Et vlan, encore une idée reçue qui tombe à l’eau : un score absolument délirant lors d’un scrutin n’est pas forcément synonyme de fraude électorale, y compris en Amérique du Sud, où le bourrage d’urnes a longtemps été une tradition locale aussi vivace que la sieste ou le port de la moustache (chez les messieurs, principalement).
C’est en effet par 99,8% des suffrages exprimés que les habitants des Malouines (comptez pas sur moi pour parler de Falkland) se sont prononcés en faveur du maintien de leur île dans l’Empire britannique, ou ce qu’il en reste. Même le taux de participation de ce référendum d’autodétermination, le premier du genre, tenu les 10 et 11 mars, pourrait laisser songeur plus d’un conseiller général de banlieue parisienne : près de 91% des 1672 électeurs inscrits se sont rendus aux urnes. Il faut néanmoins préciser que pour des raisons ayant trait à la topographie locale, ce sont parfois les urnes qui se sont rendues aux électeurs putatifs, à bord de 4×4 affrétés pour la circonstance.
Parmi les 1513 suffrages exprimés, il ne s’est trouvé que trois bulletins répondant par la négative à la question du jour : « Souhaitez-vous que les îles Malouines conservent leur statut politique actuel en tant que territoire d’outre-mer du Royaume-Uni ? » Les Malouines resteront donc, avec la Guyane française, le dernier territoire « européen » du sous-continent, au grand dam des Argentins.
Trente ans après la guerre qui opposa les troupes de sa gracieuse Majesté et celles du dictateur Videla, Buenos Aires revendique toujours mordicus les Islas Malvinas, référendum ou pas. Et reconnaissons que le commentaire de l’ambassadrice d’Argentine à Londres, Alicia Castro, est assez spirituel : « Nous respectons leur souhait de rester britanniques, mais le territoire sur lequel ils habitent ne l’est pas.» Mais à tout prendre, je préfère encore un slogan que je scandais au moment de la guerre de 1982 avec quelques autres camarades postgauchistes : « Ni Anglais, ni Argentins, les Malouines aux pingouins ! »

 

 

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