(Avec AFP) – Avant un nouvel Eurogroupe sur la crise grecque sans perspective d’accord avec les créanciers du pays, la fermeté du Premier ministre Alexis Tsipras semble inébranlable malgré une mise en garde alarmiste de la Banque centrale sur le risque de sortie de la zone euro, voire de l’UE.

« L’incapacité à parvenir à un accord marquerait le début d’un chemin douloureux qui mènerait d’abord à un défaut de paiement de la Grèce puis, au bout du compte, à la sortie du pays de la zone euro et, très probablement, de l’Union européenne », a prévenu la Banque de Grèce dans son rapport annuel sur l’économie du pays.

Dans cette intervention au ton très politique pour une institution monétaire, celle-ci juge que la conclusion d’un accord entre la Grèce et ses créanciers est un « impératif historique » et estime que « peu de chemin reste à parcourir » vers un compromis.

Elle appelle les deux parties à faire preuve de souplesse. La banque invite le gouvernement grec à reconnaître que l’abaissement des objectifs d’excédent primaire accepté par l’UE et le FMI lui donne « le temps nécessaire pour son ajustement budgétaire et quelques degrés de liberté supplémentaire dans la conduite de la politique budgétaire » et les créanciers à « réaffirmer et formuler en des termes plus précis leur volonté » d’octroyer à la Grèce un allègement de sa dette publique « comme initialement prévu » en 2012.

Alexis Tsipras Grexit

Depuis plusieurs semaines, Athènes ne parvient pas à s’entendre avec les créanciers internationaux (Fonds monétaire international, Union européenne, Banque centrale européenne) sur un train de réformes économiques qui permettrait le déblocage d’une nouvelle tranche de prêts vitale pour le pays.

Sans le feu vert des créanciers, la Grèce pourrait être dans l’incapacité de rembourser les quelque 1,5 milliard d’euros qu’elle doit au FMI d’ici à la fin juin. Alexis Tsipras joue donc sa dernière carte, au culot, en laissant planer la menace du « Grexit ».

Ce scénario, potentiellement fatal à son propre gouvernement, provoquerait la faillite des banques grecques et contraindrait le pays à une transition très douloureuse. Mais Tsipras sait aussi combien ses partenaires redoutent deux choses plus que tout : le chaos dans lequel une telle annonce plongerait les marchés, et l’obligation d’avouer à leurs citoyens qu’ils y ont laissé des dizaines de milliards d’euros.

Actuellement, les salaires des fonctionnaires grecs sont en effet payés par les impôts des contribuables français et allemands. Et se montrer compréhensif avec quelqu’un qui vous doit autant d’argent est plus facile s’il ne passe pas son temps à vous cracher dessus…

Une énième réunion des Premiers ministres et chefs d’états européens devrait avoir lieu samedi. Alexis Tsipras ferait sans doute mieux d’éviter d’y redire que le FMI est « criminel » (comme hier) ou encore que les européens sont « stupides » et « pillent la Grèce ».

Sans quoi, pour un touriste bavarois, un mois de vacances à Mykonos finira bientôt par coûter encore moins cher qu’une semaine à Tunis.

*Photo : © AFP LOUISA GOULIAMAKI

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