Accueil Politique Une minute pour Quentin

Une minute pour Quentin

Le regard libre d’Elisabeth Lévy


Une minute pour Quentin
Avant une nouvelle séance houleuse, membres du gouvernement et députés se lèvent pour une Minute de silence pour Quentin Deranque, tué à Lyon, à l'Assemblee nationale, 17 février 2026 © ISA HARSIN/SIPA

Violence politique. Les Insoumis ont exceptionnellement cessé de bordéliser l’Assemblée nationale pendant la minute de silence pour Quentin Deranque, hier après-midi. L’assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault a finalement été interpellé par la police le même jour. Nous vous proposons d’écouter la chronique radio d’Elisabeth Lévy.


L’Assemblée nationale condamne unanimement la violence politique. « L’Assemblée condamne unanimement et sans réserve tous les actes de violence et de haine. Comme le rappelait Robert Badinter, dans une démocratie apaisée ce n’est pas l’affrontement qui doit régner c’est le droit. La première des évidences dans une démocratie est le refus de la violence physique. Il revient à chacun d’être les garants de la dignité du débat public et d’appeler au calme », a affirmé Yaël Braun-Pivet avant la minute de silence, hier.

« Ça va être un moment abject », pronostiquait un député LFI avant la séance. Mais hier, les députés se sont tous levé pour Quentin, même les insoumis qui, pour une fois, se sont abstenus d’éructer, presque stoïques sous les accusations. Les grands mots et les grands sentiments étaient de sortie. Une seule mesure est envisagée par l’exécutif : l’interdiction de réunions et la dissolution de groupes déjà dissous. Si on mesure notre impuissance à la détermination affichée, nous n’en avons pas fini avec la brutalisation de la vie publique.

Au moins, maintenant, tout le monde est conscient du problème. Tout le monde est saisi par l’émotion. Mais l’émotion n’est pas une politique. Derrière l’unanimité d’un jour, les lignes ne bougent pas.

A lire aussi, Patrick Atlan: Reconnaître le fascisme

A gauche, on pleure mais aucun effort réel de vérité n’est fait. Le meurtre de Quentin est abject mais n’oublions pas le combat contre l’extrême droite. On pouvait lire hier un édito sidérant dans Le Monde. « Ceux qui l’ont tué n’ont pas seulement commis un meurtre, ils ont sali les combats progressistes et humanistes. Leur geste scandaleux, commis au nom d’idéaux de gauche, ne doit pas faire oublier que l’extrême droite compte des partisans ouverts de la violence, et des ennemis acharnés de la démocratie et de la République. » C’est comme le communisme. Une belle idée mal réalisée. La violence est accidentelle et Quentin un regrettable dommage collatéral d’une guerre légitime contre la bête immonde.

Mélenchon dit : « On se déshonore lorsque l’on frappe d’une manière qui comporte le risque d’infliger la mort ». Comme condamnation, on a vu plus clair. La complaisance pour la violence est dans l’ADN de la gauche depuis sa naissance révolutionnaire (1793). Le combat n’est plus politique mais moral : on n’affronte pas des adversaires, on lutte contre les ennemis de l’humanité. Certes, les réseaux sociaux en témoignent, ces affects robespierristes, théorisés à gauche, se sont largement diffusés.

Reste une certitude : la politique ne remplit plus sa fonction première qui est de civiliser et de représenter les conflits pour nous permettre de vivre ensemble. Mais la civilité, l’esprit des Lumières et le goût du pluralisme ne se décrètent pas.


Retrouvez Elisabeth au micro de Patrick Roger sur Sud Radio :



Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !

Article précédent Reconnaître le fascisme
Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Pour laisser un commentaire sur un article, nous vous invitons à créer un compte Disqus ci-dessous (bouton S'identifier) ou à vous connecter avec votre compte existant.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération