François Bayrou à Pau, juin 2017. SIPA. AP22064185_000001

Le feuilleton des affaires politico-financières aura bientôt une bonne trentaine d’années. Trente ans que la classe politique essaie désespérément de reconquérir la confiance de l’opinion en se trompant de diagnostic et en cédant à la double pression des médias et de la justice. Dans ce triangle pervers, les responsabilités sont partagées. Les différentes représentations du cirque médiatico-judiciaire sont pour la presse autant d’occasions, dans une surenchère délétère, de vendre du papier mais aussi de tenir en respect les politiques. La justice, au moins dans une partie des appareils syndicaux jouant sur le corporatisme, y a vu l’occasion de conquérir une indépendance, non pas garantie de l’impartialité nécessaire, mais de véritables pouvoirs qui en ont fait désormais un acteur politique comme vient de le montrer l’affaire Fillon. Les politiques, quant à eux, tout en conservant plus ou moins discrètement les mauvaises habitudes, n’hésitent pas à instrumentaliser les affaires pour affaiblir les adversaires. Depuis 1988, selon la bonne vieille méthode « un fait divers, une loi », une collection impressionnante de textes a vu le jour, chacun d’eux voulant laver plus blanc, aggravant le précédent, affaiblissant les pouvoirs politiques en leur imposant des contraintes irréalistes et en en faisant des cibles commodes pour des institutions judiciaires zélées. Et en mettant à mal, au passage, un certain nombre de principes fondamentaux des libertés publiques.

Mesure phare du non-programme de Macron

Emmanuel Macron, successeur adoubé de François Hollande, avait besoin de se distinguer de ses concurrents. Faute de programme politique, ce fut donc jeunesse, renouvellement et probité. La composition du gouvernement d’Édouard Philippe a montré ce qu’il fallait penser du renouvellement, mais aussi du sérieux de l’exigence de probité. Richard Ferrand se retrouve collé, non pour avoir fait pire que les autres, mais pareil. Et puis l’idée saugrenue de confier à François Bayrou, vieux cheval de retour politique qu’accompagnent toutes les rumeurs, le poste de garde des Sceaux et la responsabilité de « porter » le fameux texte sur la moralisation de la vie publique.

Celui-ci a présenté les grandes lignes de son texte à la presse avant de le soumettre au Conseil des ministres. L’abandon du terme de « moralisation » au profit de celui de « loi de confiance » montre qu’on en a rabattu par rapport aux rodomontades de la campagne électorale. En particulier avec l’abandon de la surenchère sur l’inéligibilité à vie pour toute personne ayant eu à subir une condamnation pénale inscrite à son casier judiciaire. Radicalement inconstitutionnelle, contraire à la Convention européenne des droits de l’Homme, violant les principes du procès pénal comme l’interdiction des peines automatiques, l’individualisation et la proportionnalité des peines,

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Juin 2017 - #47

Article extrait du Magazine Causeur

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