Et une promesse présidentielle de plus qui part en fumée. Dans le budget 2013-2015, le milliard d’euros prévu pour le Grand Paris et son métro automatique autour de la capitale a disparu. Sa mise en service devait débuter en 2018. Un coup dur pour les élus franciliens. L’UMP réclame même que les taxes prévues pour financer le projet (311 millions par an) soit rendues aux entreprises franciliennes.

Mais à gauche, on proteste aussi. Pour Patrick Braouezec, président (Front de Gauche) de Paris Métropole, structure qui réunit 202 collectivités de la région, « si on remet en cause le Grand Paris Express, par effet domino, ça remet en cause le développement économique et la construction de logements. Quant au groupe Front de gauche-PCF au Conseil régional, il dénonce des projets « reportés aux calendes grecques voir abandonnés ».

Pourtant durant la campagne, le candidat Hollande avait assuré que, malgré la rigueur, le projet se ferait. « Je serai bien entendu très attentif à ce que le projet du Grand Paris se poursuive car les accords trouvés méritent d’être menés à bien » écrivait-il en avril dernier dans une lettre aux élus. Cela dit, il admettait qu’un problème financier se posait : « Reste à trouver les financements nécessaires pour aboutir puisque le gouvernement qui a proposé la création du réseau de transports du Grand Paris n’a pas su trouver les financements pour atteindre l’objectif final ».

En juin dernier, Cécile Duflot, ministre de l’Egalité des territoires, déclarait encore : « Le gouvernement souhaite poursuivre le projet du Grand Paris Express. En devenant ministre, je suis modestement devenue dépositaire de ce succès ». Pour la ministre, « rien n’est remis en cause » et des décisions pourraient être prises « début 2013 ».

Or, dès cet été, les élus franciliens s’étaient inquiétés des projets du gouvernement. Lorsque Duflot a été nommée ministre, l’UMP a rappelé ses critiques envers le projet du Grand Paris lors de la campagne des Régionales. Et la colère risque d’aller jusqu’au PS voire au sein même gouvernement. Celui qui doit bouillonner en secret, c’est François Lamy. Le ministre délégué à la Ville, sous la tutelle … de Duflot, était jusqu’à sa nomination président de la communauté d’agglomération du plateau de Saclay. Une collectivité qui devait compter parmi les principales bénéficiaires du Grand Paris, certains la voyant déjà comme une future « Silicon Valley à la française ». D’ailleurs, Jérôme Guedj, suppléant de Lamy à l’Assemblée et président du Conseil général de l’Essonne, avait déjà mis en garde contre un projet « renvoyé aux calendes grecques ».

La métaphore hellénique n’est pas qu’un effet de langage. Derrière ces coupes budgétaires se cache bien évidemment un plan d’austérité qui dit à peine son nom. Athènes avait déjà montré la voie.
Le dossier est donc loin d’être une affaire de Parisiens. Hollande s’était vanté d’avoir ajouté un « volet croissance » au Traité d’austérité atteignant 120 milliards. Pourtant, une de ses premières mesures est de remettre en cause une mesure de développement économique, approuvée par la gauche et la droite. On ne taille plus seulement dans les dépenses de fonctionnement mais aussi dans les investissements.
Hollande et Jérôme Cahuzac, son ministre du budget, auront alors du mal à faire croire que l’austérité de gauche se différencie de l’austérité de droite. « Nous ne sommes pas là pour être des argentiers mais pour faire des choix », avait néanmoins assuré le chef de l’Etat..
L’austérité est donc plus qu’une « réforme de l’Etat », une « optimisation » des dépenses, comme le disent les technocrates. On est dans la purge financière pure et simple pour contenter les agences de notation au détriment de l’emploi et de la croissance.

Et cette fois, la vague de protestation dépasse la sphère des opposants au Traité d’austérité. C’est le cas de Guedj et du Front de Gauche mais pas de l’UMP et l’ensemble des élus franciliens. Et lors des prochaines élections locales, la droite ne se gênera pas pour dire que les problèmes de transports sont de la responsabilité de Hollande qui n’a pas voulu sortir son carnet de chèques. Quand bien même ils ne sont ni fonctionnaires ni touchés par les hausses d’impôts, tous les franciliens ou presque pourront ressentir les effets de l’austérité. Un très mauvais pari pour Hollande.

*Photo : Adrien.Pâris.

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