Tu avais raison, Jean-Luc. Visionnaire, tu fus. Un prophète. Alors qu’Alexis (Corbière) était devant toi le poing levé, tu lui avais annoncé la couleur. « Mais il ne connaît pas Jean-Luc, ce Parti socialiste ! Il va avoir un réveil pénible. J’ai voulu être diplomate, éviter que le sang coule. Mais maintenant c’est fini, je vais le travailler en férocité, le faire marcher à coup de lattes ! A ma pogne, je veux le voir ! »

Et tu avais raison, grand et sage Jean-Luc ! Le Parti socialiste, tu l’as maintenant à ta pogne ! Enfin, ce qu’il en reste… Le PS, tu l’as éparpillé par petits bouts, façon puzzle, tu l’as dynamité, dispersé, ventilé. Ce n’est plus aujourd’hui qu’un corps meurtri et gémissant. Une masse informe secouée de sanglots. Un morceau de chair vidé de son sang. Eh oui, tu n’as qu’à te baisser pour ramasser ce qui traîne…

Une épave, c’est à tout le monde

Orgueilleux et hautain, tu avais refusé de participer à la primaire de la gauche. Que serais-tu allé faire, en effet, dans cette galère ? Avec le pâle Peillon, le sinistre Hamon et l’arrogant Valls ? Ta place était au-dessus de cette mêlée, que dis-je, de cette bouillie. Et de meetings triomphants en meetings triomphants, tu as compté les coups. Et compté les morts.

Le premier d’entre eux, ce fut Valls que la primaire laissa sur le tapis. Puis vint le tour de Hamon, que tu distanças rapidement dans les sondages. Pauvre Hamon : il s’est rendu à Lille pour dire : « Maman, bobo » à Martine Aubry. Pauvre Valls : il est allé faire allégeance à Macron, qui l’a accueilli avec condescendance (« Je veux des têtes nouvelles »). Pauvre Cambadélis : il s’est dit « triste » du ralliement de Valls.  C’est pitoyable et pathétique un chef de parti, pleurnichant, qui parle de sa tristesse quand les siens quittent le navire.

Oui, Jean-Luc, le Parti socialiste, tu l’as à ta pogne ! Des gens méchants te décrivent en Thénardier dépouillant les cadavres sur le champ de bataille de Waterloo. Ils ne méritent que le mépris. Car toi, tu es de la race noble des pilleurs d’épaves. Une épave, c’est à tout le monde. Tout le monde peut se servir. Et tu es le plus légitime pour le faire.

Avec toi, l’avenir va enfin devenir limpide. Nous aurons une gauche débarrassée de sa défroque bon chic bon genre. Une gauche virile, musclée, franche, à l’image des Tontons Flingueurs, un film dont tu sors tout droit. Une gauche gueularde, vulgaire, populacière. Sachant vider une bouteille de rouge pour arroser une blanquette de veau. Un vrai régal pour les cinéphiles dont je suis.