Permettez-moi tout d’abord de revenir un instant, comme promis, sur mon excellent confrère de Libé Alexandre Hervaud que j’évoquais dans mes mélanges précédents, en raison de son tweet paisiblement ordurier sur l’assassinat du père Hamel. Une recherche rapide sur les archives Twitter  nous apprend que quand il ne crache pas sur nos morts, Alexandre est un citoyen vigilant, toujours prêt à lutter contre l’islamophobie. Il avait notamment participé, après le Bataclan, à la curée citoyenne des rédacteurs de Libé contre leur collègue Luc Le Vaillant, coupable de vous-savez-quoi.

Dans les appels au lynchage (et souvent au licenciement immédiat, by the way), qui suivirent cet article, on avait retrouvé entre autres Mouloud Achour, Caroline de Haas, le CCIF et Julien Salingue. Retenez ces noms, merci.

Retenez aussi le nom de Julie Le Goïc. Cette élue ex-EELV de Brest a sans doute trouvé Alexandre un peu mollasson. Elle aussi y est allée de son bon gag sur twitter, alors que le cadavre du vieux curé était encore chaud. Et elle aussi, comme Alexandre, a traité en bloc ses détracteurs de fachos. Donc si vous n’aimez pas le tweet ci-dessous, repeat after me : «Je-suis-un-fa-cho» (je sais pas comment on le dit en breton, mais je compte sur nos lecteurs de Plogoff et Ploudalmézeau)

J’avais oublié de vous dire que pour justifier son tweet injustifiable, Julie Le Goïc s’abrite derrière « l’esprit Charlie ». Elle a dû confondre avec « l’esprit Kouachi »

Une pause sondage, si vous permettez.

Question Un : Lequel des deux tweets suivants, publiés après l’attentant salaf de Saint-Etienne-du-Rouvray vous paraît-il analyser le plus finement les causes du djihad made in France ?

Question Deux : La vieillesse excuse-t-elle tout ?

Question Trois : Un beau parcours académique ou un ci-devant joli popotin sont-ils des circonstances atténuantes ?

Interrogé par France Inter sur l’opportunité d’instaurer un « délit de complicité » de l’apologie du terrorisme, David Benichou, juge antiterroriste, semble y être favorable : « Le jour où on placera un des membres de Facebook ou Twitter en garde à vue parce qu’on considérera qu’il a été plus ou moins complice de ce qui a été diffusé, peut-être que la ligne de ces médias va changer. »

Comme pour lui donner instantanément raison, voilà la pub que publie Facebook juste sous l’excellent article de Marc Nacht dans Causeur sur les la pétition musulmane « judenrein » du JDD.

M’est avis que quelques millions d’euros d’amende devraient aider ledit réseau social à revoir sa politique de liens sponsorisés, de modération et de recrutement de ses « modérateurs ». Et si ça ne suffit pas, quelques dizaines de millions d’amende, etc, etc.

Je ne pense pas que le rôle des autorités civiles ou religieuses soit d’appeler à la vengeance, à la guerre civile, au pogrom antimusulman et tout ce genre de choses. Tout bien pesé, la décision du juge lorrain qui a condamné à une lourde peine, mais assortie du sursis, un charcutier ayant déposé des lardons dans la boite aux lettres d’une mosquée, puis frotté ladite boite avec du gras de cochon ne me paraît pas délirante. Elle sonne comme un « Pas de ça chez nous ! » qui me sied parfaitement. Personne n’est plus dépité que le CCIF de ne pas voir se multiplier les actes musulmanophobes qui sont son fond de commerce. Et c’est très bien comme ça.

Cela dit, tant qu’à ne stigmatiser personne, j’aimerais autant que les autorités religieuses ne me stigmatisent pas moi, ni ma République, ni ma Loi de 1905. C’est pourtant ce qu’a fait l’ineffable archevêque de Rouen dans son interview du 31 juillet à Paris-Normandie. Pour Monseigneur Lebrun, figurez-vous que « dans nos écoles publiques, on n’a pas le droit de croire » .Vous n’avez pas saisi ? Monseigneur précise son propos trois lignes plus bas : « Le petit musulman, il n’a pas droit de croire ». Vous n’avez toujours pas compris ? Pas grave cinq lignes plus tard, l’archevêque rebalance son crédo : « Dans les écoles publiques il n’y a pas de liberté. ». Si après tout ça, vous n’avez pas compris là où on voulait en venir, alors dans la même interview, Mgr Lebrun désigne clairement le coupable de tous nos maux : « Je crois que nous sommes au bout du modèle de la laïcité qui était exaspéré ces dernières années »

Une analyse probablement imparable puisqu’on n’est pas loin de la partager dans d’autres milieux religieux. Ainsi, dans le dernier numéro de sa revue officielle Dabiq, l’Etat islamique liste les raisons de sa haine pour l’Occident. Le point n°2 est totalement explicite : «Nous vous haïssons parce que vous êtes laïcs: les sociétés libérales autorisent précisément ce qu’Allah a interdit, tout en interdisant nombre de choses qu’il a permises. Ce dont vous vous moquez, parce que vous séparez la religion et l’Etat». En voilà une bonne base pour le dialogue interreligieux ! Les dernières paroles du curé martyr face à ses égorgeurs furent « Satan, va-t’en ! ». Est-il bien raisonnable, Monseigneur Lebrun, de les traduire par « Vade retro Laïcitas » ?

Depuis les morts prématurées de Reiser, de Charlie Schlingo et les assassinats de Charlie, il ne reste à mon avis qu’un seul génie absolu du dessin humoristique en France, j’ai nommé Vuillemin. Il vient encore une fois de nous en donner la preuve :

Je sais qu’au paradis des athées, entre cigarettes, whisky et petites pépés, Charb sera épaté.