L’Irlande et la France l’ont appris lors des référendums européens de 2005 et 2008: quand le peuple a tort, il faut lui faire entendre raison. En Italie, le chef du gouvernement désigné, Giuseppe Conte, a renoncé à devenir président du Conseil après que le président de la République, Sergio Mattarella, a refusé la nomination d’un ministre des Finances eurosceptique.


Sergio Mattarella, président de la quatrième économie européenne, a donc pris la lourde responsabilité de bloquer le processus démocratique en Italie. Il s’est, en effet, opposé à la désignation de certains ministres proposés par le président du Conseil, Giuseppe Conte, mandaté par Luigi Di Maio (M5S) et Matteo Salvini (Ligue du Nord), larges vainqueurs du dernier scrutin législatif. Giuseppe Conte voulait notamment nommer aux Finances l’eurosceptique Paolo Savona.

Le peuple italien sera « européen » ou ne sera pas

La presse en général, française en particulier, diffuse massivement la fausseté selon laquelle ce président serait dans son droit en garantissant le respect des traités européens et l’euro. Or les pouvoirs du président de la République sont strictement délimités par les articles 87 et 92 de la constitution italienne. « Il représente l’unité nationale (…) ratifie les traités internationaux après, s’il y a lieu, l’autorisation des Chambres (ratifica i trattati internazionali, previa, quando occorra, l’autorizzazione delle Camere). Il a le commandement des Forces armées, préside le Conseil suprême de défense constitué suivant la loi, déclare l’état de guerre décidé par les Chambres », précise l’article 87. Quand l’article 92 déclare : « Le président de la République nomme le président du Conseil des ministres et, sur proposition de ce dernier, les ministres (Il Presidente della Repubblica nomina il Presidente del Consiglio dei ministri e, su proposta di questo, i ministri) ».

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Or, ce dimanche soir, le chef du gouvernement désigné par la coalition représentant plus des deux tiers des Italiens, Giuseppe Conte, a renoncé à ses fonctions en raison du refus juridiquement injustifié de Sergio Mattarella de nommer le gouvernement choisi par les vainqueurs de l’élection. On voit bien que le maintien dans l’euro et dans l’Europe est l’impératif sous-jacent. Il y aura donc probablement de nouvelles élections et entre-temps, pendant 3 ou 4 mois, un gouvernement transitoire désigné par Sergio Mattarella, et sans doute présidé par Carlo Cottarelli, un apparatchik du Fonds monétaire international (FMI), convoqué dès lundi par Mattarella, ce qui en dit long sur les puissances effectives qui se substituent désormais aux démocraties en Europe.

« Il est inutile d’aller voter… »

Comment le peuple italien va-t-il réagir, ainsi frustré de son choix démocratique ? Le système européen, euro compris, est à bout de souffle et discrédité, et ceux qui en tirent des profits personnels, ainsi que le système financier mondial, ont décidé de ployer les peuples. Sergio Mattarella (cynisme ou inconscience ?) l’a même clairement reconnu : « La désignation du ministre de l’Économie constitue toujours un message immédiat de confiance ou d’alarme pour les opérateurs économiques et financiers », a-t-il expliqué à la presse. « J’ai demandé pour ce ministère un représentant politique de la majorité cohérent avec l’accord de programme (…) qui ne soit pas vu comme le soutien à une ligne qui pourrait provoquer la sortie inévitable de l’Italie de l’euro. » Matteo Salvini et Luigi Di Maio ont immédiatement pris le pays à témoin et dénoncé un coup de force contre la démocratie: « Il est inutile d’aller voter, puisque les gouvernements ce sont les agences de notation, les lobbies financier et bancaire qui les font », a osé Luigi Di Maio. « Nous ne sommes pas une colonie des Allemands ou des Français », a rappelé Matteo Salvini.

Sergio Mattarella, ministre membre de la démocratie chrétienne jusqu’à la disparition de ce parti dans des scandales de corruption en 1994, a tout de même surnagé. Il est devenu président grâce à l’appui de Matteo Renzi en 2015. Une certaine eurocratie défend, semble-t-il, ses privilèges et tente de subjuguer le peuple italien comme elle l’a fait avec son cousin grec. Tout s’est mis en place pour le grand dénouement final européen. Les responsables n’en seront pas les peuples d’Europe mais ceux qui ont essayé d’en profiter.

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