Au début, la présentation de l’ouvrage de Laurence Schifano, Le cinéma italien de 1945 à nos jours, très scolaire, un peu aride, pourrait rebuter le lecteur. Mais une fois ouvert, ce livre se dévore comme un plat de rigatonis au porc et au citron. L’auteur a un style alerte, vif et précis. Elle passe en revue les différents genres affectionnés par le cinéma italien depuis la fin de la seconde guerre. Elle montre sa prédilection pour les « filons », l’épuisement d’un type de film ou de séries de films jusqu’à l’absurde, la parodie de parodie de parodie tels les « Trinita » ou les « Django » tournés après les westerns « spaghettis » de Sergio Leone, ce qui n’en fait pas tant s’en faut des mauvais films.

L’amateur de cinéma « bis » ou carrément « Z », de cinéphilie réputée « honteuse » le sait déjà il est vrai. Tarantino est un de ceux-là connaissant sur le bout des doigts toutes ces œuvres dont tous les « rape and revenge » ayant inspirés l’argument de base de Kill Bill. On ne compte pas non plus les pseudo Mad Max faisant suite à l’original, les « dystopies » survivalistes violentes, les films de « zombies » inspirées de La nuit des morts vivants, voire les simili « documentaires » sur les « cannibales » copiés des « Mondo », les « thrillers » sanglants, les « Maciste » repris dans les années 50 et 60 etc.

Les cinéastes italiens épuisant ces « filons » comme on presse un citron auront toujours beaucoup de recul sur leurs longs métrages. Maintenant que le ciné « bis » est « in » on en fait des chefs-d’œuvre méconnus. Il faut quand même se rappeler qu’il s’agissait juste d’épuiser un sujet au départ…

Le cinéma italien de grand spectacle profitera également un temps des Américains ayant délocalisé très souvent Hollywood à Cinecitta après la guerre.

Sur l’autre berge, réputée plus honorable, Laurence Schifano évoque l’influence majeure du néoréalisme sur toute la production italienne à partir des années 40, du Voleur de bicyclettes de De Sica aux films de Fellini en passant par ceux d’Antonioni jusqu’à ceux plus sarcastiques, plus caustiques de Dino Risi ou Mario Monicelli. Cela laissera penser certains réalisateurs de comédies plus populaires de ce pays qu’il suffit de mettre un romain ou un napolitain devant la caméra en lui donnant un canevas d’action. On le laissera improviser et cela donnera toujours quelque chose d’amusant ou d’authentique.

Il arrive que cela fonctionne réellement, par exemple avec le très drôle Pain, amour et fantaisie ou Riz amer avec Silvana Mangano dont les bas émerveilleront le jeune Antoine Doinel…

Cela aura pour conséquence les kilomètres de comédies douteuses tournées au kilomètre dans les années 70 et 80 avec des comiques transalpins lourdingues. Le lecteur quadragénaire se souviendra entre autres des films de Bud Spencer et Terence Hill, des « zèderies » vaguement sexy avec Edwige Fenech ou Corinne Cléry. Tous ces acteurs étaient moins fins que le grand Toto qui fut un comique comparable à Chaplin ou Buster Keaton, des films de « téléphones blancs » du fascisme jusqu’à Pasolini avec qui il tourne en 1966.

On me rétorquera certes que ces comiques étaient moins lourds que certains comédiens actuels portés aux nues par la critique dont ceux des films de Judd Apatow…

Le néoréalisme demande une préparation et une exigence très grandes. Cette école de réalisation naît surtout de la pénurie de pellicule et de matériel cinématographique d’après-guerre. Les cinéastes de la péninsule ne pouvaient se permettre de les gaspiller en se permettant plusieurs prises et en testant différents angles de prises de vue. Les scénaristes travaillant étroitement avec les réalisateurs y sont très importants, tels Age et Scarpelli. Il y a plusieurs femmes parmi eux, en particulier Susei d’Amico.

Le cinéma italien en 2016 n’est pas encore mort, mais il est pour le moins moribond de par le système Berlusconi toujours en place. Pour être produit, un film italien doit pouvoir être accepté par les chaînes télé du magnat amateur de chair fraîche. Il doit plaire au plus grand nombre, éviter la controverse, permettre d’y intercaler des pubs. Son avenir n’est pas rose…

Le cinéma italien de 1945 à nos jours, Laurence Schifano, 4ème édition, avril 2016.

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Amaury Grandgil
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