te baisser, la gauche est à ramasser…

Jean-Luc Mélenchon en meeting au Havre, mars 2017. SIPA. 00800218_000034

Tu avais raison, Jean-Luc. Visionnaire, tu fus. Un prophète. Alors qu’Alexis (Corbière) était devant toi le poing levé, tu lui avais annoncé la couleur. « Mais il ne connaît pas Jean-Luc, ce Parti socialiste ! Il va avoir un réveil pénible. J’ai voulu être diplomate, éviter que le sang coule. Mais maintenant c’est fini, je vais le travailler en férocité, le faire marcher à coup de lattes ! A ma pogne, je veux le voir ! »

Et tu avais raison, grand et sage Jean-Luc ! Le Parti socialiste, tu l’as maintenant à ta pogne ! Enfin, ce qu’il en reste… Le PS, tu l’as éparpillé par petits bouts, façon puzzle, tu l’as dynamité, dispersé, ventilé. Ce n’est plus aujourd’hui qu’un corps meurtri et gémissant. Une masse informe secouée de sanglots. Un morceau de chair vidé de son sang. Eh oui, tu n’as qu’à te baisser pour ramasser ce qui traîne…

Une épave, c’est à tout le monde

Orgueilleux et hautain, tu avais refusé de participer à la primaire de la gauche. Que serais-tu allé faire, en effet, dans cette galère ? Avec le pâle Peillon, le sinistre Hamon et l’arrogant Valls ? Ta place était au-dessus de cette mêlée, que dis-je, de cette bouillie. Et de meetings triomphants en meetings triomphants, tu as compté les coups. Et compté les morts.

Le premier d’entre eux, ce fut Valls que la primaire laissa sur le tapis. Puis vint le tour de Hamon, que tu distanças rapidement dans les sondages. Pauvre Hamon : il s’est rendu à Lille pour dire : « Maman, bobo » à Martine Aubry. Pauvre Valls : il est allé faire allégeance à Macron, qui l’a accueilli avec condescendance (« Je veux des têtes nouvelles »). Pauvre Cambadélis : il s’est dit « triste » du ralliement de Valls.  C’est pitoyable et pathétique un chef de parti, pleurnichant, qui parle de sa tristesse quand les siens quittent le navire.

Oui, Jean-Luc, le Parti socialiste, tu l’as à ta pogne ! Des gens méchants te décrivent en Thénardier dépouillant les cadavres sur le champ de bataille de Waterloo. Ils ne méritent que le mépris. Car toi, tu es de la race noble des pilleurs d’épaves. Une épave, c’est à tout le monde. Tout le monde peut se servir. Et tu es le plus légitime pour le faire.

Avec toi, l’avenir va enfin devenir limpide. Nous aurons une gauche débarrassée de sa défroque bon chic bon genre. Une gauche virile, musclée, franche, à l’image des Tontons Flingueurs, un film dont tu sors tout droit. Une gauche gueularde, vulgaire, populacière. Sachant vider une bouteille de rouge pour arroser une blanquette de veau. Un vrai régal pour les cinéphiles dont je suis.

Samedi, une manif réclamera la «séparation du Crif et de l’Etat»!

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Manifestation BDS, Lyon, 2015. Sipa. Numéro de reportage : 00728859_000016.

Une manifestation antisémite, voilà ce que la préfecture de police de Paris refuse d’interdire pour le samedi 1er avril prochain, et ce ne sera pas faute d’avoir été avertie. Régulièrement cachée derrière des déclarations de « soutien au peuple palestinien », la principale organisatrice de cette manifestation, l’association Europalestine-CAPJPO, se montre enfin sous son vrai visage, un visage médiocrement antisémite.

Lorsque l’agresseur n’est pas israélien…

La manifestation prévue le 1er avril, et ce ne sera malheureusement pas le poisson du jour, a en effet pour objet d’exiger la « séparation du Crif et de l’Etat ». Rien que ça. Il ne sera dénié à quiconque le droit de soutenir les Palestiniens, pas plus que les Tibétains, les animistes du sud-Soudan, les coptes en Egypte, les Kurdes en Turquie, les chrétiens d’Orient, les yézidis en Irak, les homosexuels emprisonnés ou condamnés à mort dans les pays arabes, bien que la foule ne se presse pas dans les rues pour défendre ces minorités-là. Il ne sera reproché à personne de manifester pour ses idées, fussent-elles pro-palestiniennes, pas plus que pour la liberté des femmes, la liberté religieuse, de la presse, d’expression ou de manifester, bien que personne ne défile pour en demander le respect à Gaza ou dans les territoires contrôlés par l’Autorité palestinienne.

La liberté de manifester est une liberté fondamentale en démocratie, c’est un fait. Mais il n’est pas nécessaire de tomber dans l’antisémitisme le plus rance pour défendre une cause. Et c’est bien le cas de la manifestation prévue pour le 1er avril. Quitte à manifester pour dénoncer « l’apartheid israélien », les organisateurs auraient pu, pour faire bonne mesure, dénoncer également l’apartheid, bien réel celui-là, des pays arabes qui ont expulsé la quasi-totalité de leurs citoyens juifs sans qu’il ne leur soit accordé le statut de réfugiés générationnels, la création d’un organisme ONU-sien ad hoc financé à hauteur de centaines de millions d’euros chaque année, ni un quelconque droit au retour. Tout comme ils auraient pu s’indigner des conditions de vie des Palestiniens et de leur statut de parias en Syrie, au Liban, en Irak, en Jordanie, ou en Egypte. Mais il faut bien reconnaître que lorsque « l’agresseur » n’est pas israélien, cela perd de son intérêt.

Un amalgame autorisé

Au-delà ce traitement différencié, en appelant à manifester pour « dénoncer le régime colonial de l’occupant » sous le mot d’ordre de la « séparation du Crif et de l’Etat », les organisateurs de cette manifestation font un parallèle entre les juifs de France prétendument représentés par le Crif et le peuple israélien qualifié d’occupant. Ce faisant, ce n’est pas la politique du gouvernement israélien envers les palestiniens qui est visée, ce sont les juifs.

Pour le grand public en effet, le Crif représente les juifs de France. Exiger les « séparation du Crif et de l’Etat » renvoie aux vieux poncifs antisémites des Juifs contrôlant les institutions publiques, et plus généralement gangrénant les banques, les arts et les médias… Il ne manque plus que les caricatures antisémites d’avant-guerre du Juif aux doigts crochus s’emparant du monde et le tableau serait complet.

En exigeant la « séparation du Crif et de l’Etat », les organisateurs font nécessairement référence à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, placent le débat sur le terrain religieux et non pas politique, et visent les Juifs es-qualité et non en tant qu’éventuels soutiens à la politique gouvernementale de l’Etat d’Israël.

Que faut-il donc aux pouvoirs publics pour prendre conscience du danger que représentent les manifestations orchestrées par le collectif BDS ? Les exemples d’apologie du terrorisme et d’incitation à la haine tant dans le cadre de ces manifestations que sur les réseaux sociaux sont pourtant légions. Ces idées nauséabondes imprègnent les esprits. Petit à petit, tout devient normal.

Des autorités sourdes et aveugles

Mais rien n’y fait. Les autorités ne perçoivent rien. Rien n’éveille leur curiosité, rien ne semble constituer à leurs yeux une contrariété entre ce type de manifestations et les valeurs de la République. Alors que les services de la préfecture se réfugiaient derrière le « débat d’ordre politique » pour laisser le BDS boycotter l’Etat d’Israël, cette fois le paradigme a changé. Il ne s’agit plus de boycotter des produits israéliens mais de boycotter la prétendue influence des Juifs sur l’Etat français, leur omniprésence, leur omnipotence, ce complot ourdi à l’ombre des alcôves des synagogues. L’idée n’est certes pas nouvelle mais elle est désormais clairement promue dans le cadre d’une manifestation dont on attend toujours qu’elle soit interdite.

A n’y prendre garde, on passe doucement du spéculatif à l’opératif. En laissant organiser une telle manifestation avec de tels mots d’ordre, un cap est franchi. Après le boycott des idées et des Etats, viendra celui des gens. Et il sera trop tard.

Le gouvernement doit enfin l’entendre, réagir et cesser de brandir des slogans aussi vides de sens que le vivre-ensemble. La proximité des élections présidentielles ne peut pas tout justifier.

Harcèlement scolaire: le cauchemar des bons élèves

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Le personnage d'Agnan, interprété par Damien Ferdel, dans Le Petit Nicolas de Laurent Tirard, 2010.

On parle souvent de harcèlement à l’école. Curieusement on ne dit rien du phénomène suivant qui est pourtant très bien documenté et inquiétant et dont les professeurs ont souvent fait état dans l’indifférence générale : dans beaucoup de collèges et de lycées, ce sont les bons élèves, les « intellos » qui font l’objet de harcèlement.


« Marion, 13 ans pour toujours » : un téléfilm choc sur le harcèlement scolaire

Sur ce sujet, silence des défenseurs des droits des enfants et de ceux qui militent à juste titre contre les horribles discriminations. La discrimination dont font l’objet les bons élèves, ceux qui travaillent, écoutent le professeurs, la discrimination, parfois des élèves « intelligents » ou doués, la discrimination des élèves précoces, des élèves qui lisent : personne n’en parle, ou si peu !

La stigmatisation des « intellos »

Il est évoqué en long et en large le rejet de la différence physique, les facteurs ethniques, territoriaux, religieux, sociaux qui peuvent expliquer une forme de rejet ou d’intolérance et on ne parle guère de ce rejet, pourtant hautement inquiétant au sein d’une institution qui serait censée promouvoir les qualités intellectuelles : le rejet et la discrimination des élèves différents parce qu’ils aiment lire ou parce qu’ils veulent travailler, parfois parce qu’ils sont doués pour les études, bref parce qu’ils sont des « intellos ».

>> A lire aussi: Ce que nous dit l’affaire Marion Fraisse: la haine des bons élèves compte ses morts.

Ce terme essentialisant (comme dirait notre ami moustachu de Mediapart qui l’adore) et réducteur (de têtes bien faites) utilisé par les élèves mais qu’un pédagogiste obtus ne renierait pas, est là, bel et bien pour stigmatiser, souvent violemment, une catégorie particulière et quand même très bien représentée, d’élèves pas tout à fait acquis à la violence (qui parfois prévaut dans les établissements scolaires) et mal intégrés au caïdat local que font régner une poignée de meneurs. Je pense notamment aux lycées professionnels où l’on a pu voir des élèves pétitionner pour… pouvoir simplement étudier dans le calme: leur seul tort est de vouloir travailler, d’avoir parfois la tête dans les nuages de la culture, de l’histoire, des mathématiques, d’être de doux rêveurs dans un monde de rapports de force et de compétences strictement utilitaires.

J’ajouterai que ces élèves, nombreux, viennent de tous les milieux sociaux. Tous ! Ils peuvent être fils de femme de ménage, enfants d’ouvriers immigrés, jeune fille musulmane souhaitant s’émanciper par le travail d’un milieu qui n’encourage guère les femmes à faire des études, fils d’instituteurs, de cadres : tout le monde peut faire l’objet de ce bannissement abject.

Mais curieusement ce « racisme » là ne trouve guère d’écho. Personne n’en fait la phénoménologie naïve, en s’étonnant, en mesurant, en circonscrivant, puis enfin en s’indignant qu’une telle chose ait pu surgir au sein de… l’école de la République: le sanctuaire du savoir ??

Pas sociologiquement correcte ? pas redevable d’une explication marxiste en terme de lutte des classes ? Non inscriptible dans la lutte « anti-raciste » ? Non rabattable dans les plis de la « pensée politique » préformée ? Ne s’inscrivant pas suffisamment dans l’opposition dominants vs dominés ? Stigmatisant (ce serait un comble, mais je m’attends toujours au pire avec notre « intelligentsia » !) les caïds des collèges, ratonneurs d’intellos, peut-être, mais qui sont eux-mêmes des « victimes du système » venant de couches défavorisées??

Étonnant silence. Indécent oubli ! Criminelle abstention. Le harcèlement, les études le montrent, concernent très souvent de bons élèves parfois de brillants élèves et qui viennent assez souvent de milieux défavorisés. Ces élèves ni leurs parents n’ont les moyens, matériels et moraux, de se défendre ou de soustraire leur fils ou leur fille à ce qui peut parfois devenir un enfer. Cela est-il acceptable ?

