Enfants, animaux : tous égaux !

Enfants, animaux : tous égaux !

Voilà une bonne nouvelle : les députés se préparent à voter une loi qui va donner à l’animal un statut. Nos amies les bêtes ne seront pas tout à fait considérées comme des humains, ce que je trouve injuste quand je compare la façon dont mon chat et mon banquier me regardent, mais on cessera de les considérer comme des choses. Cela prouve que nous sommes un pays moderne, ouvert, intelligent. La cause animale, d’Elisabeth de Fontenay à Brigitte Bardot a su mobiliser les plus grands noms de la pensée. Vingt quatre intellectuels comme Luc Ferry, Alain Finkielkraut, Edgar Morin ou Michel Onfray ont signé l’année dernière un Manifeste dans lequel était notamment affirmée la nécessité  « que les animaux bénéficient d’un régime juridique conforme à leur nature d’êtres vivants et sensibles et que l’amélioration de leur condition puisse suivre son juste cours, une catégorie propre doit leur être ménagée dans le code civil entre les personnes et les biens » On déplore l’absence d’Aymeric Caron dans les signataires, mais on ne peut pas tout avoir non plus en matière de fine fleur de l’intelligence puisqu’on trouvait déjà Didier van Cauwelaert.

Cette loi, on le souhaite évidemment, empêchera les imbéciles sadiques de torturer leur chat sur You Tube et les agriculteurs de la FNSEA de créer des colonies pénitentiaires façon ferme des Mille Vaches. La FNSEA, d’ailleurs, après s’être fait tirer l’oreille semble se résigner au vote de cette loi qui va, à leurs yeux, éviter le pire. Les députés vont reconnaître que l’animal est « doué de sensibilité » mais reste soumis au régime de bien meuble. Bref, le paysan demeure juridiquement propriétaire de  ses animaux mais devra les exploiter avec humanité et sensibilité, c’est-à-dire éviter de se comporter avec son cochon comme une grande marque du textile avec une ouvrière bengali.

C’est vrai que les animaux ont de la chance, en France. Ils ne traversent pas la Méditerranée en se noyant par milliers quand ils viennent chez nous et quand on les entasse dans des usines à viande, les médias sont alertés pendant le scandale et non après comme lorsqu’on pratique la chasse aux immigrés du côté de Calais ou qu’on démantèle un camp Rom.

C’est pour cela que j’aimerais qu’un député propose un  élargissement du statut de l’animal, par exemple, au 440 000 enfants pauvres  en  plus dénombrés  chez nous entre 2008 et 2012 par l’Unicef qui les appelle « les enfants de la récession » et décrit un quotidien qui n’a rien à envier à celui d’un poulet élevé en batterie : «Au-delà des niveaux de revenu et d’emploi, la récession a affecté un certain nombre d’autres aspects importants de la vie, comme l’accès à la nourriture, à l’éducation ou aux soins, le sentiment d’insécurité et de stress. » détaille l’Unicef.

Bien sûr, en échange, rien n’empêchera de transformer l’enfant pauvre en viande de boucherie comme le suggérait déjà le grand Jonathan Swift, l’auteur des Voyages de Gulliver, dans sa Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres en Irlande d’être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public. Le texte a beau dater de 1729, il reste d’une singulière actualité. Swift remarque qu’une telle mesure empêcherait les avortements des mères et la délinquance des enfants tout en réglant le problème de la démographie galopante, bien mieux que ne le  tente la trop timide politique familiale du gouvernement. Et puis, comme les animaux, les enfants pauvres pourraient  trouver une fin digne dans des conditions d’hygiène parfaite : « Des abattoirs peuvent être affectés à cet emploi dans les endroits les plus convenables, et les bouchers ne manqueront pas assurément ; toutefois je recommande d’acheter de préférence des enfants vivants, et de les préparer tout chauds sortant du couteau, comme nous faisons pour les porcs à rôtir. »

On ressort beaucoup, à propos de cette loi, la phrase de Gandhi sur les pays que l’on peut juger à la manière dont ils traitent leurs animaux. Eh bien, en adoptant cette proposition swiftienne, on ne pourra pas dire que nous, en France, on traite les enfants moins bien que les animaux, ce qui est la moindre des choses pour la patrie des Droits de l’Homme et de la Vache.

*Photo: Rob Griffith/AP/SIPA.AP20736109_000001


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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