Accueil Économie Gobelets en plastique: quand l’idéologie fabrique du droit jetable

Gobelets en plastique: quand l’idéologie fabrique du droit jetable

Une tribune libre de Joseph Tayefeh, Secrétaire général du syndicat Plastalliance qui représente l’industrie de la plasturgie


Gobelets en plastique: quand l’idéologie fabrique du droit jetable
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Mardi dernier, la France a décidé de reporter à 2030 l’interdiction des gobelets en plastique. Notre pays ne protège ni l’environnement, ni son industrie : il produit simplement du droit instable, de la défiance et du renoncement, dénonce cette tribune.


La France est en train de devenir un cas d’école.

Non pas de transition écologique réussie, mais de désordre législatif organisé, nourri d’effets d’annonce, de renoncements plus ou moins en catimini et d’une hypocrisie devenue structurelle.

Le report à 2030 de l’interdiction des gobelets jetables contenant du plastique, prévue initialement au 01er janvier 2026, n’est que le dernier épisode d’une série de reculs que le gouvernement se garde bien de relier entre eux. Pourtant, le fil est évident : la loi AGEC de 2020 ou la loi « Climat et résilience » de 2021 ont été écrites sous pression idéologique, sans boussole juridique européenne, sans analyse industrielle sérieuse, et elles se délitent morceau par morceau.

Avant les gobelets, c’étaient certains emballages styréniques qui échappaient à la disparition. Le pot de yaourt en polystyrène aurait ainsi pu être concerné.

L’interdiction prévue au 1er janvier a tout simplement été abrogée par l’article 37 de la loi du 30 avril 2025 portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne. Traduction politique : ce qui avait été voté avec fracas est devenu juridiquement intenable. On supprime donc l’interdiction, discrètement, au détour d’un texte technique, sans jamais reconnaître l’erreur initiale.

Et la suite est déjà écrite.

Un projet de loi actuellement en discussion prévoit d’abroger une autre disposition emblématique de la loi AGEC : l’interdiction des emballages plastiques pour les fruits et légumes, inscrite à l’article L.541-15-10 du code de l’environnement. Là encore, la raison est simple et implacable : incompatibilité avec le droit européen, impossibilité technique, et insécurité juridique manifeste.

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Ces reculs successifs ne sont pas des ajustements marginaux. Ils révèlent une réalité que beaucoup refusaient d’admettre : une partie significative des dispositions antiplastiques de la loi AGEC n’est pas applicable, soit parce qu’elle contrevient au marché unique, soit parce qu’elle repose sur des alternatives inexistantes à grande échelle.

Le plus inquiétant n’est pas le recul en soi. En politique publique, corriger une erreur peut être une preuve de lucidité. Ce qui est préoccupant, c’est l’amateurisme initial, et surtout le refus obstiné d’en tirer les conséquences. Car pendant que le gouvernement détricote en silence, certains industriels mal informés, eux, ont marché tête baissée vers une impasse : réorientation des lignes de production, modification des chaînes logistiques, parfois au prix de millions d’euros, sur la base de trajectoires législatives que l’État savait fragiles. L’instabilité est devenue la norme, et l’incertitude réglementaire un risque industriel à part entière.

Le sommet de l’hypocrisie reste pourtant intact : l’objectif affiché de suppression des emballages plastiques à usage unique à l’horizon 2040 qui figure encore dans la loi. Tout le monde sait que cela n’arrivera pas. Le gouvernement le sait. Des ONG le savent. Des juristes le savent. Les institutions européennes le savent. Mais cet horizon fictif continue d’empoisonner le débat, d’obérer la visibilité des industriels, et de justifier des politiques publiques incohérentes. Maintenir un objectif irréalisable n’est pas de l’ambition : c’est de la démagogie réglementaire.

Il est temps de sortir de cette comédie. Soit la France assume une politique industrielle compatible avec le droit européen, fondée sur la circularité réelle, le recyclage, et l’innovation. Soit elle continue à voter des interdictions symboliques destinées à être abrogées quelques années plus tard, au détriment de sa crédibilité et de son tissu productif. À force de céder à l’écologie punitive sans base technique ni juridique, la France ne protège ni l’environnement, ni son industrie. Elle produit simplement du droit instable, de la défiance et du renoncement.

Le plastique n’a pas besoin d’idéologie. Il a besoin de règles claires, applicables et européennes. Tout le reste n’est que théâtre législatif.

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Secrétaire général du Syndicat de la plasturgie et des composites Plastalliance.

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