Les Stagiaires, la nouvelle comédie de Shawn Levy avec Owen Wilson et Vince Vaughn, arrive en France avec la réputation d’un film publicitaire. Les deux acteurs y jouent deux commerciaux dont l’entreprise vient de faire faillite et qui tentent leur chance chez Google pour un stage d’été. Là-bas, ces deux quadras pas très geeks sont mis en compétition avec une foule de mini génies d’Harvard pour décrocher un poste.
Evacuons tout de suite le sujet qui fâche : oui, Les Stagiaires est une publicité de 2 heures pour Google, diffusée dans tous les cinémas près de chez vous. On est même impressionné par le naturel avec lequel le logo Google, les produits Google, les couleurs Google, se trouvent promenés partout. Le moteur de recherche apparaît même en transparence devant le nez de nos deux personnages, dans une séquence du point de vue de l’ordinateur. Sans parler du générique final, faisant défiler les crédits tout en nous vendant la suite Google.
Pourtant, en passant outre la pub, force est de constater que le film n’est pas dépourvu de qualités. D’une certaine manière, c’est même un film fait pour Shawn Levy. À Hollywood, ce dernier est une sorte de yes-man malicieux, à qui l’on doit des films comme La Nuit au musée (1 & 2), Crazy Night, ou Real Steel. Il y a toujours eu dans son cinéma un mélange de naïveté conformiste et de lucidité subtile, joueuse. Des personnages de musée, un ménage américain à bout de souffle, des robots télécommandés et maintenant deux stagiaires de quarante ans : Shawn Levy semble passionné par les espèces en voie de fossilisation. Créatures figées qu’il va falloir réanimer sous les yeux crédules du spectateur, par une série de jeux : les petites guéguerres du musée, une soirée improbable pour le couple américain, du combat et de la danse pour les robots et une série de « challenges » pour les stagiaires de Google.
Transformer un cahier des charges publicitaire en film vivant : le réalisateur a lui aussi son petit défi. Qu’il relève correctement, il faut lui reconnaître. Tout d’abord parce que le film fait rire et qu’on est heureux d’y retrouver un Owen Wilson plutôt en forme, prompt à prononcer « Google » avec son inimitable moue. Ensuite parce que Shawn Levy utilise les locaux d’une entreprise pour en faire un univers clos, propice aux frictions et aux débordements d’enthousiasme. Comme le musée de La Nuit au musée était une représentation en miniature de l’Amérique et de sa vision de l’histoire, le petit monde de Google est une représentation en parc à thème de l’idéologie américaine, moderniste et managériale.
Si cette idéologie a le mérite de dire partiellement son nom dans le film, on regrette tout de même de voir la malice de Shawn Levy se transformer peu à peu en roublardise. Car le vrai problème n’est pas qu’il fasse l’article d’un moteur de recherche, c’est qu’il présente l’entreprise Google comme étant plus qu’une entreprise. Dans un discours d’introduction, un cadre explique aux stagiaires qu’au-delà des connaissances acquises à la fac, ils vont devoir acquérir la « googlitude » : ce qui anime la machine, dans Les Stagiaires, ce sont moins les facéties de Shawn Levy que cet argument de team building transformant les stagiaires en petits soldats de la bonne ambiance, de l’inter-culturalisme et de la productivité en t-shirt.
Il y a un double discours,  entre la naïveté apparente et la malhonnêteté fondamentale du propos. Derrière les bons sentiments, il y a une forme de violence faisant de Google le seul juge du vrai ou du faux, mais aussi du bien ou du mal. Comme si à force de moraliser le capitalisme, on avait laissé les entreprises nous imposer leur propre morale.

*Photo: Les stagiaires.

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