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Je suis sorti dévasté de « L’Abandon »

"Coup de rouge", l'humeur d'Olivier Dartigolles


Je suis sorti dévasté de « L’Abandon »
(Au centre) Antoine Reinartz interprète le professeur Samuel Paty © Guy Ferrandis / UGC

L’Abandon, le film de Vincent Garenq sur la tragédie de Samuel Paty, s’oppose à la lâcheté et à l’indifférence face au terrorisme islamiste. Il nous rappelle aussi que trop de professeurs sont encore abandonnés.


Digne et précis. Sobre et juste. Sans enflure ni pathos. Seul le réel, celui des onze derniers jours de la vie du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty. Et de son assassinat au terme d’un implacable processus d’abandon. Le film de Vincent Garenq est à la fois une œuvre cinématographique, un outil de mémoire et de pédagogie. Un cri sans décibels, en direction de ceux qui regardent ailleurs. En réponse à la lâcheté de ceux qui trouvent qu’il « est encore trop tôt », qui ne veulent pas de « généralisation », de « stigmatisation » du monde de l’éducation. Sans oublier un autre mal qui ronge notre société : l’indifférence. « Paty ? Oui, et alors ? »

L’engrenage infernal

J’ai retardé le moment avant de prendre la direction du MK2, Quai de Loire. Comme saisi d’intranquillité, j’ai laissé passer un peu de temps avant de prendre place dans la salle de cinéma.

Depuis le 16 octobre 2020, je crois avoir lu tout ce qui s’est écrit sur le professeur Paty, sur cette terrible mécanique s’achevant par sa décapitation sous le couteau du terroriste islamiste Anzorov, après la fatwa numérique lancée par le parent d’élève Chnina et le militant islamiste Sefrioui. J’ai lu et archivé de manière compulsive, cherchant une information complémentaire, une donnée nouvelle, un témoignage. J’ai suivi avec la même intensité les sept semaines d’audience du procès. Puis, en appel, le 2 mars dernier, le verdict de la cour d’assises spéciale de Paris est tombé.

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Ces onze derniers jours, j’en connais l’engrenage. Alors pourquoi cette intranquillité ?

Pour moi, de la maternelle à mon baccalauréat, l’école a été un sanctuaire. Je suis un enfant de l’école publique, des services publics locaux qui m’ont beaucoup apporté. Je leur dois tant. Après mes études universitaires à l’université Michel-de-Montaigne-Bordeaux III, j’ai aimé mon métier d’enseignant en histoire-géographie. Encore aujourd’hui, par le truchement des réseaux sociaux, il m’arrive de recevoir des messages de mes anciens élèves. C’est toujours une vraie émotion.

L’école assiégée

Je le savais. Je suis sorti dévasté par ce film. Ce terme est-il le plus juste pour décrire ce que j’ai alors éprouvé ? C’est en tout cas celui qui me semble au plus près de ce que j’ai ressenti. J’ai appelé un ami, qui exerce toujours le métier d’enseignant, dans la même discipline que celle du professeur Paty. Et un autre, professeur de lettres, comme Dominique Bernard. Les deux, qui ont vu le film, me disent la même chose : « Tu sais Olivier, on continue à se sentir très seuls… » Voilà très certainement la source de mon intranquillité. Ne plus être avec eux.

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Une année scolaire, celle de 1998-1999, avec une classe de troisième, nous avions fait un chemin de mémoire, du camp de Gurs (64) aux plages du débarquement de Normandie. Avec une étape à Oradour-sur-Glane (87). Un des élèves fut difficile à gérer. Provocateur et crâneur. Jusqu’à sa rencontre avec monsieur Robert Hébras. Voir ce gamin chavirer face au récit de l’un des six rescapés du 10 juin 1944 reste pour moi un souvenir marquant de mes années enseignantes. Puis, j’ai constaté que les inégalités scolaires étaient le décalque des inégalités sociales. C’est, encore aujourd’hui, l’un des défis à relever en priorité.

L’École a changé, car notre société n’est plus la même. Elle fait encore et toujours un travail considérable, mais elle est attaquée. Les enseignants manquent d’outils pour parler de ce qui est arrivé au professeur Samuel Paty. Le film de Vincent Garenq est là.

Juin 2026 - #146

Article extrait du Magazine Causeur




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Olivier Dartigolles est chroniqueur politique. Il intervient sur Cnews, Sud Radio et La Terre.

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