Boucs émissaires faciles

Une anecdote qui en dit long pour terminer: dans un bon collège avec des enfants de cadres supérieurs, un élève me cite lors d’un débat une émission qu’il a vu sur Arte parlant d’égyptologie. Les moqueries de ses camarades fusent : « Arte !?! tu regardes ça! Trop mort de rire ! Le bouffon ! »

Inutile de préciser que j’ai vertement mouché les aboyeurs. Formé à l’école de Meirieu, j’aurais sans doute remis vertement en place… mon intello : « Mounir ce n’est pas bien d’essayer d’intimider tes camarades et de te placer en position de supériorité ! Est-ce que tu arrives à comprendre pourquoi c’est une forme de violence ?? Te crois-tu supérieur parce que tu regardes Arte ? Fais ton auto-critique devant la classe ! » Je n’exagère nullement. Ce sujet ne prête pas à rire.

Les profils du bouc-émissaire sur qui la violence collective se déchaîne parfois (les meneurs entraînant les autres) sont multiples mais catégorisables. Bien entendu il y a des élèves médiocres aussi dont le seul tort est d’être en surpoids, d’avoir la mauvaise couleur de peau, de religion, les mauvais vêtements le mauvais accent ou d’être… une fille gentille. Mais il y a aussi beaucoup d’élèves rejetés parce qu’ils montrent des aptitudes intellectuelles, un goût pour l’étude, le travail, que certains cadors jugent « un truc de pédale » (expression entendue!).

Anxiété, dépression, décrochage scolaire et pour finir..échec scolaire, finissent par être leur lot et ce, dès le collège, si la discrimination et les intimidations ont commencé à l’école primaire.

Cumulant les « handicaps » de plusieurs profils de bouc émissaire, on n’ose pas imaginer ce qu’il advient, parfois, dans l’école d’aujourd’hui, dans certains « endroits » oubliés par la République, des filles intellos, lectrices, soucieuses de bien faire, timides, anxieuses mais aussi en surpoids, n’ayant pas le bon  profil ethnique ou religieux et n’ayant, pour faire valoir auprès de l’établissement et de l’institution scolaire, leur droit à la paix, la sécurité, parfois simplement leur droit à l’existence, qu’une mère agent d’entretien qui parle mal le français…

Une réforme qui annonce le pire

Avec la réforme actuelle et l’aspiration par le bas, la fin de l’ambition, on peut prévoir un avenir sombre à ces petits élèves qui ont faim de savoir et ne se résignent pas à chercher des « nourritures » dans les dialogues de la télé-réalité. L’institution ne parvient pas même à leur faire retrouver le sourire en leur infligeant des Enseignements pratiques interdiciplinaires (EPI) sur le régime de Madame Bovary ou la mort de Claude François : c’est dire si le mal est profond.

Les petits grammairiens, les petits latinistes, les petits collectionneurs de noms de dinosaures, les petits joueurs d’échecs : potentiellement presque tout le monde, si l’on ne s’employait pas à écrêter les aspirations à l’élévation…les départs de lumière.

Peut-être pourrait-on concevoir une école qui protège toutes les intelligences et tous les talents du massacre ? Après tout dans l’expression « lieu de vie » chère aux réformateurs il y a tout de même le mot « vie » qui peut ménager une petite place à la vie de l’esprit ?

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Macron, l’illusion du progressisme

Emmanuel Macron en meeting à Dijon, mars 2017. SIPA. 00799424_000003

Emmanuel Macron est entré en politique baigné d’une révélation lactée, les traits noyés d’une transparence nouvelle, dans une flottaison d’absolu. Alerte, captivé par l’appel soudain de sa vocation, aimant ses amis progressistes aussi « farouchement » que les missionnaires du XIX° siècle allaient convertir le feu des forêts primitives, il avance avec une prestesse d’archer chassant les papillons dans une prairie de coquelicots. Il marche dans la fraternité des demi-dieux, mousquetaire de l’Olympe contre les « centaures des montagnes », les Conservateurs. Théosophe du progrès, il transcende les chapelles, unit les passions déchirées, purifie la culture de ses « rabougris ». Progresseur charmeur, il escalade la nouvelle aube avec le sourire raphaélique des pèlerins reconstruisant en chœur les ruines du mont Cassin.

Qui n’aime le progrès (progressus en latin signifie « marche en avant »)? Bien-être, bonheur, confort, nouveauté, réussite, abondance ? Mais les partitions de la « lutte contre le sous-développement » après l’Indépendance, les vivats du sacre progressiste soulevant les tribunes, les guides marchant dans « le sens de l’histoire », effleurant les doigts tendus par milliers, on les connaît par cœur. Nos progressistes ont joué toutes les gammes du progrès. Les cymbales de l’avenir radieux ont vibré contre la nuit coloniale, à frapper nos tympans de surdité.

Les tragédies du progrès total

Mais quelques décennies plus tard, c’est le désastre. Les marcheurs du progrès foulent un sentier de tourbières, de fosses et de tombes. Le progrès n’est plus la clarté d’un matin de lumière, mais le crépuscule d’un horizon aveugle. Quoi ? Le progrès n’est plus à sens unique ? Non, ses flèches pivotent, se heurtent, sa boussole part en vrille, son axe se renverse. Nos yeux fixaient la montée, ils se braquent sur la descente, la tête nous tourne, c’est la chute.

Au nom du progrès, les crimes des décolonisés ont fini par dépasser tout ce que les colons leur ont fait subir. Les progressistes ont commis autant d’injustices qu’ils ont engagé de promesses. Les dégâts du progrès ont ruiné la somme de ses bienfaits. Ils ont enfanté des maux dont l’inhumain est encore à venir. Qui est en mesure de les guérir ?

>> A lire aussi: Et « Mimi » relooka les Macron: comment la nouvelle star a été fabriquée

C’est pourquoi les démarcheurs de progrès me laissent un peu rêveuse, au regard des tragédies que le mythe du progrès total a générées. La foule des réprouvés, des incrédules du progrès fera tonner contre l’impénétrable vitrine de son paradis, l’orage de leurs souffrances. Quand le progrès devient un bonheur aussi inaccessible que l’au-delà, un faux paradis, est-il meilleur que l’utopie religieuse ?

Emmanuel Macron est un jeune seigneur progressiste qui veut dépasser les clivages gauche-droite. Il les trouve démodés. Soit. Mais que signifie alors son opposition entre « progressistes » et « conservateurs », sinon répéter le schéma de la gauche « moderne », contre la droite « réac » ? Sinon refuser toute intelligence aux conservateurs, toute reconnaissance morale à ces racornis de l’histoire ? La division est encore plus violente. L’église progressiste doit écraser la conscience impie des conservateurs, ôter toute respiration à la tradition. Résultat : la résistance du passé,  cette raison fossile, se rebelle. La dignité humaine est en mal de restauration, pas de révolution. Est-ce si honteux ? Est-ce un crime ? L’empire du progressisme s’est ramassé au sommet d’une pyramide dont les fondements s’enfoncent dans le mépris moral.

Les premiers bénéficiaires de l’hégémonie du progrès sont… les progressistes

Tant qu’ils n’étaient pas gens de pouvoir, les progressistes étaient fréquentables. Humbles, soucieux de vérité, démunis, sans pouvoir, en minorité, épris de savoir, humanistes, habités de questions exprimant par leurs œuvres la noblesse imparfaite, mais perfectible et modeste, de la condition humaine.

Mais quand ils se mettent à empoigner le sceptre de l’histoire pour la téléguider, coulés d’absolu, fondus dans la puissance de l’Etat, qu’ils se transforment en ligues de vertu, en observatoires du vice, en directeurs de conscience, en petits-saints des droits de l’homme, en inspecteurs des mœurs, en marquis dictant au peuple un plan pour son Bien qu’il attend toujours, alors qu’ils prennent garde aux soulèvements que les cœurs surannés réservent à ce nouveau clergé !

Les premiers bénéficiaires de l’hégémonie du progrès sont… les progressistes. Les prélats du progrès récoltent en bons aumôniers la moisson de leurs homélies, comme l’église a amassé durant des siècles sa fortune colossale sur la crédulité des âmes simples. Le progressisme est une usurpation de la tradition populaire.

Mais est-il si nouveau, ce préjugé des « progressistes » supérieurs aux « conservateurs » ? Non, c’est lui qui a pris un coup de vieux. Le « désir d’avenir » est un peu fatigué. Tandis que le désir du passé est un acteur vigoureux du présent. Peut-être que ce sont les progressistes, au fond, qui sont des réactionnaires.

Monsieur Macron, méfiez-vous!

Les progressistes ont pris le masque de cire des figures de musée, et les conservateurs la mine d’une jouvence de l’histoire, le souffle de ce que la littérature allemande appelait au XIXème siècle « l’âme du peuple », le sturm und drang (« tempête et passion »). Certes, ce qui fut autrefois le romantisme du « mal du siècle », avec des écrivains de génie, avec René et Werther, montre aujourd’hui une infirmité canaille, moins sublime, disant ce qu’elle peut avec les accents populeux de ceux que la culture progressiste a privé de langage. Le progressisme n’est plus un humanisme.

Macron a déjà réduit sa flamme progressiste aux convenances pour complaire aux codes de l’opinion. Il aurait remplacé, dit-on, ses manches de mousquetaire, raffinement trop criant pour ceux que l’élégance énerve, par des boutons ordinaires. Dommage. Le calcul flétrit le panache de la liberté. L’intimidation sociale est la pire forme de conformisme réac.

>> A lire aussi: Marcel Gauchet: « Le camp de la tradition a été balayé »

M. Macron, méfiez-vous, le progressisme radical a des conséquences terribles. Je vous invite à refaire un tour par ici, sur notre rive sud. D’abord, personne ne vous réclamera une génuflexion pour les crimes de vos ancêtres, je vous assure. Ici, les gens sont bien plus obsédés par les crimes d’un troisième type, inventés par des gosses sortis de leurs entrailles, déjà emmaillotés de poudre. Ici vous verrez ce que Baudelaire, poète ultra-conservateur de la modernité, appelait le « bizarre ».Vous y croiserez les yeux charbonneux du barbu, le front pâle du désœuvré, la petite coquette en minijupe cheveux au vent, la jeune nonne voilée, le vieux brigand à la dent en or, l’ivrogne anarchiste, le camelot à la sauvette, l’épicier policé, le chauffard grossier, la dégaine du gardien de voiture, le bigot onctueux, le marchand cauteleux, le rémouleur (tiens, ça existe encore ?), le fabriquant d’alambics, le vendeur d’herbes opiacées, bref, tous ceux qui n’ont goûté à aucune faveur du progressisme – nationaliste, marxiste, révolutionnaire ou même islamiste.

Vous les verrez défiler, ombres charnelles de leur caverne délabrée, la Tradition. Ils vous regarderont avec leur ironie espiègle et résignée. Ils vous diront  : « Vous êtes progressiste, brillant, instruit, prince du progrès. Mais voyez-vous, comme tous vos semblables, les progressistes d’ici, vous ne voulez pas de nous. Le dieu de votre Progrès nous a écartés de sa Cour. Il nous a fait un pied de nez. Car nous sommes le souvenir auguste de l’Ancien, le sourire mélancolique du Passé, la lenteur vermoulue de l’Antique, la tortue immobile du temps qui observe le lièvre courant à perdre haleine. Et de la carapace immobile, vous entendrez un soupir qui dit : « Le temps ne marche pas avec nous, hélas non, le temps n’est pas avec nous ! » Vous comprendrez alors que le temps des progressistes a perdu son humanité. Mais la morale de la fable, à la fin, que dit-elle ? Que c’est la tortue, à l’arrivée, qui fait un pied de nez au lièvre.

Voile intégral: et si les Suisses l’interdisaient?

Walter Wobmann présente son initiative «Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage», février 2017. SIPA. AP22025147_000001

Comme ailleurs sur le vieux continent, la Suisse se pose de plus en plus la question de la présence d’un islam rigoriste et voyant au sein de son espace public. Le voile islamique cristallise les débats en ce qu’il est un symbole lourd de sens, que la Confédération peine à gérer. Dernier épisode de ce long feuilleton, le Conseil des Etats – chambre basse de la démocratie helvète – a récemment bloqué l’initiative d’un de ses parlementaires qui souhaitait interdire le port du voile intégral dans l’ensemble des cantons. Entre liberté de pratiquer sa religion et neutralité religieuse de l’espace public, deux principes démocratiques s’opposent.

La France n’a surmonté cette contradiction que par un habile tour de passe-passe en 2010, se réfugiant derrière un argument sécuritaire : on ne dissimule pas son visage dans l’espace public. Bien évidemment, c’est bel et bien le port du voile intégral qui était visé. En Suisse, dont les 300 000 musulmans forment un peu plus de 3% de la population, le débat se déroule beaucoup plus franchement.

