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L’hébergement de migrants, une valeur refuge

Ce produit financier dégage 3,5% de marge.

L’hébergement de migrants, une valeur refuge
Migrants hébergés dans un hôtel Formule 1 à Courcouronnes, 2015. SIPA. 00714931_000022

La majeure partie de l’hébergement des demandeurs d’asile a été confiée à CDC Habitat, une filiale de la Caisse des dépôts qui a créé un Fonds d’investissement spécial. Ce produit financier dégage 3,5% de marge. Une bonne affaire. 


Filiale de la Caisse des dépôts, CDC Habitat a racheté fin 2016 au groupe Accor 62 hôtels F1 (ex-Formule 1). De quoi loger 7700 personnes, dans le cadre d’un appel d’offres public pour l’hébergement de 10 000 réfugiés, lancé par le gouvernement. Ayant remporté 70 % du marché, CDC Habitat a créé un fonds d’investissement social de 200 millions d’euros, abondé pour moitié par des institutionnels et pour moitié par la Banque du conseil européen. C’est avec les sommes levées qu’elle a racheté ses hôtels low cost à Accor, qui rechignait à financer leur indispensable rénovation. Le choix était judicieux. Cubes sans grâce construits dans les années 1980, hyperfonctionnels, la plupart des F1 sont posés en bordure de quatre voies, dans des zones d’activité. On n’y trouve guère de riverains susceptibles de monter au créneau contre le changement d’affectation des hôtels et l’arrivée de cette nouvelle clientèle atypique (qui s’avère du reste fort discrète). Inconvénient, les F1 sont excentrés. Ils ont été pensés pour des automobilistes. Concernant celui que nous avons visité, dans la zone commerciale de Gourvily, en périphérie de Quimper, les locataires ont trouvé une solution : des vieux vélos s’entassent devant l’entrée. Dans le hall, une affichette donne les horaires d’un atelier de réparation de cycles animé par des bénévoles. Bretagne, terre de migrations et de cyclisme.

Beaucoup mieux que le livret A

L’État accorde 16,50 euros par nuitées à CDC Habitat, ce qui permettra à la société de dégager une rentabilité de 3,5 % sur ce produit. Avec le livret A à 0,75 %, ce n’est pas si mal. Le rendement du réfugié est, point crucial, garanti par l’État, qui fournit les locataires et paye les loyers ! Comme placement sous-jacent d’un actif financier, on peut imaginer plus risqué.

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« Nous allons industrialiser nos procédés et le contrat sur cinq ans nous permettra de réguler les dépenses », promettait dans Les Échos du 15 mars 2017 Vincent Mahé, le secrétaire général de CDC Habitat. La société ne manque pas d’expérience. Sa branche Adoma, en charge des foyers d’accueil, est l’ex-Sonacotra. Son investissement, mûrement réfléchi, par ailleurs, suggère que la « crise » des migrants est partie pour devenir structurelle. CDC Habitat pourrait difficilement amortir les sommes investies en cinq ans seulement. L’hébergement d’urgence ne se borne pas aux migrants, mais ces derniers en constituent néanmoins le segment le plus dynamique, le SDF classique faisant plutôt figure de marché mature, sans réel potentiel de croissance et avec une forte saisonnalité. Hors des pics de froids, le SDF est difficile à fidéliser, contrairement au demandeur d’asile.

Economique pour l’Etat

L’État, quant à lui, devrait réaliser quelques économies, car la filiale de la Caisse des dépôts est nettement moins chère que les hôteliers ordinaires, qu’il faut défrayer en urgence. En matière de crise humanitaire, l’heure n’est plus à l’improvisation, mais à la financiarisation. L’emprunt social de CDC Habitat (ou « social bond ») n’est pas un cas unique. La Finlande a expérimenté une démarche comparable pour l’intégration des migrants en 2017. L’ingénierie mise en place était assez subtile, ce qui contribuait opportunément à occulter une évidence. En définitive, dans un emprunt public, c’est toujours la collectivité qui assume le remboursement, intérêt compris.

Octobre 2018 - Causeur #61

Article extrait du Magazine Causeur


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