Au nord de Londres, dans un quartier résidentiel aux faux airs de village campagnard, repose un certain Karl Marx. Au cimetière de Highgate, le visiteur qui souhaite honorer la mémoire de l’auteur de La Sainte Famille, de L’Idéologie allemande et de quelques autres bijoux textuels aussi passionnants à lire qu’à discutailler, doit s’acquitter de la modique somme de 3 livres (3.50 euros) pour entrer. Cimetière privé, vous explique-t-on. Un peu court, rétorquerait le premier lecteur du Capital venu.

Car faire payer l’entrée d’une nécropole ne substitue pas seulement la valeur d’échange à la valeur d’usage. En l’occurrence, l’immatérialité du recueillement en fait un service à part, si difficilement quantifiable qu’il devient monnayable à l’acte, comme une passe ou un téléchargement. Payer pour voir la belle tombe de Marx revient à nourrir un système d’enclosures mortuaires, à pousser jusqu’à son paroxysme l’ironie de la marchandise pour laquelle le trépas n’est qu’un statut marketing parmi d’autres.

Du haut de son nuage, Tonton Karl doit bien rigoler en constatant que la mort n’est plus seulement un métier mais aussi un business.
Mais, on the other hand, qui débourserait un penny pour se recueillir devant la tombe d’un autre économiste, ou historien , ou philosophe, ou chef de parti du XIXème siècle ? Ce florissant commerce prouve paradoxalement que Marx n’est pas mort…

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