Une épopée juridique et politique

Tout a commencé il y a quelques années dans le Tessin, l’un des deux cantons de Suisse italienne, où une initiative populaire d’interdiction de dissimulation du visage avait été lancée par Giorgio Ghiringhelli, ancien journaliste et politicien indépendant. Lors du référendum cantonal du 22 septembre 2013, Ghiringhelli, qui voulait envoyer un message de fermeté « face à l’islamisme fondamentaliste montant en Europe », a été suivi par 65,4% des électeurs tessinois. La polémique suscitée par cette interdiction a provoqué une guérilla judiciaire de presque deux ans, jusqu’à ce que le Tribunal fédéral (l’équivalent suisse du Conseil d’Etat), ne tranche en faveur du législateur tessinois. Ce n’est donc que deux ans plus tard, en réponse aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris et face à la menace terroriste en Europe, que la loi a finalement été votée au Conseil d’Etat du Tessin. Ainsi, depuis son entrée en vigueur au 1er juillet 2016, le port du voile intégral est sanctionné pénalement dans tous les lieux publics du canton, y compris les magasins, salles communes des hôtels et restaurants mais aussi au volant d’une voiture, pour les nationaux comme pour les touristes. Toute violation de cette loi cantonale entraîne une amende pouvant aller de 100 à 10 000 francs suisses (de 93 à 9350 euros environ).

Or, quelques semaines après son entrée en vigueur, la mesure s’avère extrêmement populaire bien au-delà du seul canton du Tessin : selon un sondage publié le 28 août 2016 par le journal Le Matin Dimanche, 71% des Suisses soutiennent l’interdiction du port de la burqa dans l’espace public. Ce qui donne le ton. Pas étonnant donc, que la proposition soit reprise au niveau fédéral.

En septembre 2016, les députés du Conseil national ont approuvé un texte quasi-identique à la proposition des tessinois. Le texte propose ainsi de modifier la Constitution fédérale afin d’interdire la dissimulation du visage dans tout l’espace public. L’initiative est évidemment très contestée, mais a été adoptée d’une très courte majorité, à 88 voix contre 87 pour 10 abstentions.  Et ce, malgré l’avis défavorable de la Commission des Institutions politiques qui, en phase de pré-consultation, a pris la défense des touristes musulmans en proposant de ne pas donner suite à l’initiative de l’UDC du très médiatique Oskar Freysinger, dont l’un des ténors, Walter Wobmann, est à l’origine de la proposition de loi.

Le niet de la chambre haute

Mais c’est sans compter le détail du vote. La droite, bien que divisée sur une question risquant d’exposer la Suisse aux représailles des pays du Golfe, a massivement approuvé l’initiative parlementaire : les trois-quarts des démocrates-chrétiens, des libéraux-radicaux et deux membres du Parti Bourgeois-Démocrate ont voté aux côtés de l’UDC. Les cadres de certains partis de droite se sont pourtant bien gardés de se mouiller, la présidente du PLR Petra Gössi préférant s’abstenir, et le président du PDC Gerhard Pfister s’absentant littéralement le jour du vote. Inutile de préciser que les élus de gauche ont voté comme un seul homme contre le texte.

Mais pour avoir force de loi, encore faut-il que le texte franchisse l’étape du Conseil des Etats, la chambre haute de la Confédération. C’est là que ça se complique. Le 9 mars 2017, à 26 voix contre 9, pour 4 abstentions, la Chambre des cantons a nettement rejeté l’initiative parlementaire lancée par Wobmann, se rangeant aux arguments défendus par le PLR, les Verts et le PS. Lesquels n’ont de cesse de brandir le tourisme helvète en provenance des pays arabes, et la politique de décentralisation de la Suisse comme des totems intouchables. Exemple-type : Robert Cramer, élu genevois Vert (centre-gauche), n’a cessé de marteler qu’il fallait légiférer au niveau cantonal si nécessaire, et surtout différencier le cas des touristes pour ne surtout pas offenser les sacro-saints dirigeants des pays du Golfe qui adorent courir les boutiques de luxe de Genève et Zurich, les poches pleines de pétrodollars.

La peur de « provoquer une guerre culturelle »

Interrogé par Causeur, Darius Azarpey, vice-président de la Chambre de Commerce Iran-Suisse, élu et membre de la direction du PLR, nous explique que le sujet est régulièrement lancé par l’UDC depuis une vingtaine d’années. Même son de cloche chez Cramer. Azarpey, fortement opposé au texte, estime qu’il faut agir au niveau cantonal si la situation l’exige, car nombre de cantons dont l’économie dépend du tourisme en provenance du Golfe seraient touchés par une telle modification de la Constitution fédérale. Dans les faits, beaucoup de cantons vivent grâce à l’apport touristique. Or, il nous explique que cette mesure ne concernerait que quelques rares personnes, et les amendes octroyées dans le Tessin seraient d’un nombre infinitésimal depuis l’entrée en vigueur du texte. L’élu libéral-radical n’est pas avare de critiques sur l’UDC, accusée pour la énième fois de jouer avec la peur des gens avec ses habituels épouvantails sécuritaires. « Fachos, fachos », dirait « l’establishment » français.

Contactée par Causeur, Céline Amaudruz, vice-présidente de l’UDC, conseillère nationale et députée au Grand Conseil du Canton de Genève, n’a toutefois pas souhaité réagir.

Droite et gauche sont divisées. Par exemple, le démocrate-chrétien Filippo Lombardi prend en compte l’aspect sécuritaire, estimant qu’il ne s’agit « pas seulement de la burqa, mais d’une dissimulation du visage », mais explique aussi qu’il veut lutter contre le hooliganisme. Qui a de nombreux rapports avec l’islamisme, ce que chacun ici sait pertinemment… Côté socialiste, on n’est pas en reste. Fidèles à eux-mêmes et à leur ADN que l’on qualifie pudiquement d’ « antiraciste » en France, une élue, Anita Fetz, explique qu’elle ne veut surtout pas « provoquer une guerre culturelle ». De la même manière, plusieurs ténors socialistes suisses comme Christian Levrat et Pierre-Yves Maillard, se sont ouvertement opposés au port du voile intégral, mais dans les mots seulement. Car évidemment, aucun des deux n’a eu le courage de soutenir par le vote l’initiative de l’UDC. Allez comprendre la logique.

Conclusion de l’épopée parlementaire, le Conseil des Etats s’est retrouvé avec une patate chaude, dont il ne savait que faire : fallait-il modifier la Constitution fédérale et voir ses partenaires arabes vexés ou laisser les cantons prendre eux-mêmes les mesures adéquates ? Il a choisi la bonne vieille position du repli en attendant l’initiative populaire, laissant les cantons seuls et démunis face au problème. La chambre haute suisse, sur pareille question, doit probablement préférer que le peuple tranche.

Mais Walter Wobmann n’a pas attendu la décision du Conseil national ni celle de la Chambre des cantons pour lancer, le 15 mars 2017, une initiative populaire, dont le comité d’initiative a jusqu’à septembre 2017 pour récolter les 100 000 signatures nécessaires avant qu’elle ne soit soumise au vote des suisses.

Prévoyant que le texte se heurterait aux peurs des élus, et aux différentes pressions venant d’ici et là, il s’est engagé dans une campagne de récolte des signatures pour que l’initiative soit soumise à votation avec perte et fracas, provoquant un tollé avec son texte « Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage » et son action sur la Place Fédérale mettant en scène des personnes intégralement voilées arborant une ceinture d’explosifs. L’action a valu une amende à son instigateur, qui devait néanmoins être ravi d’avoir fait son petit effet.

Les liaisons dangereuses de l’économie helvète

Ironique, Giorgio Ghiringhelli rappelle que le résultat de la votation dans le Tessin « a fait le tour du monde et a entraîné une formidable publicité gratuite pour le Tessin et la Suisse ». Selon lui, il n’y aura aucun impact sur le tourisme, car « en 2009, on prédisait déjà que les touristes musulmans boycotteraient la Suisse lors de la campagne pour la votation anti-minarets. […] Au contraire, leur présence n’a cessé d’augmenter. Je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas le cas pour l’interdiction de la burqa ».

En Suisse, le tourisme représente l’un des principaux secteurs économiques du pays, soit environ 3% du PIB, allant jusqu’à 30% dans certains cantons en part de revenu cantonal, et employant environ 5% de la population active, soit près de 180 000 emplois, notamment dans le tourisme de luxe en provenance d’Arabie Saoudite, des Emirats Arabes Unis ou encore d’Iran, dont les ressortissants sont friands des établissements de luxe, de Genève notamment. Dans le Tessin, les touristes en provenance des pays arabes représentent, en revanche, à peine 2,1% du flux touristique du canton. Et selon Kaspar Weber, vice-directeur de Ticino Turismo, il est « encore trop tôt pour dire si la nouvelle loi aura un impact sur le flux touristique et ce, notamment parce que les visiteurs arabes complètement voilées représentent une exception ».

Se rabattant sur la Suisse face à l’hostilité de moins en moins dissimulée de Paris à l’encontre du voile islamique, un pays comme l’Arabie Saoudite est aujourd’hui un partenaire économique non-négligeable de la Confédération. Les relations avec le Qatar ne sont pas en reste : la monarchie du Golfe persique ne cesse d’investir en hôtels et palaces de luxe en Suisse, se hissant par là même au rang de partenaire économique privilégié en prenant part aux grands groupes financiers du pays. De son côté, le Koweït a fondé la National Bank of Kuwait, une banque privée islamique en Suisse en partenariat avec une institution saoudienne. Sans compter les propositions de service de finance islamique dans les gestions de fortune disponibles dans ce pays, incluant comptes, placements et mandats de gestion non-porteurs d’intérêts, assurance, et toute une jolie palette de produits conformes aux préceptes de la charia. Rien que ça. Sauf que, dans la démocratie directe de la Suisse fédérale, les élites politiques et économiques dirigeantes n’ont pas le luxe de passer outre une opinion publique qui à plusieurs reprises affichait son hostilité au multiculturalisme, notamment pour ce qui concerne l’espace public.

Ainsi, même l’ambassadeur saoudien à Berne, Hazem Karakotly, appelle à respecter la loi suisse tessinoise. Ce dernier apporte même son aide aux autorités suisses, en précisant que l’ambassade « rappelle à tous ses honorables citoyens la nécessité de respecter les règles suisses et de s’y conformer afin d’éviter tout problème » dans une lettre en langue arabe publiée sur Twitter. Celui-là même qui explique sans sourciller « qu’aucun lien ne peut être établi entre la question des droits de l’homme et les relations économiques ». Les intérêts ne sont donc pas uniquement du côté suisse et le message envoyé par les citoyens de la Confédération semble être bien compris.

La justice est trop lente en France

François Molins, procureur de la République. SIPA. 00790092_000009

Chacun le sait et le déplore : l’institution judiciaire, engorgée, met beaucoup trop longtemps à rendre son verdict dans une grande proportion des causes qui lui sont soumises. En particulier, la répression de la petite et moyenne délinquance serait nettement plus efficace si la sanction survenait très rapidement : un adolescent, par exemple, qui n’est jugé et puni que plusieurs mois – et parfois des années – après la commission du ou des délits qu’il a commis conserve un sentiment d’impunité, alors qu’une sanction très rapide l’aurait conduit à comprendre la gravité de ses agissements.

Il en va de même, mutatis mutandis, pour les jugements relatifs aux infractions au droit du travail. Liaisons sociales quotidiendu 21 mars rapporte le cas d’une affaire simplissime qui a démarré en avril 2011 et qui n’a été définitivement tranchée par la Cour de cassation que le 15 mars 2017, soit 6 ans plus tard. Ce cas mérite qu’on y réfléchisse.

Il s’agit d’une étrangère dont l’autorisation de travail, expirée le 31 octobre 2010, n’a pas été renouvelée. Un premier retard à l’allumage est survenu au niveau de l’administration : l’employeur n’a été informé de ce refus que le 21 avril 2011, soit presque 6 mois après la cessation de la validité du titre de travail. Cela pose le problème de la lenteur administrative : si, trop souvent, l’administration s’avère incapable d’agir en temps réel, comment le pays en général et les entreprises en particulier n’en seraient-ils pas affectés ?

La lenteur, une infraction comme les autres

L’employeur a immédiatement appliqué les dispositions du Code du travail, c’est-à-dire convoqué cette employée à un entretien préalable au licenciement, puisque s’il avait continué à faire travailler cette personne, il se serait mis hors la loi. Une complication est alors apparue : la salariée était enceinte, et notre droit du travail est, à juste titre, protecteur pour les situations de grossesse. Sauf impossibilité de maintenir le contrat de travail, ou faute grave, le licenciement d’une femme gravide est interdit. Dans ce cas, l’interdiction de travail notifiée par la préfecture entraînait-elle ou non une impossibilité de maintenir le contrat de travail, telle était la question.

La salariée s’étant prévalue des dispositions protectrices de la femme enceinte pour réclamer l’annulation de la rupture de son contrat, l’affaire a suivi jusqu’en cassation le cheminement judiciaire classique. La Cour, par un arrêt du 15 mars 2017 qui devrait faire jurisprudence, jugea que l’employeur avait bien agi : les dispositions d’ordre public relatives à l’emploi des étrangers l’obligeaient bien à résilier le contrat de travail de son employée.

Au-delà de cet aspect juridique, en quelque sorte désincarné, intemporel, il y a les problèmes réels, humains et économiques, que l’auteur de l’article n’aborde pas, mais qui sont d’une importance cruciale pour les travailleurs, pour les employeurs, et pour le bon fonctionnement de notre économie et de nos rapports humains. Qu’il faille plus de 5 années pour dénouer une situation de ce genre est proprement ubuesque. Laisser tout ce temps dans l’incertitude sur ce qu’est la règle juridique à la fois une personne, une famille, et une entreprise, constitue à l’évidence une atteinte aux droits de l’homme. Les lenteurs de l’institution judiciaire peuvent être aussi graves, aussi contraires à la justice, que bien des infractions sévèrement réprimées par les tribunaux.

Le manque de budget n’est pas le seul problème

Un chef d’entreprise, parfois submergé par les problèmes à régler, doit toutes affaires cessantes s’occuper de diverses formalités administratives, sauf à encourir des sanctions, et l’institution judiciaire aurait l’éternité devant elle, quelques soient les angoisses et les préjudices qui peuvent résulter pour les justiciables de sa lenteur à dire le droit ? Il est grand temps de se pencher sur le fonctionnement de l’institution judiciaire, pour la rendre plus efficace. Il ne suffit pas que les décisions prises par les magistrats soient in abstracto conformes aux règles juridiques ; la nation a besoin que ces décisions répondent in concreto aux besoins de justiciables qui ne peuvent pas sans subir un grave préjudice attendre des mois ou des années le jugement nécessaire pour solutionner un problème délicat.

Nous n’avons hélas guère de travaux économiques consacrés aux dégâts provoqués par les lenteurs des tribunaux. Nous manquons également d’études précises sur les causes de ces lenteurs. Certes, l’insuffisance des crédits alloués à notre système judiciaire, carcéral et policier est un coupable que l’on a toujours sous la main, et dont on peut ad libitum répéter le procès, mais cette question budgétaire n’est pas seule en cause.

L’organisation et le fonctionnement de nos tribunaux laissent visiblement à désirer. Les règles de procédure sont à passer au peigne fin pour détecter tout ce qui joue inutilement en faveur d’un allongement des délais entre le début et la fin d’une action en justice. Cette question n’est pas seulement très importante pour les justiciables que les lenteurs de Thémis soumettent à une sorte de supplice, mais aussi pour tous ceux qui recherchent un emploi auprès d’entreprises dont les dirigeants, échaudés par des procès interminables, préfèrent modérer la croissance plutôt que d’accroître, avec le nombre de leurs salariés, le risque de nouveaux épisodes judiciaires hallucinants.

Amine El Khatmi, victime du racisme… antilaïque

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amine khatmi islam laicite ps
Amine El Khatmi
amine khatmi islam laicite ps
Amine El Khatmi

Non je ne me tairai plus est un témoignage saisissant. Retour sur les faits à l’origine de ce livre. Des paroles et des actes, 21 janvier 2016. Sous-titre : Les deux France. Pujadas convie Daniel Cohn-Bendit et Alain Finkielkraut à débattre autour des drames de l’année 2015. À la 42e minute, l’animateur donne la parole à une troisième France : Wiam Berhouma, jeune femme de 26 ans, professeur d’anglais dans un collège et de « confession musulmane ». Selon Pujadas, elle veut s’adresser à Finkielkraut. L’animateur insiste sur le fait que Wiam Berhouma ne serait « encartée dans aucun parti ».

Raciste, la société française?

Devant son écran, Amine El Khatmi n’en croit pas ses oreilles. Wiam Berhouma déroule calmement sa haine de la République et parle d’islamophobie en tant que « racisme d’État ». La cible ? Finkielkraut et ceux qui, selon elle, favoriseraient une libération de « la parole raciste », laquelle serait « largement partagée par une grande partie de la société française ». El Khatmi bout : la société française en « grande partie » raciste ? L’élu socialiste est épouvanté par le discours de haine de Wiam Berhouma, invitée par un Pujadas ne pouvant ignorer ses sympathies affichées pour le Parti des Indigènes de la République, le PIR — acronyme réaliste.


Des paroles et des actes – 21/06/2016 – Wiam… par rinmedia

Lynchage 2.0 du « collabeur »…

Bien décidé à répondre à Wiam Berhouma, Amine El Khatmi donne illico de sa personne sur les réseaux sociaux. Sur Twitter et Facebook, l’élu socialiste, musulman, originaire du Maroc, issu des quartiers populaires d’Avignon, exprime son opposition frontale à ce discours antirépublicain.  Aussitôt, la haine se déchaîne. Contre lui. Une haine d’autant plus violente que justement il est socialiste, musulman, fils d’immigrés marocains et de milieu populaire. El Khatmi découvre l’égarement intolérant et totalitaire d’un certain « antiracisme ». Les mêmes discours racistes mais inversés. Le même antisémitisme parfois. Et la haine de la République, de la France, du « petit blanc ». Il devient une cible : « arabe de service », « collabeur », « esclave » de « maîtres » blancs ou français forcément islamophobes. L’adresse de sa mère est diffusée.

Malaise au Parti socialiste

Face à ce lynchage en règle, l’élu socialiste compte sur le soutien des plus haute sphères de son parti, à commencer par Cambadélis. Silence radio. Amine El Khatmi a pourtant un vrai parcours au sein du parti socialiste. Il en est toujours membre, élu. Il a contribué de près à la campagne de Ségolène Royal, défend encore certaines de ses idées dans la 2e partie de Non je ne me tairai plus, en même temps que des propositions personnelles ou des idées du « Printemps Républicain » dont il est un des co-fondateurs. Il parle aussi du financement des mosquées et de la question du voile. Pourtant, les patrons du PS se font discrets. Un tweet de soutien lâché du bout du clic. L’élu d’Avignon n’est pas seulement confronté à un communautarisme anti-universaliste. Il subit aussi les atermoiements de son parti : ces mouvances sont des alliés objectifs dans la quête terranovienne d’un nouvel électorat de gauche. Tout sauf désespérer les prétendus Indigènes de la république qui, selon Amine El Khatmi, « réduisent le monde à des oppositions binaires » n’ayant « rien à envier aux identitaires d’extrême droite qui leur font face et qui rêvent d’une France entièrement blanche et chrétienne »

Que reste-t-il du bien commun ?

La haine de la République française se diffuse ainsi en mettant à profit l’accusation d’islamophobie, nouveau point Godwin de ce que l’on peine à qualifier de débat d’idées. Une haine que l’on croise au hasard des médias et des reportages. Ainsi le dimanche 19 mars 2017 sur France Inter, dans le journal de 19 heures, quand à l’occasion d’un reportage sur La Marche de « Mémoires et Partages » l’un des organisateurs peut déclarer sans contradiction qu’il faut « en finir » avec l’idée fausse d’une « France judéo-chrétienne blanche qui n’a jamais existée ». L’affirmation n’est pas questionnée. Le journaliste vient d’impulser l’entretien par cette phrase : « Il faut dire à ceux qui le nieraient aujourd’hui que la France est bien multiculturelle ». Peu importe qu’ils aient ou non raison quant à leur vision du monde. Par contre, il est significatif que cette conception, à l’instar de celles qui se déchaînent sur quiconque ose un discours critique à propos de l’Islam, soit dogmatique. Pire encore que les donneurs de leçons, sont ceux qui prétendent détenir « la » vérité. La leur, évidemment. Ces « vérités » là sont toujours totalisantes et contraires au bien commun.

Non, je ne me tairai plus

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Alain de Benoist: pourquoi le populisme est populaire

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Alain de Benoist, 2013. SIPA. 00657041_000023
Alain de Benoist, 2013. SIPA. 00657041_000023

Voilà deux mois que j’ai sur ma table le Moment populiste, d’Alain de Benoist (Pierre Guillaume de Roux Editeur). Deux mois que j’attends le bon moment de parler d’un livre intensément érudit et qui explore toutes les facettes d’un mot qui pue un peu aux narines des crétins — sauf qu’il rentre justement en grâce ces temps-ci.

Populisme : le terme pour ma génération a été longtemps associé à « poujadisme » (certification vintage Pierre Poujade 1953-1958, avec résurgence Gérard Nicoud et CIDUNATI, 1969), et ne concernait guère que les revendications des petits commerçants — à ceci près que l’Union Fraternité Française, qui obtint 52 députés en 1956 (dont Jean-Marie Le Pen, réélu en 1958) dépassa rapidement la stricte défense des Beurre-Œufs-Fromages.

L’avènement d’un populisme new style

Puis vint Georges Marchais, maillon indispensable pour comprendre comment un mot longtemps associé à l’extrême-droite a glissé peu à peu sur l’arc politique, au point d’être aujourd’hui l’œil du cyclone à partir duquel se définissent les politiques. À partir duquel s’est construite, surtout, « l’extraordinaire défiance de couches de la population toujours plus larges envers les « partis de gouvernement » et la classe politique en général, au profit de mouvements d’un type nouveau » : c’est l’attaque du livre d’Alain de Benoist — et j’aimerais beaucoup qu’on lui fasse grâce des étiquettes a priori, dans une France qui justement, comme il l’analyse fort bien, s’ébroue hors du marigot gauche-droite.

Ce que des journalistes paresseux ont nommé le « trumpisme » (croient-ils vraiment que le peuple américain qui a voté pour le faux blond le plus célèbre au monde croit en ses vertus ?) n’est en fait que la mesure du « fossé séparant le peuple de la classe politique installée ». Inutile donc d’« accumuler les points Godwin » en criant au retour des années 1930 dès qu’un mouvement politique parle au peuple : en fait, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon en passant par Nicolas Dupont-Aignan et tout ce qu’il reste du chevènementisme, ce sont moins les politiques qui parlent au peuple que le peuple qui parle aux politiques. Et qui même lui crie aux oreilles.

A émergé il y a une dizaine d’années un populisme new style. Alain de Benoist évoque la victoire du « non » au référendum de 2005, le référendum confisqué par les pseudo-élites qui nous gouvernent, droite et gauche mêlées — bien la preuve qu’il n’y a plus de droite ni de gauche quand il s’agit de défendre les avantages acquis de l’oligarchie au pouvoir. Je pencherais plutôt pour les élections de 2002, où entre les 16,86% de Jean-Marie Le Pen (ajoutons-y les 2,34% de Bruno Mégret et sans doute les 4,23% de Jean Saint-Josse) et les 5,33% de Jean-Pierre Chevènement de l’autre côté de l’arc électoral, cela fait quand même près de 30% de voix qui ne se portaient pas sur les deux partis traditionnels qui monopolisent depuis quarante ans les chaises musicales au sommet de la République.

Une absence d’alternative

Mais je comprends le raisonnement d’Alain de Benoist : l’élection de 2005 était la preuve par neuf qu’une seconde oligarchie, européenne celle-là, se superposait à la vieille oligarchie française. De surcroît, le cumul des mandats étant ce qu’il est, c’était pour ainsi dire la même classe politique de l’UMPS qui se partageait les dépouilles électorales, à Bruxelles comme à Paris. « La droite a abandonné la nation, la gauche a abandonné le peuple », dit très bien notre philosophecitant Pierre Manent. Que la Gauche ne soit plus représentée que par un quarteron de bobos parisiens — qu’elle ait à ce point rompu avec le peuple (et la candidature de Jospin en 2002 est emblématique de cette scission) est une évidence. Que la Droite se soit européanisée, mondialisée, et ait renié le bonapartisme jacobin qui caractérisait la politique gaulliste est une autre évidence.

