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Les Russes ont inventé la centrale nucléaire flottante

Les Russes ont du génie. Ils ont inventé Tolstoï, la mélancolie, les lacs gelés, la vodka, mais aussi… la centrale nucléaire flottante. Après la grenade sans goupille et le siège éjectable pour hélicoptère, voilà l’une des choses les plus rassurantes au monde.

N’ayez pas peur, l’embarcation atomique, une sorte de grosse barge à fond plat, doit arriver prochainement dans le port sibérien de Pevek, à l’extrémité nord-est de la Sibérie, pour apporter lumière, chaleur et énergie industrielle. L’« Akademik Lomonosov » (c’est son nom) va remplacer une antique centrale de 1974, et pourra fournir de l’énergie pour l’équivalent d’une ville de 200 000 foyers.

Malgré les réticences du bon sens, et des pays voisins comme la Finlande, malgré les protestations des associations antinucléaires, les autorités russes assurent que la technologie est sûre. Et pour cause : les réacteurs atomiques utilisés sont de même type que ceux qui équipaient le sous-marin Koursk – qui a sombré en 2000 suite à une avarie matérielle…  Après le renflouement de l’épave, les réacteurs étaient restés quasi intacts et même prêts à l’usage. Qui sait d’ailleurs s’ils n’ont pas été installés sur ce vaisseau fantôme…

Une vérité qui dérange: le réchauffement climatique ralentit

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Déjà modeste au siècle dernier, le réchauffement de la planète a considérablement ralenti depuis vingt ans malgré le triplement de nos émissions de CO2 ces cinquante dernières années. 


 

Alors que l’Assemblée nationale vient de donner son feu vert pour que la préservation de l’environnement et la lutte contre les changements climatiques soient inscrits à l’article 1 de la Constitution, des scientifiques s’élèvent contre une mise sous tutelle idéologique de la pensée rationnelle.

La météo nous rend hystériques

Depuis une trentaine d’années, il nous est demandé de croire que nous vivons un épisode de réchauffement planétaire inquiétant causé par les émissions humaines de gaz carbonique (CO2). Chaque événement météorologique est désormais pesé à l’aune de cette prétendue menace, au prix d’exagérations qui seraient vite dénoncées si leur contexte n’était parfois si tragique. Ainsi de l’ouragan Irma sur lequel des chercheurs persuadés de l’apocalypse climatique ont cédé à l’affirmation de la culpabilité humaine, coupant court à toute réflexion sur ces événements qui ne sont pourtant ni nouveaux, ni statistiquement plus nombreux ou intenses qu’aux siècles passés.

Niveau des océans, températures, sécheresses, inondations, événements extrêmes, état de la banquise… Les données chiffrées précises sur l’état de la planète sont à la fois récentes et nombreuses. Il sera donc facile encore de nombreuses années de s’alarmer ici d’un « niveau jamais atteint », là d’une « conjoncture inédite ». Le tableau d’ensemble montre pourtant que nous ne vivons pas un épisode climatique si remarquable au regard d’une histoire dont l’échelle minimale est celle des siècles ou des millénaires.

Les prévisions d’Al Gore fondent plus que la banquise

Déjà modeste au siècle dernier, le réchauffement de la planète a considérablement ralenti depuis vingt ans, contrairement aux prévisions des modèles et malgré le triplement de nos émissions de CO2 ces cinquante dernières années. Seule la survenue en 2015 d’un phénomène météorologique (et non climatique) parfaitement naturel, El Niño, dont le pouvoir réchauffant est maintenant dissipé, a permis encore une fois aux marchands de peur de vendre leurs frissons de « records de température globale ».

Il faut se souvenir des prévisions d’Al Gore, formulées lors de sa réception du prix Nobel de la Paix en 2007, selon lesquelles la banquise arctique aurait dû fondre en totalité moins de dix ans plus tard. L’étendue de celle-ci a pourtant été de plus de 4,6 millions de kilomètres carrés lors de son minimum estival de septembre 2017, confirmant une tendance redevenue assez stable ces dernières années.

Des analyses satellitaires publiées en 2016 confirment par ailleurs un important verdissement de notre planète, essentiellement grâce à l’accroissement de la teneur atmosphérique en CO2. En trente ans, les feuilles des arbres et des plantes ont colonisé 18 millions de kilomètres carrés supplémentaires, l’équivalent de deux fois le Sahara. Une excellente nouvelle qui n’avait rien d’inattendu : il est connu depuis longtemps que, via le cycle de la photosynthèse, le gaz carbonique est le gaz de la vie.

Le climat a toujours varié

On pourrait multiplier les exemples à l’envi. Face à un climat qui varie comme il a toujours varié, tout indique que la politique la plus sage est celle de la simple adaptation progressive. Or les « solutions » proposées par l’orthodoxie dominante ont en commun leur coût pharaonique pour la société, leur aberration économique et, triste paradoxe, leurs effets délétères sur l’environnement.

La transition énergétique proposée en France a tout d’une impasse, qui va renchérir le prix de l’électricité au profit de sources d’approvisionnement intermittentes, donc instables et coûteuses. Les exemples de l’Australie (dont la vigoureuse politique d’énergies intermittentes a récemment conduit à plusieurs blackouts) et de l’Allemagne (dont l’électricité est deux fois plus chère que chez nous suite à l’Energiewende tandis que les émissions de CO2 par habitant y sont deux fois plus élevées) montrent que l’enthousiasme actuel pour la transition énergétique relève d’une pensée magique et non rationnelle.

Quel défenseur de l’environnement peut se satisfaire de ce que la loi sur la préservation de la biodiversité ne s’applique pas à l’installation d’éoliennes ? Comment justifier qu’un permis de construire soit nécessaire pour un abri de jardin de 6 m2, alors qu’il ne l’est pas pour une éolienne de 150 m de hauteur — trois fois l’Arc de triomphe ?

Des politiques climatiques vouées à l’échec

Enfin, selon les propres critères de ses promoteurs, les ambitieuses « politiques climatiques » n’ont aucune chance d’aboutir. Les efforts les plus coûteux de l’Union Européenne sous l’impulsion de son plan climat (au moins 20% du budget communautaire 2014-2020 !) ne peuvent avoir qu’un impact dérisoire compte tenu de la part modeste des émissions de l’UE, même en prenant pour argent comptant les scénarios et modèles climatiques en vogue. Un pays comme la Chine, qui émet autant que l’UE et les États-Unis réunis, aura d’ailleurs tôt fait de noyer nos malheureux efforts : rappelons que ce pays devenu le plus gros émetteur de gaz carbonique s’est, bon prince, engagé lors de l’Accord de Paris à limiter l’augmentation de ses émissions à partir… de 2030.

Il est donc temps de donner de la voix pour que cesse enfin l’alarmisme actuel. Le « consensus » proclamé est loin d’être démontré par la science. La planète en général, et nos pays en particulier, ont assez à faire avec de nombreux et graves problèmes bien réels pour que l’on évite de se focaliser sur une question encore scientifiquement si incertaine.

L’Assemblée gagnée par la peur

Chaque citoyen ne peut donc être qu’effaré autant qu’inquiet en constatant que l’affolement irrationnel ambiant a conduit la commission des lois de l’Assemblée nationale à proposer l’inscription de la lutte « contre les changements climatiques » dans l’emblématique article premier de la Constitution. Illustrant la triste confusion entre scientifique et politique qui s’est installée au sujet du climat, ce projet de révision doit sans tarder être combattu par tous ceux pour qui la Constitution n’a pas pour fonction de servir à afficher sa vertu, ni de se faire le réceptacle des peurs du moment. Il nous revient à tous d’interpeller le pouvoir législatif pour que ne soit pas défiguré ainsi le fronton de notre loi fondamentale.

Climat Investigation

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Signataires :

Jean-Claude Bernier (chimiste, professeur émérite à l’université de Strasbourg)
Pierre Darriulat (physicien, membre de l’Académie des sciences)
Reynald Du Berger (géophysicien, professeur titulaire retraité de l’université du Québec à Chicoutimi)
Jacques Duran (physicien, directeur honoraire des études à l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris)
François Gervais (physicien, professeur émérite à l’université de Tours)
Richard Lindzen (physicien de l’atmosphère, membre de l’Académie américaine des sciences, ancien titulaire de la chaire Alfred Sloan au Massachusetts Institute of Technology)
Henri Masson (spécialiste en gestion et technologies environnementales et énergétiques, professeur émérite à l’université d’Anvers)
Jean-Robert Pitte (géographe, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques)
Jean-Claude Pont (historien et philosophe des sciences, professeur honoraire à l’université de Genève)
Alain Préat (géologue, professeur à l’université libre de Bruxelles)
Rémy Prud’homme (économiste, professeur émérite à l’université Paris-Est)
Benoît Rittaud (mathématicien, maître de conférences à l’université Paris-13 Sorbonne Paris Cité)
Isabelle Rivals (statisticienne, maître de conférences à l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris)

Guyane: la mystérieuse montagne d’or

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En novembre prochain, Emmanuel Macron devrait décider du lancement ou non de Montagne d’Or. Si ce projet pharaonique aboutissait, il donnerait naissance à la plus grande mine de l’histoire de la Guyane. Reportage


Le 26 octobre 2017, sur la place municipale de Maripasoula, Emmanuel Macron promettait des drones pour freiner l’orpaillage illégal en Guyane. Dans le même discours, il réaffirmait sa foi dans la Montagne d’Or, la mine qui promet de déposer le département-région sur les rails de la prospérité. Maripasoula ne fut pas choisi par hasard. Cette municipalité du petit ouest guyanais n’est accessible qu’en pirogue à moteur ou par un des coucous d’Air Guyane. Dans cette ville de 11 000 âmes, descendants de Boni (groupe de Noirs ayant fui l’esclavage de l’ancienne Guyane néerlandaise) côtoient amérindiens Wayana et métros (les blancs). Le taux de chômage officiel étant quasiment de 90%, le travail informel y est monnaie courante.

Un Guyanais sur quatre au chômage 

Bien plus au nord de cette ville encerclée de forêt et d’eau, à 120 km de Saint-Laurent-du-Maroni, le projet de mine légale divise les Guyanais. Avec une personne sur quatre au chômage, et le même taux vivotant au RSA, l’ancienne terre de bagnards devrait enfin briller grâce à l’or, « une ressource d’avenir » estime la compagnie Montagne d’Or, qui promet de  créer plus de 4000 emplois (directs et indirects cumulés). Tout le monde ne l’entend pas de cette oreille. Fin juillet, le secrétaire d’Etat à la transition écologique et solidaire Sébastien Lecornu, venu vanter les mérites de la mine du Far West, a été chaudement accueilli par des huées devant la préfecture de Cayenne. Raisins de la colère : le projet mettrait en danger mère nature, et ne permettrait pas de déperfuser le département-région.

Une mine au cœur en or ?

Contrairement aux mines illégales, restées fidèles à l’esprit des pionniers, la CMO (Compagnie Montagne d’Or)  ne prévoit ni eaux-de-vie, ni filles de joie, ni soirées enflammées pour ses chercheurs d’or. A contrario, le personnel serait logé dans une future « base vie », comprenant plus de 450 chambres et des structures de loisirs. Une main d’œuvre saine pour une mine saine ? C’est en tous cas ce qu’annonce l’entreprise, qui assure « s’être engagée à mener le projet selon une démarche responsable afin de favoriser son intégration dans l’environnement naturel et humain ». Résolument optimiste, le sénateur LREM Georges Patient promet dans les colonnes de l’Express une véritable « bouffée d’oxygène » grâce à ce projet « qui représentera 5,8 % d’emplois en plus à l’échelle de la région », se réjouit-il, avant d’ajouter que « la Guyane est peut-être l’endroit sur terre le plus respectueux de l’écologie ». Il faudrait demander aux Wayana du Haut-Maroni, dont l’eau est bourrée de mercure, ce qu’ils en pensent. Mais pour le sénateur, le risque environnemental étant moindre en comparaison des voisins brésiliens et surinamais, pas de quoi en faire des tonnes. Si la CMO admet un certain impact sur la faune, la mine vaut bien son pesant d’or : près de sept tonnes extraites par an sur douze ans. D’ailleurs, Léon Bertrand, le maire LR de Saint-Laurent-du-Maroni, y est également favorable.

Cyanure et explosifs

Chez les écolos et les défenseurs des peuples autochtones, on pense tout autrement. En ballade dans le Haut-Maroni, un militant du collectif « Or de question » me rappelait qu’en 2015, le Brésil a vécu une catastrophe écologique sans précédent dans le pays : un barrage de la compagnie minière Samarco cédait, entraînant une coulée de boue sur 650 kilomètres. Au menu des poissons, mercure et arsenic. La poisse n’a pas survécu, et un village a carrément disparu. Rapporté à la Guyane, un tel désastre minerait évidemment cette dernière, si elle s’en remet. Le WWF joue bien son rôle de Cassandre. L’association amie des bêtes dénonce un déboisement prévu de 1513 hectares de forêt et prévoit « un impact désastreux sur l’environnement » de la montagne, qui usera d’explosifs, de fuel et cyanure pour extraire le métal des dieux. 2000 espèces animales (et végétales) ayant été décelées sur le site par l’association, les oiseaux colorés iront gazouiller ailleurs, et les pumas guyanais les plus hardis pourraient bien décamper. Mollement mais sûrement, le ministre Nicolas Hulot a donc réitéré ses doutes en juin dernier : il juge « le projet surdimensionné », s’inquiète des risques environnementaux et dénonce un « miroir aux alouettes ».

Bons sauvages

Contrairement à leurs cousins éloignés des Andes ou du Mexique, les Amérindiens de l’Amazonie ne se sont jamais vraiment intéressés à l’or. Au XVIème siècle, l’empire Inca avait déjà élevé à Cuzco non pas une montagne, mais une « Maison d’Or » en l’honneur du Dieu du Soleil. A l’intérieur, des murs tout plaqués or et des chaises en or. En débarquant au Pérou, le conquérant espagnol Francisco Pizarro fut pris, bien avant nos émirs, d’une poussée de fièvre de l’or. Pour achever l’humiliation d’Atahualpa, dernier souverain des Inca, il lui en commanda un bloc de soixante-dix mètres cubes[tooltips content= »cf. Les conquistadors, Jean Descola »]1[/tooltips]. Chez les Amérindiens de Guyane en revanche, c’est une pierre verte, l’amazonite, qui valait de l’or. Lors de l’arrivée des explorateurs et colons français au XVIIème siècle, les pépites dorées se troquaient donc sans grands regrets contre des bouteilles de tafia. Mais après quatre siècles de colonisation et surtout, l’étrange sensation pour les Amérindiens guyanais d’être coincés entre deux mondes, les suicides y sont légion. La Montagne d’Or pourrait donc être l’once de trop. Dans les colonnes du Parisien, le chef coutumier d’un village amérindien, au nom bien de chez nous, Julien Pierre, a prévenu : « les industriels de Montagne d’Or vont profaner nos sites sacrées, les montagnes couronnées, et nos sépultures amérindiennes. Nous sommes prêts à prendre les armes pour défendre notre terre ».

Enrichir la Guyane ou les actionnaires ?

Qui dit or dit argent. La CMO se prévaut d’être « une entreprise guyanaise » basée à Rémire-Montjoly. Pour assurer l’exploitation industrielle de la montagne dorée, elle fait confiance à « des actionnaires expérimentés » : Norgold, qui nous vient des terres de Poutine et Colombus Gold, venue prêter main forte depuis le Canada. Cette dernière société « est cotée dans deux bourses » et « représente une capitalisation boursière de 50 millions d’euros », annonce le communiqué de presse de la CMO. Un cartel qui semble rouler sur l’or, donc. Mais qu’en est-il de la chaude et moite Guyane ? « L’activité minière est à haut risque, avec des investissements très importants, et des bénéfices qui dépendent des cours des matières premières » a confié le sénateur Georges Patient à l’Express. Le cours de l’or étant fragile en ce moment, la montagne pourrait bien accoucher d’une souris, comme dirait La Fontaine. WWF a avancé le nombre de 420 millions de subventions publiques, un montant que l’entreprise conteste. Quoiqu’il en soit, le porte-monnaie du contribuable contribue à l’industrie minière. Pour quels bénéfices ? Tandis que le président de Montagne d’Or promet « 3 milliards d’euros de retombées pour la Guyane », le WWF parle lui de « mirage économique ». La bataille des estimations est lancée.

Un des arguments avancés par les sympathisants du projet est que celui-ci pourrait faire décamper les chercheurs d’or clandestins. S’il semble être de bonne foi, pas sûr qu’il tienne la route. Dans ce qui s’appelait naguère le territoire de l’Inini, la société Auplata a ouvert la mine de Yaou, située à 12 km de Maripasoula. Comme dans un western, la mine a été braquée deux fois en 2013. Elle a donc fermé. Depuis, des groupes d’orpailleurs illégaux y débarquent à moto ou en quad. Ils explorent les trésors des alentours en s’y donnant à cœur joie.

Lors de sa visite en Guyane, le président a dit « souhaiter que la Guyane puisse réussir avec ses atouts, et ne pas souhaiter la mettre sous une cloche ». Certes, mais cela passe-t-il nécessairement par la quête de l’or ? Quid de l’agriculture ? Hormis chez les Mongs, qui sont installés à l’est, dans le village de Cacao, elle est quasi inexistante. Elle mériterait sans doute d’être développée, ce qui éviterait d’ailleurs à bien des Guyanais de se nourrir de tomates gavées de pesticides en provenance du Surinam. Le bois guyanais : le département-région, qui abonde de bois précieux, en est toujours réduit à importer son bois de Métropole, comme on dit là-bas. Et le tourisme ? Une flânerie aux marais de Kaw, à  Maripasoula où aux Îles du Salut vaut bien une montagne d’or. Plutôt que de nous ramener aux temps des conquistadors, le gouvernement serait bien inspiré de se pencher sur ces filons.

Non, Rokhaya Diallo, la laïcité n’opprime pas les musulmans!


Alors que les Marocaines comme tant d’autres sont confrontées à des pressions croissantes pour les contraindre à porter le voile islamique, Rokhaya Diallo, la directrice du CCIF et leurs alliées se fendent d’une tribune soutenant le port du voile et accusant la laïcité d’être islamophobe.


 

Primo, à force de dire que la laïcité pose plus de problèmes à l’islam qu’à n’importe quelle autre religion, Mme Diallo ne fait in fine qu’accuser l’islam d’être structurellement incompatible avec les valeurs de la République.

Misère du décolonialisme

Passons aussi sur la proximité des combats « décoloniaux » avec les revendications de l’islam politique. Houria Bouteldja a écrit dans son livre manifeste Les Blancs, les Juifs et nous que la réconciliation entre les « races » ne pourrait selon elle se faire que par une islamisation généralisée : « Changez de Panthéon, c’est ainsi que nous ferons Histoire et Avenir ensemble. » « Alors, commençons par le commencement. Répétons-le autant que nécessaire : Allahou akbar ! » Rokhaya Diallo pouvant difficilement ignorer que les textes fondateurs de l’islam tout comme la législation de la quasi-totalité des pays musulmans bafouent les valeurs qu’elle prétend défendre, on ne que soupçonner que sa cause est surtout un masque soit de la haine de l’Occident, soit de l’islamisme.

Au moins cette tribune reconnaît-elle que le voile est un signe religieux, et ne tente pas de le faire passer pour un simple « marqueur de féminité » au même titre que la mini-jupe, ce qui était jusqu’ici la position défendue par Rokhaya Diallo.

Là où elle écrit : « La neutralité demeure bien entendu un principe clé de nos sociétés. On ne peut néanmoins pas déconnecter son usage actuel ainsi que ces politiques restrictives du contexte de suspicion généralisée envers les musulmans…. » on pourrait répondre que « la liberté de choisir ses vêtements demeure bien entendu un principe clé de nos sociétés. On ne peut néanmoins pas déconnecter son usage actuel, ainsi que ces actions de défense du port du voile islamique, du contexte d’offensive généralisée de l’islam politique contre les sociétés ouvertes et les droits des femmes. » Souad Ayada en parle de façon éclairante, avec un recul historique bienvenu.

L’impasse du « féminisme » voilé

Lorsque l’on prétend défendre les droits des femmes, peut-on faire semblant d’ignorer ce que l’islam et plus encore l’islam politique enseignent à leur sujet ? Une femme portant le voile est comme une femme qui arborerait un t-shirt sur lequel serait écrit, sans ironie, « Les femmes ne doivent pas avoir les mêmes droits que les hommes. » Cela ne poserait-il aucun problème, en particulier dans les services publics ou pour encadrer des enfants ?

Il est temps d’ailleurs de nous interroger sur la neutralité de l’État. L’objectivité de l’État est indispensable, mais sa neutralité ne finit-elle pas par devenir le paravent de la lâcheté ? Faut-il interdire tous les T-shirt arborant des slogans pour éviter que quelqu’un s’exhibe avec un T-shirt vantant la soumission des femmes ? Les mots magiques « c’est religieux » doivent-ils interdire de distinguer une idéologie qui respecte les valeurs de la République d’une idéologie qui les combat ? Ou ne vaudrait-il pas mieux assumer que notre société repose sur une grande liberté mais aussi sur des principes non négociables, d’ailleurs garants de cette liberté, et que s’il est parfaitement légal d’être en désaccord avec ces principes, l’afficher ostensiblement n’a pas à être autorisé partout ni tout le temps ?

Triste révélateur marocain

Au Maroc, pour pousser les hommes à obliger les femmes à se voiler, certains utilisent des arguments révélateurs : « Soyez un homme et ne les laissez pas porter une robe honteuse qui séduit les musulmans et rend difficile le fait de leur tourner le dos. » ou « Ne les laissez pas porter une robe honteuse qui séduit les musulmans et les rend en colère ». J’ignorais que « les musulmans » avaient tant de mal à refréner leurs pulsions, ou étaient incapables de voir qu’une femme est désirable tout en la considérant comme une personne, et je crois plutôt que les promoteurs de cette campagne projettent leur propre immaturité sur leurs coreligionnaires – même si, hélas, une grande majorité de marocains (72%) et plus encore de marocaines (78%) estimeraient qu’une « femme habillée de façon provocante mérite d’être harcelée ».

Reste que nous devons nous aussi balayer devant notre porte. Chaque fois que nous qualifions un vêtement féminin de « provocant », les droits des femmes régressent, tout comme l’image des hommes supposés avoir moins de maîtrise d’eux-mêmes que la plupart des animaux sociaux. Qu’une femme soit belle et le laisse voir au point qu’il me soit « difficile de lui tourner le dos » ne me donne aucun droit sur elle.

Si elles ne sont pas des viols et n’en ont pas la gravité (de même qu’une blessure volontaire n’a pas la gravité d’un meurtre), les agressions du soir de la finale sont odieuses. L’ambiance du moment ne saurait leur servir d’excuse, renoncer à être un individu pour s’abandonner aux mouvements d’une populace est un choix qu’il faut assumer. Pas d’excuse non plus en évoquant des tenues que d’aucuns jugeraient trop légères.

Le désir est légitime, pas la convoitise avide 

Puis-je m’emparer de toute œuvre d’art que je vois ? Bien sûr que non. Que la beauté se montre ne me donne nullement le droit de prétendre user d’elle à ma guise. Que la magnificence des étoiles me fasse don de sa splendeur ne justifierait pas que j’aie l’arrogance de posséder les astres. Qu’une femme montre sa beauté fait de cette beauté un don que grâce à elle nous recevons du monde, mais ne nous donne aucun droit sur elle – et ne la réduit pas à cette beauté, pour merveilleuse qu’elle puisse être. Plutarque s’émerveillait déjà de la capacité de la beauté à élever l’âme[tooltips content= »Erotikos, Dialogue sur l’amour« ]1[/tooltips][1]. N’est-il pas fantastique qu’elle soit magnifiée par une personnalité, une présence qui l’habite, en même temps qu’elle rend perceptible à nos sens la plénitude de cette présence de l’autre ?

François Cheng, qui parle magnifiquement de la beauté, écrit – en le lisant, je pense aux portraits que réalise Matthieu Ricard, ou à ces iraniennes cheveux au vent, ces femmes toutes sublimes car toutes sublimées par leur courage et leur amour de la liberté et de la joie : « Tout visage humain, quand il est habité par la bonté, est beau. […] La bonté est garante de la qualité de la beauté ; la beauté, elle, irradie la bonté et la rend désirable. […] Notre regard qui perçoit la beauté et notre cœur qui s’émeut de la beauté donnent un sens à ce que l’univers offre comme beauté, et, du même coup, l’univers prend sens et nous prenons sens avec lui. »[tooltips content= »Œil ouvert et cœur battant, Comment envisager et dévisager la beauté »]2[/tooltips]

Que la même beauté puisse à la fois donner sens à l’infini du ciel et toucher les entrailles de notre animalité, n’est-ce pas un miracle ? Unir en nous l’ange et la bête en un même saisissement à la fois spirituel et charnel, une même admiration, un même désir.

Le désir est légitime, la convoitise avide ne l’est pas. Au contraire même, le désir oblige ceux – ou celles – qui l’éprouvent. Il est lui-même un don, il fait se sentir pleinement vivant, et si on ne peut ni ne doit essayer de le maîtriser, on peut et on doit maîtriser ce que l’on fait sous son influence.

La tyrannie du désir conduit au pire

Il est dangereux et absurde de dévaloriser le désir, en l’assimilant à certains des comportements qu’il peut inspirer : on en vient à nier la conscience, le libre-arbitre et le choix.

Pas plus que les femmes n’ont à se laisser définir par le désir et les attentes des hommes, les hommes n’ont à se laisser définir, ni à laisser définir leurs désirs, par le désir et les attentes des femmes. Évidemment, si l’on n’est pas désirable il ne faut pas s’étonner de ne pas être désiré…. Mais si une femme est une personne, si faire d’elle l’objet du désir ne doit jamais conduire à la traiter comme un objet, il en va de même d’un homme, dont une femme ne peut pas légitimement attendre que sa masculinité, sa virilité, ne s’éveille que sur commande (éveillé ne voulant pas dire débridé…). S’il existe des jouets pour adultes disposant d’un bouton on/off, les êtres humains n’en font pas partie.

Toute liberté s’accompagnant de responsabilité, il faut mettre autant de passion et de détermination à maîtriser son comportement qu’à revendiquer la liberté de son désir.

Et tout comme je suis libre de désirer, l’autre est libre de susciter mon désir, je ne saurais lui en faire grief. Et, pour ma part, je ne saurais rester sans réagir lorsque certains osent prétendre soutenir les femmes en revendiquant le « droit » de leur reprocher d’être belles et de les obliger à le cacher.

Mieux vaudrait, et de loin, œuvrer pour qu’elles puissent le montrer en toute sécurité et en toute sérénité !

 

Norvège, l’amour au temps du chlamydia

Depuis quelques semaines, les voyageurs qui débarquent en gare d’Oslo ont droit à un message de bienvenue pas piqué des vers : « Bienvenue en Norvège, le pays des chlamydiae. » Cette publicité rigolote pour les préservatifs montre un jeune couple de Vikings posant en costume traditionnel au milieu des fjords sans afficher aucun signe de maladie. Paradoxe ? Si la bactérie Chlamydiæ trachomatis est l’infection sexuellement transmissible la plus courante chez les jeunes, cette chtouille particulièrement vicieuse ne provoque souvent aucun symptôme détectable.

Vous me direz que tout ceci nous éloigne du charme discret de la Scandinavie. C’est aussi l’avis de l’Office du tourisme norvégien qui, craignant ses dégâts sur l’image du pays, a qualifié cette campagne sanitaire d’« obscène ». Pas question de faire passer les Norvégiens pour des « zobsédés » ! Sans aller jusqu’à cette extrémité, rappelons que le préservatif est peu utilisé au pays de Munch, causant 26 000 cas de chlamydia par an sur une population totale de 5,5 millions d’habitants.

Un bilan de santé aussi accablant nous fait questionner les mœurs locales. N’écoutant que son courage, L’Obs a enquêté dans cette contrée où la femme propose et dispose. Un homosexuel témoigne ainsi s’être fait draguer par des filles à Oslo, qui lui ont rétorqué : « Je me fous que tu sois gay, je veux juste prendre du plaisir ! »

Évidemment, les sujets du roi Harald V n’ont pas plus le monopole du libertinage que celui des MST. Dans l’excellente série britannique Lovesick, le héros souffrant de chlamydia tire prétexte de sa maladie pour renouer avec ses anciennes conquêtes. Y aurait-il des Norvégiennes dans le lot ?

Libye: « l’accord historique » n’a rien résolu

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Après avoir raté la réconciliation malienne, la France échoue sur la Libye. Et Rome reprend la main.


 

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Après les erreurs de la France au Mali, l’Italie pointe celles de Macron sur la Libye : l’Italie ne reconnaît plus le prétendu accord de Paris du 29 mai…

Décidément, l’Italie semble se poser en homme fort de l’Europe. Un pays fort de la majorité politique qui paraît suivre ce gouvernement tellement improbable il y a trois mois, pendant que d’autres pays sont faibles de leurs politiciens minoritaires et dépassés. En deux mois le gouvernement, Conte a démantibulé, dans l’apathie générale, une grande partie des principes bruxellois (sur le traitement de la crise migratoire, la relation avec Trump, la mondialisation, les critères fiscaux, sociaux et budgétaires, les sanctions contre la Russie ; peut être même bientôt la monnaie ?). Le gouvernement Conte a peu apprécié la condamnation élyséenne du supposé « populisme » italien alors que ce gouvernement était encore paralysé par la mauvaise volonté du président Matarella. Le match perdu de Macron face à un Conte goguenard et dominateur lors de la rencontre des deux hommes le 15 juin n’avait, semble-t-il pas suffi, à étancher la soif de revanche des Italiens.

L’accord de Paris caduque 

Car voici que, par la voix de l’ambassadeur d’Italie en Libye, Giuseppe Perrone, lors de sa visite à Zentan, on apprend que son pays ne reconnaît que le plan de route de l’ONU pour la Libye. Et, a contrario, ne reconnaît donc plus l’accord de Paris du 29 mai prévoyant la tenue d’élections en Libye le 10 décembre. L’Italie a, en effet, une relation spéciale et forte avec la Libye, qu’elle arracha de force à l’empire ottoman en 1911, jusqu’en 1947. Et l’intrusion de la France dans la politique libyenne agace les Italiens : tant l’attaque militaire française décidée par Sarkozy que, et surtout, le laisser-pourrir qui s’en est suivi. Puis l’indélicatesse et la gloriole de Macron lors des accords de Paris le 29 mai, trois jours avant la prise de fonctions de Conte…

Macron avait proclamé « un accord historique pour de prochaines élections en Libye ». Or les partenaires libyens de l’Italie ne veulent pas de cet accord et d’ailleurs n’en ont jamais voulu. D’ailleurs le 29 mai, contrairement au scénario idéal, les frères ennemis libyens -Sarraj et Haftar – se sont abstenus de signer… Comme ils s’étaient abstenus le 25 juillet dernier à La Celle Saint Cloud (où pourtant, en 1955, d’autres accords reconnaissaient le retour de Mohamed V et indépendance pleine du Maroc). Que pouvait valoir un accord non signé par les principaux acteurs ? Combien a coûté cette mise en majesté où on avait convié le maréchal Khalifa Haftar, le président de la Chambre des représentants, Aguila Salah, le leader du gouvernement « d’entente nationale », Fayez Al Sarraj, le nouveau président du Haut Conseil d’État, Khaled al-Mechri, Ghassan Salamé, représentant du secrétaire général des Nations unies dans l’ex-Jamahiriya, ainsi que des émissaires venus d’une vingtaine de pays, des envoyés de l’Union africaine, de l’Union européenne et de la Ligue arabe. On fixa même la date des élections générales au 10 décembre prochain.
Mais on avait « oublié » de persuader les émissaires de la ville de Misrata, base de puissantes milices, de participer à la conférence avec la même considération que les frères ennemis Sarraj/Haftar : Misrata a boycotté la conférence. Et Misrata coupe la Libye en deux…

Scénario libyen

En dépit des photos où Emmanuel Macron étreint affectueusement le maréchal Haftar, les fins connaisseurs de la situation libyenne faisaient, dès le lendemain, état de leurs doutes sur le caractère réaliste voire sensé des « accords de Paris ».

Courant juillet, la ministre de la Défense italienne, la sage et expérimentée Elisabetta Trenta, indiquait que « l’accélération du processus électoral n’apportera pas la stabilité en Libye si elle n’est pas accompagnée d’une réconciliation globale ». Au fond, les mêmes critiques pertinentes que l’on peut diriger contre la ligne Fabius sur le Mali. Car Conte considère qu’il revient à l’Italie de diriger le dossier libyen, notamment en septembre prochain lors d’un conférence internationale sur la Libye, en Italie. Il sera plaisant de voir si E.Macron s’y rend ; à Canossa ?

Sur le terrain, les violences sont permanentes, le trafic d’armes et d’êtres humains est très important. La Libye reste divisée entre d’une part le gouvernement d’union nationale (GNA) reconnu par la communauté internationale, installé à Tripoli après les accords de paix de Skhirat de 2015, et, d’autre part un gouvernement parallèle dans l’est du pays soutenu par le maréchal Haftar, avec la faveur de l’Égypte. Y aura-t-il des élections générales dans quatre mois ?

Libérez Kaaris et Booba!

On nous répète assez que les policiers sont fatigués du laxisme avec lequel les tribunaux traitent les damnés sacripants qui sèment la zizanie dans nos quartiers. Selon la célèbre formule : « On les interpelle et le lendemain, ils sont dehors ».
Booba et Kaaris ne sont pas dehors. Pourtant, ils n’ont agressé personne, ou plutôt, ils n’ont agressé qu’eux-mêmes. Le sort des deux quadragénaires ne fait courir aucun danger à la paix sociale, il ne mettra pas le feu aux banlieues. Alors Kaaris et Booba paient pour les autres.

L’affrontement entre leurs deux bandes n’a causé que des dégâts matériels ; les dommages physiques dont souffrent les combattants de part et d’autre sont très légers. Aucun blessé grave, aucune victime collatérale. Du verre cassé, c’est tout. Du verre qui coûte cher, certes, quand c’est un Jean-Paul Gaultier à 60 euros le flacon. Mais tout de même : n’est-il pas évident qu’une bagarre en plein hall d’aéroport aurait pu, aurait dû, faire bien plus de dégâts, notamment chez les combattants eux-mêmes ?

Médias et justice se rendent complices d’un coup de com’ bien orchestré, voilà tout.

Lisez la suite sur le blog de l’article d’Ingrid Riocreux.

Multiculturalistes, ne confondez pas race et culture!


Il serait temps que les apôtres de la diversité comprennent qu’ils sont souvent bien plus racistes que leurs adversaires. Comme le savent pertinemment les Sud-Américains, cultures et religions sont pas synonyme de race.


« Raciste, vous êtes raciste, vous critiquez le multiculturalisme ». C’est devenu l’accusation suprême, l’argument de vente des champions exaltés de la diversité. C’est le cri de ralliement des bien-pensants et le mantra rhétorique de la gauche anti-laïque. Paravent argumentaire, étendard de la vertu, devise de la nouvelle inquisition, on la brandit devant l’autre pour témoigner de sa foi. C’est le bunker dans lequel on se blottit pour ne pas avoir à débattre. La tranchée dans laquelle on se glisse pour rester au chaud entre copains.

Il serait pourtant grand temps que les apôtres de la diversité comprennent que ce sont souvent eux, les plus racistes. Les cultures et les religions ne se confondent pas avec les races. Loin de faire les nuances qui s’imposent, les multiculturalistes font des amalgames énormes et grotesques, réussissant à nous convaincre de l’inséparabilité d’une tradition particulière à l’ADN d’une personne. Ainsi, critiquer l’islamisme serait raciste, alors que l’islam est une religion pratiquée par des gens de toutes les couleurs. Multiculturalistes et racistes, même combat ! Les deux camps baignent dans l’essentialisme.

Critiquer une culture n’est pas raciste

Les sociétés multiethniques seraient donc toujours multiculturelles, et vice-versa, jamais les étrangers ne pourraient s’intégrer à l’Occident, car ils seraient prédestinés à répéter ce qu’ont fait leurs exotiques ancêtres. Un Blanc ne pourrait pas écouter de rap et un Noir de musique classique, ou alors ils feraient preuve « d’appropriation culturelle ». Pas de partage, rien en commun. Pas de chiffres arabes pour les chrétiens ni de technologie de pointe pour les musulmans. Le multiculturalisme fait l’apologie de la réclusion identitaire. Le monoculturalisme serait impossible dans tout pays multiethnique.

En suivant cette logique, il faudrait que les groupes restent purs, immaculés, isolés les uns des autres. Au sein d’une société faussement libérale encourageant l’endogamie. Impossible de remettre en cause une pratique culturelle, car elle reflèterait la couleur de peau des personnes qui lui donnent vie. Telle est la logique d’un multiculturalisme qu’on s’acharne pourtant à déguiser en progrès. La culture serait le prolongement de la nature, malgré 2000 ans de philosophie occidentale ayant prétendu le contraire.

Le sexe est toujours plus fort que l’idéologie

L’Amérique latine montre que cette vision des choses n’est pas universelle, sinon dépassée. Dans leur ensemble, les sociétés latino-américaines sont les plus métissées au monde. Dans son étude exceptionnelle sur la formation de la société brésilienne, l’écrivain et sociologue Gilberto Freyre note que l’appétit sexuel des Portugais a favorisé l’établissement d’une société excessivement composite sur le plan ethnique, mais pas nécessairement fragmentée sur le plan culturel. Les débuts de la mondialisation, c’est la colonisation des Amériques. L’impérialisme est indissociable de toutes ces unions lascives, de toutes ces synthèses érotiques qui ont forgé un continent.

A lire aussi : Pourquoi l’esprit latin est plus fort que le néo-féminisme

Vous n’avez qu’à vous balader à La Havane ou à débarquer au Brésil pour constater à quel point le commerce triangulaire a produit d’intenses mélanges. Vous pouvez aussi admirer les canons vénézuéliens et colombiens pour comprendre. Le croisement des peuples a fait des femmes dont les yeux brûlent plus fort que l’enfer. N’en déplaise aux partisans d’une certaine pureté raciale (de gauche et de droite) : le sexe est toujours fort que l’idéologie. Les dogmes restent à l’extérieur de la chambre à coucher.

