Stains, Seine-Saint-Denis, mai 2009. Crédit photo : LahcËne ABIB / SIGNATURES

Nous avançons au pas le long du chemin de Savigny à l’heure où la foule se déverse de la mosquée Othman après la grande prière du vendredi. Les hommes en qamis, chaussettes blanches et claquettes de piscine, les femmes en hijab ou en niqab, zigzaguent en travers de la route. Certains y verraient la représentation incarnée du « Grand Remplacement ». D’autres remarqueraient que nous sommes les seuls Blancs dans un périmètre assez large de la ville de Sevran.

Au volant de sa voiture, J., qui souhaite garder l’anonymat pour des raisons de sécurité, s’égare dans le labyrinthe des allées de la cité avoisinante. En face de nous, une Audi flambant neuve pile devant un groupe d’adolescents à peine pubères. Le chauffeur, un jeune homme noir, leur tend un sachet de marchandise illicite, faisant abstraction de notre présence.

« Ici, on les appelle « les Afghans » »

Après la tenue, l’été dernier à Reims, d’« un camp d’été décolonial », interdit aux « non-racisés », c’est-à-dire aux Blancs, et à quelques jours de la conférence dédiée aux violences policières dans le cadre de l’atelier Paroles non blanches à l’université Paris 8, les damnés de la Terre ont réussi à imposer dans l’espace public un vocabulaire racialiste, basé sur l’idée de la culpabilité des Blancs envers les peuples colonisés et les immigrés. Il importe donc de préciser que nous sommes du côté des oppresseurs. En sortant de chez lui, quelques rues plus loin, J. s’est déjà fait traiter de « colon », et il n’est pas certain que son explication « mon père était paveur » y changera quoi que ce soit à l’avenir. Pourtant les « colons », coincés dans les banlieues rongées par le communautarisme et l’islam politique, ne sont pas les seuls à en souffrir.

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Militant de la Brigade des mères et ancien syndicaliste, J. écoute quotidiennement les plaintes de ses voisins musulmans issus de l’immigration, qui n’en peuvent plus des agissements de ceux qu’on appelle ici « les Afghans », ou bien « frérots salafs ». Passant devant la statue de François Mauriac, érigée fièrement à proximité d’une école coranique, « La maison des savoirs », nous ne pouvons réprimer un accès de rire convulsif. J. voudrait encore me montrer la parcelle destinée à accueillir une mosquée de 5 000 places. « Si les politiques ne font rien, il faut au moins qu’ils déclarent certaines villes religieuses et, surtout, qu’ils les entourent de murs. Le phénomène touche toute la France, pas que la Seine-Saint-Denis ! » s’insurge-t-il. Certes, Roubaix, Toulouse, Lunel, Marseille, Lyon ont chacune leur Molenbeek. Toutefois, J. hisse Trappes au sommet des villes les plus[access capability= »lire_inedits »] gangrenées, orientant la conversation sur le sujet des élections présidentielles : « Chaque candidat devrait se prononcer à propos de la laïcité. C’est le point essentiel. »

Avec un tiers des Français qui se dit « non religieux » et un autre qui se déclare « athée », selon un sondage de WIN/Gallup International de 2012, la question aurait en effet dû préoccuper les présidentiables. Pourtant, on n’a pas l’impression que c’est le cas. J. passe à un rapide examen : « Hamon sait qu’il va perdre, alors il prépare déjà les législatives et caresse l’électorat communautaire dans le sens du poil. Mélenchon n’est pas clair, il devrait faire le ménage dans ses rangs. Macron est un libéral, mais est-ce que face aux islamistes on a droit à toutes les libertés ? Le Pen n’est pas la solution, ce que je répète à mes amis musulmans tentés de lui donner leurs voix. Ces gens-là discutent d’abord avec des battes de base-ball. Ce ne sont pas eux qui vont nous libérer. Et j’en sais quelque chose parce qu’il y avait des syndicalistes FN, ici. Ils vont demander aux salafistes de tenir les quartiers. Les fascistes entre eux se comprendront toujours. Le pire, c’est Fillon ! Il se présente comme catholique politique et il veut combattre l’islam politique ? Alors ce sera la guerre des religions. » On peut ne pas partager ces opinions. Mais le sentiment que le problème est sans issue est, lui, largement partagé.

La stratégie du salami

Laurence Marchand-Taillade, présidente fondatrice de l’Observatoire de la laïcité du Val-d’Oise et auteur de L’Urgence laïque, décortique avec clarté le processus

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Avril 2017 - #45

Article extrait du Magazine Causeur

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