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Lies Hebbadj contre Albert Cohen ?

Lies Hebbadj contre Albert Cohen ?

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Quand je lis le libelle tour à tour drôle et stylé de Cyril Bennasar, avec lequel je ne suis à peu près d’accord sur rien, je me demande où nous nous sommes tous trompés, collectivement, historiquement, pour que des hommes de bonne volonté partageant le même diagnostic sur la France en arrivent à des solutions diamétralement opposées sur des sujets aussi essentiels que, par exemple, ce qui fonde une identité nationale.
Cyril ne veut pas que les étrangers installés en France votent aux élections locales. Il ne veut pas que l’on puisse vivre « à Saint-Denis comme à Islamabad ». C’est l’une de ses formules percutantes, une parmi d’autres. Elle indignera ceux qui ont oublié ce qu’était un pamphlet et réjouira les amateurs de « parole décomplexée ». Les uns comme les autres n’iront pas voir plus loin, et c’est bien dommage.
En effet, Bennasar provoque au risque d’irriter, voire de choquer, mais il argumente. Les identitaires, par exemple, risquent d’être déçus.[access capability=”lire_inedits”] En effet, quand il cherche à définir qui peut devenir français et comment, il n’est pas question de droit du sang, mais du bel exemple d’Albert Cohen qui écrivait : « Il y avait mon amour pour la France et mon fou désir d’en être. Il y avait un enthousiasme absurde et sacré dont je n’ai pas honte et qui ne m’abandonnera jamais. (…) Le soir, avant de me coucher dans mon petit lit, je fermais à double tour la porte de ma chambre, je prenais la clef de l’armoire sacrée, et j’ouvrais le saint des saints. J’allumais les petites bougies du rayon que j’appelais le panthéon de la France et, à genoux, (…) je faisais monter mon âme vers la haute France que j’aimais, et je promettais à la France de la servir toute ma vie. » Il oppose ensuite assez habilement cette France désirée de Cohen à celle de Lies Hebbadj, parfait repoussoir, presque trop parfait, avec son arrogance lorsqu’il fut inquiété à cause de sa polygamie avec femmes en burqa et ses fraudes aux aides sociales.
Donner le droit de vote aux municipales aux étrangers en brandissant l’exemple de Lies Hebbadj, vous n’y pensez pas ! Ce serait comme proposer un référendum sur l’abolition de la peine de mort après un crime pédophile. Seulement voilà, l’alternative devant laquelle nous sommes placés est tout de même plus complexe que ce que tu crois, cher Cyril : nous n’avons pas plus à choisir entre Albert Cohen et Lies Hebbadj qu’entre le bien et le mal.
Beaucoup des étrangers non-européens qui seraient concernés par cette mesure ne sont pas Lies Hebbadj, ce sont les parents d’enfants qui votent déjà, ou qui ne votent pas car ils n’utilisent pas ce droit, chose qui devrait aussi nous interroger. À ce titre, d’ailleurs, Cyril Bennasar a raison d’écrire que, si la France est une patrie charnelle, la République française, elle, est un projet.
Reste à savoir lequel. Refuser le vote des étrangers parce que ce serait mieux qu’ils demandent la nationalité pour le faire, ça s’appelle l’intégration, voire l’assimilation. Il me semble avoir compris que Cyril Bennasar y est favorable. Mais il ne s’agit pas de les traiter dans le même temps de « Français de papier », sinon ils vont finir par se demander si vraiment nous voulons d’eux.
Je pense, moi, que ce droit de vote serait une étape vers cette intégration que nous appelons tous deux de nos vœux. Je pense que la pratique d’un conseil municipal, semaine après semaine, ferait oublier la mosquée, car c’est bien de cela qu’il s’agit, Cyril Bennasar ne s’en cache pas. Moi non plus d’ailleurs, contrairement à ce qu’il pourrait laisser penser quand, sur ces questions, il met l’ensemble de la gauche dans le même sac mondialiste.
Évoquant une prof qui lui avait fait remarquer que l’important n’était pas que sa prose fasse latin mais qu’elle soit du latin, Bennasar dit que l’important n’est pas de faire républicain mais d’être républicain. D’accord à 100% ! Le problème, c’est que l’assimilation à la schlague, dans un contexte de crise économique, relève d’un pari aussi hasardeux que les naïvetés supposées de la gauche morale. Dans un cas, on finira peut-être par vous mépriser pour votre faiblesse. Mais dans l’autre, on finira peut-être par vous haïr, vous haïr vraiment, ce qui ne vaudrait guère mieux.[/access]

Cyril Bennasar : Vous voulez voter ? Devenez français !, éditions Mordicus, janvier 2013.

Février 2013 . N°56

Article extrait du Magazine Causeur


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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