Et de citer le célèbre poème de Brecht, « Die Lösung » (« la Solution ») :

« Ne serait-il pas
Plus simple alors pour le gouvernement
De dissoudre le peuple
Et d’en élire un autre ? »

Le populisme moderne est né d’une absence d’alternative. Rien à voir, sinon à la marge, avec le populisme des années de plomb : il ne s’agit pas de revanche (sur le traité de Versailles / les Juifs / les Francs-macs ou que sais-je) mais d’une révolte face à…

Lisez la suite de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli.

Droite-gauche, c'est fini ! : Le moment populiste

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« Rendre la France aux Français »: pour Aphatie, Mélenchon n’a pas le droit

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Jean-Michel Aphatie sur le plateau de France Info, mars 2017.
Jean-Michel Aphatie sur le plateau de France Info, mars 2017.

A la fin du débat de l’autre jour sur TF1, le président du mouvement « la France insoumise » qui, soit dit en passant, s’est montré globalement plus convaincant, plus pédagogue et plus crédible que les autres candidats (ce qui a amené certains commentateurs à considérer qu’il avait « gagné le débat »), s’est exprimé ainsi :

Lundi matin sur France Info, Jean-Michel Aphatie et ses acolytes recevaient Raquel Garrido, la porte-parole de Mélenchon.


Crise en Guyane : Raquel Garrido dénonce l… par franceinfo

D’emblée, elle m’a plu quand, à la question « croyez-vous au cabinet noir? », elle a répondu, « je n’en sais rien, je suis comme tout le monde, je suis comme vous ».

Vous n’en savez rien, dit-elle.

C’est absolument vrai. Pourtant Aphatie et tous ses confrères aimeraient se persuader, et nous persuader, qu’il n’y a pas de cabinet noir. Sans même vérifier. Et là réside le problème : ils ne veulent pas prendre le risque de vérifier parce qu’ils ne veulent pas avoir à constater, le cas échéant, que ce cabinet noir existe. Vérifier signifierait envisager la possibilité qu’il y ait un cabinet noir de l’Élysée. Par suite, cela impliquerait également de s’interroger sur l’instrumentalisation de la presse dans l’utilisation des « affaires » par le pouvoir.

Raquel Garrido me plaît encore lorsqu’elle dénonce l’opacité méthodologique des sondages, sous le regard dubitatif d’un Aphatie qui donne l’impression de ne s’être jamais interrogé sur la question, pas plus que sur l’existence d’un cabinet noir.


Crise en Guyane : Raquel Garrido dénonce l… par franceinfo

Mais le meilleur moment de l’émission est celui-ci :

– J.M. Aphatie: « « Rendre la France aux Français », ça nous a un peu écorché l’oreille, pour tout vous dire. On croyait que ce slogan était à un autre parti. »

– R. Garrido: « Eh bien, il faut pas. Parce que cela renvoie à la notion de souveraineté. Vous avez une extrême droite, en France et en Europe, qui conçoit la souveraineté comme une notion de frontière interétatique, et qui l’accompagne d’une vision de société qui serait des nations ethniques, voilà. Nous, au contraire, nous sommes fidèles à l’idée d’une nation civique. »

– J.M. Aphatie: « Excusez-moi, rendre la France aux Français, ça veut dire que les Français ne sont plus maîtres chez eux, donc c’est la même expression que Marine Le Pen. »


Crise en Guyane : Raquel Garrido dénonce l… par franceinfo

Je pourrais poursuivre la transcription mais je trouve cet extrait particulièrement symptomatique du fonctionnement de l’esprit d’un grand nombre de journalistes.

1. Ils réagissent à des mots, à des formules: certains mots deviennent nauséabonds parce qu’ils ont transité par la bouche d’individus nauséabonds, c’est aussi simple que cela.

2. Ils se fichent royalement des explications et des subtilités. Aphatie n’a que faire de la réponse de Raquel Garrido. Il se doute bien que Mélenchon n’entend pas cette expression dans le même sens que Marine Le Pen mais ce qui importe, pour lui, c’est « vous avez dit les mêmes mots que Le Pen ».

En fait, « La France aux Français » est une…

>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux.

Dimanche 23 avril, 20h: la droite explose

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La plupart des sondages ne voient pas François Fillon passer le premier tour de la présidentielle. Mars 2017. SIPA. 00799524_000021
La plupart des sondages ne voient pas François Fillon passer le premier tour de la présidentielle. Mars 2017. SIPA. 00799524_000021

Dimanche 23 avril 2017, 20h00, Rue de Miromesnil, Paris

Assis à son bureau, et accompagné de Michel Gaudin et Brice Hortefeux, Nicolas Sarkozy assistait mi-consterné mi-fataliste à l’annonce par Anne-Claire Coudray et Gilles Bouleau de l’estimation des résultats du premier tour de la présidentielle.

Anne-Claire Coudray avait annoncé la couleur, peu avant 20h : si l’institut partenaire de TF1 connaissait  les deux finalistes du second tour, il lui était impossible de déterminer avec certitude leur ordre d’arrivée au premier. De fait, selon les différents instituts, Marine Le Pen et Emmanuel Macron étaient annoncés entre 24 et 25%, avec sans doute un avantage pour la première citée. La même incertitude pesait sur l’ordre d’arrivée entre François Fillon et Jean-Luc Mélenchon (entre 15,5 et 16,5). En revanche, Nicolas Dupont-Aignan (entre 8 et 9) semblait créer la surprise en devançant Benoît Hamon (entre 6,5 et 7,5). Jean Lassalle semblait dépasser le seuil fatidique de 1%, tous les autres candidats étant en deçà de cette limite.

Brice Hortefeux osa une plaisanterie : « Imagine-t-on le général de Gaulle en dessous de 16% ? »

Nicolas Sarkozy explosa : « Jamais je n’aurais dû me laisser embarquer dans cette histoire de primaire ! Quelle connerie ! Regardez où ils sont, les vainqueurs des primaires. L’un à 16, l’autre à 7. Aucun qualifié pour le deuxième tour. On a offert des fausses légitimités démocratiques à des ectoplasmes élus par les gens les plus politisés. »

–          Hortefeux : « Dupont-Gnan-Gnan prend quand même huit points à Fillon. Sans lui, on serait au coude à coude avec les deux autres. La division nous coûte cher. »

–          Sarkozy : « Arrête tes conneries, Brice ! Tout le monde savait qu’il serait candidat. En 2012, Dupont-Aignan était en dessous de 2. Seulement c’est moi en face, pas l’autre. Quand les gens ont vu que Fillon ne pouvait plus être au deuxième tour, ils se sont dit : « foutu pour foutu, autant voter pour un type honnête ». Et puis Dupont-Aignan a aussi grappillé quelques points à Le Pen. Et peut-être même à Macron. Ce type, je l’ai méprisé. J’ai eu tort. Il est d’ailleurs moins méprisable que celui que j’ai eu à Matignon pendant cinq ans. »

–          Gaudin : Cela va partir dans tous les sens. Wauquiez est chaud bouillant pour appeler à voter Le Pen. Morano aussi. NKM est déjà sur le plateau de la 2 pour appeler à voter Macron. La droite va se péter en deux.

–          Hortefeux : Et Fillon n’est plus en état d’appeler à voter quoi que ce soit !

–          Sarkozy : Macron va se faire laminer dans le débat mais va gagner quand même. On aura un président élu plus que jamais par défaut dans un monde dangereux. Il faut dans le même temps appeler à voter pour Macron et lancer la campagne pour les élections législatives qui sont aujourd’hui la seule solution pour l’alternance. Les candidats aux législatives de Macron, de Le Pen et de Dupont-Aignan seront évidemment plus bas que leur chef à la présidentielle. Ce qui signifie que nos candidats Républicains seront bien plus hauts que le score de l’autre nul. Pareil pour les candidats PS. Ils seront plus hauts que le score de Hamon. Cela nuira aux candidats de Macron. Si la bataille des législatives est menée correctement, nous pouvons avoir la majorité et imposer une cohabitation à Macron.

–          Gaudin : Tu veux mettre Baroin sur orbite ?

–          Sarkozy : J’ai déjà désigné Baroin comme mon Premier ministre, puis comme celui de Fillon. Je ne vais pas recommencer en le désignant comme celui de Macron maintenant. Les gens vont finir par trouver ça ridicule. Il n’a pas l’autorité de toute façon. Le seul qui peut mener cette bataille, et empêcher Wauquiez d’aller chez Le Pen, c’est encore moi. Appelle Field. Je dois faire le 20h de France 2 demain. Brice, tu appelles Wauquiez. Et tu lui dis de ma part de la fermer tant que je n’ai pas parlé aux Français.

–          Hortefeux : Morano aussi ?

–          Sarkozy : Bien sûr ! Tes tympans sont moins fragiles que les miens.

 

La suite arrive bientôt…

Retrouvez tous les articles de David Desgouilles sur son blog Antidote

Mélenchon! Il suffit de te baisser, la gauche est à ramasser…

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Jean-Luc Mélenchon en meeting au Havre, mars 2017. SIPA. 00800218_000034
Jean-Luc Mélenchon en meeting au Havre, mars 2017. SIPA. 00800218_000034

Tu avais raison, Jean-Luc. Visionnaire, tu fus. Un prophète. Alors qu’Alexis (Corbière) était devant toi le poing levé, tu lui avais annoncé la couleur. « Mais il ne connaît pas Jean-Luc, ce Parti socialiste ! Il va avoir un réveil pénible. J’ai voulu être diplomate, éviter que le sang coule. Mais maintenant c’est fini, je vais le travailler en férocité, le faire marcher à coup de lattes ! A ma pogne, je veux le voir ! »

Et tu avais raison, grand et sage Jean-Luc ! Le Parti socialiste, tu l’as maintenant à ta pogne ! Enfin, ce qu’il en reste… Le PS, tu l’as éparpillé par petits bouts, façon puzzle, tu l’as dynamité, dispersé, ventilé. Ce n’est plus aujourd’hui qu’un corps meurtri et gémissant. Une masse informe secouée de sanglots. Un morceau de chair vidé de son sang. Eh oui, tu n’as qu’à te baisser pour ramasser ce qui traîne…

Une épave, c’est à tout le monde

Orgueilleux et hautain, tu avais refusé de participer à la primaire de la gauche. Que serais-tu allé faire, en effet, dans cette galère ? Avec le pâle Peillon, le sinistre Hamon et l’arrogant Valls ? Ta place était au-dessus de cette mêlée, que dis-je, de cette bouillie. Et de meetings triomphants en meetings triomphants, tu as compté les coups. Et compté les morts.

Le premier d’entre eux, ce fut Valls que la primaire laissa sur le tapis. Puis vint le tour de Hamon, que tu distanças rapidement dans les sondages. Pauvre Hamon : il s’est rendu à Lille pour dire : « Maman, bobo » à Martine Aubry. Pauvre Valls : il est allé faire allégeance à Macron, qui l’a accueilli avec condescendance (« Je veux des têtes nouvelles »). Pauvre Cambadélis : il s’est dit « triste » du ralliement de Valls.  C’est pitoyable et pathétique un chef de parti, pleurnichant, qui parle de sa tristesse quand les siens quittent le navire.

Oui, Jean-Luc, le Parti socialiste, tu l’as à ta pogne ! Des gens méchants te décrivent en Thénardier dépouillant les cadavres sur le champ de bataille de Waterloo. Ils ne méritent que le mépris. Car toi, tu es de la race noble des pilleurs d’épaves. Une épave, c’est à tout le monde. Tout le monde peut se servir. Et tu es le plus légitime pour le faire.

Avec toi, l’avenir va enfin devenir limpide. Nous aurons une gauche débarrassée de sa défroque bon chic bon genre. Une gauche virile, musclée, franche, à l’image des Tontons Flingueurs, un film dont tu sors tout droit. Une gauche gueularde, vulgaire, populacière. Sachant vider une bouteille de rouge pour arroser une blanquette de veau. Un vrai régal pour les cinéphiles dont je suis.

Samedi, une manif réclamera la «séparation du Crif et de l’Etat»!

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bds antisemitisme crif palestine
Manifestation BDS, Lyon, 2015. Sipa. Numéro de reportage : 00728859_000016.
bds antisemitisme crif palestine
Manifestation BDS, Lyon, 2015. Sipa. Numéro de reportage : 00728859_000016.

Une manifestation antisémite, voilà ce que la préfecture de police de Paris refuse d’interdire pour le samedi 1er avril prochain, et ce ne sera pas faute d’avoir été avertie. Régulièrement cachée derrière des déclarations de « soutien au peuple palestinien », la principale organisatrice de cette manifestation, l’association Europalestine-CAPJPO, se montre enfin sous son vrai visage, un visage médiocrement antisémite.

