Je m’étais promis de vous parler d’autre chose, par exemple de la lutte contre la touristophobie que mon ami Guillaume Erner veut mener, accomplissant sans le savoir les prophéties de mon ami Philippe Muray. Les questions qui fâchent – islam, identité… – pouvaient bien attendre, d’autant plus que le caractère répétitif des faits défie le commentaire – et qu’on nous accuse d’être obsédés par ces sujets (sans raison puisque tout va bien).

L’effroyable attentat de Barcelone a suscité le cycle rituel connu : sur fond d’ours en peluche et de bougies, la compassion et la douleur font taire la colère, tenue pour suspecte, avant de recouvrir les faits et les analyses qu’ils pourraient nourrir. Un article-fleuve de Libération nous apprend que le déni est un fantasme d’extrême-droite (et pas seulement, suivez mon regard vers la mauvaise gauche laïque). Il est vrai qu’en bientôt trois ans, on a progressé : même Emmanuel Macron prononce, de temps à autre, le mot « islamiste ». Mais si on admet que les terroristes sont islamistes, on s’empresse d’expliquer bruyamment que cet islamisme n’a rien à voir avec l’islam et que seule une déplorable coïncidence phonologique fait croire le contraire.

Ils sont Charlie… presque tout le temps

« La preuve que le djihadisme ne concerne pas une religion, c’est qu’il y a 25 % de convertis », a expliqué un éminent chercheur à un Nicolas Demorand enchanté. Que le quart de djihadistes nés infidèles se soient convertis à cette religion-là suggère plutôt un rapport, me semble-t-il. Cela ne signifie pas que l’islam et le djihadisme soient la même chose, mais impose d’admettre une évidence, qui est que le deuxième est issu du premier, même s’il en représente une infime minorité. Et on voit mal en quoi le fait qu’il fasse des victimes musulmanes permettrait de dés-islamiser les assaillants. Surtout, ce terrorisme prospère au sein d’une fraction plus large de l’islam européen, qui pratique en quelque sorte un djihad mental et déteste pacifiquement ses pays et leur mode de vie qu’elle rêve d’islamiser. Ce fondamentalisme non-violent – si on considère que l’intimidation n’est pas une violence –, met au défi notre conception de la vie collective. Et c’est devant lui que médias, experts et politiques ne cessent de s’incliner en le dédouanant.

Et pourtant, ce qui m’a, chers lecteurs, décidée à vous en parler encore au risque de faire voler les assiettes, ce n’est pas la nouvelle salve de rienàvoirisme occasionnée par l’attentat de Barcelone, ni même le spectacle d’une foule criant « Ni terrorisme ni islamophobie », qui fait écrire

Article réservé aux abonnés

60 % de l’article reste à lire…

Pour poursuivre la lecture de cet article Abonnez-vous dès maintenant.

ABONNEMENT 100% NUMERIQUE
  • Tout Causeur.fr en illimité
  • Le magazine disponible la veille de la sortie kiosque
  • Tous les anciens numéros
3 €80par mois
Septembre 2017 - #49

Article extrait du Magazine Causeur

Lire la suite