L’unité profonde des pays latinos-américains

Malgré leur caractère multiethnique et le projet de certains intellectuels de gauche de les « multiculturaliser », on trouve encore une forte unité culturelle dans les pays latino-américains, ce qui fait aujourd’hui défaut aux démocraties occidentales. Les pays latinos ne sont pas du tout épargnés par le phénomène du racisme, mais culturellement, ils sont beaucoup moins divisés que les pays européens rongés par le communautarisme. Point d’apartheid religieux orchestré par les vertueux tenants du vivre-séparé.

Contrairement aux intellectuels qui pensent ironiquement favoriser l’intégration, l’Amérique latine a dépassé le stade de la naturalisation de la culture, de l’essentialisation des identités. Dans ces sociétés multicolores où la séduction l’emporte encore sur notre décadence progressiste, la culture est un fait transversal et le politique existe encore. Certes, les centaines de nuances de peau ne sont pas toujours ignorées, mais le mariage des origines est depuis longtemps consommé. L’Amérique latine est le laboratoire d’une expérience inédite. Elle est probablement le prototype des sociétés de demain.

Aussi étrange que cela puisse paraître, les sociétés latino-américaines ont quelque chose à nous apprendre. Elles sont loin d’être parfaites (la répartition de la richesse est très inégale), mais elles nous permettent de retourner le problème de l’intégration pour y voir plus clair. Qui dit plusieurs races ne veut pas toujours dire plusieurs identités. S’il y a bien des cultures en France, comme l’a déjà affirmé Emmanuel Macron, y en-a-t-il vraiment autant à Cuba, en Colombie et au Brésil ? Comme le veut la formule, el pueblo unido jamás será vencido[tooltips content= » »Le peuple uni ne sera jamais vaincu. » »]*[/tooltips].

Les âmes mortes du Donbass

Depuis son déclenchement au printemps 2014, la guerre dans l’est de l’Ukraine (Donbass) n’en finit plus. Signés en pure perte par Kiev et Moscou, les protocoles de Minsk I et II n’ont guère pacifié cette zone grise partagée entre pouvoir ukrainien et petites républiques séparatistes prorusses. Et la guerre de l’information fait rage. D’après l’ONU, les hostilités auraient emporté 2 725 civils en quatre ans. L’Ukraine revendique 3 784 soldats tombés au champ d’honneur, mais aussi 8 500 blessés et 554 vétérans suicidés après leur démobilisation. Côté séparatiste, on évalue entre 3 800 et 4 800 le nombre de pertes, sur un total de 33 500 partisans armés.

Si un point fait consensus entre les parties, c’est la violation des 13 clauses du protocole de Minsk II (février 2015). Piétiné sitôt signé, le cessez-le-feu n’a pas permis d’échanges réguliers de prisonniers ni même interrompu l’emploi des armes lourdes. Sur le plan politique, le processus de paix est au point mort : l’Ukraine n’a pas recouvré le contrôle de ses frontières tandis que les condottieres de l’Est, toujours appuyés par des milliers de volontaires russes, n’ont obtenu ni l’amnistie ni l’autonomie qu’ils réclamaient.

Signe des temps, les autorités de Kiev ont récemment changé de rhétorique. La lutte qu’elles livrent à Vladimir Poutine à travers ses pantins ne s’embarrasse plus d’euphémisme. C’est désormais sous la conduite de l’état-major et du président de la République Petro Perochenko que se mène cette guerre qui ne craint plus de dire son nom ni de nommer son ennemi (russe). Malgré son statut de commandeur des armées, l’oligarque « roi du chocolat » culmine à 8 % de popularité et retournera vraisemblablement à ses confiseries après l’élection présidentielle de mars 2019. En Ukraine, les âmes mortes se ramassent à la pelle, les souvenirs et les regrets aussi.

« Il y a un nombre non-négligeable de descendants de harkis parmi les radicalisés »


Mi-juillet, la conseillère départementale LREM Mounia Haddad, 29 ans, a été séquestrée deux jours durant par sa famille d’origine algérienne. Celle-ci n’acceptait pas son projet de mariage avec un descendant de harki. Après avoir décortiqué les structures anthropologiques de l’immigration algérienne, le politologue Jérôme Fourquet se penche sur les traces que la guerre d’Algérie a laissées dans notre société. Dans la France en proie au terrorisme, héritiers des harkis, pieds-noirs et combattants du FLN brassent des imaginaires concurrents. Entretien (2/2)


 

Retrouvez la première partie de cet entretien ici.

Daoud Boughezala. Cinquante-six ans après la signature des accords d’Evian, alors que l’affaire Mounia Haddad révèle la potentielle rivalité entre descendants de harkis et familles FLN, quels rapports entretiennent ces deux sous-groupes de l’immigration algérienne en France ?

Jérôme Fourquet. Dans certaines familles d’origine algérienne, la mémoire héroïque de l’engagement des parents ou grands-parents dans la lutte d’indépendance continue d’être amplement entretenue. Cela peut  s’accompagner d’un rapport ambigu à la France mais surtout d’un rejet et d’une stigmatisation des harkis. Abdelghani Merah raconte comment sa fratrie a baigné dans un discours de rejet de la France, ancienne puissance coloniale. Ce n’est peut-être pas non plus un total hasard si son frère Mohamed a ciblé trois militaires français d’origine maghrébine.

En parallèle, comme l’a noté Gilles Kepel, il y a un nombre non-négligeable d’enfants et de petits-enfants de harkis parmi les musulmans radicalisés, à l’instar de Mehdi Nemmouche, le tueur du musée juif de Bruxelles. On observe une sorte de retournement de stigmate : des familles méprisées parce qu’elles étaient dans le camp des perdants et considérées comme des traîtres à la cause surinvestissent leur identité musulmane. Consciente ou non, cette revanche symbolique peut les amener à entrer dans une course au plus pur.

Pour la gauche empreinte du schéma binaire dominant/dominé, les harkis étaient du mauvais côté de l’histoire.

Dans votre essai co-écrit avec Nicolas Lebourg La nouvelle guerre d’Algérie n’aura pas lieu, (Fondation Jean Jaurès, 2017) vous soulignez le rôle pionnier qu’ont joué les enfants des enfants de harkis dans la construction de l’islam de France et dans la Marche des beurs (1983). Pourtant, leur cause est plus souvent défendue par le Front national que dans la mouvance antiraciste. Comment expliquez-vous cette occultation ?

Chaque cause politique doit être intégrée dans une grille de lecture historique ou un schéma plus large. Traditionnellement, le FN et une partie de la droite ont toujours eu à cœur de défendre la cause des rapatriés ainsi que celle des harkis. Parmi les figures emblématiques de cette famille de pensée, on trouve Jeannette Bougrab. Dans l’autre camp, la matrice idéologique et historique de la gauche l’inclinait en revanche à glorifier le FLN pour s’inscrire dans la tradition des porteurs de valises et des manifestants de Charonne. Cette inscription symbolique s’est prolongée après la décolonisation dans les combats antiracistes et dans la lutte pour l’intégration. La cause harkie s’insérait mal dans ce schéma global car avec son surmoi marxiste, la gauche entendait se placer du côté des opprimés. Pour la gauche empreinte du schéma binaire dominant/dominé, les harkis étaient du mauvais côté de l’histoire.

Le cas des harkis renvoie en effet à la mauvaise conscience du gaullisme et de la droite.

Abandonnés par la France, parqués dans des camps de transit, les harkis n’ont obtenu que très tardivement des excuses officielles des autorités françaises, par la voix des présidents Sarkozy puis Hollande. Ont-ils été enfin intégrés au grand récit national ?

Sans doute davantage que par le passé. La société française a mis des décennies à digérer les années de la guerre d’Algérie. De la même manière qu’il a fallu attendre les années 1970/80 pour qu’on porte un autre regard que le mythe gaullo-communiste sur l’Occupation et la Résistance, il a fallu patienter jusqu’aux années 2000 pour qu’on s’intéresse de nouveau à ce sujet de la guerre d’Algérie qui a coupé le pays en deux et qui est longtemps resté occulté notamment pour ce qui est de la question des harkis.

Le cas des harkis renvoie en effet à la mauvaise conscience du gaullisme et de la droite. De Gaulle avait en effet donné l’ordre de désarmer les harkas tandis que les fellaghas se préparaient à les massacrer. Symétriquement, par parti pris pro-indépendance de l’Algérie, la gauche aussi s’est totalement désintéressée de cette population et de ses descendants après leur immigration, malgré leurs conditions de vie inacceptables. Dans ces conditions, le combat des harkis a été investi par le Front national.

Dans la guerre des mémoires, chacun a choisi ses Arabes : le FN les harkis, la gauche les descendants des indépendantistes.

Le FN s’est-il approprié la cause harkie par opportunisme électoral ?

Pour le FN, il s’agit d’abord de rester fidèle au combat pour l’Algérie française. Dans ce cadre, l’empathie des frontistes va logiquement aux harkis, qui furent longtemps les parias de la République. Par ailleurs, ils peuvent ainsi afficher une sensibilité patriotique qui n’est du coup clairement pas basée sur un critère ethnique. Dans la guerre des mémoires, en substance, chacun a choisi ses Arabes : le FN les harkis, la gauche les descendants des indépendantistes.

C’est dire si la guerre d’Algérie semble encore dans toutes les têtes. Depuis la vague terroriste de 2015, les autorités craignent-elles la résurgence d’un début de guerre civile comme l’hexagone en a connu entre 1958 et 1962 lorsque FLN et OAS y multipliaient les attentats ?

Le directeur de la DGSI Patrick Calvar semblait effectivement préoccupé par une hypothétique guerre civile opposant djihadistes et éléments violents d’ultradroite. De son côté, la sphère la plus identitaire de la droite conjecturait une nouvelle guerre d’Algérie, en se basant sur des références telles que la Toussaint Rouge, pendant que les théoriciens du djihad comme Abu Moussab Al-Souri spéculaient depuis des années sur l’opportunité d’embraser les sociétés européennes. Pour Daech, le but du jeu était de créer la guerre civile en commettant des attentats marquants susceptibles de dresser les communautés les unes contre les autres. Par le déclenchement d’un cycle provocation-répression, l’objectif était de fragmenter petit à petit la société française, notamment géographiquement, entre musulmans et mécréants. Craignant la réalisation de ce scénario, Calvar avait prédit que la société française allait de grands risques de vaciller entre fin 2015 et 2016.

Si Daech était parvenu à mettre la société française sous pression, on aurait peut-être eu une sortie de route.

Mauvaise pioche ! Malgré des attentats en série, la société française n’a pas basculé dans la violence…

On a quand même connu un petit moment de flottement en 2016. Souvenez-vous de ce qui est arrivé en Corse, l’une des parties du territoire les plus sensibles à ces problématiques : la ratonnade des jardins de l’empereur d’Ajaccio en décembre 2015, quelques semaines après les attentats du Bataclan et des terrasses parisiennes ; puis les affrontements ethniques de Sisco survenus en août 2016, deux semaines après l’assassinat du père Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray.

Mais depuis l’attaque de Nice en juillet 2016, il n’y a plus eu d’attentat terroriste de grande ampleur dans l’hexagone. On peut penser que, si l’appareil de Daech était parvenu à mettre la société française sous pression, on aurait peut-être eu une sortie de route.

Au moment des attentats, on a vu resurgir une palette de références qui nous ramenaient tout droit aux heures sombres de la guerre d’Algérie.

Avec 250 morts en trois ans, le bilan du terrorisme djihadiste sur le sol français n’a rien à envier aux exactions du FLN…

Au-delà de ce triste bilan humain, il reste un fossé entre les capacités organisationnelles dont disposait l’appareil politico-militaire du FLN en France et celles des djihadistes présents dans l’hexagone. A l’époque, en quelques semaines, le FLN avait perpétré des centaines d’attentats partout sur le territoire de la métropole, y compris contre des équipements économiques (voies de chemin de fer, dépôts pétroliers etc..).

Le niveau de menace est donc objectivement moins élevé qu’à l’époque. Reste qu’au moment des attentats, on a vu resurgir une palette de références qui nous ramenaient tout droit aux heures sombres de la guerre d’Algérie : le recours à l’état d’urgence, la capacité de l’appareil d’Etat et des forces de sécurité à quadriller un certain nombre de quartiers et d’empêcher les fixations de l’ennemi djihadiste dans certaines zones. Tout cela a nourri le spectre de la guerre civile qui hante notre société du fait du délitement du vivre-ensemble.

La nouvelle guerre d'Algérie n'aura pas lieu

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Les Russes ont inventé la centrale nucléaire flottante

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Centrale nucléaire flottante "Akademik Lomonosov", Russie, 28 avril 2018 © SIPA AP22195473_000001

Les Russes ont du génie. Ils ont inventé Tolstoï, la mélancolie, les lacs gelés, la vodka, mais aussi… la centrale nucléaire flottante. Après la grenade sans goupille et le siège éjectable pour hélicoptère, voilà l’une des choses les plus rassurantes au monde.

