Rappelons-nous : le 21 octobre 2019 BFMTV, consacrait un reportage à Boris Johnson intitulé « Boris Johnson : le manipulateur », au cours duquel le journaliste rendait visite au père du Premier Ministre britannique (je redonne ici le lien vers l’article que j’avais rédigé au sujet de cette émission).

L’attitude de dédain suspicieux adoptée par le journaliste à l’encontre de Stanley Johnson se traduisait dans les commentaires ajoutés en voix off et, de manière globale, dans le traitement réservé à la parole de ce personnage.

« Au préalable, il a tenu à nous transmettre l’arbre généalogique de sa famille sur sept générations », précisait-on avec un brin de sarcasme mal dissimulé envers l’éthos d’aristocrate que Stanley Johnson semblait vouloir se façonner. Toutefois, quelques instants plus tard, on comprenait pourquoi le père de Boris Johnson avait envoyé cet arbre généalogique au journaliste de BFMTV. Il voulait montrer qu’« il y a[vait] des liens importants pour [lui] avec la famille française ». Le journaliste n’avait pas jugé bon de signaler cet aspect des choses et réduisait l’arbre généalogique à une démonstration de pure vanité.

L’entretien lui-même était réduit à quelques lambeaux d’échanges, le journaliste entendant construire à sa guise l’image de la famille Johnson. De Stanley Johnson, on nous expliquera qu’il est un égocentrique ramenant toutes les questions à sa propre carrière. Autrement dit, l’approche choisie par BFMTV à l’époque, comme par d’autres médias, consistait à utiliser le père comme pièce explicative, à charge, des idées et postures du fils. En passant, on nous indiquait que le père de Boris Johnson avait été « haut fonctionnaire puis député européen ». Mais plutôt que de creuser le sujet des éventuelles divergences de vues entre le père et le fils sur la question européenne, on préférait insister sur des similitudes relevant de la psychologie et du caractère, là encore, à charge: « en plus de la ressemblance physique, Stanley Johnson partage avec son fils une réputation d’excentrique légèrement mégalomane ». Le journaliste gardait pour la fin du reportage l’évocation de cette désapprobation : « personnellement, [Stanley Johnson] était contre le Brexit ».

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Mais voilà qu’aujourd’hui Stanley Johnson demande la nationalité française et soudain, il devient quelqu’un d’intéressant (cf. un article intitulé « Qui est le père du Boris Johnson, qui demande la nationalité française? »). Soudain, on joue le père contre le fils. Il n’est plus seulement un élément explicatif à charge, il devient un argument de discrédit (autrement dit: même son père est contre lui).

Il fut l’un des premiers fonctionnaires européens venus du Royaume-Uni. Avocat de profession, il fut fonctionnaire à la Commission européenne, mais aussi durant six ans député européen.
Avec un tel CV, difficile de vouloir couper les ponts avec l’Union européenne. [RTL]

Quitte à tordre le bras à la réalité pour accentuer l’opposition  :

Si le Premier ministre britannique Boris Johnson a toujours été un partisan du Brexit, ce n’est pas le cas de son père, Stanley Johnson. [RTL]

On sait que Boris Johnson était initialement peu favorable au Brexit; c’est d’ailleurs le type de revirement qui constituait une preuve de son opportunisme sans conviction, selon BFMTV.

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Libé nous apprend que la sœur de Boris Johnson est également opposée au Brexit:

Stanley Johnson vient donc confirmer cette information révélée au départ par le Times en mars dernier après lecture du livre Rake’s Progress: My Political Midlife Crisis, écrit par Rachel Johnson, la soeur du Premier ministre, elle aussi farouchement anti-Brexit. Elle indiquait que sa grand-mère était née à Versailles et son arrière-grand-mère à Paris. «C’est une bonne nouvelle, je pourrai devenir française aussi», précisait-elle, tandis que son frère menait bataille pour quitter l’UE. Bonne ambiance chez les Johnson.

Il y a, bien entendu, deux lectures possibles de ce drame familial dont se repaît la grande presse: on peut dire « voyez, preuve qu’il a tort, tout le monde est contre lui, même sa famille la plus proche ». Ou bien on peut dire: il a tenu bon, alors qu’il avait tout le monde contre lui, même sa famille la plus proche… Et la presse.

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