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Et Mary créa Frankenstein

Et Mary créa Frankenstein

Vue de l’extérieur, la Fondation Martin-Bodmer, à Cologny, ressemble à une terrasse flanquée de deux pavillons classiques, qui plonge dans le lac Léman et envoie le regard se poser sur la cime des Alpes. Cette perspective, Mary Shelley, la jeune auteur de Frankenstein ou le Prométhée moderne, l’avait sous les yeux à l’été 1816. Avec son amant, Percy Shelley, et ses voisins sur les bords du lac, lord Byron et John William Polidori, Mary Shelley, 18 ans, découvrait l’amour libre, la littérature fantastique et les paysages chers aux romantiques. C’est là que se tient jusqu’au 9 octobre l’exposition « Frankenstein, créé des ténèbres ».[access capability=”lire_inedits”]

1816 est une année que l’éruption du volcan Tambora et son nuage de cendres ont privée d’été. Pour tuer l’ennui, les amants et leurs compagnons s’amusent à inventer des histoires de fantômes. D’une écriture ronde, lisible même dans ses ratures et ses rajouts aux marges, Mary compose un roman. C’est à la genèse de Frankenstein, ainsi qu’à sa troublante actualité, qu’est consacrée l’exposition. Dans les vitrines, des pages manuscrites à peine retouchées, les premières éditions du roman, ses traductions, des contributions de Polidori et Byron…

Toute célébration s’attache, d’ordinaire, à démontrer la criante modernité de son objet. Dans le cas de Frankenstein, celle-ci n’est pas artificielle. Les commissaires de l’exposition n’ont de cesse de l’affirmer, Frankenstein est le roman scientifique – et psychanalytique avant la lettre – de la transgression. Shelley actualise la mise en garde divine faite à Prométhée en narrant la punition du Dr Frankenstein, l’homme qui a voulu prendre la place de Dieu dans la Création : « La lumière, les sentiments et les sensations s’éteindront ; c’est dans cet état seulement que je puis espérer connaître le bonheur. »

La bataille de la science contre la nature a de quoi nourrir encore littérature et cauchemars. Il suffit pour s’en assurer de contempler l’expression du Dr Frankenstein représenté par Theodor von Holst. Le savant vient d’insuffler « the sparkle of being », l’étincelle de la vie, à sa créature, celle-ci s’éveille, le visage du docteur est figé par l’horreur, face à ce qui semble pire que la vision même de la mort.

En fin de parcours, on nous rappelle que le début du xixe siècle est, encore tremblant des secousses de la Terreur, une période de destruction radicale de l’ordre établi. La brutalité du renversement d’un État est souvent proportionnelle à celle de son rétablissement.[/access]

« Frankenstein, créé des ténèbres », jusqu’au 9 octobre à la Fondation Martin-Bodmer (Cologny, Suisse). Catalogue : Frankenstein, créé des ténèbres, sous la direction de Nicolas Ducimetière, Gallimard.

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Été 2016 - #37

Article extrait du Magazine Causeur


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étudie la sophistique de Protagoras à Heidegger. Elle a publié début 2015 un récit chez L'Editeur, Une Liaison dangereuse.

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