Dans la Rome antique, l’art de la nécrologie était soumis à l’impératif «  De mortuis, aut bonum, aut nihil ». Des défunts, il faut dire soit du bien, soit rien. Cela vaut, bien entendu, pour les oraisons funèbres religieuses ou laïques écrites ou prononcées immédiatement après le décès de la personne concernée. Le temps du jugement  sans concessions sur sa personnalité et ses actions s’ouvrira, bien entendu, à l’issue d’une période de deuil raisonnable.

Dans l’ensemble, la tradition française en la matière est l’héritière de la sagesse romaine, et ferait bien de s’y tenir, car les flingages au pied du cercueil sont aussi méprisables que les tirs sur les ambulances. Je ferais cependant, une exception pour le regretté Christopher Hitchens, qui s’était fait une spécialité des nécros à chaud au vitriol des grands de ce monde, de la politique ou du show biz. Il sera pardonné parce qu’il avait un talent immense, et qu’il s’attaquait, justement à des personnages de notoriété universelle et non pas à des notables de village. Ce n’est pas le cas de la responsable médias de Télérama qui s’est fait censurer, à juste titre, par sa direction pour avoir critiqué les qualités de manager (entre autres de Télérama) de feu Erik Izraelewicz, brusquement décédé le 27 novembre. Personne, en revanche, n’a pu empêcher Daniel Schneidermann de déverser son venin sur le défunt, qui fut un temps son collègue au Monde. Sans le talent d’Hitchens, mais avec la hargne d’un âne donnant un coup de sabot à un cheval terrassé.

Il aurait dû suivre l’exemple de Slate.fr et Médiapart, tous deux fondés par des hiérarques du Monde ne portant pas Izra dans leur cœur : nihil. Moi, Izra, je l’aimais bien et je salue sa mémoire. On en reparlera, plus tard.

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