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Dieu, le retour

L’avantage avec Dieu – entre autres – c’est que c’est toujours d’actualité, malgré Nietzsche.

Je plaidais ici-même l’autre jour contre l’idée apparemment en vogue de supprimer les commentaires pour “simplifier la tâche des blogueurs”. Quand soudain, voilà-t-il pas que je découvre tardivement un post lui-même tardif sur un de mes papiers qu’on croyait trop vieux.

Mettant ma peau au bout de mes idées, je décide aussi sec de répondre à ce commentaire par un article adventice[1. Vous n’avez qu’à chercher dans le dico ; je l’ai bien fait moi !]. Et je le fais d’autant plus volontiers que le message de Parsifal (car c’était lui) n’est pas seulement courtois, mais en rapport avec le sujet ! – conformément aux règles de bienséances en vigueur dans ce Salon.

Sur le fond, la thèse de notre blogueur n’est guère nouvelle – à peine plus que la Bonne Nouvelle en personne : “Les religions ont empoisonné les relations avec les hommes” ; adonc, pourquoi ne pas revenir avant, c’est-à-dire à une “certaine simplicité originelle” ?

Primo, cher Parsifal, pour un croyant quel qu’il soit, “les religions” ça ne signifie pas grand- chose : il y a la Vérité à laquelle on croit – et puis les fausses religions, qui peuvent être pires que l’agnosticisme.

Quant à remonter comme tu le fais au “Premier matin du monde”, c’est beau comme un titre de film, mais c’est vague. On n’y était ni l’un ni l’autre, et les préhistoriens en discutent ; en attendant qu’ils nous le racontent par le menu, moi, ce qui m’intéresse, moi, c’est le sens de tout ce bordel qu’on appelle la vie. Certes l’amour est déjà dans le geste du Créateur, comme tu le dis mieux que moi. Mais précisément, j’ai choisi ma religion parce que, chez elle, l’Amour est l’alpha et l’oméga. Ça ne s’invente pas ! La preuve : nulle part ailleurs on n’a osé nous raconter cette histoire invraisemblable ; celle d’un Dieu créateur qui se ferait créature par pure empathie, comme dirait Moati.

Deuxio, on juge un arbre à ses fruits : qui, en suivant l’enseignement du président Jésus, a fait du mal à quiconque ? “L’homme”, tu me diras ; mais apparemment, il y a des problèmes de traduction entre les langages humain et divin – plus encore qu’entre allemand et français.

La liberté véritable est intérieure – comme le prouvent les parcours respectifs de Sartre et de Soljenitsyne. Le premier avait toute liberté de dire portnawak, et ne s’en est pas privé. Le second a payé cher chaque mot qu’il a écrit, et pendant cinquante ans !

Si vraiment tout se vaut, comme le suggère un relativisme désormais absolutisé par l’époque, alors il n’y a ni Vérité ni Amour : tout est à la fois vrai et faux, et moi je vais me coucher.

“Que Dieu existe ou pas…”, écris-tu encore : pour moi, ce morceau de phrase n’a pas de sens. En l’absence d’Amour divin et créateur, tout est “vanité et poursuite de vent”, comme disait mon ami L’Ecclésiaste.

Et pour « humaniser les relations entre les hommes », selon ton heureuse formule, eh bien il faut Quelqu’un au-dessus des hommes. La nature humaine, c’est le fil du rasoir. La traversée de la vie est un dangereux numéro de cirque ; et si ce cirque ne mène nulle part, à quoi bon s’y engager ?

Quand décidément l’être humain n’a rien de plus haut que lui-même à quoi se raccrocher, alors il se raccroche nécessairement, par simple instinct de conservation, à la branche inférieure de notre humaine nature : l’animalité[2. Mis à part quelques authentiques saints athées (et d’autant plus admirables), que je ne citerai pas pour ne point les inciter au péché d’orgueil.]. Comme disait Lou Reed, “This world is a zoo / And the keeper ain’t you !”

Novembre 2008 · N°5

Article extrait du Magazine Causeur


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