Quelle était l’intention de Danièle Cohn, de Sébastien Allard, et de Johannes Grave, lorsqu’ils ont décidé de réunir près de 200 oeuvres au musée du Louvre ? En tout cas, l’exposition dont ils sont les commissaires provoque des remous de chancellerie et de vifs émois de part et d’autre du Rhin. L’irritation, voire le début de scandale, peuvent sembler excessifs. C’est peut-être que cette animation outragée ne s’inscrit pas dans une controverse esthétique, mais résume l’état présent des relations entre la France et l’Allemagne.
Étrangement, l’article publié par Philippe Dagen et Frédéric Lemaître dans Le Monde du 18 avril ignore le travail accompli naguère par des hommes remarquables : « Parrainée par Angela Merkel et François Hollande, l’exposition “De l’Allemagne, 1800-1939, de Friedrich à Beckmann” [a pour] dessein de montrer – enfin – au public français qu’il y avait des peintres allemands, contrairement à une idée répandue en France dans l’entre-deux-guerres, et pas encore tout à fait disparue. » Que signifie cet « enfin » ? Faut-il rappeler quatre dates, qui sont dans la tête de tous les amateurs d’art, de peinture et d’Allemagne ?
Ceux qui eurent la chance de visiter « La peinture allemande à l’époque du romantisme », en 1976-1977, à l’Orangerie des Tuileries, en ont gardé un souvenir impérissable, et sont reconnaissants à Werner Hofmann, mort le 13 mars, de l’avoir organisée, en compagnie de Michel Laclotte.
Compte-t-elle pour rien, cette autre exposition, intitulée « Symboles et réalités : la peinture allemande, 1848-1905 », qui se tint au Petit Palais (1984-1985) ? Et « Paris Berlin 1900-1933 », au Centre Pompidou, en 1978, qui fit courir tant de monde : on méprise, on ignore ? Enfin, faut-il absolument méconnaître, toujours au Centre Pompidou, « Les réalismes entre réaction et révolution, 1919-1939 », impeccable travail de recensement pluridisciplinaire, auquel notre ami Jean Clair prit une part très active (1980-1981) ? Pour la seule Allemagne, on ne recensait pas moins de 27 peintres…

Lire la suite