Il serait temps que les apôtres de la diversité comprennent qu’ils sont souvent bien plus racistes que leurs adversaires. Comme le savent pertinemment les Sud-Américains, cultures et religions sont pas synonyme de race.


« Raciste, vous êtes raciste, vous critiquez le multiculturalisme ». C’est devenu l’accusation suprême, l’argument de vente des champions exaltés de la diversité. C’est le cri de ralliement des bien-pensants et le mantra rhétorique de la gauche anti-laïque. Paravent argumentaire, étendard de la vertu, devise de la nouvelle inquisition, on la brandit devant l’autre pour témoigner de sa foi. C’est le bunker dans lequel on se blottit pour ne pas avoir à débattre. La tranchée dans laquelle on se glisse pour rester au chaud entre copains.

Il serait pourtant grand temps que les apôtres de la diversité comprennent que ce sont souvent eux, les plus racistes. Les cultures et les religions ne se confondent pas avec les races. Loin de faire les nuances qui s’imposent, les multiculturalistes font des amalgames énormes et grotesques, réussissant à nous convaincre de l’inséparabilité d’une tradition particulière à l’ADN d’une personne. Ainsi, critiquer l’islamisme serait raciste, alors que l’islam est une religion pratiquée par des gens de toutes les couleurs. Multiculturalistes et racistes, même combat ! Les deux camps baignent dans l’essentialisme.

Critiquer une culture n’est pas raciste

Les sociétés multiethniques seraient donc toujours multiculturelles, et vice-versa, jamais les étrangers ne pourraient s’intégrer à l’Occident, car ils seraient prédestinés à répéter ce qu’ont fait leurs exotiques ancêtres. Un Blanc ne pourrait pas écouter de rap et un Noir de musique classique, ou alors ils feraient preuve « d’appropriation culturelle ». Pas de partage, rien en commun. Pas de chiffres arabes pour les chrétiens ni de technologie de pointe pour les musulmans. Le multiculturalisme fait l’apologie de la réclusion identitaire. Le monoculturalisme serait impossible dans tout pays multiethnique.

En suivant cette logique, il faudrait que les groupes restent purs, immaculés, isolés les uns des autres. Au sein d’une société faussement libérale encourageant l’endogamie. Impossible de remettre en cause une pratique culturelle, car elle reflèterait la couleur de peau des personnes qui lui donnent vie. Telle est la logique d’un multiculturalisme qu’on s’acharne pourtant à déguiser en progrès. La culture serait le prolongement de la nature, malgré 2000 ans de philosophie occidentale ayant prétendu le contraire.

Le sexe est toujours plus fort que l’idéologie

L’Amérique latine montre que cette vision des choses n’est pas universelle, sinon dépassée. Dans leur ensemble, les sociétés latino-américaines sont les plus métissées au monde. Dans son étude exceptionnelle sur la formation de la société brésilienne, l’écrivain et sociologue Gilberto Freyre note que l’appétit sexuel des Portugais a favorisé l’établissement d’une société excessivement composite sur le plan ethnique, mais pas nécessairement fragmentée sur le plan culturel. Les débuts de la mondialisation, c’est la colonisation des Amériques. L’impérialisme est indissociable de toutes ces unions lascives, de toutes ces synthèses érotiques qui ont forgé un continent.

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Vous n’avez qu’à vous balader à La Havane ou à débarquer au Brésil pour constater à quel point le commerce triangulaire a produit d’intenses mélanges. Vous pouvez aussi admirer les canons vénézuéliens et colombiens pour comprendre. Le croisement des peuples a fait des femmes dont les yeux brûlent plus fort que l’enfer. N’en déplaise aux partisans d’une certaine pureté raciale (de gauche et de droite) : le sexe est toujours fort que l’idéologie. Les dogmes restent à l’extérieur de la chambre à coucher.

L’unité profonde des pays latinos-américains

Malgré leur caractère multiethnique et le projet de certains intellectuels de gauche de les « multiculturaliser », on trouve encore une forte unité culturelle dans les pays latino-américains, ce qui fait aujourd’hui défaut aux démocraties occidentales. Les pays latinos ne sont pas du tout épargnés par le phénomène du racisme, mais culturellement, ils sont beaucoup moins divisés que les pays européens rongés par le communautarisme. Point d’apartheid religieux orchestré par les vertueux tenants du vivre-séparé.

Contrairement aux intellectuels qui pensent ironiquement favoriser l’intégration, l’Amérique latine a dépassé le stade de la naturalisation de la culture, de l’essentialisation des identités. Dans ces sociétés multicolores où la séduction l’emporte encore sur notre décadence progressiste, la culture est un fait transversal et le politique existe encore. Certes, les centaines de nuances de peau ne sont pas toujours ignorées, mais le mariage des origines est depuis longtemps consommé. L’Amérique latine est le laboratoire d’une expérience inédite. Elle est probablement le prototype des sociétés de demain.

Aussi étrange que cela puisse paraître, les sociétés latino-américaines ont quelque chose à nous apprendre. Elles sont loin d’être parfaites (la répartition de la richesse est très inégale), mais elles nous permettent de retourner le problème de l’intégration pour y voir plus clair. Qui dit plusieurs races ne veut pas toujours dire plusieurs identités. S’il y a bien des cultures en France, comme l’a déjà affirmé Emmanuel Macron, y en-a-t-il vraiment autant à Cuba, en Colombie et au Brésil ? Comme le veut la formule, el pueblo unido jamás será vencido*.

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