Lorsque l’agresseur n’est pas israélien…

La manifestation prévue le 1er avril, et ce ne sera malheureusement pas le poisson du jour, a en effet pour objet d’exiger la « séparation du Crif et de l’Etat ». Rien que ça. Il ne sera dénié à quiconque le droit de soutenir les Palestiniens, pas plus que les Tibétains, les animistes du sud-Soudan, les coptes en Egypte, les Kurdes en Turquie, les chrétiens d’Orient, les yézidis en Irak, les homosexuels emprisonnés ou condamnés à mort dans les pays arabes, bien que la foule ne se presse pas dans les rues pour défendre ces minorités-là. Il ne sera reproché à personne de manifester pour ses idées, fussent-elles pro-palestiniennes, pas plus que pour la liberté des femmes, la liberté religieuse, de la presse, d’expression ou de manifester, bien que personne ne défile pour en demander le respect à Gaza ou dans les territoires contrôlés par l’Autorité palestinienne.

La liberté de manifester est une liberté fondamentale en démocratie, c’est un fait. Mais il n’est pas nécessaire de tomber dans l’antisémitisme le plus rance pour défendre une cause. Et c’est bien le cas de la manifestation prévue pour le 1er avril. Quitte à manifester pour dénoncer « l’apartheid israélien », les organisateurs auraient pu, pour faire bonne mesure, dénoncer également l’apartheid, bien réel celui-là, des pays arabes qui ont expulsé la quasi-totalité de leurs citoyens juifs sans qu’il ne leur soit accordé le statut de réfugiés générationnels, la création d’un organisme ONU-sien ad hoc financé à hauteur de centaines de millions d’euros chaque année, ni un quelconque droit au retour. Tout comme ils auraient pu s’indigner des conditions de vie des Palestiniens et de leur statut de parias en Syrie, au Liban, en Irak, en Jordanie, ou en Egypte. Mais il faut bien reconnaître que lorsque « l’agresseur » n’est pas israélien, cela perd de son intérêt.

Un amalgame autorisé

Au-delà ce traitement différencié, en appelant à manifester pour « dénoncer le régime colonial de l’occupant » sous le mot d’ordre de la « séparation du Crif et de l’Etat », les organisateurs de cette manifestation font un parallèle entre les juifs de France prétendument représentés par le Crif et le peuple israélien qualifié d’occupant. Ce faisant, ce n’est pas la politique du gouvernement israélien envers les palestiniens qui est visée, ce sont les juifs.

Pour le grand public en effet, le Crif représente les juifs de France. Exiger les « séparation du Crif et de l’Etat » renvoie aux vieux poncifs antisémites des Juifs contrôlant les institutions publiques, et plus généralement gangrénant les banques, les arts et les médias… Il ne manque plus que les caricatures antisémites d’avant-guerre du Juif aux doigts crochus s’emparant du monde et le tableau serait complet.

En exigeant la « séparation du Crif et de l’Etat », les organisateurs font nécessairement référence à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, placent le débat sur le terrain religieux et non pas politique, et visent les Juifs es-qualité et non en tant qu’éventuels soutiens à la politique gouvernementale de l’Etat d’Israël.

Que faut-il donc aux pouvoirs publics pour prendre conscience du danger que représentent les manifestations orchestrées par le collectif BDS ? Les exemples d’apologie du terrorisme et d’incitation à la haine tant dans le cadre de ces manifestations que sur les réseaux sociaux sont pourtant légions. Ces idées nauséabondes imprègnent les esprits. Petit à petit, tout devient normal.

Des autorités sourdes et aveugles

Mais rien n’y fait. Les autorités ne perçoivent rien. Rien n’éveille leur curiosité, rien ne semble constituer à leurs yeux une contrariété entre ce type de manifestations et les valeurs de la République. Alors que les services de la préfecture se réfugiaient derrière le « débat d’ordre politique » pour laisser le BDS boycotter l’Etat d’Israël, cette fois le paradigme a changé. Il ne s’agit plus de boycotter des produits israéliens mais de boycotter la prétendue influence des Juifs sur l’Etat français, leur omniprésence, leur omnipotence, ce complot ourdi à l’ombre des alcôves des synagogues. L’idée n’est certes pas nouvelle mais elle est désormais clairement promue dans le cadre d’une manifestation dont on attend toujours qu’elle soit interdite.

A n’y prendre garde, on passe doucement du spéculatif à l’opératif. En laissant organiser une telle manifestation avec de tels mots d’ordre, un cap est franchi. Après le boycott des idées et des Etats, viendra celui des gens. Et il sera trop tard.

Le gouvernement doit enfin l’entendre, réagir et cesser de brandir des slogans aussi vides de sens que le vivre-ensemble. La proximité des élections présidentielles ne peut pas tout justifier.

Harcèlement scolaire: le cauchemar des bons élèves

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harcelement ecole bons eleves
Le Petit Nicolas.
harcelement ecole bons eleves
Le personnage d'Agnan, interprété par Damien Ferdel, dans Le Petit Nicolas de Laurent Tirard, 2010.

On parle souvent de harcèlement à l’école. Curieusement on ne dit rien du phénomène suivant qui est pourtant très bien documenté et inquiétant et dont les professeurs ont souvent fait état dans l’indifférence générale : dans beaucoup de collèges et de lycées, ce sont les bons élèves, les « intellos » qui font l’objet de harcèlement.


« Marion, 13 ans pour toujours » : un téléfilm choc sur le harcèlement scolaire

Sur ce sujet, silence des défenseurs des droits des enfants et de ceux qui militent à juste titre contre les horribles discriminations. La discrimination dont font l’objet les bons élèves, ceux qui travaillent, écoutent le professeurs, la discrimination, parfois des élèves « intelligents » ou doués, la discrimination des élèves précoces, des élèves qui lisent : personne n’en parle, ou si peu !

La stigmatisation des « intellos »

Il est évoqué en long et en large le rejet de la différence physique, les facteurs ethniques, territoriaux, religieux, sociaux qui peuvent expliquer une forme de rejet ou d’intolérance et on ne parle guère de ce rejet, pourtant hautement inquiétant au sein d’une institution qui serait censée promouvoir les qualités intellectuelles : le rejet et la discrimination des élèves différents parce qu’ils aiment lire ou parce qu’ils veulent travailler, parfois parce qu’ils sont doués pour les études, bref parce qu’ils sont des « intellos ».

>> A lire aussi: Ce que nous dit l’affaire Marion Fraisse: la haine des bons élèves compte ses morts.

Ce terme essentialisant (comme dirait notre ami moustachu de Mediapart qui l’adore) et réducteur (de têtes bien faites) utilisé par les élèves mais qu’un pédagogiste obtus ne renierait pas, est là, bel et bien pour stigmatiser, souvent violemment, une catégorie particulière et quand même très bien représentée, d’élèves pas tout à fait acquis à la violence (qui parfois prévaut dans les établissements scolaires) et mal intégrés au caïdat local que font régner une poignée de meneurs. Je pense notamment aux lycées professionnels où l’on a pu voir des élèves pétitionner pour… pouvoir simplement étudier dans le calme: leur seul tort est de vouloir travailler, d’avoir parfois la tête dans les nuages de la culture, de l’histoire, des mathématiques, d’être de doux rêveurs dans un monde de rapports de force et de compétences strictement utilitaires.

J’ajouterai que ces élèves, nombreux, viennent de tous les milieux sociaux. Tous ! Ils peuvent être fils de femme de ménage, enfants d’ouvriers immigrés, jeune fille musulmane souhaitant s’émanciper par le travail d’un milieu qui n’encourage guère les femmes à faire des études, fils d’instituteurs, de cadres : tout le monde peut faire l’objet de ce bannissement abject.

Mais curieusement ce « racisme » là ne trouve guère d’écho. Personne n’en fait la phénoménologie naïve, en s’étonnant, en mesurant, en circonscrivant, puis enfin en s’indignant qu’une telle chose ait pu surgir au sein de… l’école de la République: le sanctuaire du savoir ??

Pas sociologiquement correcte ? pas redevable d’une explication marxiste en terme de lutte des classes ? Non inscriptible dans la lutte « anti-raciste » ? Non rabattable dans les plis de la « pensée politique » préformée ? Ne s’inscrivant pas suffisamment dans l’opposition dominants vs dominés ? Stigmatisant (ce serait un comble, mais je m’attends toujours au pire avec notre « intelligentsia » !) les caïds des collèges, ratonneurs d’intellos, peut-être, mais qui sont eux-mêmes des « victimes du système » venant de couches défavorisées??

Étonnant silence. Indécent oubli ! Criminelle abstention. Le harcèlement, les études le montrent, concernent très souvent de bons élèves parfois de brillants élèves et qui viennent assez souvent de milieux défavorisés. Ces élèves ni leurs parents n’ont les moyens, matériels et moraux, de se défendre ou de soustraire leur fils ou leur fille à ce qui peut parfois devenir un enfer. Cela est-il acceptable ?

Boucs émissaires faciles

Une anecdote qui en dit long pour terminer: dans un bon collège avec des enfants de cadres supérieurs, un élève me cite lors d’un débat une émission qu’il a vu sur Arte parlant d’égyptologie. Les moqueries de ses camarades fusent : « Arte !?! tu regardes ça! Trop mort de rire ! Le bouffon ! »

Inutile de préciser que j’ai vertement mouché les aboyeurs. Formé à l’école de Meirieu, j’aurais sans doute remis vertement en place… mon intello : « Mounir ce n’est pas bien d’essayer d’intimider tes camarades et de te placer en position de supériorité ! Est-ce que tu arrives à comprendre pourquoi c’est une forme de violence ?? Te crois-tu supérieur parce que tu regardes Arte ? Fais ton auto-critique devant la classe ! » Je n’exagère nullement. Ce sujet ne prête pas à rire.

Les profils du bouc-émissaire sur qui la violence collective se déchaîne parfois (les meneurs entraînant les autres) sont multiples mais catégorisables. Bien entendu il y a des élèves médiocres aussi dont le seul tort est d’être en surpoids, d’avoir la mauvaise couleur de peau, de religion, les mauvais vêtements le mauvais accent ou d’être… une fille gentille. Mais il y a aussi beaucoup d’élèves rejetés parce qu’ils montrent des aptitudes intellectuelles, un goût pour l’étude, le travail, que certains cadors jugent « un truc de pédale » (expression entendue!).

Anxiété, dépression, décrochage scolaire et pour finir..échec scolaire, finissent par être leur lot et ce, dès le collège, si la discrimination et les intimidations ont commencé à l’école primaire.

Cumulant les « handicaps » de plusieurs profils de bouc émissaire, on n’ose pas imaginer ce qu’il advient, parfois, dans l’école d’aujourd’hui, dans certains « endroits » oubliés par la République, des filles intellos, lectrices, soucieuses de bien faire, timides, anxieuses mais aussi en surpoids, n’ayant pas le bon  profil ethnique ou religieux et n’ayant, pour faire valoir auprès de l’établissement et de l’institution scolaire, leur droit à la paix, la sécurité, parfois simplement leur droit à l’existence, qu’une mère agent d’entretien qui parle mal le français…

Une réforme qui annonce le pire

Avec la réforme actuelle et l’aspiration par le bas, la fin de l’ambition, on peut prévoir un avenir sombre à ces petits élèves qui ont faim de savoir et ne se résignent pas à chercher des « nourritures » dans les dialogues de la télé-réalité. L’institution ne parvient pas même à leur faire retrouver le sourire en leur infligeant des Enseignements pratiques interdiciplinaires (EPI) sur le régime de Madame Bovary ou la mort de Claude François : c’est dire si le mal est profond.

Les petits grammairiens, les petits latinistes, les petits collectionneurs de noms de dinosaures, les petits joueurs d’échecs : potentiellement presque tout le monde, si l’on ne s’employait pas à écrêter les aspirations à l’élévation…les départs de lumière.

Peut-être pourrait-on concevoir une école qui protège toutes les intelligences et tous les talents du massacre ? Après tout dans l’expression « lieu de vie » chère aux réformateurs il y a tout de même le mot « vie » qui peut ménager une petite place à la vie de l’esprit ?

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Macron, l’illusion du progressisme

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Emmanuel Macron en meeting à Dijon, mars 2017. SIPA. 00799424_000003
Emmanuel Macron en meeting à Dijon, mars 2017. SIPA. 00799424_000003

Emmanuel Macron est entré en politique baigné d’une révélation lactée, les traits noyés d’une transparence nouvelle, dans une flottaison d’absolu. Alerte, captivé par l’appel soudain de sa vocation, aimant ses amis progressistes aussi « farouchement » que les missionnaires du XIX° siècle allaient convertir le feu des forêts primitives, il avance avec une prestesse d’archer chassant les papillons dans une prairie de coquelicots. Il marche dans la fraternité des demi-dieux, mousquetaire de l’Olympe contre les « centaures des montagnes », les Conservateurs. Théosophe du progrès, il transcende les chapelles, unit les passions déchirées, purifie la culture de ses « rabougris ». Progresseur charmeur, il escalade la nouvelle aube avec le sourire raphaélique des pèlerins reconstruisant en chœur les ruines du mont Cassin.