N’ayez pas peur, l’embarcation atomique, une sorte de grosse barge à fond plat, doit arriver prochainement dans le port sibérien de Pevek, à l’extrémité nord-est de la Sibérie, pour apporter lumière, chaleur et énergie industrielle. L’« Akademik Lomonosov » (c’est son nom) va remplacer une antique centrale de 1974, et pourra fournir de l’énergie pour l’équivalent d’une ville de 200 000 foyers.

Malgré les réticences du bon sens, et des pays voisins comme la Finlande, malgré les protestations des associations antinucléaires, les autorités russes assurent que la technologie est sûre. Et pour cause : les réacteurs atomiques utilisés sont de même type que ceux qui équipaient le sous-marin Koursk – qui a sombré en 2000 suite à une avarie matérielle…  Après le renflouement de l’épave, les réacteurs étaient restés quasi intacts et même prêts à l’usage. Qui sait d’ailleurs s’ils n’ont pas été installés sur ce vaisseau fantôme…

Une vérité qui dérange: le réchauffement climatique ralentit

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Un champ d'éoliennes en mer du Nord, 2012. ©SIPA, Numéro de reportage : 00647144_000011.

Déjà modeste au siècle dernier, le réchauffement de la planète a considérablement ralenti depuis vingt ans malgré le triplement de nos émissions de CO2 ces cinquante dernières années. 


 

Alors que l’Assemblée nationale vient de donner son feu vert pour que la préservation de l’environnement et la lutte contre les changements climatiques soient inscrits à l’article 1 de la Constitution, des scientifiques s’élèvent contre une mise sous tutelle idéologique de la pensée rationnelle.

La météo nous rend hystériques

Depuis une trentaine d’années, il nous est demandé de croire que nous vivons un épisode de réchauffement planétaire inquiétant causé par les émissions humaines de gaz carbonique (CO2). Chaque événement météorologique est désormais pesé à l’aune de cette prétendue menace, au prix d’exagérations qui seraient vite dénoncées si leur contexte n’était parfois si tragique. Ainsi de l’ouragan Irma sur lequel des chercheurs persuadés de l’apocalypse climatique ont cédé à l’affirmation de la culpabilité humaine, coupant court à toute réflexion sur ces événements qui ne sont pourtant ni nouveaux, ni statistiquement plus nombreux ou intenses qu’aux siècles passés.

Niveau des océans, températures, sécheresses, inondations, événements extrêmes, état de la banquise… Les données chiffrées précises sur l’état de la planète sont à la fois récentes et nombreuses. Il sera donc facile encore de nombreuses années de s’alarmer ici d’un « niveau jamais atteint », là d’une « conjoncture inédite ». Le tableau d’ensemble montre pourtant que nous ne vivons pas un épisode climatique si remarquable au regard d’une histoire dont l’échelle minimale est celle des siècles ou des millénaires.

Les prévisions d’Al Gore fondent plus que la banquise

Déjà modeste au siècle dernier, le réchauffement de la planète a considérablement ralenti depuis vingt ans, contrairement aux prévisions des modèles et malgré le triplement de nos émissions de CO2 ces cinquante dernières années. Seule la survenue en 2015 d’un phénomène météorologique (et non climatique) parfaitement naturel, El Niño, dont le pouvoir réchauffant est maintenant dissipé, a permis encore une fois aux marchands de peur de vendre leurs frissons de « records de température globale ».

Il faut se souvenir des prévisions d’Al Gore, formulées lors de sa réception du prix Nobel de la Paix en 2007, selon lesquelles la banquise arctique aurait dû fondre en totalité moins de dix ans plus tard. L’étendue de celle-ci a pourtant été de plus de 4,6 millions de kilomètres carrés lors de son minimum estival de septembre 2017, confirmant une tendance redevenue assez stable ces dernières années.

Des analyses satellitaires publiées en 2016 confirment par ailleurs un important verdissement de notre planète, essentiellement grâce à l’accroissement de la teneur atmosphérique en CO2. En trente ans, les feuilles des arbres et des plantes ont colonisé 18 millions de kilomètres carrés supplémentaires, l’équivalent de deux fois le Sahara. Une excellente nouvelle qui n’avait rien d’inattendu : il est connu depuis longtemps que, via le cycle de la photosynthèse, le gaz carbonique est le gaz de la vie.

Le climat a toujours varié

On pourrait multiplier les exemples à l’envi. Face à un climat qui varie comme il a toujours varié, tout indique que la politique la plus sage est celle de la simple adaptation progressive. Or les « solutions » proposées par l’orthodoxie dominante ont en commun leur coût pharaonique pour la société, leur aberration économique et, triste paradoxe, leurs effets délétères sur l’environnement.

La transition énergétique proposée en France a tout d’une impasse, qui va renchérir le prix de l’électricité au profit de sources d’approvisionnement intermittentes, donc instables et coûteuses. Les exemples de l’Australie (dont la vigoureuse politique d’énergies intermittentes a récemment conduit à plusieurs blackouts) et de l’Allemagne (dont l’électricité est deux fois plus chère que chez nous suite à l’Energiewende tandis que les émissions de CO2 par habitant y sont deux fois plus élevées) montrent que l’enthousiasme actuel pour la transition énergétique relève d’une pensée magique et non rationnelle.

Quel défenseur de l’environnement peut se satisfaire de ce que la loi sur la préservation de la biodiversité ne s’applique pas à l’installation d’éoliennes ? Comment justifier qu’un permis de construire soit nécessaire pour un abri de jardin de 6 m2, alors qu’il ne l’est pas pour une éolienne de 150 m de hauteur — trois fois l’Arc de triomphe ?

Des politiques climatiques vouées à l’échec

Enfin, selon les propres critères de ses promoteurs, les ambitieuses « politiques climatiques » n’ont aucune chance d’aboutir. Les efforts les plus coûteux de l’Union Européenne sous l’impulsion de son plan climat (au moins 20% du budget communautaire 2014-2020 !) ne peuvent avoir qu’un impact dérisoire compte tenu de la part modeste des émissions de l’UE, même en prenant pour argent comptant les scénarios et modèles climatiques en vogue. Un pays comme la Chine, qui émet autant que l’UE et les États-Unis réunis, aura d’ailleurs tôt fait de noyer nos malheureux efforts : rappelons que ce pays devenu le plus gros émetteur de gaz carbonique s’est, bon prince, engagé lors de l’Accord de Paris à limiter l’augmentation de ses émissions à partir… de 2030.

Il est donc temps de donner de la voix pour que cesse enfin l’alarmisme actuel. Le « consensus » proclamé est loin d’être démontré par la science. La planète en général, et nos pays en particulier, ont assez à faire avec de nombreux et graves problèmes bien réels pour que l’on évite de se focaliser sur une question encore scientifiquement si incertaine.

L’Assemblée gagnée par la peur

Chaque citoyen ne peut donc être qu’effaré autant qu’inquiet en constatant que l’affolement irrationnel ambiant a conduit la commission des lois de l’Assemblée nationale à proposer l’inscription de la lutte « contre les changements climatiques » dans l’emblématique article premier de la Constitution. Illustrant la triste confusion entre scientifique et politique qui s’est installée au sujet du climat, ce projet de révision doit sans tarder être combattu par tous ceux pour qui la Constitution n’a pas pour fonction de servir à afficher sa vertu, ni de se faire le réceptacle des peurs du moment. Il nous revient à tous d’interpeller le pouvoir législatif pour que ne soit pas défiguré ainsi le fronton de notre loi fondamentale.

Climat Investigation

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Signataires :

Jean-Claude Bernier (chimiste, professeur émérite à l’université de Strasbourg)
Pierre Darriulat (physicien, membre de l’Académie des sciences)
Reynald Du Berger (géophysicien, professeur titulaire retraité de l’université du Québec à Chicoutimi)
Jacques Duran (physicien, directeur honoraire des études à l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris)
François Gervais (physicien, professeur émérite à l’université de Tours)
Richard Lindzen (physicien de l’atmosphère, membre de l’Académie américaine des sciences, ancien titulaire de la chaire Alfred Sloan au Massachusetts Institute of Technology)
Henri Masson (spécialiste en gestion et technologies environnementales et énergétiques, professeur émérite à l’université d’Anvers)
Jean-Robert Pitte (géographe, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques)
Jean-Claude Pont (historien et philosophe des sciences, professeur honoraire à l’université de Genève)
Alain Préat (géologue, professeur à l’université libre de Bruxelles)
Rémy Prud’homme (économiste, professeur émérite à l’université Paris-Est)
Benoît Rittaud (mathématicien, maître de conférences à l’université Paris-13 Sorbonne Paris Cité)
Isabelle Rivals (statisticienne, maître de conférences à l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris)

Guyane: la mystérieuse montagne d’or

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Rassemblement hostile au projet Montagne d'Or organisé par le collectif Or de question, à Cayenne, le 16 juin 2018. ©SIPA, Numéro de reportage : 00864032_000001.

En novembre prochain, Emmanuel Macron devrait décider du lancement ou non de Montagne d’Or. Si ce projet pharaonique aboutissait, il donnerait naissance à la plus grande mine de l’histoire de la Guyane. Reportage


Le 26 octobre 2017, sur la place municipale de Maripasoula, Emmanuel Macron promettait des drones pour freiner l’orpaillage illégal en Guyane. Dans le même discours, il réaffirmait sa foi dans la Montagne d’Or, la mine qui promet de déposer le département-région sur les rails de la prospérité. Maripasoula ne fut pas choisi par hasard. Cette municipalité du petit ouest guyanais n’est accessible qu’en pirogue à moteur ou par un des coucous d’Air Guyane. Dans cette ville de 11 000 âmes, descendants de Boni (groupe de Noirs ayant fui l’esclavage de l’ancienne Guyane néerlandaise) côtoient amérindiens Wayana et métros (les blancs). Le taux de chômage officiel étant quasiment de 90%, le travail informel y est monnaie courante.

Un Guyanais sur quatre au chômage 

Bien plus au nord de cette ville encerclée de forêt et d’eau, à 120 km de Saint-Laurent-du-Maroni, le projet de mine légale divise les Guyanais. Avec une personne sur quatre au chômage, et le même taux vivotant au RSA, l’ancienne terre de bagnards devrait enfin briller grâce à l’or, « une ressource d’avenir » estime la compagnie Montagne d’Or, qui promet de  créer plus de 4000 emplois (directs et indirects cumulés). Tout le monde ne l’entend pas de cette oreille. Fin juillet, le secrétaire d’Etat à la transition écologique et solidaire Sébastien Lecornu, venu vanter les mérites de la mine du Far West, a été chaudement accueilli par des huées devant la préfecture de Cayenne. Raisins de la colère : le projet mettrait en danger mère nature, et ne permettrait pas de déperfuser le département-région.

Une mine au cœur en or ?

Contrairement aux mines illégales, restées fidèles à l’esprit des pionniers, la CMO (Compagnie Montagne d’Or)  ne prévoit ni eaux-de-vie, ni filles de joie, ni soirées enflammées pour ses chercheurs d’or. A contrario, le personnel serait logé dans une future « base vie », comprenant plus de 450 chambres et des structures de loisirs. Une main d’œuvre saine pour une mine saine ? C’est en tous cas ce qu’annonce l’entreprise, qui assure « s’être engagée à mener le projet selon une démarche responsable afin de favoriser son intégration dans l’environnement naturel et humain ». Résolument optimiste, le sénateur LREM Georges Patient promet dans les colonnes de l’Express une véritable « bouffée d’oxygène » grâce à ce projet « qui représentera 5,8 % d’emplois en plus à l’échelle de la région », se réjouit-il, avant d’ajouter que « la Guyane est peut-être l’endroit sur terre le plus respectueux de l’écologie ». Il faudrait demander aux Wayana du Haut-Maroni, dont l’eau est bourrée de mercure, ce qu’ils en pensent. Mais pour le sénateur, le risque environnemental étant moindre en comparaison des voisins brésiliens et surinamais, pas de quoi en faire des tonnes. Si la CMO admet un certain impact sur la faune, la mine vaut bien son pesant d’or : près de sept tonnes extraites par an sur douze ans. D’ailleurs, Léon Bertrand, le maire LR de Saint-Laurent-du-Maroni, y est également favorable.

Cyanure et explosifs

Chez les écolos et les défenseurs des peuples autochtones, on pense tout autrement. En ballade dans le Haut-Maroni, un militant du collectif « Or de question » me rappelait qu’en 2015, le Brésil a vécu une catastrophe écologique sans précédent dans le pays : un barrage de la compagnie minière Samarco cédait, entraînant une coulée de boue sur 650 kilomètres. Au menu des poissons, mercure et arsenic. La poisse n’a pas survécu, et un village a carrément disparu. Rapporté à la Guyane, un tel désastre minerait évidemment cette dernière, si elle s’en remet. Le WWF joue bien son rôle de Cassandre. L’association amie des bêtes dénonce un déboisement prévu de 1513 hectares de forêt et prévoit « un impact désastreux sur l’environnement » de la montagne, qui usera d’explosifs, de fuel et cyanure pour extraire le métal des dieux. 2000 espèces animales (et végétales) ayant été décelées sur le site par l’association, les oiseaux colorés iront gazouiller ailleurs, et les pumas guyanais les plus hardis pourraient bien décamper. Mollement mais sûrement, le ministre Nicolas Hulot a donc réitéré ses doutes en juin dernier : il juge « le projet surdimensionné », s’inquiète des risques environnementaux et dénonce un « miroir aux alouettes ».

