La célèbre nanny britannique Mary Poppins sera de retour au cinéma en décembre 2018. Au programme: des chansons, des danses, de la magie, de la bonne humeur. De quoi redonner le sourire : l’histoire se déroule en pleine crise de 1929.

Un film transgressif

Eu égard à la situation économique actuelle, voici une excellente occasion de se replonger dans le monde enchanteur de Mary Poppins. Adapté du roman de Pamela L. Travers, le premier long-métrage (sorti en 1964) a lieu à Londres, au printemps 1910. Mary Poppins, une nounou dotée de pouvoirs magiques, surgit dans la vie des Banks. Absorbé par son travail de banquier, distant et froid, Mr Banks fait appel à une nounou pour s’occuper de ses deux rejetons, Jane et Michael. Sa femme, quant à elle, délaisse ses enfants pour mieux servir la cause féministe. Au premier abord, l’histoire pourrait parfaitement s’adapter à notre époque. Mais, en y regardant de plus près, on s’apercevrait que le message véhiculé est en réalité transgressif.

Aujourd’hui, on s’attendrait à voir débarquer Super Nanny avec sa paire de lunettes noires lui conférant un air sévère afin d’obtenir le respect des enfants. Elle s’immiscerait ensuite dans la vie intime du couple. Une attitude à des antipodes d’une Julie Andrews tout sourire, qui gagne l’autorité par le charme qu’elle inspire, et qui a du mal à accepter que la mère de famille délaisse ses devoirs maternels. Loin de la recherche du bonheur individuel à tout prix encouragée par notre époque, Mary Poppins fait prendre conscience que le bonheur passe avant tout par la vie de famille.

« Tant qu’est florissante la Banque d’Angleterre, l’Angleterre est florissante… »

Le message qui traverse les époques avec la même constance est le mauvais rôle joué par la Banque. Comme disait Alfred Hitchcock, « meilleur est le méchant, meilleur est le film ». Ainsi, le patron de Mr Banks, Mr Dawes, subtilise deux pences au jeune Michael qui refusait de les investir dans sa banque pour aller les donner à une vieille dame qui nourrit des pigeons. Le gamin se débat et les autres clients prennent peur, s’ensuit une panique bancaire. En conclusion, deux pences bien placés peuvent donner une livre sterling mais aussi provoquer une crise financière. Le problème est toujours le même, seule la situation a changé. Et elle est bien pire car, à l’époque de l’étalon-or, il y avait encore de l’or dans les caisses de la banque en contrepartie de la monnaie en circulation. Or aujourd’hui, il n’y a rien.

Au sortir de l’époque victorienne, la Grande-Bretagne, première puissance mondiale, est à son apogée. Le système du Gold Standard (étalon-or) permet la domination de la livre sterling et les banques britanniques sont puissantes. D’ailleurs, Mr Dawes ne chante-t-il pas : « Tant qu’est florissante la Banque d’Angleterre, l’Angleterre est florissante. Mais si titube la Banque d’Angleterre, titube toute l’Angleterre ».

La monnaie ne crée rien

Dans un régime d’étalon-or, l’unité monétaire a un poids fixe en or et la monnaie nationale est librement convertible en or. La quantité de monnaie émise par les banques centrales est limitée et a une vraie valeur car elle suit l’évolution du stock d’or. Un système impliquant une grande discipline, à l’opposé de ce qui existe aujourd’hui, où nous assistons à une explosion de la croissance de la masse monétaire: les bilans des banques centrales ont augmenté de 8300 milliards de dollars en 10 ans, quand les PIB des zones respectives ont augmenté de (seulement) 2100 milliards. Les banques centrales créent de la monnaie à partir de rien et rachètent des obligations afin de faire baisser les taux d’intérêt. Le taux d’intérêt est manipulé alors qu’il devrait être fixé par le marché (il est impossible pour une banque centrale de trouver le taux d’intérêt adéquat pour l’économie, d’où les crises à répétition). Les taux d’intérêt bas détruisent l’épargne qui ne rapporte plus rien, ce qui est une catastrophe pour l’économie car, si l’épargne baisse, l’investissement baisse également, comme la croissance économique. Cela encourage l’endettement et une mauvaise allocation du capital créant des bulles sur de nombreux actifs (obligations, actions, immobilier,…) ce qui est toujours malsain. C’est une erreur fondamentale de penser que l’on peut créer de la valeur à partir de rien, que la monnaie crée la richesse. Ce sont les entreprises qui créent les richesses. La monnaie ne crée rien. Par conséquent, le volume de la dette augmentant plus vite que le revenu national, se pose in fine la question du remboursement de cette dette, qui devient problématique avec la baisse continue des gains de productivité dans les économies avancées.

Il est l’or, mon seignor…

Loin d’être un système monétaire parfait (existe-t-il seulement ?) l’étalon-or a au moins le mérite d’offrir une alternative aux politiques désastreuses des banques centrales. Mais son retour est très improbable. Il ne faut pas oublier qu’un régime d’étalon-or limiterait la capacité des banques centrales à imprimer librement de l’argent. Et comme émettre de l’argent est synonyme de pouvoir, aucune banque centrale n’y renoncera.

Dans le nouvel opus de Disney, les enfants Banks ont grandi. L’action se situe au moment du krach boursier de 1929. Faut-il y voir un signe prémonitoire ? Sans doute. A ceci près que notre situation financière est bien pire. Avis de tempête en perspective. A l’instar de Mary Poppins, soyez prêt à sortir votre parapluie !

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