Qui n’aime le progrès (progressus en latin signifie « marche en avant »)? Bien-être, bonheur, confort, nouveauté, réussite, abondance ? Mais les partitions de la « lutte contre le sous-développement » après l’Indépendance, les vivats du sacre progressiste soulevant les tribunes, les guides marchant dans « le sens de l’histoire », effleurant les doigts tendus par milliers, on les connaît par cœur. Nos progressistes ont joué toutes les gammes du progrès. Les cymbales de l’avenir radieux ont vibré contre la nuit coloniale, à frapper nos tympans de surdité.

Les tragédies du progrès total

Mais quelques décennies plus tard, c’est le désastre. Les marcheurs du progrès foulent un sentier de tourbières, de fosses et de tombes. Le progrès n’est plus la clarté d’un matin de lumière, mais le crépuscule d’un horizon aveugle. Quoi ? Le progrès n’est plus à sens unique ? Non, ses flèches pivotent, se heurtent, sa boussole part en vrille, son axe se renverse. Nos yeux fixaient la montée, ils se braquent sur la descente, la tête nous tourne, c’est la chute.

Au nom du progrès, les crimes des décolonisés ont fini par dépasser tout ce que les colons leur ont fait subir. Les progressistes ont commis autant d’injustices qu’ils ont engagé de promesses. Les dégâts du progrès ont ruiné la somme de ses bienfaits. Ils ont enfanté des maux dont l’inhumain est encore à venir. Qui est en mesure de les guérir ?

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C’est pourquoi les démarcheurs de progrès me laissent un peu rêveuse, au regard des tragédies que le mythe du progrès total a générées. La foule des réprouvés, des incrédules du progrès fera tonner contre l’impénétrable vitrine de son paradis, l’orage de leurs souffrances. Quand le progrès devient un bonheur aussi inaccessible que l’au-delà, un faux paradis, est-il meilleur que l’utopie religieuse ?

Emmanuel Macron est un jeune seigneur progressiste qui veut dépasser les clivages gauche-droite. Il les trouve démodés. Soit. Mais que signifie alors son opposition entre « progressistes » et « conservateurs », sinon répéter le schéma de la gauche « moderne », contre la droite « réac » ? Sinon refuser toute intelligence aux conservateurs, toute reconnaissance morale à ces racornis de l’histoire ? La division est encore plus violente. L’église progressiste doit écraser la conscience impie des conservateurs, ôter toute respiration à la tradition. Résultat : la résistance du passé,  cette raison fossile, se rebelle. La dignité humaine est en mal de restauration, pas de révolution. Est-ce si honteux ? Est-ce un crime ? L’empire du progressisme s’est ramassé au sommet d’une pyramide dont les fondements s’enfoncent dans le mépris moral.

Les premiers bénéficiaires de l’hégémonie du progrès sont… les progressistes

Tant qu’ils n’étaient pas gens de pouvoir, les progressistes étaient fréquentables. Humbles, soucieux de vérité, démunis, sans pouvoir, en minorité, épris de savoir, humanistes, habités de questions exprimant par leurs œuvres la noblesse imparfaite, mais perfectible et modeste, de la condition humaine.

Mais quand ils se mettent à empoigner le sceptre de l’histoire pour la téléguider, coulés d’absolu, fondus dans la puissance de l’Etat, qu’ils se transforment en ligues de vertu, en observatoires du vice, en directeurs de conscience, en petits-saints des droits de l’homme, en inspecteurs des mœurs, en marquis dictant au peuple un plan pour son Bien qu’il attend toujours, alors qu’ils prennent garde aux soulèvements que les cœurs surannés réservent à ce nouveau clergé !

Les premiers bénéficiaires de l’hégémonie du progrès sont… les progressistes. Les prélats du progrès récoltent en bons aumôniers la moisson de leurs homélies, comme l’église a amassé durant des siècles sa fortune colossale sur la crédulité des âmes simples. Le progressisme est une usurpation de la tradition populaire.

Mais est-il si nouveau, ce préjugé des « progressistes » supérieurs aux « conservateurs » ? Non, c’est lui qui a pris un coup de vieux. Le « désir d’avenir » est un peu fatigué. Tandis que le désir du passé est un acteur vigoureux du présent. Peut-être que ce sont les progressistes, au fond, qui sont des réactionnaires.

Monsieur Macron, méfiez-vous!

Les progressistes ont pris le masque de cire des figures de musée, et les conservateurs la mine d’une jouvence de l’histoire, le souffle de ce que la littérature allemande appelait au XIXème siècle « l’âme du peuple », le sturm und drang (« tempête et passion »). Certes, ce qui fut autrefois le romantisme du « mal du siècle », avec des écrivains de génie, avec René et Werther, montre aujourd’hui une infirmité canaille, moins sublime, disant ce qu’elle peut avec les accents populeux de ceux que la culture progressiste a privé de langage. Le progressisme n’est plus un humanisme.

Macron a déjà réduit sa flamme progressiste aux convenances pour complaire aux codes de l’opinion. Il aurait remplacé, dit-on, ses manches de mousquetaire, raffinement trop criant pour ceux que l’élégance énerve, par des boutons ordinaires. Dommage. Le calcul flétrit le panache de la liberté. L’intimidation sociale est la pire forme de conformisme réac.

>> A lire aussi: Marcel Gauchet: « Le camp de la tradition a été balayé »

M. Macron, méfiez-vous, le progressisme radical a des conséquences terribles. Je vous invite à refaire un tour par ici, sur notre rive sud. D’abord, personne ne vous réclamera une génuflexion pour les crimes de vos ancêtres, je vous assure. Ici, les gens sont bien plus obsédés par les crimes d’un troisième type, inventés par des gosses sortis de leurs entrailles, déjà emmaillotés de poudre. Ici vous verrez ce que Baudelaire, poète ultra-conservateur de la modernité, appelait le « bizarre ».Vous y croiserez les yeux charbonneux du barbu, le front pâle du désœuvré, la petite coquette en minijupe cheveux au vent, la jeune nonne voilée, le vieux brigand à la dent en or, l’ivrogne anarchiste, le camelot à la sauvette, l’épicier policé, le chauffard grossier, la dégaine du gardien de voiture, le bigot onctueux, le marchand cauteleux, le rémouleur (tiens, ça existe encore ?), le fabriquant d’alambics, le vendeur d’herbes opiacées, bref, tous ceux qui n’ont goûté à aucune faveur du progressisme – nationaliste, marxiste, révolutionnaire ou même islamiste.

Vous les verrez défiler, ombres charnelles de leur caverne délabrée, la Tradition. Ils vous regarderont avec leur ironie espiègle et résignée. Ils vous diront  : « Vous êtes progressiste, brillant, instruit, prince du progrès. Mais voyez-vous, comme tous vos semblables, les progressistes d’ici, vous ne voulez pas de nous. Le dieu de votre Progrès nous a écartés de sa Cour. Il nous a fait un pied de nez. Car nous sommes le souvenir auguste de l’Ancien, le sourire mélancolique du Passé, la lenteur vermoulue de l’Antique, la tortue immobile du temps qui observe le lièvre courant à perdre haleine. Et de la carapace immobile, vous entendrez un soupir qui dit : « Le temps ne marche pas avec nous, hélas non, le temps n’est pas avec nous ! » Vous comprendrez alors que le temps des progressistes a perdu son humanité. Mais la morale de la fable, à la fin, que dit-elle ? Que c’est la tortue, à l’arrivée, qui fait un pied de nez au lièvre.

Voile intégral: et si les Suisses l’interdisaient?

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Walter Wobmann présente son initiative «Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage», février 2017. SIPA. AP22025147_000001
Walter Wobmann présente son initiative «Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage», février 2017. SIPA. AP22025147_000001

Comme ailleurs sur le vieux continent, la Suisse se pose de plus en plus la question de la présence d’un islam rigoriste et voyant au sein de son espace public. Le voile islamique cristallise les débats en ce qu’il est un symbole lourd de sens, que la Confédération peine à gérer. Dernier épisode de ce long feuilleton, le Conseil des Etats – chambre basse de la démocratie helvète – a récemment bloqué l’initiative d’un de ses parlementaires qui souhaitait interdire le port du voile intégral dans l’ensemble des cantons. Entre liberté de pratiquer sa religion et neutralité religieuse de l’espace public, deux principes démocratiques s’opposent.

La France n’a surmonté cette contradiction que par un habile tour de passe-passe en 2010, se réfugiant derrière un argument sécuritaire : on ne dissimule pas son visage dans l’espace public. Bien évidemment, c’est bel et bien le port du voile intégral qui était visé. En Suisse, dont les 300 000 musulmans forment un peu plus de 3% de la population, le débat se déroule beaucoup plus franchement.

Une épopée juridique et politique

Tout a commencé il y a quelques années dans le Tessin, l’un des deux cantons de Suisse italienne, où une initiative populaire d’interdiction de dissimulation du visage avait été lancée par Giorgio Ghiringhelli, ancien journaliste et politicien indépendant. Lors du référendum cantonal du 22 septembre 2013, Ghiringhelli, qui voulait envoyer un message de fermeté « face à l’islamisme fondamentaliste montant en Europe », a été suivi par 65,4% des électeurs tessinois. La polémique suscitée par cette interdiction a provoqué une guérilla judiciaire de presque deux ans, jusqu’à ce que le Tribunal fédéral (l’équivalent suisse du Conseil d’Etat), ne tranche en faveur du législateur tessinois. Ce n’est donc que deux ans plus tard, en réponse aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris et face à la menace terroriste en Europe, que la loi a finalement été votée au Conseil d’Etat du Tessin. Ainsi, depuis son entrée en vigueur au 1er juillet 2016, le port du voile intégral est sanctionné pénalement dans tous les lieux publics du canton, y compris les magasins, salles communes des hôtels et restaurants mais aussi au volant d’une voiture, pour les nationaux comme pour les touristes. Toute violation de cette loi cantonale entraîne une amende pouvant aller de 100 à 10 000 francs suisses (de 93 à 9350 euros environ).

Or, quelques semaines après son entrée en vigueur, la mesure s’avère extrêmement populaire bien au-delà du seul canton du Tessin : selon un sondage publié le 28 août 2016 par le journal Le Matin Dimanche, 71% des Suisses soutiennent l’interdiction du port de la burqa dans l’espace public. Ce qui donne le ton. Pas étonnant donc, que la proposition soit reprise au niveau fédéral.

En septembre 2016, les députés du Conseil national ont approuvé un texte quasi-identique à la proposition des tessinois. Le texte propose ainsi de modifier la Constitution fédérale afin d’interdire la dissimulation du visage dans tout l’espace public. L’initiative est évidemment très contestée, mais a été adoptée d’une très courte majorité, à 88 voix contre 87 pour 10 abstentions.  Et ce, malgré l’avis défavorable de la Commission des Institutions politiques qui, en phase de pré-consultation, a pris la défense des touristes musulmans en proposant de ne pas donner suite à l’initiative de l’UDC du très médiatique Oskar Freysinger, dont l’un des ténors, Walter Wobmann, est à l’origine de la proposition de loi.

Le niet de la chambre haute

Mais c’est sans compter le détail du vote. La droite, bien que divisée sur une question risquant d’exposer la Suisse aux représailles des pays du Golfe, a massivement approuvé l’initiative parlementaire : les trois-quarts des démocrates-chrétiens, des libéraux-radicaux et deux membres du Parti Bourgeois-Démocrate ont voté aux côtés de l’UDC. Les cadres de certains partis de droite se sont pourtant bien gardés de se mouiller, la présidente du PLR Petra Gössi préférant s’abstenir, et le président du PDC Gerhard Pfister s’absentant littéralement le jour du vote. Inutile de préciser que les élus de gauche ont voté comme un seul homme contre le texte.