Bons sauvages

Contrairement à leurs cousins éloignés des Andes ou du Mexique, les Amérindiens de l’Amazonie ne se sont jamais vraiment intéressés à l’or. Au XVIème siècle, l’empire Inca avait déjà élevé à Cuzco non pas une montagne, mais une « Maison d’Or » en l’honneur du Dieu du Soleil. A l’intérieur, des murs tout plaqués or et des chaises en or. En débarquant au Pérou, le conquérant espagnol Francisco Pizarro fut pris, bien avant nos émirs, d’une poussée de fièvre de l’or. Pour achever l’humiliation d’Atahualpa, dernier souverain des Inca, il lui en commanda un bloc de soixante-dix mètres cubes[tooltips content= »cf. Les conquistadors, Jean Descola »]1[/tooltips]. Chez les Amérindiens de Guyane en revanche, c’est une pierre verte, l’amazonite, qui valait de l’or. Lors de l’arrivée des explorateurs et colons français au XVIIème siècle, les pépites dorées se troquaient donc sans grands regrets contre des bouteilles de tafia. Mais après quatre siècles de colonisation et surtout, l’étrange sensation pour les Amérindiens guyanais d’être coincés entre deux mondes, les suicides y sont légion. La Montagne d’Or pourrait donc être l’once de trop. Dans les colonnes du Parisien, le chef coutumier d’un village amérindien, au nom bien de chez nous, Julien Pierre, a prévenu : « les industriels de Montagne d’Or vont profaner nos sites sacrées, les montagnes couronnées, et nos sépultures amérindiennes. Nous sommes prêts à prendre les armes pour défendre notre terre ».

Enrichir la Guyane ou les actionnaires ?

Qui dit or dit argent. La CMO se prévaut d’être « une entreprise guyanaise » basée à Rémire-Montjoly. Pour assurer l’exploitation industrielle de la montagne dorée, elle fait confiance à « des actionnaires expérimentés » : Norgold, qui nous vient des terres de Poutine et Colombus Gold, venue prêter main forte depuis le Canada. Cette dernière société « est cotée dans deux bourses » et « représente une capitalisation boursière de 50 millions d’euros », annonce le communiqué de presse de la CMO. Un cartel qui semble rouler sur l’or, donc. Mais qu’en est-il de la chaude et moite Guyane ? « L’activité minière est à haut risque, avec des investissements très importants, et des bénéfices qui dépendent des cours des matières premières » a confié le sénateur Georges Patient à l’Express. Le cours de l’or étant fragile en ce moment, la montagne pourrait bien accoucher d’une souris, comme dirait La Fontaine. WWF a avancé le nombre de 420 millions de subventions publiques, un montant que l’entreprise conteste. Quoiqu’il en soit, le porte-monnaie du contribuable contribue à l’industrie minière. Pour quels bénéfices ? Tandis que le président de Montagne d’Or promet « 3 milliards d’euros de retombées pour la Guyane », le WWF parle lui de « mirage économique ». La bataille des estimations est lancée.

Un des arguments avancés par les sympathisants du projet est que celui-ci pourrait faire décamper les chercheurs d’or clandestins. S’il semble être de bonne foi, pas sûr qu’il tienne la route. Dans ce qui s’appelait naguère le territoire de l’Inini, la société Auplata a ouvert la mine de Yaou, située à 12 km de Maripasoula. Comme dans un western, la mine a été braquée deux fois en 2013. Elle a donc fermé. Depuis, des groupes d’orpailleurs illégaux y débarquent à moto ou en quad. Ils explorent les trésors des alentours en s’y donnant à cœur joie.

Lors de sa visite en Guyane, le président a dit « souhaiter que la Guyane puisse réussir avec ses atouts, et ne pas souhaiter la mettre sous une cloche ». Certes, mais cela passe-t-il nécessairement par la quête de l’or ? Quid de l’agriculture ? Hormis chez les Mongs, qui sont installés à l’est, dans le village de Cacao, elle est quasi inexistante. Elle mériterait sans doute d’être développée, ce qui éviterait d’ailleurs à bien des Guyanais de se nourrir de tomates gavées de pesticides en provenance du Surinam. Le bois guyanais : le département-région, qui abonde de bois précieux, en est toujours réduit à importer son bois de Métropole, comme on dit là-bas. Et le tourisme ? Une flânerie aux marais de Kaw, à  Maripasoula où aux Îles du Salut vaut bien une montagne d’or. Plutôt que de nous ramener aux temps des conquistadors, le gouvernement serait bien inspiré de se pencher sur ces filons.

Non, Rokhaya Diallo, la laïcité n’opprime pas les musulmans!

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Rokhaya Diallo. ©SIPA, Numéro de reportage : 00736823_000042.

Alors que les Marocaines comme tant d’autres sont confrontées à des pressions croissantes pour les contraindre à porter le voile islamique, Rokhaya Diallo, la directrice du CCIF et leurs alliées se fendent d’une tribune soutenant le port du voile et accusant la laïcité d’être islamophobe.


 

Primo, à force de dire que la laïcité pose plus de problèmes à l’islam qu’à n’importe quelle autre religion, Mme Diallo ne fait in fine qu’accuser l’islam d’être structurellement incompatible avec les valeurs de la République.

Misère du décolonialisme

Passons aussi sur la proximité des combats « décoloniaux » avec les revendications de l’islam politique. Houria Bouteldja a écrit dans son livre manifeste Les Blancs, les Juifs et nous que la réconciliation entre les « races » ne pourrait selon elle se faire que par une islamisation généralisée : « Changez de Panthéon, c’est ainsi que nous ferons Histoire et Avenir ensemble. » « Alors, commençons par le commencement. Répétons-le autant que nécessaire : Allahou akbar ! » Rokhaya Diallo pouvant difficilement ignorer que les textes fondateurs de l’islam tout comme la législation de la quasi-totalité des pays musulmans bafouent les valeurs qu’elle prétend défendre, on ne que soupçonner que sa cause est surtout un masque soit de la haine de l’Occident, soit de l’islamisme.

Au moins cette tribune reconnaît-elle que le voile est un signe religieux, et ne tente pas de le faire passer pour un simple « marqueur de féminité » au même titre que la mini-jupe, ce qui était jusqu’ici la position défendue par Rokhaya Diallo.

Là où elle écrit : « La neutralité demeure bien entendu un principe clé de nos sociétés. On ne peut néanmoins pas déconnecter son usage actuel ainsi que ces politiques restrictives du contexte de suspicion généralisée envers les musulmans…. » on pourrait répondre que « la liberté de choisir ses vêtements demeure bien entendu un principe clé de nos sociétés. On ne peut néanmoins pas déconnecter son usage actuel, ainsi que ces actions de défense du port du voile islamique, du contexte d’offensive généralisée de l’islam politique contre les sociétés ouvertes et les droits des femmes. » Souad Ayada en parle de façon éclairante, avec un recul historique bienvenu.

L’impasse du « féminisme » voilé

Lorsque l’on prétend défendre les droits des femmes, peut-on faire semblant d’ignorer ce que l’islam et plus encore l’islam politique enseignent à leur sujet ? Une femme portant le voile est comme une femme qui arborerait un t-shirt sur lequel serait écrit, sans ironie, « Les femmes ne doivent pas avoir les mêmes droits que les hommes. » Cela ne poserait-il aucun problème, en particulier dans les services publics ou pour encadrer des enfants ?

Il est temps d’ailleurs de nous interroger sur la neutralité de l’État. L’objectivité de l’État est indispensable, mais sa neutralité ne finit-elle pas par devenir le paravent de la lâcheté ? Faut-il interdire tous les T-shirt arborant des slogans pour éviter que quelqu’un s’exhibe avec un T-shirt vantant la soumission des femmes ? Les mots magiques « c’est religieux » doivent-ils interdire de distinguer une idéologie qui respecte les valeurs de la République d’une idéologie qui les combat ? Ou ne vaudrait-il pas mieux assumer que notre société repose sur une grande liberté mais aussi sur des principes non négociables, d’ailleurs garants de cette liberté, et que s’il est parfaitement légal d’être en désaccord avec ces principes, l’afficher ostensiblement n’a pas à être autorisé partout ni tout le temps ?

Triste révélateur marocain

Au Maroc, pour pousser les hommes à obliger les femmes à se voiler, certains utilisent des arguments révélateurs : « Soyez un homme et ne les laissez pas porter une robe honteuse qui séduit les musulmans et rend difficile le fait de leur tourner le dos. » ou « Ne les laissez pas porter une robe honteuse qui séduit les musulmans et les rend en colère ». J’ignorais que « les musulmans » avaient tant de mal à refréner leurs pulsions, ou étaient incapables de voir qu’une femme est désirable tout en la considérant comme une personne, et je crois plutôt que les promoteurs de cette campagne projettent leur propre immaturité sur leurs coreligionnaires – même si, hélas, une grande majorité de marocains (72%) et plus encore de marocaines (78%) estimeraient qu’une « femme habillée de façon provocante mérite d’être harcelée ».

Reste que nous devons nous aussi balayer devant notre porte. Chaque fois que nous qualifions un vêtement féminin de « provocant », les droits des femmes régressent, tout comme l’image des hommes supposés avoir moins de maîtrise d’eux-mêmes que la plupart des animaux sociaux. Qu’une femme soit belle et le laisse voir au point qu’il me soit « difficile de lui tourner le dos » ne me donne aucun droit sur elle.

Si elles ne sont pas des viols et n’en ont pas la gravité (de même qu’une blessure volontaire n’a pas la gravité d’un meurtre), les agressions du soir de la finale sont odieuses. L’ambiance du moment ne saurait leur servir d’excuse, renoncer à être un individu pour s’abandonner aux mouvements d’une populace est un choix qu’il faut assumer. Pas d’excuse non plus en évoquant des tenues que d’aucuns jugeraient trop légères.

Le désir est légitime, pas la convoitise avide 

Puis-je m’emparer de toute œuvre d’art que je vois ? Bien sûr que non. Que la beauté se montre ne me donne nullement le droit de prétendre user d’elle à ma guise. Que la magnificence des étoiles me fasse don de sa splendeur ne justifierait pas que j’aie l’arrogance de posséder les astres. Qu’une femme montre sa beauté fait de cette beauté un don que grâce à elle nous recevons du monde, mais ne nous donne aucun droit sur elle – et ne la réduit pas à cette beauté, pour merveilleuse qu’elle puisse être. Plutarque s’émerveillait déjà de la capacité de la beauté à élever l’âme[tooltips content= »Erotikos, Dialogue sur l’amour« ]1[/tooltips][1]. N’est-il pas fantastique qu’elle soit magnifiée par une personnalité, une présence qui l’habite, en même temps qu’elle rend perceptible à nos sens la plénitude de cette présence de l’autre ?

François Cheng, qui parle magnifiquement de la beauté, écrit – en le lisant, je pense aux portraits que réalise Matthieu Ricard, ou à ces iraniennes cheveux au vent, ces femmes toutes sublimes car toutes sublimées par leur courage et leur amour de la liberté et de la joie : « Tout visage humain, quand il est habité par la bonté, est beau. […] La bonté est garante de la qualité de la beauté ; la beauté, elle, irradie la bonté et la rend désirable. […] Notre regard qui perçoit la beauté et notre cœur qui s’émeut de la beauté donnent un sens à ce que l’univers offre comme beauté, et, du même coup, l’univers prend sens et nous prenons sens avec lui. »[tooltips content= »Œil ouvert et cœur battant, Comment envisager et dévisager la beauté »]2[/tooltips]

Que la même beauté puisse à la fois donner sens à l’infini du ciel et toucher les entrailles de notre animalité, n’est-ce pas un miracle ? Unir en nous l’ange et la bête en un même saisissement à la fois spirituel et charnel, une même admiration, un même désir.

Le désir est légitime, la convoitise avide ne l’est pas. Au contraire même, le désir oblige ceux – ou celles – qui l’éprouvent. Il est lui-même un don, il fait se sentir pleinement vivant, et si on ne peut ni ne doit essayer de le maîtriser, on peut et on doit maîtriser ce que l’on fait sous son influence.

La tyrannie du désir conduit au pire

Il est dangereux et absurde de dévaloriser le désir, en l’assimilant à certains des comportements qu’il peut inspirer : on en vient à nier la conscience, le libre-arbitre et le choix.

