Cyril Bennasar a rendu visite à sa mère hospitalisée avec le Covid. Sa conclusion est sans appel: l’hôpital, ça fait moins peur en vrai qu’à la télé.


J’attends, planté entre la porte close du bureau des infirmières et la double porte bleue au battant gauche grand ouvert et au battant droit fermé avec un panneau scotché dessus : « Attention-unité Covid-entrée interdite à tous les visiteurs ». Je ne suis pas venu voir ma mère, enfermée dans une chambre depuis une semaine à l’hôpital d’Arpajon, mais discuter avec le médecin de sa santé et de sa sortie. Le matin au téléphone, il a répondu un peu sèchement à ma demande de le rencontrer : « Monsieur, le matin je fais mes visites, vous me dérangez, rappelez après 14 heures ! » J’ai juste eu le temps de glisser timidement : « Après 14 heures, je peux passer vous voir ? » Et il m’a répondu, exaspéré : « Oui, jusqu’à 18 heures, là, je fais mes visites. » Et pour clore la conversation, même si son ton ne convenait pas pour un innocent (je ne savais pas pour ses visites, une standardiste me l’avait bien passé…), j’ai préféré me soumettre en excuses devant ce docteur revêche qui tenait ma mère de 80 ans entre ses seringues.

Bureau des rigolades

En arrivant devant l’entrée de l’hôpital, j’ai croisé un vieil Arabe qui fumait sa clope dehors, et  puis une infirmière venue au pas de charge le chercher : « Vous n’avez pas le droit de sortir, vous le savez. On vous préviendra quand votre femme sera là. Allez, on rentre, vite, monsieur (nom arabe). » Le type s’est mis à la suivre mollement en riant. Je suis arrivé jusqu’à l’accueil puis monté au troisième. J’ai abordé une infirmière à l’entrée de la zone interdite, que j’imaginais comme à la télé : unité étanche, locaux sous cloche, service saturé au personnel manquant, d’où parlent des soignants au bord du burn out et où l’on n’entre qu’habilité et habillé en cosmonaute. Elle m’a invité à attendre, à la limite de la zone bleue, le temps de prévenir le docteur Hamibi de ma présence en m’assurant qu’elle ne m’oublierait pas avant de s’enfermer dans un bureau. Et depuis, j’attends, coincé entre deux portes. Confiant et interdit devant le panneau Covid, j’entends des bavardages et des rires de filles venus du bureau, et je vois passer par la porte ouverte sur la zone dangereuse des infirmières qui viennent des ascenseurs, un employé avec un carton sous le bras, une autre avec un chariot de ménage, tous masqués, ma

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Novembre 2020 – Causeur #84

Article extrait du Magazine Causeur

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