Mais pour avoir force de loi, encore faut-il que le texte franchisse l’étape du Conseil des Etats, la chambre haute de la Confédération. C’est là que ça se complique. Le 9 mars 2017, à 26 voix contre 9, pour 4 abstentions, la Chambre des cantons a nettement rejeté l’initiative parlementaire lancée par Wobmann, se rangeant aux arguments défendus par le PLR, les Verts et le PS. Lesquels n’ont de cesse de brandir le tourisme helvète en provenance des pays arabes, et la politique de décentralisation de la Suisse comme des totems intouchables. Exemple-type : Robert Cramer, élu genevois Vert (centre-gauche), n’a cessé de marteler qu’il fallait légiférer au niveau cantonal si nécessaire, et surtout différencier le cas des touristes pour ne surtout pas offenser les sacro-saints dirigeants des pays du Golfe qui adorent courir les boutiques de luxe de Genève et Zurich, les poches pleines de pétrodollars.

La peur de « provoquer une guerre culturelle »

Interrogé par Causeur, Darius Azarpey, vice-président de la Chambre de Commerce Iran-Suisse, élu et membre de la direction du PLR, nous explique que le sujet est régulièrement lancé par l’UDC depuis une vingtaine d’années. Même son de cloche chez Cramer. Azarpey, fortement opposé au texte, estime qu’il faut agir au niveau cantonal si la situation l’exige, car nombre de cantons dont l’économie dépend du tourisme en provenance du Golfe seraient touchés par une telle modification de la Constitution fédérale. Dans les faits, beaucoup de cantons vivent grâce à l’apport touristique. Or, il nous explique que cette mesure ne concernerait que quelques rares personnes, et les amendes octroyées dans le Tessin seraient d’un nombre infinitésimal depuis l’entrée en vigueur du texte. L’élu libéral-radical n’est pas avare de critiques sur l’UDC, accusée pour la énième fois de jouer avec la peur des gens avec ses habituels épouvantails sécuritaires. « Fachos, fachos », dirait « l’establishment » français.

Contactée par Causeur, Céline Amaudruz, vice-présidente de l’UDC, conseillère nationale et députée au Grand Conseil du Canton de Genève, n’a toutefois pas souhaité réagir.

Droite et gauche sont divisées. Par exemple, le démocrate-chrétien Filippo Lombardi prend en compte l’aspect sécuritaire, estimant qu’il ne s’agit « pas seulement de la burqa, mais d’une dissimulation du visage », mais explique aussi qu’il veut lutter contre le hooliganisme. Qui a de nombreux rapports avec l’islamisme, ce que chacun ici sait pertinemment… Côté socialiste, on n’est pas en reste. Fidèles à eux-mêmes et à leur ADN que l’on qualifie pudiquement d’ « antiraciste » en France, une élue, Anita Fetz, explique qu’elle ne veut surtout pas « provoquer une guerre culturelle ». De la même manière, plusieurs ténors socialistes suisses comme Christian Levrat et Pierre-Yves Maillard, se sont ouvertement opposés au port du voile intégral, mais dans les mots seulement. Car évidemment, aucun des deux n’a eu le courage de soutenir par le vote l’initiative de l’UDC. Allez comprendre la logique.

Conclusion de l’épopée parlementaire, le Conseil des Etats s’est retrouvé avec une patate chaude, dont il ne savait que faire : fallait-il modifier la Constitution fédérale et voir ses partenaires arabes vexés ou laisser les cantons prendre eux-mêmes les mesures adéquates ? Il a choisi la bonne vieille position du repli en attendant l’initiative populaire, laissant les cantons seuls et démunis face au problème. La chambre haute suisse, sur pareille question, doit probablement préférer que le peuple tranche.

Mais Walter Wobmann n’a pas attendu la décision du Conseil national ni celle de la Chambre des cantons pour lancer, le 15 mars 2017, une initiative populaire, dont le comité d’initiative a jusqu’à septembre 2017 pour récolter les 100 000 signatures nécessaires avant qu’elle ne soit soumise au vote des suisses.

Prévoyant que le texte se heurterait aux peurs des élus, et aux différentes pressions venant d’ici et là, il s’est engagé dans une campagne de récolte des signatures pour que l’initiative soit soumise à votation avec perte et fracas, provoquant un tollé avec son texte « Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage » et son action sur la Place Fédérale mettant en scène des personnes intégralement voilées arborant une ceinture d’explosifs. L’action a valu une amende à son instigateur, qui devait néanmoins être ravi d’avoir fait son petit effet.

Les liaisons dangereuses de l’économie helvète

Ironique, Giorgio Ghiringhelli rappelle que le résultat de la votation dans le Tessin « a fait le tour du monde et a entraîné une formidable publicité gratuite pour le Tessin et la Suisse ». Selon lui, il n’y aura aucun impact sur le tourisme, car « en 2009, on prédisait déjà que les touristes musulmans boycotteraient la Suisse lors de la campagne pour la votation anti-minarets. […] Au contraire, leur présence n’a cessé d’augmenter. Je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas le cas pour l’interdiction de la burqa ».

En Suisse, le tourisme représente l’un des principaux secteurs économiques du pays, soit environ 3% du PIB, allant jusqu’à 30% dans certains cantons en part de revenu cantonal, et employant environ 5% de la population active, soit près de 180 000 emplois, notamment dans le tourisme de luxe en provenance d’Arabie Saoudite, des Emirats Arabes Unis ou encore d’Iran, dont les ressortissants sont friands des établissements de luxe, de Genève notamment. Dans le Tessin, les touristes en provenance des pays arabes représentent, en revanche, à peine 2,1% du flux touristique du canton. Et selon Kaspar Weber, vice-directeur de Ticino Turismo, il est « encore trop tôt pour dire si la nouvelle loi aura un impact sur le flux touristique et ce, notamment parce que les visiteurs arabes complètement voilées représentent une exception ».

Se rabattant sur la Suisse face à l’hostilité de moins en moins dissimulée de Paris à l’encontre du voile islamique, un pays comme l’Arabie Saoudite est aujourd’hui un partenaire économique non-négligeable de la Confédération. Les relations avec le Qatar ne sont pas en reste : la monarchie du Golfe persique ne cesse d’investir en hôtels et palaces de luxe en Suisse, se hissant par là même au rang de partenaire économique privilégié en prenant part aux grands groupes financiers du pays. De son côté, le Koweït a fondé la National Bank of Kuwait, une banque privée islamique en Suisse en partenariat avec une institution saoudienne. Sans compter les propositions de service de finance islamique dans les gestions de fortune disponibles dans ce pays, incluant comptes, placements et mandats de gestion non-porteurs d’intérêts, assurance, et toute une jolie palette de produits conformes aux préceptes de la charia. Rien que ça. Sauf que, dans la démocratie directe de la Suisse fédérale, les élites politiques et économiques dirigeantes n’ont pas le luxe de passer outre une opinion publique qui à plusieurs reprises affichait son hostilité au multiculturalisme, notamment pour ce qui concerne l’espace public.

Ainsi, même l’ambassadeur saoudien à Berne, Hazem Karakotly, appelle à respecter la loi suisse tessinoise. Ce dernier apporte même son aide aux autorités suisses, en précisant que l’ambassade « rappelle à tous ses honorables citoyens la nécessité de respecter les règles suisses et de s’y conformer afin d’éviter tout problème » dans une lettre en langue arabe publiée sur Twitter. Celui-là même qui explique sans sourciller « qu’aucun lien ne peut être établi entre la question des droits de l’homme et les relations économiques ». Les intérêts ne sont donc pas uniquement du côté suisse et le message envoyé par les citoyens de la Confédération semble être bien compris.

La justice est trop lente en France

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François Molins, procureur de la République, janvier 2017. SIPA. 00790092_000009
François Molins, procureur de la République. SIPA. 00790092_000009

Chacun le sait et le déplore : l’institution judiciaire, engorgée, met beaucoup trop longtemps à rendre son verdict dans une grande proportion des causes qui lui sont soumises. En particulier, la répression de la petite et moyenne délinquance serait nettement plus efficace si la sanction survenait très rapidement : un adolescent, par exemple, qui n’est jugé et puni que plusieurs mois – et parfois des années – après la commission du ou des délits qu’il a commis conserve un sentiment d’impunité, alors qu’une sanction très rapide l’aurait conduit à comprendre la gravité de ses agissements.

Il en va de même, mutatis mutandis, pour les jugements relatifs aux infractions au droit du travail. Liaisons sociales quotidiendu 21 mars rapporte le cas d’une affaire simplissime qui a démarré en avril 2011 et qui n’a été définitivement tranchée par la Cour de cassation que le 15 mars 2017, soit 6 ans plus tard. Ce cas mérite qu’on y réfléchisse.

Il s’agit d’une étrangère dont l’autorisation de travail, expirée le 31 octobre 2010, n’a pas été renouvelée. Un premier retard à l’allumage est survenu au niveau de l’administration : l’employeur n’a été informé de ce refus que le 21 avril 2011, soit presque 6 mois après la cessation de la validité du titre de travail. Cela pose le problème de la lenteur administrative : si, trop souvent, l’administration s’avère incapable d’agir en temps réel, comment le pays en général et les entreprises en particulier n’en seraient-ils pas affectés ?

La lenteur, une infraction comme les autres

L’employeur a immédiatement appliqué les dispositions du Code du travail, c’est-à-dire convoqué cette employée à un entretien préalable au licenciement, puisque s’il avait continué à faire travailler cette personne, il se serait mis hors la loi. Une complication est alors apparue : la salariée était enceinte, et notre droit du travail est, à juste titre, protecteur pour les situations de grossesse. Sauf impossibilité de maintenir le contrat de travail, ou faute grave, le licenciement d’une femme gravide est interdit. Dans ce cas, l’interdiction de travail notifiée par la préfecture entraînait-elle ou non une impossibilité de maintenir le contrat de travail, telle était la question.

La salariée s’étant prévalue des dispositions protectrices de la femme enceinte pour réclamer l’annulation de la rupture de son contrat, l’affaire a suivi jusqu’en cassation le cheminement judiciaire classique. La Cour, par un arrêt du 15 mars 2017 qui devrait faire jurisprudence, jugea que l’employeur avait bien agi : les dispositions d’ordre public relatives à l’emploi des étrangers l’obligeaient bien à résilier le contrat de travail de son employée.

Au-delà de cet aspect juridique, en quelque sorte désincarné, intemporel, il y a les problèmes réels, humains et économiques, que l’auteur de l’article n’aborde pas, mais qui sont d’une importance cruciale pour les travailleurs, pour les employeurs, et pour le bon fonctionnement de notre économie et de nos rapports humains. Qu’il faille plus de 5 années pour dénouer une situation de ce genre est proprement ubuesque. Laisser tout ce temps dans l’incertitude sur ce qu’est la règle juridique à la fois une personne, une famille, et une entreprise, constitue à l’évidence une atteinte aux droits de l’homme. Les lenteurs de l’institution judiciaire peuvent être aussi graves, aussi contraires à la justice, que bien des infractions sévèrement réprimées par les tribunaux.

Le manque de budget n’est pas le seul problème

Un chef d’entreprise, parfois submergé par les problèmes à régler, doit toutes affaires cessantes s’occuper de diverses formalités administratives, sauf à encourir des sanctions, et l’institution judiciaire aurait l’éternité devant elle, quelques soient les angoisses et les préjudices qui peuvent résulter pour les justiciables de sa lenteur à dire le droit ? Il est grand temps de se pencher sur le fonctionnement de l’institution judiciaire, pour la rendre plus efficace. Il ne suffit pas que les décisions prises par les magistrats soient in abstracto conformes aux règles juridiques ; la nation a besoin que ces décisions répondent in concreto aux besoins de justiciables qui ne peuvent pas sans subir un grave préjudice attendre des mois ou des années le jugement nécessaire pour solutionner un problème délicat.

Nous n’avons hélas guère de travaux économiques consacrés aux dégâts provoqués par les lenteurs des tribunaux. Nous manquons également d’études précises sur les causes de ces lenteurs. Certes, l’insuffisance des crédits alloués à notre système judiciaire, carcéral et policier est un coupable que l’on a toujours sous la main, et dont on peut ad libitum répéter le procès, mais cette question budgétaire n’est pas seule en cause.

L’organisation et le fonctionnement de nos tribunaux laissent visiblement à désirer. Les règles de procédure sont à passer au peigne fin pour détecter tout ce qui joue inutilement en faveur d’un allongement des délais entre le début et la fin d’une action en justice. Cette question n’est pas seulement très importante pour les justiciables que les lenteurs de Thémis soumettent à une sorte de supplice, mais aussi pour tous ceux qui recherchent un emploi auprès d’entreprises dont les dirigeants, échaudés par des procès interminables, préfèrent modérer la croissance plutôt que d’accroître, avec le nombre de leurs salariés, le risque de nouveaux épisodes judiciaires hallucinants.