Pas plus que les femmes n’ont à se laisser définir par le désir et les attentes des hommes, les hommes n’ont à se laisser définir, ni à laisser définir leurs désirs, par le désir et les attentes des femmes. Évidemment, si l’on n’est pas désirable il ne faut pas s’étonner de ne pas être désiré…. Mais si une femme est une personne, si faire d’elle l’objet du désir ne doit jamais conduire à la traiter comme un objet, il en va de même d’un homme, dont une femme ne peut pas légitimement attendre que sa masculinité, sa virilité, ne s’éveille que sur commande (éveillé ne voulant pas dire débridé…). S’il existe des jouets pour adultes disposant d’un bouton on/off, les êtres humains n’en font pas partie.

Toute liberté s’accompagnant de responsabilité, il faut mettre autant de passion et de détermination à maîtriser son comportement qu’à revendiquer la liberté de son désir.

Et tout comme je suis libre de désirer, l’autre est libre de susciter mon désir, je ne saurais lui en faire grief. Et, pour ma part, je ne saurais rester sans réagir lorsque certains osent prétendre soutenir les femmes en revendiquant le « droit » de leur reprocher d’être belles et de les obliger à le cacher.

Mieux vaudrait, et de loin, œuvrer pour qu’elles puissent le montrer en toute sécurité et en toute sérénité !

 

Norvège, l’amour au temps du chlamydia

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© D.R.

Depuis quelques semaines, les voyageurs qui débarquent en gare d’Oslo ont droit à un message de bienvenue pas piqué des vers : « Bienvenue en Norvège, le pays des chlamydiae. » Cette publicité rigolote pour les préservatifs montre un jeune couple de Vikings posant en costume traditionnel au milieu des fjords sans afficher aucun signe de maladie. Paradoxe ? Si la bactérie Chlamydiæ trachomatis est l’infection sexuellement transmissible la plus courante chez les jeunes, cette chtouille particulièrement vicieuse ne provoque souvent aucun symptôme détectable.

Vous me direz que tout ceci nous éloigne du charme discret de la Scandinavie. C’est aussi l’avis de l’Office du tourisme norvégien qui, craignant ses dégâts sur l’image du pays, a qualifié cette campagne sanitaire d’« obscène ». Pas question de faire passer les Norvégiens pour des « zobsédés » ! Sans aller jusqu’à cette extrémité, rappelons que le préservatif est peu utilisé au pays de Munch, causant 26 000 cas de chlamydia par an sur une population totale de 5,5 millions d’habitants.

Un bilan de santé aussi accablant nous fait questionner les mœurs locales. N’écoutant que son courage, L’Obs a enquêté dans cette contrée où la femme propose et dispose. Un homosexuel témoigne ainsi s’être fait draguer par des filles à Oslo, qui lui ont rétorqué : « Je me fous que tu sois gay, je veux juste prendre du plaisir ! »

Évidemment, les sujets du roi Harald V n’ont pas plus le monopole du libertinage que celui des MST. Dans l’excellente série britannique Lovesick, le héros souffrant de chlamydia tire prétexte de sa maladie pour renouer avec ses anciennes conquêtes. Y aurait-il des Norvégiennes dans le lot ?

Libye: « l’accord historique » n’a rien résolu

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Accord de Paris inter-libyen, à l'Elysée, Paris, Sipa. Numéro de reportage : AP22206981_000014.

Après avoir raté la réconciliation malienne, la France échoue sur la Libye. Et Rome reprend la main.


 

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Après les erreurs de la France au Mali, l’Italie pointe celles de Macron sur la Libye : l’Italie ne reconnaît plus le prétendu accord de Paris du 29 mai…

Décidément, l’Italie semble se poser en homme fort de l’Europe. Un pays fort de la majorité politique qui paraît suivre ce gouvernement tellement improbable il y a trois mois, pendant que d’autres pays sont faibles de leurs politiciens minoritaires et dépassés. En deux mois le gouvernement, Conte a démantibulé, dans l’apathie générale, une grande partie des principes bruxellois (sur le traitement de la crise migratoire, la relation avec Trump, la mondialisation, les critères fiscaux, sociaux et budgétaires, les sanctions contre la Russie ; peut être même bientôt la monnaie ?). Le gouvernement Conte a peu apprécié la condamnation élyséenne du supposé « populisme » italien alors que ce gouvernement était encore paralysé par la mauvaise volonté du président Matarella. Le match perdu de Macron face à un Conte goguenard et dominateur lors de la rencontre des deux hommes le 15 juin n’avait, semble-t-il pas suffi, à étancher la soif de revanche des Italiens.

L’accord de Paris caduque 

Car voici que, par la voix de l’ambassadeur d’Italie en Libye, Giuseppe Perrone, lors de sa visite à Zentan, on apprend que son pays ne reconnaît que le plan de route de l’ONU pour la Libye. Et, a contrario, ne reconnaît donc plus l’accord de Paris du 29 mai prévoyant la tenue d’élections en Libye le 10 décembre. L’Italie a, en effet, une relation spéciale et forte avec la Libye, qu’elle arracha de force à l’empire ottoman en 1911, jusqu’en 1947. Et l’intrusion de la France dans la politique libyenne agace les Italiens : tant l’attaque militaire française décidée par Sarkozy que, et surtout, le laisser-pourrir qui s’en est suivi. Puis l’indélicatesse et la gloriole de Macron lors des accords de Paris le 29 mai, trois jours avant la prise de fonctions de Conte…

Macron avait proclamé « un accord historique pour de prochaines élections en Libye ». Or les partenaires libyens de l’Italie ne veulent pas de cet accord et d’ailleurs n’en ont jamais voulu. D’ailleurs le 29 mai, contrairement au scénario idéal, les frères ennemis libyens -Sarraj et Haftar – se sont abstenus de signer… Comme ils s’étaient abstenus le 25 juillet dernier à La Celle Saint Cloud (où pourtant, en 1955, d’autres accords reconnaissaient le retour de Mohamed V et indépendance pleine du Maroc). Que pouvait valoir un accord non signé par les principaux acteurs ? Combien a coûté cette mise en majesté où on avait convié le maréchal Khalifa Haftar, le président de la Chambre des représentants, Aguila Salah, le leader du gouvernement « d’entente nationale », Fayez Al Sarraj, le nouveau président du Haut Conseil d’État, Khaled al-Mechri, Ghassan Salamé, représentant du secrétaire général des Nations unies dans l’ex-Jamahiriya, ainsi que des émissaires venus d’une vingtaine de pays, des envoyés de l’Union africaine, de l’Union européenne et de la Ligue arabe. On fixa même la date des élections générales au 10 décembre prochain.
Mais on avait « oublié » de persuader les émissaires de la ville de Misrata, base de puissantes milices, de participer à la conférence avec la même considération que les frères ennemis Sarraj/Haftar : Misrata a boycotté la conférence. Et Misrata coupe la Libye en deux…

Scénario libyen

En dépit des photos où Emmanuel Macron étreint affectueusement le maréchal Haftar, les fins connaisseurs de la situation libyenne faisaient, dès le lendemain, état de leurs doutes sur le caractère réaliste voire sensé des « accords de Paris ».

Courant juillet, la ministre de la Défense italienne, la sage et expérimentée Elisabetta Trenta, indiquait que « l’accélération du processus électoral n’apportera pas la stabilité en Libye si elle n’est pas accompagnée d’une réconciliation globale ». Au fond, les mêmes critiques pertinentes que l’on peut diriger contre la ligne Fabius sur le Mali. Car Conte considère qu’il revient à l’Italie de diriger le dossier libyen, notamment en septembre prochain lors d’un conférence internationale sur la Libye, en Italie. Il sera plaisant de voir si E.Macron s’y rend ; à Canossa ?

Sur le terrain, les violences sont permanentes, le trafic d’armes et d’êtres humains est très important. La Libye reste divisée entre d’une part le gouvernement d’union nationale (GNA) reconnu par la communauté internationale, installé à Tripoli après les accords de paix de Skhirat de 2015, et, d’autre part un gouvernement parallèle dans l’est du pays soutenu par le maréchal Haftar, avec la faveur de l’Égypte. Y aura-t-il des élections générales dans quatre mois ?

Libérez Kaaris et Booba!

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Le rappeur Booba. Sipa. Numéro de reportage : 00617062_000004.

On nous répète assez que les policiers sont fatigués du laxisme avec lequel les tribunaux traitent les damnés sacripants qui sèment la zizanie dans nos quartiers. Selon la célèbre formule : « On les interpelle et le lendemain, ils sont dehors ».
Booba et Kaaris ne sont pas dehors. Pourtant, ils n’ont agressé personne, ou plutôt, ils n’ont agressé qu’eux-mêmes. Le sort des deux quadragénaires ne fait courir aucun danger à la paix sociale, il ne mettra pas le feu aux banlieues. Alors Kaaris et Booba paient pour les autres.

L’affrontement entre leurs deux bandes n’a causé que des dégâts matériels ; les dommages physiques dont souffrent les combattants de part et d’autre sont très légers. Aucun blessé grave, aucune victime collatérale. Du verre cassé, c’est tout. Du verre qui coûte cher, certes, quand c’est un Jean-Paul Gaultier à 60 euros le flacon. Mais tout de même : n’est-il pas évident qu’une bagarre en plein hall d’aéroport aurait pu, aurait dû, faire bien plus de dégâts, notamment chez les combattants eux-mêmes ?

Médias et justice se rendent complices d’un coup de com’ bien orchestré, voilà tout.

Lisez la suite sur le blog de l’article d’Ingrid Riocreux.

Multiculturalistes, ne confondez pas race et culture!

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Théâtre municipal de Rio, 18 décembre 2017. ©SIPA, Numéro de reportage : 00836685_000010.

Il serait temps que les apôtres de la diversité comprennent qu’ils sont souvent bien plus racistes que leurs adversaires. Comme le savent pertinemment les Sud-Américains, cultures et religions sont pas synonyme de race.


« Raciste, vous êtes raciste, vous critiquez le multiculturalisme ». C’est devenu l’accusation suprême, l’argument de vente des champions exaltés de la diversité. C’est le cri de ralliement des bien-pensants et le mantra rhétorique de la gauche anti-laïque. Paravent argumentaire, étendard de la vertu, devise de la nouvelle inquisition, on la brandit devant l’autre pour témoigner de sa foi. C’est le bunker dans lequel on se blottit pour ne pas avoir à débattre. La tranchée dans laquelle on se glisse pour rester au chaud entre copains.

Il serait pourtant grand temps que les apôtres de la diversité comprennent que ce sont souvent eux, les plus racistes. Les cultures et les religions ne se confondent pas avec les races. Loin de faire les nuances qui s’imposent, les multiculturalistes font des amalgames énormes et grotesques, réussissant à nous convaincre de l’inséparabilité d’une tradition particulière à l’ADN d’une personne. Ainsi, critiquer l’islamisme serait raciste, alors que l’islam est une religion pratiquée par des gens de toutes les couleurs. Multiculturalistes et racistes, même combat ! Les deux camps baignent dans l’essentialisme.

Critiquer une culture n’est pas raciste

Les sociétés multiethniques seraient donc toujours multiculturelles, et vice-versa, jamais les étrangers ne pourraient s’intégrer à l’Occident, car ils seraient prédestinés à répéter ce qu’ont fait leurs exotiques ancêtres. Un Blanc ne pourrait pas écouter de rap et un Noir de musique classique, ou alors ils feraient preuve « d’appropriation culturelle ». Pas de partage, rien en commun. Pas de chiffres arabes pour les chrétiens ni de technologie de pointe pour les musulmans. Le multiculturalisme fait l’apologie de la réclusion identitaire. Le monoculturalisme serait impossible dans tout pays multiethnique.

En suivant cette logique, il faudrait que les groupes restent purs, immaculés, isolés les uns des autres. Au sein d’une société faussement libérale encourageant l’endogamie. Impossible de remettre en cause une pratique culturelle, car elle reflèterait la couleur de peau des personnes qui lui donnent vie. Telle est la logique d’un multiculturalisme qu’on s’acharne pourtant à déguiser en progrès. La culture serait le prolongement de la nature, malgré 2000 ans de philosophie occidentale ayant prétendu le contraire.

Le sexe est toujours plus fort que l’idéologie

L’Amérique latine montre que cette vision des choses n’est pas universelle, sinon dépassée. Dans leur ensemble, les sociétés latino-américaines sont les plus métissées au monde. Dans son étude exceptionnelle sur la formation de la société brésilienne, l’écrivain et sociologue Gilberto Freyre note que l’appétit sexuel des Portugais a favorisé l’établissement d’une société excessivement composite sur le plan ethnique, mais pas nécessairement fragmentée sur le plan culturel. Les débuts de la mondialisation, c’est la colonisation des Amériques. L’impérialisme est indissociable de toutes ces unions lascives, de toutes ces synthèses érotiques qui ont forgé un continent.

A lire aussi : Pourquoi l’esprit latin est plus fort que le néo-féminisme

Vous n’avez qu’à vous balader à La Havane ou à débarquer au Brésil pour constater à quel point le commerce triangulaire a produit d’intenses mélanges. Vous pouvez aussi admirer les canons vénézuéliens et colombiens pour comprendre. Le croisement des peuples a fait des femmes dont les yeux brûlent plus fort que l’enfer. N’en déplaise aux partisans d’une certaine pureté raciale (de gauche et de droite) : le sexe est toujours fort que l’idéologie. Les dogmes restent à l’extérieur de la chambre à coucher.

