Mondial 2026 : Pourquoi les Bleus ont choisi de ne plus être les gentils avant le choc face à la Roja
Les joueurs de l’équipe de France se sont eux-mêmes qualifiés ainsi : « les méchants ». Les deux défenseurs des Bleus, Maxence Lacroix et Ibrahima Konaté, à qui incombera l’ardue tâche de neutraliser le reptilien attaquant ibère, Lamine Yamal (19 ans seulement), ont expliqué dimanche, deux jours avant la demi-finale de la Coupe du monde (mardi à 21 h – fuseau de Paris – à Dallas) qui les opposera à l’Espagne, dite la Roja (la Rouge), lors de la conférence de presse d’après-entraînement, ce choix à résonance belliqueuse. Il montre « la mentalité de l’équipe » qui, ont-ils insisté, est « remplie de combattants, de guerriers. C’est comme ça qu’on aborde les matchs. »
Propos opportuns qui viennent, incidemment et à leur insu, corroborer que, sur le terrain, contrairement aux dires d’une presse française encline au chauvinisme – on le serait à moins, vu le parcours sans faute jusqu’ici de sa sélection –, ils savent ne pas être toujours les « gentils ». En la circonstance, ils affichent leur détermination, voire une hargne, à s’imposer face à l’Espagne, la Roja, puis à décrocher, dimanche prochain à New York, une troisième étoile, si d’aventure ils l’emportent soit contre l’Argentine, soit contre l’Angleterre, qui disputent, elles, mercredi, à Atlanta, toujours à 21 h, l’autre demi-finale.
Propos racistes contre la France en coulisses
Cette éventuelle victoire ferait de la France le quatrième pays le plus titré, à égalité avec, ironie de l’histoire, l’Argentine qui en a déjà trois, derrière le quintuple Brésil et les quadruples Allemagne et Italie. On constate que ces trois derniers, les plus couronnés, n’ont fait que de la figuration lors de cette édition. L’Italie n’a même pas pu se qualifier pour la phase finale.

C’est Kylian Mbappé qui a le premier qualifié les Bleus de « méchants » dans un message qu’il avait diffusé le 30 juin, après la victoire sur la Suède par 3 à 0. Si les deux défenseurs français l’ont mis en exergue, c’est que les Bleus ont sans doute vu rouge après les propos de l’ancien Premier ministre espagnol conservateur, Mariano Rajoy, dans une tribune faisant l’éloge de la Roja. Il disait que, si l’équipe de France a « un excellent football », c’est parce « qu’il n’y a pas de Français ». Qualifiés de racistes, ces propos ont soulevé un tollé d’indignation. Même Olivier Faure, secrétaire national du PS – qui en politique a l’art de marquer des buts contre son camp –, y est allé de sa réaction. Il a rappelé que la France n’est pas une « nation ethnique », omettant d’admettre, en revanche, que ce jacobinisme nie des droits que l’Espagne a, elle, fini par reconnaître à ses propres minorités, notamment basque ou catalane, sans toutefois les satisfaire pleinement. Mais c’est un débat qui dépasse le cadre du ballon rond.
Pour revenir à celui-ci, difficile de pronostiquer l’issue du match, qui a quelque chose de, disons, un peu « consanguin », vu le nombre de joueurs hexagonaux, dont Mbappé, le capitaine, qui évoluent dans les clubs ibères et, en conséquence, connaissent intimement l’art du foot outre-pyrénéen. Celui-ci s’apparente à la tauromachie : il consiste à anesthésier l’adversaire avant de lui porter l’estocade. Tandis que le jeu tricolore est à l’opposé. Soutenus par une solide et sereine défense, les attaquants, ayant pour fer de lance Mbappé, se lancent volontiers à l’assaut.
Une autre finale qui sent la poudre et rappelle la guerre des Malouines
Le match s’annonce donc homérique. L’Espagne a remporté ses deux dernières confrontations, chaque fois en demi-finales, en 2024 lors de l’Euro (2-1), et l’an dernier lors de la Ligue des nations (5-4) à l’issue d’un match dingue qui risque fort de se réitérer ce mardi. La France avait vaincu l’Espagne en 2021, en finale de la Ligue des nations.
Les Bleus ont une supportrice surprise : la grande idole de la chanson sud-américaine, la Colombienne Shakira (dont la famille est d’origine syro-libanaise). Elle leur apporte son soutien inconditionnel, car Mbappé a été le premier joueur de ce Mondial à accepter de figurer dans le clip de son hymne pour cette Coupe, « Daï Daï ». « Je lui serai éternellement reconnaissante », a-t-elle déclaré. Et pour preuve, elle a assisté au match France-Maroc à côté du père de Kylian Mbappé. D’aucuns voient aussi dans ce soutien une critique des propos racistes de la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla, pourtant francophile, visant le onze tricolore et en particulier Mbappé.
Shakira doit être, sans conteste, l’une des rares parmi les Latinos à avoir le cœur qui penche en faveur de l’Hexagone. Les autres sont pour la « madre patria » (mère-patrie), l’Espagne, y compris les Brésiliens qui, dans le cas d’une finale France-Argentine (qui serait pour les Bleus la revanche de leur défaite aux tirs au but en 2022 au Qatar), seraient en faveur de leur voisin du Cône Sud, oubliant leur viscérale et presque ancestrale rivalité.
Mais d’ici là, rien, absolument rien n’est joué dans ces deux demi-finales… Surtout concernant Argentine-Angleterre. Ce match prend pour les deux pays une dimension particulière : l’Argentine n’a jamais digéré sa cuisante défaite dans la guerre des Malouines (2 avril au 14 juin 1982) et réclame toujours, sans la moindre trêve devant toutes les instances internationales, sa souveraineté sur cet archipel de l’Atlantique Sud, peuplé surtout de moutons. Sa population a été établie officiellement à 3 468 habitants, pas un de plus, pas un de moins, en 2026, pour un cheptel de 500 000 ovins de toutes races.
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