Une manifestation antisémite, voilà ce que la préfecture de police de Paris refuse d’interdire pour le samedi 1er avril prochain, et ce ne sera pas faute d’avoir été avertie. Régulièrement cachée derrière des déclarations de « soutien au peuple palestinien », la principale organisatrice de cette manifestation, l’association Europalestine-CAPJPO, se montre enfin sous son vrai visage, un visage médiocrement antisémite.

Lorsque l’agresseur n’est pas israélien…

La manifestation prévue le 1er avril, et ce ne sera malheureusement pas le poisson du jour, a en effet pour objet d’exiger la « séparation du Crif et de l’Etat ». Rien que ça. Il ne sera dénié à quiconque le droit de soutenir les Palestiniens, pas plus que les Tibétains, les animistes du sud-Soudan, les coptes en Egypte, les Kurdes en Turquie, les chrétiens d’Orient, les yézidis en Irak, les homosexuels emprisonnés ou condamnés à mort dans les pays arabes, bien que la foule ne se presse pas dans les rues pour défendre ces minorités-là. Il ne sera reproché à personne de manifester pour ses idées, fussent-elles pro-palestiniennes, pas plus que pour la liberté des femmes, la liberté religieuse, de la presse, d’expression ou de manifester, bien que personne ne défile pour en demander le respect à Gaza ou dans les territoires contrôlés par l’Autorité palestinienne.

La liberté de manifester est une liberté fondamentale en démocratie, c’est un fait. Mais il n’est pas nécessaire de tomber dans l’antisémitisme le plus rance pour défendre une cause. Et c’est bien le cas de la manifestation prévue pour le 1er avril. Quitte à manifester pour dénoncer « l’apartheid israélien », les organisateurs auraient pu, pour faire bonne mesure, dénoncer également l’apartheid, bien réel celui-là, des pays arabes qui ont expulsé la quasi-totalité de leurs citoyens juifs sans qu’il ne leur soit accordé le statut de réfugiés générationnels, la création d’un organisme ONU-sien ad hoc financé à hauteur de centaines de millions d’euros chaque année, ni un quelconque droit au retour. Tout comme ils auraient pu s’indigner des conditions de vie des Palestiniens et de leur statut de parias en Syrie, au Liban, en Irak, en Jordanie, ou en Egypte. Mais il faut bien reconnaître que lorsque « l’agresseur » n’est pas israélien, cela perd de son intérêt.

Un amalgame autorisé

Au-delà ce traitement différencié, en appelant à manifester pour « dénoncer le régime colonial de l’occupant » sous le mot d’ordre de la « séparation du Crif et de l’Etat », les organisateurs de cette manifestation font un parallèle entre les juifs de France prétendument représentés par le Crif et le peuple israélien qualifié d’occupant. Ce faisant, ce n’est pas la politique du gouvernement israélien envers les palestiniens qui est visée, ce sont les juifs.

Pour le grand public en effet, le Crif représente les juifs de France. Exiger les « séparation du Crif et de l’Etat » renvoie aux vieux poncifs antisémites des Juifs contrôlant les institutions publiques, et plus généralement gangrénant les banques, les arts et les médias… Il ne manque plus que les caricatures antisémites d’avant-guerre du Juif aux doigts crochus s’emparant du monde et le tableau serait complet.

En exigeant la « séparation du Crif et de l’Etat », les organisateurs font nécessairement référence à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, placent le débat sur le terrain religieux et non pas politique, et visent les Juifs es-qualité et non en tant qu’éventuels soutiens à la politique gouvernementale de l’Etat d’Israël.

Que faut-il donc aux pouvoirs publics pour prendre conscience du danger que représentent les manifestations orchestrées par le collectif BDS ? Les exemples d’apologie du terrorisme et d’incitation à la haine tant dans le cadre de ces manifestations que sur les réseaux sociaux sont pourtant légions. Ces idées nauséabondes imprègnent les esprits. Petit à petit, tout devient normal.

Des autorités sourdes et aveugles

Mais rien n’y fait. Les autorités ne perçoivent rien. Rien n’éveille leur curiosité, rien ne semble constituer à leurs yeux une contrariété entre ce type de manifestations et les valeurs de la République. Alors que les services de la préfecture se réfugiaient derrière le « débat d’ordre politique » pour laisser le BDS boycotter l’Etat d’Israël, cette fois le paradigme a changé. Il ne s’agit plus de boycotter des produits israéliens mais de boycotter la prétendue influence des Juifs sur l’Etat français, leur omniprésence, leur omnipotence, ce complot ourdi à l’ombre des alcôves des synagogues. L’idée n’est certes pas nouvelle mais elle est désormais clairement promue dans le cadre d’une manifestation dont on attend toujours qu’elle soit interdite.

A n’y prendre garde, on passe doucement du spéculatif à l’opératif. En laissant organiser une telle manifestation avec de tels mots d’ordre, un cap est franchi. Après le boycott des idées et des Etats, viendra celui des gens. Et il sera trop tard.

Le gouvernement doit enfin l’entendre, réagir et cesser de brandir des slogans aussi vides de sens que le vivre-ensemble. La proximité des élections présidentielles ne peut pas tout justifier.

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