L’unité profonde des pays latinos-américains

Malgré leur caractère multiethnique et le projet de certains intellectuels de gauche de les « multiculturaliser », on trouve encore une forte unité culturelle dans les pays latino-américains, ce qui fait aujourd’hui défaut aux démocraties occidentales. Les pays latinos ne sont pas du tout épargnés par le phénomène du racisme, mais culturellement, ils sont beaucoup moins divisés que les pays européens rongés par le communautarisme. Point d’apartheid religieux orchestré par les vertueux tenants du vivre-séparé.

Contrairement aux intellectuels qui pensent ironiquement favoriser l’intégration, l’Amérique latine a dépassé le stade de la naturalisation de la culture, de l’essentialisation des identités. Dans ces sociétés multicolores où la séduction l’emporte encore sur notre décadence progressiste, la culture est un fait transversal et le politique existe encore. Certes, les centaines de nuances de peau ne sont pas toujours ignorées, mais le mariage des origines est depuis longtemps consommé. L’Amérique latine est le laboratoire d’une expérience inédite. Elle est probablement le prototype des sociétés de demain.

Aussi étrange que cela puisse paraître, les sociétés latino-américaines ont quelque chose à nous apprendre. Elles sont loin d’être parfaites (la répartition de la richesse est très inégale), mais elles nous permettent de retourner le problème de l’intégration pour y voir plus clair. Qui dit plusieurs races ne veut pas toujours dire plusieurs identités. S’il y a bien des cultures en France, comme l’a déjà affirmé Emmanuel Macron, y en-a-t-il vraiment autant à Cuba, en Colombie et au Brésil ? Comme le veut la formule, el pueblo unido jamás será vencido[tooltips content= » »Le peuple uni ne sera jamais vaincu. » »]*[/tooltips].

Les âmes mortes du Donbass

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© D.R.

Depuis son déclenchement au printemps 2014, la guerre dans l’est de l’Ukraine (Donbass) n’en finit plus. Signés en pure perte par Kiev et Moscou, les protocoles de Minsk I et II n’ont guère pacifié cette zone grise partagée entre pouvoir ukrainien et petites républiques séparatistes prorusses. Et la guerre de l’information fait rage. D’après l’ONU, les hostilités auraient emporté 2 725 civils en quatre ans. L’Ukraine revendique 3 784 soldats tombés au champ d’honneur, mais aussi 8 500 blessés et 554 vétérans suicidés après leur démobilisation. Côté séparatiste, on évalue entre 3 800 et 4 800 le nombre de pertes, sur un total de 33 500 partisans armés.

Si un point fait consensus entre les parties, c’est la violation des 13 clauses du protocole de Minsk II (février 2015). Piétiné sitôt signé, le cessez-le-feu n’a pas permis d’échanges réguliers de prisonniers ni même interrompu l’emploi des armes lourdes. Sur le plan politique, le processus de paix est au point mort : l’Ukraine n’a pas recouvré le contrôle de ses frontières tandis que les condottieres de l’Est, toujours appuyés par des milliers de volontaires russes, n’ont obtenu ni l’amnistie ni l’autonomie qu’ils réclamaient.

Signe des temps, les autorités de Kiev ont récemment changé de rhétorique. La lutte qu’elles livrent à Vladimir Poutine à travers ses pantins ne s’embarrasse plus d’euphémisme. C’est désormais sous la conduite de l’état-major et du président de la République Petro Perochenko que se mène cette guerre qui ne craint plus de dire son nom ni de nommer son ennemi (russe). Malgré son statut de commandeur des armées, l’oligarque « roi du chocolat » culmine à 8 % de popularité et retournera vraisemblablement à ses confiseries après l’élection présidentielle de mars 2019. En Ukraine, les âmes mortes se ramassent à la pelle, les souvenirs et les regrets aussi.

« Il y a un nombre non-négligeable de descendants de harkis parmi les radicalisés »

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Mehdi Nemmouche, accusé d'être l'auteur d'une fusillade au Musée Juif de Belgique, ici à la cour d'appel de Versailles, le 12 juin 2014 ©SIPA Auteur : Benoit Numéro de reportage : AP22130085_000001

Mi-juillet, la conseillère départementale LREM Mounia Haddad, 29 ans, a été séquestrée deux jours durant par sa famille d’origine algérienne. Celle-ci n’acceptait pas son projet de mariage avec un descendant de harki. Après avoir décortiqué les structures anthropologiques de l’immigration algérienne, le politologue Jérôme Fourquet se penche sur les traces que la guerre d’Algérie a laissées dans notre société. Dans la France en proie au terrorisme, héritiers des harkis, pieds-noirs et combattants du FLN brassent des imaginaires concurrents. Entretien (2/2)


 

Retrouvez la première partie de cet entretien ici.

Daoud Boughezala. Cinquante-six ans après la signature des accords d’Evian, alors que l’affaire Mounia Haddad révèle la potentielle rivalité entre descendants de harkis et familles FLN, quels rapports entretiennent ces deux sous-groupes de l’immigration algérienne en France ?

Jérôme Fourquet. Dans certaines familles d’origine algérienne, la mémoire héroïque de l’engagement des parents ou grands-parents dans la lutte d’indépendance continue d’être amplement entretenue. Cela peut  s’accompagner d’un rapport ambigu à la France mais surtout d’un rejet et d’une stigmatisation des harkis. Abdelghani Merah raconte comment sa fratrie a baigné dans un discours de rejet de la France, ancienne puissance coloniale. Ce n’est peut-être pas non plus un total hasard si son frère Mohamed a ciblé trois militaires français d’origine maghrébine.

En parallèle, comme l’a noté Gilles Kepel, il y a un nombre non-négligeable d’enfants et de petits-enfants de harkis parmi les musulmans radicalisés, à l’instar de Mehdi Nemmouche, le tueur du musée juif de Bruxelles. On observe une sorte de retournement de stigmate : des familles méprisées parce qu’elles étaient dans le camp des perdants et considérées comme des traîtres à la cause surinvestissent leur identité musulmane. Consciente ou non, cette revanche symbolique peut les amener à entrer dans une course au plus pur.

Pour la gauche empreinte du schéma binaire dominant/dominé, les harkis étaient du mauvais côté de l’histoire.

Dans votre essai co-écrit avec Nicolas Lebourg La nouvelle guerre d’Algérie n’aura pas lieu, (Fondation Jean Jaurès, 2017) vous soulignez le rôle pionnier qu’ont joué les enfants des enfants de harkis dans la construction de l’islam de France et dans la Marche des beurs (1983). Pourtant, leur cause est plus souvent défendue par le Front national que dans la mouvance antiraciste. Comment expliquez-vous cette occultation ?

Chaque cause politique doit être intégrée dans une grille de lecture historique ou un schéma plus large. Traditionnellement, le FN et une partie de la droite ont toujours eu à cœur de défendre la cause des rapatriés ainsi que celle des harkis. Parmi les figures emblématiques de cette famille de pensée, on trouve Jeannette Bougrab. Dans l’autre camp, la matrice idéologique et historique de la gauche l’inclinait en revanche à glorifier le FLN pour s’inscrire dans la tradition des porteurs de valises et des manifestants de Charonne. Cette inscription symbolique s’est prolongée après la décolonisation dans les combats antiracistes et dans la lutte pour l’intégration. La cause harkie s’insérait mal dans ce schéma global car avec son surmoi marxiste, la gauche entendait se placer du côté des opprimés. Pour la gauche empreinte du schéma binaire dominant/dominé, les harkis étaient du mauvais côté de l’histoire.

Le cas des harkis renvoie en effet à la mauvaise conscience du gaullisme et de la droite.

Abandonnés par la France, parqués dans des camps de transit, les harkis n’ont obtenu que très tardivement des excuses officielles des autorités françaises, par la voix des présidents Sarkozy puis Hollande. Ont-ils été enfin intégrés au grand récit national ?

Sans doute davantage que par le passé. La société française a mis des décennies à digérer les années de la guerre d’Algérie. De la même manière qu’il a fallu attendre les années 1970/80 pour qu’on porte un autre regard que le mythe gaullo-communiste sur l’Occupation et la Résistance, il a fallu patienter jusqu’aux années 2000 pour qu’on s’intéresse de nouveau à ce sujet de la guerre d’Algérie qui a coupé le pays en deux et qui est longtemps resté occulté notamment pour ce qui est de la question des harkis.

Le cas des harkis renvoie en effet à la mauvaise conscience du gaullisme et de la droite. De Gaulle avait en effet donné l’ordre de désarmer les harkas tandis que les fellaghas se préparaient à les massacrer. Symétriquement, par parti pris pro-indépendance de l’Algérie, la gauche aussi s’est totalement désintéressée de cette population et de ses descendants après leur immigration, malgré leurs conditions de vie inacceptables. Dans ces conditions, le combat des harkis a été investi par le Front national.

Dans la guerre des mémoires, chacun a choisi ses Arabes : le FN les harkis, la gauche les descendants des indépendantistes.

Le FN s’est-il approprié la cause harkie par opportunisme électoral ?

Pour le FN, il s’agit d’abord de rester fidèle au combat pour l’Algérie française. Dans ce cadre, l’empathie des frontistes va logiquement aux harkis, qui furent longtemps les parias de la République. Par ailleurs, ils peuvent ainsi afficher une sensibilité patriotique qui n’est du coup clairement pas basée sur un critère ethnique. Dans la guerre des mémoires, en substance, chacun a choisi ses Arabes : le FN les harkis, la gauche les descendants des indépendantistes.

C’est dire si la guerre d’Algérie semble encore dans toutes les têtes. Depuis la vague terroriste de 2015, les autorités craignent-elles la résurgence d’un début de guerre civile comme l’hexagone en a connu entre 1958 et 1962 lorsque FLN et OAS y multipliaient les attentats ?

Le directeur de la DGSI Patrick Calvar semblait effectivement préoccupé par une hypothétique guerre civile opposant djihadistes et éléments violents d’ultradroite. De son côté, la sphère la plus identitaire de la droite conjecturait une nouvelle guerre d’Algérie, en se basant sur des références telles que la Toussaint Rouge, pendant que les théoriciens du djihad comme Abu Moussab Al-Souri spéculaient depuis des années sur l’opportunité d’embraser les sociétés européennes. Pour Daech, le but du jeu était de créer la guerre civile en commettant des attentats marquants susceptibles de dresser les communautés les unes contre les autres. Par le déclenchement d’un cycle provocation-répression, l’objectif était de fragmenter petit à petit la société française, notamment géographiquement, entre musulmans et mécréants. Craignant la réalisation de ce scénario, Calvar avait prédit que la société française allait de grands risques de vaciller entre fin 2015 et 2016.

Si Daech était parvenu à mettre la société française sous pression, on aurait peut-être eu une sortie de route.

Mauvaise pioche ! Malgré des attentats en série, la société française n’a pas basculé dans la violence…

On a quand même connu un petit moment de flottement en 2016. Souvenez-vous de ce qui est arrivé en Corse, l’une des parties du territoire les plus sensibles à ces problématiques : la ratonnade des jardins de l’empereur d’Ajaccio en décembre 2015, quelques semaines après les attentats du Bataclan et des terrasses parisiennes ; puis les affrontements ethniques de Sisco survenus en août 2016, deux semaines après l’assassinat du père Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray.

Mais depuis l’attaque de Nice en juillet 2016, il n’y a plus eu d’attentat terroriste de grande ampleur dans l’hexagone. On peut penser que, si l’appareil de Daech était parvenu à mettre la société française sous pression, on aurait peut-être eu une sortie de route.

Au moment des attentats, on a vu resurgir une palette de références qui nous ramenaient tout droit aux heures sombres de la guerre d’Algérie.

Avec 250 morts en trois ans, le bilan du terrorisme djihadiste sur le sol français n’a rien à envier aux exactions du FLN…

Au-delà de ce triste bilan humain, il reste un fossé entre les capacités organisationnelles dont disposait l’appareil politico-militaire du FLN en France et celles des djihadistes présents dans l’hexagone. A l’époque, en quelques semaines, le FLN avait perpétré des centaines d’attentats partout sur le territoire de la métropole, y compris contre des équipements économiques (voies de chemin de fer, dépôts pétroliers etc..).

Le niveau de menace est donc objectivement moins élevé qu’à l’époque. Reste qu’au moment des attentats, on a vu resurgir une palette de références qui nous ramenaient tout droit aux heures sombres de la guerre d’Algérie : le recours à l’état d’urgence, la capacité de l’appareil d’Etat et des forces de sécurité à quadriller un certain nombre de quartiers et d’empêcher les fixations de l’ennemi djihadiste dans certaines zones. Tout cela a nourri le spectre de la guerre civile qui hante notre société du fait du délitement du vivre-ensemble.

La nouvelle guerre d'Algérie n'aura pas lieu

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