Accueil Monde Macron, verbe et impuissance

Macron, verbe et impuissance

Alain Destexhe joue cartes sur table


Macron, verbe et impuissance
Munich, Allemagne, 13 février 2025 © Kay Nietfeld/DPA/SIPA

Notre chroniqueur observe et déplore le déclassement international de la France


La France, hélas, compte de moins en moins dans le monde. Jadis, par sa voie indépendante et souvent respectée, elle pesait lourd dans les affaires internationales. Sous la présidence d’Emmanuel Macron, le pays s’est progressivement transformé en acteur secondaire, bavard mais peu influent. Le prestige de la présidence, autrefois symbole de grandeur, s’est dissous dans les volte-face, les postures, et les « en même temps ».

L’Afrique : l’échec le plus flagrant

C’est peut-être en Afrique que l’échec d’Emmanuel Macron apparaît le plus nettement. Au Mali, au Burkina Faso, au Niger, au Tchad, les gouvernements ont mis fin aux accords militaires et exigé le départ des troupes françaises. Au Sénégal, le président Bassirou Diomaye Faye qualifie la présence française d’« anomalie » et en demande le retrait. Même en Côte d’Ivoire, longtemps alliée fidèle, les autorités annoncent vouloir reprendre le contrôle de la base d’Abidjan. C’en est fini du « pré-carré ».

Macron s’est obstiné à croire que son « nouveau partenariat égalitaire » séduirait le continent. Mais en qualifiant la colonisation de « crime contre l’humanité », il a, par un effet boomerang, nourri l’hostilité à l’égard de la France. Au Sahel, on voit désormais des drapeaux russes là où flottait le tricolore, et des mercenaires russes — eux-mêmes en difficulté — à la place des légionnaires. Plus au nord, l’Algérie continue d’humilier Paris en refusant de reprendre ses ressortissants sous OQTF, et c’est finalement l’Allemagne qui a obtenu la libération de Boualem Sansal.

L’Ukraine pour faire diversion

Au début de l’invasion russe en 2022, Emmanuel Macron se rêvait en médiateur. Des heures au téléphone avec Vladimir Poutine, persuadé de pouvoir raisonner le maître du Kremlin, au grand dam des alliés européens. Il se voyait en interlocuteur incontournable. Puis, brusque virage : le président devient chef de guerre de plateau télé. Il donne des leçons de morale, appelant l’Europe « à ne pas être lâche ». La guerre en Ukraine, qui alourdit encore des finances publiques déjà fragiles, devient aussi un moyen de masquer ses échecs intérieurs et de se replacer au centre du jeu politique, qu’il avait perdu après la dissolution ratée de 2024. Aujourd’hui, avec le désengagement américain, il serait question de reparler à Vladimir Poutine. Après cinq ans de guerre, la boucle serait bouclée.

A ne pas manquer: Affaire Al-Durah, 25 ans après: qui a tué la vérité?

D’une coalition contre le Hamas à la reconnaissance de la Palestine

Au lendemain du massacre du 7-Octobre, Emmanuel Macron voulait rassembler une coalition internationale contre le Hamas. Deux ans plus tard, il reconnaît la Palestine à l’ONU et entraîne d’autres pays dans son sillage. Il refuse également de prendre pleinement la mesure de l’antisémitisme qui explose en France depuis cette date. Son absence à la grande marche contre l’antisémitisme demeure tout aussi incompréhensible, sauf à l’expliquer par de bas calculs électoralistes.

Le plan Trump pour Gaza constitue une humiliation pour Macron qui avait misé, sans aucun effet, sur la reconnaissance de la Palestine pour « débloquer » la situation. Le président américain s’est ouvertement moqué de lui lors du Sommet de Sharm el-Cheikh.

L’Europe : l’abandon progressif de la souveraineté française

L’Europe devait être le cœur du projet d’Emmanuel Macron : une Europe souveraine, puissante, parlant d’une seule voix. Dans les faits, il a surtout sacrifié la souveraineté française sur l’autel du compromis permanent avec Berlin et la Commission européenne.

Il a d’abord cédé sur le nucléaire, pilier de notre indépendance énergétique. Pour plaire aux écologistes et à l’Allemagne, il a réduit le parc français. Puis, il a fait marche arrière. Sur la politique agricole et le Mercosur, la France, pays fondateur de l’Union européenne, seconde économie des 27, subit l’humiliation d’être mise en minorité lors d’un vote à la majorité qualifiée. En 1967, dans des circonstances similaires, le général De Gaulle avait pratiqué la politique de la chaise vide pendant six mois.

Macron croit dans la magie des contacts personnels. Il pensait pouvoir charmer Donald Trump. On se souvient des tapes dans le dos, des dîners d’État, d’une poignée de main interminable. Mais très vite, l’Américain l’a remis à sa place : celle du petit garçon qui veut jouer dans la cour des grands. « Ce qu’il dit importe peu… Il n’a pas beaucoup de poids », avait déclaré Trump avant de l’humilier de nouveau en Égypte. On n’imagine pas un président américain traiter de Gaulle, Pompidou, Giscard ou Mitterrand de la sorte.

David Lisnard a bien résumé le rôle d’Emmanuel Macron sur la scène internationale : un figurant bavard. Après huit ans de présidence, il laisse une France affaiblie aussi au niveau international où plus personne ne le prend au sérieux.



Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !

Article précédent Le grand verbe français
Sénateur honoraire belge, ex-secrétaire général de Médecins sans frontières, ex-président de l’International Crisis Group

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Pour laisser un commentaire sur un article, nous vous invitons à créer un compte Disqus ci-dessous (bouton S'identifier) ou à vous connecter avec votre compte existant.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération