Accueil Monde 50 000 voix d’avance et un fantôme: l’investiture un peu mystique de Keiko Fujimori

50 000 voix d’avance et un fantôme: l’investiture un peu mystique de Keiko Fujimori


50 000 voix d’avance et un fantôme: l’investiture un peu mystique de Keiko Fujimori
Lima, 28 juillet 2026 © Guadalupe Pardo/AP/SIPA

Au Pérou, la nouvelle présidente a appelé au rassemblement national hier


La nouvelle présidente de droite du Pérou, Keiko Fujimori, 51 ans, divorcée d’un Italo-Américain, mère de deux filles de 19 et 20 ans, mais surtout fille de l’ancien président d’origine japonaise, Alberto, dit le « Chino », de 1990 à 2000, a été investie hier, jour de la fête nationale et aussi date, étrange coïncidence, de l’anniversaire de son père qui aurait eu 88 ans. Dans son adresse à la nation, elle a appelé à « un rassemblement national ».

Devant le Congrès, elle a dit : « Il n’y a pas deux Pérou différents. Il faut privilégier le dialogue. Il faut penser aux prochaines générations, pas aux prochaines élections. » C’est qu’elle a été élue, sur un total de 18 millions de suffrages exprimés, avec seulement 50 000 voix d’avance contre son rival de la gauche radicale, Roberto Sánchez, qui conteste toujours sa défaite.

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Dans son discours très conciliateur, Mme Fujimori a dit qu’il n’y avait pas « deux Pérou différents, mais un seul ; vibrant, multiculturel et millénaire » (une référence aux Quechuas et Aymaras, NDLR). Elle-même est la descendante de la troisième génération de Japonais pauvres qu’on avait fait venir comme main-d’œuvre à bon marché dans les haciendas de la côte Pacifique. Mais très vite, ces immigrants nippons forcés se sont révoltés, se sont assumés comme Péruviens, puis se sont imposés comme une élite économique, et, enfin, avec son père et elle, comme une élite politique.

Le père de Keiko Fujimori, recteur de l’université agraire de Lima, avait été élu par surprise en 1990, à la tête d’un pays alors au bord de l’abîme, en proie à une inflation galopante et à un terrorisme maoïste qui semblait sur le point de l’emporter, contre l’écrivain Mario Vargas Llosa, futur prix Nobel, qui avait le soutien de tous les mondialistes de la planète. Après avoir été condamné à 25 ans de prison pour « responsabilité indirecte » dans deux massacres perpétrés par un commando de la mort, il est désormais considéré comme le sauveur du Pérou. À l’époque, le Pérou était confronté à la guérilla du Sentier lumineux, disciple des Khmers rouges du Cambodge. Deux ans après son élection, cette organisation terroriste, grâce à une politique sans pitié, avait été démantelée. À son décès, Alberto Fujimori a eu droit à des funérailles nationales « officieuses ». Avant la cérémonie d’investiture, Keiko lui a adressé un hommage. Son élection est électoralement une réhabilitation de son « pater », un quart de siècle après sa chute en 2000.

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Keiko Fujimori, dont la vie a bien des similitudes avec celle de Marine Le Pen, a renoué avec la foi chrétienne en prison. « Papa, aujourd’hui le Pérou se rappelle de toi et des millions de personnes te portent dans leur cœur. Je sais que tu m’accompagnes dans ce jour important. Bon anniversaire là-haut dans le ciel », a-t-elle déclaré dans son discours. La nouvelle présidente du Pérou a effectué deux séjours de détention provisoire, pour un total de cinq mois, pour des accusations de corruption qui ont finalement été rejetées car considérées comme infondées par la Cour suprême. Sommairement, on peut aussi estimer qu’elle est politiquement une synthèse entre une Marine Le Pen pour le social et une Giorgia Meloni pour le libéralisme économique.

Tous les chefs d’État de droite d’Amérique latine, de l’Argentine au Honduras, ont assisté à son investiture. À gauche, seuls ceux du Mexique, du Nicaragua et de Cuba étaient absents. Le président du Brésil, Lula, qui avait félicité Keiko et souhaité une collaboration entre les pays « pour un futur prospère de l’Amérique du Sud », s’était fait représenter par son ministre des Affaires étrangères, Mauro Vieira. L’Uruguay, cette petite Suisse latino un peu « woke », avait, lui, délégué son président, Yamandú Orsi, un homme d’une gauche très conciliatrice avec tous ses voisins de droite.



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écrivain et journaliste français.

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