Dans sa lutte acharnée et séculaire contre le matérialisme athée, la subversion communiste et l’avènement de la société sans classes, l’Église catholique a mené à bien une prodigieuse opération d’enfumage (blanc, en l’occurrence) et de diversion médiatique pour cacher son affolement. En effet, on ne nous fera pas croire que l’élection du nouveau pape, le 13 mars, respire la sérénité et serait due à l’infusion de la Grâce chez les cardinaux. La hâte avec laquelle a été choisi un archevêque argentin moyennement connu sur qui les vaticanologues disent tout et son contraire (antilibéral et ami des pauvres pour les uns, pape de combat contre la gauche et suppôt de Videla pour les autres) prouve, à qui sait regarder, la panique qui a régné au sein du conclave.
La raison de cette précipitation visible n’est pourtant pas à chercher bien loin. On s’est soudain avisé, sous les plafonds de la chapelle Sixtine, qu’il fallait en toute urgence, en ces temps de crise planétaire du libéralisme, occulter un événement capital – c’est le cas de le dire – qui aurait pu donner des idées à certains. Le 13 mars 2013 est, comme n’importe quel calendrier vous le confirmera, la veille du 14. Or, le 14 mars 1883, il y a 130 ans, Karl Marx mourait dans sa soixante-cinquième année à Londres.
Du coup, forcément, il y a eu beaucoup moins de monde pour se recueillir sur sa tombe au cimetière de Highgate et donc pour mieux préparer la révolution mondiale que de catholiques réunis Place Saint-Pierre pour communier dans l’obscurantisme le plus rétrograde.
Pour un joli coup, c’est un joli coup.

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